mercredi 21 août 2019

Paroles de survivants sur le nazisme et sionisme


ou

Ces rescapés du génocide juif sont-ils des antisémites ?

par CAPJPO-EuroPalestine


Faut-il traiter d'antisémites et condamner ces huit rescapés des camps d'extermination pour leurs comparaisons entre les politiques sionistes et celles des Nazis ? Chris Knight, anthropologiste et militant britannique pose la question, en publiant les citation ci-dessous.


Marika Sherwood, survivante du ghetto de Budapest

« (...) Peu de temps après (en 1956), j'ai appris que les Israéliens rassemblaient les Palestiniens dans des camps de concentration. Je ne pouvais pas y croire. Les Israéliens n'étaient-ils pas des Juifs ? Ne venions-nous/ne venaient-ils pas de survivre au plus grand pogrom de notre histoire ? Les camps de concentration - souvent appelés par euphémisme, « colonies de peuplement » - n'étaient-ils pas la principale caractéristique de ce pogrom ? Comment ces Juifs israéliens pouvaient-ils opprimer d'autres gens ? Dans mon imagination de romantique, les Juifs d'Israël étaient des socialistes, des gens qui discernaient le bien du mal. C'était manifestement inacceptable. J'avais l'impression qu'on m'avait laissé tomber, comme si on m'avait volé une partie de ce que je pensais être mon héritage....

Il me faut dire au gouvernement israélien qui prétend parler au nom de tous les Juifs, qu'il ne parle pas en mon nom. Je ne garderai pas le silence face à la tentative d'annihilation des Palestiniens, la vente d'armes aux régimes répressifs partout dans le monde et la tentative d'étouffer la critique d'Israël dans les médias au niveau mondial, quand on voit ce gouvernement remuer le couteau dans la plaie - traduisons 'culpabilité' - afin d'obtenir des concessions économiques de la part des pays occidentaux. Naturellement, la position géopolitique d'Israël a une incidence grandissante en ce moment. J'empêche Israël de confondre les termes « antisémite » et « antisioniste » : On ne peut pas laisser passer ça."

Dr. Marika Sherwood, 'How I became an anti-Israel Jew' (Voilà comment je suis devenue une Juive anti-Israël), Middle East Monitor, 7/3/18.





Israël Shahak, survivant du ghetto de Varsovie et du camp de concentration de Bergen-Belsen.

« Pour survivre, Isra­­­ël doit renoncer au désir de domination. Il deviendra alors un bien meilleur pays pour les Juifs eux-mêmes. En Israël, beaucoup comparent aisément le pays avec l'Allemagne. Non seulement l'Allemagne d'Hitler et des Nazis, mais aussi l'ancien Empire germanique voulait dominer l'Europe. Ce qui s'est passé au Japon, après l'attaque contre la Chine, c'est qu'ils voulaient dominer une vaste zone de l'Asie. Lorsque l'Allemagne et le Japon renoncèrent à leur souhait de domination, ils devinrent des sociétés bien plus sympathiques pour les Japonais et les Allemands eux-mêmes. "

Dr. Israel Shahak, Middle East Policy Journal, été 1989, no.29.





Hajo Meyer, était un survivant d'Auschwitz.

« Ça me fait mal d'observer les parallèles entre mes expériences dans l'Allemagne d'avant 1939 et celles que souffrent les Palestiniens de nos jours. Je ne peux pas m'empêcher d'entendre les échos nazis de « sang et sol », dans la rhétorique des colons fondamentalistes, qui revendiquent le droit sacré à toutes les terres de la Judée-Samarie biblique.

Les divers aspects de punition collective infligée au peuple Palestinien - ghettoïsation forcée derrière un « mur de sécurité », destruction de maisons au bulldozer, déprédation de champs, bombardement d'écoles, de mosquées et d'édifices gouvernementaux, blocus économique qui prive les gens d'eau, de nourriture, de médicaments, d'éducation et de nécessités de base pour survivre dans la dignité - tout ceci me pousse à me rappeler les privations et les humiliations dont j'ai fait l'expérience dans ma jeunesse. Toutes ces oppressions qui durent depuis un siècle, signifient des souffrances inimaginables pour les Palestiniens. »

Dr. Hajo Meyer, 'An Ethical Tradition Betrayed', Huffington Post, 27/1/10.





Gabor Mate, survivant du Ghetto de Budapest

« Jeune homme élevé à Budapest, enfant qui avait survécu au génocide nazi, j'ai été hanté pendant des années par une question qui résonnait dans ma tête avec une telle force que, parfois, elle tournait : 'Comment cela fut-il possible ? Comment le monde permit-il de telles horreurs ?'

Question naïve d'un enfant. Maintenant, j'en sais plus : La réalité est là. Que ce soit au Vietnam, au Rwanda ou en Syrie, l'humanité demeure les bras croisés, complice, inconsciente ou impuissante, comme toujours. À Gaza en ce moment, on trouve le moyen de justifier le bombardement des hôpitaux, l'extermination de familles en train de manger, le meurtre de jeunes qui jouent au foot sur une plage...

On ne peut pas comprendre Gaza hors contexte, c'est à dire le nettoyage ethnique continu, le plus long de tous, du siècle dernier et du présent, la tentative continue de détruire la nation palestinienne.
Les Palestiniens utilisent des tunnels ? Mes héros de même : les combattants mal équipés du Ghetto de Varsovie. Contrairement à Israël, les Palestiniens n'ont ni hélicoptères Apache, ni drones télécommandés, avions de combat chargés de bombes, artillerie laser : Avec leur défiance inefficace, ils lancent des roquettes primitives qui provoquent de la terreur pour des civils innocents israéliens, mais rarement des blessures. Vu l'énorme inégalité de forces, il n'existe aucun parallèle de culpabilité....

Qu'allons-nous donc faire, nous, gens ordinaires ? Je prie qu'on écoute notre cœur. Le mien me dit que 'plus jamais ça' n'est pas une expression exclusive : Le meurtre de mes grands-parents à Auschwitz ne justifie pas la dépossession incessante des Palestiniens. La justice, la vérité, la paix, ce n'est pas l'apanage d'une seule tribu. Le 'droit d'Israël à se défendre' - indiscutable en principe - ne justifie pas l'extermination de masse. »

Dr. Gabor Mate, 'Beautiful Dream of Israel has become a Nightmare' (Le Beau Rêve d'Israël s'est transformé en Cauchemar), Toronto Star, 22/7/14.





Marek Edelman, était un survivant du ghetto de Varsovie

Marek Edelman, était un survivant du Ghetto de Varsovie et un des chefs du soulèvement du Ghetto.
« Pendant la guerre, nous, on n'aurait jamais pensé que les Sionistes restaient volontairement passifs quant à la destruction des Juifs, afin de mieux justifier la fondation de l'état d'Israël... Mais de nos jours, même les historiens reconnus s'expriment à haute voix sur la façon dont certains Sionistes installés en Palestine exploitaient politiquement l'Holocauste !... Le premier chef du gouvernement israélien, Ben Gourion estimait que, plus ça irait mal pour les Juifs d'Europe, plus ça irait mieux pour Israël. Il a mis ce projet en œuvre... Ben Gourion s'est lavé les mains de la Diaspora... Dès la conférence du parti Mapai en décembre 1942, il a déclaré que la tragédie des Juifs d'Europe ne les concernait pas - lui et ses associés - directement. C'étaient les paroles d'un chef qui était d'accord pour sacrifier la vie de millions de Juifs pour élaborer un état juif. Je ne dis pas qu'il aurait pu sauver des milliers d'êtres humains, mais il aurait pu combattre pour ces milliers de gens. Il s'en est abstenu. J'ignore si c'était voulu. »

Dr Marek Edelman, 2016. Being On the Right Side : Everyone in the Ghetto Was a Hero (Du Bon Côté : Dans le Ghetto, Ils étaient tous des Héros), pages 223, 448.






« La gauche n'est plus capable de maîtriser l'ultra-nationalisme qui s'est développé ici, en Israël - le genre dont la branche européenne a contribué à éliminer presque tous les Juifs européens. Les entretiens que Ravit Hecht du Haaretz a effectués avec les politiques de la droite israélienne, Smotrich et Zohar, (les 3 décembre 2016 et 28 octobre 2017) devraient être distribués dans tous les médias, en Israël et partout dans le monde juif. On voit en eux non seulement un fascisme israélien grandissant, mais aussi un racisme qui ressemble au Nazisme dans son enfance.

Comme toute idéologie, la théorie raciale nazie s'est développée au cours des années. Au début, elle a uniquement privé les Juifs de leurs droits civils et humains. Il est possible que, sans la Seconde Guerre Mondiale, le 'problème juif' se fût terminé simplement avec l'expulsion 'volontaire' des Juifs des terres du Reich. Après tout, la plupart des Juifs d'Autriche et d'Allemagne ont pu partir à temps. Il est possible que ce soit un avenir à prévoir pour les Palestiniens. » :

Prof. Zeev Sternhell, 'Opinion in Israel, Growing Fascism and a Racism Akin to Early Nazism', Haaretz, 19/1/18.





Primo Levi était un survivant d'Auschwitz

« En ce qui concerne le Premier Ministre Menachem Begin, 'Fasciste' est une définition pour moi acceptable. À mon avis, même Begin serait d'accord. C'était l'élève de Jabotinsky, qui représentait l'aile droite du Sionisme et qui se disait fasciste. C'était l'un des interlocuteurs de Mussolini. 
Assurément, Begin était son élève. Voilà toute l'histoire de Begin.... L'Holocauste est la défense préférée de Begin : Je n'y attribue aucune validité. »

Primo Levi, The Voice of Memory : Primo Levi Interviews (La voix de la Mémoire : Entretiens avec Primo Levi), 1961-1987, pp. 285-286. La citation date de 1982.





Rudolf Vrba, survivant de Majdanek et d'Auschwitz
Rudolf Vrba, survivant de Majdanek et d'Auschwitz. Il s'est évadé d'Auschwitz en 1944, pour prévenir les Juifs hongrois au sujet du programme nazi d'extermination. Malheureusement, certains chefs sionistes pensaient différemment.

« Le mouvement sioniste européen a joué un rôle très important dans l'extermination de masse des Juifs. Je crois vraiment que, sans la coopération des Sionistes, ça aurait été une tâche bien plus difficile....

Les Sionistes disaient que nous ne sommes pas tchécoslovaques, ni allemands ni français : Nous sommes juifs et nous devons, en tant que juifs, retourner dans notre pays, en Israël ou Palestine, et fonder notre état....

S'ensuivit la Loi de Nuremberg, loi divulguée par un État dit civilisé - l'Allemagne nazie - qui affirmait que les Juifs ne faisaient pas partie de l'Europe, mais de la Palestine....

Donc, ensemble, le Nazisme et le Sionisme partageaient la même chose : Ils proclamaient tous les deux que les Juifs n'appartiennent pas à l'Europe, mais à la Palestine....

Donc, naturellement, les Allemands ont dit au Sionistes : 'Vous voyez, les Juifs ne nous font peut-être pas confiance, mais ils vous croiront', car ils ont compris qu'on leur avait, en fait, dit la vérité : que vous faites partie de la Palestine, que vous êtes ici des étrangers'....

C'est comme cela qu'une clique sioniste, a formé les conseils juifs (appelés 'Judenräte') pour "gérer les affaires juives", soutenue par l'argent d'hommes d'affaires juifs importants, prêts à tolérer la discrimination contre l'ensemble de la population juive qui n'était ni riche, ni sioniste - qui tout simplement, ne faisait pas partie de la clique....

Par conséquent, je ne me fiais pas à eux, malgré le fait que les Nazis leur avaient donné des droits, suite aux lois de Nuremberg. Je les jugeais fascistes, tout simplement, dès le début, créatures méprisables qui s'associent aux fascistes et qui en bénéficient, ne subissant pas la discrimination infligée aux autres....

Je n'avais pas plus confiance dans les Nazis que dans les conseils juifs sionistes. Assurément, je me suis rendu compte que les Sionistes et les Nazis sont mes ennemis à part égale : Tous les deux, ils veulent me faire partir avec 25 kilos de bagages, vers un endroit inconnu, et laisser ma mère chez elle, sans défense....

Les jeunes, piliers de la résistance, ont toujours entre 16 et 30 ans. Chaque soldat sait qu'ils sont les meilleurs éléments pour le combat.... J'étais sidéré par le fait que les Sionistes qui se disaient protecteurs des Juifs, avaient décidé en premier lieu, de laisser partir un groupe de résistants potentiels qui, en dernier lieu, pourraient protéger les familles, en employant la force, si nécessaire....

« Je suis juif. Toutefois - plutôt à cause de cela - j'accuse certains chefs juifs d'une des actions les plus horribles de la guerre.

Ce petit groupe de collaborateurs savait ce qui se passait dans les chambres à gaz d'Hitler et ont sauvé leur propre vie en achetant leur silence. Parmi eux, se trouvait le Docteur Rudolf Kastner, à la tête du conseil qui parlait au nom de tous les Juifs hongrois...

Prisonnier numéro 44070 à Auschwitz - numéro resté sur mon bras - j'ai calculé minutieusement les statistiques des exterminations... J'ai emporté ces affreuses statistiques lors de mon évasion en 1944, et j'ai pu prévenir les chefs sionistes hongrois trois semaines à l'avance qu'Eichmann avait l'intention d'envoyer un million de leurs Juifs dans ses chambres à gaz.... Kastner est allé dire à Eichmann : 'Je connais vos projets. Sauvez des Juifs que je pourrais choisir, et je me tairai.'

Non seulement Eichmann a accepté, mais il a déguisé Kastner en S.S. et l'a emmené à Belsen pour chercher certains de ses amis. Et ce marchandage ne s'en est pas arrêté là.

Kastner a payé Eichmann plusieurs milliers de dollars. Avec cette petite fortune, Eichmann a pu acheter sa liberté lors de la défaite de l'Allemagne, et s'installer en Argentine... »

« Pourquoi le Docteur Kastner a-t-il trahi les siens, alors qu'il aurait pu en sauver beaucoup en les prévenant, en leur donnant l'occasion de se battre, d'organiser un deuxième 'Soulèvement de Varsovie' - ce que craignait Eichmann ?...

Était-il donc possible que l'humeur défaitiste du Docteur Kastner ait été renforcée par le souvenir des paroles prononcées par le Docteur Chaim Weizmann, premier président d'Israël, lorsqu'il a parlé à un congrès sioniste à Londres en 1937 ?

Voici très précisément le discours de Chaim Weizmann :

"J'ai dit à la Commission royale britannique que les espoirs des six millions de Juifs d'Europe visaient l'émigration. On m'a demandé : 'Pouvez-vous emmener six millions de Juifs en Palestine ?' J'ai répondu que non. Les vieux disparaitront. Les autres subiront ou non leur destin. Ils ne sont que poussière, économique et morale, dans un monde cruel... seule une partie survivra... Ils devaient l'accepter.... S'ils voient les choses et souffrent, ils trouveront leur voie - Beacharit Hayamim ['Lorsque viendra le Messie, tous les morts ressusciteront'] - quand viendra le temps... Je souhaite que soit préservée notre unité nationale, car c'est tout ce que nous possédons."

'Seule une branche survivra...'. Kastner, comme Hitler, croyait-il en une race supérieure, une nation juive formée d'élites, pour les élites, par les élites ? Était-ce sa façon d'interpréter le sombre discours du Docteur Chaim Weizmann ? Dans l'affirmative, qui allait choisir la branche ? Qui allait décider quels grains constitueraient le tas de poussière économique, dont le destin serait d'attendre la venue du Messie ?...

Ma famille, je suppose, était la poussière qui allait être balayée jusque dans les fours par les Nazis qui utilisaient les chefs juifs comme balais... »

« Pourquoi le Docteur Kastner a-t-il trahi les siens, alors qu'il aurait pu en sauver beaucoup en les prévenant, en leur donnant l'occasion de se battre, d'organiser un deuxième 'Soulèvement de Varsovie' - ce que craignait Eichmann ?...

Était-il donc possible que l'humeur défaitiste du Docteur Kastner ait été renforcée par le souvenir des paroles prononcées par le Docteur Chaim Weizmann, premier président d'Israël, lorsqu'il a parlé à un congrès sioniste à Londres en 1937 ? Voici :

'J'ai dit à la Commission royale britannique que les espoirs des six millions de Juifs d'Europe visaient l'émigration. On m'a demandé : 'Pouvez-vous emmener six millions de Juifs en Palestine ?' J'ai répondu que non. Les vieux disparaitront. Les autres subiront ou non leur destin. Ils ne sont que poussière, économique et morale, dans un monde cruel... seule une partie survivra... Ils devaient l'accepter.... S'ils voient les choses et souffrent, ils trouveront leur voie - Beacharit Hayamim ['Lorsque viendra le Messie, tous les morts ressusciteront'] - quand viendra le temps... Je souhaite que soit préservée notre unité nationale, car c'est tout ce que nous possédons.

'Seule une branche survivra...'. Kastner, comme Hitler, croyait-il en une race supérieure, une nation juive formée d'élites, pour les élites, par les élites ? Était-ce sa façon d'interpréter le sombre discours du Docteur Chaim Weizmann ? Dans l'affirmative, qui allait choisir la branche ? Qui allait décider quels grains constitueraient le tas de poussière économique, dont le destin serait d'attendre la venue du Messie ?...

Ma famille, je suppose, était la poussière qui allait être balayée jusque dans les fours par les Nazis qui utilisaient les chefs juifs comme balais... »


Références :

*"Oral history interview with Rudolf Vrba', World at War TV Series (Un Monde en Guerre, série télévisée), de 1972. Première partie. Passages de 32/45 minutes).

*Dr. Rudolf Vrba, Daily Herald, février 1961 (tiré du livre de Ben Hecht, Perfidy - publié en 1962 - p. 231).

*Dr. Rudolf Vrba, I Escaped from Auschwitz (Je me suis évadé d'Auschwitz) [2002], pp. 281-2.
[Les opinions de Rudolf Vrba étaient toujours sujets à controverse, mais même les journaux sionistes tels que le 'Jewish News', (15/12/16) et le 'Jerusalem Post', (16/2/17) ont, ces dernières années, publié de sérieuses critiques du rôle de Kastner dans l'Holocauste. Pour en savoir plus sur toute cette controverse, voir : Tony Greenstein, Weekly Worker, (1/6/17) et Ruth Linn, 'Rudolf Vrba and the Auschwitz Reports : Conflicting Historical Interpretations' (2011)].

"L'un des aspects les plus inquiétants de la définition de l'Holocauste par l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste, c'est la suggestion que, si l'on compare la politique israélienne actuelle à celle des Nazis, c'est forcément de l'antisémitisme. Il est vrai que de telles comparaisons sont parfois grossières et sans fondement historique, mais dans la plupart des cas, il semble exagéré de l'attribuer à de l'antisémitisme, même si on n'est pas toujours d'accord avec la conclusion", conclut Chris Knight. (Dulwich et West Norwood CLP : circonscription électorale du Parti travailliste)

(Traduit par Chantal C. pour CAPJPO-EuroPalestine)

Source originelle: labourbriefing.org

Source en français: CAPJPO-EuroPalestine


lundi 19 août 2019

Ce que nous apprend l'incendie de Notre Dame

DERRIERE LE RIDEAU DE FUMEE

Photo de A. Chenet, été 2019


Dans son style ironique (voir ci-après son article dont nous reproduisons le titre sobre et explicite) le grand journaliste international Pepe Escobar prend heureusement de la distance avec la clameur médiatique et politique déclenchée par l’incendie de Notre Dame de Paris et il souligne le danger de l’opération de manipulation de l’opinion en cours.

 En effet, l’émotion sincère de la population ne doit pas cacher :

  1. Que l’Etat a failli en toute connaissance de cause à ses obligations légales Issues de la loi de séparation de l’église et de l’Etat de 1905. 
  2. Que les projets très dangereux et inquiétants de Macron de modifier cette loi ouvrent la porte à la privatisation du patrimoine architectural national.
  3. Que le grand capital et les grandes fortunes françaises (Arnault et Pinault) étaient déjà en embuscade , la promptitude de leur réaction permet de le penser, pour mettre la main sur le pactole et ont donc mis dans l’instant sur la table de ce poker institutionnel 300 millions d’euros face au petit joueur Macron qui est en fait leur compère et perd toujours. (Dans ce jeu truqué l’Etat s’endette et les milliardaires s’enrichissent)
  4. Que le rétablissement de l’ISF (environ 4 milliards par an) qu’Arnault et Pinault sont reconnaissants à Macron  de ne pas payer  aurait permis à l’Etat de remplir cette obligation  de rénovation de Notre Dame de Paris (150 millions d’euros) et bien d’autres.
  5. Qu’il est de la plus extrême urgence que cet argent qui n’est qu’une toute petite partie de l’immense patrimoine  de ces donateurs soit versé dans un fonds public contrôlé par les représentants de la population. Ce fonds devrait s’inspirer du principe qui régit les coopératives : chaque donateur, qu’il ait versé un euro ou 100 000, dispose d’une voix. Dans la république cela s’appelle l’EGALITE.
  6. Que la France soutient et arme l’Arabie Saoudite qui, dans sa guerre meurtrière contre le Yémen, s’emploie à détruire les trésors archéologiques du pays largement présents au patrimoine mondial de l’UNESCO. Comaguer

***

Bamiyan, Babylone, Palmyre, Notre-Dame

Par Pepe Escobar

Publié le 16 avril 2019 Information Clearing House " –

Les Bouddhas de Bamiyan ont été détruits par une secte intolérante prétendant suivre l’Islam. Dans toute l’Asie le bouddhisme a été affligé. L’Occident n’y a guère  prêté attention.

Les ruines restantes de Babylone, et le musée qui y était associé, ont été occupés, pillés et vandalisées par une base des marines US pendant l’opération « Shock and Awe » en 2003. L’Occident n’y a pas prêté attention.

De vastes secteurs  de Palmyre – oasis légendaire sur la route de la soie – ont été détruits par une autre secte intolérante qui prétendait suivre l’Islam avec ses arrières  couverts par  des couches de renseignement occidental. (ndt : il s’agit des arrières au sens militaire  ce qui veut dire que les djihadistes qui n’avaient ni drones ni satellites d’observation recevaient des services de renseignement occidentaux des informations sur les mouvements de l’armée arabe syrienne). L’Occident n’y a pas prêté attention.

En Syrie des dizaines d’églises catholiques et orthodoxes ont été incendiées par la même secte intolérante qui prétendait suivre l’Islam avec ses arrières  sponsorisés et armés, entre autres, par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. L’Occident n’y a prêté aucune attention.

Notre-Dame, qui à bien des égards peut être considérée comme la matrice de l’Occident, s’est partiellement consumée dans un feu théoriquement aveugle.

Surtout le toit : des centaines de poutres en chêne, dont certaines datent du XIIIe siècle. Métaphoriquement, cela pourrait être interprété comme la combustion du toit sur les têtes collectives de l’Ouest.

Mauvais karma? Rien d’autre? 

Revenons maintenant aux aspects concrets.

Notre-Dame de Paris appartient à l’État Français, qui n’a pas beaucoup accordé d’attention à un joyau gothique qui traversa huit siècles.

Des fragments d’arcades, de chimères, de reliefs, de gargouilles tombaient toujours au sol et étaient conservés dans un dépôt improvisé à l’arrière de la cathédrale.

Il a fallu attendre  l’année dernière pour que Notre-Dame obtienne un chèque de 2 millions d’euros pour restaurer la flèche - qui a brûlé et est tombée hier.

Selon le meilleur expert du monde sur Notre-Dame, qui se trouve être un américain, Andrew Tallon, (ndt : décédé récemment cet universitaire avait mis au point un système de scanographie des monuments permettant leur reproduction en 3 D qu’il a appliqué à Notre-Dame de Paris dans sa totalité) la restauration de l’ensemble de la cathédrale aurait coûté 150 millions d’euros,

Récemment, les gardiens de la cathédrale et l’État Français étaient véritablement en guerre. L’État Français gagnait au moins 4 millions d’euros par an, en faisant payer aux touristes l’entrée aux tours mais reversait seulement 2 millions euros pour l’entretien de Notre-Dame. Le recteur de Notre-Dame a refusé de faire payer l’entrée  à la cathédrale – comme cela se produit, par exemple, au Duomo  (NDT la cathédrale) de Milan.

Notre-Dame survit essentiellement grâce aux dons – qui permettent de payer les salaires des 70 employés qui doivent non seulement superviser les masses de touristes, mais aussi organiser huit messes par jour.

La proposition de l’État Français pour alléger cette  charge : organiser une loterie de bienfaisance. Ce qui veut dire : privatiser ce qui est un renoncement à l’engagement et aux  obligations de l’État. (NDT : en application de la loi de 1905)

Alors oui: Sarkozy et Macron, leurs gouvernements entiers sont directement et indirectement responsables de l’incendie.

Maintenant vient l’heure de la Notre-Dame des milliardaires.

Pinault (Gucci, Saint-Laurent) a promis 100 millions euros de sa fortune personnelle pour la restauration. Arnault (Louis Vuitton Moët Hennessy) a doublé, s’engageant à 200 millions euros.

Alors pourquoi ne pas privatiser ce sacré patrimoine  immobilier- dans le style « capitalisme désastre »?

Bienvenue à Notre-Dame, résidence de luxe, hôtel et centre commercial rattaché.


Pepe Escobar est correspondant régulier d’Asia Times. Son dernier livre est 2030.


Source française et Traduction: COMAGUER

vendredi 16 août 2019

Y a-t-il des Gilets Jaunes à Hong Kong?


"Les émeutes à Hong Kong sont sur le point de se terminer.
Les manifestations, qui avaient débuté en juin, étaient dirigées contre une loi qui aurait permis l’extradition des criminels vers Taiwan, Macao et la Chine continentale. La loi a été retirée et les grandes manifestations se sont tues depuis. Il ne reste que quelques milliers d’étudiants qui, comme conseillé dans un éditorial du New York Times, cherchent intentionnellement à provoquer la police par une « violence marginale »." Moon of Alabama

"Au grand dam des néoconservateurs et des impérialistes humanitaires, il n'y aura pas de répression sanglante de la Chine continentale contre les manifestants à Hong Kong - un Tiananmen 2.0. Pourquoi ? Parce que ça n'en vaut pas la peine.
Pékin a clairement identifié la provocation à la révolution de couleur inhérente aux protestations - le NED excellant en tant que programme de la CIA, facilitant l'expansion des cinquièmes colonnes, même dans la fonction publique." Pepe Escobar


Hong Kong Fu Fou

Par où commencer ? Depuis près de quarante semaines, des centaines de milliers de Français descendent dans la rue pour manifester contre le gouvernement du président Emmanuel Macron.
Certains ont perdu des yeux et des mains à cause des interventions de la police. Le public a commencé à considérer l'odeur des gaz lacrymogènes comme une caractéristique normale des week-ends à Paris. La France est à 47 kilomètres des côtes anglaises. Siri vient de me dire que « Hong Kong est à 9643, 189 kilomètres de Londres à vol d'oiseau. »
Le black-out des médias britanniques sur les Gilets jaunes a été si complet que beaucoup pensent, à tort, qu'un décret du gouvernement britannique interdit toute mention des « événements en France ». La vérité, c'est qu'il n'est pas nécessaire d'en avoir un.
Comme un pigeon voyageur à l'envers ou une chauve-souris tout droit sortie de l'enfer, les médias britanniques se sont envolés à tire-d'ailes loin de la France, vers Hong Kong (comme ils l'avaient déjà fait vers Caracas, jusqu'à ce que les belles manifestations se transforment en de manifestations laides [pro-Maduro, NdT].
Il n'y a rien, à part la pointure de leurs chaussures, des manifestants de Hong Kong que je ne connaisse pas grâce au véritable blizzard d'analyses en profondeur des manifestants qui s'y trouvent et de leurs demandes.
Pendant ce temps, des manifestants en Arabie Saoudite et au Bahreïn peuvent bien être exécutés [ou des Gilets jaunes français éborgnés, NdT], on ne nous dira jamais même leur nom.
Et l'hypocrisie des médias n'est que le début.
…/...
Les Britanniques nous disent que Hong Kong veut la démocratie, mais personne ne dit jamais qu'en un siècle et demi de règne britannique à Hong Kong, la population n'a jamais eu droit à la moindre démocratie de quelque sorte que ce soit.
Ils nous parlent du système judiciaire sans jamais mentionner que même aujourd'hui, les tribunaux « draconiens » de Hong Kong sont encore remplis de juges blancs anglais.
Ils nous parlent des ONG et de la « société civile » sans nous dire d'où proviennent les livres sterling et les dollars dont les « ONG » en question sont abreuvées.
En fait, ces organisations financées et téléguidées par des fonds étrangers sont des chevaux de Troie qui, dans leur étable, mâchonnent le foin fourni par les Britanniques et les Américains jusqu'à ce qu'on leur dise de galoper. Et aujourd'hui, ils galopent.
C'est le Hong Kong Fou Fou ! Aucun autre pays au monde n'aurait fait preuve d'autant d'indulgence face au sabotage de l'économie nationale par des émeutes commanditées par l'étranger que la Chine. Si, dans les jours à venir, la patience de la Chine s'épuise, pour la grande majorité des citoyens chinois, y compris ceux de Hong Kong, ce ne sera pas une minute trop tôt.
La Chine a signé pour « un pays, deux systèmes » sur son territoire. Elle n'a pas accepté deux pays, deux systèmes. Pas un centimètre de Hong Kong n'appartient à qui que ce soit d'autre que la Chine. L'époque où les pays étrangers pouvaient imposer leur volonté à la Chine est révolue depuis longtemps. George Galloway

Source et traduction   entelekheia.fr
George Galloway a été membre du Parlement britannique pendant presque trente ans. Il présente des émissions de radio et de télévision (y compris sur RT). C'est un célèbre réalisateur, écrivain et tribun.



« Le gouvernement chinois a rejeté les demandes des deux navires d’accoster dans le port de Hongkong », a déclaré Christensen.
Pékin accuse l’Occident et les États-Unis de soutenir les protestataires à Hongkong. Au début du mois, Pékin a demandé aux diplomates américains basés à Hong Kong de "cesser de s'immiscer" dans les affaires de la région, après des informations selon lesquelles ils auraient rencontré des militants « pro-démocrates ». Pars Today

La main dans le sac ! Lorsque la presse chinoise a publié la photo de quatre dirigeants du mouvement de protestation hongkongais en compagnie du chef du département politique du consulat des Etats-Unis, on a senti comme un trou d’air dans la rhétorique anti-Pékin. Difficile, tout-à-coup, de nier l’intervention d’une puissance étrangère – à 15 000 km de ses frontières – dans une crise qui ne la concerne pas. Tenter d’occulter ce qui saute aux yeux est toujours un exercice de haute voltige, et l’on sait la propagande occidentale coutumière de ces acrobaties ! Depuis le début des récents événements de Hong Kong au mois de juin 2019, la narration de ces événements par les officines du monde libre offre un concentré de mauvaise foi et d’inversion des signes qui passionnera certainement les politologues du futur. Multipliant les distorsions de langage, en effet, elle fait passer une affaire intérieure chinoise pour un conflit international, une décolonisation pour une colonisation et l’ingérence étrangère pour une entreprise humanitaire. Bruno Guigue

La Chine est ciblée par une nouvelle tentative de guerre hybride de type révolution colorée dans sa Région Administrative Spéciale de Hong Kong. Cela signifie que l’usage de l’Islamisme politique soutenu par la CIA et Ryad au Xinjiang, une province chinoise à majorité turcophone et musulmane n’a pas abouti et que les question du Tibet et de la mer de Chine orientale ont échoué à faire pression ou ralentir la montée irrésistible d’un pays qui a non seulement réussi à donner à manger à plus d’un milliard de prolétaire mais qui aspire à devenir la première puissance mondiale tout court. Cette éventualité effraie au plus point l’Empire lequel ne laissera aucune option lui échapper des mains.
Enfin au sein de l’Empire se joue actuellement une guerre sourde et tenace entre deux factions ennemies et résolues à se neutraliser. Ces factions dépassent largement les cadres nationaux et se superposent à des alliances historiques. La guerre fait rage aux Etats-Unis mais également chez leurs vassaux européens. Ces derniers soutiennent tous une faction US contre l’autre. C’est à ce moment précis qu’éclate l’affaire Epstein, provoquant l’un des plus grands scandales de l’histoire contemporaine. L’Empire a besoin d’une guerre car s’il continue ainsi il succombera à la tentation des révolutions de couleur sur son propre territoire.
Strategika 51


Révolution colorée à Hong-Kong (*certains manifestants étaient armés jusqu’aux dents, armes à feu et toutes sortes de couteaux et poignards, lance grenades, etc.), le faux roi républicain français ose tout, et surtout il ose donner des leçons de démocratie (à la macron bien entendu) et/ou de maintien de l’ordre au gouvernement chinois! Un comble!.../... quand on pense qu’ici en France, dès qu’un Gilet jaune était porteur de lunettes de plongée ou d’une simple paire de ciseaux à bout arrondi, il avait droit au mieux à une garde à vue prolongée, au pire à une comparution directe, et dans tous les cas, après s’être copieusement fait tabasser par la milice de macron-castaner-philippe-belloubet, et que ces paltoquets osent la ramener au sujet de la gestion du maintien de l’ordre par la police chinoise à Hong-Kong! Ils-elle feraient bien de fermer définitivement leurs gueules…( j’ai oublié dans l’inventaire des “armes” par destination, d’évoquer les masques en papier… en comparaison des armes détenues par les manifestants soi-disant chinois, sortis tout droit des officines d’agents spéciaux au service de l’Occident (ainsi que celles détenues par la milice macronienne, qui ont tué et/ou mutilé des centaines de manifestants pacifiques en France) c’est d’une mesquinerie.)
Sergio, un lecteur de Strategika51
https://strategika51.org/

Explications sur:

- Pars Today
- Réseau International
- Strategika 51




"Les trente incarcérations et les vingt condamnations qu’a connues la Chine en 2017 sont à comparer, par exemple, avec la répression qui frappe les Gilets Jaunes depuis novembre 2018. Avec 8 500 arrestations, 1 800 condamnations pénales, 200 incarcérations et 110 blessés graves dont 19 personnes énuclées, le bilan de la répression policière et judiciaire qui s’est abattue sur ce mouvement populaire est impressionnant.
La population chinoise représentant vingt fois celle de la France, il suffit d’appliquer ce ratio pour avoir une idée de ce que donnerait la répression d’un mouvement analogue en Chine : des dizaines de milliers d’arrestations, 36 000 condamnations pénales et 2 000 blessés graves. Avec les chiffres fournis par Amnesty international, on en est très loin ! La France se targue d’être une «démocratie» et fait la leçon aux Chinois, mais on y arrête des milliers de manifestants, on en mutile des dizaines et les tribunaux envoient en prison des centaines de personnes." Bruno Guigue


Obtenir le consentement préalable des peuples avant toute intervention musclée contre l’ennemi chinois

par Guillaume Suing


Le processus par étapes de la rétrocession complète de l’ancienne colonie anglaise Hong Kong à la Chine (étape « d’autonomie » au sein de la Chine depuis 1997, avant intégration totale en 2047) est un processus tourmenté comme tout processus de décolonisation, chaque force tirant dans un sens opposé, la bourgeoisie hongkongaise appuyée par l’impérialisme refusant de facto l’évolution à terme de l’intégration pleine et entière de Hong Kong à la Chine.

Cela a provoqué ces dernières semaines un mouvement objectivement néocolonial dans la ville, qui prend de plus en plus les allures d’une « révolution colorée » comme nous en avons connues en Europe de l’Est, en Syrie et ailleurs, avant qu’on y déclenche des « guerres humanitaires », directement ou sous faux-drapeau.

Les manifestants pensent (ou feignent de) se battre pour sauvegarder leur « autonomie hongkongaise » (temporaire) issue de l’accord anglo-chinois Thatcher-Deng Xiaoping de 1984 prévoyant la rétrocession de Hong Kong à la Chine par l’impérialisme britannique en 1997, mais ce faisant ils se battent en réalité pour leur soumission à terme à l’impérialisme en général, et en particulier à l’impérialisme le plus fort, l’impérialisme US. Tel est le fond de la lutte en cours.

La ville de Hong Kong était autrefois l’un des si prometteurs « dragons capitalistes » sous perfusion financière en marge du camp socialiste. Le désarroi économique et politique qu’éprouve aujourd’hui la bourgeoisie hongkongaise annonce la fin progressive de son rôle de tête de pont pro-impérialiste consécutive à la croissance et aux progrès incontestables de la République Populaire de Chine. C’est à l’évidence le terreau d’un mécontentement instrumentalisé par le front impérialiste des « installateurs de démocratie ». Hong Kong, Taïwan, le Tibet et le Xinjiang sont des territoires que les impérialistes ne cessent de lorgner pour affaiblir et désagréger la Chine Populaire.
  
Depuis des années, ils n’ont pas de mots assez forts pour nous dépeindre le « totalitarisme » chinois : Bien des villes chinoises dépassent maintenant de loin Hong Kong, dont le rayonnement dans la région est en chute libre, et les occidentaux ne peuvent l’admettre sans réagir.

Evidemment, rien n’est rappelé dans la presse occidentale du contexte de cette légitime rétrocession programmée par étapes à la Chine (et dans lequel s’inscrit le projet de loi sur l’extradition des criminels qui a été l’objet ses premières manifestations), et le gel du projet de loi, qui a fortement limité la contestation, n’a évidemment pas suffi à calmer des manifestants de plus en plus « couverts » par nos télévisions, comme s’il s’agissait d’une répression sanglante.

Nous reconnaissons les méthodes utilisées ailleurs et notamment au Venezuela, pour multiplier les actes de vandalisme, les provocations, comme autant de marques d’un mouvement uniquement destiné désormais à montrer des images de « révoltes populaires durement réprimées par le régime chinois. » C’est ainsi que les puissances impérialistes cherchent systématiquement depuis des années à obtenir notre consentement préalable avant des interventions plus musclées contre le grand et « menaçant » ennemi chinois.

Répression ? N’est-ce pas un comble pour le « régime » français, si notoirement menteur, agressif, brutal, assassin des derniers mois, de « dénoncer » ainsi le traitement du conflit par Pékin ? Comment un tel « régime », si mal élu, si peu démocratique, qui a passé son temps à nous salir, nous insulter, nous calomnier dans le mouvement social des gilets jaunes, peut-il croire que nous tomberons dans le panneau ?

Comment une presse qui a couvert tant de mensonges éhontés par le passé pour étouffer voire criminaliser nos manifestations anti-guerre, avant la mise à sac barbare de la Libye, comme en Irak et en Syrie, peut-elle avoir encore une crédibilité ?

La prudence vis-à-vis des médiamensonges nous est maintenant cruciale. Elle est en soi un enjeu contre les visées guerrières des impérialistes, dont la France, contre les puissances émergentes qui leur soustraient chaque année de nouveaux « marchés », à commencer par leurs anciennes colonies en Afrique. Et si la stratégie du chaos a fonctionné sur le tracé des oléoducs du Proche-Orient ces dernières années, elle va sans aucun doute se poursuivre, du moins l’espère t-on à Washington et à Paris, en Asie pour couper les nouvelles « routes de la soie » qui sapent les pré-carrés de l’impérialisme autour du Pacifique et de l’Océan Indien.

Ne soyons pas dupes et refusons leur propagande de guerre : elle témoigne de la dégénérescence des systèmes capitalistes en crise que nous subissons de plus en plus difficilement, et leur soif intarissable de domination sur tous les continents !

Guillaume SUING


mardi 13 août 2019

Manuel de Diéguez le philosophe bâtisseur d'humanité


Manuel de Diéguez, philosophe ami des poètes est mort le 8 août 2019 à l'âge vénérable de 97 ans. Il ne recevra assurément pas l'hommage national réservé aux idoles d'une époque à peu près décérébrée par le cirque médiatique. D'ailleurs qui lit aujourd'hui ce visionnaire d'une culture considérable dont les intuitions de génie sont encore à peine comprises?



"Pressentir le non-savoir (…), c'est montrer comment l'interrogation précède toute raison : nos sciences sont, sans exception, humaines : sans quoi, elles ne seraient pas. " Manuel de Diéguez



"Pour parler, nous devons voir la mort, la voir derrière nous" Maurice Blanchot








à Madame Aline de Diéguez

L'humanité se forge des dieux à son image nous enseigne Manuel de Diéguez mais il disait aussi que “Les chercheurs lancés sur la piste de l'homme savent que, depuis vingt-cinq siècles, la civilisation mondiale n'a jamais progressé que par la médiation des buveurs de ciguë et qu'il n'y a pas de progrès des savoirs sans martyrs. Les vraies victoires de la pensée sont les fruits d'une " résistance " qui vous vaut la corde et le gibet du seul fait que toute philosophie non critique n'en est pas une.

Pour ce philosophe atypique et rebelle penser signifiait “établir sa demeure dans l'infini”. “Spectographe de la vérité”; penseur impénitent, doté d'un humour fracassant nos misérables croyances de singes “lexicalisés”, il n'aura eu de cesse de s'interroger sur les dérives oniriques de notre civilisation aliénée en observant “l'échouage entre notre animalité et notre humanité à venir” - échouage entre silence et folie, savoir et rêve. Comment se connaître dans l'inconnaissable si “ la vitesse de la lumière cherche en vain les limites de l'espace où l'infini se moque de la lenteur de ses photons”? Si “Toute la science expérimentale se trouve donc condamnée à reconnaître à son tour que les faits réels et constants sont aussi silencieux de naissance que les faits imaginaires des théologiens” “A quelle allégorie de l'humanité une législation mythique du cosmos renvoyait-elle l'expérimentateur?”

Il aura été de manière extraordinairement originale, un peu à la façon des maîtres du T'chan, l'un de ces éclaireurs que l'essayiste anarchiste Lukas Stella appelle des “inventeurs d'incroyances” en reliant avec des passerelles vertigineuses les différents domaines de la connaissance. La stupéfaction, l'étonnement, le ravissement ne sont-elles les portes de la lucidité toujours en devenir? Le “silence fécond” de l'univers a encore beaucoup à nous apprendre. Je lui souhaite un beau voyage.

André Chenet



Le site officiel de Manuel de Diéguez : www.dieguez-philosophe.com





Il est des livres qui dispensent une pensée toute faite et d'autres, beaucoup plus rares, qui stimulent le lecteur et l'incitent à penser par lui-même : tels sont ceux de Manuel de Diéguez, philosophe exigeant, solitaire et résolument non conformiste.
/...
Si j'ajoute que Manuel de Diéguez est un merveilleux écrivain, qui sait rompre le tissu de sa dissertation par la fantaisie d'un dialogue ou d'un pastiche, alors on comprend pourquoi je vois en lui l'homme d'une lucidité prophétique - ce qui est, peut être, à notre époque, la qualité la moins répandue qui soit.Christian Delacampagne


Manuel est mort...

Par Aline de Dieguez


Manuel est mort, j’ai peine à le croire tellement il me semblait indestructible.

Manuel de Diéguez s’est éteint le 8 août 2019  trahi par son corps, mais le cerveau est demeuré lucide presque jusqu’à la fin. A partir du moment où il a , m’a-t-il avoué,  « senti une odeur de fin de vie », il s’est lucidement et sereinement préparé au départ non sans avoir remercié au préalable son fidèle médecin et ami, le Dr Ange-Marie Limal.

Pour Manuel de Diéguez, la philosophie n’était pas une discipline parmi d’autres. C’était une vocation spirituelle, un engagement total dans une recherche sur les mystères du fonctionnement du cerveau, extraordinaire machine programmée en vue de trouver un sens à l’inconnaissable. Il éprouvait une véritable souffrance devant les désordres d’un monde dans lequel la raison ordinaire s’épanouit si aisément.

Il a conçu une anthropologie philosophique globale, qui lui a permis de tenter de jeter des ponts entre des savoirs qui passent pour étrangers les uns aux autres. Quel rapport y a-t-il entre le génie littéraire, la physique mathématique, la notion d’intelligibilité dont les sciences de la nature se réclament, la relativité d’Einstein, les chemins de l’anthropologie ouverts par Darwin et la spectrographie des idoles cérébrales dont les idéologies religieuses renaissantes et  la science politique auront besoin ? Ce gigantesque travail est concentré dans deux monuments inédits, une Méthode pour une anthropologie historique en 6 volumes intitulée Penser l’imaginaire et un Mémorial de la philosophie, en 4 tomes qui constituent une réécriture entière du destin de la raison occidentale du point de vue de la notion-clé d’intelligibilité. Qu’est-ce que comprendre aura été son obsession permanente. C’est pourquoi il s’est attaché à tenter de décrypter avec une obstination que rien ne décourageait, la vie onirique de l’humanité .

Pour ce faire et dans les coulisses de la métaphysique, il s’est mis à l’écoute des véritables penseurs, les philosophes et psychanalystes du fonctionnement du cerveau qu’étaient Kafka, Shakespeare, Cervantès, Swift, Rabelais, saint Ignace de Loyola, Luther, Bernanos, Nietzsche, etc. Ces colosses de la vision étaient à ses yeux les véritables géants et les véritables visionnaires de la condition humaine.

L’interrogation sur l’assise de toute croyance et de toute philosophie demeure  donc le mythe de l’intelligibilité de l’univers qui trace son sillon dans la cervelle d’une espèce demeurée à l’état embryonnaire, mais en chemin, dont les hommes de génie illustrent les tentatives désespérées et souvent avortées de s’évader de la cage dans laquelle leur inachèvement les confine. Son ouvrage La Caverne, ( 1078 pages, Gallimard, Bibliothèque des Idées) illustre le cheminement  initiatique d’une sortie de la caverne des illusions. C’est ce mythe des fausses intelligibilités du monde qu’il a traqué dans toute son œuvre par une réécriture du destin de la raison occidentale du point de vue de la notion-clé d’ intelligibilité.  Qu’est-ce que comprendre fut son obsession permanente.

Les religions se sont naturellement trouvées prises dans son filet.  Manuel de Diéguez  était  persuadé qu’une laïcité qui s’imaginerait que l’humanité a simplement fait une erreur à sécréter des idoles religieuses ou politiques et qu’il suffirait de jeter ces idoles à la poubelle pour repartir du bon pied,  cette laïcité-là, affirmait-il avec force, débouchera sur une dramatique impasse. Si l’on ne se demande pas pourquoi les humains éprouvent le besoin de se forger inlassablement des idoles, non seulement ils continueront encore et encore d’en produire, mais les idoles nouvelles seront seulement mieux cachées que les précédentes et elles se laisseront moins aisément déchiffrer. Aussi  s’est-il, par exemple, demandé ce qu’étaient les deux grands mouvements politiques du XXe siècle – le marxisme et  le nazisme –  comme idoles.

A ses yeux, il était erroné de croire que la tragédie actuelle est inédite et que  l’aventure de la pensée commencée cinq siècles avant notre ère serait sans précédent. Les civilisations, disait-il, meurent du dessèchement provoqué par les victoires de la technique et le refus de penser, le refus de porter la réflexion anthropologique sur ce point focal, sur cette aporie fondamentale, quand la performance remplace la pensée et le succès la vérité
.
C’est à cette tragédie inhérente à la condition humaine que  Manuel de Diéguez a patiemment tenté de répondre dans ses ouvrages, depuis 1960, dans les grands articles parus des revues littéraires, politiques ou scientifiques, ainsi  que dans les centaines d’articles publiés depuis 2001 dans son grand site personnel et différents portails sur internet .

***

Présente absence encore et encore : 

Élégie sur la mort du philosophe Manuel de Diéguez…

« Aigle, là-haut,
Là-haut,
Faisant ses adieux à ses cimes,
Car la résidence au-dessus de l’Olympe
Et des sommets
Génère l’ennui.
Adieu
Adieu, poésie de la douleur !
» Mahmoud Darwich


« Oui certes, le temps est riche en étrangeté, Il nous laisse une queue et il tranche notre tête. II nous laisse nos guerriers obscurs et nous frappe en nos héros (…) » gémissait Al-H̠ansā [1], la légendaire poétesse arabe. Le temps est riche en étrangeté et en ironie. Le 9 août 2008 Mahmoud Darwich qui berça notre engagement pour la cause palestinienne disparaissait brusquement après avoir rédigé et prononcé sa propre élégie, «Présente absence ». Ce matin du 8 août 2019, le grand philosophe et penseur Manuel de Diéguez [2] qui berça notre étonnement philosophique sur l’intelligence des évadés de la zoologie, a tiré sa révérence après avoir rédigé et prononcé des années durant une élégie sur notre génération désorientée et soumise. Une élégie sur une France embrumée qui ne s’apercevra que trop tard de la disparition d’un tel visionnaire [3] qui a jalonné, toujours avec son si beau sourire, notre chemin des Platon, Descartes, Kant, Nietzsche, Schopenhauer, Kierkegaard, Heidegger, Jaspers, Spinoza etc.

Saisissement, remémoration et peine profonde, mais cette présente absence d’une âme, d’un cœur, d’un esprit et d’une œuvre apaise notre chagrin et celui de sa dévouée épouse la philosophe Aline de Diéguez.

« Oui certes, le temps est riche en étrangeté. Il nous laisse une queue et il tranche notre tête. ». Dans la « caverne » où je vis, les bougies qui m’éclairent des scléroses et des dégénérescences de la raison s’éteignent l’une après l’autre. Je panique…
Edward Saïd, le 25 septembre 2003 ;
Abdel-Wahab El-Messiri, le 3 juillet 2008 ;
Mahmoud Darwich, le  9 août 2008 ;
Harold Pinter, le 24 décembre 2008 ;
Mahdi Elmandjra, le 13 juin 2014 ;
Manuel de Diéguez, le 8 août 2019.
Mais après la panique et la détresse de l’éternel étonné que je suis, la présente absence du philosophe Manuel de Diéguez et des autres grands penseurs et humanistes, m’apprendra encore à me ressaisir et prier ma prière préférée « je suis, tu es, il est, nous sommes, vous êtes, ils sont. Je pense, donc j’existe. ».

L’idée que j’arrêterai de publier les dernières mises en ligne sur le site du philosophe, un rituel depuis 2004, me brise le cœur …

Adieu cher philosophe, adieu cher ami, « Monsieur Manuel » comme je vous appelais…

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[1] Al-H̠ansā’ est née dans l’antéislam (avant 610) et morte sous le califat de ʿUmar b. al-H̠at̩t̩āb, entre 634 et 644. Célèbre surtout pour ses élégies funèbres à la mémoire de ses deux frères S̩aḫr et Muʿāwiya, tués dans des combats entre leur tribu, les Banū Soulaym, et des tribus rivales.

[2] Écrivain et philosophe né en 1922, Manuel de Diéguez a reçu la médaille gravée par la Monnaie de Paris que l’État français réserve aux auteurs dont il honore l’ensemble de l’œuvre. Manuel de Diéguez a fait ses premiers pas dans l’analyse anthropologique du fonctionnement de l’encéphale humain avec des travaux qui visaient à modifier les méthodes de la critique littéraire en usage dans les années soixante (L’Écrivain et son langage, Gallimard, Rabelais, Seuil, Chateaubriand ou le poète face à l’histoire, Plon, Essai sur l’avenir poétique de Dieu, Plon). C’est avec Science et Nescience (Gallimard, Bibliothèque des Idées) et surtout La Caverne (Gallimard, Bibliothèque des Idées) qu’il a inauguré une recherche proprement philosophique sur l’intelligence des évadés de la zoologie. Après un passage aux PUF (Le mythe rationnel de l’Occident, et L’idole monothéiste), puis chez Fayard (Et l’homme créa son Dieu, Jésus, Une histoire de l’intelligence,) et enfin chez Albin Michel (Le Combat de la raison, Essai sur l’universalité de la France) Manuel de Diéguez se consacre depuis dix ans à élaborer une anthropologie historique fondée sur l’histoire des religions. Les événements du 11 septembre 2001 ont placé ses recherches au cœur de la politique mondiale.

[3] Dont je saluais encore l’œuvre ce  28 octobre 2018 : « Je lisais L’art de gouverner de Han Fei Zi quand le philosophe Manuel de Diéguez a publié son dernier texte il y a deux jours. Un autre soupir intellectuel du philosophe sur une actualité tragique qui certes, ne surprend guère ce grand voyageur de la pensée humaine. Depuis son  Ithaque originelle, il publia, en  mai 1948, à l’âge de vingt-six ans seulement, son ouvrage incontournable: La Barbarie commence seulement. Et heureux qui, comme Manuel de Diéguez, a depuis fait un long beau voyage dans les méandres de la condition, de l’histoire et de la politique humaines. »