jeudi 13 décembre 2018

La France en jaune et noir





Il semblerait donc que la privatisation de la France ne se déroule pas aussi bien que prévu. Comme vous le savez sans doute, depuis plus d’un mois, les Gilets jaunes, une confédération protéiforme, sans chefs et furibarde de la classe ouvrière, mènent avec entrain une série de manifestations dans les villes et villages du pays pour exprimer leur mécontentement face à Emmanuel Macron et ses efforts pour transformer leur société en dystopie néo-féodale à l’américaine. Des autoroutes ont été bloquées, des péages réquisitionnés, des voitures de luxe incendiées et les courses sur les Champs-Élysées perturbées. Ce qui a commencé comme une simple révolte fiscale s’est transformé en un véritable soulèvement de la classe ouvrière.


Barrage de police. Paris 8eme



Actualité oblige: j'étais le samedi 8 décembre au "Grand Raout" des gilets jaunes. Je pourrais en faire un récit du tonnerre de dieu. Des rencontres touchantes, belles, intenses. Mais surtout, ma révolte est profonde après la violence policière dont j'ai été témoin. J'étais venu pour prendre la température de ce mouvement qui affecte la France depuis 3 semaines, ayant moi-même participé à l'organisation de comités de coordination pour justement pouvoir faire front avec "intelligence" et avec le moins de débordements possibles. Les policiers avaient circonscrits les lieux du Louvres à l'Arc de Triomphe, enfermant progressivement la foule des manifestants dans une sorte de nasse stratégique. J'affirme que la manifestation était pacifique et bon enfant jusqu'à ce que quelques bandes de casseurs (en service commandé?) s'en prenne à des magasins. Il y eut effectivement quelques pillages, mais pas tant qu'il a été dit. La réaction de la police a été frappante hors de toutes proportions, nous avons été arrosé par des tirs serrés de bombes lacrymogènes Des jets d'eau puissant repoussaient les manifestants qui tentaient de se dégager de ce piège. J'ai vu des tanks dont les projectiles enflammaient les voitures stationnées. J'en suis sorti vers 18h30, complètement asphyxié par les gaz.


Frères d'armes

La colère du peuple “battant le pavé” qui a suivi la charge des robocops était complètement légitime, Le gouvernement une fois de plus a fait fausse route. Les médias aujourd'hui mentent. Je pourrais encore témoigner des humiliations qu'ont subi bien des braves gens aux points de fouille obligatoire (ce que j'ai refusé en tant que citoyen libre avant d'arriver à me faufiler au coeur des événements). Avec des amis de rencontre; nous avons incité les gens à fuir le traquenard, car vu les moyens déployés par les forces de l'ordre suréquipées ce jour-là, toute confrontation auraient été peine perdue. La désorganisation populaire face à ce cauchemar était flagrante.J'ai été bouleversé par la dignité dont tous ces gens venus de toutes les provinces française ont fait montre jusqu'au bout. Ils reviendront, n'en doutons point. A bas le fascisme d'Etat et "Mort aux Vaches!" selon la formule on ne saurait plus percutante du poète Benjamin Peret qui lui avait participé aux grandes manifs du Front populaire. André Chenet


Gaz Lacrymogènes

« Les tyrans faisaient largesse du quart de blé, du septier de vin, du sesterce, et c’était pitié alors d’entendre crier : « Vive le roi ! » Ces lourdauds ne s’avisaient pas qu’ils ne faisaient que recouvrer une part de leur bien, et que cette part même qu’ils en recouvraient, le tyran n’aurait pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée. » Etienne de la Boétie




Les Français nous montrent la voie


Par Finian Cunningham

Les Français se battent pour leurs droits et, ce faisant, ils expriment la souffrance de tous ceux qui subissent l'injustice du capitalisme dans le monde. Y compris les habitants des États occidentaux forcés d'endurer des décennies d'austérité économique pendant qu'une minuscule élite s'enrichit de façon de plus en plus obscène.
En plus de la répartition irrationnelle et cruelle de la richesse que le capitalisme opère, les États occidentaux - c'est-à-dire les politiciens au service de l'oligarchie - gaspillent des ressources financières démesurées dans le militarisme et les guerres criminelles.


Pour le quatrième week-end consécutif, les Français sont descendu dans les rues de Paris et d'autres grandes villes pour exiger la justice économique.

Ils veulent aussi que le président Emmanuel Macron démissionne. Macron a jusqu'à présent gardé le silence sur les manifestations, laissant à son premier ministre Edouard Philippe le soin de calmer la colère de la nation.

En paralysant le pays en bloquant les transports et l'approvisionnement en carburant, les Français ont démontré le « pouvoir du peuple » et ce qu'il est possible d'obtenir lorsque nous nous organisons pour revendiquer nos droits.

Le gouvernement de M. Macron a dû renoncer à son projet d'augmenter les taxes sur le carburant. C'est cette hausse des prix qui a déclenché la fureur des gens et ils ont enfilé les désormais symboliques « gilets jaunes » que tous les conducteurs en France sont obligés d'avoir dans leurs véhicules pour des raisons de sécurité.
…/…

Mais les évènements pourraient prendre une tournure plus inquiétante et plus horrible. On en a eu un avant-goût la semaine dernière lorsque la police anti-émeute française a arrêté des dizaines d'élèves du secondaire qui manifestaient contre les réformes de l'éducation et les a fait s'agenouiller sur le sol, mains sur la tête. Certains élèves ont été forcés de s'agenouiller face à un mur.

Cette scène a horrifié beaucoup de monde en France et à l'étranger. Cela fait penser à une dictature policière d'État et à l'abrogation des droits légaux. Certains commentateurs ont même noté que cette scène de lycéens agenouillés devant des officiers armés évoquait une scène d'exécution.

Ce week-end, avant les manifestations prévues à Paris, des centaines de personnes se rendant dans la capitale pour participer à des manifestations ont été arrêtées « préventivement » par la police et mises en détention. Les autorités françaises prétendent qu'elles empêchaient les « fauteurs de troubles » d'inciter à la violence.

Mais beaucoup de citoyens français craignent que ce ne soit les prémices d'une répression répressive de l'Etat contre les droits démocratiques de liberté d'expression et de réunion publique.

Souvenez-vous aussi qu'il y a quelques semaines à peine, lors des commémorations de la Première Guerre mondiale, le président Macron a fait couler beaucoup d'encre en louant l'ancien général Philippe Pétain pour sa bravoure sur le champ de bataille. Pétain est devenu par la suite le dirigeant de la France de Vichy qui collabora avec le Troisième Reich allemand pendant la Seconde Guerre mondiale. Ignominieusement, l'état français a fonctionné comme un régime fasciste, arrêtant des dizaines de milliers de ses citoyens et les envoyant dans les camps de mort nazis.

Le capitalisme est un système irrationnel et antidémocratique qui a une forte tendance à l'oligarchie, au militarisme et au fascisme. Lorsque l'économie se porte relativement bien, le système tolère des formes de « démocratie libérale ». Mais lorsque le système a des ratés, le pouvoir se radicalise pour contrôler les masses en rébellion.

Des décennies d'austérité économique et d'appauvrissement massif dans les États occidentaux ont révélé la vraie nature du capitalisme. Il est normal et salutaire que les gens protestent pour que leurs droits - à des emplois décents, des salaires et des services publics -, soient respectés.

Ces Français qui se rebellent sont un exemple pour tous les peuples et une inspiration à revendiquer eux aussi leurs droits fondamentaux et à renverser ce système capitaliste injuste. Cela pourrait prendre une direction historique progressiste, non seulement en France, mais dans tous les États oligarchiques occidentaux.

Mais à l'inverse, les puissances en place pourraient, dans un acte désespéré pour conserver leurs privilèges et leurs richesses, choisir le fascisme. Le masque libéral des démocraties occidentales est en train de tomber et la force brute qu'il cachait se révèle au grand jour.
Il semble que nous soyons à un tournant historique.

Finian Cunningham







Autochtones rentrant chez eux - Paris 8ème


« …il ne suffit pas que les masses exploitées et opprimées prennent conscience de l’impossibilité de continuer à vivre comme avant (…) il faut que les exploiteurs ne puissent pas vivre et gouverner de la même manière ». La révolution éclate quand « « ceux d’en bas » ne veulent plus et que « ceux d’en haut » ne peuvent plus continuer de vivre à l’ancienne manière ». Lenine



France : 40 ans de ténèbres

Par Luis Casado





Il était une fois un monde heureux : celui de Ronald Reagan et de Margaret Thatcher. Le monde de la subsidiarité, de la délégation du pouvoir – tout le pouvoir- aux marchés financiers. Samuel Huntington a ainsi pu écrire : «  Les gouvernements nationaux ne sont plus que des résidus du passé dont l’unique fonction consiste à faciliter l’action des élites. » Margaret, pour ne pas être en reste, a affirmé que « la société n’existe pas »et à proclamé la seule existence de l’individu. En compétition contre les autres individus.

Waren Buffet, distingué milliardaire, dans un accès de franchise qui vaut le détour, s’est donné le luxe de déclarer : » Il y a une lutte des classes, depuis toujours, mais c’est ma classe, celle des riches, qui mène cette guerre. Et nous allons la gagner. »

Margaret est entrée au 10 Downing Street en 1979, Ronald, lui, en 1981, à la Maison Blanche. L’histoire a bien fait les choses pour réunir chronologiquement les nullités.

La période qui s’ouvrait, caractérisée pour son volet économique par le néolibéralisme et la mondialisation s’est traduite pour son volet politique par le Nouvel Ordre Mondial et la soumission du Tiers-Monde -pays « dépendants »- par le Consensus de Washington. Ce consensus, pièce clef du lavage de cerveau accueilli avec délectation par un certain type de progressistes résume le credo néolibéral  en une dizaine de dogmes :
  1. Réduire au maximum le déficit fiscal. Des élèves doués, les lèche-culs de la classe, sont allés plus loin en inventant l’excédent fiscal
  2. Subventionner quelques services d’aide aux pauvres, après les avoir privatisés : la fameuse « focalisation »
  3. Réforme fiscale pour réduire les impôts des riches
  4. Laisser le marché libre de fixer les taux d’intérêts, assumant comme vérité révélée qu’ils resteraient modérés.
  5. Politique monétaire avec des taux de change  » compétitifs  » : manipulation de la valeur relative de la monnaie en faveur des exportateurs et des investisseurs.
  6. Libéralisation du commerce et des importations, fin de la protection commerciale des producteurs locaux
  7. Ouverture sans restriction des pays aux capitaux étrangers
  8. Privatisation des entreprises publiques, de préférence en faveur de la famille et des petits amis
  9. Dérégulation des marchés et un contrôle « amical » des entités financières
  10. Protection juridique du droit de la propriété, bien ou mal acquise.
Dès lors, un quelconque Bidochon, un Tintin pouvait se retrouver à gouverner. Le programme économique ? Toujours le même. L’indifférenciation entre la droite et la gauche, qui les fait apparaître comme une paire de frères jumeaux, met en évidence ce qu’on appelle dans la théorie des ensembles ‘intersection’ : l’intersection de deux ensembles résulte en un autre ensemble contenant les éléments communs aux ensembles de départ. D’où les étiquettes de « centre-droit » et « centre-gauche » : tous deux partagent le  » centre « , l’intersection qui réunit leurs nombreux éléments communs.

L’action politique est devenue vaine, inutile, comme le dit la sagesse populaire pour qui elle est stérile. La défiance citoyenne croissante – qui se manifeste par l’abstention- a conduit à des partis politiques hors sol, sans racines dans le peuple, qui ne se préoccupent que de leur propre survie. Impuissants et inopérants, ils miment les ’intellectuels organiques d’antan, mais cette fois-ci fonctionnels au seul système contrôlé par les pouvoirs financiers. Et cette poubelle, on l’appelle démocratie.


Source: La pluma.net


Photos: André Chenet





mercredi 12 décembre 2018

Chaos ou Démocratie?


"Marginalia" de Alenchisky


Depuis la rentrée, les soubresauts nationaux s’enchainent à vitesse vertigineuse (lire la note Une rentrée de punk). Jour après jour, le malaise social croit, la colère populaire enfle, le fossé entre élites dominantes et peuple souverain se creuse.
"C’est une faille ! C’est un fossé ! C’est un gouffre ! Que dis-je c’est un gouffre ? C’est un trou noir… "
Point d’orgue de toutes les exaspérations : le phénomène gilets jaunes
Bien plus qu’un mouvement de râleurs contre la hausse des prix à la pompe, c’est un véritable catalyseur de révolte nationale contre l’ensemble des injustices, des moqueries, des vols, des escroqueries, des brimades, des mensonges et des manipulations du gouvernement.
Et pourtant, que fait-il, le gouvernement ? Il attise les rancœurs et souffle sur les braises de la déception. En jouant de provocations, de cynisme et d’orgueil mal placé, le président royaliste scie un peu plus la branche, l’arbre, carrément la forêt de citoyens sur laquelle il s’est assis, tel un trône.

Alors que tout s’écroule autour de lui (même les immeubles à Marseille, sordide allégorie de l’état de la France…), le petit prince poursuit sa rêverie royale dans son monde d’ultra privilégiés. Serait-ce possible qu’il fût atteint de troubles mentaux, ou de lésions auditives graves suite aux raves de ses années folles de jeune loup banquier ? Non, me dites-vous ?
Quelle est cette stratégie immorale du gouvernement ?
À quel jeu macabre les élites jouent-elles pour être sourdes à ce point aux attentes d’une nation souveraine, démocrate et républicaine ? Quelle stratégie vise à pousser les gens à bout, à les écraser sous les ponctions fiscales continues, à les exciter comme on agite des foulards rouge-sang sous le nez du taureau dans une corrida ?
En somme, quelle est l’ambition du pouvoir, qu’il soit à l’Élysée, à Bruxelles (ou à Bildeberg), à pousser les masses à commettre les fautes d’une révolte violente ? Qu’a-t-elle à y gagner en obtenant des émeutes : la loi martiale ? Les pleins pouvoirs ? La refonte de la constitution pour abolir les droits légaux, politiques, associatifs du citoyen ? Qu’est-ce qu’ils visent : le droit de manifester, le droit de s’informer autrement, de consommer, de manger autrement ?
Quel agenda Emmanuel Macron poursuit-il, fils de la finance mondialisée et loin d’être stupide comme on aimerait le croire (n’oublions jamais qu’il n’est pas un serviteur de la nation, mais un serviteur du capital et des profits, un « Young Urban Professional » ayant fait ses armes dans les banques) ?

Le chaos présent n’est pas un chaos né du hasard, ni des conjonctures mondiales, ni des fluctuations hypothétiques des cours de la Bourse, etc. Le chaos présent est orchestré, voulu, programmé et assumé par ceux qui nous dirigent.
Et ce chaos, c’est exactement cela le « nouveau monde » que nous promettait l’équipe macronienne durant la campagne de 2016-2017. Le « nouveau monde » c’est celui de la duperie, du double langage (le « en même temps »), du discours positif en toute circonstance pour faire oublier l’horreur capitaliste et matérialiste, un monde sans âme. Bref : le monde du faux.
À rester sourd aux attentes de la nation, le gouvernement s’en va au-devant de lourdes conséquences dont il aura la pleine et entière responsabilité.
L’attente d’évolution va se transformer en révolution pure et simple du peuple contre les dirigeants, car là où il n’y a plus évolution, ni horizon ou destin collectif, c’est qu’il y a stagnation, donc régression.
Et pour sortir du marasme, il faudra en passer par la case « révolution », une rotation complète, comme dans une centrifugeuse qui dégage les miasmes pour ne garder que l’essence (on pourrait tenter ici le jeu de mots « essence-gilets jaunes », un truc du genre. Mais non, je nous l’épargne !)
Le monde d’Emmanuel Macron est un trou noir, qui signe la fin de l’ancien monde :
« Finalement, le processus se termine avec une explosion qui marque la disparition du trou noir » (Stephen Hawking)



Anarchie, démocratie directe


Démocratie,
des mots par là

par Mathias


Probablement le terme le plus présent dans le vocabulaire politique, le mot « démocratie » est martelé jusqu’à la nausée à longueur d’ondes, de lignes et de discussions par les acteurs  et commentateurs de l’univers politico-médiatique. « Nous sommes une grande démocratie », « dans les démocraties occidentales », « la vie démocratique de notre pays »… Badge incontournable de toute personne produisant un discours qui se veut politique, ce mot fourre-tout sature véritablement les oreilles de tout un chacun, qu’il le veuille ou non.

Mais au-delà du mot, quel est le sens concret de ce concept?

A la racine du mot


Il est surprenant à quel point ce mot n’est jamais réellement disséqué. Une fois énoncé, il confère une aura de sérieux, de hauteur de vue et donc de légitimité à celui qui le dit. Et on en reste là. Le mot se suffit à lui-même, et nul besoin d’en questionner la profondeur et les implications concrètes, apparemment. Pourtant, le mot n’est pas la chose, ce qui désigne n’est pas ce qui est désigné, et l’emballage ne garantit pas forcément le produit.

Dans le but de revisiter le concept de démocratie, revenons brièvement à son étymologie. Le mot démocratie vient de l’association du grec ancien « dêmos », « peuple », et « kratos », « pouvoir ».
La démocratie signifie donc le pouvoir du peuple. Plus précisément, le pouvoir de décision du peuple. Autrement dit, sa souveraineté politique. C’est donc le pouvoir de l’ensemble des membres d’une communauté de décider collectivement de leur destinée et de faire s’appliquer ces décisions. Ce dernier point est crucial, car exprimer une décision est une chose, être en mesure d’imposer son application en est une autre.

Ce pouvoir de décision est partagé égalitairement entre tous les individus d’une communauté. Personne n’a plus de pouvoir qu’un autre, personne n’en a moins. Une fois que chacun a exprimé son avis, une méthode de délibération est nécessaire. Quelle décision l’emporte? La société étant traversée d’innombrables divergences d’opinions et d’intérêts, la règle de délibération est celle de la majorité. Cette méthode est certes imparfaite, car la majorité peut n’être que relative, en ce sens qu’elle ne représente pas forcément plus de la moitié de la population, mais c’est la moins imparfaite pensée jusqu’à ce jour.

La démocratie est souvent confondue avec d’autres notions, qui lui sont habituellement apparentées, mais qui ne la définissent pas: état de droit et indépendance de la justice, droits de l’homme, séparation des pouvoirs, liberté de la presse, légalité constitutionnelle…

Une intermittente du spectacle depuis l’Antiquité


La démocratie, ou du moins une forme avancée d’organisation démocratique, a vu le jour en Grèce au Vème siècle avant Jésus Christ, avec la démocratie athénienne. Des citoyens tirés au sort composaient la Boulè, et étaient chargés de recueillir des propositions auprès des citoyens et d’émettre des projets de loi. Ainsi le seul et unique pouvoir que possédait ce groupe politique était celui de proposer des lois. Ces dernières étaient ensuite votées par l’ensemble des Athéniens ayant le statut de citoyens. Ainsi, les citoyens décidaient des orientations politiques qu’ils souhaitaient donner à leur cité, et aucune loi ne pouvait être prise sans le consentement de la majorité. Ce régime politique, bien que cochant beaucoup de cases dans les critères démocratiques, comportait aussi quelques défauts importants. Notamment le fait qu’étaient exclus du statut de citoyen et donc du droit de vote les femmes, les esclaves et les métèques (habitants originaires d’autres cités qu’Athènes).
Eclipsé durant de nombreux siècles, le mot « démocratie » a fait son retour bien plus tard, au sein de certaines nations occidentales. A la suite des révolutions états-uniennes et françaises, ce ne sont pas des démocraties mais des régimes dits « représentatifs » qui ont vu le jour. Ils consistaient en l’élection par des citoyens de représentants dont la fonction étaient de proposer, de voter eux-mêmes et de faire appliquer eux-mêmes des lois.

Il est intéressant de noter qu’à cette époque le terme « démocratie » n’avait pas franchement le vent en poupe et était connoté péjorativement. Il est d’ailleurs absent de la déclaration d’indépendance et de la constitution des Etats-Unis, ainsi que de la première constitution française. Il est donc erroné de croire que nos régimes politiques se sont inspirés de la démocratie athénienne. Le terme lui a été emprunté, mais l’esprit n’a que très peu à voir.

A ce sujet, écoutons Emmanuel-Joseph Sieyès, l’une des figures célèbres de la Révolution Française et l’un des rédacteurs de notre première constitution, lors de son discours du 7 septembre 1789:
 « La France ne doit pas être une démocratie, mais un régime représentatif. […] Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie, et la France ne saurait l’être, le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. »
Ce n’est que plusieurs décennies plus tard, au milieu du 19ème siècle, que les figures politiques commencent à se proclamer en « démocratie ». Qu’est-ce qui a donc pu changer pour que nous passions d’un régime représentatif à un régime démocratique? Roulements de tambour… rien. Dit comme ça, cela parlait simplement plus aux pauvres et c’était un moyen efficace de récolter leurs votes. Bien que le système en cours fut toujours celui du régime représentatif et que sa forme n’ait pas changé d’un iota, il s’affubla d’une autre appellation. Maquillant ainsi la réalité d’un système qui n’emprunte qu’extrêmement peu à la démocratie, et faisant oublier le sens réel du mot « démocratie ».

« Il fallait mieux choisir, Monsieur »

  
Allez, on avance dans le temps et on revient aux moutons de notre époque.

Conversation entre Eustache et Gonzague, deux jeunes Putéoliens pleins d’avenir (habitants de Puteaux, en région parisienne):

Eustache: « Bien le bonjour mon Gonz, comment vas-tu?

Gonzague: Comme sur des roulettes! Et toi, ma Stache?

Eustache: Que penses-tu de notre système politique? Tu trouves qu’on est en démocratie toi?
Gonzague: Bah évidemment, quelle mouche t’as piqué? On est pas en dictature non plus!
Eustache: Soit, mais sont-ce les deux seules alternatives? Je veux dire, selon toi, qu’est-ce qui fait qu’on est en démocratie?

Gonzague: Le fait que l’on vote! On est libre de choisir nos gouvernants! Et si on en est pas content, c’est simplement qu’on a fait un mauvais choix, et on les dégagera aux prochaines élections.
Eustache: Mais choisir nos gouvernants, c’est bien, d’accord, mais s’il trahissent toujours leurs promesses de campagne, à quoi cela rime? J’ai quand même la désagréable impression que quoique l’on vote, droite, gauche, équipe A, équipe jaune, équipe vermillon, on se retrouve toujours avec à peu près la même politique.

Gonzague: C’est plus compliqué que ça selon moi. Fais attention mon vieux, ça ressemble à du populisme ton discours. Enfin, toujours est-il qu’on a les représentants qu’on mérite, fichtre!
Eustache: Peut-être bien, mais est-ce normal selon toi que les politiciens puissent renier promesses et programmes sans aucun risque de représailles, en ayant la certitude qu’une fois élus, rien ne peut leur arriver de toute façon? Ne penses-tu pas qu’avoir un pouvoir de contrôle sur les élus serait quelque chose de démocratique?

Gonzague: Qu’est-ce qui t’arrive aujourd’hui mon gros? T’es chiant avec tes questions. La démocratie est un rendez-vous. Il arrive pas souvent, donc faut pas se rater, c’est tout.

Eustache: Mouais, c’est juste que parfois j’ai un peu l’impression qu’on est pris pour des cons. Qu’on a le choix entre différentes marionnettes, qu’on choisit même pas nous-mêmes qui sera candidat, et que ces marionnettes viennent gratter des poignées de main et des voix tous les 5 ans. Et le reste du temps, c’est quartier libre, ils font ce qu’ils veulent et on a aucun mot à dire.

Gonzague: Tu veux faire quoi en même temps? On va pas aller voter tous les jours non plus, on a pas le temps, et moi perso ça me ferait vite chier. Choisis mieux à la prochaine élection et voilà. Et puis des fois on nous demande notre avis par référendum.

Eustache: Le dernier, c’était il y a douze ans, et deux ans après, ils ont fait passer ce qu’on avait justement refusé par référendum…
Gonzague: Bref, tu payes ta clope?

Eustache: C’est mort, j’en ai plus que sept. Désolé mon gros. Bon après je sais pas, c’est vrai qu’on est pas en Corée du Nord non plus, donc regardons le verre à moitié plein…

Gonzague: Voilààà. On est en démocratie, tout le monde le sait, la question n’est pas là…

Eustache: Enfin le verre à moitié plein… Des fois on dirait qu’il reste juste quelque gouttes au fond du godet, rien de plus, et qu’il serait temps de se resservir nous même. Okay c’est bon, j’arrête! »

Un peu casse-couilles cet Eustache, effectivement. Radin avec ça.

Cependant, il a soulevé quelques questions intéressantes, le jeune bobo. Notamment le fait que le vote, le suffrage universel, l’élection, ne sont pas des critères suffisants pour qualifier un système de démocratie. Cela peut représenter des conditions nécessaires mais en aucun cas suffisantes.
Quand on voit le degré de respect des engagements de campagne des heureux élus à la fonction, il y a de quoi se poser des questions. Beaucoup de ce qu’ils avaient promis passe à la trappe, a fortiori les promesses de justice sociale, de règlements pacifiques des conflits internationaux, de réformes écologiques ou démocratiques. Et tout un tas de lois dont il n’avaient jamais parlé en campagne poussent comme des champignons le long de leur mandat, et nous sont imposées. Ces dernières sont généralement brutales pour la majorité et bénéfiques pour une minorité, malgré l’intense communication sur la « nécessité » de ces réformes.

Après, c’est vrai qu’elles auraient pu gravement compromettre leur élection si elles avaient été affichées pendant la campagne. On comprend donc aisément que nos dirigeants choisissent d’avancer masqués lors de leurs campagnes électorales. A ce titre, l’exemple d’Emmanuel Macron lors de la dernière élection présidentielle française est édifiant. Il a sciemment cultivé le flou et l’esquive sur des pans majeurs de son programme, dont les premiers contours nous sont révélés peu à peu depuis son élection (démembrement du droit du travail, inscription de dispositions de l’état d’urgence dans la Constitution). Et ce n’est probablement qu’une mise en bouche.

Au final, notre système, c’est un peu comme si on allait au resto, on parcourait longuement le menu des yeux pour mûrir notre choix, et qu’on finissait par opter pour « Mousseline de foies de volaille » en entrée et « Bavette, cèpes à la crème et brisures de marrons dans leur jus de porto » en plat principal. Les plats arrivent et bim!, « Velouté de harengs » en entrée et « Beignets de merguez dans leur lac de sauce barbecue » en plat principal. On râle auprès du serveur, on déclare que c’est un scandale, qu’on n’a jamais commandé ça et qu’on réclame d’être remboursés! Et le serveur, un sourire chafouin au coin de la bouche, nous répond, imperturbable: « Je suis malheureusement dans l’impossibilité de faire quoique ce soit pour vous. Il fallait mieux choisir, Monsieur. Tâchez de faire plus attention la prochaine fois. Je vous souhaite un agréable retour chez vous. »

Tout ceci pourrait disparaître si nous avions un contrôle sur les élus. Si une menace de destitution pesait au-dessus de leurs têtes, par exemple. A tout moment, et notamment dans le cas où l’action politique de l’élu serait trop diamétralement opposée à ses engagements, la population aurait le pouvoir de s’autosaisir, de convoquer un référendum révocatoire et de voter pour une fin prématurée de son mandat ou pas. Si plus de 50% des votants choisissent de mettre fin à son mandat, il est destitué et de nouvelles élections se mettent en place. Cela ferait assurément cogiter les élus, au moment de torpiller leurs promesses de campagne.

Cela permettrait aux citoyens de se sentir concernés par la politique, de s’y intéresser et de s’y engager, intellectuellement du moins. Leurs opinions pourraient s’exprimer de manière continue, pas seulement lors des rares fenêtres de tir qui leurs sont accordées au moment des élections. Et ils goûteront certainement au sentiment de pouvoir faire une différence sur le cours des choses. Il est quand même assez ubuesque de n’être appelés qu’une fois tous les ans ou cinq ans à s’exprimer, et de se dire en démocratie. Dernière analogie alimentaire, promis, mais pouvons nous nous considérer comme végétariens, si une fois tous les ans ou cinq ans nous décidons de ne pas manger de viande pendant une journée ou un mois entier?

Le choix de l’identité de nos gouvernants ne devrait pas être l’alpha et l’oméga de nos systèmes politiques. La seule existence de ce droit ne permet pas de définir la démocratie. Sans contrôle institutionnel de nos dirigeants tout au long de leur mandat, leur élection n’est rien d’autre qu’un blanc-seing que nous leur offrons. Un chèque en blanc. Car au fond, nous votons pour les idées qu’incarnent les personnalités politiques. Peu importe la personne, c’est la politique qu’elle applique qui compte, c’est elle qui va influencer notre vie. Avoir le choix de la personne mais n’avoir aucun contrôle sur la politique mise en œuvre n’a aucun sens.

Au matin du siècle dernier, le philosophe Alain écrivait:
« Ce qui importe en démocratie, ce n’est pas l’origine populaire du pouvoir, c’est le contrôle continu et efficace que les gouvernés exercent sur les gouvernants. Non pas une fois tous les cinq ans, ni tous les ans, mais tous les jours. »

Nous sommes en délégatie


Allez, j’espère que tu as réussi à résister aux multiples dodelinements de ta tête, petit lecteur. Rassure-toi, la fin approche.

La « démocratie représentative » ressemble férocement à un oxymore. C’est un peu comme le « plein vidé », la « liberté asservie », la « souveraineté abandonnée »… La soi-disant représentation de la volonté populaire par les élus n’est rien d’autre qu’un stratagème qui nous dépossède de notre pouvoir de décision, nous condamnant à l’impossibilité d’avoir une réelle influence sur le cours des choses.

Selon les mots de Jean-Jacques Rousseau:
« La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu’elle ne peut être aliénée; elle consiste essentiellement dans la volonté générale et la volonté générale ne se représente point. »

Notre système politique n’a de démocratique que le nom. Nous sommes en réalité dans un système délégatif, au sein duquel nous transférons notre pouvoir à des dirigeants, sans conditions. A chaque fois, nous croisons les doigts pour que ceux-là soient de bonne foi et que cette fois-ci, ils ne trahiront pas la volonté de la majorité qui les a élus. Pas de bol, ça rate à tous les coups. Et on se retrouve marrons, jusqu’à la nouvelle étincelle d’espoir qu’allumera la prochaine élection.
Ce système de « délégatie » se vêtit du flambant costume de la démocratie, car ce mot seul a un colossal pouvoir de paralysie des esprits, puisqu’on se représente la démocratie comme le système idéal et indépassable, le pendant parfait de la dictature, la lumière par opposition à l’ombre.
Le mythe démocratique est un cadenas puissant qui verrouille toute soif de changement en profondeur. En falsifiant la dénomination de la nature réelle de notre système et en l’enjolivant d’un mot pur, il captive la volonté même de faire le diagnostic de notre système politique. La présence dans l’imaginaire collectif de l’illusion selon laquelle nous sommes en démocratie est gravée au fond de nos cervelles. Alimenté tous les jours par la sphère politico-médiatique, ce charme joue le rôle de dernière couche de confiance dans l’esprit des citoyens. Profond et  difficile à ébranler, il est l’ultime soupape de sécurité protégeant la caste dominante d’une volonté de renversement radical de la logique de répartition du pouvoir politique.
« Au moins, on est en démocratie… »

Écrit par Mathias.

Références:
« Sur l’organisation du pouvoir législatif et la sanction royale », in Les Orateurs de la Révolution française. Les Constituants, Tome I, Paris, Gallimard, 1989, p. 1025 et 1027.
Publications universitaires, « Démocratie : histoire d’un malentendu » [archive], 3 novembre 2013 (consulté le 15 décembre 2016)
Propos d’Alain
Du Contrat social, Jean-Jacques Rousseau



Source: L'Immédiat






vendredi 7 décembre 2018

Fin de la République en Marche à reculons?


"Avec les gilets jaunes le pouvoir du peuple s'exerce dans la rue". Gaël Hadey


La chute d’un ordre de domination se reconnaît à la stupéfaction qui se lit sur les visages de ses desservants. Samedi, le spectacle n’était pas seulement dans la rue. Il était, et il dure toujours depuis, sur les faces ahuries de BFM, de CNews, de France 2, et d’à peu près tous les médias audiovisuels, frappées d’incompréhension radicale. Que la stupidité ait à voir avec la stupéfaction, c’est l’étymologie même qui le dit. Les voilà rendues au point d’indistinction, et leur spectacle commun se donne comme cette sorte particulière d’« information » : en continu.

Comme l’esprit se rend préférentiellement aux idées qui font sa satisfaction et là où il trouve du confort, les trompettistes du « nouveau monde » et du « macronisme révolutionnaire », sans faire l’économie d’une contradiction, retournent invariablement à l’écurie de leurs vieilles catégories, les catégories du vieux monde puisque c’est celui-là qui a fait leur situation, leurs émoluments et leur magistère (lire « Macron, le spasme du système »). Et les voilà qui divaguent entre l’ultradroite et l’extrême gauche, ou l’ultragauche et l’extrême droite, cherchent avec angoisse des « représentants » ou des « porte-parole » présentables, voudraient une liste circonstanciée de « revendications » qu’on puisse « négocier », n’en trouvent pas davantage, ni de « table » autour de laquelle se mettre. Alors, en désespoir de cause, on cherche frénétiquement avec le gouvernement au fond du magasin des accessoires : consultations des chefs de parti, débat à l’Assemblée, réunion avec les syndicats — l’espoir d’une « sortie de crise » accrochée à un moratoire sur la taxe gasoil ? un Grenelle de quelque chose peut-être ? C’est-à-dire pantomime avec tout ce qui est en train de tomber en ruine. Voilà où en sont les « élites » : incapables de seulement voir qu’il n’est plus temps, que c’est tout un monde qui est en train de partir en morceaux, le leur, qu’on ne tiendra pas pareille dislocation avec du report de taxe ou des taux minorés, bien content si les institutions politiques elles-mêmes ne sont pas prises dans l’effondrement général. Car il ne s’agit pas d’un « mouvement social » : il s’agit d’un soulèvement.

Quand une domination approche de son point de renversement, ce sont toutes les institutions du régime, et notamment celles du gardiennage symbolique, qui se raidissent dans une incompréhension profonde de l’événement — l’ordre n’était-il pas le meilleur possible ? —, doublée d’un regain de hargne, mais aussi d’un commencement de panique quand la haine dont elles font l’objet éclate au grand jour et se découvre d’un coup à leurs yeux. Ceci d’autant plus que, comme il a été noté, la singularité de ce mouvement tient à ce qu’il porte désormais l’incendie là où il n’avait jamais été, et là où il doit être : chez les riches. Et sans doute bientôt, chez leurs collaborateurs.
…/...
Ce pouvoir est honni car il s’est méthodiquement rendu haïssable. Il paye une facture sans doute venue de très loin, mais dont il est le parachèvement le plus forcené, par conséquent l’endosseur le plus logique. Il n’a plus pour se cramponner que le choix de la répression sanglante, peut-être même de la dérive militaire. Il ne mérite plus que de tomber.










Gilets jaunes : législatives anticipées ou États généraux

Par Régis de Castelnau

En dépit des rodomontades bravaches,  postures managériales et autres affirmations de façade, il  y a le feu à la maison LREM, assaillie de tous côtés par un peuple dont elle a cru pouvoir ne faire qu’une bouchée de pain (voire de brioche à 200 euros).

Pourtant, certains élus ou représentants de la majorité continuent, n’ayant honte de rien, de venir pérorer sur les plateaux télé en raillant notamment la très grande hétérogénéité des revendications des gilets jaunes. Notons au passage la mauvaise foi du procédé puisque ce sont les mêmes qui, dans le même temps, tentent désespérément de réduire le mouvement de révolte actuel à la seule question des prix du carburant et de l’écologie, essayant ainsi de circonscrire l’incendie qui s’est pourtant déjà largement étendu à de nombreux autres sujets ayant trait au pouvoir d’achat, aux niveaux de revenus, mais aussi à des questions telles que la représentativité des élus, l’allocation des moyens de l’Etat etc.
Encore une fois, ces faquins infatués d’eux-mêmes ne comprennent rien, quand ils ne feignent pas de ne rien comprendre, ce qui dans les deux cas n’est pas admissible et représente une lourde faute politique.

Les élus LREM qui ne sont eux-mêmes rien d’autre qu’un patchwork pseudo-disruptif dont la plupart semble avoir décroché la timbale législative en 48h sur Amazon, paraissent globalement habités par une profonde inculture politique (et autre). On l’avait déjà constaté pendant l’affaire Benalla avec la consternante attitude de la majorité parlementaire lors des commissions d’enquête. Les voici à présent  dans l’incapacité de comprendre que c’est précisément le foisonnement de revendications de ce mouvement de révolte qui en garantit l’aspect dynamique et quasi-inédit. Disons «quasi » car cela s’est tout de même déjà produit aux États généraux de 1789 avec la présentation des cahiers de doléances que nos drôles de la République en Marche auraient sans doute jugés un peu ridicules et fouillis, sachant que nous avons affaire à des gens qui aiment bien convoquer l’Histoire sans pour autant être manifestement capables de beaucoup remonter au-delà des années 1930 sur lesquelles se concentrent tous leurs fantasmes.

Certains pourraient penser que je manque d’objectivité et qu’il y aurait une forme de systématicité idéologique dans ma critique du pouvoir en place : ils se trompent. Quand bien même j’ai toujours considéré Macron comme une bulle spéculative, ce qu’il s’avère être au-delà de toute imagination, parvenu à la tête de l’exécutif par quasi-effraction (stratégie barragiste dite du Castor, appui opportun du Parquet National Financier pour disqualifier l’opposition etc.)  et manigances d’une caste auto-produite dont la plupart des médias sont les outils propagandistes, j’ai aussi considéré, certains s’en souviendront, après son élection malgré tout légitime au plan formel, qu’il devait pouvoir disposer d’une majorité LREM à l’Assemblée nationale, ayant pour ma part et comme de nombreux Français une sainte horreur de la cohabitation et souhaitant que nous le jugions sur pièce puisque, ma foi, il était parvenu à gagner fût-ce avec des procédés peu reluisants. Il fallait faire cet indispensable effort de légitimisme et d’objectivité afin de rendre l’éventuelle critique ultérieure elle-même légitime et audible.

Je suis donc d’autant plus tranquille à présent pour faire exactement ce que je prônais dès les législatives : juger sur pièce, établir son jugement sur les actes accomplis et non sur des postulats idéologiques hostiles a priori.

Or, l’accumulation de ces actes sur lesquels il est permis de porter un regard négatif est accablante et notamment depuis l’affaire Benalla que certains idiots utiles nous ont reproché de monter en épingle alors qu’il était évident qu’elle contenait tous les symptômes des dysfonctionnements majeurs inhérents au macronisme et dont la révolte des gilets jaunes est la conséquence mécanique, logique et prévisible.

Mépris des corps intermédiaires, mépris de la démocratie parlementaire, mépris des corps constitués, mépris des territoires, rabaissement de l’Assemblée au rôle de chambre d’enregistrement pour députés godillots, gestionnarisation de l’action politique, inculture sur fond de management à l’emporte-pièce, vulgarité voire obscénité (au sens étymologique) des postures élyséennes (Fête de la musique, selfies au goût douteux désormais censurés même par le grand complice Zuckerberg), prises de parole intempestives et agressives visant le peuple, provocations narcissiques -traverser la rue, pognon de dingue, tu m’appelles pas Manu, Mimi Marchand et Compagnie-, insultes répétées visant le peuple français souvent depuis l’étranger, jeu pervers sur la question migratoire (félonie du Pacte sur les Migrations en vue dans quelques jours à Marrakech et sur lequel, comme de bien entendu, le peuple n’a pas son mot à dire alors que c’est lui qui en paiera les conséquences), renoncements serviles à la souveraineté au profit de la domination allemande devenue caricaturale dans une Union Européenne qui n’a plus d’âme et méprise les peuples mais continue malgré tout de courir comme un poulet sans tête, extrême brutalité des mesures sociales (plutôt antisociales), atteinte grave prévue à la laïcité, loi liberticide et propagandiste sur les Fake News, dépeçage en vue des collections publiques des musées pour cause d’affairisme néo-libéral sur fond d’indigénisme inculte, communautarisme flatté dans le sens du poil comme autant de parts de marché, proches douteux à la Belattar -dont on n’a toujours pas bien compris ce qu’il faisait exactement dans l’entourage présidentiel-, positions ambiguës sur l’islamisme, attitude caricaturale, clivante et histrionique à l’international, propagande idéologique de bas étage (gentils progressistes, méchants nationalistes)…

Dans ce bilan déjà très lourd, les députés LREM, de fait, ne représentent bientôt plus rien d’autre que la bulle spéculative qui les a fait advenir.  Il n’est qu’à voir comment est traitée la députée LREM Sonia Krimi, incitée fermement à quitter le parti pour avoir osé sympathiser avec les gilets jaunes, elle qui avait déjà fait preuve de courage et de lucidité pendant l’affaire Benalla. Il n’est pas incohérent dans ce contexte que les gilets jaunes foisonnent de demandes mais aussi revendiquent de plus en plus unanimement la tenue de législatives anticipées, rappelant au passage que les députés sont supposés représenter le peuple français et non pas l’exécutif.

Cela se fera, ou pas, mais dans tous les cas, le pouvoir en place a déjà perdu, qu’il s’entête ou qu’il cède.

N’oublie jamais qui t’a fait Roi, sans quoi il y a toujours un moment où celui que tu as oublié se rappellera à ton bon souvenir.



Source: VU DU DROIT


mardi 4 décembre 2018

La VIe République en vue






Les républiques n’ont pas été proclamées pour que les présidents, les sénateurs ou les ministres deviennent les nouveaux nobles.
Pepe Mujica

Il faut en revenir à la base, à ce que nous vivons et voulons vivre, sans nous prendre au piège des symboles et des abstractions. Ce n’est pas si facile. Les grandes baudruches politique ont crevé mais nous continuons à patauger dans leurs détritus.”
Raoul Vaneigem

La prune est mûre, disaient les vieux maîtres taoistes quand ils voulaient signifier que le temps est enfin venu de s'éveiller et qu'une leçon de vie a été bien assimilée. A partir de là, il ne faut plus s'attarder, perdre de temps sous peine de laisser pourrir le fruit. Le fantôme de Ve République, construstion à l'usage exclusif du Général de Gaulle, nous hante depuis la fin des événements de 1968 et nous devons y mettre un terme dès maintenant avant que d'être transformés nous-mêmes en zombis déresponsabilisés et sans volonté propre. L'idée d'une VIe République faite par et pour le peuple a fait son chemin depuis au moins quatre décennie et il est grand temps, au vu de la déchéance actuelle de nos institutions corrompues, de passer à l'action et d'inventer ensemble une nouvelle constitution en préservant de l'ancienne que ce qui a bien fonctionné dans l'intérêt du plus grand nombre.”
Gaël Hadey

Ce n'est pas aux politiciens de rédiger la constitution de notre République. C'est au peuple.
La constitution sert à protéger le peuple des abus de pouvoir, à limiter notre impuissance politique. A empêcher les élus de prendre des décisions sans nous concerter.”
Formation Résistance

"Si l'assemblée constituante s'est montrée digne du peuple qu'elle représentoit, c'est, peut-être, lorsque d'un côté elle ferma à ses membres l'accès du ministère et des places dont le pouvoir exécutif dispose; et que, de l'autre, elle décréta qu'ils ne pourraient être réélus à la seconde magistrature. Cette double disposition eût épargné à la France bien des maux et des crimes.
In "Le défenseur de la constitution" de Maximilien Robespierre



Avec son accord et après avoir procédé à quelques modifications bénignes, je remets en circulation l'esquisse préparatoire pour la constitution d'une VIe République rédigée en 2008 par Tristan Cabral, poète et professeur de philosophie qui milite depuis le début des années 90 pour son avènement. 

En cette période prérévolutionnaire, chaque citoyen conscient se doit avant tout d'oeuvrer à la cause commune en faisant tout son possible pour fédérer, sans hiérarchies, les multiples composantes de la révolte grondante et légitime des Gilets Jaunes laquelle n'aboutira à rien de bon sans une organisation solidaire autour d'un projet collectif où viendra s'enraciner profondément l'arbre souverain de la société nouvelle à venir. 

Ces 13 propositions ne sont bien sûr que les grandes lignes, le point de départ d'une réflexion de longue haleine qui ne pourra se concrétiser qu'à travers les échanges, analyses, expérimentations et débats que les Conseils Citoyens et Comités populaires en cours de formation devront mener sur l'ensemble du territoire national en vue de créer une Constitution démocratique servant de socle à une VIe République débarrassée des oripeaux aristocratiques de la monarchie présidentielle. C'est au peuple de reprendre le pouvoir légitime qui lui a systématiquement été confisqué après chaque révolution par les arrivistes politiques de tout poil qui n'ont eu de cesse que de l'humilier et de le diviser afin de régner en le privant de ses droits fondamentaux à participer à la gestion des affaires du pays. 

A partir de ce texte à dégrossir, il s'agira bien évidemment de réfléchir à l'urgence d'une remise en état des services publiques indispensables, véritables poumons de la collectivité, et à remettre en avant l'importance des communs et de leurs usages. Il va de soit qu'un tel programme une fois fonctionnel ne sera guère compatible avec les normes en vigueur qui sont celles avec lesquelles nous a “conditionné” le Grand Capital internationaliste. Alors dès maintenant que vivent les jours heureux!
André Chenet






Pour une VIe République


par Tristan Cabral, poète et professeur de philosophie

Cet essai avait été publié une première fois sur le blog d'informations citoyen Désobeissance civile en 2014 et repris par de nombreux sites alternatifs.
En voici une version remise au goût du jour avec l'assentiment de son auteur:


13 PROPOSITIONS D’URGENCE
en vue de fonder la 6ème RÉPUBLIQUE
ET POUR TENTER DE MIEUX VIVRE :


1 – LA PRÉSIDENCE DE LA RÉPUBLIQUE DISPARAÎT ! ça coûte « les yeux de la tête » et ça ne sert à rien ! ça n’existe nulle part ailleurs.
LA MONARCHIE RÉPUBLICAINE, ÇA SUFFIT ! C’est FINI !

2 – LE SÉNAT EST SUPPRIMÉ ! Il est remplacé par une sorte de « Chambre des Représentants, élus dans les Assemblées Régionales, et qui disposera d’ « un Droit de Veto » sur les décisions de l’exécutif.
L’ASSEMBLÉE NATIONALE est élue pour 5 ans, au Suffrage Universel à un tour, à la proportionnelle nationale et intégrale. Elle choisit en son sein un Premier Ministre, lequel constitue son gouvernement, lequel sera totalement responsable devant l’Assemblée du Peuple. Bien sûr, l’article scélérat, dit 49.3 est supprimé (enfin la Démocratie !). La Commission des Lois aussi est supprimée. Les élus votent ensemble l’ordre du jour de l’Assemblée. La Présidence de l’Assemblée tourne tous les 6 mois. Chaque groupe parlementaire, aussi petit soit-il, peut présenter un candidat à ce poste. Les sujets graves et déterminants seront soumis au référendum.

3 – INSTAURATION D’UN STATUT DE L’ÉLU : par exemple, un seul mandat de 5 ans pour tout élu du Peuple. Les élus sont responsables devant leurs mandants et révocables à tout moment pour cause de promesses non tenues. Inégibilité définitive de tout élu condamné par la Justice. Salaire limité et plus de « retraités à vie ». Plus d’emplois réservé. (Un député remercié n’a plus qu’à reprendre son travail).

4 – Le GARDE des SCEAUX, Ministre de la Justice, n’est plus nommé par le Gouvernement mais par un conseil de Sages qui représente toutes les formes de pensée à l’œuvre dans le pays, religieuses, laïques, libre-pensée, union rationaliste ou autres…
Les PRÉFETS disparaissent, remplacés par un Éxécutif Régional élu au Suffrage Universel à un tour.

5 – Les membres du Conseil Constitutionnel sont élus par les députés. Personne n’en est membre de droit, à fortiriori bien sûr les anciens Présidents.

6 – Le Directoire de FRANCE-TELEVISION (dont le nombre est à discuter) est élu par TOUT LE PERSONNEL, syndiqué ou non (journalistes, animateurs, présentateurs, techniciens… etc…). Il en sera de même pour tous les journaux et tous les médias de presse dont aucun ne devra servir les intérêts commerciaux d'un consortium privé en particulier. Les lanceurs d'alertes et plus généralement les journalistes seront protégés par les clauses d'une loi à définir. Le réseau internet en France, basé sur la liberté d'expression et le respect de la vie privée fera l'objet d'une remise à plat.

7 – Refonte totale du système judiciaire, pénitentiaire et psychiatrique. Abolition immédiate de la loi 1848 concernant l’HDT. Dissolution des groupes fascisants à l’intérieur des Polices Nationales...etc...

8 – Contrôle populaire et démocratique sur les grands groupes pétroliers et fournisseurs d’énergie. Plafonnement de la TVA et taxation renforcée des plus-values scandaleuses de ces groupes. Participation de contrôleurs d’ »ÉTAT » aux Conseils d’Administrations des grandes sociétés. Fin des paradis fiscaux et des parachutes dorés ! Aucun salaire ne pourra dépasser 10 fois le SMIG.
Triplement des budgets de la culture gérés par les Assemblées Régionales. Nationalisation des banques et abolition de la spéculation financière. Rétablissement immédiat de l'impôt sur les fortunes et recadrage de l'impôt sur les sociétés.

9 – Instauration de l’ECHELLE MOBILE des SALAIRES. Aucun salaire en dessous de 1500 euros mensuels pour 35 heures de travail.

10 – Un EMPLOI STABLE et un LOGEMENT décent pour tous. La retraite, et toutes les allocations, ainsi que leur financement, devront être repensés afin de répondre aux besoins réels de la population.

11 – Gratuité totale des soins et des médicaments pour tous. Renforcement des points d'accueils de santé (maternités, dispensaires...) et restauration d'espaces administratifs de proximité tels que les services postaux et bancaires.

12 – Retrait des troupes françaises engagées à l’étranger sans le vote des députés. Rupture avec les dictatures quelles qu’elles soient. Contrôle de l'armée et de la Police par les Représentants du Peuple (Assemblée nationale). Sortie de l'OTAN immédiate et organisation d'un référendum à l'échelle nationale pour le maintien ou non de la France dans l'Union européenne.

13 – Vote des travailleurs immigrés régulièrement installés et travaillant en France depuis 10 ans, à toutes les élections. Suppression immédiate des Centres de Rétention (Non-respect par la France de la « directive relais » européenne). Une politique d'immigration équitable sera mise en place par l'Assemblée après consultation des comités citoyens.

Voilà ce qui peut-être fait tout de suite, sans violence, si nous voulons éviter la désespérance Nécro-macroniste !!! EN ATTENDANT LA REVOLUTION.


Tristan Cabral, Poète et Professeur de Philo
Montpellier, juillet 2008 (Texte réactualisé, le 04 décembre 2018)



A Lire:

- La révolution c'est l'amour fou

- En route pour la 6e République


LEVER LE POING: fermer le poing et le lever signifie être présent dans la lutte, être un camarade ou un compagnon prêt à se défendre et, surtout, à défendre tous les autres, face à la violence du pouvoir, à l’injustice, à l’humiliation, à la précarité et au désespoir. Ce n’est pas qu’un simple signe de reconnaissance : c’est toute l’histoire des luttes qui est résumé dans ce geste. Le poing levé signifie clairement : nous sommes là et bien là, persévérants et solidaires, et nous lutterons ensemble jusqu’au bout. Sans peur ni tabou ni regret...
Yannis Youlountas