mercredi 10 octobre 2018

Il était une fois le libéralisme...



" Il y a deux histoires: l'histoire officielle, menteuse et l'histoire secrète, où sont les véritables causes des évènements." Honoré de Balzac

" Le marché n'est pas au-dessus de la nation et de l'Etat. C'est la nation, c'est l'Etat qui doivent surplomber le marché. Si le marché régnait en maître, ce sont les Américains qui régneraient en maîtres sur lui ; ce sont les multinationales, qui ne sont pas plus multinationales que l'OTAN. Tout ça n'est qu'un simple camouflage de l'hégémonie américaine. Si nous suivions le marché les yeux fermés, nous nous ferions coloniser par les Américains. Nous n'existerions plus, nous Européens."
 Général de Gaulle




La fable du libéralisme qui sauve le monde

Comparant l’état de la Chine populaire, de Cuba et de l’Inde, en s’appuyant sur les travaux de Jean Drèze et d’Amartya Sen, Bruno Guigue montre les progrès sociaux de régimes étatiques par rapport aux retards d’un régime « libéral » (au sens des Chicago Boys). Il n’évoque pas la question des investissements financiers et de l’alliance prônée par Deng Xiaoping entre le Parti communiste et les transnationales et préfère se concentre sur celle des Biens communs. Si certains régimes étatiques ont échoués, d’autres ont réussi. Et ils l’ont fait mieux que s’ils avaient suivi les recettes « libérales ».

| Paris (France)




En Occident, le libéralisme passe pour une doctrine indépassable. Pur produit du génie européen, il serait à l’origine des merveilleuses prouesses dont se vantent les sociétés développées. Mais l’idéologie dominante ne se contente pas de lui attribuer toutes les vertus à domicile. Elle lui prête aussi un rayonnement sans frontières. À croire ses adeptes les plus enthousiastes, les recettes libérales sauvent le monde ! Un éditorialiste français, par exemple, peut affirmer lors d’un débat télévisé - sans être contredit - que « le libéralisme a éradiqué la pauvreté en Chine ». Devant une telle assurance, la raison défaille. Comment convaincre des croyants aussi fanatisés qu’une doctrine prônant la libre concurrence et prohibant l’intervention de l’État dans l’économie, en Chine, est une denrée introuvable ? On y voit en revanche un État souverain dirigé par le parti communiste et chargé de planifier le développement à long terme du pays. Un État fort qui s’appuie sur un secteur privé florissant, certes, mais aussi sur un puissant secteur public détenant 80% des actifs dans les industries-clé. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, en Chine, l’État maîtrise la monnaie nationale, le système bancaire est contrôlé par l’État et les marchés financiers sont sous haute surveillance.

Il est clair que l’ouverture internationale engagée par le pouvoir communiste à partir des années 80 a permis de capter de précieuses ressources et d’obtenir des transferts de technologie. Mais on ne discerne aucun rapport entre cette politique commerciale audacieuse et les dogmes libéraux, que ce soit l’auto-régulation du marché ou la concurrence pure et parfaite. Le libéralisme n’a pas inventé le commerce, qui existait bien avant que la moindre idée libérale ait germé dans le cerveau d’Adam Smith. « État fort », « planification à long terme », « puissant secteur public » sont des formules qui ne fleurent guère le libéralisme ordinaire, et imputer à cette doctrine les progrès spectaculaires de l’économie chinoise n’a aucun sens. La pauvreté aurait été vaincue grâce aux recettes libérales ? Dans l’imagination des libéraux, certainement. Dans les faits, la réussite économique de la Chine doit davantage à la main de fer de l’État qu’à la main invisible du marché. Cette économie mixte pilotée par le parti communiste chinois a porté ses fruits. En trente ans, le PIB a été multiplié par 17 et 700 millions de personnes ont été extraites de la pauvreté. Comme la réduction de la pauvreté dans le monde dans la même période est essentiellement due à la politique économique chinoise, on peut difficilement attribuer au libéralisme les progrès récemment enregistrés par l’humanité.
Du point de vue des rapports entre libéralisme et développement, la comparaison entre les deux géants asiatiques est également instructive. En 1950, l’Inde et la Chine se trouvaient dans un état de délabrement et de misère extrêmes. La Chine connaissait d’ailleurs une situation pire que celle de son voisin, avec un PIB par habitant inférieur à celui de l’Afrique sub-saharienne et une espérance de vie moyenne de 42 ans. Aujourd’hui, la Chine est la première puissance économique mondiale et son PIB représente 4,5 fois celui de l’Inde. Non que cette dernière n’ait accompli aucun progrès. Bien au contraire. Après avoir jeté les bases d’une industrie moderne au lendemain de l’indépendance (1947), elle a connu depuis vingt ans un développement accéléré, et elle occupe une position de premier plan dans l’informatique et la pharmacie. Mais elle a beau afficher des taux de croissance annuels insolents, elle charrie une pauvreté de masse dont la Chine, elle, a enfin réussi à se débarrasser. Auteurs du livre Splendeur de l’Inde ? Développement, démocratie et inégalités [1], Jean Drèze et Amartya Sen résument la situation paradoxale du pays : « L’Inde a gravi l’échelle du revenu par habitant en même temps qu’elle a glissé au bas de la pente des indicateurs sociaux ». 
En dépit de taux de croissance record, la situation sociale du pays, en effet, n’est pas brillante. Il vaut mieux naître en Chine qu’en Inde, où le taux de mortalité infantile est quatre fois plus élevé. 

L’espérance de vie des Indiens (67 ans) est nettement inférieure à celle des Chinois (76 ans). Un tiers des Indiens n’ont ni électricité ni installations sanitaires, et la malnutrition touche 30 % de la population. Comment expliquer un tel décalage ? Pour Jean Drèze et Amartya Sen, « l’Inde est le seul pays des BRICS à n’avoir pas connu de phase d’expansion majeure de l’aide publique ou de la redistribution économique. La Chine a fait très tôt d’énormes progrès en matière d’accès universel à l’enseignement primaire, aux soins médicaux et à la protection sociale, et ce bien avant de se lancer dans des réformes économiques orientées vers le marché, en 1979 ». Pour qu’un économiste indien (Prix Nobel d’économie 1998) dise que l’Inde aurait dû faire comme la Chine - sur le plan économique, s’entend - il faut qu’il ait de bonnes raisons de le penser. Et ce qu’il dit est extrêmement clair : l’Inde, contrairement à la Chine, a manqué d’un investissement massif de la puissance publique dans l’éducation et la santé. L’Inde n’a pas souffert d’un surplus, mais d’un déficit d’État.

Mais pourquoi ? L’explication fournie par les deux économistes à propos de la politique éducative est particulièrement intéressante : « Les planificateurs indiens étaient à l’opposé de leurs homologues des pays communistes, à Moscou, Pékin et La Havane. Ces derniers faisaient grand cas de l’éducation scolaire universelle, considérée comme une exigence socialiste fondamentale, et aucun d’entre eux n’aurait permis que de fortes proportions d’enfants ne soient pas scolarisés ». En Inde, en revanche, « la prévention des classes et des castes supérieures à l’encontre de l’éducation des masses » a freiné la généralisation de l’enseignement primaire, entraînant un retard considérable dans l’accès à l’éducation. C’est l’orientation idéologique, et non une obscure fatalité, qui explique la différence des niveaux de développement éducatif entre les deux pays. Les élites dirigeantes de l’Inde nouvelle avaient beau se réclamer d’idéaux progressistes, elles n’ont pas misé sur l’élévation du niveau scolaire des masses indiennes, les « Intouchables » se trouvant relégués aux marges d’une société hiérarchisée, bien loin de l’égalitarisme — y compris entre les hommes et les femmes — prôné par l’idéologie maoïste de la Chine populaire.

Pour souligner un tel contraste, Amartya Sen cite un commentaire de l’écrivain indien Rabindranath Tagore formulé lors de son voyage en Union soviétique (1930) : « En posant le pied sur le sol de la Russie, la première chose qui attira mon attention fut que, en matière d’éducation en tout cas, la paysannerie et la classe ouvrière avaient fait de tels progrès en ces quelques années que rien de comparable n’était advenu même à nos classes supérieures en un siècle et demi ». On peut dire ce qu’on veut des régimes communistes, mais il est indéniable qu’ils ont misé sur l’éducation universelle, la santé pour tous et l’émancipation féminine. Les continuités historiques étant parfois saisissantes, on peut d’ailleurs rapprocher ce commentaire méconnu de Tagore sur l’URSS des années 30 avec un autre document : le résultat de l’étude sur la lecture (« PIRLS ») conduite par l’Association internationale pour l’évaluation de la réussite éducative. Menée en 2016 sur 319 000 élèves de CM1 dans cinquante pays, cette étude compare les performances des élèves en matière de lecture et de compréhension d’un texte écrit. La Russie est arrivée en tête (à égalité avec Singapour). Mais c’est sans doute le hasard.

En tout cas, une chose est sûre : en Chine populaire comme en URSS, l’enseignement public — et notamment l’enseignement primaire : la lecture, l’écriture et le calcul — était prioritaire. Si la Chine a su résoudre des problèmes dans lesquels l’Inde se débat toujours (illettrisme, insalubrité, mortalité infantile), ce n’est certainement pas parce qu’elle est plus « libérale ». En fait, c’est exactement le contraire. En dotant le pays de solides infrastructures publiques, le socialisme chinois — en dépit de ses erreurs — a créé les conditions d’un développement du pays à long terme. Les dirigeants du parti communiste ont beau faire l’éloge du libre-échange, ils savent bien que la cohésion de la société chinoise ne repose pas sur le commerce international. Avant d’ouvrir son économie, la Chine s’est dotée d’un système éducatif et sanitaire lui permettant d’affronter la compétition économique mondiale. Manifestement, elle cueille aujourd’hui le fruit de ses efforts.

Bien entendu, ce n’est pas davantage par libéralisme que Deng Xiao Ping a imposé la politique de l’enfant unique. En procédant à cette intrusion dans la sphère privée, Pékin a réussi le pari d’un contrôle des naissances indispensable au développement. Tout le monde est d’accord aujourd’hui pour admettre que le jeu en valait la chandelle. Mais il est difficile d’imputer au libéralisme le succès d’une régulation drastique des naissances imposée par le Parti communiste ! Sous un régime pluraliste, une telle politique ne serait même pas concevable. Ni pluraliste ni libéral, le régime chinois pouvait planifier le développement du pays en sacrifiant les intérêts privés sur l’autel de l’intérêt général. En attendant, les résultats parlent d’eux-mêmes. Et il est probable que les Chinois en comprennent d’autant mieux la nécessité que cette politique a été assouplie. En Inde, les tentatives d’Indira Gandhi n’ont pas eu le même succès, et l’hypothèque démographique continue de peser sur le développement du pays.

Mais l’exemple de la démographie, précisément, montre que la question du développement se pose sous un autre jour si l’on réexamine plus finement la situation indienne. « Les États indiens qui s’en sortent bien, affirment Jean Drèze et Amartya Sen, sont ceux qui avaient posé auparavant les solides bases d’un développement participatif et d’une aide sociale, et promu activement l’extension des capacités humaines, particulièrement dans les domaines de l’éducation et de la santé ». Avec un indice de développement humain qui est de loin le plus élevé du pays, le Kérala (sud-ouest de l’Inde) fait figure de vitrine sociale du sous-continent. Il est aussi l’État de l’Inde où la transition démographique est la plus achevée, ce qui contribue à l’évolution positive de la condition féminine. Or la baisse du taux de natalité est directement correlée à l’élévation du niveau d’éducation. Très pauvre au moment de l’indépendance (1947), le Kérala a engagé un programme ambitieux de développement éducatif et sanitaire, créant les conditions d’un développement économique dont il perçoit aujourd’hui le bénéfice. Avec un revenu par tête qui est le plus élevé de l’Union (70 % de plus que la moyenne indienne), un taux de scolarisation de 98 %, un taux de mortalité infantile cinq fois moins élevé que la moyenne des États indiens, cet État de 34 millions d’habitants dont la presse occidentale ne parle jamais a aussi pour caractéristique de favoriser le rôle politique et social des femmes.

Mais ces succès ne datent pas d’hier, ils sont le fruit d’une politique de longue haleine. Comme en Chine, le développement du pays va de pair avec le souci du long terme. « Le Kérala continue de progresser rapidement sur divers fronts et son avance par rapport aux autres États ne semble nullement se réduire avec le temps, indiquent Jean Drèze et Amartya Sen. Depuis les années 80, le développement du Kérala a régulièrement été dénoncé par des commentateurs méfiants envers l’intervention de l’État, qui le jugeaient insoutenable ou trompeur, voire susceptible de conduire à la débâcle. Il est cependant apparu que l’amélioration des conditions de vie dans cet État s’est non seulement poursuivie mais accélérée, avec l’aide d’une croissance économique rapide, favorisée à son tour par l’attention accordée à l’instruction primaire et aux capacités humaines ». Cette avance du Kérala par rapport aux autres États indiens n’est pas un héritage de la période antérieure à l’indépendance : en 1947, le Kérala était extrêmement pauvre. Ce progrès est le fruit d’un combat politique dont le moment-clé se situe en 1957, lorsque le Kérala est le premier État à élire une coalition dirigée par les communistes. Depuis cette date, ils exercent le pouvoir local en alternance avec une coalition de centre gauche dirigée par le parti du Congrès. En tout cas, il ne semble pas que les communistes du Communist Party of India -Marxist (CPI-M) et leurs alliés — qui exercent à nouveau le pouvoir depuis 2016 après avoir fait du Kérala l’État le plus développé de l’Inde —, aient puisé leur inspiration dans les doctrines libérales.

Bref, pour continuer à sauver le monde, le libéralisme va devoir faire la preuve qu’il a quelque chose de neuf à apporter aux deux États les plus peuplés de la planète. Que la Chine communiste soit responsable de l’essentiel de l’effort accompli pour éradiquer la pauvreté dans le monde, et que cet événement passe inaperçu de l’opinion occidentale, en dit long sur l’aveuglement idéologique ambiant. On pourrait poursuivre l’analyse en montrant qu’un petit État des Caraïbes soumis à un blocus illégal a tout de même réussi à bâtir un système éducatif et sanitaire sans équivalent parmi les pays en développement. Avec un taux de scolarisation de 100 % et un système de santé récompensé par l’Organisation mondiale de la santé, Cuba a récemment accompli la prouesse d’offrir à sa population une espérance de vie supérieure à celle des USA et un taux de mortalité infantile équivalent à celui des pays développés. Les méthodes pour y parvenir n’ont rien de libéral, mais chacun a sa conception des droits de l’homme : en ramenant le taux de mortalité infantile de 79 p. 1000 (1959) à 4,3 p. 1000 (2016), le socialisme cubain sauve des milliers d’enfants par an. Pour contempler les effets mirifiques du libéralisme, il suffit de regarder ce qui se passe dans la région. Du côté d’Haïti, par exemple, ce protectorat américain où l’espérance de vie est de 63 ans (contre 80 pour Cuba), ou du côté de la République dominicaine — un peu mieux lotie — où l’espérance de vie est de 73 ans et la mortalité infantile est cinq fois celle de Cuba.

Mais ces broutilles n’intéressent guère les adeptes du libéralisme. Ils voient cette doctrine comme un chevalier blanc — c’est le cas de le dire — répandant ses bienfaits depuis cet Occident qui a tout compris et veut en communiquer le bénéfice à des populations confites d’émotion devant tant de bonté et prêtes à embrasser sa foi dans l’homo œconomicus, la loi du marché et la libre concurrence. Prenant le fruit de leur imagination pour le monde réel, ils confondent l’initiative privée — qui existe à des degrés divers dans tous les systèmes sociaux — et le libéralisme — une idéologie « hors sol » qui n’existe que dans l’esprit des libéraux pour justifier leurs pratiques. Si la société était ce que les libéraux en disent, elle serait réglée comme le mouvement des planètes. Les lois du marché seraient aussi inflexibles que les lois de la nature. Tel un chef d’orchestre, le marché harmoniserait les intérêts divergents et distribuerait équitablement les ressources. Toute intervention publique serait nocive, puisque le marché génère spontanément la paix et la concorde. La force du libéralisme, c’est que cette croyance légitime la loi du plus fort et sacralise l’appropriation du bien commun. C’est pourquoi il est l’idéologie spontanée des oligarchies assoiffées d’argent, des bourgeoisies cupides. Le drame du libéralisme, en revanche, c’est qu’il est rangé au magasin des accessoires chaque fois qu’une société privilégie le bien-être de tous et fait passer l’intérêt commun avant les intérêts particuliers.



Notes: 

[1Splendeur de l’Inde ? Développement, démocratie et inégalités, Jean Drèze et Amartya Sen, Flammarion, 2014.


Source: Le Grand soir  via Réseau Voltaire

lundi 8 octobre 2018

Le Mexique à gauche toute?


Andrés Manuel López Obrador, connu sous ses initiales AMLOa donné un nom à ce projet pendant sa campagne : la « quatrième transformation » du Mexique. Le nouveau président (Lopez Obrador) inscrit ainsi son orientation dans l’histoire longue du pays et associe son action aux grands moments de modernisation et d’avancées démocratiques et sociales qu’il a pu connaître sous Miguel Hidalgo (Indépendance), Benito Juarez (la « Reforma »), Francisco Madero (la Révolution).

On peut résumer ce projet de la manière suivante : refonder l’Etat national au service d’une société plus juste « pour le bien de tous, et d’abord des pauvres », comme il l’a indiqué lors de son discours de victoire.

Ce projet est également celui d’une nation plus autonome. Il s’agit ici de reconstruire la souveraineté du Mexique, du point de vue de son modèle de développement économique – largement soumis aux chaînes de production et de valeur nord-américaines – et géopolitique. AMLO entend inscrire le développement mexicain dans le cadre d’un marché intérieur tiré par une consommation populaire plus forte et des secteurs productifs et industriels nationaux affirmés.

AMLO promet une alliance entre une fraction de la bourgeoisie nationale productive, qui considère qu’il faut assainir un pays devenu quasi ingouvernable pour que puissent continuer à se développer les activités économiques, et les secteurs populaires qui revendiquent des transformations profondes dans le pays, sur le plan démocratique et social.

Ces objectifs sont, dans le contexte de décomposition très avancé du tissu social et de l’Etat (on parle du Mexique comme d’un « narco-Etat », rongé par la corruption généralisée, la violence et les collusions avec le crime organisé), radicaux. Pour voir le jour, ils devront impliquer une révision progressive mais structurelle des rapports politiques, économiques et géopolitiques du Mexique avec son écosystème régional, et notamment avec l’encombrant partenaire nord-américain.
…./...
La victoire d’AMLO – premier président de centre-gauche élu depuis la transition démocratique (inachevée) de 2000 – constitue un événement démocratique tectonique. Le système bipartite traditionnel et corrompu est affaissé.
Christophe Ventura, chercheur à l’Iris


président Lopez Obrador peut-il sortir le Mexique de son marasme ? (RT.com)


Après des décennies de stagnation, de corruption et de dépendance meurtrière aux États-Unis, Andres Manuel Lopez Obrador apparaît à beaucoup de gens ordinaires et d’intellectuels comme la dernière chance du Mexique.

Toute l’Amérique du Nord vient d’apprendre deux choses importantes : Le président américain Donald Trump n’assistera pas à l’investiture du président mexicain de gauche Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO). Et, oui, malgré toutes les tensions et les désaccords, le nouvel accord qui doit remplacer l’ALENA a été conclu. Il s’appelle l’USMCA - l’Accord États-Unis-Mexique - Canada.

Paradoxalement, si Obrador devait remplir ne serait-ce que la moitié de ses promesses électorales, il y aurait inévitablement un affrontement entre le Mexique d’une part et les États-Unis et le Canada de l’autre. Les États-Unis absorbent environ 80 % des exportations mexicaines. Un bon nombre d’intellectuels mexicains pensent que leur pays n’était, jusqu’à présent, rien de plus qu’une colonie de leur ’grand frère’ du Nord. Les sociétés minières canadiennes exploitent sans ménagement les ressources naturelles du Mexique et, avec l’aide de politiciens et paramilitaires locaux, elles martyrisent les peuples autochtones qui sont presque sans défense.

Après des décennies d’inertie et de déclin, le Mexique est prêt pour un changement profond et vital, un changement qui, pense-t-on, ne se fera pas cette fois-ci sous des bannières rouges, en chantant des chants révolutionnaires, mais avec la précision des coups soigneusement calculés d’un joueur d’échecs.

Seul un leader génial peut briser l’étreinte mortelle des États-Unis sans faire trop de dégâts. Et beaucoup croient que le nouveau président Obrador est en un.

’Pas un joueur de poker, mais un joueur d’échecs’

Le Mexique est de ’mauvaise humeur’, malgré la victoire d’un leader de gauche. Des décennies de stagnation, de corruption et de dépendance mortelle aux Etats-Unis ont eu un impact extrêmement négatif sur la nation.

John Ackerman, l’universitaire légendaire de l’UNAM (Universidad Nacional Autonoma de Mexico), né aux Etats-Unis et naturalisé mexicain, m’a expliqué lors de notre rencontre à Coyoacan :
Ça a mis du temps à arriver. Dans toute l’Amérique latine, il y a eu de grandes transformations, mais pas au Mexique. Le Mexique n’a pas changé depuis 1946, depuis la création du PRI... L’éducation, la santé, le système social, l’infrastructure, il a promis d’améliorer tout cela... Pour ce qui est de la population ouvrière, il montre un grand intérêt pour la démocratie syndicale, qui pourrait être un véritable vecteur de révolution... Les syndicats pourraient être utilisés pour lancer la participation démocratique dans le pays.’

Nous pensons tous les deux qu’Obrador n’est pas Fidel, ni Chavez. Il est pragmatique et il sait à quel point la proximité des États-Unis est dangereuse pour le Mexique. Des gouvernements sont renversés depuis le Nord et des systèmes socialistes entiers sont attaqués et/ou liquidés.

Pour le professeur Ackerman : ’Obrador n’est pas un joueur de poker, comme Trump ; Obrador est un joueur d’échecs.’

Ackerman est extrêmement bien informé, tout comme son épouse, une universitaire mexicaine reconnue qui vient d’une importante famille de gauche, Irma Sandoval-Ballesteros. Elle sera bientôt ministre de l’Administration publique dans l’administration Obrador, ce qui signifie qu’elle luttera contre la corruption endémique au Mexique. Ce sera, sans aucun doute, l’un des jobs les plus difficiles du pays.

Le Mexique est le deuxième des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), pour ce qui est de l’écart économique entre les très pauvres et les très riches. Selon le gouvernement, environ 53,4 millions des 122 millions d’habitants du Mexique étaient pauvres en 2016.

Le crime est hors de contrôle, tout comme la corruption. Selon Seguridad Justicia y Paz, une ONG mexicaine, cinq des dix villes où le taux d’homicides est le plus élevé au monde se trouvent au Mexique : Los Cabos (1), Acapulco (3), Tijuana (5), La Paz (6) et Ciudad Victoria (8).

Environ 460 000 enfants ont été recrutés par les réseaux de trafiquants de drogue au Mexique, selon le nouveau ministre de la Sécurité publique du gouvernement Obrador. Alors que les cadavres s’accumulent et que l’insécurité augmente (récemment, au moins 100 cadavres ont été retrouvés dans l’État de Jalisco), la police mexicaine continue à se distinguer par sa corruption et son inefficacité.

La misère règne partout

Tout est élégant et stylé dans cette ancienne hacienda, perdue au milieu du temps et de la jungle, dans l’état du Yucatan. Il y a une vingtaine d’années, je m’étais installé tout près pour travailler à mon roman, dans une sorte d’exil auto-imposé. Même alors, le Yucatan était pauvre, conservateur et traditionnel. Mais il y avait de la fierté et de la dignité jusque dans les villages les plus pauvres.

Les choses ont changé radicalement, et pas en mieux. Maintenant, une grande misère règne partout. A seulement deux kilomètres de la hacienda, à Temozon, les toits des maisons rurales traditionnelles sont troués, et de nombreuses habitations sont abandonnées. Les gens ne meurent pas de faim, pas encore, mais c’est uniquement parce qu’au Yucatan, il y a encore un grand sens de la communauté et de la solidarité.

Don Alfredo Lopez Cham vit dans un village près de Sihunchen. La moitié du toit de sa maison a disparu. Il ne voit que d’un œil. Il est dans une misère noire. Je lui ai demandé comment ça allait depuis mon départ. Il a hoché la tête, désespéré :
Vous venez de voir ma maison, là... Vous pouvez imaginer comment c’est... je n’ai pas les moyens de réparer. Pendant toutes ces années, je n’ai pas trouvé de travail. Et maintenant je suis vieux.’
La señora Consuelo Rodriguez, sa voisine, se joint à la conversation. C’est une matrone, franche et directe, un peu rude mais au cœur d’or. Elle est toujours entourée d’un troupeau de poulets :
’Regarde, il n’a vraiment plus rien ! Ici, nous essayons d’aider ceux qui sont dans le besoin, mais nous n’avons plus rien. Il y a quelques années, le gouvernement a envoyé, une fois, des gens pour nous aider à réparer nos maisons, mais on ne les a jamais revus.’

En théorie, les Mexicains bénéficient de la gratuité de l’éducation et des soins de santé, mais en pratique, seuls ceux qui occupent des emplois gouvernementaux ou de bons emplois privés y ont droit. Le président élu AMLO promet de régler ce problème, mais les gens du pays sont sceptiques, même la señora Consuela.

Quand nous tombons malades, nous devons payer, à moins d’avoir une assurance à notre travail. Et la plupart d’entre nous, ici, n’ont pas d’emploi stable.’
Les gens d’ici ont-ils confiance dans le nouveau gouvernement ? Elle hausse les épaules : ’On attend de voir.’

C’est ce que j’entends partout, d’un océan à l’autre de cet immense pays potentiellement riche, la 15ième économie du monde. Il n’y a pas beaucoup d’enthousiasme, on attend de voir.

Don Rudy Alvarez, qui travaille depuis plus de 20 ans dans l’un des hôtels de luxe du Yucatan, manifeste un optimisme prudent. ’Même nous qui avons des emplois stables dans des entreprises multinationales, nous ne pouvons pas voir très grand. Je réussis à nourrir ma famille et à envoyer un de mes fils étudier le droit à l’université. Mais c’est tout. On ne pourra jamais s’acheter une voiture ni rien de ce genre. Nous espérons qu’Obrador (AMLO) changera la donne. Ici, beaucoup de gens pensent que le Yucatan a été vendu aux touristes comme une sorte de ’Disneyland maya’, sans grand respect pour notre culture.’

Le Mexique est le deuxième pays le plus visité de l’hémisphère occidental, juste après les États-Unis. Mais les revenus du tourisme profitent rarement à la population locale.

La criminalité et les guerres de la drogue sont loin d’être les seuls problèmes du pays. Au centre de la ville indigène et historique d’Oaxaca, les forces armées interdisent l’entrée du Palais du Gouverneur. Pourquoi ? A cause des graffitis contre les disparitions et les exécutions extrajudiciaires et contre les expulsions forcées des populations indigènes par les multinationales, que font les activistes.

En signe de protestation, Lisetta, vit, avec beaucoup de camarades, dans une tente érigée devant le palais. Elle m’explique : ’ Nous n’avons plus de maison depuis 9 ans. Les paramilitaires et les forces gouvernementales sont venus et nous ont chassés de nos habitations, à San Juan Copala. Des gens ont été tués, des femmes violées, beaucoup ont disparu. Nous sommes ici pour demander justice.’ Elle me montre des bleus sur son bras : ’La police est venue, m’a cassé mon portable, et m’a blessée au bras...’

Au Centre de Photographie Manuel Alvarez Bravoin d’Oaxaca, Leo (qui ne m’a donné que son prénom), a confirmé : ’C’est terrible ce qui est arrivé à ces gens. Imaginez que vous êtes chez vous, et soudain des gens armés font irruption et vous mettent dehors ! Mais au Mexique, c’est normal, et pas seulement dans cette région. Les multinationales, en particulier les multinationales canadiennes, contrôlent environ 80 % de l’exploitation minière au pays. Les gens, en particulier les autochtones, sont traités avec une grande brutalité. Le Mexique a terriblement souffert du colonialisme espagnol, mais on a souvent l’impression que ça n’a pas beaucoup changé. Nous ne contrôlons pas notre pays !’

Et la nouvelle administration d’Obrador ? Leo et ses collègues ne sont que modérément optimistes.
Nous ne sommes pas sûrs qu’il oserait s’attaquer aux plus gros problèmes : la dépendance de notre pays à l’égard de l’Amérique du Nord, et les épouvantables inégalités entre riches et pauvres, entre les descendants des Européens et la majorité constituée par les peuples autochtones. Il n’y a qu’à regarder ce qui se passe partout : Les Occidentaux et leurs entreprises s’installent partout et font tout ce qu’ils veulent, et les autochtones vivent dans la misère.’

Mais j’ai quand même rencontré beaucoup de gens qui gardaient espoir. Le Parti Moreno de gauche d’AMLO gouvernera bientôt en coalition avec le PT (Partido del Trabajo) et le Parti conservateur Social Encounter Party. Il est peu probable que le Mexique prenne le chemin de Cuba ou du Venezuela, il s’inspirera plutôt du modèle bolivien. Il pourrait s’agir d’une révolution silencieuse, d’un changement basé sur la constitution du pays, une constitution extrêmement progressiste et véritablement socialiste, qui remonte remarquablement à 1916.

Un universitaire mexicain, le Dr Ignacio Castuera, qui enseigne à l’Université Claremont en Californie, m’explique : ’Je pense qu’Obrador doit réunir plusieurs factions pour mettre en œuvre une partie de son programme. Personne ne peut résoudre seul les problèmes d’une nation. J’espère que beaucoup de gens se rallieront à lui ; si cela se produit, il pourra opérer des changements importants. L’immense ombre portée de la politique et des entreprises américaines continuera à exercer une influence majeure.’

A Tijuana, je suis encore confronté à la misère noire avec les maquiladoras multinationales qui ne paient leurs travailleurs que 48 Euros par semaine ; je parviens à me rendre au cœur des territoires du crime organisé, et je vois le mur consternant que les Etats-Unis construisent entre les deux pays.
Je passe des heures à écouter les histoires la señora Leticia, qui vit à un mètre du mur.

’Ils passent à travers nos terres, et cela affecte beaucoup de créatures qui vivent ici. Le mur empêche aussi l’eau de circuler librement.

’Tout ça, c’était le Mexique. Les Nord-Américains nous avaient déjà volé plusieurs États. Maintenant, ils construisent ce mur. Je suis allée plusieurs fois dans leur pays. Et franchement, malgré tous nos problèmes, je préfère encore vivre de ce côté-ci  !’

Plus tard dans la nuit, j’écoute un homme qui connaît son pays de fond en comble, du nord au sud et d’est en ouest. Nous sommes dans un petit café ; les sirènes hurlent à proximité, un autre meurtre vient d’avoir lieu. Assis en face de moi, il parle lentement :
Le Mexique a le dos au mur. Cette situation ne peut plus durer. Andrés Manuel López Obrador est notre dernière chance. Nous nous rallierons à lui, nous l’aiderons. S’il tient ses promesses, alors le Mexique changera et prospérera. Sinon, je crains que notre peuple n’ait pas d’autre choix que de prendre les armes.’

Andre Vltchek


Traduction : Dominique Muselet
Lecture complémentaire : Amexica, War Along the Border Line, 2010), Albin Michel, 2013.

jeudi 4 octobre 2018

Le Vénézuéla résiste à la dictature du "Nouvel Ordre Mondial"


"Jamais nous ne sommes prêts à dire adieu à nos fondateurs et à nos géants (Bolivar, Marti, Castro & Chavez - NdlR) mais nous devons être fiers que le jour où nous avons dit adieu à Chávez et le jour où nous avons semé pour bâtir à Fidel un rocher éternel, ils ont pu partir tranquilles parce que oui, ils ont laissé une terre fertile, un peuple fertile, ils ont laissé un peuple uni, un peuple libre, ils ont laissé une terre fertile pour continuer à semer ! Ils n'ont pas labouré la mer
Nicolas Maduro, Président du Vénézuéla


Le Venezuela est victime d’une guerre économique à l’interne et de sanctions internationales qui contribuent en grande partie à la crise actuelle, estime un expert onusien.
Le rapport déposé lundi au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève, jour de son ouverture, fait tache face à l’unanimisme des pays occidentaux à condamner le gouvernement de Nicolas Maduro. Pour expliquer la grave crise économique et politique que traverse le Venezuela, Alfred de Zayas, expert indépendant de l’ONU sur l’ordre international, démocratique et équitable, insiste beaucoup sur la guerre économique menée à l’interne par l’opposition et sur les sanctions internationales des Etats-Unis, de l’Union européenne et du Canada, qui viennent aggraver la situation de la population.
Spéculation sur la monnaie et le taux de change, flux illicites, rétention de marchandises, sabotage de biens publics sont autant de moyens utilisés par des financiers et de grands entrepreneurs vénézuéliens et étrangers pour déstabiliser un gouvernement démocratiquement élu, constate l’ancien professeur étasunien et suisse.
Docteur en droit de l’Université Harvard, l’homme a été haut fonctionnaire des Nations Unies pendant vingt-deux ans (1981-2003) et professeur dans plusieurs universités, dont l’Institut universitaire des hautes études internationales à Genève, l’université DePaul à Chicago, et celle de British Columbia à Vancouver. Christophe Koessler, Le Courrier




Les répétitions font la vérité

Par Thomas Michel

C’est par de nombreuses offensives, planifiées, précises et répétées que l’on gagne une guerre. C’est par la répétition continue d’un même type de messages que l’on gagne une guerre médiatique. En ce qui concerne le Venezuela, parler de « guerre de l’information » n’est pas un superlatif. Et comme dans les guerres militaires, ce sera le nombre d’offensives médiatiques qui permettra à un des belligérants de s’imposer.

L’agence Reuters a organisé une séance photo à 23 membres de la dénommée Résistance. Photo : Carlos García Rawlins.
Réussir à faire croire au spectateur ce qu’il est obligé de penser, tel est l’objectif du conditionnement sous-jacent. Comme l’écrivait Aldous Huxley en 1931 dans Le meilleur des mondes – roman dystopique dans lequel les fœtus sont programmés durant leur sommeil à coup de répétitions auditives, « trois nuits par semaine, pendant quatre ans » pour qu’ils intègrent la condition sociale qui leur a été choisie – « Soixante-deux mille-quatre-cent répétitions font une vérité ». En effet, il n’y aurait de vérité que celle qui fait taire toutes les autres. Autrement dit, n’importe quelle soumission répétée à une opinion, à l’usure, – et on nous a toujours à l’usure… – se fait oublier comme opinion ; la récurrence d’un même discours devient le seul discours possible, et toute information qui sortirait du cadre habituel se heurterait au scepticisme le plus farouche, voire à l’indifférence la plus totale… Concernant le Venezuela donc, c’est dans un même bain d’acétaminophène que, régulièrement, les « grands médias » nous plongent depuis (en gros) l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez en 1998.

Il faut dire que la question de la partialité des médias au Venezuela n’est pas une question subsidiaire. Et pour cause… Avril 2002, Chávez au pouvoir, l’opposition vénézuélienne appelle à la grève générale tandis que les chavistes se mobilisent massivement en soutien à leur président. Dans les deux camps la mobilisation est forte. Le 11 avril, une manifestation organisée par le syndicat patronal Fedecàmaras (de droite) est méthodiquement détournée de son parcours établi vers le palais présidentiel, en vue d’un bras de fer avec le gouvernement. L’armée bolivarienne, entre les deux camps, tente, tant bien que mal, de calmer le jeu. Sans que personne n’y comprenne rien, soudainement, des gens tombent (de chaque côté) sous les balles anonymes de francs-tireurs juchés dans les tours voisines. Sans attendre, quelques chavistes armés répliqueront en direction des tours meurtrières…

Ces images, qui feront le tour du monde, assorties d’un commentaire mensonger, seront détournées, manipulées, montrant les chavistes tirant sur les manifestants de l’opposition ; derrière l’écran, la population s’insurge : « Chávez, assassin ! ». 17 morts, plus de 200 blessés, l’armée s’empresse d’annoncer qu’elle n’obéira plus au président… Aussi, dans la foulée, les moyens de communications publics (VTV, la chaîne publique) ont été coupés ; le président se retrouve isolé, privé de parole. Impossible de démentir les images manipulées. C’est fait, Hugo Chávez est renversé. Le 12 avril, le commandant général de l’armée, se félicitant du bon déroulement du coup d’État, avouera l’avoir préparé pendant 6 mois… En ce mois d’avril 2002, le Venezuela inventera le premier coup d’État de l’histoire basé sur le recours aux médias (privés)… Premier coup d’État dans le genre, la « guerre de l’information » se découvre un nouveau chapitre d’étude.

Photo : Maurice Lemoine
Le coup d’État n’aura duré que 48 heures, le peuple chaviste s’étant très massivement mobilisé (pacifiquement) pour un retour au pouvoir du président – ce qui rappelle que les médias privés « tout-puissants », à l’initiative du coup d’État raté, ne sont pas toujours si « puissants ». Chávez, jusqu’à sa mort (en mars 2013), entreprendra un travail de fond sur la question du monopole médiatique. 

Comme pour le reste, ce sera à la population de créer ses propres médias, une information citoyenne. Une partie de la rente pétrolière servira au développement de médias publics solides (comme ViVe, fondée en 2003, chaîne de télévision publique à vocation culturelle, ou teleSUR, lancée en juillet 2005, qui couvre les cinq continents) et nombre de médias communautaires, de journaux, de radios, de webTVs – qui continuent à diffuser aujourd’hui –, seront ainsi aidés financièrement. Le développement des médias citoyens continuera avec Nicolas Maduro.

Cependant, en 2017, les médias vénézuéliens restent encore très majoritairement privés. Sur 111 chaînes de télévision, 61 sont privées, 37 communautaires et seulement 13 sont publiques. Même domination du privé dans les journaux et à la radio. Et cela va sans dire, une majorité écrasante des médias privés vénézuéliens (Venevisión, Televen, Globovisión…) sont acquis à l’opposition. Ce que les agences de presse francophones (AFP, Belga…) omettent de mentionner lorsqu’elles puisent leurs sources dans ces mêmes médias… Quand ce ne sont pas des informations récoltées dans les médias conservateurs étasuniens (CNN, CBS, NBC, FOX news…).

Ainsi, il ne faudra pas s’étonner de voir une surreprésentativité de la droite vénézuélienne dans nos médias dominants – pour ne pas dire une absence quasi-totale de point de vue contrastant (impossible ici l’idée de Bourdieu selon laquelle il faut parfois être « inégal » pour être égal ; c’est-à-dire rétablir le temps de parole) – et ne pas être surpris de voir le remplacement de l’analyse de la situation par l’analyse des faits (sordides, s’il le faut) – pratique de fond (du panier) dans laquelle les grands médias nord-américains se montrent avant-gardistes. Ainsi, les analyses superficielles de la situation politique vénézuélienne, diffusées du côté nord-américain de l’Atlantique, voyageront sous l’océan à (quasi) la vitesse de la lumière, et pourront sans attendre être réchauffés ici. De la sorte, en Europe, courant les mois d’avril et mai 2017, on titrera en Une de certains journaux « sérieux » : « Plus de PQ au Venezuela ». Information, somme toute utile, qui incitera peut-être – puisqu’en temps de pénurie, on est jamais sûr de rien – au remplacement du papier toilette par le papier journal ? Nombre d’informations internationales étant calquées sur la vision étasunienne du monde, on préférera les lectures binaires et les explications rapides. En outre, l’unanimisme des médias occidentaux justifiera la pauvreté du contenu des informations, ce que l’obligation du format court (dans le style du journal Le Monde « La crise au Venezuela expliquée en 4 minutes ») viendra entériner, ne permettant en aucun cas de creuser le sujet ; ou comme le disait Noam Chomsky : « La concision limite le propos à des lieux communs ».

Chili & Venezuela
Les décennies passent, les pratiques médiatiques restent. En 1973, au Chili, les mêmes titres accrocheurs « Plus de papier toilette » ; « Plus de pain au Chili » feront la Une des journaux étrangers. D’ailleurs, les techniques de déstabilisation mises en place contre l’Unité Populaire d’Allende sont fort comparables aux techniques utilisées aujourd’hui contre le Venezuela de Maduro : même sabotage de l’économie par le secteur privé, même discrédit international du gouvernement en place dans les grands médias, même revente des produits manquants dans les supermarchés sur le marché noir… Seule différence, pas (encore) de coup d’État militaire au Venezuela.

Aujourd’hui, la voie de l’intervention « humanitaire » est privilégiée… Si les documents déclassifiés de la CIA attestant d’une aide financière directe au coup d’État de Pinochet sont bien connus, depuis, on favorise les intermédiaires… Quoi qu’il en soit, ce qui ne change pas, lorsqu’on souhaite déstabiliser un pays, c’est la volonté de Nixon : « Make the economy scream ! ». Il faudra tourmenter quotidiennement la population, casser la base populaire, en vue d’un changement de régime, bien sûr « voulu par le peuple ». Ici aussi, la répétition fait recette, c’est toujours à l’usure qu’on nous a… Et puisqu’au Venezuela, 80 % des biens de consommation (alimentation, médicaments, produits hygiéniques…) sont importés de l’étranger – Colombie, Mexique, États-Unis… –, il y a de quoi faire. 

Question : supporteriez-vous devoir faire la file pendant trois ou quatre heures pour un paquet de farine, du lait, du riz, de l’huile, alors que des tonnes de ces mêmes aliments pourrissent dans les hangars (cachés) des grandes entreprises de l’alimentation ? Sans parler de la revente de ces produits par ces mêmes entreprises sur les réseaux informels, à dix, vingt, trente, cent fois le prix.

Pourtant, nos grands médias ne voient pas le problème des pénuries du même œil. Pour certains, d’ailleurs, le secteur privé n’y est pour rien. On voit la société libérale avec les yeux compétitifs qu’elle nous a fait. Pas de guerre économique organisée donc… N’existe que la loi de l’offre et de la demande… et la gestion catastrophique de l’économie par les gouvernements (de gauche de préférence). Ces médias préféreront donc personnifier la « tragédie vénézuélienne » en la personne de Nicolas Maduro, responsable devant l’éternel de la colère du peuple affamé. Loin de vouloir défendre corps et âme les décisions politiques prises par l’ancien syndicaliste devenu président (et son gouvernement), c’est une nouvelle fois l’absence de contexte – voir la décontextualisation – qui s’impose.

Alfred-Maurice de Zayas, expert indépendant de l’ONU, écrit dans un rapport du 30 août 2018 sur la situation vénézuélienne : « La situation est due à la guerre économique et au blocus financier des [États-Unis et de l’Europe] contre le gouvernement ». En effet, pas de guerre économique sans blocus financier. Les avoirs du gouvernement vénézuélien sont gelés dans les banques nord-américaines et les entreprises européennes ne commercent plus avec le Venezuela… Peut-être avez-vous entendu parlé de l’extraterritorialité des lois étasuniennes ? Pourtant, dans les « grands médias », essayer de comprendre les causes de la crise (le sabotage de l’économie par le secteur privé) sort du cadre interprétatif autorisé… Seuls les communicants officiels, appelés « experts », peuvent s’y risquer. Et ces soi-disant « experts » étant souvent les moins critiques des fondements du système, en matière de crise économique, c’est à nouveau la répétition qui gagne, ce qui se dit le plus revient à être ce qui est vrai, ou : La Libre Belgique(via l’AFP), le 21 août 2018, « les analystes et économistes jugent « surréaliste » le programme du gouvernement vénézuélien » ; ou comme l’écrira le vice-président américain Mike Pence (en faveur d’un « isolement économique » du Venezuela) « les nouvelles mesures économiques ne vont faire que rendre plus difficile la vie de tous les Vénézuéliens », demandant de surcroît à Maduro de laisser entrer l’aide multinationale…

fotografosreportajevascocarolachavez.wordpress.com
Après la mort de Chávez, la droite vénézuélienne tentera par vagues périodiques d’en finir de manière violente avec le chavisme. Réélu le 20 mai 2018, le président Maduro fait face, depuis ses premiers jours à la tête du pays, à une opposition et à une « communauté internationale » unies, et qui lui sont foncièrement hostiles. Bien que la Fondation Carter (fondée en 1982, par l’ancien président nord-américain Jimmy Carter), dont la mission déclarée est « l’observation des élections partout dans le monde », juge le système électoral vénézuélien comme « l’un des plus sûr au monde », ou que la CEELA (Conseil d’Experts Électoraux Latino-Américains), composé de cinquante observateurs (20 ex-présidents, vice-présidents et magistrats de divers pays) ait déclaré le processus électoral du 20 mai dernier « harmonieux » et « reflétant la volonté du peuple », les médias européens dénonceront une victoire « illégitime et entachée de fraudes »… La Libre Belgique, encore, dans un article du 22 mai : « International : Le Venezuela reprend six ans de chavisme. Après avoir muselé la plupart de ses opposants, le président socialiste Nicolás Maduro est réélu avec 67% des suffrages. Ses deux principaux concurrents crient à la fraude. […] Le successeur de Hugo Chávez a été réélu jusqu’en 2025, lors d’un scrutin critiqué par la communauté internationale (États-Unis, Union européenne, Organisation des États américains) pour son absence de garanties démocratiques ».

Ou comme en atteste le bouillonnant éditorial du « Monde », du 22 mai : « Depuis la chute des grands totalitarismes du XXe siècle, les dictatures du XXIe siècle aiment se parer des atours du passage par les urnes. Qu’ils soient fascisants, populistes, islamistes, postcommunistes, néo-révolutionnaires ou simplement autocratiques, rares sont désormais les régimes politiques – monarchies absolues mises à part – qui ne tentent de s’offrir une façade démocratique. Réélu dimanche 20 mai à la présidence du Venezuela à la faveur d’une « élection » qui n’en a que l’apparence, Nicolas Maduro a ainsi beau jeu de se féliciter que son mouvement politique, le chavisme, ait remporté 22 des 24 scrutins organisés depuis la prise de pouvoir du fondateur de la « révolution bolivarienne », Hugo Chavez, en 1999 »

Au Venezuela, il y aura eu, durant ces vingt dernières années, 25 scrutins… C’est un record mondial. Certes, mal réélu (30 % de la population totale), mais réélu tout de même, le résultat de l’élection de Maduro appelle à comparaison. En France, un an plus tôt, lors des dernières élections présidentielles, 83% des français inscrits n’auraient pas voté pour Emmanuel Macron au premier tour. Ce qui relativise le score de 65,1 % du deuxième tour, si l’on prend en compte l’abstention record et le pourcentage des votes blancs, et chiffrerait la victoire de Macron aux alentours d’une trentaine de pourcent de la population totale… Reconnaissons ici que nombre de contre-études nébuleuses existent sur le sujet, certaines bien sûr plus sérieuses que d’autres, et que des chiffres officiels – et sûrs – manquent… Néanmoins, libre à chacun d’en conclure sur la légitimité du système électoral français… Pourtant, Macron le désinvolte, au lendemain des élections présidentielles vénézuéliennes, contestera la réélection, comme par automatisme, estimant qu’il n’y a pas de « scrutin juste et libre ». Plus tôt, en 2017, le président français avait dit du gouvernement vénézuélien : « Une dictature tente de se survivre au prix d’une détresse humanitaire sans précédent, de radicalisations idéologiques inquiétantes, alors même que les ressources de ce pays restent considérables ». Ici, la question de l’opposition entre démocratie représentative et démocratie participative est posée : démocratie formelle ou démocratie réelle ? La question pourrait-elle devenir gênante aux oreilles de nos dirigeants si elle en venait à trouver un large écho ?

Photo de Maurice Lemoine
D’autant que la figure de Nicolas Maduro est un formidable élément de politique intérieure (ou épouvantail) en Europe, et plus particulièrement en France, pour empêcher l’accès au pouvoir d’une éventuelle gauche « castro-communiste ». « Le régime de Maduro est une dictature » Emmanuel Macron, lors d’un discours sur la politique étrangère de la France, le 29 août 2017.

C’est dit, répété, avéré et incontestable. La diabolisation des leaders de gauche latino-américains (Chávez et Castro en tête) est utilisée depuis longtemps pour affaiblir et décrédibiliser les partis politiques aux volontés socialistes, voir – excusez-moi du terme – communistes. Et en matière de conservation du statu-quo, nos grands médias savent y faire. Pas de place pour les contestations étudiante et ouvrière, les actionnaires n’aiment pas ça. D’ailleurs, pas de place pour les révoltes populaires en général, la « lutte des classes », c’est du passé, le monde a changé et le concept est périmé. On parlera plutôt de la pluie et du beau temps, de l’innovation innovante, des amours du président. D’une certaine manière, cela fait penser à la diffusion de « telenovelas » sur les principales chaînes de télévision (privées) au Venezuela, le matin du 11 avril 2002, durant le coup d’État. Une chance pour les fans de ces feuilletons qui ne manqueraient un épisode pour rien au monde…

En Belgique : quel(s) intérêt(s) la famille Le Hodey (La Libre Belgique), la famille Hurbain (Le Soir), la famille De Nolf (Le Vif/L’Express), la famille Baert (Metro)… auraient, en tant que grands propriétaires et grands gagnants du système néolibéral capitaliste dans lequel nous vivons à médiatiser ce qui conteste, s’oppose à leur existence ? En France : pourquoi médiatiser l’idée (pourtant équivoque) d’un « socialisme du 21ème siècle » (comme l’appelait Chávez) alors que les fortunes respectives de Xavier Niel (Le Monde), de Patrick Drahi (Libération), de la famille Dassault (Le Figaro), de la famille Bouygues (TF1), pour ne citer que les plus gros, reposent sur un modèle aux antipodes du partage ? D’apparence neutre, l’information « pragmatique » des grands médias cache des intérêts bien réels. Se targuant d’objectivité, présentée comme la plus grande des vertus journalistique, le point de vue soi-disant dépolitisé est en réalité le point de vue des chefs d’entreprises (et des actionnaires) qui possèdent ces médias. Le bilan médiatique de Serge Halimi (l’actuel directeur du Monde Diplomatique) dans son livre datant de 2005 Les nouveaux chiens de garde, est on ne peut plus clair : « Des médias de plus en plus concentrés, des journalistes de plus en plus dociles, une information de plus en plus médiocre. Longtemps, le désir de transformation sociale continuera de buter sur cet obstacle ».

Ronaldo Schemidt | World Press Photo
Quoi que l’on pense du gouvernement vénézuélien, ou de Nicolas Maduro, les informations (ou désinformations) déversées ici sur la situation politique au Venezuela – accentuant la souffrance de la population – sont bien trop souvent partisanes et superficielles. Pour ceux, ne doutant pas déjà, qui commencerait à hésiter, le travail de « re-contextualisation » sera long et parfois hasardeux, la doxa étant robuste. En 2017, l’Union européenne a remis le Prix Sakharov (ou 50.000 euros) à l’« opposition démocratique vénézuélienne », c’est-à-dire à « l’Assemblée nationale destituée et aux prisonniers politiques » – autrement dit, la droite vénézuélienne –, pour son combat pour la « démocratie contre la dictature ». Les violences commises par l’opposition (dans ce cas précis) auront été jugées démocratiques… Aussi, le photographe de l’AFP, Ronaldo Schemidt, remporte le prestigieux prix de la photo de l’année 2018 lors des « World press photo » à Amsterdam. Il a pris son cliché lors des guarimbas(violences de rue) d’avril-mai 2017 à Caracas. La photo du manifestant anti-Maduro de 28 ans, Victor Salazar, en feu à cause d’un retour de flamme, après avoir fait exploser le réservoir d’essence d’une des motos de la Garde Nationale Bolivarienne, a provoqué selon les membres du jury « une émotion instantanée ». Pas de commentaire, par contre, sur l’acte insurrectionnel en lui-même…


Thomas Michel, le 28 septembre 2018
et membre de ZIN TV, www.zintv.org


Source: Venezuela infos

mercredi 3 octobre 2018

Tariq Ramadan: son innocence se confirme


La France, pays chantre des droits de l'homme, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Ce qui tient lieu de justice est arbitrairement proclamé en amont d'un jugement équitable  par des médias officiels aux ordres d'une oligarchie (des milliardaires sans foi ni lois) pour laquelle la vérité n'a plus a être prise en considération quand elle ne correspond pas aux desiderata d'un ordre supérieur à la justice elle-même, un ordre inique et hypocrite consistant à bannir la réalité têtue des faits. L'affaire Tariq Ramadan, accusé de viol sans preuves, comme auparavant Julien Assange figure de proue héroïque de Wikileaks, démontre une fois de plus que les droits des citoyens et les lois qui les protègent ne valent pas peau de banane dès lors qu'il s'agit d'abattre un homme qui dérange le système.
Gaël Hadey


A lire: Qui a peur de Tariq Ramadan?




Nouvelles expertises : la version de Christelle s’effondre. Pourtant Tariq Ramadan reste en prison




Par Kevin Allagapen

Les juges d’instruction ont refusé la demande de remise en liberté de Tariq Ramadan. Pourtant des échanges de textos ont été retrouvés dans le portable de « Christelle », qui démontreraient une relation tenue jusqu’à décembre 2009. Ces textos prouvent qu’il n’y a jamais eu de viol.

Les données des portables des protagonistes ont été versées la veille de la réponse à la demande de remise en liberté du Professeur. Rappelons ici qu'une partie de ce matériel (ordinateurs et portables) était en possession de la justice depuis février 2018, et le portable de Christelle aux mains des enqueteurs depuis avril 2018. Des échanges qui auraient pu prouver depuis le début qu’il n’y a jamais eu de viol. L’enquête aurait alors peut-être pris une toute autre tournure. Ce n’est pourtant que le 25 septembre que les analyses sont versées au dossier. Juste avant la potentielle remise en liberté qui s’annonçait.

Un rapport d’expertise qui prouverait qu’il n’y a pas eu viol


Les principales raisons pour lesquelles Tariq Ramadan est emprisonné s’estompent de plus en plus au fur et à mesure que l’enquête se poursuit. Après un nouveau refus de la remise en liberté du Professeur Tariq Ramadan, ce mardi 25 septembre 2018, l’enquête aurait révélé des informations importantes sur le dossier de l’une des plaignantes, « Christelle », accusant Tariq Ramadan de viol, le 09 octobre 2009 en dévoilant des échanges de « textos » durant la période d’octobre à décembre 2009.

En effet, le rapport d’expertise informatique, remis aux juges le 25 septembre, démontrerait qu’il ne s’agit pas de viol mais d’une relation consentie. Une continuité d’échanges avec Tariq Ramadan entre octobre et décembre 2009, dont un texto très explicite de Christelle, le confirme : « Si je passais un mauvais moment je serai partie je suis restée et je t’ai donné plus qu’à quiconque et ta peau me manque… Tu m’as manqué dès que j’ai passé la porte. »
Comme l’explique Me Marsigny : « Très clairement, les messages adressés par Christelle à monsieur Ramadan démontrent qu'il s'agissait d'une relation parfaitement consentie. Il est regrettable que les magistrats aient préféré voir plutôt une contradiction chez monsieur Ramadan plutôt que de voir les contradictions de la partie civile. » De son côté, Me Morain, devant la teneur des messages de sa cliente envoyés à Tariq Ramadan a été obligé d’admettre que la relation était « partiellement consentie».

Ce qui interroge, dans le récit de Christelle, en dehors des incohérences et des témoins cités, pourtant jamais retrouvés par les enquêteurs, est la multitude de détails décrit dans son interview à Vanity Fair, mais aussi lors des auditions face aux juges, qui ne sont absolument pas confirmés par les textos de Christelle.
En effet, la quadragénaire a gardé contact avec le professeur d’Oxford des jours après la date présumée du viol et dans un premier temps de façon très affective allant jusqu’à lui dire qu’il lui « manquait». C’est seulement quelques semaines après le 9 octobre que Christelle, alors en lien avec Caroline Forest, envoie des messages de plus en plus agressifs et menaçants au Professeur.

Beaucoup de zones d’ombre donc, mais avec au centre un fait majeur : rien dans ces textos ne fait référence au viol. Au contraire, Christelle par ses propres textos confirme la nature consentie du lien.

D’autre part, l’expertise prouve deux éléments essentiels : il y a bien eu des collusions entre les plaignantes ce qui expliquent les récits avec une multitude de ressemblances. D’autre part, l’expertise confirme encore une fois les contacts entre les accusatrices et les détracteurs de Tariq Ramadan, dont Caroline Fourest.

Un acharnement judiciaire sans précédent


Tariq Ramadan pouvait marcher à son entrée en prison, il ressortira handicapé.
L’expertise médicale du tribunal avait pourtant conclu que la sclérose en plaques dont souffre Tariq Ramadan depuis 2014, maladie inflammatoire et auto-immune impactant le système nerveux central, pouvait être compatible avec sa détention en prison et sa mise en isolement.
Le résultat prouve que cet emprisonnement n’a jamais été compatible avec son état de santé mais qu’il a au contraire provoqué beaucoup plus de dommages physiques et psychologiques sur un homme toujours présumé innocent.

De plus en plus de voix s’élèvent dans la société, de tous bords et de toutes confessions. En effet, jamais en France, une telle procédure n’avait eu lieu sur un justiciable dans le même cadre d’enquête. Comme le déclare la militante Houria Bouteldja : « Et pourquoi Besson et ses semblables courent-ils toujours alors que TR purge une peine de 8 mois déjà en préventive alors qu'il pourrait attendre son procès en liberté comme tout le monde ? ».

L’universitaire François Burgat, a quant à lui déclaré sur Twitter:


Une partie de l’administration française, aidée de journaux irresponsables, cherche à détruire l’image du Professeur Tariq Ramadan et joue le jeu d’une société délétère où l’on veut trouver un coupable, celui que l’on veut montrer du doigt. Cet acharnement est à la fois complété par une grande confusion dans laquelle beaucoup de personnes semblent se noyer et une recherche de l’idéal dans l’être humain, en occultant le message important que Tariq Ramadan rappelait à plusieurs reprises : « C’est le message qu’il faut suivre et non pas la personne. »

Aujourd’hui, plus que jamais, c’est un devoir citoyen de défendre la liberté d’un homme et de dénoncer les failles judiciaires. Un homme qui aujourd’hui souligne l’échec de la justice à garantir l’équité entre tous les justiciables. Un dossier dont l’instruction a constamment été violée, et déballée dans les médias, à charge contre Tariq Ramadan. Une instruction qui aurait eu les moyens de protéger tous les protagonistes de cette enquête et qui a choisi d’une manière ou d’une autre la destruction d’un homme et des valeurs de la présomption d’innocence.

Kevin Allagapen


Source: Le réveil citoyen