vendredi 19 juillet 2019

Aucun droit n'est acquis sans force



Gaelle Kermen est l’auteur de la série des Scrivener plus simple, les guides francophones pour Mac, Windows et iOS, publiés sur toutes les plateformes numériques depuis 2016.
Diariste depuis les années 60, elle publie cinquante ans plus tard son Journal de vie.
Auteur d’Aquamarine 67, 2010, Le Festival de Wight 70 vu par 2 Frenchies, 2017, Des pavés à la plage Mai 68 vu par une jeune fille de La Sorbonne, 2018.
Elle restaure et entretient elle-même son domaine et sa chaumière en Bretagne. Elle prépare une série sur l’histoire de son village et les travaux qu’elle y exécute pour marcher dans la beauté. 



Extrait des mémoires de Gaëlle Kermen, jeune fille bretonne qui avait 20 ans en 1968:


“Quand on a un peu le sens de l’histoire et qu’on replace les événements dans leurs contextes spatio-temporels, on réalise vite que ce n’était pas mieux avant. Mais nous sommes arrivés à une période où nous pouvons tellement régresser que nous risquons de penser que « c’était mieux avant ! ». Rien n’est jamais définitif, tout peut être remis en question. Un pays garde sa cohésion quand les bases constitutionnelles sont admises par le plus grand nombre. Mais tout peut changer très vite, comme la dernière année nous le démontre.”

“Aucun droit n’est acquis sans rapport de force..
…/...
Nous avons obtenu des acquis par les luttes. Rien n’a jamais été donné sans être d’abord exigé, au besoin par la force. Il ne faut rien lâcher maintenant que le pays est en grève depuis des semaines au printemps 2018. Les cheminots, les étudiants, les services publics, sont allés trop loin pour renoncer maintenant devant l’usage de la force, censée faire respecter la loi, selon le gouvernement.

Mais quand les lois sont injustes, le devoir est de les enfreindre. La désobéissance civile est un combat responsable. Quand une situation est devenue insoutenable pour le peuple, il doit retrouver son devoir sacré, inscrit dans la base de nos constitutions depuis 237 ans, l’insurrection.

Il ne faut pas laisser le pays revenir en arrière. Nos acquis sociaux, humains, environnementaux faisaient notre gloire. Nous devons les conserver et les enrichir.

Il faut partager nos richesses avec ceux qui n’ont plus rien.
Le pillage est stérilisant.
Le partage est enrichissant.
…/...
Qui veut justifier la mort de son chien dit qu’il avait la rage. C’est exactement ce qui se passe actuellement. La méthode est éculée. Il faut changer de paradigme.

Il est sûr que le monde montré par les médias à la solde du pouvoir n’est pas celui que je regarde en direct lors d’événements retransmis par des militants ou des gens concernés par le sort de leur semblable.

Tout ce que nous dénoncions il y a cinquante ans est revenu en pire, en bien pire.
Ceux qui dégradent nos conditions de vie sont au gouvernement !
Ceux qui prennent le pays en otage sont au gouvernement !
…/...

Seuls nos rêves sont vrais et méritent d’être vécus.
Rêveuses et rêveurs de tous les pays, unissons-nous !

Gaëlle Kermen

jeudi 18 juillet 2019

Le roi dandy omnipotent du Maroc


Au-delà des textes, le pouvoir du roi du Maroc procède du droit divin. Jusqu’en 2011, le monarque était un personnage « sacré », statutairement à mi-chemin entre l’humain et la divinité. Depuis, cette disposition constitutionnelle a été abandonnée, un « gage de démocratisation » dont les thuriféraires du régime ont fait grand cas. Sauf qu’à y regarder de plus près, la version originale de la nouvelle Constitution stipule que le peuple doit toujours au roi respect et tawqir, terme arabe évoquant une attitude à mi-chemin entre la révérence et l’adoration et, surtout, expression historiquement utilisée pour distinguer le lignage prophétique dont se réclament les rois du Maroc depuis des siècles. Autrement dit, Mohammed VI n’est peut-être plus « sacré », mais on lui doit toujours la révérence accordée aux descendants du prophète de l’islam. Une révérence dont la cérémonie annuelle de « reconduction de l’allégeance » donne un aperçu très tangible. À chaque fête du trône, les Marocains assistent encore à ce spectacle pharaonique : le souverain tout de blanc vêtu, fendant à cheval une foule d’adorateurs qui se courbent en cadence à son passage, tandis que les serviteurs du palais, vêtus de la coiffe rouge des esclaves d’antan, leur hurlent les messages de bénédiction du maître… Fait remarquable : parmi les milliers de personnes qui forment cette « chorégraphie », comme l’avait qualifiée le grand intellectuel marocain Abdellah Laroui, le roi, juché pendant toute la cérémonie sur son pur-sang, est le seul à ne pas toucher terre. Normal : il est khalifat Allah fi ardih, le représentant de Dieu sur sa terre, c’est inscrit noir sur blanc dans le texte d’allégeance !
…/...
Avec une telle accumulation de pouvoir et de richesses, comment expliquer que le peuple marocain n’en veuille pas plus à son roi, et que le vent de ferveur du Printemps arabe n’ait pas dégénéré en fièvre révolutionnaire ? En effet, alors que les Tunisiens criaient « Ben Ali dégage » et que les Égyptiens scandaient « À bas Hosni Moubarak », seuls quelques rares têtes brûlées, au Maroc, appelaient à la chute de Mohammed VI et l’instauration de la République. L’écrasante majorité se contentait de dénoncer la « corruption de l’entourage royal » (comme si Mohammed VI était un membre extérieur à sa propre cour) et l’« absolutisme » (comme s’il s’agissait d’un concept abstrait, détaché de la personne du roi). Pourquoi une telle prudence sémantique, alors que le vent de révolte venu de l’est avait emporté toutes les inhibitions ?
Trois explications peuvent être avancées. Primo, la monarchie marocaine a 1 200 ans d’histoire et la dynastie alaouite, dont Mohammed VI est le 23e représentant, règne sur le pays depuis plus de 350 ans. Autant dire que la légitimité de la royauté est profondément ancrée dans l’inconscient collectif des Marocains. Secundo, aussi autocratique puisse-t-il être, le roi actuel n’a pas étouffé ou tyrannisé son peuple au point de faire naître un sentiment révolutionnaire général chez ses sujets. Aussi dégradé que soit l’état des libertés publiques sous Mohammed VI, il n’a jamais été comparable à la chape de plomb dictatoriale de la Tunisie sous Ben Ali ou de l’Égypte sous Moubarak. Enfin, entre les rudes montagnards rifains, l’élite commerçante fassie, les Casablancais modernes et souvent violents, les Berbères industrieux du Sous, les Sahraouis indépendantistes, etc., le Maroc est une mosaïque ethnico-géographique aussi complexe que délicate. L’idée que « sans la monarchie et son rôle unificateur, le Maroc exploserait en mille morceaux » est largement partagée. Le roi est donc un personnage intouchable car il trône au-dessus d’une institution que les Marocains considèrent, à tort ou à raison, comme indispensable à la survie de leur pays. Mais il n’y a pas que cela. Force est de constater que Mohammed VI est, à titre personnel, extrêmement populaire.



Source: Cairn.Info


Nous reccommandons à nos lecteurs de lire l'article très documenté de Ahmed Benchemsi dans son intégralité.



Douze palais, 600 voitures, des montres à un million : la richesse de Mohamed VI après 20 ans de règne

Le roi du Maroc Mohamed VI représenté en forme de serrure, 
cette caricature dessinée par Damien Glez (en illustration), 
a été reprise par un jeune Marocain de 18 ans, Walid Bahomane, 
sur sa page Facebook. Résultat, il a été arrêté le 24 janvier puis 
jugé et condamné à un an de prison et à 10.000 dirhams d’amende 
(environ 1.000 euros), pour “atteinte aux valeurs sacrées du Maroc”. 
Mais l’affaire ne s’arrête pas là puisque ce dessin a également été
 publiée par le quotidien espagnol El Pais, ce qui a provoqué son 
interdiction au Maroc.





Par Sonia Moreno
Traduit par  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي


On estime sa fortune à  plus de 5 milliards d'euros. Le monarque marocain voyage toujours avec une 
suite de 300 personnes.



Le monarque marocain Mohamed VI a accumulé des richesses inestimables au cours des deux 
décennies de son règne, mais il a aussi hérité une grande fortune de son père Hassan II, mort 
le 23 juillet 1999, avec qui il partage l'amour du luxe.

Le nouveau monarque, affectueusement surnommé M6, a rimpu avec les coutumes 
de la monarchie alaouite dès le premier jour. Après la mort de son père, il réduit la période 
de deuil et annonce sa marque de gouvernement : le pragmatisme. Il a estimé que le pays
 ne pouvait pas se permettre d'arrêter de travailler et a demandé l'administration de reprendre 
ses activités dès que possible.

Le Maroc alloue chaque année 250 millions d'euros à la famille royale, bien que cela ne figure pas 
dans les budgets généraux. En 2015, il avait déjà une fortune estimée à 5 milliards de dollars. 
Le magazine usaméricain Forbes l'a classé premier dans la liste des plus riches du Maroc, 
et cinquième sur le continent africain. Voici quelques-unes de ses possessions les plus précieuses.

1. Douze palais et 1 100 domestiques pour un million d'euros par jour

Le monarque alaouite possède 12 palais dans le royaume aménagés et fonctionnels avec 1100 serviteurs
au cas où il arriverait à tout moment. Leur entretien coûte un million d'euros par jour. Bien que, 
à la différence à son père, il ne demande pas que dans chaque résidence on cuisine des repas et des dîners 
au cas où il lui arriverait de se présenter sans préavis.

Il a son bureau dans le palais royal de Rabat, le plus grand. Il y reçoit les chefs de gouvernement, 
les monarques et autres invités d'honneur. En fait, à l'intérieur de l'enceinte se trouve un autre palais, 
le palais des invités, où les rois d'Espagne passent la nuit lorsqu'ils visitent le pays voisin.


Palais royal de Tétouan
C'est vraiment toute une ville parce qu'à l'intérieur du palais il y a une clinique, une école, une écurie, 
deux piscines, deux terrains de golf, des courts de tennis, une forêt, un cimetière, un abattoir, et même 
une prison. Tout cela est décrit dans le livre Le Dernier roi de l'auteur français Jean-Pierre Tuquoi.

Pour les vacances d'été, il choisit le nord du pays et, par exemple, cette année, il profite du Palais de 
Tétouan, situé au cœur de l'ancienne colonie espagnole, où il y a un déploiement de centaines d'agents 
de sécurité ces jours-ci. Le bâtiment de style hispano-mauresque servait de demeure au sultan qui était 

sous protectorat espagnol.

2. Château de Betz en France, à 2 000 km. de Rabat

Il l'a hérité de son père Hassan II et sert de résidence à sa seconde épouse, Lalla Latifa, mère du roi 
actuel. Il a été acheté en 1972 à un riche Norvégien qui possédait un hôtel de luxe. Pour l’anecdote,
 au XVIIIème siècle, il appartenait à une princesse de Monaco, qui a dû fuir en raison de la Révolution 
française.Sur la propriété de 71 hectares traversée par une rivière se trouve un autre petit château, 
le Pavillon du Prince, construit par Hassan II.

Le château de Betz
La création d'emplois pour le roi du Maroc à Betz, petit village de 1 000 habitants situé à 60 kilomètres 
au nord-est de Paris, a assuré sa popularité. La propriété compte 20 employés tout au long de l'année ; 
jardiniers, femmes au foyer, personnel qui s'occupe du bâtiment, du parc et des chevaux royaux. 
Lorsqu'il y séjourne - au moins trois fois par an - le personnel de service, recruté dans et autour de 
la localité, augmente. · ces occasions, l'économie locale en profite car le boulanger livre 300 baguettes 
par jour, vu que Mohamed VI voyage avec 200 personnes à sa suite.

3. Le quatrième hôtel le plus luxueux du monde

Il a fait construire l'hôtel Royal Mansour en 2007 et l'a inauguré en 2011 sur le site d'un ancien jardin municipal à Marrakech. 
Il abrite 53 ryads - bâtiments traditionnels autour d’un patio centrale - sur trois étages pour accueillir ses amis et sa famille 
lorsqu’il séjourne dans la ville rouge. De fait, il n'est pas loin de la place Djemaa El Fnâ, classée au patrimoine mondial 
de l'humanité qui relie les nouveaux quartiers et l'ancienne médina.

L’hôtel est géré par 500 employés et dispose de salles privées d'une superficie allant jusqu’à 850 mètres carrés. 
Le service est invisible car le personnel se déplace à travers un conduit souterrain qui est
parfaitement conçu pour communiquer avec les ryads individuels des hôtes, assurant ainsi l'intimité 
et la tranquillité des clients ou des invités.

Hôtel Royal Mansour
Il dispose d'une bibliothèque et d'un spa en marbre blanc de 1.500 m2 avec soins corporels complets, 
une piscine couverte et un gymnase. Il compte également trois restaurants sous la direction du chef 
Yannick Alléno, qui a une étoile au Guide Michelin.

4. L'un des dix plus grands yachts du monde, Badis 1

Cette semaine on a appris la dernière acquisition royale, le yacht Badis 1, amarré dans la ville 
septentrionale de Rincon, face au Sofitel deTamuda, où Mohamed VI passe actuellement ses vacances.
Le bateau, long de 70 mètres et large de 13 mètres, est l'un des 10 plus grands voiliers au monde. 
En fait, il ne peut accoster que dans trois ports du pays, Tanger, Marina Smir et Mohammedia.

  Le yacht Badis 1
Il dispose d'un salon de 157 mètres carrés et de six cabines : une suite principale, deux VIP et trois 
doubles, avec une capacité pour 12 personnes, en plus des 12 membres de l'équipage. 
Arrivé à Casablanca le 24 juin, le bateau a traversé l'Atlantique le 26 juin en direction du nord, 
traversé le détroit de Gibraltar et accosté sur la côte méditerranéenne.

Le bateau de luxe appartenait à l'homme d'affaires usaméricain Bill Duker, qui a demandé 88 millions d'euros, 
et bat pavillon marocain depuis mars 2019. Selon le magazine Telquel, cela aurait pu être 
un cadeau. Le roi possédait déjà un voilier plus petit, El Boughaz 1, une goélette de 41 mètres 
construite aux USA en 1930 et transformée en yacht de luxe dans les années 1980.

Mohamed VI confirme ainsi que la navigation est une nouvelle passion partagée avec son père. 
Hassan II lui-même possédait deux bateaux, Oued Eddahab et Al Mass.

5. Il voyage avec deux avions privés et un avion militaire

Mohamed VI utilise fréquemment pour ses voyages deux avions privés, un Boeing 737 
et un Boeing 747, ainsi qu’un Hercules C-130. Dans les premiers voyagent entre 250 et 
300 personnes; et l’avion militaire est réservé au mobilier et aux bagages.

Boeing
La flotte actuelle comprend deux autres appareils Gulfstream (modèle G550). Et l'été dernier, 
un nouvel avion privé, un Gulfstream G650, l'un des plus performants du marché, a été ajouté, 
pour 57 millions d'euros. L'avion est spécialement décoré, dispose d'un système antimissile israélien et 
est capable d'atteindre 1 000 kilomètres à l'heure et de voler 13 000 kilomètres sans escale. 
Bien qu'il soit à la disposition de la famille royale, il s'agit d'un cadeau à l'héritier, Moulay Hassan, 
comme l'indiquent les initiales sur le numéro d'enregistrement.

6. 600 voitures dans le garage royal

De son grand-père Mohamed V et de son père Hassan II, , également collectionneurs, il a hérité un goût 
pour les voitures. Contrairement aux Rolls et Cadillac de ses prédécesseurs, Mohamed VI a opté pour 
des modèles sportifs.

Sa collection de voitures de luxe et anciennes s'élève à 600, ce qui consomme six millions d'euros 
du budget annuel marocain. Des équipes spéciales s’occupent de l’entretien dans un parc de 
stationnement de la Route des Zaer à Rabat, même s'il ne les conduit presque jamais.

Jeep Renegade
Ce n'est pas seulement une question d'image, mais une vieille histoire d'amour qui a commencé 
quand il avait 10 ans et a reçu comme cadeau d'anniversaire une mini-Jeep Renegade qu'il conduisait 
dans les rues du palais. Une photo de lui, à bord de ce jouet, a circulé sur les réseaux sociaux. Et puis à 
son fils Moulay Hassan il a aussi donné une voiture semblable pour ses 5 ans, ce qui a rendu la tâche 
difficile aux chauffeurs du palais car le prince pouvait monter dans la voiture à tout moment.

Pour des escapades dans des villes incognito, il préfère conduire lui-même et la plupart du temps 
au volant de divers modèles de luxe de marque Mercedes, Ferrari, Bentley, Rolls-Royce 
ou Aston Martin.

En 2009, il a envoyé réparer son Aston Martin DB7 à bord d'un Hercules de l'armée à 
Newport (Angleterre). Les journaux britanniques s’étaient fait l’écho des plainte d'écologistes 
au sujet de la pollution générée par un voyage de plus de 2 000 kilomètres, alors que l’affaire 
aurait pu se régler à Malaga, une destination proche.

La passion du roi pour les voitures de luxe et de collection est internationalement connue et lors 
d'une visite de travail à Prague en 2016, le président tchèque l'a reçu avec cinq voitures de collection.

Au Maroc, cela a créé une tendance et il est imitée par ceux qui ont les moyens d'acheter des voitures 
haut de gamme. C'est arrivé quand en 2002, après le tremblement de terre d'Al Hoceima, le monarque 
est apparu dans la ville du Rif dans une Land Rover Sport Supercharged, et les riches Marocains 
se sont mis à acheter cette voiture de sport britannique, qui vaut 85 000 euros. 
En un an, ses ventes au Maroc ont augmenté de 200%.

7. La holding royale

Les analystes politiques observent que Mohamed VI est plus doué pour les affaires que pour la politique,
 ou du moins se sent mieux dans le secteur des affaires. En effet, il contrôle le plus grand groupe financier 
marocain, Al Mada, présent dans les secteurs les plus stratégiques de l'économie marocaine.

La famille royale, en plus de ses nombreuses terres et résidences, obtient la majeure partie de sa fortune 
du plus grand groupe privé du pays. La holding était un héritage royal, mais seulement 13% de 
l'ancienne Société Nationale d'Investissement (SNI), le plus grand groupe privé du pays. Cependant, 
au cours de ces 20 années, elle s'est renforcée et le groupe s'est développé. C'est aujourd'hui un empire 
qui possède des parts dans plus d'une trentaine d'entreprises, dont certaines multinationales, réparties 
dans une quinzaine de secteurs économiques importants.


Hollande reçoit Mohamed VI
Certains citoyens comprennent la présence du roi dans les affaires comme un moyen de stimuler l'investissement
 dans l'économie du royaume. Cependant, loin des bureaux, d’autres citoyens ont 
affronté le pouvoir économique du roi et de ses hommes d'affaires avec le boycott de trois grandes 
marques, l'eau Sidi Ali, les produits Danone et les stations-service Afriquia. Un appel mystérieux de plusieurs 
pages Facebook en avril 2018 a été appuyé par près de la moitié de la population pendant 
des mois pour dénoncer non seulement les prix élevés par rapport aux salaires, mais aussi que ces 
entreprises appartiennent à des personnes influentes dans le secteur économique et politique du pays.

8. Vêtements sur mesure et accessoires fantaisie

La garde-robe excentrique du roi a également un coût pour le budget de l'Etat : deux millions d'euros 
par an. Un tailleur londonien a fabriqué un manteau de laine, dont la facture s'élevait à 
39 021 £ [= 44 000 €, 470 000 DHM].

Il aime porter des costumes parfaitement ajustés, avec un mouchoir de poche assorti à la chemise.
 Il a aussi un faible pour les chaussures pointues à l'italienne en cuir. Et il a une prédilection pour 
le shopping de luxe dans les boutiques du styliste Gianfranco Ferré à Paris ou à Milan.

Mohamed VI, le roi des jeunes
Leur aspect informel est très différent. Les dernières djellabas incroyablement pop et accrocheuses 
qu'il a arborées lors de ses voyages en Afrique ont fait fureur parmi les fans du style beldi 
[citadin marocain branché] du monarque.

Le selfies des dernières années avec les citoyens, où il s’affiche dans une ambiance détendue et 
personnelle avec des vêtements pop-rock flashy, est un marketing très étudié qui s’est répandu dans 
les réseaux sociaux. À tel point qu'avec son style, il est passé du statut de "roi des pauvres" à celui 
de "roi des jeunes".

L’accessoire idéal de complément est l’épingle à cravates. Il les porte en or, avec les armoiries du 
royaume ou avec ses initiales. Il collectionne aussi les lunettes de soleil. De fait, dans de nombreux 
actes officiels, une partie du protocole est omise vu qu’il en porte, mais cela est justifié par des 
questions de santé.


Cependant, ce qui a attiré le plus l'attention l'année dernière, c'est une montre suisse avec 
1 000 diamants d'une valeur de plus d'un million d'euros qu’il portait à Dubaï. Sa provenance 
est inconnue, il s'agit soit d'un cadeau d'un émir du Golfe soit d’une acquisition personnelle 
du souverain.

La passion horlogère des rois alaouites, également héritée par Mohamed VI, a toujours fait l'objet de commentaires, 
de ragots et de scandales. Lors de ses voyages privés, Mohammed VI semble donner 
libre cours à ses goûts personnels et porte des montres de plongée, ainsi que d'autres plus excentriques 
et inclassables.

9. gaspillage en sport et voyages

Il a fait son premier voyage à l'étranger en décembre 1999, cinq mois après son accession au trône. 
Mais la première visite d'État a eu lieu en mars 2000 en France, alors premier partenaire commercial 
du Maroc et son fidèle allié sur la scène internationale.

Ses voyages officiels ou privés à l'étranger fascinent par leur caractère spectaculaire et secret. 
Les voyages d'agrément ou de santé sont récurrents avec une suite de 300 personnes et une ardoise 
de 7,75 millions d'euros.

Voyager avec le monarque est un luxe et ne l’accompagne pas qui veut. Au cabinet royal, on fignole 
un casting sur mesure. En plus des membres du cabinet et du gouvernement, on trouve aussi des grands 
chefs de sections. Bien qu'il n'y ait habituellement qu'une poignée de présidents d’entreprises publiques, 
le monarque peut parfois élargir le cercle aux entrepreneurs privés.

Bien sûr, le budget public pour les vrais voyages n'inclut pas les escapades privées, qu'il fait 
habituellement en compagnie de sa famille, de ses frères, de ses cousins, de ses deux enfants et, 
jusqu'en 2018, de son épouse Lalla Salma, dont il vit maintenant séparé. Exceptionnellement, 
il a également été accompagné d'amis. Dans ces déplacements, il est protégé par le pays d'accueil, 
qui lui fournit un groupe de gardes du corps.

Mohamed VI, en visite à Cuba

Les destinations de vacances du souverain sont nombreuses, Grèce ou Cuba ces dernières années, 
mais la capitale française est sans doute l'une de ses préférées.

De plus, l'état de santé délicat du monarque qui recourt à la médecine française, l'amène à se déplacer fréquemment à Paris ; même au début de 
2018, il a dû rester hospitalisé après une opération pour une arythmie cardiaque et rester dans le pays 
pour des examens médicaux ultérieurs.

Il y a aussi le sport, dont il est un fervent partisan. Le souverain est un amoureux du ski nautique et de 
la montagne et, comme le roi émérite Juan Carlos Ier, est un passionné de chasse au gros gibier.

10. Les chantiers pharaoniques du royaume

Sous le règne de Mohamed VI, le patrimoine national a été réhabilité et d'importantes infrastructures culturelles ont été construites :
 les grands théâtres de Rabat et Casablanca, le Musée Mohamed VI et la Bibliothèque nationale.

Cependant, les deux décennies de règne laissent deux œuvres pharaoniques avec le sceau de 
Mohamed VI. L'une au sud, le plus grand complexe d'énergie solaire du monde, la centrale électrique 
Noor à Ouarzazate, et le complexe portuaire de Tanger Med dans le nord.

Le complexe de Noor Ouarzazate, avec quatre centrales électriques, est le plus grand centre de 
production solaire à technologies multiples au monde avec un investissement total de 
2,4 milliards d’ euros. Ces infrastructures répondent aux besoins de raccordement électrique, 
de transport routier, d'approvisionnement en eau brute et potable, de drainage, de télécommunications 
et de sécurité

  Complexe d'énergie solaire Noor
Ces projets sont également l'occasion d'activer les leviers du développement socio-économique par 
la mise en œuvre d'actions dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'agriculture, de 
l'entrepreneuriat et des activités culturelles et sportives. Ainsi, plus de 20 000 personnes ont bénéficié 
de ces mécanismes de solidarité, plus de 30 millions de personnes ont pu bénéficier d'eau potable.

Dans l'autre partie du pays est développé Tanger Med, un groupe logistique mondial, situé dans le 
détroit de Gibraltar et relié à 186 ports, avec une capacité de traitement de 9 millions de conteneurs, 
7 millions de passagers, 700 000 camions et un million de véhicules. Il représente un chiffre d'affaires 
de 8 milliards d'euros dans différents secteurs : automobile, aéronautique, logistique, textile et 
commerce.

Il s'agit de la première capacité portuaire en Méditerranée, un espace d'échanges entre l'Europe et 
l'Afrique, qui continuera à grossir avec un nouvel investissement de 900 montres Patek Philippe 
[oh pardon, 900 millions d’euros, NdT] pour le développement d'un projet d'extension.



Sonia Moreno est une journaliste espagnole installée à Tanger, Maroc, depuis 2010, correspondante de divers médias espagnols (Cadena SER, El Español, La Sexta et eldiario.es).



Source: Tlaxcala


lundi 15 juillet 2019

14 juillet 1789 / 14 Juillet 2019 (2)


Le long chemin vers les Jours Heureux


Appel : “Le 14 juillet doit redevenir le fête de la souveraineté nationale et populaire” – L. Landini, M. Debray, P. Pranchère, G. Blache, G. Gastaud, O. Delorme, A. Lacroix-Riz #14Juil.



Dans un appel lancé à la veille du 14 juillet, des personnalités, communistes, gaullistes républicains, figures de la résistance, appellent à ce que le 14 juillet redevienne “la fête de la nationale et populaire” et à rompre la soumission de la France à l’ et la collaboration militaire franco-allemande.




Le 14 juillet 2019 ne doit pas célébrer la collaboration militaire franco-allemande et la soumission de la France à l’OTAN ; au contraire, le 14 juillet doit redevenir la fête de la et populaire !


Concernant la signification du défilé militaire du 14 juillet 2019, Emmanuel Macron écrit froidement : « La construction d’une Europe de la défense, en lien avec l’Alliance atlantique dont nous fêtons les 70 ans, est pour la France une priorité. Elle constitue le fil rouge de ce défilé. » 



Pour nous tous, anciens Résistants, descendants de Résistants et/ou de Déportés, admirateurs et continuateurs de la France libre, de la Résistance intérieure armée (notamment FTPF et FTP-MOI), et du Conseil National de la Résistance, cette déclaration scandaleuse montre que l’actuel chef de l’État et l’oligarchie antinationale qu’il incarne, sont vraiment prêts à tout pour détruire l’indépendance de notre pays et, plus généralement, pour piétiner les valeurs démocratiques et républicaines que symbolise le 14 juillet. Pas seulement le 14 juillet 1789, date emblématique de la française et de sa signification universelle, mais le 14 juillet 1935 à l’occasion de laquelle fut proclamé, avec une forte dimension patriotique et antihitlérienne, le Front populaire antifasciste à l’occasion du meeting du stade Buffalo à Paris, ainsi que le 14 juillet 1945 qui fut une immense fête populaire célébrant la Libération du territoire national et appuyant le programme émancipateur du intitulé « Les Jours heureux ».

Plus que jamais en ce 14 juillet 2019, 230ème anniversaire de la Révolution française, nous appelons à combattre le principe même d’une « armée européenne » intégrée à l’OTAN. Tout en stimulant comme jamais le réarmement de l’impérialisme allemand devenu le principal chef de file de l’ (l’élection récente de l’ancienne ministre allemande de la Défense à la présidence de la commission est un gage de plus donné aux va-t-en-guerre atlantistes qui ne rêvent que d’en découdre avec la Russie), tout en piétinant la décision historique de Charles de Gaulle de sortir la France du commandement intégré de l’OTAN (1966), la mise en place de cette armée signerait l’arrêt de mort du principe même d’une défense nationale que nous souhaitons exclusivement dédiée à la protection du territoire national à l’exclusion de toute menée expansionniste et de toute besogne répressive à l’encontre du peuple français. 

En outre, l’implication de l’armée française dans une armée européenne tuteurée par Berlin et arrimée à l’OTAN constituerait un pas supplémentaire vers l’implication de la France dans les guerres impérialistes fomentées par Washington contre toutes sortes de peuples ciblés par les États-Unis ; à commencer par le peuple russe qui, au premier chef, brisa l’Allemagne nazie et son « invincible » Wehrmacht lors de la contre-offensive qui mena l’Armée rouge de Stalingrad à Berlin.

L’avenir de la nation française, pas plus que celui de l’Europe et du monde pacifiés que nous voulons, ne passent pas par l’asservissement volontaire de nos « élites » politiques, économiques et médiatiques à l’Europe allemande et à l’Alliance atlantique des faucons de Washington. La sauvegarde de la paix passe au contraire par la résistance populaire la plus large à l’euro-désintégration atlantique en cours de la France, de sa langue, sacrifiée au tout-anglais, des conquis sociaux de la Résistance, du secteur public et nationalisé, de l’idée même d’une République une et indivisible aujourd’hui débitée en euro-régions à l’allemande, et par la défense résolue de la souveraineté et de l’héritage démocratique de notre pays coopérant avec tous les pays et tous les continents du monde. Toutes choses dont l’actuel chef de l’État et son équipe s’avèrent, décidément, les ennemis inconciliables.

    Signataires de l'Appel:
  • Léon LANDINI, président du PRCF, ancien officier FTP-MOI, médaille de la Résistance, officier de la Légion d’honneur, Grand Mutilé de guerre
  • Michel DEBRAY, vice-amiral, ancien commandant de l’Aviation embarquée et du groupe des porte-avions, ancien président de l’Institut Charles de Gaulle
  • Pierre PRANCHÈRE, ancien Résistant, ancien député à l’Assemblée Nationale, député honoraire au Parlement Européen, président de la commission Internationale du PRCF
  • Geneviève BLACHE, militante gaulliste progressiste
  • Georges GASTAUD, secrétaire national du PRCF, fils d’un Résistant gaulliste décoré par la France, les États-Unis et la Pologne populaire
  • Olivier DELORME, historien et écrivain
  • Annie LACROIX-RIZ, historienne, professeure émérite de l’université Paris VII-Diderot

Source: Initiative Communiste

Lire le premier volet: Des sans-Culottes aux Gilets Jaunes

14 juillet 1789 / 14 juillet 2019 (1)


Des Sans-Culottes aux Gilets Jaunes

1789 – 1989 – 2019 : pour sauver la Révolution, combattons la Réaction !




par , secrétaire national adjoint du PRCF (Pôle Renaissance Communiste en France)





De la Révolution à la sauce réactionnaire…


            Le 14 juillet 1989, la France célébrait le bicentenaire de la prise de la Bastille dans une parade ayant fait grand bruit, mais aussi grincer des dents. Et pour cause : était alors véhiculée la vision « furetiste » de la Révolution française, transposée avec de grossiers mensonges et des contre-vérités historiques de tendance réactionnaire dans le film La Révolution française sorti la même année. En effet, après le Danton de Wajda sorti en 1983, Richard T. Heffron reprenait dans Les Années terribles (qui commencent curieusement une fois le roi évincé du pouvoir après la prise du palais des Tuileries par les Fédérés le 10 août 1792…) la légende urbaine d’un Robespierre tyran, sanguinaire, qui pratiquerait la Terreur à l’encontre de tout le monde, et notamment de l’héroïque et vertueux Danton – pourtant célèbre pour avoir été rémunéré par la Couronne, suivant en cela la ligne de son ancien ami Mirabeau – ou des malheureux Girondins, qui auraient été « modérés »[i]. De fait, cette image est encore véhiculée dans les « manuels » du secondaire et les médias dominants, mais aussi par les politiques les plus ignares, y compris parfois même à « gauche » : ainsi, Jean-Christophe Cambadélis[ii], ancien trotskiste devenu social-libéral (soit le parfait exemple du « bobo-gaucho » …), déclarait-il que « Si la révolution est un bloc, nul n’ignore la Terreur et Robespierre »[iii].

            Mais outre le fait que cette image ne correspond qu’à un mensonger fantasme, développé du vivant même de Robespierre par ses adversaires enragés et/ou bourgeois conventionnels – que l’on songe notamment à Fouché, futur ministre de l’Intérieur de Napoléon Ier et à qui Robespierre reprocha avec fureur les grandes fusillades menées à Lyon en 1793 – et désormais bien démonté par la recherche historique[iv], elle n’est certainement pas neutre idéologiquement et politiquement – comme si d’ailleurs la « neutralité » existait en histoire ! Bien au contraire, cette caricature porte en elle les germes de la Réaction en Marche et de la Contre-révolution : ses ardents défenseurs tantôt pleurent la mort du roi – à commencer par « Jupiter » Macron qui affirmait avant son élection :
« Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! »[v] ; tantôt défendent un « Pacte girondin »[vi] détruisant la République une et indivisible, pourtant au cœur de l’égalité promue par les Jacobins et les Sans-culottes[vii] ; tantôt (comme le « philosophe » Michel Onfray, qualifié de « girondiste » par Yann Moix[viii]) reprennent la thèse de l’extrême droite royaliste et fascisante selon laquelle il y aurait eu un génocide perpétré envers les Vendéens en 1793[ix] ; tantôt enfin assimilent les révolutionnaires de 1793… à la SS, à l’instar de Yann Moix qui déclarait qu’il y a une « corrélation entre la pensée rousseauiste et la pensée totalitaire » et que « Collot d’Herbois, Fouché, quand il exécutent les gens à la mitraillette ou au fusil de manière serial, ça rappelle évidemment la Shoah par balles, d’une certaine manière »[x] …

            Car l’année du bicentenaire de la Révolution française marque de fait le triomphe de la vision farouchement réactionnaire et contre-révolutionnaire de cet épisode historique qui donna naissance à la souveraineté nationale et populaire – et que Louis XVI fut contraint de reconnaître, à contre-cœur, lors de la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790 –, vision inspirée des travaux de l’anticommuniste François Furet – toujours prompt à assimiler le communisme au nazisme[xi] et auteur d’un pamphlet antijacobin intitulé Penser la Révolution française (1978) – et de la conservatrice Mona Ozouf, qui ose écrire dans Composition française (2009) que la Troisième République est née d’un « compromis » entre les forces « républicaines » modérées et conservatrices – un « compromis » qui coûta la vie à 30.000 Communards massacrés en une semaine ! Et ce au moment où s’écroulent les républiques socialistes d’Europe de l’Est, mettant un terme aux « années terribles » pour laisser place aux « années lumières »[xii] de la « démocratie libérale » et du capitalisme néolibéral. Les historiens d’inspiration marxiste tels Albert Soboul ou Michel Vovelle, ou plus iconoclastes mais fidèles aux sources comme Henri Guillemin[xiii], malgré leur courageux combat contre la doxa monarcho-girondine qui colonise l’histoire de la Révolution, sont alors renvoyés aux orties par les tenants de la « gauche antitotalitaire », trop heureux de sonner le tocsin de la « bonne » et de la « mauvaise » Révolution – la mauvaise étant forcément celle portée par les Jacobins et les Sans-culottes.

… à la redécouverte de la Révolution française


            30 ans après le triomphe des idées monarcho-girondines, le vent de l’histoire a tourné. Il est vrai que les anciennes républiques socialistes ont goûté aux joies de la « thérapie de choc » libérale – au point de développer une Ostalgie[xiv] et une Yougonostalgie[xv] ou encore de regretter l’URSS[xvi] –, que la crise économique de 2007-2008 a plongé dans la misère des dizaines de millions de travailleurs, que la « mondialisation heureuse » et la « construction européenne » ont creusé les inégalités qui atteignent désormais des sommets, et enfin que des mouvements d’indignation ont fleuri dans le monde entier, de New York au Caire, de Madrid à Ouagadougou, d’Athènes à Buenos Aires… sans oublier la France, où aux Nuits debout ont succédé les Gilets jaunes, désormais actifs depuis huit mois pour réclamer la justice sociale, la dignité, la fin de la corruption et des privilèges, une véritable démocratie ou encore la défense des services publics – à quoi s’ajoutent des appels croissants au Frexit.

Parallèlement, les historiens ont totalement remis en cause la doxa monarcho-girondine de la Révolution française – mais sans toutefois décourager les chantres contre-révolutionnaires qui continuent de véhiculer les mythes de la « Terreur » ou du « génocide » vendéen. Un récent épisode illustre parfaitement ce changement intellectuel : en septembre 2018, dans l’émission « La Fabrique de l’Histoire »[xvii], le présentateur Emmanuel Laurentin, fidèle à la doxa Furet-Ozouf, s’étranglait devant les affirmations d’historiens spécialistes de la Révolution, comme le révèle l’échange suivant :
Annie Jourdan : « La révolution divise les sociétés, c’est tout. Toutes les révolutions. Toute révolution est une guerre civile. »

Yannick Bosc : « Robespierre dit, à un moment donné, « fonder la République n’est pas un jeu d’enfant ». Rares sont les situations où, rappelle Mathiez, [A. Jourdan : « Barère le dit aussi »] grand historien de la Révolution française, disait que quand on est en train de transférer les propriétés, transférer le pouvoir d’une monarchie qui l’a possédé pendant des siècles et de puissants qui tentent de se l’accaparer au moment de la Révolution française, quand on essaye de toucher à ça – le pouvoir de la bourgeoisie aussi à l’époque –, dès l’instant qu’on touche à ça, il ne faut s’attendre à ce qu’ils ne réagissent pas, que les choses se fassent gentiment. »

Emmanuel Laurentin : « Oui, enfin c’est aussi une vision assez léniniste de ce qu’a été cette Révolution française ce que vous dites là, Yannick Bosc [Y. Bosc : « Pas forcément léniniste »], ou trotskiste, enfin bon [Y. Bosc : « Non, non plus »]. Mais si, cette idée que la révolution doit forcément passer par ce stade… »

Yannick Bosc : « Elle ne doit pas passer. C’est là où ce n’est pas du tout léniniste : elle ne doit pas passer, il n’y a pas de stade nécessaire. » Et d’ajouter : « De fait, on s’aperçoit, et c’est assez logique, que des situations où sont en jeu des biens matériels, des positions de domination, rares sont les dominants qui acceptent gentiment de dire : ‘‘Ah bah on a déclaré les droits, youpi ! On est égaux et tout va bien !’’ »[xviii].

            L’image immaculée de la « bonne » révolution libérale et bourgeoise s’écroule et laisse pantois Laurentin, qu’on imagine aisément effrayé par le film Un Peuple et son roi, réalisé par Pierre Schoeller et sorti en 2018, avant la révolte des Gilets jaunes. 30 ans après le film du bicentenaire, ce nouvel opus sur la Révolution française se place aux antipodes de la vision furetiste de l’événement, adoptant de manière magistrale le point de vue du petit peuple de Paris et de province, des Sans-culottes méprisés comme jamais par une Assemblée (puis une Convention) nationale dominée par les aristocrates et la grande bourgeoisie. Si les films de 1989 évoquent furtivement le ressentiment et l’arrogance de l’aristocratie envers les « rien » de l’époque, celui de 2018 le restitue avec une grande justesse, ce qui explique d’ailleurs la colère croissante des Sans-culottes et les mesures d’exceptions des Jacobins pour sauver la Révolution alors que sévit la double guerre – civile et européenne contre les monarchies absolues – en 1793-1794. Parmi les passages remarquables du film de Schoeller, citons ceux-ci :

  1. Quand les femmes affamées en octobre 1789 réclament, pêle-mêle, du pain, le retour de la famille royale (qui a renoué avec sa vie de château à Versailles après les événements de l’été…) à Paris, la fin des accapareurs, l’application des nouveaux droits et le respect de la cocarde tricolore, les députés aristocrates et grands bourgeois de l’Assemblée nationale dénoncent une « manœuvre », une « manipulation », avant que l’un des leurs s’écrie : « Président ! Sommes-nous obligés d’écouter ces gens de peu ?! »
  2. Quand Robespierre dénonce le suffrage censitaire, explique qu’« il faut être entièrement libre ou redevenir esclave » et réfute les accusations de « canaille » et de « populace » adressées par les aristocrates et la grande bourgeoisie envers le « peuple », un marquis s’insurge : « Suffit ! Monsieur de Robespierre, vous êtes un prédicateur de l’anarchie ! Voulez-vous une Assemblée de mendiants, d’orphelins ?! »

Les contre-révolutionnaires toujours à l’offensive


            Contrairement aux affirmations de Furet selon lesquelles la Révolution serait terminée dans les années 1880 lorsque s’enracine la Troisième République – avec le sang des Communards sur les mains –, la Révolution n’est nullement achevée ! Guevara indiquait fort justement que « La Révolution, c’est comme une bicyclette : quand elle n’avance pas, elle tombe » ; or c’est justement le but de tous les aristocrates et de la grande bourgeoisie n’ayant jamais digéré l’insurrection des « rien » de 1789 et 1793, à savoir écraser toutes les conquêtes de la Révolution quelque soit l’époque, et sauvegarder l’essentiel pour eux, à savoir la propriété et le pouvoir politique – et si possible détruire la République !

            Il est dès lors logique que lorsque les forces révolutionnaires faiblissent ou s’écroulent, les réactionnaires en profitent, et ce… dès l’été 1789, quand l’aristocratie et la grande bourgeoisie prennent soin de sauvegarder au maximum leurs intérêts. Ainsi, l’abolition totale des privilèges, sans aucune contrepartie, n’intervient que le 17 juillet 1793 – sous la Convention alors dominée par les Montagnards dont Robespierre –, et non le 4 août 1789 comme cela est souvent proclamé puisque nombre de ces privilèges sont alors rachetables ; qui peut sérieusement imaginer une Assemblée dominée à l’époque par la grande aristocratie et la bourgeoisie ruisselante abandonner tous ses privilèges fiscaux et matériels, quand bien même règne la « Grande Peur » dans les campagnes du fait de la « révolution rurale » ? Dans la foulée, l’aristocratie et la grande bourgeoisie sanctuarisent la propriété dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, dans le tout dernier article – article 17, dont il n’est curieusement jamais fait mention quand on se réfère à ce texte… – qui proclame : « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité ». On imagine aisément que les propriétaires, formant alors une toute petite classe numérique mais consciente de ses intérêts de classe, veulent se prémunir contre le risque d’une révolution sociale et démocratique et conserver leurs positions dominantes…

            Par la suite, plusieurs exemples de l’histoire de France illustrent cette volonté de stopper, voire de détruire, l’héritage révolutionnaire et républicain. Jugeons plutôt :
  1. Après l’exécution de Robespierre et de ses partisans du 28 au 30 juillet 1794, les « thermidoriens » accaparent le pouvoir et se vengent des mesures démocratiques et sociales, comme le signale l’article Wikipédia à ce sujet : « Dès le lendemain de sa mort [Robespierre] sur l’échafaud, on vit reparaître les carrosses ; il y eut de nouveau des maîtres et des domestiques. Quand la loi du maximum fut abolie, et surtout, quand le Directoire eut succédé à la Convention, les magasins se signalèrent par leurs étalages. […] la « jeunesse dorée », les muscadins, ainsi nommés parce que le parfum du musc et celui de la muscade faisaient alors fureur, applaudissaient les allusions subversives, hostiles à la République. Le chant du Réveil du peuple, qui passait pour réactionnaire, retentissait partout. » Ainsi s’épanouissent les « Incroyables » et les « Merveilleuses », qui rivalisent de m’as-tu-vu et de manifestations somptuaires pour étaler – et « assumer »[xix] – leur richesse et leur condition de classe[xx] en profitant des mesures économiques comme la suppression du maximum le 24 décembre 1794 (joyeux Noël les puissants !) et le rétablissement de la Bourse de Paris en octobre 1795. La voie est dès lors ouverte à la « Terreur blanche » de 1795, amplifiant la répression contre-révolutionnaire initiée par les thermidoriens et débouchant sur la mort de milliers de personnes, dont celle de Gracchus Babeuf qui voulait détruire la propriété.
  • Quand l’aristocratie et la grande bourgeoisie craignent la remise en cause de la propriété ou refusent la République sociale, elles remettent au goût du jour la « Terreur blanche » en tirant sur les ouvriers défenseurs des Ateliers nationaux en juin 1848 (3.000 à 5.000 morts et 1.500 fusillés en 3-4 jours ! Sans compter 25.000 arrestations dont 11.000 condamnés à la déportation…), et par la suite sur les socialistes, républicains et patriotes de la Commune en mai 1871 (30.000 morts en une semaine !). Et si la menace révolutionnaire devient trop importante du fait de l’organisation et de l’unité des forces syndicales et politiques de gauche (avec un puissant parti communiste au cœur de cette unité), elles concèdent, apeurées et amères, des droits démocratiques et sociaux, comme les fameux accords Matignon du 7 juin 1936 que le Front populaire, alors soutenu par la masse des travailleurs, arrache des mains d’un patronat tétanisé du fait de la grande grève de plus de 5 millions de travailleurs (essentiellement des ouvriers) et de l’occupation de nombreuses usines.
  • Quand il faut faire un choix entre Hitler et le Front populaire, industriels, banquiers et technocrates – rassemblés au sein du Redressement français depuis 1925[xxi] –, mais aussi royalistes, réactionnaires en tout genre et fascistes, voient en Pétain une « divine surprise » (Charles Maurras) et profitent de l’effondrement de mai-juin 1940 pour abattre la République – qu’ils n’ont dans le fond jamais accepter –, et ainsi se venger d’un Front populaire rendu (mensongèrement) de surcroît responsable de la défaite face à l’Allemagne nazie[xxii]. Ainsi prospère la fascisation dans la République[xxiii], ce que révèle déjà l’historien Ivan Jablonka dans son ouvrage Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus (2012), à travers une formule éclairante : « Il y a un ‘‘Vichy avant Vichy’’, et il fermente dans la République ».
  • Quand il est plus difficile de contrer le « péril rouge », les « républicains » n’hésitent pas à utiliser les services spéciaux de… la mafia, aussi bien avant 1939 qu’après 1945, quitte à verser dans la corruption et l’assassinat. C’est ce que révèle le documentaire en 3 épisodes Mafia et République, diffusé en février 2017 sur une chaîne « complotiste » nommée… Arte[xxiv].


Identifier les ennemis de la Révolution


Aujourd’hui, les descendants de Louis XVI, Marie-Antoinette, Necker (banquier suisse et ministre des Finances de Louis XVI), Brunswick et François Ier (respectivement général de l’armée prussienne et empereur d’Autriche, attachés à un pouvoir absolu et qui attaquent la France en 1792), des aristocrates apeurés réfugiés à Coblence[xxv] dès 1789, des royalistes, des réactionnaires et des technocrates fascisants, bref les descendants de toute cette oligarchie au mieux « girondine » au pire contre-révolutionnaire – et en tout cas détruisant jour après jour l’héritage révolutionnaire des Jacobins et des Sans-culottes – sont :
  1. Le banquier et « monarque républicain »[xxvi] Emmanuel Macron, vecteur majeur de la fascisation, qui traite avec mépris les Gilets jaunes, les « rien », les travailleurs précaires et les victimes du chômage en expliquant qu’il suffit de « traverser la rue » pour trouver un emploi au lieu de « mettre un pognon de dingue dans les minima sociaux ».
  2. Son épouse Brigitte, amatrice de dépenses somptuaires en vaisselle (500.000 euros), en piscine (37.000 euros) ou en jardins de l’Elysée (500.000 euros)[xxvii], se comportant de la même manière que l’« Autrichienne », cette « Madame Déficit » qui dépensait sans compter (y compris dans les jeux de hasard) pour sa simple satisfaction personnelle.
  • Sa garde prétorienne organisée autour d’Alexandre Benalla, qui a tant défrayé la chronique par ses frasques pendant l’été 2018[xxviii] et a continué par la suite à violer les lois de la République, avec l’assentiment tacite du monarque absolu[xxix].
  • Sa cour de laquais affidés tel le Sinistre de l’Intérieur Christophe Castaner, un bonimenteur patenté qui aime la débauche en boîte de nuit[xxx], qui a tant versé dans la répression à l’encontre des gilets jaunes tout en accusant ces derniers d’« attaquer » l’hôpital de la Salpêtrière le 1er mai 2019[xxxi], et qui, « des étoiles plein les yeux », « assume [la] dimension amoureuse » de sa relation avec son suzerain Macron[xxxii].
  • Ses ralliés aristocratiques, faussement de « gauche » et fondamentalement méprisants et arrogants envers le « peuple menu ». Quel plus bel exemple que François Goullet de Rugy, descendant de la noblesse lorraine et actuel ministre de la Transition écologique, qui verse dans de fastueux dîners privés remplis de homards et de grands crus vinicoles (à 500 euros la bouteille) aux frais de la République ! A quoi s’ajoutent des travaux coûteux pour son appartement ministériel (17.000 euros rien que pour un dressing !) ou encore des dîners avec des lobbyistes, toujours aux frais de la République[xxxiii]. Un Goullet de Rugy qui, au demeurant, n’était pas embarrassé de recevoir un néonazi patenté en la personne du président de la Rada ukrainienne, Andrey Parouby, en juin 2018[xxxiv]… Bien entendu, là encore le ministre « assume » ces grands plaisirs avec des « membres de la société civile » tels des universitaires ou des chiens de garde médiatiques comme Jean-Michel Apathie[xxxv], si prompt à s’alarmer dès qu’un mouvement social émerge comme les cheminots au printemps 2018[xxxvi] ou les gilets jaunes[xxxvii].
  • Ses furies fanatiques telles « Madame Sans-Gêne » Marlène Schiappa, ambitieuse et arriviste « start-uppeuse » ralliée à la macronie et transformée en « féministe », et plus sûrement en « sniper » du monarque[xxxviii] ainsi qu’en animatrice du pseudo « grand débat » – en compagnie de Cyril Hanouna… – qui a servi à dompter les gilets jaunes.
  • Ses ministres réactionnaires comme Jean-Michel Blanquer[xxxix], en train de détruire l’Education nationale avec son projet d’« Ecole de la confiance » et qui a l’ambition de fabriquer des homo europeanus par la transformation de l’histoire en propagande européiste à grande échelle[xl].
  • Le patronat au sein notamment du MEDEF, désireux « aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »[xli], et plus généralement de liquider définitivement l’héritage de la Révolution.
  • La nouvelle directrice de Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde, qui a déjà su trouver par le passé des petits arrangements entre amis avec Bernard Tapie dans le cadre de l’affaire du Crédit Lyonnais, ce qui a valu à l’ancienne directrice du Fonds monétaire internationale (FMI) d’être reconnue coupable de négligences… mais sans avoir aucune condamnation du fait de sa réputation internationale[xlii] ! Bel exemple de « République exemplaire » …
  • Le futur ex-président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, qui a plongé les classes populaires grecques dans la catastrophe sociale à travers une austérité d’une violence inouïe, qui a reconnu publiquement qu’« il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens »[xliii] et qui a été un spécialiste en évasion fiscale lorsqu’il était Premier ministre du Luxembourg[xliv].
  • Enfin la chancelière Angela Merkel, qui impose l’austérité à l’ensemble de l’UE – avec ses affidés collaborateurs comme Macron – sous forme de « Diktats » ayant déjà lessivé la Grèce notamment, qui dénonce la « rage destructrice » et la « violence terrifiante » des Gilets jaunes[xlv], et qui encourage le monarque Macron à poursuivre les « réformes » tout en tenant le cap face aux Gilets jaunes[xlvi].
Ce sont ces tenants de l’oligarchie politico-économico-médiatique (OPEM), qui ont fait main basse sur tous les rouages politiques, économiques, bancaires, judiciaires et médiatiques depuis des décennies, aussi bien en France qu’au sein de l’UE et dans d’autres pays, qui sont un grave danger pour la République et l’héritage révolutionnaire des Jacobins et Sans-culottes, des révolutionnaires de 1830 et 1848, des Communards, du Front populaire, de la Résistance ou encore des insurgés de Mai 68, et désormais des travailleurs en lutte et des Gilets jaunes. Insultés à longueur de plateaux télévisés et d’émissions radio par les chiens de garde de la niche monarchique, les Gilets jaunes se sont fort justement révoltés, comme leurs aïeux de 1789 dont ils revendiquent volontiers la descendance, pour exiger la fin des privilèges et de la corruption qui gangrènent la « République » aristocratico-bourgeoise, pour défendre les services publics sans cesse détruits – écoles, hôpitaux, services postaux, pompiers, tribunaux de proximité –, pour s’opposer à la désindustrialisation de masse et aux délocalisations qui s’épanouissent allègrement dans le cadre de la « mondialisation heureuse » et de la « construction européenne » capitaliste, et enfin une application réelle – et non dans de grandes déclarations de principe moralisatrices pour calmer des classes populaires fort logiquement en colère – de la devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité ».


Défendre et approfondir l’héritage révolutionnaire


Les Gilets jaunes indiquent depuis plusieurs mois le chemin à suivre, appelant d’ailleurs symboliquement à un grand rassemblement le 14 juillet 2019 pour fêter la Révolution et ainsi poursuivre ce combat inachevé contre ceux qui, troquant la devise républicaine, lui substituent bien volontiers la devise « Ordre, hiérarchie, propriété ». Mais pour définitivement faire triompher la Révolution, il est indispensable de ne pas tomber dans les pièges et les faux-semblants des pseudo-oppositions à la macronie :
  1. Celle des « Républicains », usurpateurs d’un mot que leurs ancêtres conservateurs et réactionnaires ont bradé au nom de la haine envers le Front populaire et le communisme et de la Collaboration, et qui désormais rejoignent les rangs de la macronie (Philippe, Le Maire, Darmanin) ou du « Rassemblement national » (Mariani), quand ils ne versent pas dans la tentation du rapprochement avec la dynastie Le Pen[xlvii] ou dans une imitation comme Wauquiez. Il suffit de lire les propos de Bruno Retailleau, villieriste et membre de la Manif pour tous, au sujet de Robespierre : « Robespierre, le virtuose de la Terreur, fut le fossoyeur des idéaux de la Révolution française. Il a habilement retourné le sens des mots liberté, égalité, fraternité, pour en faire des armes au service d’une idéologie sanguinaire. En incarnant parfaitement cette idée prométhéenne autant que faustienne de la table rase, il inaugure en fait la matrice des totalitarismes modernes. »[xlviii]
  • Celle du faux « Rassemblement national », principal moteur de la fascisation et autre branche de l’étau mortel qu’il compose avec les macronistes, à savoir la branche xénophobe et nationaliste de l’étau antirépublicain, capitaliste et européiste. Quoi de plus normal pour une formation politique fondée par des vaincus de la Seconde Guerre mondiale[xlix], qui abattirent la République et furent l’avant-garde de la croisade contre le « judéo-bolchevisme », et que Marine Le Pen tente de « dédiaboliser » ? Un RN dont les membres historiques comme Bruno Gollnisch vomissent sur Robespierre[l].
  • Celle de la gauche eurobéate, visant dans les illusions du « dialogue social », de « l’autre Europe », de la « réforme de l’Europe » et de l’« Europe sociale », c’est-à-dire les tenant d’une ligne girondine jugée « modérée », ou au mieux dantoniste, et en tout cas exécrant « l’Incorruptible » à l’image de Cambadélis.
  • Celle des gauchistes, adeptes des poussées hébertistes et de Jacques Roux en faveur de la déchristianisation et de l’insurrection incontrôlable, au risque de perdre la Révolution dans le double contexte de guerre civile et d’invasion généralisée de la France de la part des monarchies absolues. Aujourd’hui, cela revient à se draper du drapeau rouge tout en honnissant le drapeau tricolore – pourtant fondamentalement révolutionnaire ![li] –, à accompagner l’euro-dissolution nationale et républicaine, et par là-même à saper les fondements de la souveraineté populaire et nationale, à la base de la Révolution.
C’est pourquoi sauver la Révolution française et la poursuivre nécessitent de défendre l’héritage des Jacobins, ce que suggérait déjà Jean Jaurès dans son Histoire socialiste de la Révolution française : « sous le soleil de juin 1793 qui échauffe votre âpre bataille, je suis avec Robespierre et c’est à côté de lui que je vais m’asseoir aux Jacobins. Oui, je suis avec lui, parce qu’il a, à ce moment, toute l’ampleur de la Révolution. »[lii] Tous les tenants de l’OPEM ne s’y trompent pas : le climat est à 1793, ce que déplore, effrayé et au bord des larmes, le marquis François Goullet de Rugy ce 12 juillet 2019 face aux critiques – tellement méritées et justifiées ! – au sujet de son train de vie fastueux : « C’est le fantasme des coupeurs de tête [au sujet de Médiapart]. Ils ont soutenu les Gilets jaunes, mais alors jusqu’au bout » ; « Les violences des Gilets jaunes, ils les justifiaient » ; « On préfère venir m’attaquer en disant que ma femme, c’est Marie-Antoinette » ; « La vie de château ! Le titre [de l’article de Médiapart] c’est ‘‘La vie de château’’ ! »[liii]. Et en effet, les Gilets jaunes sont ces héritiers des Sans-culottes de 1789 et 1793, qui n’en peuvent plus des politiques néolibérales menées depuis plus de 40 ans – et portées à leur paroxysme par le pouvoir macronien – en France, dans l’UE et à travers la « mondialisation heureuse », qui ne veulent plus d’un pouvoir qui détruit sans cesse la République démocratique, sociale, laïque, une et indivisible[liv], qui exigent la mise en place d’un authentique « Nouveau Monde », et certainement pas celui de Macron qui accélère le retour à l’Ancien Régime. Des Gilets jaunes qui n’hésitent pas à mettre en pratique l’article 35 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen insérée dans la Constitution du 24 juin 1793, sans doute la constitution la plus démocratique jamais rédigée jusqu’à aujourd’hui : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »

C’est pourquoi le Pôle de Renaissance communiste en France œuvre en faveur du Frexit progressiste, nécessitant de sortir de l’euro, de l’UE, de l’OTAN et du capitalisme, autant d’outils au service de la Réaction pour détruire l’héritage révolutionnaire.


C’est pourquoi le PRCF agit pour édifier un Front populaire antifasciste, patriotique, populaire et écologiste, un Fr.A.P.P.E. associant les drapeaux rouge et tricolore, l’Internationale et la Marseillaise, portant l’héritage révolutionnaire de 1789 et 1793, de 1848 et 1871, de 1936, 1945 et 1968, en plaçant le monde du travail au cœur de ce rassemblement ouvert aux communistes, aux militants franchement insoumis, aux progressistes et aux patriotes antifascistes.


Un rassemblement seul en mesure de vaincre Macron, le MEDEF, Merkel, Juncker, Le Pen, les faux « Républicains » et « Patriotes », et bien entendu la mortifère UE appuyée par une fausse gauche eurobéate et en réalité social-libérale, afin de conduire la République sociale, démocratique, laïque, souveraine, une et indivisible, la France et tous les travailleurs vers de nouveaux « Jours heureux ».Et ainsi enfin appliquer la devise de la Ière République de 1793 : « Liberté, égalité, fraternité… 



Notes:

[i]  A ce sujet, nous renvoyons à l’article suivant : http://www.amis-robespierre.org/Le-Point-face-a-la-Revolution

[ii]  Au moment de la rédaction de cet article, on apprend que Cambadélis est suspecté de détournement de fonds publics à des fins personnelles ; toute chose dont n’a jamais été suspecté – et pour cause ! – Robespierre, dont le surnom « l’Incorruptible » en dit long sur son attachement à la République et à l’idéal révolutionnaire.

[iii]  Pour goûter au florilège des offensives réactionnaires sur le sujet, voir le lien suivant : https://www.lepoint.fr/politique/robespierre-vu-par-les-politiques-10-08-2017-2149197_20.php

[iv]  Sans verser dans l’exhaustivité, on pourra notamment se reporter aux ouvrages suivants : Michel Biard, Philippe Bourdin, Robespierre. Portraits croisés, Armand Colin, 2012 ; Cécile Obligi, Robespierre : La probité révoltante, Belin, 2012 ; Slavoj Zizek, Robespierre : entre vertu et terreur, Stock, 2008 ; Jean-Clément Martin, Robespierre. La fabrication d’un monstre, Perrin, 2016.

[v]  Voir le lien suivant : https://lelab.europe1.fr/pour-emmanuel-macron-il-manque-un-roi-a-la-france-1365792

[vi]  Voir le lien suivant : https://www.huffingtonpost.fr/benjamin-morel/deux-principes-republicains-que-le-gouvernement-veut-liquider-avec-la-reforme-constitutionnelle_a_23416255/

[vii]  Voir le lien suivant : https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/macron-la-republique-en-miette-par-fadikassemutm_source=Sociallymap&utm_medium=Sociallymap&utm_campaign=Sociallymap

[viii]  Voir le lien suivant à partir de la 21e minute : https://www.youtube.com/watch?v=VBSlvPoxZRc

[ix]  Outre l’article publié sur le site des amis de Robespierre, voir le lien suivant : https://unsansculotte.wordpress.com/2016/02/15/jean-clement-martin-repond-a-michel-onfray/
[x]  Voir le lien suivant à partir de la 22e minute : https://www.youtube.com/watch?v=wJoiah_o-ho On remarquera l’obsession de Yann Moix – qui a pourtant osé accompagner Gérard Depardieu en… Corée du Nord – à assimiler les Jacobins aux nazis, et à chaque fois en présence du « girondiste » Michel Onfray, trop heureux de savourer ce moment de grand délire contre-révolutionnaire…

[xi] Pour s’en rendre compte, lire son ouvrage phare Le Passé d’une illusion (1995).

[xii] En référence au film Les Années lumières, réalisé par Robert Enrico et sorti en 1989, reprenant ainsi, avec son collègue Richard T. Heffron, la thèse furetiste d’un « dérapage » de la Révolution initialement acceptable et respectable puisque portée par… une bourgeoisie et une aristocratie éclairées.

[xiii] Il est notamment conseillé d’écouter cette conférence donnée par Henri Guillemin sur Robespierre : https://www.youtube.com/watch?v=_QLnb9AjqB4

[xiv] Que relate notamment le journaliste Maxim Leo dans son Histoire d’un Allemand de l’Est, Acte Sud, 2010.

[xv] Voir le lien suivant : https://www.monde-diplomatique.fr/2011/08/DERENS/20853

[xvi] Voir le lien suivant : https://www.atlantico.fr/pepite/3561969/66-des-russes-regrettent-l-urss Difficile pourtant de qualifier Atlantico de « philo-communisme » …

[xvii] Emission diffusée sur France Culture du lundi au vendredi de 9h à 10h.

[xviii] L’émission peut être retrouvée au lien suivant : https://www.franceculture.fr/emissions/la-fabrique-de-lhistoire/relire-la-revolution-francaise-34-de-la-terreur-au-directoire

[xix] Au sujet de ce nouveau vocable à la mode dans la bouche notamment des macronistes, lire le billet politique suivant : https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique/le-billet-politique-jeudi-21-decembre-2017

[xx] Voir le lien suivant : https://fr.wikipedia.org/wiki/Incroyables_et_Merveilleuses Et au-delà, il est vivement conseillé de se reporter à l’ouvrage synthétique suivant : Michel Biard, Philippe Bourdin, Silvia Marzagalli, Révolution, Consulat, Empire, 1789-1815, Belin, 2009.

[xxi] Parmi les membres du conseil d’administration de ce rassemblement technocrate et corporatiste se trouve le comte Edmond de Fels, auteur en 1925 de l’ouvrage… La Révolution en marche.

[xxii] Pour bien saisir les intrigues et les manœuvres de toute l’oligarchie politico-économico-médiatique (OPEM) de l’époque, lire le remarquable ouvrage d’Annie Lacroix-Riz, Le choix de la défaite. Les élites françaises dans les années 1930, Armand Colin, 2010.

[xxiii] Pour plus de précision, écouter la conférence suivante : https://www.youtube.com/watch?v=tmJEzm5UnH8

[xxiv] Les trois documentaires peuvent être visionnés à partir du lien suivant : https://www.youtube.com/watch?v=YBt4QUpQJpw

[xxv] Tout un symbole : le monarque Valéry Giscard d’Estaing est né à Coblence !

[xxvi] Voir le lien suivant : https://www.nouvelobs.com/politique/20180424.OBS5662/emmanuel-macron-ou-le-retour-du-monarque-republicain.html

[xxvii] Voir le lien suivant : http://www.regards.fr/politique/article/piscine-vaisselle-et-salle-des-fetes-en-six-mois-les-macron-ont-depense-plus-d

[xxviii] Pour rappel, voir le lien suivant : https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/untitled-52/

[xxix] Pour une chronologie précise et concise, voir le lien suivant : https://www.cnews.fr/france/2019-07-11/retour-sur-les-grandes-dates-de-laffaire-benalla-859823

[xxx] Voir le lien suivant : https://www.closermag.fr/politique/comment-emmanuel-macron-a-appris-effare-la-viree-en-boite-de-christophe-castaner-948764 Qui eut cru que Closer fasse un peu de journalisme ?!

[xxxi] Voir le lien suivant : https://www.marianne.net/politique/la-pitie-salpetriere-attaque-un-hopital-christophe-castaner-dementi-par-les-faits

[xxxii] Voir le lien suivant : https://www.rtl.fr/actu/politique/christophe-castaner-j-assume-cette-dimension-amoureuse-avec-emmanuel-macron-7790287790

[xxxiii] Pour un rapide panorama sur les frasques du sieur Goullet de Rugy, voir le lien suivant : http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/francois-de-rugy-ces-4-affaires-qui-embarassent-le-ministre-20190712

[xxxiv] Voir le lien suivant : https://www.initiative-communiste.fr/articles/europe-capital/quand-un-neo-nazi-ukrainien-rugy-de-plaisir-la-regression-est-en-marche-vers-la-fascisation/

[xxxv] Voir le lien suivant : https://www.huffingtonpost.fr/entry/invite-a-diner-chez-francois-de-rugy-jean-michel-aphatie-regrette-dy-etre-alle_fr_5d25cf5de4b0583e4829ddff

[xxxvi] Pour rappel, voir le lien suivant : https://www.initiative-communiste.fr/articles/luttes/laurent-brun-violemment-attaque-par-la-presse-aux-ordres-les-chiens-de-garde-mediatique-aboient-la-caravane-marxiste-leniniste-passe/

[xxxvii] Voir le lien suivant : https://www.agoravox.tv/actualites/societe/article/jean-michel-aphatie-les-gilets-81360

[xxxviii] Voir le lien suivant : https://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/avec-elle-le-president-sencanaille-ce-portrait-au-vitriol-de-marlene-schiappa_425090 Décidément, qui eut cru que Gala serait également une intéressante source journalistique ?

[xxxix] Voir le lien suivant : http://www.le-chiffon-rouge-morlaix.fr/2019/03/education-le-projet-reactionnaire-de-blanquer-l-homme-du-tres-droitier-institut-montaigne-mobilise-largement-les-enseignants-contre

[xl] Voir le lien suivant : https://www.marianne.net/politique/video-jean-michel-blanquer-juge-prioritaire-d-ancrer-l-idee-europeenne-chez-les-jeunes

[xli] Voir le lien suivant : https://blogs.mediapart.fr/republicain/blog/191211/denis-kessler-il-sagit-de-defaire-methodiquement-le-programme-du-cnr

[xlii] Voir le lien suivant : http://www.businessinsider.fr/christine-lagarde-est-reconnue-coupable-mais-condamnee-a-rien-dans-laffaire-bernard-tapie-credit-lyonnais/

[xliii] Voir le lien suivant : http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2015/02/02/31001-20150202ARTFIG00405-du-traite-constitutionnel-a-syriza-l-europe-contre-les-peuples.php

[xliv] Voir le lien suivant : https://info.arte.tv/fr/evasion-fiscale-juncker-ce-loup-dans-la-bergerie?fbclid=IwAR2czdTk7t0jx8qdcN24in98YSS7rCryetVu5gAVj_CsTYcG7mgeAwe9_mI

[xlv] Voir le lien suivant : https://www.ledauphine.com/france-monde/2019/03/18/gilets-jaunes-merkel-soutient-macron-et-denonce-une-violence-terrifiante

[xlvi] Voir le lien suivant : https://www.lesechos.fr/monde/europe/gilets-jaunes-le-soutien-de-merkel-a-macron-239156

[xlvii] Voir le lien suivant : https://www.france24.com/fr/20190312-idee-alliance-marine-le-pen-progresse-sympathisants-republicains

[xlviii] Voir de nouveau le lien suivant : https://www.lepoint.fr/politique/robespierre-vu-par-les-politiques-10-08-2017-2149197_20.php

[xlix] Voir le lien suivant : https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/240417/les-piliers-fondateurs-du-fn-sont-des-nazis

[l] Voir de nouveau le lien suivant : https://www.lepoint.fr/politique/robespierre-vu-par-les-politiques-10-08-2017-2149197_20.php

[li] Voir le lien suivant : https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/drapeau-rouge-et-drapeau-tricolore/

[lii] Cette citation est notamment reprise dans l’article de Jean-Numa Ducange et Pascal Dupuy, « Historiographie et postérité : « Par pitié, dites-nous simplement : quel fut Robespierre » (March Bloch) », in Michel Biard et Philippe Bourdin (dir.), Robespierre. Portraits croisés, Armand Colin, 2012, p. 235.

[liii] Voir le lien suivant : https://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/francois-de-rugy-face-a-jean-jacques-bourdin-en-direct-1174826.html

[liv] Voir le lien suivant : https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/macron-la-republique-


Source: Initiative Communiste


Lire le second volet: Le long chemin vers les Jours Heureux