jeudi 28 février 2019

Pakistan-Inde: l'épreuve de force




Par Darius Shahtahmaseb
Paru sur RT sous le titre Pakistan-India showdown: What you’re not being told

Une récente attaque terroriste au Cachemire pourrait ouvrir la voie à un conflit majeur entre l’Inde et le Pakistan, alors que l’Inde a commencé à bombarder le territoire pakistanais. Comme toujours, les causes de ces problèmes sont ignorées par les médias.


Le 14 février, l’Inde a été secouée par un attentat-suicide à la bombe qui a eu lieu au Jammu-et-Cachemire. L’attaque a visé un convoi de véhicules de personnel de sécurité, tuant au moins 42 officiers de la Central Reserve Police Force (CRPF), ainsi que le poseur de bombe lui-même.
Un groupe islamiste pakistanais du nom de Jaish-e-Mohammed (JeM) a revendiqué l’attentat. Les principaux objectifs de JeM sont d’annexer le Cachemire, d’imposer la charia au Pakistan et de chasser les forces occidentales d’Afghanistan. Son autre priorité, à terme, est de chasser tous les hindous et les non-musulmans du sous-continent indien.

L’attentat a fait l’objet d’une si mauvaise publicité que le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui s’est finalement mis d’accord sur quelque chose, pour une fois, a accordé le statut de victime du terrorisme à l’Inde et demandé aux États-membres de coopérer activement avec New Delhi pour traduire ses agresseurs en justice.

Après que l’Inde eut fait le serment d’une « réponse brutale » à l’attentat, le Premier ministre pakistanais Imran Khan a autorisé ses militaires à « réagir de manière décisive et complète à toute agression ou aventurisme » de l’Inde. Au cas où les implications de ses propos ne seraient pas claires, ces deux États qui se trouvent actuellement au bord d’une guerre possèdent des armes nucléaires.
Apparemment, malgré cette menace de catastrophe nucléaire, l’Inde a eu la bonne idée d’envoyer des avions chasseurs en territoire pakistanais, afin de participer à ce que le ministère indien des Affaires étrangères a appelé une « action préventive non militaire » contre JeM. L’incursion indienne dans l’espace aérien pakistanais a forcé l’armée de l’air pakistanaise à réagir précipitamment, ce qui a amené les avions indiens à « larguer leur charge à la hâte avant de s’enfuir ».

En fin de compte, l’Inde a prétendu avoir tué un « très grand nombre » de terroristes, de chefs et de jihadistes. Pour tout dire, l’Inde avait prévenu qu’elle était prête à la guerre contre le Pakistan. Elle a également fait pression pour que le Pakistan soit inscrit sur une liste noire de surveillance de la terreur, tout en menaçant d’étrangler les flux d’eau vers le Pakistan, un moyen de pression plus efficace que la force militaire.

Après le raid, le Pakistan a, à juste titre, affirmé son droit à la légitime défense. Mais la légitime défense de quoi – de la souveraineté du Pakistan ou du groupe terroriste JeM ? (Si en fait, l’Inde visait bien les combattants de JeM). C’est exactement ce que le ministère indien des Affaires étrangères a affirmé être la raison de ces attaques : l’inaction du Pakistan dans la lutte contre ses propres terroristes. Et c’est là que le droit international tend à compliquer les choses : il autorise l’usage de la force contre un État souverain si celui-ci est « réticent ou incapable » de s’opposer à des forces intérieures destructrices pour un voisin. Aux yeux de l’Inde, Islamabad ne veut pas ou ne peut pas combattre la menace terroriste à l’intérieur de ses frontières. (De plus, cela permet peut-être à l’Inde de manifester son mécontentement au sujet de l’influence grandissante de sa grande rivale, la Chine, au Pakistan).

Mais d’accord, acceptons la logique de la menace terroriste. Si nous voulons mettre le feu à une poudrière qui commencerait par deux pays dotés de l’arme nucléaire et finirait par s’étendre à l’Iran, à l’Arabie saoudite, aux Émirats Arabes Unis et à la Chine, examinons au moins le contexte de la menace quotidienne d’actes terroristes au Pakistan et en Inde.

En remontant la piste de l’argent

Les États-Unis et leurs alliés entretiennent des relations curieuses avec le Pakistan et le terrorisme depuis des années, comme le savent tous ceux qui connaissent leur histoire. Ce dont ils ne se souviennent peut-être pas, c’est qu’en février 2007, le vice-président de l’époque, Dick Cheney, s’était rendu au Pakistan pour rencontrer le président général Pervez Musharraf. Selon PBS, la campagne secrète contre l’Iran par le groupe terroriste soutenu par les États-Unis connu sous le nom de Jundullah, était l’une des priorités de Cheney.

Quelques mois plus tard, ABC News rapportait que Jundallah, qui est « responsable d’une série de raids meurtriers de guérilla en Iran est secrètement encouragé et conseillé par des officiels américains depuis 2005 ».

Le reportage explique que « les relations des États-Unis avec Jundullah sont organisées de telle sorte que les États-Unis ne fournissent aucun financement au groupe, ce qui nécessiterait un ordre présidentiel officiel, ainsi qu’un contrôle du Congrès ». Sans même rappeler que l’ancien chef de l’armée pakistanaise, le général à la retraite Mirza Aslam Baig, a également expliqué que « les États-Unis soutiennent le groupe terroriste Jundullah et l’utilisent pour déstabiliser l’Iran ».

D’accord, ainsi les États-Unis ont soutenu le groupe Jundullah au Pakistan contre l’Iran, mais quel est le rapport avec la situation actuelle ? Eh bien, il semble que JeM et d’autres organisations terroristes au Pakistan reçoivent un soutien direct de la part de leurs principaux alliés américains, dont au premier chef l’Arabie Saoudite.

Par exemple, un câble archivé par Wikileaks sur les activités de financement illicites en Afghanistan et au Pakistan, affirme que « persuader les autorités saoudiennes de traiter le financement du terrorisme émanant d’Arabie saoudite comme une priorité stratégique a été un défi permanent « .
« Pourtant », poursuit le câble, « les donateurs saoudiens constituent la principale source de financement des groupes terroristes sunnites dans le monde ».

Il n’est pas surprenant que l’Arabie Saoudite « reste une base de soutien financier essentielle » pour — accrochez-vous — « Al-Qaida, les Taliban, LeT [Lashkar-e-Taiba] et d’autres groupes terroristes ». LeT est une organisation terroriste basée au Pakistan qui se concentre également sur le Jammu-et-Cachemire, où le récent attentat terroriste a eu lieu (ainsi que la réponse initiale de l’Inde). Depuis le début des années 1990, LeT et JeM ont reçu un soutien massif de l’Inter-Services Intelligence (services du renseignement du Pakistan, ISI) du Pakistan. En fait, en 1993, LeT est devenu membre du United Jihad Council (Conseil du djihad unifié), un groupe de coordination pour les islamistes militants opérant au Cachemire et, ce faisant, cette entité a formé une alliance directe avec JeM. En ce qui concerne le département d’État américain, les deux groupes sont presque complètement synonymes.

L’ISI avait lui-même été l’un des principaux bénéficiaires de milliards d’aide américaine, en particulier sous l’administration de George W. Bush. Le câble de Wikileaks montre clairement que les États-Unis étaient bien conscients que des éléments de l’ISI entretenaient des liens avec LeT.
Le câble note également que le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis ont également fourni un appui à LeT et à d’autres groupes terroristes opérant dans la région. Tous ces pays sont des alliés des États-Unis.

De plus, un autre câble publié par Wikileaks a confirmé que l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis ont acheminé de l’argent non seulement à LeT mais aussi directement à JeM, et exposait que :
« Les populations locales estiment que les activités caritatives menées par les organisations Deobandi et Ahl-e-Hadith, notamment Jamaat-ud-Dawa, la Fondation Al-Khidmat et Jaish-e-Mohammed, renforcent encore la dépendance vis-à-vis des groupes extrémistes et minimisent l’importance des dirigeants religieux soufis traditionnellement modérés dans ces communautés. Des sources gouvernementales et non gouvernementales ont affirmé qu’un soutien financier estimé à près de 100 millions de dollars US parvenait chaque année aux clercs de Deobandi et d’Ahl-e-Hadith dans la région de la part d’organisations « missionnaires » et « charitables » islamiques d’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis, avec le soutien direct manifeste de leurs gouvernements ».
L’Arabie Saoudite elle-même a été considérée comme un refuge pour les djihadistes ciblant l’Inde, y compris et surtout LeT. Une enquête a également révélé que l’Arabie Saoudite a acheminé des fonds à des groupes terroristes anti-Indiens par l’intermédiaire de pèlerins du Hadj, et le diplomate a déploré que JeM recherche des recrues potentielles parmi les 150 000 Indiens musulmans qui se rendent à La Mecque chaque année.

Donc, pour résumer : les États-Unis ont une longue histoire bien documentée de soutien à des groupes terroristes pakistanais anti-iraniens sunnites basés en Iran. L’Arabie Saoudite et ses alliés du Golfe ont apporté un soutien financier au LeT, allié direct et opèrant dans la même zone que JeM (également bénéficiaire de financements directs de l’Arabie Saoudite), qui a récemment revendiqué une attaque ayant tué au moins 40 policiers indiens.

Pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre. Je suis peut-être un peu suspicieux, mais c’est peut-être la raison pour laquelle l’Arabie Saoudite a ouvertement assuré à Islamabad qu’il n’avait pas besoin de poursuivre directement JeM, même si les dirigeants du groupe continuent de vivre tout à leur aise au Pakistan.

Et ce dont personne ne semble parler, ce sont les implications de cette lutte géostratégique pour la région. L’Arabie Saoudite veut conquérir le Pakistan, dans une lutte acharnée où Islamabad est central, et, dans ce but, elle s’engage à consacrer 10 milliards de dollars à la construction d’une raffinerie de pétrole dans le projet portuaire de Gwadar, ce qui situera un important projet saoudien à la frontière de l’Iran.

Le plus inquiétant sont les rumeurs persistantes selon lesquelles l’Arabie Saoudite aurait également reçu des armes nucléaires « commandées » au Pakistan. Comme s’il n’était pas assez grave que l’Inde et le Pakistan aient des armes nucléaires alors qu’il échangent des frappes aériennes, penser que ces armes apocalyptiques pourraient un jour finir entre les mains du royaume d’Arabie Saoudite, le pays qui mène actuellement une guerre génocidaire au Yémen, qui soutient des jihadistes dans toute la région, et qui menace constamment d’une guerre avec Téhéran semble purement suicidaire.

Selon les médias israéliens, la récente visite au Pakistan du prince héritier saoudien Mohammed ben Salman (MBS) a renforcé l’inclusion du Pakistan dans l’OTAN arabe anti-Iran. Ces pays se précipiteront-ils à l’aide du Pakistan alors qu’il est pilonné par les avions de chasse indiens ? Ou la diplomatie et le sang-froid finiront-ils par l’emporter ?

Heureusement, nous pouvons faire confiance aux médias pour poser ces questions cruciales et ne pas concentrer toute leur énergie sur encore une autre opération de changement de régime dans un pays riche en pétrole, non ?



Source française et traduction: Entelekheia
Photo chanpath sur Pixabay : Cachemire

mardi 26 février 2019

Les veines ouvertes du Vénézuéla



(Compilation d'articles pour comprendre en profondeur la situation du Vénézuela d'Hugo Chavez sous les bombardements d'une propagande US massive et haineuse entretenue par l'ensemble de l'appareil médiatique hystérique de l'OTAN )


Dessin de Carlos Latuff

Si le larbin de la CIA Guaido et ses suprémacistes blancs s’emparent du pouvoir, ce sera le 68e renversement d’un gouvernement souverain par les États-Unis, pour la plupart , des démocraties.
John Pilger

Un coup d’État soutenu par les États-Unis se solde souvent par de terribles violences et des dizaines de milliers d’innocents tués. C’est un vrai crève-cœur, quel que soit le camp que vous soutenez. Parfois, ça finit par la prise de contrôle d’une junte militaire brutale.Lee Camp



Le concert 'Venezuela Live Aid' financé par Richard Branson n'a rien à voir avec de l'aide humanitaire : The Red Cross and the UN, unequivocally agree, don’t politicize aid. Leave the Venezuelan people alone to exercise their legal right to self determination. Roger Waters
avec vidéo de Roger Waters (en anglais)
"Ça n'a rien à voir avec les besoins des Vénézuéliens, ça n'a rien à avoir avec la démocratie, ça n'a rien à voir avec la liberté"
"Souhaitons-nous vraiment que le Venezuela devienne un autre Irak, une autre Syrie, une autre Libye?" "J'ai des amis à Caracas en ce moment, et pour l'instant, il n'y a pas de guerre civile (...) d'assassinats, ni de présumée dictature, pas de détentions massives, ni d'élimination de la presse (...) même si c'est l'histoire qu'on nous vend" "Laissez au peuple vénézuélien le droit à l'autodétermination" Roger Waters, chanteur et cofondateur de Pink Floyd


Nous confirmons que Peter Gabriel, chanteur et cofondateur du groupe Genesis n'a pas participé à la mascarade du Concert pseudo humanitaire organisé par le milliardaire américain Richard Branson (Le groupe Virgin de Branson contrôle des centaines d’entreprises et rapportent quelques 21 milliards de dollars par an, dont environ cinq milliards de dollars pour Branson lui-même). L'organisation de la Croix Rouge et l'ONU ont refusé de cautionné le “coup d'état” en cours contre le Vénézuéla, un pays souverain et l'ONU a reconnu la légitimité du président vénézuélien Nicolas Maduro.



« l’heure est venue » pour le Venezuela de demander à la Cour Pénale Internationale de mener « une enquête sur les crimes de lèse-humanité commis par les Etats-Unis en imposant des sanctions à son encontre » Alfred De Zayas, expert indépendant de l'ONU pour la Promotion d’un Ordre International Démocratique et Juste





Depuis la frontière vénézuélienne  : du côté colombien, Romain Migus (Grand repoter français en Amérique latine) évoque «une masse de manifestants» et témoigne de la présence de «groupes de choc de l'opposition», dont il affirme qu'il sont à l'origine de jets de projectiles tels que des pierres, des cocktails molotov et «parfois aussi de coups de feu».
Côté vénézuélien, la garde nationale, «l'équivalent de notre gendarmerie» précise-t-il, est positionnée «pour éviter n'importe quel passage par la force». Romain Migus ajoute par ailleurs qu'«un grand nombre de militants chavistes ont répondu à une convocation pour sauver leur patrie».
Dans une vidéo de six minutes, malheureusement saccadée du fait d'une connexion limitée, le journaliste énumère plusieurs éléments de contexte sur la situation en cours.



Photo : Romain Migus
LA BATAILLE POUR LE PONT

La bataille pour le pont Simon Bolivar d'hier a été remporté par les chavistes. Personne n'a violé la souveraineté du pays.
Le chavisme organisé a défendu bec et ongle la patrie Bolivarienne. Le Peuple, des jeunes mais aussi des personnes du troisième âge, chacun dans son rôle. La bataille pour le Pont Simon Bolivar a été âpre et a laissé de nombreux blessés dans les rangs chavistes. Ceux la, vous ne les verrez jamais dans les médias internationaux.
Hier, une journaliste chilienne a été blessé par les 3 déserteurs qui ont fuit le pays dans la matinée en volant 2 blindés légers de la gendarmerie. Vous avez lu un communiqué de Reporters sans frontières ? Une ligne de protestation de ses "confrères" ? Piñera, le président chilien qui se trouve Cúcuta a t il eu un mot pour sa compatriote ? Non Et Non. Les camps sont bien définis, et hier il n'y avait que deux côtés de la tranchée, De la frontière, de la proposition politique.
Aujourd'hui, la journée semble plus calme mais rien n'est joué ! Romain Migus (Reporter français)


Photo: Thierry Deronne


Introduction

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Les prétentions humanitaires de Washington et ses scrupules démocratiques sont absurdes. La crise économique qui ravage le Venezuela est le résultat de la crise économique capitaliste mondiale et de la chute du prix du pétrole, aggravée par les sanctions économiques prises par les États-Unis et la politique pro-capitaliste du régime de Maduro, qui, malgré ses prétentions au «socialisme bolivarien», a continué à rembourser ses emprunts auprès des banques impérialistes et à protéger les intérêts du capital national et international.

Les États-Unis ont promis une aide humanitaire dérisoire de 20 millions de dollars au pays, tandis que l'embargo qu'ils ont imposé le mois dernier à l'industrie pétrolière du pays coûte au Venezuela 30 millions de dollars de recettes chaque jour. Le Wall Street Journal a rapporté vendredi que les stocks de pétrole dans le pays atteignaient leur plus haut niveau en cinq ans à la suite des sanctions imposées en janvier, en raison de la réduction des marchés d'exportation du Venezuela. Les États-Unis cherchent à affamer le pays pour qu'il succombe à un coup d'État américain.

Les États-Unis ont l'intention de renverser le régime de Maduro parce qu'ils veulent s'emparer de l'industrie pétrolière du pays (le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde) et de détruire l'influence croissante de la Chine et de la Russie dans le pays et dans la région afin d'établir une hégémonie américaine débridée sur toute l'Amérique latine.

Récemment, John Bolton a déclaré au Fox News: «Cela fera une énorme différence économique en faveur des États-Unis si nous pourrions faire en sorte que les compagnies pétrolières américaines investissent et produisent les capacités pétrolières au Venezuela.»

Trump a fait du renversement du gouvernement «socialiste» au Venezuela le fer de lance d'une attaque fascisante contre le socialisme. Dans une diatribe lundi dernier devant un auditoire d'exilés vénézuéliens et cubains d'extrême droite et de partisans républicains à Miami, Trump a proclamé «le crépuscule du socialisme dans l'hémisphère occidental [les Amériques]», et a clairement indiqué que le changement de régime dans ce pays était le prélude à d'autres opérations similaires contre le Nicaragua et Cuba.

Mercredi, John Bolton a réitéré cette intention en tweetant: « Comme l'a dit lundi le président Trump, les jours d'Ortega sont comptées et le peuple nicaraguayen sera bientôt libre.»

Bolton et Abrams ont été personnellement et intimement impliqués dans la tentative des États-Unis, dans les années 1980, de fournir des armes à des terroristes tels que les Contras nicaraguayens et les escadrons de la mort salvadoriens, sous couvert de fournir une «aide humanitaire».

Il est fort probable que les avions cargo C-17 de l'armée de l'air américaine que Washington envoie à Cúcuta contiennent des armes et des munitions aux côtés des vivres et des fournitures médicales. Le ministère russe des affaires étrangères, qui a qualifié l'opération «d'aide» de «prétexte commode pour mener une action militaire», a accusé les États-Unis de déployer «des forces spéciales et du matériel près du territoire vénézuélien».
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Barry Grey

Article paru en anglais, WSWS, le 23 février 2019 sur mondialisation.ca



Photo: Thierry Deronne

Le gouvernement bolivarien recommande aux gouvernements de Washington et de Bogota de se concentrer sur la lutte contre la guerre et le trafic de drogue en Colombie et de rester à l'écart des affaires intérieures et souveraines de la République bolivarienne du Venezuela.
El Gobierno Bolivariano recomienda a los Gobiernos Washington y Bogotá que se concentren en la lucha contra las industrias de la guerra y el narcotráfico en Colombia, y se mantengan al margen de los asuntos internos y soberanos de la República Bolivariana de Venezuela



1 -Quiconque croit à toutes ces conneries sur le Venezuela est un putain d’abruti

par Catlin Johnson

Le concert est une pure opération de contrôle narratif, conçue pour faire avancer le mensonge prouvé que le gouvernement vénézuélien exclut toute aide humanitaire pour son peuple, et le mensonge prouvé qu’il a bloqué un pont pour empêcher l’aide de passer, les deux mensonges étant actuellement promus par les médias US de masse, en dépit d’être complètement réfutés. En réalité, le gouvernement vénézuélien a reçu de l’aide humanitaire du monde entier pour aider son peuple, mais pas de l’opération de changement de régime américaine qui est si flagrante que même NPR [radio publique US – NdT] le reconnaît, et le pont sur lequel Branson a posé pour son opération de communication de ’philanthrope milliardaire’ n’a jamais été ouvert à la circulation.

Ils nous mentent à propos du Venezuela. Quiconque a accès aux médias alternatifs a accès au fait qu’ils nous mentent au sujet du Venezuela. Nous le savons de source sûre. Nous savons aussi que le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole de la planète, et que malgré tous ces appels aux impulsions humanitaires de l’empire américain, l’administration Trump s’intéresse ouvertement à contrôler ce pétrole. Nous savons aussi avec certitude que l’interventionnisme américain dans les temps modernes est toujours désastreux, et jamais vraiment humanitaire. Nous savons aussi que le néoconservateur du PNAC, Elliott Abrams, qui est le fer de lance de cette initiative ’d’aide humanitaire’, a déjà utilisé l’aide humanitaire comme couverture pour armer des milices au Nicaragua.
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C’est tout ce que je voulais dire. Je n’ai aucun respect pour ceux qui se joignent à Donald Trump, John Bolton, Elliott Abrams, Benjamin Netanyahu, Jair Bolsonaro, Nancy Pelosi, Joe Biden, Fox News et MSNBC pour faire avaler ce programme, et je me fiche de savoir qui se sent blessé par ma déclaration. Si vous êtes un de mes lecteurs de longue date et que vous soutenez toujours les sanctions de Trump destinées à provoquer la faim, les opérations de la CIA, la formation et la tentative d’installation du vassal américain Juan Guaidó, et la guerre de propagande effrontée contre le peuple américain crédule dans le but de renverser un gouvernement souverain, alors mes écrits n’ont servi à rien et vous n’en avez rien retiré.
…/...
A lire l'intégralité de l'article: ICI



Le sénateur Gustavo Petro, ex-maire de Bogota, ex-candidat à la présidence de la Colombie, et qui n'a jamais ménagé ses critiques vis-à-vis du gouvernement Maduro, s'indigne face au lavage de cerveau :

"Les camions ont été brûlés par les hommes de Guaidó (éphémère "président" du Venezuela nommé par Donald Trump, NdR). Si l'incendie des camions sert de prétexte à une invasion, Duque (actuel président colombien, protégé d'Alvaro Uribe, NdR) et Guaidó passeront à l'Histoire comme instigateurs de la violence sur la base d'un mensonge. Depuis que j'ai commencé à écrire sur le concert, et sur la soi-disant "aide humanitaire", depuis qu'ont été découverts les vrais auteurs de l'incendie des camions, j'ai clairement dit que la stratégie de Duque et de Trump était l'invasion violente. Nous avons vu qu'en Colombie, chaque fois que nos peuples indigènesmanifestent et protestent, on les réprime et on les tue, la même chose se produit pour nos paysans, nos étudiants, nos vendeurs ambulants, pour ceux qui s'opposent, demandent la justice et cherchent des vérités. Si la priorité de Duque avait été la protection de la population civile à la frontière, il n'aurait pas mené cette stupide opération d'agression, concert inclus. A présent le contrôle de la frontière est aux mains des cartels mexicains de la drogue. Nous ne pouvons rester spectateurs, nous devons agir, nous bouger pour la paix. Après son échec, Juan Guaido n'a pas choisi la voie d'un vrai dialogue au Venezuela mais de demander ouvertement une intervention militaire étrangère, sans que lui importent les milliers de compatriotes qui mourraient dans son pays. Je l'invite à ouvrir les portes du dialogue."



Photo: Thierry Deronne



Crise alimentaire au Venezuela? Un journaliste recherche en vain des rayons vides: le journaliste américain Max Blumenthal s’est rendu au Venezuela pour vérifier les informations sur la crise dans le pays où les États-Unis entendent livrer une aide humanitaire, avant de découvrir qu’au moins un supermarché de Caracas n’avait aucun problème d’approvisionnement.
Viande, fromages, produits laitiers, alcool, produits de base… les rayons ne sont pas vides dans l’hypermarché de la chaîne Excelsior Gama à Caracas où le journaliste américain Max Blumenthal a décidé de se rendre pour s’assurer que le Venezuela avait vraiment besoin de l’aide humanitaire américaine.
 Les États-Unis et leurs alliés se servaient de cet envoi d’aide humanitaire pour «détruire l’indépendance et la souveraineté du pays».



Hugo Chavez en 2009


2 - La guerre contre le Venezuela est construite sur le mensonge 

par John Pilger

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Les gens ordinaires considéraient Chavez et son gouvernement comme leurs champions : comme les leurs.


C’était particulièrement vrai pour les indigènes, métis et afro-vénézuéliens, qui avaient été méprisés historiquement par les prédécesseurs immédiats de Chavez et par ceux qui vivent aujourd’hui loin des barrios, dans les demeures et penthouses de Caracas Est, qui se rendent à Miami où se trouvent leurs banques et qui se considèrent comme ’blancs’. Ils sont le noyau dur de ce que les médias appellent ’l’opposition’.

Quand j’ai rencontré cette classe, dans les banlieues appelées Country Club, dans des maisons dotées de lustres accrochés au plafond et de mauvais portraits accrochés aux murs, je les ai reconnus. Il auraient pu être des Sud-Africains blancs, de la petite bourgeoisie de Constantia et de Sandton, piliers des cruautés de l’apartheid.
Les caricaturistes de la presse vénézuélienne, dont la plupart appartiennent à une oligarchie et s’opposent au gouvernement, présentaient Chavez comme un singe. Un animateur de radio l’a qualifié de ’singe’. Dans les universités privées, la monnaie d’échange verbale des enfants des riches est souvent l’insulte raciste envers ceux dont les cabanes sont à peine visibles à travers la pollution.

Bien que la politique identitaire fasse fureur dans les journaux libéraux occidentaux, « Race » et « Classe » sont deux mots presque jamais prononcés dans leur ’couverture’ mensongère de cette dernière tentative ouverte de Washington de s’emparer de la plus grande source de pétrole du monde et de récupérer son ’arrière-cour’.

Malgré tous les défauts des Chavistas - comme le fait d’avoir laissé l’économie vénézuélienne devenir l’otage des fortunes pétrolières et de n’avoir jamais sérieusement contesté le grand capital et la corruption - ils ont apporté la justice sociale et la fierté à des millions de personnes et ils l’ont fait avec une démocratie sans précédent.

Des 92 élections que nous avons surveillées’, a déclaré l’ancien président Jimmy Carter, dont le Carter Centre est un observateur respecté des élections dans le monde, ’je dirais que le processus électoral au Venezuela est le meilleur au monde’. En revanche, le système électoral américain, qui met l’accent sur l’argent de la campagne électorale, ’est l’un des pires’, a déclaré M. Carter.

En étendant le droit de vote à un État populaire parallèle d’autorité communale, basé dans les barrios les plus pauvres, Chavez a décrit la démocratie vénézuélienne comme ’notre version de l’idée de Rousseau de la souveraineté populaire’.

Au Barrio La Linea, dans sa petite cuisine, Béatrice Balazo m’a dit que ses enfants étaient la première génération de pauvres à fréquenter l’école toute la journée et à recevoir un repas chaud et à apprendre la musique, l’art et la danse. « J’ai vu leur confiance s’épanouir comme des fleurs, » dit-elle.

Dans le Barrio La Vega, j’ai écouté une infirmière, Mariella Machado, une femme noire de 45 ans avec un rire impressionnant, s’adresser à un conseil foncier urbain sur des sujets allant des sans-abri à la guerre illégale. Ce jour-là, ils lançaient Mision Madres de Barrio, un programme visant à lutter contre la pauvreté chez les mères célibataires. En vertu de la Constitution, les femmes ont le droit d’être rémunérées en tant que soignantes et peuvent emprunter auprès d’une banque spéciale pour les femmes. Aujourd’hui, les femmes au foyer les plus pauvres reçoivent l’équivalent de 200 $ par mois.

Dans une pièce éclairée par un seul tube fluorescent, j’ai rencontré Ana Lucia Ferandez, 86 ans, et Mavis Mendez, 95 ans. Sonia Alvarez, 33 ans à peine, était venue avec ses deux enfants. Autrefois, aucune d’entre elles ne savait lire et écrire ; aujourd’hui elles étudiaient les mathématiques. Pour la première fois de son histoire, le Venezuela compte près de 100 % d’alphabétisés.
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Depuis la mort de Chavez en 2013, son successeur Nicolas Maduro, alors ministre des Affaires étrangères et vice-président, a cédé son étiquette dérisoire d’’ancien conducteur de bus’ pour devenir dans la presse occidentale la réincarnation de Saddam Hussein. Il n’est certainement pas Chavez ; la chute du prix du pétrole dans une société qui importe presque toute sa nourriture a souvent été confrontée à une incompétence officielle qui a allongé les files d’attente dans les supermarchés et provoqué l’agacement chez trop de Chavistas.
Néanmoins, Maduro a remporté la présidence en 2018 lors d’une élection que les principaux membres de l’opposition avaient exigée, puis boycottée, une tactique qu’ils avaient déjà tentée contre Chavez.

Le boycott a échoué : 9 389 056 personnes ont voté ; seize partis y ont participé et six candidats se sont présentés à la présidence. Maduro a obtenu 6 248 864 voix, soit 67,84 %.
Le jour du scrutin, j’ai parlé à l’un des 150 observateurs électoraux étrangers. ’C’était tout à fait régulier’, a-t-il dit. ’Il n’y a pas eu de fraude, aucune des terribles affirmations des médias ne tient la route. Zéro. Incroyable, vraiment.’

Comme tirée de la scène d’un thé chez les fous dans Alice au Pays des Merveilles, l’administration Trump a présenté Juan Guaido, une création en carton pâte du National Endowment for Democracy de la CIA, comme le "Président légitime du Venezuela". Selon El Nacional, 81 pour cent du peuple vénézuélien n’avait jamais entendu parler de Guaido, qui n’a été élu par personne.

Maduro est "illégitime", dit Trump (qui a gagné la présidence US avec trois millions de voix de moins que son adversaire), un "dictateur", dit Mike Pence, vice-président dont on peut démontrer qu’il n’a pas de scrupules, et John Bolton, conseiller à la "sécurité nationale" (qui m’a demandé lors d’une interview en 2003 : "Dites, vous êtes communiste, peut-être même travailliste ?").

En tant qu’’envoyé spécial au Venezuela" (en clair, préposé aux coups d’état), Trump a nommé un criminel condamné, Elliot Abrams, dont les intrigues au service des présidents Reagan et George W. Bush ont produit le scandale Iran-Contra dans les années 1980 et plongé l’Amérique centrale dans des années de misère meurtrière. Si l’on met Lewis Carroll de côté, on peut dire que ces trois chapeliers fous menaient la parade dans les années 80. Le contexte historique de Trump n’est pas connu.

Pourtant, leurs mensonges sur le Venezuela ont été repris par ceux qui les ont payés pour garder les pendules à l’heure, notamment ceux de réputation libérale.

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En 2006, Channel 4 News a effectivement accusé Chavez de comploter pour fabriquer des armes nucléaires avec l’Iran : un fantasme. Le correspondant de Washington de l’époque, Jonathan Rugman, a permis à un criminel de guerre, Donald Rumsfeld, de comparer Chavez à Hitler, sans être contesté.

Des chercheurs de University of the West of England ont étudié les reportages de la BBC sur le Venezuela sur une période de dix ans. Ils ont examiné 304 articles et ont constaté que seulement trois d’entre eux faisaient référence à l’une ou l’autre des politiques positives du gouvernement. Pour la BBC, le bilan démocratique du Venezuela, la législation sur les droits de l’homme, les programmes alimentaires, les initiatives en matière de santé et la réduction de la pauvreté n’ont pas eu lieu. Le plus grand programme d’alphabétisation de l’histoire de l’humanité n’a pas eu lieu, tout comme les millions de personnes qui défilent en faveur de Maduro et à la mémoire de Chavez n’existent pas.

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi elle n’avait filmé qu’une marche de l’opposition, la journaliste de la BBC Orla Guerin a répondu qu’il était ’trop difficile’ de participer à deux marches dans le même journée.

Une guerre a été déclarée au Venezuela, et la vérité est ’trop difficile’ à raconter.
Il est trop difficile de raconter l’effondrement des prix du pétrole depuis 2014 comme étant en grande partie le résultat des machinations criminelles de Wall Street. Il est trop difficile de qualifier de sabotage le blocage de l’accès du Venezuela au système financier international dominé par les États-Unis. Il est trop difficile de qualifier comme illégales les ’sanctions’ de Washington contre le Venezuela, qui ont causé la perte d’au moins 6 milliards de dollars de revenus au Venezuela depuis 2017, dont 2 milliards de dollars de médicaments importés, ou de qualifier comme acte de piratage le refus de la Banque d’Angleterre de rendre les réserves d’or du Venezuela.

L’ancien rapporteur des Nations Unies, Alfred de Zayas, l’a assimilé à un ’siège médiéval’ destiné à ’mettre le pays à genoux’. C’est une agression criminelle, dit-il. Elle est semblable à celle à laquelle Salvador Allende fut confronté en 1970 lorsque le président Richard Nixon et son équivalent de John Bolton, Henry Kissinger, entreprirent de ’faire hurler l’économie [du Chili]’. La longue nuit noire de Pinochet allait suivre.

Le correspondant du Guardian, Tom Phillips, a tweeté une photo de lui avec une casquette sur laquelle figuraient des mots en espagnol qui signifiaient en argot local : ’Rendez le putain de Venezuela cool à nouveau.’ Un journaliste habillé en clown est peut-être l’étape finale de la dégénérescence du journalisme.

Si le larbin de la CIA, Guaido et ses suprémacistes blancs s’emparent du pouvoir, ce sera le 68e renversement d’un gouvernement souverain par les États-Unis, dont la plupart des démocraties. Une vente au rabais des services publics et des richesses minières du Venezuela suivra certainement, de même que le vol du pétrole du pays, comme l’a souligné John Bolton.

Sous le dernier gouvernement contrôlé par Washington à Caracas, la pauvreté avait atteint des proportions historiques. Il n’y avait pas de soins de santé pour ceux qui ne pouvaient pas payer. Il n’y avait pas d’éducation universelle ; Mavis Mendez, et des millions d’autres comme elle, ne savaient ni lire ni écrire. C’est pas cool, ça, Tom ?


John Pilger



John Pilger est un journaliste primé. Ses articles paraissent dans le monde entier dans des journaux tels que le Guardian, l’Independent, le New York Times, le Los Angeles Times, le Mail & Guardian (Afrique du Sud), Aftonbladet (Suède), Il Manifesto (Italie). Son site Web personnel est www.johnpilger.com.

Traduction "construite sur des mensonges, comme toutes les guerres" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.


Source: Le Grand Soir




3 -Tout le monde s’est laissé prendre aux mensonges sur le Venezuela

Par Lee Camp

Le socialisme, l’abandon du dollar et une abondance de ressources naturelles locales sont les trois crimes qui poussent généralement les États-Unis à renverser un gouvernement étranger.
Et ce sont les raisons pour lesquelles ils commanditent le coup d’État au Venezuela.

Prenons une seconde pour passer en revue les trois grands crimes. Il y a trois critères qui semblent inciter les acariâtres États-Unis à renverser ou à renverser un gouvernement étranger, quel qu’en soit le prix en vies civiles innocentes. (Si le nombre de décès est suffisant, les auteurs sont d’ailleurs souvent nominés au prix Nobel de la paix). Si votre pays remplit l’une des conditions, les États-Unis pourraient vous causer quelques migraines. Si votre pays en remplit deux, les États-Unis vont à coup sûr vous causer des migraines. Si votre pays les remplit toutes les trois, il vaudrait mieux que vous ayez un gros stock d’aspirine pour soulager les migraines que les USA vous causent déjà.

1. Être socialiste.
Cela se passe d’explications. Si vous n’avez pas le même système économique que nous, c’est comme si vous aviez des bonbons et que nous n’ayons pas le droit d’en avoir. Alors nous glissons des lames de rasoir dans les vôtres et nous disons à tout le monde que vos bonbons tuent.

2. Abandonner le dollar américain.
L’Irak a laissé tomber le dollar. Nous l’avons envahi.
La Syrie a laissé tomber le dollar. Nous l’avons envahie.
L’Iran a laissé tomber le dollar. Nous voulons l’envahir.
La Libye avait prévu de laisser tomber le dollar. Nous l’avons envahie.
Le Pakistan a laissé tomber le dollar dans ses échanges commerciaux avec la Chine, et les États-Unis l’ont ajouté à la liste des pays qui violent la liberté religieuse. (Je suppose qu’on pourrait dire qu’ils ont effectivement violé notre religion : le dollar.)
Fondamentalement, nous autres, les USA, n’aimons pas trop les pays qui laissent tomber le dollar.
Dans d’autres informations sans rapport avec ce qui précède, le Venezuela a laissé tomber le dollar.

3. Avoir du pétrole ou d’autres ressources naturelles dont les États-Unis ont besoin.
Au cas où vous voudriez le savoir, le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole du monde. (Mais nous n’avons pas encore vérifié celles du nord du Wyoming, parce que c’est une longue route glaciale sans presque un magasin 7-11).

Ce sont donc les trois raisons RÉELLES pour lesquelles les États-Unis ont fomenté une tentative de coup d’État au Venezuela au cours des dernières semaines. Et en ce moment même, vous tombez dans l’une des deux catégories suivantes. Soit vous vous dites : « Bien sûr que ce sont les raisons. Ce sont les seules raisons pour lesquelles les États-Unis essaient de faire tomber des gouvernements. »
Ou bien, vous avez encore une foi étrange, profondément enracinée en nos médias détenus par Pepsi et l’industrie pharmaceutique, et donc vous vous dites : « Ce n’est pas vrai. Les États-Unis soutiennent l’opposition au Venezuela parce que nous voulons aider ces pauvres gens affamés. » Alors que si c’était vrai, nous ferions des pieds et des mains pour aider des gens affamés et malades dans le monde entier. Au lieu de cela, nous ne cherchons à les aider (bizarrement) que lorsqu’ils ont du pétrole sous les pieds. Et en fait, les données l’ont prouvé. Une étude réalisée il y a quelques années par les universités de Portsmouth, Warwick et Essex a démontré qu’une intervention étrangère dans des conflits civils internes d’un pays est cent fois plus probable si le pays a beaucoup de pétrole que s’il n’en a pas.

Alors, qui fait croire aux Américains moyens que l’engagement des USA au Venezuela vise à aider les gens ? Tous les médias, voilà qui. CHAQUE chaîne de médias grand public en Amérique — de MSNBC à Fox News en passant par NPR et autres. C’est vraiment stupéfiant de voir des soi-disant « libéraux de gauche » marcher au même pas que John Bolton, Elliott Abrams, Donald Trump et tous les néocons vivants en ce moment.

Ces organes se mettent littéralement à écumer en présentant des reportages selon lesquels le peuple vénézuélien est affamé, mais ils évitent à dessein de mentionner qu’en grande partie, les souffrances du Venezuela sont dues aux sanctions américaines. Entendons-nous bien, cela ne veut pas dire que le président du Venezuela, Nicolás Maduro, ait fait un travail remarquable. Mais quoi qu’il en soit, dire qu’il faut les sanctionner pour les aider, c’est comme si quelqu’un tombait à travers une fenêtre en verre et que vous disiez : « Aidons-le ! Commençons par lui arracher les éclats de verre de la peau avec ce tournevis rouillé que j’ai trouvé dans une mine abandonnée ! Puis nous verserons du soda sucré et de l’eau d’égout dans les plaies pour les aider à guérir ! »

Mais c’est comme ça que sont conçues nos sanctions. Elles sont essentiellement et sciemment prévues pour avoir le plus gros impact possible sur les plus pauvres et les classes moyennes, afin de les mettre en colère et les inciter à se rebeller. Il y a plus d’un an, lorsque Rex Tillerson était secrétaire d’État, il avait déclaré publiquement sa satisfaction à propos des sanctions contre la Corée du Nord, qui selon lui, fonctionnaient très bien parce que des cadavres décharnés de pauvres pêcheurs nord-coréens morts de faim avaient été retrouvés sur des plages. (On est perplexe face à la difficulté, parfois, de faire le distinguo entre « l’aide à d’autres pays » et le meurtre de masse.)

Les sanctions ne sont pas des bombes intelligentes. Elles détruisent tout le monde, sauf les riches, qui ont assez d’argent pour ne pas souffrir des sanctions. Maintenant que j’y pense, les sanctions sont un peu comme des bombes intelligentes. On nous dit qu’elles ne vont frapper que les méchants, mais en fait, les « bombes intelligentes » tuent toutes sortes de civils innocents, tout comme les sanctions.
De plus, « l’aide humanitaire » américaine que nous prétendons envoyer n’est pas ce qu’elle paraît. Même NPR a rompu avec son rôle traditionnel de sténographe-stagiaire du Département d’État pour révéler que « l’aide humanitaire » prévue est en fait destinée à fomenter un changement de régime.

…/...

Il y a beaucoup d’autres choses que CNN, MSNBC, Fox News et tous les autres ne veulent pas que vous sachiez sur Juan Guaidó. Par exemple, jusqu’à ce qu’il se proclameprésident, 81% des Vénézuéliens n’avaient jamais entendu parler de lui, selon un sondage mené par la firme vénézuélienne Hinterlaces. Et il n’a remporté son siège à l’assemblée qu’avec 26% des voix. Pour gagner des élections dans n’importe quel pays, il faut en général que plus de 20 % de la population ait entendu parler de vous. Mr Bean est plus connu au Venezuela que Juan Guaidó.

En plus de cela, Guaidó est allé à l’Université George Washington. Comme l’a rapporté The Grayzone Project, « [en 2007] il a déménagé à Washington, D.C., pour s’inscrire au Governance and Political Management Program (Programme de gouvernance et de gestion politique) de l’université George Washington, sous la direction de l’économiste vénézuélien Luis Enrique Berrizbeitia, l’un des principaux économistes néolibéraux d’Amérique latine. Berrizbeitia est un ancien directeur exécutif du Fonds monétaire international. »

Guaidó s’est rendu à l’université GW, a été formé sous la direction de Monsieur FMI, puis nous l’avons déclaré président du Venezuela. C’est comme étudier le karaté, s’entraîner sous la direction d’Henry Kissinger, puis se faire proclamer roi du Japon par les États-Unis.

Mais cela ne s’arrête pas là, selon Grayzone :
« Juan Guaidó est le produit d’un projet vieux d’une décennie supervisé par l’élite des experts ès changement de régime de Washington. Tout en se faisant passer pour un champion de la démocratie, il a passé des années à l’avant-garde d’une violente campagne de déstabilisation. »
En outre, Juan Guaidó a déjà dit qu’il voulait vendre le pétrole vénézuélien à des compagnies étrangères et laisser revenir le FMI, ce qui asphyxierait le pays par la dette.
C’est donc un pion américain qui a été formé par le FMI pour s’emparer du Venezuela et brader ses ressources naturelles. Quel piège. Mais si c’est ce que le peuple vénézuélien veut vraiment, nous devons respecter sa volonté. Les médias grand public nous disent bien que c’est ce que les gens veulent, n’est-ce pas ?

Sauf que ce n’est pas le cas.

« Selon une étude menée au début janvier 2019, 86 % des Vénézuéliens seraient en désaccord avec une intervention militaire internationale », a rapporté Ben Norton de Grayzone le mois dernier. « Et 81% s’opposent aux sanctions américaines, qui ont gravement sapé l’économie du pays. »

Ainsi, d’après le sondage Hinterlaces, la plupart des Vénézuéliens ne connaissaient pas Guaidó jusqu’à récemment. La plupart des Vénézuéliens continuent de soutenir Maduro même s’ils pensent que la corruption au sein du gouvernement a augmenté (que vous aimiez Maduro personnellement ou non n’a pas d’importance), et la plupart des Vénézuéliens ne veulent ni intervention militaire, ni sanctions américaines. Pourtant, CNN, NPR, Fox News, la BBC et tous les autres médias grand public vous feront croire que tout le monde meurt de faim, et prie à genoux pour que les bombes démocratiques américaines pleuvent sur leur pays comme des billets de banque dans un club de strip-tease.

Mais j’ai peut-être tort. Peut-être que ces gens ont vraiment besoin de notre aide, et que l’intervention des États-Unis aura des résultats formidables — exactement comme en Syrie,
et au Yémen,
et en Irak,
et en Iran,
et en Afghanistan,
et au Chili,
et au Honduras,
et à Haïti,
et en Somalie,
et en Libye,
et au Guatemala,
et au Nicaragua,
et en Colombie,
et au Panama,
et à Fraggle Rock,
et sur ces arbres où vivaient les EWOKS !

Maintenant que nous avons une compréhension générale de la situation, revenons à la question du pétrole.

Quand j’ai commencé à écrire ceci, je n’avais pas la preuve que le gouvernement américain voulait le pétrole du Venezuela ; c’était juste une intuition. Un peu comme quand on met un ballon dans la même pièce qu’un porc-épic : on a l’intuition qu’à un moment ou à un autre, il le fera éclater. Mais je n’avais pas lu de citation d’un haut fonctionnaire de l’administration Trump disant : « Nous aimerions prendre leur pétrole. »

Le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton (dit « la moustache tueuse »), s’est dépêché de combler cette lacune. Sur Fox News, il a déclaré clairement : « Cela fera une grande différence pour les États-Unis sur le plan économique si les compagnies pétrolières américaines peuvent investir dans, et produire du pétrole du Venezuela ».

En patois washingtonien, ça veut dire « nous voulons leur pétrole ».

Depuis 20 ans, les USA essaient de détruire le Venezuela, et le gouvernement répète toujours la même rengaine : « Nous voulons aider les gens. Nous nous soucions de leur démocratie. Ils ont une inflation terrible, et c’est pourquoi nous devons les libérer en larguant nos bombes sur leur tête. » Ils ont ressorti ces foutaises sous Bush, Obama et maintenant Trump. Les officiels ne disent jamais simplement : « Oui, ils ont des tonnes de pétrole, et on les veut. »

Et aujourd’hui, enfin, voilà. Les oripeaux d’humanitarisme dont la volonté de domination néolibérale américaine s’entourait ont disparu. (Ironiquement, la fausse moustache a été arrachée pour révéler une moustache encore plus grande.)

Lee Camp

Source: Entelekheia






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Madsen nous signale que nous ne sommes ni au bout de nos surprises avec les affaires tordues des Amériques, ni au bout de la confirmation que cette monstrueuse et orgueilleuse “hyperpuissance” qui se joue du droit et de la légalité avec ses bombes innombrables, est également et fort couramment du genre Pieds-Nickelés.

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