mardi 28 janvier 2020

La guerre est une drogue qui rapporte gros


de Erró





J’ai entendu des gens appartenant à tout l’éventail des couleurs politiques invoquer l’argument suivant contre cette possibilité : nous ne pourrons jamais éliminer la guerre parce qu’elle fait partie de la nature humaine. Or, l’histoire nous fournit la réfutation la plus concluante à cet argument : elle ne nous montre nulle part des peuples qui se précipitent spontanément pour faire la guerre à d’autres peuples. Ce que nous voyons, par contre, ce sont des gouvernements qui font des efforts acharnés pour mobiliser les populations pour faire la guerre. Ils doivent séduire des soldats avec des promesses d’argent, d’éducation, ils doivent persuader des jeunes dont les perspectives sont extrêmement limitées, qu’il y a là une chance d’obtenir du respect et un statut social. Et lorsque ces manoeuvres de séduction ne donnent pas les résultats escomptés, les gouvernements doivent utiliser la coercition - ils doivent recruter de force les jeunes, les obliger à faire leur service militaire, les menacer de prison s’ils ne s’y soumettent pas.


En outre, le gouvernement doit persuader les jeunes et leurs familles que, malgré le fait que le soldat peut mourir, ou perdre ses bras ou ses jambes, ou devenir aveugle, tout cela est pour une noble cause, pour Dieu, pour la patrie.

Quand on examine les innombrables guerres de ce siècle, on n’y trouve pas des opinions publiques qui réclament la guerre, mais plutôt une résistance publique à la guerre. Et cette résistance ne cède que devant le barrage d’exhortations qui font appel non pas à un instinct meurtrier mais plutôt à un désir de faire le bien, de répandre la démocratie ou la liberté, ou de renverser un tyran.


Thomas Woodrow Wilson [démocrate, président des Etats-Unis de 1913 à 1921] avait constaté que l’ensemble des citoyens était tellement réticent à entrer dans la boucherie de la Première Guerre mondiale que, lors de sa campagne présidentielle de 1916, il a promis de rester en dehors : "Il peut arriver qu’une nation soit trop fière pour combattre." Mais après son élection, il a demandé au Congrès - qui a accepté - une déclaration de guerre. Le déferlement de slogans patriotiques s’est enclenché, des lois ont été votées pour permettre l’emprisonnement des dissidents, et les Etats-Unis ont rejoint la boucherie [Première Guerre mondiale] qui se déroulait en Europe.


Durant la Deuxième Guerre mondiale, il y avait effectivement un impératif moral fort et qui résonne encore parmi la plupart des gens de ce pays [Etats-Unis], et qui fait que la Deuxième Guerre mondiale est encore vue comme étant une "bonne" guerre. Il est vrai qu’il fallait vaincre la monstruosité du fascisme. C’est cette conviction qui m’a conduit à m’engager dans les forces aériennes et à mener des missions de bombardement au-dessus de l’Europe.


Ce n’est qu’une fois la guerre finie, que j’ai commencé à remettre en question la pureté de cette croisade morale. En lâchant des bombes depuis une distance de 5 milles, je n’avais pas vu d’êtres humains, ni entendu des cris, ni vu des enfants déchiquetés. Mais, maintenant, il faut aussi tenir compte de Hiroshima et Nagasaki, des bombes incendiaires lancées sur Tokyo et sur Dresde, les morts de 600’000 civils au Japon et un nombre similaire en Allemagne.
Et c’est ainsi que dans le domaine de ma propre psychologie et celle des autres combattants, je suis arrivé à la conclusion suivante : une fois que nous avions décidé que notre camp était du côté du Bien et le camp adverse du côté du Mal, une fois ce calcul à la fois simple et simpliste accompli, nous n’avions plus besoin de réfléchir. Nous pouvions commettre des crimes innommables sans nous poser de questions.


J’ai alors commencé à réfléchir aux motivations des puissances occidentales et de la Russie soviétique, et je me suis demandé s’ils étaient davantage motivés par la destruction du fascisme ou par leur souci de conserver leurs propres empires, leur propre pouvoir, et si c’était pour cela qu’ils avaient des priorités plus importantes que de bombarder les voies de chemin de fer qui conduisaient à Auschwitz. Sur les six millions de Juifs tués dans les camps de la mort (parce qu’on a permis leur mort ?), seuls 60’000 ont été sauvés par la guerre - soit 1%. Un mitrailleur dans une autre unité, un lecteur d’histoire avec lequel je m’étais lié d’amitié, m’a dit un jour : "Tu sais, ceci est une guerre impérialiste. Les fascistes sont mauvais, mais notre camp n’est guère mieux." A l’époque, je ne pouvais accepter cette déclaration, mais elle m’est restée en mémoire.

Je suis arrivé à la conclusion que la guerre crée, de manière insidieuse, une moralité commune aux différents camps. Elle empoisonne tous ceux qui s’y engagent, quelles que soient par ailleurs leurs différences, elle les transforme, comme nous le voyons actuellement, en tueurs et en tortionnaires. On a l’impression que la guerre est destinée à renverser des tyrans, et parfois cela arrive effectivement, mais les gens abattus sont les victimes des tyrans. On croit que la guerre peut éradiquer le Mal du monde, mais cela ne dure pas, car la nature même de la guerre fait qu’elle engendre encore davantage de maux. Et j’ai conclu que la guerre, comme la violence en général, est une drogue. Elle donne un moment d’exaltation, le frisson de la victoire, mais cela ne tarde pas à se dissiper, pour laisser la place au désespoir.


Howard Zinn










"Aujourd’hui, l’analogie entre la guerre et la création de l’État, d’un côté, et le crime organisé de l’autre, devient tragiquement juste." Charles Tilly

Déjà en 1909, dans son ouvrage "Derrière le voile des événements – Le mystère du Double" le philosophe anthroposophe Rudolf Steiner avertissait ses contemporains: 

Il ne faut pas que le monde soit géographiquement américanisé […] car les efforts de l’Amérique visent à tout mécaniser, à tout faire entrer dans le domaine du pur naturalisme, à effacer peu à peu de la surface de la terre la culture de l’Europe.




Comment Washington « libère-t-il » les pays libres ?

par Andre Vltchek




Il y a évidemment de sérieux problèmes linguistiques et des désaccords entre l’Occident et le reste du monde. Des termes essentiels comme « liberté », « démocratie », « libération », même « terrorisme », sont tous mélangés et confus ; ils ont un sens absolument différent à New York, Londres, Berlin et dans le reste du monde.

Avant de commencer l’analyse, rappelons que des pays comme le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et les États-Unis, ainsi que d’autres nations occidentales, ont répandu la terreur colonialiste pratiquement dans tous les coins du monde. Ce faisant, ils ont développé une terminologie et une propagande efficaces, qui ont justifié, voire glorifié, des actes tels que le pillage, la torture, le viol et le génocide. Au fond, l’Europe d’abord, puis l’Amérique du Nord ensuite, s’en sont tirées à bon compte avec tout, y compris le meurtre de masse. Les peuples indigènes d’Amérique, d’Afrique et d’Asie ont été massacrés, leurs voix réduites au silence. Des esclaves ont été importés d’Afrique. Les grandes nations asiatiques, comme la Chine, ce qui est maintenant « l’Inde » et l’Indonésie, ont été occupées, divisées et complètement pillées.
Et tout a été fait au nom de la diffusion de la religion, de la « libération » des peuples d’eux-mêmes, ainsi que de leur « civilisation ».

Rien n’a vraiment changé.

À ce jour, les habitants de grandes nations ayant une culture millénaire sont traités comme des enfants en bas âge ; ils sont humiliés, et comme s’ils étaient encore à la maternelle, on leur dit comment se comporter et comment penser.

Parfois, s’ils se « comportent mal », ils reçoivent des gifles. Périodiquement, ils sont giflés si fort qu’il leur faut des décennies, voire des siècles, pour se remettre sur pied. Il a fallu des décennies à la Chine pour se remettre de cette période d’humiliation. L’Inde et l’Indonésie tentent actuellement de se remettre de la barbarie coloniale et, dans le cas de l’Indonésie, du coup d’État fasciste de 1965 sous administration américaine.

Mais si vous revenez sur les archives de Londres, de Bruxelles ou de Berlin, tous les actes monstrueux du colonialisme sont justifiés par des termes nobles. Les puissances occidentales « se battent toujours pour la justice », elles sont « éclairantes » et « libératrices ». Pas de regrets, pas de honte, pas de remords. Elles ont toujours raison !

Comme aujourd’hui, exactement comme aujourd’hui.

Actuellement, l’Occident tente de renverser les gouvernements de plusieurs pays indépendants, sur différents continents. De la Bolivie, le pays a déjà été détruit, au Venezuela, de l’Irak à l’Iran, à la Chine et à la Russie. Plus ces pays réussissent, mieux ils servent leur population, plus les attaques de l’étranger sont vicieuses, plus les embargos et les sanctions qui leur sont imposés sont sévères. Plus les citoyens sont heureux, plus la propagande diffusée par l’Occident devient grotesque.

À Hong Kong, certains jeunes, par intérêt financier ou par ignorance, ne cessent de crier « Président Trump, libérez-nous » ou des slogans similaires, mais tout aussi traîtres. Ils agitent les drapeaux des États-Unis, du Royaume-Uni et de l’Allemagne. Ils frappent les personnes qui tentent de se disputer avec eux, y compris leur propre police.

Voyons donc comment les États-Unis « libèrent » réellement des pays, dans diverses régions du monde.

Visitons l’Iran, un pays qui, vous ne le devineriez jamais si vous ne consommez que les médias occidentaux, est, malgré les embargos et les sanctions vicieuses, sur le point d’atteindre la « fourchette d’indice de développement humain la plus élevée » (PNUD). Comment cela est-il possible ? C’est simple. Parce que l’Iran est un pays socialiste – le socialisme avec les caractéristiques iraniennes. C’est aussi une nation internationaliste qui lutte contre l’impérialisme occidental. Il aide de nombreux États occupés et attaqués sur notre planète, dont le Venezuela, Cuba, la Bolivie (avant), la Syrie, le Yémen, la Palestine, le Liban, l’Afghanistan et l’Irak, pour n’en citer que quelques-uns.

Alors, que fait l’Occident ? Il essaie de le ruiner, par tous les moyens ; de ruiner toute bonne volonté et tout progrès. Il affame l’Iran par des sanctions ; il finance et encourage son « opposition », comme il le fait en Chine, en Russie et en Amérique Latine. Il essaie de le détruire.
Puis il bombarde leur convoi dans l’Irak voisin, tuant son courageux commandant, le Général Qassem Soleimani. Et, comme si ce n’était pas assez horrible, il renverse la situation et commence à menacer Téhéran de nouvelles sanctions, de nouvelles attaques, et même de la destruction de ses sites culturels.

L’Iran, attaqué, confus, abat par erreur un avion de ligne ukrainien. Il s’est immédiatement excusé, horrifié, en offrant une compensation. Les États-Unis ont tout de suite commencé à creuser la plaie. Ils ont commencé à provoquer les jeunes, comme ils l’ont fait à Hong Kong. L’Ambassadeur britannique s’en est mêlé aussi !

Comme si l’Iran et le reste du monde devaient soudain oublier que lors de son attaque contre l’Irak, il y a plus de trois décennies, Washington a en fait abattu un gros porteur iranien (Iran Air Flight 655, un Airbus A300) sur un vol de routine de Bandar Abbas à Dubaï. Dans un « accident », 290 personnes, dont 66 enfants, ont perdu la vie. Cela a été considéré comme un « dommage collatéral de guerre ».

Les dirigeants iraniens n’ont alors pas exigé un « changement de régime » à Washington. Ils ne payaient pas pour les émeutes à New York ou à Chicago.

Comme la Chine ne fait rien de cette nature maintenant.

La « libération » de l’Irak – en fait, des sanctions brutales, des bombardements, une invasion et une occupation – a coûté la vie à plus d’un million d’Irakiens, la plupart d’entre eux, des femmes et des enfants. Actuellement, l’Irak a été pillé, brisé en morceaux, et est à genoux.

Est-ce là le genre de « libération » que certains jeunes de Hong Kong souhaitent vraiment ?
Non ? Mais si ce n’est pas le cas, y en a-t-il d’autres dans l’histoire moderne, réalisées par l’Occident ?

Washington devient de plus en plus agressif, dans toutes les parties du monde.
Il paie aussi de plus en plus pour la collaboration.

Et il n’hésite pas à injecter des tactiques terroristes dans les troupes alliées, les organisations et les organisations non gouvernementales. Hong Kong ne fait pas exception à la règle.

L’Iran, l’Irak, la Syrie, la Russie, la Chine, le Venezuela, mais aussi de nombreux autres pays, devraient surveiller et analyser attentivement chacun des gestes posés par les États-Unis. 

L’Occident est en train de perfectionner des tactiques sur la façon de liquider toute opposition à ses diktats.

Ce n’est pas encore appelé une « guerre ». Mais c’en est une. Des gens meurent. La vie de millions de personnes est ruinée.



Source : How is Washington ‘liberating’ free countries?
traduit par Réseau International








dimanche 26 janvier 2020

Insurrections :


comment vaincre la tyrannie du « Et après » ?

Par Laëtitia Riss




En 2019, tandis que révoltes et insurrections ont grondé à travers le monde (France, Haïti, Liban, Équateur, Chili, Irak…), le premier réflexe a consisté à interroger les causes de ce soulèvement généralisé. Par-delà les divergences nationales, ce sont en effet les inégalités économiques et sociales ainsi que la confiscation de la souveraineté populaire qui se sont révélées être au cœur des mobilisations. Mais à l’examen des raisons a symétriquement répondu l’heure du « bilan », qui voulait, comme à chaque fois, mettre les luttes au passé, faire résonner la redoutable logique du « Et après ? » et reconduire vers les routes de la servitude et de la résignation. Un certain ton qu’il est urgent de combattre, en proposant une véritable politique du présent, capable d’interrompre le cours de l’histoire et d’opposer au « à quoi bon ? » le pouvoir de l’action.



La tyrannie du « Et après ? »



Les réflexions interrogeant la postérité des soulèvements contemporains ne se sont pas faites attendre. Elles n’en demeuraient pas moins investies, pour la plupart, d’un postulat fondamental : l’événement était clos, désormais terminé. À l’embrasement médiatique et politique succédait l’analyse froide et rigoureuse ; derrière un souci de « compréhension », le discours venait pourtant camoufler le visage de la réaction. On reprochait la violence des manifestants, on pointait l’absence de débouchés institutionnels et l’impossibilité de désigner des représentants, on soulignait la proportion moindre des insurgés au regard de la population moyenne, on affirmait l’essoufflement des mouvements mais l’on saluait les « avancées » octroyées par un pouvoir en place, qui avait « entendu son peuple », on invitait enfin au retour à l’ordre. Et c’est bien ce dernier que couve en secret la question « Et après ? ». En faisant jouer le soulèvement selon ses propres règles, elle emprisonne la contestation et prétend pointer ses « contradictions ».  Révolte adolescente incapable de se « structurer », elle ne serait que puissance de négation, sans affirmation. Preuve en est, lorsqu’on l’invitait à comparaître au tribunal de l’opinion et de la raison, elle était piégée dans une impasse : si elle se refusait à venir, elle était coupable et désavouait « le dialogue » ; si elle acceptait, ses demandes étaient jugées « floues » ou « trop radicales ». Pis encore cependant, en se pliant aux règles du jeu, elle se compromettait et oubliait sa nature : celle qui exige, non le désordre, mais la sortie de cet ordre-ci – de l’ordre, qui toujours demande « Et après ? ».

Mais comment alors éviter l’impasse – ou plus exactement, ce qui nous est présenté comme une impasse ? En récusant précisément la fuite en avant, qui offre au futur seul le privilège du jugement. « Même si toutes ces révoltes n’aboutissent pas à une victoire des contestataires, que changent-elles dans l’histoire ? » pouvait-on, par exemple, lire dans la presse [2]. Manière subtile de reconnaître les « secousses » provoquées par les vagues de soulèvements, tout en admettant leurs défaites – ou renvoyant, au mieux, leurs effets à des éléments sédimentés qui « un jour » peut-être se concrétiseront. Un bilan toujours démobilisateur, qui renvoie les insurgés à leur incomplétude et les place immédiatement sous le signe du « manque », de même qu’il contraint les plus farouches enthousiastes à l’attentisme : « Tu verras que les choses vont changer. » ; « La politique, c’est aussi le temps long » ; « Les effets sont invisibles, mais ils seront là. » Parier sur l’avenir, la tentation est toujours grande ; mais derrière l’horizon radieux s’abrite un cadre d’intelligibilité auquel il s’agit désormais de faire l’effort de résister car il prive la réflexion d’un espace précieux. Interroger pleinement les « soulèvements » impose d’admettre une autre grammaire temporelle qui diffère de celle qui règne partout en maître. Un pas de côté qui exige de dénaturaliser l’ordre des temps dont avons hérité, depuis l’affirmation du régime moderne d’historicité [3], tout entier pensé sur le modèle de la linéarité. En d’autres termes, admettre qu’il est possible de penser autrement l’articulation entre passé, présent et futur : ces trois « temps » pouvant se succéder sur le modèle traditionnel « avant / pendant / après », mais aussi – et surtout – se superposer au profit d’un présent agissant synthétisant, au moment de l’action, le passé des luttes inachevées, le présent d’un cri de révolte et le futur déjà anticipé d’un ordre juste.



Renouer avec une pensée et une politique du présent, c’est accepter de considérer l’insurrection, non du point de vue du devenir, mais selon les modalités du « surgissement » et de « l’événement ». C’est aussi conjuguer une dynamique de prévisibilité – il y a en effet des conditions matérielles et objectives aux « révoltes », qu’une analyse sociologique peut explorer – et un « sursaut » imprévisible, qui porte en lui, le geste politique par excellence : celui capable d’interrompre le cours du monde. En s’arrachant aux lois du temps, l’insurrection instaure une suspension, devrait-on dire une respiration.


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Barricade de la Commune de Paris, 18 Mars 1871. Anonyme.


Elle mérite alors d’être considérée à la lueur de son seul passage, à l’image de la passante baudelairienne, un éclair… puis la nuit, qui appartient à ce même registre de la circonstance, venant lézarder l’oppressante précipitation de la modernité. Face à l’événement, la seule attitude qui vaille est celle qui ne s’empresse pas d’exiger des preuves et des explications, mais celle qui reconnaît son caractère politique, entreprend de répondre à son appel et enfin de lui rendre justice. Car demander « Et après ? », c’est déjà perpétuer une injustice : celle de la mise au passé et de l’oubli, qui voudrait tourner la page, sans entendre ce « nouveau-né qui crie dans les couches sales de l’époque » [4] et sans comprendre que ce sont ceux pour qui « le rapport au futur s’est refermé » [5] qui voient alors le jour. Celle aussi qui dissout la singularité du présent et ne jure que par les systèmes explicatifs. Quand se glisse parmi les insurgés l’accusation « c’est la faute du système », on n’imagine pas combien, ils touchent à une réalité plus profonde encore que la simple dénonciation d’une oligarchisation croissante des sociétés. Ils savent que l’ordre déteste le droit à l’existence, qui vient bousculer ses catégories.


Et lorsque Marx invite à considérer la Commune, d’abord selon « son existence même » [5], il esquisse les prémices de cette politique du présent, qui au-delà de son souci de justice, est aussi une lutte contre les prophètes de la défaite anticipée et de l’alternative avortée. Un combat qu’il faut encore aujourd’hui mener pour empêcher qu’aux soulèvements succèdent l’amer sentiment du « retour au même » et l’impossibilité d’agir pour « changer l’histoire ».


L’insurrection contre l’histoire


Comment agir, en effet, face au scandale de la répétition ? Walter Benjamin, dans ses fulgurantes « Thèses sur le concept d’histoire » (1940), offre une réponse en esquissant les contours d’un marxisme hétérodoxe, capable de s’émanciper de la tradition hégélienne, ayant précipité le dix-neuvième siècle dans la « marche de l’Histoire ». Loin de s’enfermer dans des spéculations philosophiques, c’est face à la brutalité de l’époque – victoire du nazisme, échec de la social-démocratie allemande, signature du pacte germano-soviétique en 1939, perçu comme le mariage entre le fascisme et le communisme – que le théoricien de l’École de Francfort délivre dans l’urgence « le texte le plus important de la théorie révolutionnaire depuis les célèbres Thèses sur Feuerbach (1845) » [6], selon Michael Löwy, avant de se suicider à Port-Bou en 1940, pour échapper à la police allemande.


La durée poignardée
La durée poignardée, Magritte, Huile sur toile, 1938.


En 2019, ses intuitions demeurent intemporelles et témoignent de ce même paradoxe : tandis que l’histoire se présente comme moteur, comme progrès, comme accomplissement, la voici qui, suivant si bien son cours, délaisse les hommes, dépassés par le torrent de son immense machinerie. Tout en se poursuivant, elle répète inlassablement la même logique ; sa force révolutionnaire se mue en force conservatrice. Et si Marx affirmait que « les révolutions sont les locomotives de l’histoire », Benjamin soutient désormais qu’elles sont devenues « le frein d’urgence » pour stopper ce train sans conducteur.


Face à l’histoire « En Marche », qui n’est plus qu’une illusion pour justifier l’éternel retour de la domination, comme en atteste plus lourdement encore l’heureuse postérité partisane de l’expression, Benjamin oppose ainsi la radicalité du geste insurrectionnel. Il écrit : « Les classes révolutionnaires, au moment de l’action, ont conscience de faire éclater le continuum de l’histoire. La Grande Révolution introduisit un nouveau calendrier. (…) Au soir du premier jour de combat [de la révolution de Juillet], on vit en plusieurs endroits de Paris, au même moment et sans concertation, des gens tirer sur les horloges. » [7] Au jour de la première mobilisation des Gilets Jaunes, on déclara aussi Acte I. Sur les places occupées, on retrouvait des inscriptions sur les sols, An Zéro. Une manifestation alternative du temps qui « sort » de l’histoire : « the time is out of joint, le temps est hors de ses gonds » [8] dira Derrida, citant l’Hamlet de Shakespeare. Au cœur de cette échappée, ce qui se joue, c’est à chaque fois le possible – possible qui n’a rien d’un utopique avenir, mais qui s’inscrit dans la chair du présent – Présent, qui n’a rien de l’étroit présentisme auquel nous devrions être aujourd’hui bornés. S’insurger contre l’histoire, c’est alors reprendre son droit et son pouvoir d’agir ; c’est affirmer avec la clairvoyance de Benjamin que « la politique prime désormais l’histoire » et qu’il s’agit de renverser le cadeau empoisonné de la modernité.


Changer l’histoire, ce n’est donc plus changer son cours, mais changer profondément notre rapport à cette dernière afin qu’elle cesse d’être un registre d’accusations (il faudrait « apprendre des erreurs du passé »), une locomotive infernale (il faudrait « aller de l’avant », sans qu’on sache jamais ce qu’il y a devant), ou un horizon apocalyptique (il n’y aurait plus rien à faire, puisque « nous courrons à notre perte »). Aussi différents ses visages puissent-ils paraître, ils relèvent tous de cette conception linéaire de l’histoire, où rien ne peut véritablement venir s’interposer. Or penser l’histoire, c’est précisément penser la latitude d’action qu’il est permis à l’homme d’espérer. Actuellement, force est de constater l’étroitesse des rives qui nous est imposée et la nécessité de reconquérir le lieu du présent, ou plus exactement de l’ « à-présent  » pour reprendre Benjamin. « Ainsi, pour Robespierre, la Rome antique était un passé chargé d’ « à-présent  », qu’il arrachait au continuum de l’histoire. La Révolution française se comprenait comme une seconde Rome » [9] n’hésite pas à affirmer le théoricien de Francfort, réunissant ainsi deux exigences : celle d’agir, maintenant, au temps de l’aujourd’hui et celle de ne pas abandonner les soulèvements « passés », qu’aucun « Et après ? » ne sera parvenu à dissoudre dans l’oubli.



La mémoire, Magritte
La mémoire, Magritte, Huile sur toile, 1948.


Une fraternité des morts et des vivants s’installe avec Benjamin, entourant l’engagement révolutionnaire d’une responsabilité plus grande encore que celle du seul homme qui dit non. Il s’agit de dire ce « nous » d’à travers le temps, pour se donner le courage de la lutte. Impossible alors de trahir ceux qui nous ont précédés et de baisser les armes. Pas de posture révérencieuse cependant, ou pire mimétique, car notre unique chance est celle de vivre « stratégiquement » au présent. Dérober au « no future  » l’énergie de sa révolte ; substituer à sa négativité absolue l’espoir rédempteur d’une autre révolution. Et si l’invocation de « l’espoir » paraît bien anachronique, en ces temps où sévissent les prophètes du vide contemporain, il faut rappeler que ce dernier n’a cessé d’être étouffé sous les coups répétés de leurs « Et après ? » et qu’il ne pourra être retrouvé qu’à condition de changer de matrice historique, au cœur de laquelle l’utopie pourra se manifester comme « un espoir vécu sur le mode de l’aujourd’hui » [10].


La lutte des histoires



Mais alors l’histoire joue-t-elle avec ou contre nous ? Pour répondre, il faut échapper au choix binaire : l’histoire est d’abord contre nous, avant d’être avec nous. C’est à partir de cette « conscience historique » que doit se réinventer l’engagement politique – et, in extenso, l’engagement révolutionnaire. Plutôt qu’une « lutte des classes », proposition est faite de parler de « lutte des histoires » pour caractériser l’affrontement qui se cristallise lors des vagues d’insurrections.


En défiant « l’histoire de la conservation », les insurgés ouvriraient une brèche à « l’histoire de l’émancipation ». Cette dernière n’étant pas un continuum, mais le produit d’interruptions répétées, qui rejouent, à chaque fois, la possibilité d’un basculement. Elle aurait son temps, sa mémoire, son mouvement et sa fonction propre : elle écrirait au cœur du réel l’alternative. Et pour les plus sceptiques, qui demanderait encore avec une inquiétude toute légitime « Mais concrètement ? », il convient de leur rappeler que notre premier défi n’est pas celui de suggérer des « suites » aux mobilisations mais de combattre la résignation. À mesure que faiblira le sentiment de dépossession, grandira le potentiel d’invention. Chaque soulèvement est alors d’abord le lieu d’une rencontre ; chaque appel pour « en être » est la possibilité de faire l’expérience d’un autre monde. « Un autre monde est possible, mais il est dans celui-ci », insistait déjà Paul Éluard. Et ce n’est ainsi pas un hasard, si lorsqu’on échange avec les insurgés, il se tisse d’abord une parole pour dire l’intensité d’un vécu partagé, avant celle qui veut préciser un horizon programmatique. Aussi insuffisant cela puisse-t-il paraître pour certains, quand le contemporain a choisi les biens plutôt que les liens [11], la force de se réunir et de se parler est déjà subversive.



Au mouvement du « faire » répond celui du « raconter » ; car la lutte des histoires est aussi une lutte des récits, des « grands » comme des « petits », qui ne se contentent pas d’être de simples auxiliaires de l’action. Dire c’est faire exister, mais c’est surtout résister au silence. Une parole qui trouve naissance au cœur même de la mobilisation, et qui, contrairement à ce que l’on croit, ne s’évanouit jamais après. Elle se transforme pour rejoindre l’espace littéraire, qui préserve une mémoire vivante. Dans toutes les traces écrites se lit la possibilité de la conjonction des temps : passé simple devenu présent, conjurant la distance entre les siècles.



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14 juillet 1789, Monument à la République. © Teofilo


Lorsqu’Éric Vuillard « raconte » le 14 Juillet, il fait bien davantage que dépouiller des archives, il leur redonne vie. Alors que les preneurs de la Bastille s’essaient à attraper un bout de papier, tendu par un garde de la prison, en traversant une planche suspendue aussi du vide, la voix du narrateur revient : « C’est que depuis des siècles on l’attendait ce petit mot, un mot d’excuse peut-être, qui nous soufflerait que tout est fini, qu’on allait enfin partager, que ç’avait été une mauvaise blague, l’Histoire, qu’on y reviendrait plus, qu’à présent, on pouvait sortir tranquillement des tableaux de Le Nain et des chansons à boire, que c’en était terminé des salaires de misères, du mépris. » [12]


Difficile de nier le pouvoir d’entraînement de telles lignes, qui participent doublement du mouvement de l’histoire : à la fois comme « souvenir » d’un soulèvement et comme « étincelle » capable d’allumer un autre brasier. En redonnant une place ainsi qu’une effectivité aux récits et en maintenant l’exigence d’une parole qu’on oserait dire « prophétique », il devient possible de reconquérir une marge de manœuvre, une marge de « discours » capable de faire taire l’insupportable langue, qui à force de ressasser ses vérités est parvenue à les rendre réelles.



Aux enfants de la « fin de l’histoire » sont alors dédiées tout particulièrement ces réflexions. Car il est une génération à laquelle on répète depuis qu’elle est en âge de penser, qu’elle est née au cœur d’une époque terminale et qui pour « commencer » à parler doit sans cesse se justifier. Commencer par dire que « c’était la fin », mais que finalement « ce n’est pas la fin ». Un vieux sortilège, qui sévit déjà depuis les années 1950 comme en témoigne Derrida, lorsqu’il raconte qu’il a lui-aussi été nourri par ce « pain d’apocalypse » [13]. Il serait trop long d’interroger en profondeur la persistance de ce discours de la fin ; à défaut, il est utile de mettre en garde contre le piège qu’il nous tend. Car en le perpétuant, même pour s’y opposer, nous entretenons son influence. Nous admettons implicitement qu’il avait « raison » et qu’une énergie historique s’était effondrée.


Nous acceptons aussi le rapport de force, « l’histoire de la conservation » aurait triomphé et désormais tels de valeureux chevaliers, il faudrait brandir « la fin de la fin ». Si je partage le combat qui sous-tend cet étendard – à savoir, celui de rendre aux sujets historiques la puissance d’agir et de transformer l’ordre existant –, il me paraît qu’en formulant ainsi nos revendications, nous nous condamnons, insidieusement, à la répétition.  En reprenant le même schéma que celui de nos adversaires, nous nous rendons tributaires de leur logiciel historique. Nous poursuivons la course en avant, nous prenons le risque qu’après « la fin », la pièce « recommence », comme un mauvais drame dans un théâtre de boulevard, et qu’en dépit du changement d’acteurs, le décor demeure identique.



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Walter Benjamin, Plaque commémorative, 10 rue Dombasle, Paris 15ème. © Gilles Mairet



Or, ce dont nous avons besoin, c’est d’un sursaut de la pensée pour s’arracher aux grilles qui l’emprisonne, d’un pouvoir d’invention pratique et théorique pour lutter contre la perpétuation des injustices, d’une voix qui aura compris l’avertissement de Benjamin – « Que les choses continuent comme avant, voilà la catastrophe » –, d’un corps qui osera l’aventure.


« Prends garde c’est l’instant où se rompent les digues
C’est l’instant échappé aux processions du temps
Où l’on joue une aurore contre une naissance. »
Paul Éluard, « L’aventure », Les Mains Libres, 1937.






Notes

[1] W. Benjamin, « Thèse XV », « Sur le concept d’histoire », in : Oeuvres, Tome III, Paris, Gallimard, p. 440.


[2] « Liban, Chili, Hong-Kong, Soudan… Pourquoi le monde est-il en train de se soulever ? », France Info, 27 octobre 2019.


[3] Voir à ce sujet les travaux de F. Hartog, Temps, histoire, régimes d’historicité, Paris, Points, 2003 (préface de 2012).


[4] W. Benjamin, « Expérience et pauvreté » (1933), in : Po&sie , n° 51, tr. fr. P. Beck, B. Stiegler, p.73.


[5] L. Jeanpierre, In Girum, Les leçons politiques des ronds-points, La Découverte, Paris, 2019, p.181.


[5] K. Marx, La guerre civile en France (La Commune de Paris), 1871, p.55. [éd. numérique]


[6] M. Löwy, « Pessimisme révolutionnaire. Le marxisme romantique de Walter Benjamin », Cités, vol.74, 2018, p.99.


[7] W. Benjamin, « Thèse XV », « Sur le concept d’histoire », in : Oeuvres, Tome III, Paris, Gallimard, p. 440.


[8] J. Derrida, Spectres de Marx, Paris, Galilée, 1993, p.42.


[9] W. Benjamin, « Thèse XIV », « Sur le concept d’histoire », in : Oeuvres, Tome III, Paris, Gallimard, p. 439.


[10] S. Moses, L’Ange de l’Histoire. Rosenzweig, Benjamin, Scholem, Paris, Le Seuil, 1992, p.145.


[11] Expression empruntée à F. Ruffin, Il est où le bonheur, Paris, Les liens qui libèrent, 2019.


[12] E. Vuillard, 14 juillet, Paris, Actes Sud, 2016, p.163.


[13] J. Derrida, Spectres de Marx, Paris, Galilée, 1993, p.37.


Source: Le Vent Se Lève



samedi 25 janvier 2020

Terry Jones, un génie du british nonsense

1er février 1942 - 21 janvier 2020


Biographie de Terry Jones sur: https://fr.wikipedia.org/wiki/Terry_Jones
En plus d'être membre fondateur de la célèbre troupe de sketch britannique Monthy Python's flying circus,  il était écrivain,  réalisateur, scénariste.


Au début des années 2000, à l’heure où grands médias et dirigeants socialistes nous invitaient à nous rallier au « blairisme », Terry Jones consacra un brulôt à la Croisade américaine contre « le terrorisme » qui constitua, à nos yeux, une formidable alternative : un « autre modèle anglais », « notre modèle anglais à nous ». Ce livre fut en effet exemplaire à plus d’un titre : composé de chroniques courtes et d’une lecture aisée, il proposait une analyse de la novlangue « bushienne », aussi minutieuse que celle d’un Viktor Klemperer ou d’un George Orwell, avec en prime la verve comique des Monty Python - dont Terry Jones fut l’un des fondateurs et des principaux animateurs. Ce qui était remarquable, surtout, et difficilement imaginable au pays de Philippe Val, c’est qu’un « amuseur public » délaisse les salles de spectacle ou les plateaux de télévision pour passer à l’écrit et aborder des sujets graves sans pour autant perdre son humour, sans devenir sinistre et pontifiant - et sans virer « vieux con » élitiste, réactionnaire, pro-américain, anti-arabe et islamophobe... Il est bien là, le « miracle anglais » : un petit livre intelligent, radical, féroce, drôle, et - si le mot a encore un sens - de gauche. Le texte qui suit est une présentation de ce beau livre, rédigée par Damien-Guillaume et Marie-Blanche Audollent, traducteurs de Ma guerre contre la « guerre au terrorisme ». Nous la republions aujourd’hui en hommage à Terry Jones, qui vient de disparaître...

Lire la suite :
Un Monty Python contre « la guerre au terrorisme » de Damien-Guillaume et Marie-Blanche Audollent
sur le site Les mots sont importants




Terry Jones, un Monty Python contre l’Axe du Bien.

par davduf, Gédéon, le 24 mars 2006

Au soir du 11 Septembre, l’Occident frappé de stupeur erre à tâtons dans un monde en ruine. Afin de recoller les morceaux de leur autorité symbolique chancelante, les dirigeants américains se replient tambour battant sur un discours manichéen, qui menace et tranche : « Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous » . À ma droite, la démocratie, blanche comme l’agneau ; à ma gauche, le terrorisme aux noirs desseins. Foi d’Aristote, c’est beau comme de l’antique !

Mais le spectacle du monde a toujours partie liée avec la grammaire qui l’articule : Eux et Nous, le Bien et le Mal, le Vrai et le Faux sont d’abord des choix de mise en scène. Sitôt distribuées les cartes de ce jeu de dupes, qui condamne les « cerveaux disponibles » au suivisme patriotique, le langage est pris de curieuses contorsions. Triomphe d’une nouvelle et fruste grammaire, dont les règles perverties orchestrent les récits pernicieux de la « guerre au terrorisme ».

Révolté par l’hypocrisie du pouvoir et l’inertie du plus grand nombre, Terry Jones contre-attaque, pour démasquer les contradictions que recèle cette « guerre » et la forfaiture qu’elle constitue. Passant au crible d’une implacable verve satirique les faits d’armes et les méfaits de langue de George W. Bush et Tony Blair, l’ex-Monty Python revisite avec une féroce nonchalance les arcanes d’une croisade irrationnelle et mensongère, et nous invite à renouer les fils d’une réflexion trop souvent contaminée par le novlangue des « informations ».

Constatant que « la première victime de la guerre, c’est la grammaire », Terry Jones se met en devoir de traquer les symptômes de cette « guerre des mots » secrètement déclarée à l’opinion publique par les spin doctors de la Maison Blanche et de Downing Street, au détour de leur campagne contre le « terrorisme », ennemi aussi insaisissable que flou. « Le langage est censé rendre les idées claires, et compréhensibles pour tout un chacun, écrit-il. Mais [...] il est impossible de faire la guerre à un substantif abstrait : comment saura-t-on qu’on a gagné ? Quand le terme en question aura été supprimé du dictionnaire, peut-être ? »

Par jeux d’échos et de miroirs, se dévoile au fil des textes une pensée exigeante, qui dépasse largement le cadre de l’opposition à la guerre, pour interroger plus fondamentalement les mots d’ordre de notre « civilisation » ivre de son propre pouvoir. Voici donc, ci dessous, un avant-goût de ce jubilatoire exercice d’hygiène linguistique et civique ; la suite vous attend dans le livre !

Extrait du livre "Ma guerre contre la guerre au terrorisme" de Terry Jones:

Péril en la grammaire (12 janvier 2002)



Il y a quelque chose qui m’inquiète particulièrement, dans la « guerre au terrorisme » du président Bush : c’est la grammaire. Comment livre-t-on une guerre contre un substantif abstrait ? C’est un peu comme de bombarder le « meurtre ».

Imaginez un peu que Bush ait dit : « Nous allons bombarder le “meurtre” partout où il rôde. Nous allons pourchasser les meurtriers et les candidats au meurtre partout où ils se cachent et nous allons les traduire en justice. Nous allons aussi bombarder tous les pays qui abritent des assassins avérés ou des personnes susceptibles de le devenir. »

Un autre truc me tracasse au sujet de la « guerre au terrorisme » de Bush et Blair : quand et comment sauront-ils qu’ils ont gagné ?

Dans la plupart des guerres, on peut prétendre avoir gagné quand l’autre camp est exterminé, ou quand il capitule. Mais comment le « terrorisme » capitulerait-il ? C’est bien connu, dans les milieux linguistiques, qu’il n’est pas simple du tout, pour un substantif abstrait, de se rendre. D’ailleurs, c’est très difficile pour les substantifs abstraits d’accomplir quoi que ce soit de leur propre gré - et difficile, même pour les plus chevronnés des linguistes, de négocier avec eux. Il est ardu de trouver leurs caches, et vain de chercher à leur couper les vivres ou à intercepter leurs communications ; toute tentative pour les amener à capituler est vouée à l’échec. Qu’on le veuille ou non, les substantifs abstraits ne fonctionnent pas comme ça. J’ai bien peur que l’amère vérité sémantique soit que l’on ne peut gagner contre ce genre de mots - à moins, j’imagine, de les faire expulser du dictionnaire. Ça leur servirait de leçon !

Un voisin, professeur de sémiotique ontologique (actuellement occupé à chercher ce que son titre signifie) m’informe que la Seconde Guerre mondiale a été livrée contre un substantif abstrait : le « fascisme » - vous vous souvenez ? Mais je lui fais remarquer que ce substantif abstrait se cachait sournoisement derrière les très réels dirigeants de l’Allemagne nazie. En 1945, il nous suffisait de vaincre l’Allemagne nazie pour gagner. Dans la « guerre au terrorisme » du président Bush, il n’existe pas de solution de ce type. Il a beau claironner, tel le capitaine Haddock secouant un palmier : « Nous allons détruire le terrorisme. Et ne vous faites pas de souci, nous gagnerons ! », c’est à peu près aussi sensé que de dire : « Nous anéantirons l’insolence », ou : « Nous allons tourner l’ironie en ridicule. »

En fait, le mot même de « terrorisme » semble avoir changé de sens ces dernières années. Tout au long de l’histoire, le terrorisme a été un outil privilégié des gouvernements - on pense (ou peut-être pas) à la chevauchée [2] d’Édouard III à travers la Normandie en 1359. Mais, dans son acception courante, le « terrorisme » ne peut être le fait d’un pays. Quand les États-Unis ont bombardé une usine pharmaceutique au Soudan en 1998, sur la foi d’un tuyau percé de la CIA prétendant qu’il s’agissait d’une fabrique d’armes chimiques, ce n’était pas un acte de terrorisme. C’était juste complètement stupide. La pénurie de médicaments qui s’est ensuivie a probablement tué des milliers de personnes, mais ce n’était pas un « acte de terrorisme » selon la signification courante du mot, parce que c’est le gouvernement américain en tant que tel qui l’a commis. En plus, il s’est excusé. Ceci est très important. Aucun terroriste qui se respecte ne présente jamais ses excuses. C’est du reste l’un des rares critères qui permettent de distinguer les gouvernements légitimes des terroristes.



Il était donc vraiment malaisé pour le président Bush de savoir qui bombarder après les attentats du World Trade Center. Si la responsabilité en avait incombé à un pays comme les Bermudes ou la Nouvelle-Zélande, alors ça aurait été simple : Bush aurait pu bombarder les Bahamas et l’Australie. Que les auteurs d’une catastrophe si abominable ne fussent pas une nation, voilà qui devait être vraiment irritant. Qui plus est, les terroristes - à la différence d’un pays - ne se tiennent pas tranquilles dans leur coin, à attendre qu’on vienne les bombarder. Ils ont cette détestable habitude de bouger, et parfois même de sauter les frontières. Décidément, tout cela n’est pas très américain - euh, sauf en ce qui concerne leur entraînement...

Pour couronner le tout, on n’a pas la moindre idée de leur identité. Enfin, je présume que la CIA et le FBI n’avaient aucune idée de qui étaient les terroristes du World Trade Center - sinon ils auraient commencé par les empêcher de monter dans les avions. C’est le propre des terroristes de rester anonymes tant qu’ils n’ont pas personnellement commis un acte de terrorisme. Jusque-là, il n’y a que des gens ordinaires, comme ce brave Tim McVeigh qui habite la porte à côté, ou ce sympathique M. Atta qui prend des cours de pilotage.

Bon, pourrait-on objecter, il y a ce pas-si-gentil-que-ça (quoique assez bon en propagande) Oussama Ben Laden : nous savons qu’il a commis des actes de terrorisme, et qu’il a l’intention de recommencer. Très bien. Au moins, nous connaissons un terroriste. Mais tuons-le et nous n’aurons toujours pas tué le terrorisme. En fait, nous ne lui aurons pas infligé le moindre mal. C’est l’ennui quand on déclare la guerre au terrorisme. En tant que substantif abstrait, il ne peut se résumer à des individus ou à des organisations.

MM. Bush et Blair sont probablement les premiers chefs d’État à embarquer leurs pays dans une guerre sans savoir qui est l’ennemi.

Aussi, oublions le substantif abstrait. La guerre du président Bush, renommons-la pour lui, et appelons-la plutôt « guerre aux terroristes » ; ça fait déjà un peu plus concret. Mais, à vrai dire, la sémantique n’en devient que plus obscure. Qu’est-ce que le président Bush entend exactement par « terroristes » ? Comme il n’a en effet pas défini le terme pour nous, il ne nous reste plus qu’à tenter de déduire ce qu’il veut dire de ses actions.

À en juger par lesdites actions, les terroristes instigateurs des attentats contre le World Trade Center vivent tous ensemble dans des « camps », en Afghanistan. Apparemment, après la réussite de leur mission, ils se sont tous regroupés dans ces « camps » où il ne nous reste donc plus qu’à aller leur balancer une grêle de bombes dessus. Sans doute passent-ils leurs soirées là-bas à jouer de la guitare et à pique-niquer autour du feu. Dans ces « camps », les terroristes se consacrent aussi à « l’entraînement » et stockent des armes, qu’il ne tient qu’à nous de détruire à coups de bombes à fragmentation et de missiles à l’uranium. Il semble que personne n’ait expliqué au président Bush que quelques cutters ont suffi pour perpétrer les horreurs du 11 Septembre. Bien sûr, les États-Unis pourraient bombarder toutes les réserves de cutters à travers le monde, mais quelque chose me dit que ça n’éradiquera toujours pas les terroristes...

Du reste, je croyais que les terroristes qui ont fait s’écraser ces avions sur le World Trade Center vivaient en Floride et au New Jersey. Je croyais que le réseau Al-Qaida opérait dans soixante-quatre pays, notamment aux États-Unis et dans plusieurs pays d’Europe - que le président Bush lui-même préfère peut-être éviter de bombarder. Mais non : le président Bush, le Congrès américain, le Premier ministre Blair et la quasi-totalité de la Chambre des communes sont convaincus que les terroristes vivent en Afghanistan et qu’on peut les bombarder depuis une distance confortable. Nous assistons clairement, là encore, à un autre exemple de glissement de sens.

Les déclarations n’ont plus la même signification qu’avant. Par exemple, des gens me disent à tour de bras : « Nous devons continuer normalement, comme si de rien n’était. » De quoi parlent-ils ? Le World Trade Center a été détruit, des milliers de personnes y ont trouvé la mort, les États-Unis et le Royaume-Uni sont actuellement en train de bombarder l’Afghanistan. Cela ne ressemble pas pour moi à une définition du « normal ». Pourquoi devrions-nous faire comme si ça l’était ?

Et que signifie : « Nous ne devons pas céder au chantage des terroristes » ? C’est pourtant ce que nous avons fait, dès l’instant où les premières bombes sont tombées en Afghanistan. Les instigateurs du 11 Septembre, morts de rire, ont dû faire sauter les bouchons de leur champagne sans alcool ! Ils avaient réussi : les États-Unis attaquaient, une fois encore, un pays pauvre dont ils ignoraient jusqu’alors à peu près tout, soulevant dans tout le monde arabe une authentique vague de réactions écœurées, garantie de soutien aux fondamentalistes islamiques.

Les mots ont perdu de leur valeur, certains d’entre eux ont changé de sens et les linguistes, impuissants, en sont réduits à hocher la tête en se demandant si tout ça n’est pas, au bout du compte, un énorme gâchis grammatical. La première victime de la guerre, c’est la grammaire.




TERRY JONES

Ma guerre contre la « guerre au terrorisme »
Un Monty Python contre l’Axe du Bien
Traduction, préface et notes
par Marie-Blanche et Damien-Guillaume Audollent
Éd. Flammarion - 18 € - Paru le 10 mars 2006 - ISBN : 2-08-210562-8
Extrait publié avec l’aimable autorisation des éditions Flammarion.
© Flammarion, Paris, 2006, pour la traduction française.


vendredi 24 janvier 2020

La réponse de Dieu à Auschwitz




Ou : Voyage de Sion à Yad Vashem en passant par Gaza

DOSSIER SPECIAL





Wahrheit Macht Frei  La vérité rend libre



"Au cours des 19 dernières années -du 29 septembre 2000 (A/55/432-S/2000/921) au 11 décembre 2019 (A/ES-10/831-S/2019/937) - l'Autorité palestinienne a déposé 678 plaintes au Conseil de sécurité contre de nouveaux agissements illégaux de l'État d'Israël.
Malgré les réclamations de l'Assemblée générale, aucune de ces plaintes n'a été jugée par le Conseil de sécurité.
L'État d'Israël est le seul au monde à bénéficier d'un tel traitement de faveur, le Peuple palestinien est le seul au monde à ne pas être protégé par le Conseil de sécurité."


"Il n'y a pas de bon sionisme et de mauvais sionisme. Il y a UN sionisme qui a établi l'État juif en expulsant de force les Palestiniens. Il l'a fait en 1948 et en 1967, et il le fait encore aujourd'hui. Cela fait tellement de bien de rejeter toute la faute sur les colons, et c'est tellement typique de la gauche sioniste." Gideon Levy



Gaza, plus grand camp de concentration du monde

Allez à Gaza et criez « plus jamais ça »;

Par Gideon Levy

Gideon Levy. Encore lui, comme l’un des seuls Israéliens à dénoncer la duplicité, l’hypocrisie des chefs d’Etat qui vont se recueillir à Yad Vashem, sans un regard pour Gaza qui ne se trouve qu’à quelques km de là... Merci à l’Agence Média Palestine pour la traduction de cet article publié par Haaretz.


"Il est très important de se souvenir du passé, et il n’en demeure pas moins important que d’être conscient et de faire face à ce qu’il se passe dans le présent. Les dizaines de chefs d’État qui sont arrivés en Israël hier se souviennent peut-être du passé, mais ils gomment le présent. En se taisant, en détournant leurs yeux de la réalité tout en s’alignant de manière inconditionnelle sur les positions d’Israël, ils ne manquent pas seulement à leurs devoirs, ils trahissent aussi la mémoire du passé au nom duquel ils sont venus ici. Être reçus par Israël sans faire mention de ses crimes, commémorer l’Holocauste tout en ignorant les leçons à en tirer, visiter Jérusalem sans aller dans le ghetto qu’est Gaza lors de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, il est difficile de trouver plus grande hypocrisie.

C’est une bonne chose que les rois, présidents et autres notables viennent ici en l’honneur de cette journée du souvenir. Il est déplorable qu’ils ignorent ce que les victimes de l’Holocauste infligent à une autre nation.

La ville de Yerevan ne sera jamais témoin d’un tel rassemblement pour commémorer l’holocauste arménien. Les dirigeants du monde n’iront jamais à Kigali pour commémorer le génocide qui s’est produit au Rwanda. L’Holocauste est en effet le plus grand crime jamais perpétré contre l’humanité, mais ce n’est pas le seul. Mais les Juifs et Israël savent bien comment sanctifier sa mémoire, ainsi que comment l’utiliser à leurs propres fins.

En cette Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, les dirigeants du monde sont les invités d’un premier ministre israélien qui, la veille de leur arrivée, a demandé des sanctions, croyez-le ou non, contre la Cour Pénale Internationale de la Haye, héritage des tribunaux mis en place pour juger les crimes de la deuxième guerre mondiale.

En cette journée du souvenir, les dirigeants du monde viennent rencontrer un premier ministre qui essaie de les pousser à se positionner contre la Cour à la Haye. Il est difficile d’imaginer utilisation de l’Holocauste plus scandaleuse que celle-ci. Il est difficile de concevoir plus grande trahison de sa mémoire qu’en tentant de discréditer la Cour de la Haye, seulement parce qu’elle tente de remplir son rôle en enquêtant sur Jérusalem. Les invités garderont le silence sur ce sujet également. Certains d’entre eux seront peut-être convaincus que le problème se situe à La Haye et non à Jérusalem. Qu’il faut sanctionner la Cour plutôt que l’état occupant.

Personne ne devrait oublier l’Holocauste, c’est évident. Personne ne devrait non plus gommer le fait qu’il était dirigé contre le peuple juif. Et, précisément pour cette raison, personne ne devrait ignorer le comportement de ses victimes envers les victimes secondaires de l’Holocauste des juifs, le peuple palestinien. Sans l’Holocauste ils n’auraient pas perdu leur terre, et ne seraient pas emprisonnés aujourd’hui dans un gigantesque camp de concentration à Gaza ou vivant sous une brutale occupation militaire en Cisjordanie. 



Quand ils répètent aujourd’hui ad nauseam “plus jamais ça,” ils devraient regarder avec honnêteté vers le Sud et l’Est, à seulement quelques kilomètres du lieu de la commémoration à Yad Vashem. Il n’y a pas d’holocauste là-bas, juste l’apartheid. Pas d’annihilation, mais une brutalisation systématique d’une nation. Pas Auschwitz, mais Gaza. Comment peut-on ignorer cela lors de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste ?

Il est difficile de croire qu’il n’est venu à l’esprit d’aucun dirigeant venu à Jérusalem d’aller à Gaza après la cérémonie. Si l’un d’entre eux avait eu le courage de la faire, il ou elle aurait honoré la mémoire de l’Holocauste aussi bien qu’en visitant Yad Vashem. Il n’est pas beaucoup d’endroits sur terre où les mots “plus jamais ça” peuvent résonner autant qu’au sein de cet immense ghetto, créé par l’État des survivants de l’Holocauste. Ne pas aller à Gaza et ne pas voir ce qu’il s’y passe ? Ne pas s’identifier aux deux millions d’êtres humains qui sont enfermés dans un camp de concentration depuis 14 ans, à une heure de Jérusalem ? Comment est-ce possible ? Ne pas crier “plus jamais ça” à Gaza ? Comment osent-ils ?



Quelques dirigeants ont ostensiblement équilibré leur visite ici par une brève et rituelle visite à Ramallah, avec une séance photo avec Mahmoud Abbas, qui est également la cible des critiques d’Israël. Ce genre de visite ne signifie rien. Ce n’est pas Ramallah qui détermine le sort du peuple palestinien. C’est le gouvernement à Jérusalem et son appareil de défense à Tel-Aviv. Il faut venir aujourd’hui en Israël pour rappeler l’Holocauste au monde, mais aussi pour lui rappeler le silence qui règne au sujet de l’apartheid israélien. Contre ce silence, nous devrions tous crier : plus jamais ça.
L’Holocauste ne se répétera sûrement jamais, mais le silence embarrassé continue, y compris en ce jour de mémoire à Jérusalem. "



Traduction : L. pour l’Agence Média Palestine

Source : Haaretz

Source française: CAPJPO-EuroPalestine





En souvenir d'un Accord crapuleu (1933)



Si jamais il y a eu un accord qui a permis la création de l’État d’Israël, c’est bien le Ha’avara.
Il n’est pas surprenant que le Dr. Ludwing Pinner, membre du conseil d’administration de la société du Ha’avara, dans son essai « L’importance de l’immigration allemande pour la Palestine juive », publié en 1972, ne tarisse pas d’éloges sur les avantages incommensurables de cet accord. Il démontre clairement que c’est l’immigration de Juifs d’Allemagne qui a préparé le terrain pour l’État d’Israël. Sans le capital allemand, sans le savoir professionnel et technique, sans l’esprit d’initiative et l’énergie des Juifs d’Allemagne, il n’y aurait pas eu d’État d’Israël.
L’émigration régulière des Juifs d’Allemagne a démarré dès le mois de mai 1933 avec la mise en place de l’Organisation Ha’avara qui aura permis le transfert de dix mille Juifs d’Allemagne avec leur fortune et leurs possessions vers la Palestine (Ha’avara comme nous l’écrirons dans la suite signifie « transfert » en hébreu).

Les principes de ce genre de transfert ont été dégagés par Theodor Herzl dans son Der Judenstaat [l’État Juif]. Herzl avait prévu les difficultés qui se présenteraient en cas de départ d’un grand nombre de Juifs de leur pays hôte, en particulier si, comme c’était le cas pour l’Allemagne, ils constituaient un élément économique de poids. Il proposait de créer des « sociétés juives » dont l’objet serait de liquider les biens immobiliers des Juifs sur le départ. Ces migrants ne devaient pas suite à la cession de leurs biens dans le pays d’origine, recevoir de contrepartie monétaire immédiate, mais devraient recevoir « de l’autre côté », Herzl pensait à la Palestine, leur contrevaleur en maisons et marchandises, le tout en accord avec les besoins et le potentiel des nouvelles communautés.
Un accord similaire, modifié pour être actualisé aux conditions du moment, a été conclu entre les Allemands et les Juifs en 1938. Les migrants versaient le produit de la vente de leurs actifs sur un compte bloqué et recevaient en contrepartie des maisons, des marchandises ou du terrain en Palestine. Les sociétés palestiniennes qui prenaient part à l’opération utilisaient les reichsmarks versés sur le compte bloqué pour financer les importations de biens en provenance d’Allemagne.
…/...
Ingrid Wecker

Lire la suite: https://jeune-nation.com/culture/hitler-et-la-fondation-disrael-laccord-haavara.html

ou ici: Hitler et la fondation d’Israël – L’accord Ha’avara






Par Laurent GuyénotLe 11 novembre 2019Source Unz Review






Holocauste est un terme tiré de la Bible hébraïque (dans la traduction grecque), désignant le sacrifice religieux d’animaux entièrement consumés sur un autel. Le premier holocauste rapporté dans la Bible est pratiqué par Noé dans la Genèse, chapitre 8 : dans un accès de rage, Yahvé s’est dit à lui-même : « Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai créés, (…) car je me repens de les avoir faits » (6:7). Mais après avoir noyé presque toutes ses créatures dans un déluge, Yahvé regrette d’avoir regretté, quand Noé lui offre un énorme holocauste. Yahvé respira l’agréable odeur et se dit en lui-même : « Je ne maudirai plus jamais la terre à cause de l’homme (…) plus jamais ne frapperai tous les vivants comme j’ai fait » (8:21). Depuis lors, Yahvé devint accro à la « douce odeur » de la chair carbonisée. Selon le livre d’Esdras, un holocauste gigantesque a été offert à Yahvé par les Judéo-Babyloniens qui ont (re)colonisé la Palestine, en préparation pour la (re)construction du Temple (Esdras 7:12-17).


Du sang juif pour Sion



Pourquoi, alors, le nom « Holocauste » a-t-il été choisi pour désigner la destruction de millions de Juifs européens pendant la Seconde Guerre mondiale ? Tout ce qui est important dans l’histoire d’Israël reçoit un nom biblique, même la politique de dissuasion nucléaire d’Israël, l’« option Samson« . Mais pourquoi « holocauste » ? Dans quel sens l’Holocauste est-il un holocauste ? L’implication évidente est que la mort de millions de Juifs européens a plu à Yahvé, et, par conséquent, a accéléré l’accomplissement de sa promesse messianique. Aussi évidente soit-elle, cette implication est indicible en termes explicites. Elle ne sera chuchotée qu’énigmatiquement parmi les initiés (lisez par exemple les déclarations controversées d’Irving Greenberg sur Wikipedia. Au mieux, elle peut être voilée en termes religieux : « L’État d’Israël est la réponse de Dieu à Auschwitz », dans la formule trinitaire d’Abraham Herschel reliant Yahvé (le Père), Israël (le Fils) et l’Holocauste (le Saint Esprit ?)1.

Mais dans son livre « The Holocaust Victims Accuse », le rabbin antisioniste Moshe Shonfeld s’approche dangereusement de l’affirmation scandaleuse selon laquelle les sionistes avaient besoin de juifs sacrifiés pour fonder l’État juif : « Les dirigeants sionistes voyaient le sang juif versé de l’holocauste comme de la graisse pour les roues de l’État national juif. » (Lisez une critique du livre de Moshe Shonfeld ici, et téléchargez le livre en pdf ici).

Y a-t-il des faits à l’appui de la théorie selon laquelle les élites sionistes ont sacrifié les Juifs allemands sur l’autel du sionisme ? Voyons cela. On peut commencer par la déclaration de guerre publiée en première page du British Daily Express, le 24 mars 1933, à l’initiative de l’avocat sioniste Samuel Untermeyer de Wall Street : « Le peuple israélien dans le monde déclare la guerre économique et financière à l’Allemagne ». Les mots ont été soigneusement choisis pour impliquer les 600 000 Juifs vivant en Allemagne parmi les conspirateurs contre l’État allemand et le peuple allemand : « Les juifs du monde entier unis dans l’action », disait le titre, tandis que l’article insistait : « Quatorze millions de Juifs dispersés dans le monde entier se sont unis comme un seul homme… pour soutenir les 600 000 Juifs d’Allemagne. » Cette déclaration, entendue haut et fort en Allemagne, était une provocation destinée à mettre les Juifs allemands en grand danger, à une époque où, protestait Goebbels, « pas un cheveu sur la tête d’un Juif n’avait été touché ».




Beaucoup de Juifs, il faut le dire, ont protesté contre l’irresponsabilité de l’appel au boycott lancé par les élites financières juives. Le rabbin américain Harry Waton écrira en 1939 dans son « Program for the Jews » :

par ce stupide boycott, ils aggravent la situation des Juifs en Allemagne. Dans leur vanité et leur stupidité, les Juifs de ce pays ne réalisent pas combien il est inhumain et cruel de sacrifier les Juifs d’Allemagne pour satisfaire une vanité stupide et folle. (….) Six ans se sont écoulés depuis que les Juifs hors d’Allemagne ont déclaré la guerre à l’Allemagne nazie et à l’Italie fasciste. Les Juifs n’admettront jamais que les récents pogroms ont beaucoup à voir avec leur stupide boycott 2.

Ils n’admettraient pas non plus, bien sûr, que les pogroms étaient le résultat voulu du boycott, comme prétexte nécessaire pour transformer la guerre économique en guerre militaire, qui à son tour ferait déferler les enfers sur les Juifs allemands.

Comment Hitler a été pris au piège de sa propre prophétie


Comme on pouvait s’y attendre, cinq jours après la déclaration du boycott, Hitler annonça un contre-boycott des entreprises juives en Allemagne comme « mesure défensive ». En même temps, il a averti que « les Juifs doivent reconnaître qu’une guerre juive contre l’Allemagne entraînera des mesures sévères contre les Juifs en Allemagne » 3.

Le 30 janvier 1939, dans une ultime tentative de dissuader l’Angleterre de déclarer la guerre à l’Allemagne, Hitler lui envoya un avertissement de la tribune du Reichstag. Après avoir rappelé qu’il avait souvent été prophète, comme lorsqu’il prédisait sa propre montée au pouvoir, Hitler ajouta :

Je veux à nouveau aujourd’hui être prophète : si la finance juive internationale en Europe et hors d’Europe devait parvenir encore une fois à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat ne serait pas la bolchevisation du monde, et par là la victoire du judaïsme, mais au contraire l’anéantissement [Vernichtung] de la race juive en Europe.4

Cet « avertissement prophétique aux Juifs », comme le « Völkische Beobachter » titrait le lendemain, a été largement diffusé et discuté. Comme pour y répondre, l’Angleterre déclare la guerre le 3 septembre 1939. Le Congrès juif mondial (fondé en 1936 pour rallier les juifs du monde entier contre Hitler) a immédiatement déclaré qu’il soutenait sans réserve la Grande-Bretagne.


Hitler répéta sa prophétie le 30 janvier 1941, cette fois à l’adresse des États-Unis. Le New York Times a répondu en publiant un article qui équivalait à le mettre au défi de tenir parole :

il n’y a pas un seul précédent pour prouver qu’il tiendra une promesse ou qu’il accomplira une menace. Si on peut être sûr d’une chose d’après ses antécédents, en fait, c’est que la seule chose qu’il ne fera pas, c’est ce qu’il dit qu’il fera.5

Les États-Unis sont entrés en guerre en décembre 1941. Quelques jours plus tard, lors de la réunion de la Chancellerie du Reich du 12 décembre 1941, selon le journal de Goebbels, Hitler déclare que sa prophétie « n’est pas seulement une phrase. La guerre mondiale est là, et l’anéantissement [Vernichtung] des Juifs doit en être la conséquence nécessaire. » Encore une fois, Hitler aurait dû considérer l’évidence : il était poussé à agir selon sa prophétie.


Cette même année 1941, en réponse à un appel au sauvetage des Juifs d’Europe, Nathan Schwalb, chef de l’Agence juive en Suisse, décline l’offre avec la justification suivante :

Si nous n’apportons pas de sacrifices, avec quoi obtiendrons-nous le droit de nous asseoir à la table quand ils feront la répartition des nations et des territoires après la guerre ? (…) c’est seulement par le sang que la terre sera à nous6.

Déjà en 1938, les sionistes anglo-américains avaient saboté la « Conférence internationale d’Evian sur les problèmes politiques et économiques causés par l’expulsion des Juifs du Reich » et la résolution des démocraties occidentales d’ouvrir leurs frontières aux Juifs dont l’Allemagne souhaitait se débarrasser, car, selon David Ben-Gourion, cela « mettra en danger l’existence du sionisme. »7 Les Juifs allemands devaient soit se convertir de force au sionisme et émigrer en Palestine – mais les Britanniques n’autorisaient que des quotas limités – soit mourir dans les camps de concentration nazis – dans les deux cas, au profit ultime du sionisme. Lorsque la guerre a éclaté, il restait en Allemagne environ 275 000 Juifs qui, faute d’un visa accordé par un pays étranger, ne pouvaient émigrer. Cela avait été voulu par les sionistes anglo-américains.

Tout fut fait pour intensifier la rage des Allemands contre les Juifs. Au début de 1941 parut le livret de 96 pages de l’homme d’affaires juif américain Theodore Kaufman, « Germany Must Perish », prônant « l’extinction de la nation allemande et l’éradication totale de la terre de tout son peuple », en stérilisant tous les hommes allemands de moins de soixante ans, et les femmes de moins de quarante cinq ans, ce qui pouvait être réalisé en moins d’un mois par environ vingt milles chirurgiens. « En conséquence, en l’espace de deux générations, (…) l’élimination du germanisme et de ses porteurs aura été un fait accompli.8«  Interviewé par le Canadian Jewish Chronicle, Kaufman parle de la « mission » des Juifs de guider l’humanité vers une « paix perpétuelle » ; grâce à eux, « le monde se développera lentement mais sûrement en un paradis » ; mais pour le moment, « stérilisons tous les Allemands et les guerres de domination mondiale prendront fin »9. Le livre de Kaufman a été bien accueilli par le New York Times et le Washington Post. En 1944, il sera commenté par Louis Nizer dans son influent livre « What to Do with Germany ? » (très apprécié par Harry Truman). Nizer rejette la solution de Kaufman comme exagérée, mais recommande la peine de mort pour 150 000 Allemands et des « bataillons de travail » pour des centaines de milliers d’autres10.






Louis Marschalko, dans « The World Conquerors : The Real War Criminals (1958)« , cite quelques autres auteurs juifs très bien publiés qui prônent une « solution finale » à la « question allemande » : Leon Dodd, qui dans « How Many World Wars » (New York, 1942), proclame qu’aucune Allemagne et aucune race allemande ne doit être laissée après la guerre ; Charles Heartman, qui dans « There Must Be No Germany After This War » (New York, 1942), exige également l’extermination physique du peuple allemand ; Einzig Palil, qui dans « Can We Win the Peace ? » (Londres, 1942), exigeait le démembrement de l’Allemagne et la démolition totale de l’industrie allemande ; Ivor Duncan, qui dans le numéro de mars 1942 de Zentral Europa Observer, demandait la stérilisation de quarante millions d’Allemands, estimant le coût total à cinq millions de livres sterling 11.

Peu après le débarquement en Normandie, Roosevelt et Churchill discutent de l’avenir de l’Allemagne lors de la deuxième Conférence de Québec du 11 septembre 1944 et signent un projet élaboré sous la direction du juif américain Henry Morgenthau Jr, secrétaire du Trésor, et de son adjoint Harry Dexter White. Ce Suggested Post-Surrender Program for Germany, destiné à « empêcher l’Allemagne de déclencher une troisième guerre mondiale, projette de transformer l’Allemagne en un pays essentiellement agricole et pastoral », en démantelant et en transportant vers les pays alliés « toutes les installations industrielles et les équipements non détruits par une action militaire » et en exigeant le « travail forcé allemand hors d’Allemagne ». La révélation de ce « Plan Morgenthau«  insensé par le Wall Street Journal (23 septembre) a poussé les nazis dans une mentalité de lutte à mort désespérée et de rage contre les Juifs12.


Entre-temps, en 1944, un nouvel effort de l’administration Roosevelt pour ouvrir les frontières des pays alliés aux réfugiés juifs fut de nouveau avorté par les sionistes américains. Lorsque Morris Ernst, envoyé par Roosevelt à Londres pour discuter du projet, revint avec l’accord britannique d’accueillir 150 000 réfugiés, Roosevelt fut satisfait : « 150 000 à l’Angleterre – 150 000 pour faire pareil aux États-Unis – 200 000 ou 300 000 ailleurs et nous pouvons commencer avec un demi-million de ces opprimés. » Mais une semaine plus tard, Roosevelt annonça à Ernst l’abandon du projet « parce que le leadership juif dominant de l’Amérique s’y opposera ». Les sionistes, dit Roosevelt, « savent qu’ils peuvent récolter d’énormes sommes pour la Palestine en disant aux donateurs : « Il n’y a pas d’autre endroit où ce pauvre Juif puisse aller ». Mais s’il y a un asile politique mondial, ils ne peuvent pas lever leur argent. » Incrédule, Ernst a fait le tour de ses contacts juifs. Il écrivit dans ses mémoires que « des dirigeants juifs actifs m’ont dénoncé, ont ricané et ensuite m’ont attaqué comme si j’étais un traître. Lors d’un dîner, j’ai été ouvertement accusé d’avoir favorisé ce plan d’immigration plus libre [aux États-Unis] afin de saper le sionisme politique »13.

Les mêmes Juifs qui avaient tant fait pression jusqu’aux années 1930 en faveur d’une immigration juive sans restriction aux États-Unis voulaient maintenant que les Juifs restent piégés en Allemagne, jusqu’à ce que les survivants puissent être forcés à immigrer en Palestine.

Comment, sinon, pourraient-ils capitaliser sur un bilan du génocide juif ? Depuis que Theodor Herzl a utilisé l’affaire Dreyfus comme tremplin pour le sionisme, il était entendu que « l’antisémitisme est une force motrice qui, comme la vague du futur, amènera les Juifs vers la terre promise », comme Herzl l’a écrit dans son journal. « L’antisémitisme s’est développé et continue de croître – et moi aussi. »14 Logiquement, la force motrice sera proportionnelle à la violence de l’antisémitisme, c’est-à-dire au nombre rapporté de ses victimes et à l’horreur graphique de leur destin.

Les bons Juifs des Nazis

Les Juifs qui ont le plus souffert sous l’Allemagne nazie n’étaient pas les Juifs sionistes. Les Juifs sionistes étaient considérés par les nazis comme les bons Juifs15. Et pour de bonnes raisons : ils applaudissaient les Lois de Nuremberg de 1933, et protestaient contre le boycott économique imposé par les Juifs américains. La Fédération Sioniste d’Allemagne a adressé un mémorandum au « Nouvel État Allemand » (daté du 21 juin) condamnant le boycott, et exprimant sa sympathie pour l’idéologie Nazie :
Notre reconnaissance de la nationalité juive assure une relation claire et sincère avec le peuple allemand et ses réalités nationales et raciales. Précisément parce que nous ne voulons pas falsifier ces principes fondamentaux, parce que nous aussi, nous sommes contre le mariage mixte, nous sommes pour le maintien de la pureté du groupe juif et nous rejetons toute atteinte dans le domaine culturel. La réalisation du sionisme ne peut qu’être compromise par le ressentiment des Juifs à l’étranger contre le développement allemand. La propagande de boycott – telle qu’elle se poursuit actuellement contre l’Allemagne de bien des manières – est essentiellement anti-sioniste.16
Joachim Prinz, futur président du Congrès juif américain, a écrit dans son livre « Wir Juden » (« Nous les Juifs ») publié à Berlin en 1934 :
Nous voulons que l’assimilation soit remplacée par une nouvelle loi : la déclaration d’appartenance à la nation et à la race juives. Un État fondé sur le principe de la pureté de la nation et de la race ne peut être honoré et respecté que par un Juif qui déclare son appartenance à sa propre espèce.17
Ce n’était pas seulement de l’opportunisme. Il y avait toujours eu de la sympathie entre les racialismes juif et allemand, au point que le rabbin Waton (cité plus haut) affirmait que « le nazisme est une imitation du judaïsme »18 Ce n’est pas Hitler, mais Zeev Jabotinsky qui écrit dans sa Lettre sur l’autonomie, vingt ans environ avant Mein Kampf :
Un Juif élevé parmi les Allemands pourra adopter les coutumes allemandes, les mots allemands. Il pourra être entièrement imprégné de la substance allemande, mais le noyau de sa structure spirituelle restera toujours juive, parce que son sang, son corps, son type physique racial sont juifs.  (…) Il est impossible de préserver l’intégrité nationale sans préserver la pureté raciale.19
C’est donc très logiquement que Reinhardt Heydrich, chef du service de sécurité SS, écrivit en 1935 dans « Das Schwarze Korps », le journal SS :
Nous devons séparer les Juifs en deux catégories : les sionistes et ceux qui sont en faveur de l’assimilation. Les sionistes adhèrent à une position raciale stricte et, en émigrant en Palestine, ils aident à construire leur propre État juif. (…) Le temps n’est pas si lointain où la Palestine pourra à nouveau accepter ses fils qu’elle a perdus depuis plus de mille ans. Nos meilleurs vœux ainsi que notre bonne volonté officielle les accompagnent.20
Soixante mille riches sionistes allemands ont été autorisés à s’installer avec leur fortune en Palestine dans le cadre de l’Accord du Haavara, une contribution décisive à la colonisation juive de la Palestine21 Comme Hannah Arendt l’a rappelé en 1963, « tous les postes importants de la Reichsvereinigung (l’organisation officielle des Juifs dans l’Allemagne nazie) nommée par les nazis étaient détenus par des sionistes. Cela conduisit à une situation dans laquelle la majorité non sélectionnée des Juifs se trouva inéluctablement aux prises avec deux ennemis – les autorités nazies et les autorités juives. »22 Les sionistes et les nazis étaient unis contre la notion même d’assimilation et l’abomination du mariage mixte.






Dire qu’Hitler était sioniste serait exagéré, car il a écrit en 1923 :

lorsque le sionisme cherche à faire croire au reste du monde que la conscience nationale des Juifs trouverait satisfaction dans la création d’un État palestinien, les Juifs dupent encore une fois les goyim bien sots de la façon la plus patente. Ils n’ont pas du tout l’intention d’édifier en Palestine un État juif pour aller s’y fixer ; ils ont simplement en vue d’y établir l’organisation centrale de leur entreprise charlatanesque d’internationalisme universel ; elle serait ainsi douée de droits de souveraineté et soustraite à l’intervention des autres États ; elle serait un lieu d’asile pour tous les gredins démasqués et une école supérieure pour les futurs voyous.23

Pourtant, de 1933 à 1938, Hitler considérait les sionistes allemands comme des alliés idéologiques et stratégiques dans son désir de débarrasser l’Allemagne de ses Juifs. Et il ne fait aucun doute que la plupart des Juifs morts sous le nazisme faisaient partie des Juifs assimilationnistes, ceux qui n’avaient aucune sympathie pour le sionisme et que les sionistes considéraient comme apostats et traîtres à leur race.

Cela, je crois, explique pourquoi l’Holocauste s’appelle l’Holocauste : l’idée que les juifs assimilationnistes doivent périr est profondément biblique. La notion vient directement du Deutéronome :

Si ton frère, fils de ton père ou de ta mère, ou ton fils ou ta fille, ou l’époux que tu embrasses, ou ton ami le plus intime, essaie secrètement de te séduire en disant : « Allons servir d’autres dieux » (…), tu dois le lapider à mort car il a essayé de te détourner de Yahvé ton Dieu. (…) Tout Israël, entendant cela, aura peur, et aucun de vous ne commettra de nouveau une chose aussi méchante » (Deutéronome 13:7-12).24

Et si, dans une ville, « des scélérats de ta race (…) ont égaré leurs concitoyens, en disant : Allons servir d’autres dieux », alors

vous devez passer les habitants de cette ville au fil de l’épée ; vous devez la soumettre à la malédiction de la destruction – la ville et tout ce qui s’y trouve. Vous devez empiler tout son butin sur la place publique et brûler la ville et tout son butin, offrant tout cela à Yahvé votre Dieu. Elle doit être une ruine pour tous les temps, et ne jamais être reconstruite (Deutéronome 13:13-17).

Ou, selon une autre traduction : « toute la ville doit être brûlée en offrande à Yahvé ton Dieu. »

La règle de terreur des Lévites


En termes bibliques, l’assimilation signifie « servir d’autres dieux ». Les Juifs qui cherchent l’assimilation méritent la mort, et leur mort servira d’exemple pour les autres. Quand, au IIème siècle av. J.-C., des Israélites dirent : « Allions-nous aux Gentils qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d’eux, beaucoup de malheurs nous ont rattrapés », les Maccabées « se sont organisés en une force armée, terrassant dans leur colère les pêcheurs, et les renégats dans leur furie » (1 Maccabees 1-2), et ont établi leur théocratie asmonéenne25.

Terroriser les Juifs en les soumettant à une stricte séparation et une stricte endogamie est l’essence même de l’alliance avec Yahvé. La Torah montre que le règne de terreur de Yahvé repose sur le sacrifice des Juifs assimilationnistes et rebelles. Dans le Livre des Nombres, lorsqu’un Israélite eut le culot de comparaître devant Moïse avec sa femme Madianite, Phinées, le petit-fils d’Aaron, « prit une lance, suivit l’Israélite dans l’alcôve, et les transperça tous deux, l’Israélite et la femme, par le ventre ». Yahvé a félicité Phinées d’avoir eu « le même zèle que lui » et, en récompense, lui a donné « à lui et à ses descendants après lui, (…) le sacerdoce pour toujours », c’est-à-dire « le droit d’accomplir le rituel d’expiation pour les Israélites » (Nombres 25:11-13). Réfléchissons au fait que, selon la Bible, le sacerdoce aaronite était une récompense pour le double meurtre d’un Israélite assimilationniste et de sa femme non juive.
L’histoire de l’Exode 32 est encore plus révélatrice. Après l’épisode du Veau d’Or, Moïse conspire avec les fils de Levi qui se rallient autour de lui :

Il leur dit : ‘Yahvé, dieu d’Israël, dit ceci : Bouclez votre épée, chacun de vous, et parcourez le camp en tout sens de porte en porte, chacun de vous massacrant frère, ami et prochain’. Les Lévites firent ce que Moïse avait dit, et environ trois mille hommes du peuple périrent ce jour-là. Aujourd’hui, dit Moïse, vous vous êtes consacrés à Yahvé, l’un au détriment de son fils, l’autre de son frère, et il vous bénit aujourd’hui. (Exode 32:27-29).

En récompense du massacre de 30 000 « apostats » israélites, les Lévites reçoivent leur privilège en tant que classe sacerdotale héréditaire, une oligarchie entretenue par les autres tribus. Voici comment le bibliste Karl Budde paraphrase cet épisode, l’histoire fondatrice de l’institution des Lévites :

Nous voici, en fait, au moment même de l’origine de Lévi, et c’est ainsi qu’il faut le comprendre. A l’appel de Moïse, les fidèles de toutes les tribus se hâtent vers lui et lui prêtent leur bras même contre leur propre famille. Ceux qui furent ainsi mis à l’épreuve et éprouvés restèrent à partir de ce moment unis, et formèrent une nouvelle tribu, les ‘Levi’. (…) Levi est ainsi, pour ainsi dire, le garde du corps, le choix des fidèles de Yahvé qui se rassemblent autour de Moïse, renonçant aux liens anciens de la tribu et de la famille.26

Dans le Livre des Nombres 16-17, un groupe de deux cent cinquante Lévites, dirigé par Koré, sont eux-mêmes exterminés pour s’être rebellés contre Moïse et Aaron. « Je vais les détruire ici et maintenant », dit Yahvé, et « Le feu sortit de Yahvé et consuma les deux cent cinquante hommes offrant de l’encens » (16:20-35). « Le lendemain, toute la communauté des Israélites murmurait contre Moïse et Aaron en disant : « Tu es responsable du meurtre du peuple de Yahvé ! » Alors Yahvé dit : « Je vais les détruire ici et maintenant », et une épidémie décima quatorze mille sept cents d’entre eux » (17:6-14).

Ce que ces épisodes soulignent, c’est que l’autorité de Yahvé et de son élite de lévites est entièrement fondée sur la violence et la terreur contre les Israélites eux-mêmes. Il montre également que le Pacte est fondé sur la menace permanente de destruction. Les Juifs qui défient leurs élites représentatives et qui socialisent avec leurs voisins non-juifs, qui mangent avec eux, qui se marient entre eux, et qui, en faisant tout cela, font preuve de respect envers leurs dieux, sont, selon l’idéologie biblique, la lie du peuple juif, traître à Yahvé et à leur race. Ils méritent d’être éliminés sans pitié, d’autant plus qu’ils mettent en danger toute la communauté en attirant la colère de Yahvé.

Yahvé enseigne au peuple juif que l’amitié avec les non-juifs est une trahison de l’alliance, et sera punie par le désastre, voire l’extermination. Josué, le successeur de Moïse, dit aux Israélites qui avaient pris possession de Canaan :

Ne te mêle jamais aux peuples qui sont encore à tes côtés. Ne prononcez pas les noms de leurs dieux, ne jurez pas par eux, ne les servez pas et ne vous prosternez pas devant eux. (…) Si tu te lies d’amitié avec le reste de ces nations qui vivent encore à tes côtés, si tu te maries avec elles, si tu te mêles à elles, si tu te mélanges avec elles et qu’elles se mêlent à toi, sache avec certitude que Yahvé, ton dieu, cessera de déposséder ces nations devant toi, et pour toi elles seront un filet, un piège, des épines dans tes côtés et des chardons dans tes yeux, jusqu’à disparaître de cette belle terre donnée par Yahvé, ton dieu. (…) Car si tu violes l’alliance que Yahvé, ton dieu, t’a imposée, si tu vas servir d’autres dieux et que tu te prosternes devant eux, alors la colère de Yahvé s’enflammera contre toi et tu disparaîtras rapidement du beau pays qu’il t’a donné. (Josué 23:6-16)

La conquête de la Terre promise par Josué est le plan directeur de la colonisation sioniste, et la mentalité n’a pas changé. Le sionisme, idéologie fondatrice de l’État juif, est une version sécularisée du Yahvisme. Sa conception de la nation juive est strictement biblique, et donc intensément ethnocentrique et xénophobe. Il est donc naturel qu’un sioniste comme Benzion Netanyahou (le père de Benjamin) considère que pour un juif, épouser un non-juif est « même d’un point de vue biologique, un acte de suicide »27. Golda Meir, premier ministre d’Israël de 1969 à 1974, aurait formulé la même idée en termes plus suggestifs : « Épouser un non-Juif, c’est rejoindre les six millions [de juifs exterminés] »28. En d’autres termes, ces juifs assimilationnistes qui rompent l’alliance endogamique pourraient tout aussi bien être holocaustés, en ce qui concerne Israël. C’est tellement biblique !

Le paradigme biblique psychopathique


Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Juifs n’ont pas été tués par d’autres Juifs, comme dans les passages bibliques mentionnés ci-dessus. Mais du point de vue biblique, cela ne fait aucune différence, car c’est toujours Yahvé qui frappe les Israélites, qu’il utilise Moïse (un meurtrier en fuite depuis le commencement), ou qu’il leur envoie des fléaux, des pierres du ciel ou des armées étrangères. Pour punir David d’avoir ordonné un recensement national (compter les Juifs morts c’est bon OK, mais pas les Juifs vivants), Yahvé lui donne le choix : « Que préférez-vous : avoir trois ans de famine dans votre pays ; fuir pendant trois mois devant une armée en fuite ; ou avoir trois jours d’épidémie dans votre pays ? » David a choisi l’épidémie, qui a fait soixante-dix mille morts (2 Samuel 24:13), mais Yahvé pourrait tout aussi bien utiliser une armée étrangère.

Chaque fois que des Israélites sont attaqués, c’est parce que Yahvé veut les punir pour leur rébellion et leur idolâtrie. C’est Yahvé qui a envoyé les Assyriens détruire le royaume du Nord d’Israël pour punir les Israélites pour leur « idolâtrie » (2 Rois 17 ; Amos 3:14), et c’est Yahvé qui a poussé l’armée babylonienne à détruire les villes de Judée, « à cause des mauvaises actions qu’ils ont commis pour provoquer ma colère, en allant et offrant de l’encens et en servant les autres dieux » (Jérémie 44:3).

La véritable relation de cause à effet entre le pluralisme religieux et la campagne babylonienne contre Jérusalem était, en fait, exactement le contraire de ce que la Bible affirme. Dans le monde antique, la diplomatie internationale était étroitement liée à la tolérance religieuse : les nations se respectaient mutuellement en respectant leurs dieux respectifs. Le roi de Judée, Manassé, est accusé par les scribes bibliques d’avoir fait « ce qui déplaît à Yahvé, imitant les abominations des nations que Yahvé avait chassées devant les Israélites » en adorant « toute l’armée du ciel » (2 Rois 21:2-3). Mais son règne de 55 ans a été une période de paix et de prospérité exceptionnelles. En revanche, son petit-fils Josias, qui est loué pour avoir enlevé du temple « tous les objets de culte qui avaient été faits pour Baal, Asherah et tout le tableau du paradis », et pour avoir exterminé tous les prêtres « qui offraient des sacrifices à Baal, au soleil, à la lune, aux constellations et à tout le tableau des cieux » (2 Rois 23:4-5), a apporté la catastrophe à son royaume par sa politique arrogante d’exclusivité et de provocation envers Babylone.

Mais les leçons de l’histoire sont perdues pour les scribes bibliques. Leur enseignement n’est pas seulement historiquement trompeur ; c’est une insulte au bon sens et au sens moral, qui enseigne que la convivialité (partage de repas, mariages mixtes occasionnels…) favorise la confiance et la paix civile, tandis que la séparation crée la méfiance et le conflit. Le message de Yahvé est une recette pour la catastrophe (shoah en hébreu). C’est comme de dire aux Juifs : « Ne socialisez pas avec vos voisins, mais méprisez leurs traditions et, si possible, dépossédez-les ou exterminez-les. Si, après cela, ils vous agressent, c’est de votre faute : vous n’avez pas obéi assez scrupuleusement. » Telle est la folle « sagesse » véhiculée par la Torah depuis cent générations.

Immergés dans le paradigme biblique, les Juifs ne sont pas facilement persuadés qu’ils peuvent porter une responsabilité collective dans l’hostilité des Goyim. Après tout, même les païens leur disent aujourd’hui que « le Juif, objet de tant d’exécration, est parfaitement innocent, je dirai même inoffensif » 29. Assurés par leur tradition et leur leadership de la parfaite innocence de leur communauté, les juifs considèrent naturellement les critiques à leur égard comme irrationnelles et pathologiques. Il leur semble qu’il est dans la nature des non-juifs de haïr les Juifs. « La judéophobie est une variété de démonopathie », écrivait Leon Pinsker (médecin). « En tant qu’aberration psychique, elle est héréditaire, et en tant que maladie transmise pendant deux mille ans, elle est incurable »30. « Pour le Juif, le monde est une cage remplie de bêtes sauvages », écrit Henry Miller31.

Comme la plupart des traits de la psychologie collective juive, il s’agit d’un modèle cognitif appris de la Bible. Une bonne illustration en est le black-out dans la chaîne causale des événements entre, d’une part, la fin de la Genèse, lorsque Joseph ruina les paysans d’Égypte, les força à s’endetter et finalement à s’asservir, tout en enrichissant son clan, et, d’autre part, le début de l’Exode, quand un roi d’Égypte « qui n’avait jamais entendu parler de Joseph », voyant que les Israélites étaient devenus « plus nombreux et plus forts que nous », décida de prendre des mesures « pour les empêcher d’augmenter encore leur nombre, ou si la guerre devait éclater, ils pourraient rejoindre les rangs de nos ennemis » (Exode 1:9-10). Considérant l’activité parasitaire de la tribu de Jacob, les inquiétudes du roi et sa décision de taxer les Israélites de travail forcé peuvent sembler tout à fait justifiées ; mais parce que Joseph l’accapareur est le saint de Yahvé, agissant pour la prospérité du peuple élu de Yahvé, son comportement est irréprochable, et Pharaon est donc présenté comme irrémédiablement mauvais. À bien y penser, il est tout à fait approprié qu’Hitler soit considéré comme un avatar de Pharaon : il voulait réduire l’influence juive en Allemagne et craignait que les Juifs puissent « rejoindre les rangs de ses ennemis ».

Une autre illustration symbolique de la manière dont la Torah inhibe toute considération de la responsabilité d’Israël dans l’hostilité des nations, se trouve dans le court livre prophétique d’Obadiah : Ésaü est blâmé par Yahvé pour son ressentiment contre son frère Jacob (alias Israël), sans rappel qu’Ésaü a été privé de son droit de naissance par Jacob :

Pour la violence faite à ton frère Jacob, la honte te couvrira et tu seras annihilé à jamais ! (…) La maison de Jacob sera un feu, la maison de Joseph une flamme, et la maison d’Ésaü sera de chaume. Ils l’allumeront et la brûleront, et personne de la Maison d’Ésaü ne survivra. (Obadiah 10-18)

Nous avons ici, en fait, une belle prophétie d’holocauste pour la Maison d’Ésaü (symbolisant les nations, et, dans la tradition rabbinique ultérieure, les nations spécifiquement chrétiennes).

Holocaustes des gentils pour Yahvé et Sion


Évidemment, Yahvé peut aussi utiliser des holocaustes de « Gentils ». Le premier cas rapporté apparaît dans Nombres 31, après le massacre des Madianites, sauf leurs troupeaux et 32 000 filles vierges. Le butin était divisé en deux : la moitié pour les combattants, l’autre moitié pour les autres. De la part de la moitié des combattants, Yahvé exigeait comme sa propre « portion », « un sur cinq cents des gens, du gros bétail, des ânes et du petit bétail ». La part de Yahvé comprenait 32 filles, toutes confiées au prêtre Éléazar pour qu’il les offre à Yahvé. Comment ont-elles été offertes à Yahvé ? La Bible ne le dit pas. Mais nous savons que les animaux ont toujours été servis à Yahvé comme des holocaustes, et le libellé du Nombres 31 ne fait aucune distinction entre les dépouilles humaines et animales, mais insiste plutôt pour les mettre dans le même sac. Il n’y a donc aucune raison de supposer que la « part de Yahvé » des filles vierges a été offerte à Yahvé d’une autre manière que la part de Yahvé des bœufs, ânes et moutons.

Le traitement réservé par le roi David aux habitants de la ville de Rabba est également considéré comme un holocauste : David rassembla tous les prisonniers, et les « coupa avec des scies, des herses de fer et des haches, et les fit passer à travers le four à briques ; et il le fit ainsi pour toutes les villes des fils d’Ammon » (2 Samuel 12:3 et 1 Chroniques 20:3)32. Bien qu’il n’est pas précisé que démembrer et brûler les Ammonites en morceaux était une « offrande à Yahvé », on devine qu’il a apprécié l’odeur.

L’extermination complète des Cananéens (« hommes et femmes, jeunes et vieux ») dans les villes de Jéricho, Makkéda, Libnah, Lachish, Eglon, Hébron, Debir et Hazor dans le Livre de Josué, chapitres 6 à 12, et le même sort réservé aux Amalécites dans 1 Samuel 15, sont aussi les holocaustes dont Yahvé a évidemment été très satisfait.

Le culte de l’Holocauste


L’histoire est l’étude des causes et des effets des décisions et des actions humaines. Mais Israël voit sa propre histoire à travers le prisme biblique de son élection, ce qui le rend aveugle à sa propre responsabilité dans l’hostilité des Gentils. L’histoire est remplacée par la mémoire, substance des légendes et des mythes. C’est pourquoi Yosef Yerushalmi argumente dans son livre Zakhor: Jewish History and Jewish Memory, qu’Israël « a choisi le mythe plutôt que l’histoire ». Cela s’applique à l’Holocauste : « son image se façonne, non pas dans l’enclume de l’historien, mais dans le creuset du romancier »33.


Lorsqu’une tragédie historique ne peut être mise dans une perspective de cause à effet, elle entre dans le domaine de la mythologie. Si elle ne peut être analysée sur un mode rationnel, elle est fantasmée sur un mode religieux. Elie Wiesel peut donc déclarer que l’Holocauste « défie à la fois la connaissance et la description », « ne peut être expliqué ni visualisé », « ne doit jamais être compris ou transmis », « ne peut être transmis », « ne peut être communiqué »34, « quiconque n’a pas vécu l’événement ne peut jamais le savoir. Et celui qui a vécu l’événement ne pourra jamais le révéler pleinement »35.


Ceux qui contrôlent le discours public juif interdisent à quiconque d’exprimer la possibilité que la persécution des juifs puisse avoir certaines causes dans des actes juifs. Comme les Juifs sont, par définition, irréprochables, la violence nazie contre eux était gratuite et donc une manifestation du mal pur et métaphysique : la mèche de cheveux d’Hitler et sa moustache ont remplacé les cornes et la queue du diable comme iconographie populaire.


Dans le domaine de la mythologie, tout est possible. L’imagination des mythographes est la limite. Avec l’Holocauste, même l’inimaginable, l’absurde, l’impossible, le miraculeux doit être cru. Voici, par exemple, comment le célèbre professeur Simon Baron-Cohen – un homme sérieux comparé à son cousin, l’acteur Sacha Baron Cohen – commence son livre « The Science of Evil : On Empathy and the Origins of Cruelty », publié en 2011 par Basic Books :

Quand j’avais sept ans, mon père m’a dit que les nazis avaient transformé les Juifs en abat-jour. Juste un de ces commentaires que vous entendez une fois, et dont la pensée ne s’en va jamais. Pour l’esprit d’un enfant (même d’un adulte), ces deux types de choses ne vont tout simplement pas ensemble. Il m’a aussi dit que les nazis avaient transformé les Juifs en pains de savon. Cela semble incroyable, mais c’est pourtant vrai. Je savais que notre famille était juive, donc cette image de transformer les gens en objets semblait un peu me viser personnellement. Mon père m’a aussi parlé d’une de ses anciennes petites amies, Ruth Goldblatt, dont la mère avait survécu à un camp de concentration. Il avait été présenté à la mère et avait été choqué de découvrir que ses mains étaient inversées. Les scientifiques nazis avaient coupé les mains de Mme Goldblatt, les avaient retournées et les avaient cousues de nouveau de sorte que si elle avait baissé les paumes de ses mains, ses pouces étaient à l’extérieur et ses petits doigts étaient à l’intérieur. Ce n’est qu’une des nombreuses « expériences » qu’ils ont menées. Je me suis rendu compte qu’il y avait un paradoxe au cœur de la nature humaine – les gens pouvaient objectiver les autres – que mon jeune esprit n’était pas encore prêt à comprendre. (…) Aujourd’hui, près d’un demi-siècle après les révélations de mon père sur les comportements humains extrêmes, mon esprit est toujours tendu vers la même question unique : Comment comprendre la cruauté humaine ?36

Contre ceux qui osent soulever des questions de crédibilité, Primo Levi, dont les mémoires « Si c’est un homme » (1947) est (Wikipédia français) considéré comme un pilier de la littérature de l’Holocauste, avec « Nuit » d’Elie Wiesel et « Le Journal d’Anne Frank », a apporté une réponse imparable. Il a écrit dans « Les Naufragés et les rescapés » comment « les SS trouvaient plaisir à en avertir cyniquement les prisonniers » :

De quelque façon que cette guerre finisse, nous l’avons déjà gagnée contre vous ; aucun d’entre vous ne restera pour porter témoignage, mais même si quelques-uns en réchappaient, le monde ne les croira pas. Peut-être y aura-t-il des soupçons, des discussions, des recherches faites par les historiens, mais il n’y aura pas de certitudes parce que nous détruirons les preuves en vous détruisant. Et même s’il devait subsister quelques preuves, et si quelques-uns d’entre vous devaient survivre, les gens diront que les faits que vous racontez sont trop monstrueux pour être crus : ils diront que ce sont des exagérations de la propagande alliée, et ils nous croiront, nous qui nierons tout, et pas vous. L’histoire des Lager, c’est nous qui la dicterons.37

L’Holocauste est maintenant une religion, qui exige la foi et interdit la recherche critique. Pour les Juifs, c’est un substitut efficace au culte de Yahvé. « La religion juive est morte il y a 200 ans. Maintenant, il n’y a rien qui unifie les Juifs du monde entier à part l’Holocauste », a fait remarquer un jour Yeshayahu Leibowitz38. Un sondage Pew Research de 2013 sur le thème « Un portrait des juifs américains » montre qu’à la question « Qu’est-ce qui est essentiel pour être juif ? », « Se souvenir de l’Holocauste » vient en premier pour 73% des répondants, avant « Se soucier d’Israël » et « Observer les lois juives »39.


L’Holocauste est un dieu jaloux. Il n’y pas de musée de la guerre du Vietnam aux États-Unis. Aux Ukrainiens qui voulaient commémorer l’« Holodomor«  – la mort de 7 à 8 millions d’entre eux en 1932-1933 par une famine délibérément provoquée contre les koulaks résistant à la collectivisation – le président israélien Shimon Peres a conseillé, lors de sa visite à Kiev le 25 novembre 2010 : « Oubliez l’Histoire. »40


L’Holocauste est éternel. « Aujourd’hui, nous sommes confrontés, purement et simplement, à un danger d’anéantissement. […] Les gens pensent que la Shoah est terminée mais ce n’est pas le cas. Elle continue tout le temps », proclamait Benzion Netanyahu, le père du Premier ministre israélien41. En Israël, explique Idith Zertal, « Auschwitz n’est pas un événement passé mais un présent menaçant et une option constante »42.


L’Holocauste n’est pas seulement une religion pour les Juifs. Dans certains pays européens comme la France, elle devient une religion d’Etat : le culte est obligatoire à l’école et le blasphème est sévèrement puni. Mais même si le monde entier « se souvient presque quotidiennement de l’Holocauste », tous les hommes ne sont pas égaux dans ce culte. Tout comme Yahvé a séparé le peuple élu du reste de l’humanité, l’Holocauste trace une ligne de démarcation entre les victimes – « le peuple choisi pour la haine universelle », selon les mots de Pinsker43 – et leurs bourreaux – potentiellement le reste du monde. Ainsi, le culte de l’Holocauste s’avère être fonctionnellement interchangeable avec le Yahvisme antique : sa fonction première est d’aliéner les Juifs de l’humanité, de les exiler dans leur exception morbide, et en même temps de les terroriser pour les soumettre à leurs élites. Alors qu’on disait aux Juifs dans le Tanakh de « craindre Yahvé », on les exhorte maintenant à craindre l’Holocauste.


Laurent Guyénot, Historien, est l’auteur de De Yahvé à Sion : Dieu jaloux, peuple élu, terre promise… Le choc des civilisations, 2018 , et JFK-9/11 : 50 ans de Deep State, presse progressiste, 2014


Traduit par Hervé, relu par Marcel pour Le Saker Francophone


Notes:
  1. Abraham Herschel, Israel: An Echo of Eternity, Doubleday, 1969, p. 115 
  2. Harry Waton, A Program for the Jews and an Answer to All Anti-Semites, 1939 (archive.org), p. 48 
  3. Jeffrey Herf, The Jewish Enemy : Nazi Propaganda During World War II and the Holocaust, Harvard UP, 2006, p. 39 
  4. Cité dans Florent Brayard, La « solution finale de la question juive », Fayard, 2004 
  5. Jeffrey Herf, The Jewish Enemy, op. cit. p. 78 
  6. Reb Moshe Shonfeld, The Holocaust Victims Accuse : Documents and Testimony of Jewish War Criminals, Bnei Yeshivos, 1977, p. 24 
  7. Alan Hart, sionisme : The Real Enemy of the Jews, vol. 1 : The False Messiah, Clarity Press, 2009, p. 164 
  8. Theodore Kaufman, Germany Must Perish, Argyle Press, 1941 (archive.org), p. 30 
  9. « Hitler ne sera rien d’autre qu’un bouton de rose », dit l’auteur de « Germany Must Perish / L’Allemagne doit périr », The Canadian Jewish Chronicle, 26 septembre 1941, cité dans Brandon Martinez, Grand Deceptions: Zionist Intrigue in the 20th and 21st Centuries, Progressive Press, 2014, kindle, k. 226 
  10. Louis Nizer, What to do with Germany?, Brentano’s, 1944 (archive.org), p. 98-107 
  11. Louis Marschalko, The World Conquerors : The Real War Criminals, 1958 (archive.org), p. 105 
  12. Cité dans David Irving, Nuremberg : The Last Battle, Focal Point, 1996, p. 20 
  13. John Mulhall, America and the Founding of Israel: An Investigation of the Morality of America’s Role, Deshon, 1995, p. 109 
  14. Complete Diaries of Theodore Herzl (1960), vol. 2, p. 581, cité dans Alan Hart, Zionism, The Real Ennemies of the Jews, vol. 1, The False Messiah, Clarity Press, 2009, p. 163. Les 5 volumes complets des répertoires de Herzl se trouvent sur archive.org 
  15. Lenni Brenner, Le sionisme à l’ère des dictateurs, Lawrence Hill & Co, 1983 
  16. Lucy Dawidowicz, A Holocaust Reader, Behrman House, 1976, p. 150-155 
  17. Cité dans Israel Shahak, Jewish History, Jewish Religion: The Weight of Three Thousand Years, Pluto Press, 1994, p. 86 
  18. Harry Waton, A Program for the Jews, op. cit. p. 54 
  19. Lenni Brenner, 51 Documents: Zionist Collaboration with the Nazis, Barricade Books, 2002, pp. 7-20 
  20. Cité dans Heinz Höhne, The Order of the Death’s Head: The Story of Hitler’s SS, Penguin Books, 2001, p. 133 
  21. Tom Segev, The Seventh Million: The Israelis and the Holocaust, Hill et Wang, 1993 
  22. Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963), Gallimard, « Folio/histoire », 1997, p. 136 
  23. Adolf Hitler, Mein Kampf, Reynal & Hitchcock, 1941 (archive.org), pp. 447-448 
  24. Toutes les citations bibliques de la Bible de la Nouvelle Jérusalem, www.catholic.org/bible 
  25. Norman Cantor, The Sacred Chain : The History of the Jews, Harper Perennial, 1995, pp. 55-61 
  26. Karl Budde, Religion of Israel to the Exile, New York, 1899 (archive.org), p. 82 
  27. Benzion Netanyahu, The Founding Fathers of Zionism (1938), Balfour Books, 2012, enflammé 2203-7 
  28. Cité dans Edgar Morin, Le Monde moderne et la question juive, Seuil, 2006 
  29. Jean-Paul Sartre, Réflexions sur la question juive (1946), Gallimard, 1985, p. 183 
  30. Leon Pinsker, Auto-Emancipation : An Appeal to His People by a Russian Jew (1882), sur  https://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Zionism/pinsker.html 
  31. Henry Miller, Tropic of Cancer, cité dans Josh Lambert, Unclean Lips : Obscenity, Jews, and American Culture, New York UP, 2013, p. 125 
  32. J’ai confondu les deux récits presque identiques du même épisode dans 2 Samuel 12:31 et 1 Chroniques 20:3 
  33. Yosef Hayim Yerushalmi, Zakhor : Jewish History and Jewish Memory (1982), University of Washington Press, 2011, p. 530-35 et 1846-78 
  34. Norman Finkelstein, The Holocaust Industry: Reflections on the Exploitation of Jewish Suffering, Verso, 2014, p. 47 
  35. Cité dans Tim Cole, Selling the Holocaust : From Auschwitz to Schindler: How History is Bought, Packaged, and Sold, Routledge, 1999, p. 16 
  36. Simon Baron-Cohen, The Science of Evil : On Empathy and the Origins of Cruelty, Basic Books, 2011. Ce passage est tiré de l’édition kindle (108-150), et peut également être lu sur l’édition en ligne sur archive.org, ou en « regardant à l’intérieur » sur Amazon l’édition intitulée Zero Degrees of Empathy chez Penguin. Mais, comme j’ai eu du mal à croire ce que j’ai lu, j’ai aussi « consulté » d’autres éditions d’Amazon, et j’ai eu la surprise de voir que l’auteur a modifié ce passage dans une nouvelle édition 2012 de Basic Books, en supprimant la phrase « ça semble incroyable, mais c’est vrai », et en requalifiant les histoires de savons et abat-jour en « rumeurs ». Pourtant, il s’en tient à sa croyance dans le miracle chirurgical des mains inversées. Ce passage est même reproduit, sous une forme légèrement modifiée, dans le New York Times 
  37. Primo Levi, Les Naufragés et les rescapés. Quarante ans après Auschwitz, Gallimard, 1989, p. 11 
  38. Rapporté par Uri Avnery en 2005, cité dans Gilad Atzmon, The Wandering Who ? A Study of Jewish Identity Politics, Zero Books, 2011, pp. 161-162 
  39. « A Portrait of Jewish Americans », sur www.pewforum.org 
  40. Alexander Motyl, « Ukrainians and Jews… », 15 avril 2011, worldaffairsjournal.org 
  41. Cité dans Alan Hart, Zionism : The Real Enemy of the Jews, vol. 3 : Conflict Without End ? Clarity Press, 2010, p. 364 
  42. Idith Zertal, Israel’s Holocaust and the Politics of Nationhood, Cambridge University Press, 2010, p. 4 
  43. Leon Pinsker, Auto-Emancipation, op. cit. sur http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/Zionism/pinsker.html 

Source: Le Saker Francophone


Dossier conçu par Gaël Hadey