jeudi 26 juillet 2018

La lutte de Pancho Villa:

rendre au monde rural ce qui lui revient

par Telesur


 

Le Mexique célèbre cette année le 140e anniversaire de la naissance de José Doroteo Arango Arámbula, dit Pancho Villa (1878-1923). Article publié par TeleSur le 5 juin 2018.

Il y a 140 ans naissait Francisco Villa. Pauvre, orphelin et paysan, il a su infléchir, non seulement la main du destin, mais aussi l’histoire de son pays.

Lorsqu’il naquit on le nomma José Doroteo Arango Arámbula, mais le Mexique, l’Amérique latine et le monde l’ont connu en tant que Pancho Villa, l’un des leaders de la Révolution mexicaine.
Francisco « Pancho » Villa grandit comme un enfant orphelin paysan. C’est peut-être pour cela qu’il a consacré sa lutte au monde rural, dévouement très valorisé par le monde paysan qui, jusqu’à aujourd’hui, le considère comme l’une de ses plus grandes figures.


Voleur de bétail durant sa jeunesse, il rejoint en 1910, à 32 ans, le Mouvement révolutionnaire Francisco Madero. Il y fait la connaissance d’Abraham González, qui lui enseigne ce qu’on apprend à l’école primaire, ce qui lui change la vie. C’est à partir de ce moment qu’il développe ses idées politiques et théorise.
Il se distingue en tant que chef lors de plusieurs batailles, se fait remarquer par sa révolte, son intelligence et son audace et devient gouverneur de l’État de Chihuahua en 1914.

Durant son mandat, Villa saisit des magasins et remplaça les commerçants sans scrupules par d’honorables administrateurs, il baisse les prix du maïs, des haricots rouges et de la viande, et expulse de cet État nombre d’espagnols accusés de conspirer contre le Mexique.

Il ré-ouvre en outre l’Institut scientifique et littéraire et crée plus de trente écoles dans lesquelles il poursuit ses études primaires.


En décembre de cette même année il s’unit au guérillero Emiliano Zapata, qui allait devenir son grand compagnon, et ensemble ils prennent la ville de Mexico.

En 1916, Pancho Villa est à la tête d’une importante armée d’hommes appelés les « villistes ». Avec eux il attaque le bourg de Columbus, aux États-Unis, unique invasion étrangère sur le territoire états-unien.

« Vive Mexico ! Mort aux gringos ! » est le cri de guerre de Pancho Villa lorsqu’il envahit les terres de la nation voisine.

Francisco Villa entrant aux États-Unis
En représailles le président des États-Unis, Woodrow Wilson, envoie des troupes au Mexique avec l’ordre de capture le révolutionnaire. Pendant 11 mois, 10 000 soldats des États-Unis parcourent les déserts du Chihuahua à sa recherche, mais Villa arrive à se jouer d’eux et ne tombera jamais entre des mains étrangères.

Ainsi passent les années entre triomphes et déroutes, jusqu’à ce qu’il dépose les armes sans toutefois cesser de travailler et lutter pour les plus pauvres. C’est à cette époque qu’il fonde et organise un village organisé de façon communale-coopérative, où il vivra jusqu’à sa mort.

Lorsque Álvaro Obregón arrive à la présidence du Mexique, il décide de faire tuer Villa, craignant qu’il organise un nouveau soulèvement armé.

Assis au centre : Francisco Villa (en uniforme sombre) et Emiliano Zapata (avec un grand chapeau mexicain dans la main)
Le 20 juillet 1923, le révolutionnaire tombe dans une embuscade et meurt assassiné dans le cadre d’un complot entre des généraux mexicains et le gouvernement des États-Unis.
Sa tête était mise à prix pour 5000 dollars de l’époque – la somme était offerte par le journaliste états-unien William Randolph Hearst. Son cadavre fut donc décapité par ses assassins pour encaisser la somme.

Villa et les paysans

Durant son mandat de gouverneur, puis, après avoir déposé les armes, il mit en application ses idées révolutionnaires dans des actions qui changèrent la vie du monde paysan.

Il mit un frein aux abus exercés par les grands propriétaires sur les ouvriers agricoles et fit tomber les groupes qui depuis des années s’agrippaient au pouvoir public.


Il récupéra les terres des grands propriétaires et les distribua aux paysans et aux soldats mexicains. Il arracha aussi des mains de la bourgeoisie les chemins de fer et les mit à la disposition du peuple. Ce furent, pour le monde rural mexicain, les années les plus florissantes.

Lorsque Villa eût déposé les armes il prit la responsabilité d’un énorme terrain de 83 000 hectares. Il y fonda un village où il vécut avec près de 900 de ses hommes et leurs familles.

Il y organisa le travail communal, transforma l’église en entrepôt des productions agricoles, acheta des machines pour travailler la terre, installa des ateliers et construisit des écoles pour les enfants et pour les soldats.

C’était un projet de type communal coopératif, un exemple de ce qu’il voulait pour son pays : éradiquer la faim, développer l’éducation et la solidarité mutuelle et vivre dans un lieu où il n’y ait ni exploiteurs ni exploités. Il est assassiné trois ans après avoir fondé ce village et le projet prend fin après son assassinat.

Le monde paysan aujourd’hui

Elle est déjà bien loin cette époque où les paysans furent des acteurs politiques de premier plan et jouèrent un rôle prépondérant dans la construction de l’État mexicain dans les zones non urbaines.
Pour le Mexique d’aujourd’hui, le secteur rural ne fait pas partie des intérêts actuels de l’État. Les divers gouvernements des dernières décennies privilégient les alliances politico-économiques nationales et transnationales et ne parient pas sur le capital social et politique des secteurs populaires ruraux.

C’est clair, par exemple, durant les gouvernements de De la Madrid et Salinas, qui ont retiré une grande partie des subventions officielles à la production agricole, ainsi que les divers soutiens gouvernementaux aux infrastructures productives, avec l’argument que le monde paysan ne générait plus qu’un petit apport économique au Produit intérieur brut (PIB) à la fin des années 80 et au début des années 90.

Ont disparu ainsi plusieurs programmes publics de soutien et de subvention pour les paysans et autres producteurs agro-pastoraux, comme Conasupo, Banrural et Imcafe, entre autres.
L’article 27 de la constitution a aussi été modifié, mettant fin la redistribution des terres et encourageant la privatisation des terres communales.

Conséquence de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), le monde rural mexicain a subi une détérioration visible des niveaux de productivité et de rentabilité des activités agro-pastorales. Les aliments autrefois récoltés en terres locales, sont désormais importés des États-Unis et du Canada.

L’Université autonome de Zacatecas a calculé qu’en 2012, un peu plus du tiers du maïs consommé dans le pays était importé. Quant aux haricots, plus des 90 % provenaient de l’extérieur.

Ce scénario a augmenté et intensifié la pauvreté, amplifiant le fossé de l’inégalité entre ville et campagne. Cela a provoqué une migration constante et massive vers les zones urbanisées, dépeuplant les campagnes et provoquant le déclin des services sociaux ruraux.

Les zones rurales des États du Chiapas, d’Oaxaca et Guerrero – où vit une importante population rurale et indienne-paysanne – en sont des preuves vivantes. Ce sont les endroits où l’espérance de vie est la plus faible du pays, où les taux de mortalité infantile et maternelle sont les plus hauts, où les niveaux de revenus et le taux de scolarisation sont les plus bas.


Le savais-tu ?

Villa a eu 26 enfants – pour s’en tenir à ceux reconnus légalement – et les a tous pris en charge, il en envoya même certains faire des études à l’étranger.
Francisco Villa pensait que l’alcool était l’un des pires vices de l’être humain, en plus d’être l’une des causes de la misère des pauvres. Ses soldats avaient interdiction de boire.
Pancho Villa était connu comme l’un des meilleurs cavaliers de son temps. On l’appelait pour cette raison « Le Centaure du Nord ».


- Dial – Diffusion de l’information sur l’Amérique latine – D 3462.
- Traduction d’Annie Damidot pour Dial.
- Source (espagnol) : TeleSur, 5 juin 2018.

lundi 23 juillet 2018

dimanche 22 juillet 2018

La révolution syrienne expliquée aux français


Lors de l’entretien que le président Poutine a accordé à son homologue français juste avant la finale de la Coupe du monde de football à Moscou, le 15 juillet 2018, le président Macron a admis que l’Occident avait perdu la guerre contre la Syrie. Il a alors évoqué le souhait de son pays de mener une opération humanitaire en Syrie.
Le détail de l’opération humanitaire jointe a été fixé lors d’une entretien téléphonique entre les deux chefs d’État, le 21 juillet.
Jusqu’ici les actions humanitaires françaises étaient exclusivement destinées aux « rebelles », c’est-à-dire aux habitants des zones contrôlées par les jihadistes.
De nombreux efforts « humanitaires » occidentaux et français en particulier ont servi de couverture à la livraison de matériels militaires ; raison pour laquelle la République arabe syrienne exigeait lorsqu’elle le pouvait de pouvoir perquisitionner ces convois.
Les Forces spéciales françaises ont soutenu les jihadistes durant la totalité de la guerre, à l’exception des trois derniers mois de la présidence Sarkozy.





Les États-Unis et leurs alliés ont intensifié leurs plans pour évacuer des centaines de membres des Casques blancs (Organisation dite humanitaire cooptée par les services secrets occidentaux, NdlR) par et leurs familles du gouvernorat de Quneitra, dans le sud de la Syrie, alors que les forces syriennes continuent de nettoyer la zone des forces antigouvernementales, ont déclaré des responsables étatsuniens à l’Associated Press (AP).
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Les États-Unis ont temporairement gelé 200 millions de dollars de financement pour des programmes de stabilisation impliquant la Syrie plus tôt cette année, alors que le président Trump a parlé de se retirer de la Syrie après la défaite de l’Etat islamique (EI)*, mais ils sont allés de l’avant avec le déblocage de 6,6 millions de dollars pour les Casques blancs le mois dernier.
Damas a publié une critique cinglante de la décision étatsunienne, accusant Washington et ses alliés de soutenir un groupe qui constitue une « incarnation flagrante du soutien des États-Unis, de la France, de la Grande-Bretagne et d’autres États pour divers types de terrorisme dont la Syrie a été témoin depuis 2011″.
Plus tôt, des sources militaires s’adressant à Sputnik Arabic ont averti que leur surveillance du groupe les a amenés à conclure qu’ils pourraient préparer une nouvelle attaque chimique sous faux drapeau au beau milieu de l’avancée de l’armée syrienne.







Le sommet d’Helsinki et l’avenir de la Syrie : Trump est-il un faiseur de paix ?




Il est possible que la libération de la ville de Der’aa par l’Armée Arabe Syrienne marque la fin de la guerre, longue de sept ans, qui a dévasté la Syrie. Der’aa, une ville le long de la frontière libanaise, a été le site des toutes premières premières confrontations violentes entre des groupes armés et la police, le 17 mars 2011. Je visitai la Syrie en avril 2011, et eus l’opportunité d’enquêter sur les événements survenus ce jour-là.

Les médias de l’état syrien ont montré des scènes aériennes de tireurs d’élite tirant dans la foule et sur les policiers. Je découvris que la technique employant des tireurs d’élite embusqués avait également été utilisée en Égypte et en Tunisie, pendant les soulèvements populaires fomentés par la CIA qui s’étaient déroulés sur place. Le Printemps Arabe faisait partie de l’agenda de « démocratisation » du Président George W. Bush pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Le gouvernement US a dépensé des milliards de dollars, à entraîner des jeunes dans des opérations de changement de régime qui allaient coûter la vie à des millions de personnes.

Quand je me suis rendu dans la ville syrienne de Der’aa, les résidents se plaignaient de l’absence de forces de sécurité dans les environs qui ont été investis par des terroristes. Le jour de mon arrivée, une bombe avait détoné dans le centre de la ville. Cette nuit-là, alors que je me promenais dans la ville, il m’a été conseillé de rentrer à mon hôtel car des hommes armés tiraient aveuglément sur les gens dans les rues.

Il y a eu de nombreux rapports de gens subissant des attaques au cours de cérémonies de funérailles. Le traitement médiatique occidental a fait paraître qu’il s’agissait du « régime » d’Assad qui envoyait des tireurs d’élite ouvrir le feu sur des familles de civils assassinés pendant leurs funérailles. Mais la réalité est toute autre ; des tireurs d’élite non-identifiés ont ouvert le feu pendant des funérailles, dans le cadre d’un terrorisme total conçu pour déstabiliser complètement le pays. J’étais déjà familier de ce genre de terrorisme après les troubles en Irlande du Nord. En 1988 Michael Stone, un loyaliste muni d’une arme à feu, tira dans la foule assemblée pour les funérailles de trois volontaires de l’IRA. Au cours du conflit de 30 ans en Irlande du Nord, les services secrets britanniques (Mi-6) ont coopté des terroristes loyalistes contre la population nationaliste. Des attentats sous faux drapeau furent menées par la Force Research Unit (FRU), une organisation terroriste secrète travaillant pour les renseignements britanniques.

Dans son livre « Low-Intensity Operations: Subversion, Insurgency, Peacekeeping » [« Opérations de Basse Intensité : Subversion, Insurrection, Maintien de la Paix », NdT], le Général britannique Frank Kitson explique comment les Britanniques ont développé une nouvelle forme de méthode guerrière contre-insurrectionnelle en Irlande à travers la création de forces auxiliaires. De nombreuses techniques utilisées en Irlande sont devenues des éléments constants de la guerre en Syrie.

Il est important de noter que la guerre contre la Syrie a été finalisée à Londres, deux ans avant le Printemps Arabe. Les renseignements britanniques, qui disposent d’un réservoir impressionnant de piétaille djihadiste, préparaient l’invasion du pays. Il est également indispensable de comprendre que la guerre contre la Syrie était une conséquence directe du Printemps Arabe. Et de fait, celui-ci fait partie intégrante des « soulèvements populaires » si chers à l’establishmentgauchiste petit-bourgeois. Sans le discours de « révolution » et de « soulèvement populaire », il eut été impossible aux agences de renseignements britanniques, étasuniennes, françaises et « israéliennes » de commettre un génocide contre une nation, pour ensuite le reprocher aux gardiens de celle-ci.

En dépit du fait que l’ancienne Secrétaire d’État Condoleezza Rice ait reconnu la responsabilité des USA dans les révoltes du Printemps Arabe, des publications altermondialistes comme Le Monde Diplomatiquese sont mises à calomnier les analystes rappelant ce fait, comme étant des « théoriciens de la conspiration ». De telles publications ont joué un rôle crucial pour berner la Gauche à croire que les guerres en Libye et en Syrie étaient des révolutions progressistes, dirigées par des héros de type Che Guevara. L’année 2011 vit l’émergence officielle de l’alliance islamo-gauchiste, où des activistes de gauche joignirent leurs forces à celles d’al-Qaeda et de la CIA dans une série de guerres brutales néocoloniales.

À cause de l’opposition déclarée de Trump à la destruction de l’Irak et de la Libye, j’ai suggéré que sa présidence puisse être plus porteuse de paix en Syrie que celle proposée par son adversaire néolibérale et belliqueuse à l’extrême, Hillary Clinton. C’est une opinion également partagée par le Président Bachar al-Assad. Trump a dit qu’il entend se retirer de Syrie. Il pense que la guerre n’a pas été à l’avantage des USA et de leurs intérêts dans la région. Toutefois, à chaque fois que Trump a essayé de se désengager de Syrie, des attentats sous faux drapeau ont été perpétrés par « l’opposition » et leurs agences de soutien occidentales, contraignant l’administration Trump a « prendre des mesures » en lançant des campagnes de bombardement unilatérales, conçues pour apaiser l’establishment néolibéral.

Depuis sa prise de fonctions en 2016 le Président Trump s’est retiré des Accords de Paris sur le Climat, et de l’UNESCO ; il a resserré la sécurité aux frontières ; il a contraint les multinationales à se relocaliser aux USA ; il a entamé des pourparlers de paix en Corée ; il a réduit le chômage parmi les minorités raciales et indigènes des USA, et a commencé à démanteler l’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord (OTAN). Il a nommé des Juges dans l’administration judiciaire US qui sont hostiles à l’agenda LGBTQP et à l’avortement. Ce sont toutes des réalisations importantes, des victoires cruciales contre la mondialisation et ses valeurs délétères.

Le Sommet de Helsinki représente clairement un tournant dans la politique étrangère US. Après des mois de propagande anti-russe intense orchestrée par les renseignements britanniques avec de fausses attaques chimiques comme dans la notoire « affaire Skripal », le Président Trump s’est refusé à mentionner les prétendus « crimes » de la Russie. J’avais dit en 2016 que Trump représentait une possibilité de détenteavec la Russie, et peut-être de désescalade de la politique étrangère US de déstabilisation et de stratégie du chaos. Bien que Trump se soit retiré de l’accord nucléaire iranien, son rapprochement avec la Russie rend plus probable un accord futur avec Téhéran.

Ces observateurs qui ont décrit Trump comme fasciste, et critiqué mon soutien conditionnel de sa victoire présidentielle, ont dorénavant l’air bien niais. Ils ont totalement lu de travers les conditions concrètes qui alimentent la politique étrangère de Trump. Trump est clairement en opposition aux néoconservateurs présents dans les agences de renseignements. Ses actes, depuis sa prise de fonctions, ont radicalement sapé l’élan d’établissement d’un nouvel ordre mondial unipolaire.
Pendant 7 ans, le public occidental a été contraint de voir dans le Président Poutine un soutien envers le « dictateur génocidaire », Bachar al-Assad de Syrie. Des attentats chimiques sous faux drapeau ont régulièrement été perpétrées par des terroristes appuyés par l’Occident et imputées au Président syrien. Mais au bout de sept années de propagande de guerre, les mondialistes ont eu besoin de porter les choses une étape plus loin : la Russie, ont-ils affirmé, s’est elle aussi livrée à des attaques chimiques contre ses ennemis dans les pays occidentaux. L’objectif de la propagande anti-russe était de criminaliser complètement le gouvernement russe, rendant ainsi le dialogue US/Russie impossible.

Donald Trump a démoli avec succès l’ensemble de cette campagne de propagande. Le conflit entre un État Profond lié aux agences les plus impitoyables du capitalisme financier et la résurgence de l’état-nation sous Trump est désormais plus évidente que jamais. En ce qui concerne la nation syrienne, existe maintenant une réelle perspective de paix. L’un des aspects les plus importants du Sommet de Helsinki, c’est que la mention de la sécurité d’ « Israël » comme thème essentiel pour ramener la paix en Syrie équivaut à reconnaître que l’avancement des intérêts stratégiques « israéliens » était en fait la raison principale de la guerre contre la Syrie. La victoire d’Assad en Syrie a ruiné les plans d’hégémonie d’ « Israël » dans la région. Le Premier Ministre « israélien » Benjamin Netanyahou déclare désormais qu’il acceptera une Syrie dirigée par Bachar al-Assad. La guerre « israélienne » [par procuration] a échoué.

Je ne me fais pas d’illusions sur Donald Trump ; c’est un camelot, un brigand et un impérialiste impitoyable. Mais en tant qu’Homme d’État il s’est révélé rationnel, pragmatique et créatif. Le Sommet de Helsinki a fait progresser la cause de la paix, de la diplomatie et des forces populistes à travers le monde.
Gearóid Ó Colmáin

Article original en anglais :
Source: The Helsinki Summit and Future of Syria: Is Trump a Peacemaker?, gearoidocolmain.org, le 18 juillet 2018

Traduction : Lawrence Desforges pour Global Presse


vendredi 20 juillet 2018

Henry Miller le Voyant


En se concentrant sur l'individu, la psychologie a négligé le problème de la folie de masse, qui a maintenant submergé l'establishment américain, ses médias et la plupart de ses filiales européennes. Les individus peuvent être sains d'esprit, mais en tant que troupeau, ils sont prêts à sauter de la falaise.Diana Johnstone




Le cauchemar climatisé d’Henry Miller, qui concernait d’abord l’embrigadement des esprits, l’uniformisation des comportements, cet espèce d’univers policier recouvert d’une communication de narrative en forme de conte d’une fée médiocre en constant développement, est devenu un hyper-cauchemar ; d’une part, hyper-cauchemar avec l’aspect économique de l’inégalité et de la modernisation effrénée des conditions de déshumanisation ; d’autre part, hyper-cauchemar qui n’est “même plus climatisé” tant les conditions économiques sont objectivement en cours d’effondrement accéléré.
Du temps de Miller, il fallait des caractères aussi fins et affirmés que celui de  l’écrivain pour percevoir la vérité catastrophique de l’Amérique qui trompait encore son monde. Aujourd’hui, il suffit d’additionner les faits et chiffres de la catastrophe accomplie de l’Amérique pour comprendre qu'elle détruit le monde en se détruisant ; faits et chiffres que le système de la communication ne peut plus dissimuler même si les services de la narrative-Système s’emploient à leur faire le moins de publicité possible.
Miller écrivit son livre en 1941 après avoir passé plusieurs mois à faire un tour des USA qu’il avait quittés depuis plusieurs années pour son long séjour parisien. Son éditeur le convainquit d’attendre la fin de la guerre pour le publier (cela fut fait en 1945) car il estimait que Miller risquait gros, même de la part des autorités par divers artifices légaux qui aurait pu menacer sa liberté, en publiant un tel livre, dans l’Amérique de la Deuxième Guerre mondiale. A cette époque précise des années de guerre, où l’on internait 100 000 Américains d’origine japonaise simplement parce qu’ils étaient d’origine japonaise, le patriotisme impératif exigeait de ne pas mettre en cause, en aucune façon, le “modèle américain”, l’American Dream qui constituait l’arme la plus puissante de la guerre de la communication où triomphait l’Amérique, et qui lui permettrait d’établir son empire d’influence sur le monde, dès que cette puissance se serait mise en ordre de bataille pour prendre en main les destinées du monde, “opérationnellement”à partir de 1948.
Aujourd’hui, cette sorte de censure quasiment formellen’existe plus (par nécessité économique de faire circuler la production et l’argent, que tout facteur de censure formelle entrave)... Même si toutes les organisations-Système luttent avec une férocité inouïe contre la propagation de telles vérités, même si des pressions et des actes illégaux, des diffamations, du lynch de communication, voire des liquidations illégales, etc., ont lieu quotidiennement dans le bataille de l’antiSystème contre le Système, sur le fond, y compris dans le domaine factuel, le Système épuisé et envertigé  par le développement de sa surpuissance-autodestruction n’a plus la capacité de dissimuler sans parler de détruire les signes multiples de la situation épouvantable dans laquelle il a plongé l’Amérique.

Lire l'article dans son intégralité sur: dedefensa.org




Ce n'est pas un monde où j'ai envie de vivre. C'est un monde fait pour des monomaniaques obsédés par l'idée de progrès... mais d'un faux progrès qui pue. (...) Le rêveur aux songeries non utilitaires n'a pas sa place dans ce monde. En est banni tout ce qui n'est pas fait pour être acheté et vendu.
Henry Miller, in “Le cauchemar climatisé








L’individualisme comme facteur de risque

Par Dmitry Orlov


Les États-Unis attirent beaucoup de monde. En 2017, un million et demi de personnes ont immigré aux États-Unis, la plupart en provenance d’Inde, de Chine, du Mexique, de Cuba et des Philippines, dans cet ordre. Malgré une infrastructure désuète, un système éducatif défaillant qui se classe au 17e rang mondial, un système médical coûteux et inefficace, un système juridique qui est un labyrinthe impénétrable et de nombreux autres problèmes et insuffisances, les États-Unis sont toujours perçus comme attrayants, pas de manière générale mais pour un but précis : avoir une chance de gagner de l’argent. Dans une large mesure, à ce jour, le reste des pays du monde ont largement entamé leur part de richesse, laissant peu de gras à saisir facilement. Mais aux États-Unis, ces échecs mêmes offrent des occasions aux opportunistes nés à l’étranger.

Il y a actuellement près de 44 millions d’immigrants de première génération aux États-Unis, mais en tenant compte de toute l’immigration depuis le début de la colonisation européenne, 98% de la population est composée d’immigrants et de leurs descendants, et, sauf exceptions spécifiques (les Irlandais fuyant la famine, les juifs fuyant l’Holocauste), ils étaient tous des opportunistes qui sont venus pour tenter de saisir leur chance.

Ces groupes d’immigrants se regroupaient au début, lors de leur installation, de façon à former des communautés ethniques. Mais dans la plupart des cas, sauf quelques exceptions notables (les juifs, les Arméniens, les Italiens, etc.), au fil du temps la plupart d’entre eux se sont dispersés et sont devenus “américanisés” notamment par la voie de mariages mixtes et ethniquement dénaturés. De toute évidence, les occasions qu’ils se sont créées sont en général individuelles et nullement le produit de solidarité de groupes ethniques ; ceux qui vivent encore dans des enclaves ethniques, génération après génération, sont ceux qui ont le moins réussi. Ce processus a abouti à un pays extrêmement riche en individualistes opportunistes.

L’individualisme en tant que principe primordial est inscrit dans le document fondateur du pays – la Déclaration d’Indépendance, qui stipule que « tous les hommes sont créés égaux, qu’ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, parmi lesquels la Vie, la Liberté et la Poursuite du bonheur ». Bien sûr, certaines mises en garde doivent aussitôt être présentées. Ce qui était entendu par “tous les hommes” était “tous les gentlemen propriétaires blancs”. Un droit essentiel a été omis, celui de posséder des biens, y compris des esclaves, peut-être parce que cela semblait trop évident pour être mentionné dans la définition de “tous les hommes” qui sont “créés égaux”.

Les droits individuels sont tous ceux dont dispose l’individu. Il n’y a pas de droit des communautés, des tribus ou des nations ; il n’y a pas de droit de souveraineté, d’autodétermination, d’autonomie ou de sécession. Tout le monde est seul, seul contre le système entier. En outre, un effort important a été fait pour installer l’idéologie des droits individuels dans le cadre d’un système de valeurs universelles, et les “droits de l’homme” ont été utilisés à plusieurs reprises dans le monde entier pour dépouiller les autres nations du monde de leur souveraineté. Cela a permis à certains gentlemen propriétaires blancs de mieux affirmer leur droit tacite à la propriété, y compris la propriété d’autrui. Leur droit à la propriété semble “inaliénable”, du moins jusqu’à ce que le marché boursier s’effondre et que le marché obligataire stagne.

Mais ces droits sont-ils vraiment “non-aliénables” ? (Le mot anglais réel est “inaliénable” et signifie “incapable d’être pris ou donné”). La propriété est certainement aliénable : aux États-Unis, la police peut vous enlever votre propriété en utilisant ce qu’on appelle “la confiscation civile” sans vous arrêter ou vous accuser d’un quelconque crime. La police peut tirer sur vos animaux de compagnie sur un coup de tête. Les services de protection de l’enfance peuvent emmener vos enfants sans avoir à obtenir une ordonnance du tribunal. La vie est aliénable aussi : les États-Unis appliquent la peine de mort, et en 2017, le gouvernement a mis à mort 23 personnes par injection létale alors que la police en a abattu mortellement 987 de plus. La liberté est définitivement aliénable : les États-Unis ont la plus grande population carcérale par habitant au monde.

En dernier sur la liste, il y a « la poursuite du bonheur ». C’est toujours théoriquement possible : vous pouvez perdre vos biens par la confiscation civile, vos animaux de compagnie peuvent être abattus et vos enfants enlevés, puis vous pouvez être jetés en prison, mais vous pouvez toujours poursuivre le bonheur en étant assis dans votre cellule, par la méditation transcendantale je suppose. Ou vous pouvez simplement vous sentir misérable, comme toute personne normale le serait dans de telles circonstances, mais vous sentir généreusement désintéressé pour les autres qui ont un peu plus de chance dans l’exercice de leur droit individuel de poursuivre le bonheur. Bien sûr, un “individualiste désintéressé” est un peu un oxymore et, sans aucune possibilité de poursuivre le bonheur, un opportuniste individualiste a tendance à devenir aigri.

Laissant de côté quelques (dizaines de millions) de perdants endoloris, les États-Unis ne sont-ils pas encore la terre de toutes les opportunités, où les opportunistes peuvent et veulent poursuivre le bonheur, et le réaliser réellement ? Eh bien, pas vraiment. En fait, un grand nombre d’Américains non seulement ne souhaitent plus poursuivre le bonheur mais sont prêts à abandonner leur droit à la vie en se suicidant eux-mêmes. En moyenne, un citoyen américain se suicide toutes les 13 minutes. En 2016, il y a eu près de 45 000 suicides, soit plus de deux fois le taux de meurtres. Le suicide est la deuxième cause de décès chez les Américains de 15 à 34 ans.

Le taux de suicide aux États-Unis est de 16 pour 100 000, le plus élevé depuis la Grande Dépression. Il est toujours derrière la Lituanie, avec 32,7 pour 100 000, mais il rattrape son retard : selon la CDC, il a augmenté de 30% au cours de ce siècle et, dans certains États, il a augmenté de 58%. De plus, les surdoses d’opioïdes, qui ne sont pas considérées comme des suicides mais comme des morts accidentelles, ont triplé depuis le début de ce siècle.

Le groupe le plus à risque de suicide est celui des hommes blancs âgés de 45 à 64 ans : leur taux de suicide a augmenté de 63% depuis le début de ce siècle. C’est très inhabituel. Dans d’autres pays, ce sont les adolescents et les personnes âgées qui sont en tête. Le seul groupe qui fait encore pire que les hommes blancs d’âge moyen sont les femmes amérindiennes : leur taux de suicide a bondi de 89%. Deux groupes qui pourraient les rattraper à l’avenir sont les jeunes filles de 10 à 14 ans et les militaires : pour les deux, leur taux de suicide a triplé.

Il est possible de distinguer différents groupes à risque. Par exemple, les personnes souffrant de trouble bipolaire qui cherchent une aide psychiatrique se voient généralement prescrire des médicaments qui, parmi leurs autres effets secondaires, provoquent des pensées suicidaires. Mais d’une façon générale la pandémie de suicides aux USA affecte les riches et les pauvres, les jeunes et les personnes âgées, les chômeurs et les personnes ayant un emploi rémunéré. Le problème n’est pas celui du résultat individuel mais du climat moral général du pays. Il n’y a pas de valeur au-delà des droits individuels, mais l’exercice de ces droits individuels est devenu un exercice futile pour obtenir des résultats décents : un peu de dignité et de sécurité, une vie familiale stable, la capacité de subvenir aux besoins de ses enfants et pour préparer sa vieillesse.

Le contraire du rêve américain n’est pas un cauchemar, car il est possible de se réveiller d’un cauchemar. L’idéologie individualiste, associée à un désespoir total, équivaut à un arrêt de mort. Dans de telles circonstances (auxquelles la condition humaine n’est pas étrangère), il semble préférable d’être un Chinois, un Indien ou un Russe, dont le sens de soi est imprégné d’une profonde appréciation de son insignifiance complète et totale contrebalancée par l’incroyable pouvoir métaphysique accumulé au cours des siècles et des millénaires par la collectivité culturelle et historique dont il fait partie.

Même si l’idéologie individualiste qui triomphe aujourd’hui pouvait être détrônée du jour au lendemain, le pouvoir métaphysique du grand ensemble collectif prendrait des siècles à se régénérer, car le processus qui l’anime – l’ethnogenèse – est assez lent et il faut plusieurs générations de sacrifices individuels pour assurer le succès du groupe, pour qu’il s’élève. Ce que nous pouvons observer est exactement le contraire : quelques succès individuels qui se fondent sur la richesse, présentés comme quelque chose d’exemplaire pour lequel les autres doivent se battre dans un contexte où les conditions s’aggravent constamment pour tous les autres. C’est le succès du groupe qui est sacrifié, sur divers autels – de la mondialisation, de la diversité, de l’équité, de l’égalité des sexes – et tous font partie du même culte qui vénère les droits individuels comme une valeur universelle.

Dimitri Orlov 

(Le 12 juillet 2018Club Orlov– Traduction du Sakerfrancophone.)


mardi 17 juillet 2018

Shoot de foot. Mondial 2018


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Les Bleus sont devenus champions du monde de football, pour la deuxième fois depuis 1998, en battant dimanche la Croatie en finale disputée devant plus de 78 000 spectateurs à Moscou.
L’équipe de France a inscrit dimanche sur son maillot une deuxième étoile de champion du monde, 20 ans après le sacre à domicile des Bleus d’Aimé Jacquet, battant la Croatie en finale de la Coupe du Monde 2018.
Les Français, qui disputaient leur troisième finale de Coupe du Monde, après celles de 1998 et 2006, se sont imposés sur le score de 4:2 devant plus de 78 000 spectateurs au stade Loujniki de Moscou.
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Le Mondial 2018 s’est déroulé du 14 juin au 15 juillet dans 12 stades de 11 villes russes: Moscou, Kaliningrad, Saint-Pétersbourg, Volgograd, Kazan, Nijni Novgorod, Samara, Saransk, Rostov-sur-le-Don, Sotchi et Ekaterinbourg. C’était la première Coupe du Monde en Europe de l’Est et le premier tournoi international de ce niveau organisé à la fois en Europe et en Asie.




Footbalisation des esprits : L’extazy de l’éphémère

Le 17 juillet 2018



L’esprit d’équipe … C’est des mecs qui sont une équipe , ils ont un esprit ! Alors , ils partagent!”
Coluche


Dans l’euphorie de la coupe du monde 2018, il serait injuste  de ne pas reconnaître l’organisation parfaite de cette coupe du  monde que les médias avaient diabolisée sur commande faisant même des rapprochements avec l’instrumentalisation du football par Staline. On a même reproché l’image de Lev Yachine, maître incontesté des buts et dit on à la fois gardien de but et joueur et dont les spécialistes  reconnaissent le talent.

On ne parle en fait  que du vainqueur et de passer sous silence les héroïsmes de différentes équipes notamment celle de l’Uruguay dirigé par un professeur qui a fait « ses humanités »  mais surtout celle de la Croatie qui s’est battue dans tous les matchs qu’elle a disputés en arrachant littéralement la victoire au prix d’un épuisement physique  (3 matchs avec prolongation, c’est comme si elle avait joué un match  de plus que toutes les autres équipes). Ne gâchons cependant pas le plaisir mérité  d’une équipe de France black Blanc Beur dont nous avons  perdu la trace depuis vingt ans et pour cause, il n’y a pas que René Camus à se battre pour « le blanc ». Souvenons nous de la Logorrhée d’Alain Finkielkraut qui n’a eu de cesse de démolir le consensus d’une France réconciliée en  martelant d’une façon hystérique:  » black Black black ! »

Là ou je peux être dubitatif c’est ce que j’appelle la footballisation des esprits.  Pendant un mois, en effet la planète a été  sommée de vibrer au rythme du roi football. Comment le football opère ? Cet engouement planétaire fait partie de la stratégie du néolibéralisme qui crée des besoins chez l’individu qui devient de ce fait esclave du divin marché, pour reprendre l’expression du philosophe Dany Robert Dufour. Cependant, les dégâts du néolibéralisme ne sont pas les mêmes selon que l’on soit au Nord ou au Sud. Examinons pour commencer le phénomène de société dans les pays du Sud. Le philosophe Fabien Ollier dresse un état des lieux sans concession de cette grand-messe planétaire orchestrée par « la toute-puissante multinationale privée de la Fifa ». « Il suffit, écrit-il, de se plonger dans l’histoire des Coupes du Monde pour en extraire la longue infamie politique et la stratégie d’aliénation planétaire.(…) »  (1)

« L’expression du capital le plus prédateur est à l’oeuvre : les multinationales partenaires de la Fifa et diverses organisations mafieuses se sont déjà abattues sur l’Afrique du Sud pour en tirer les plus gros bénéfices possibles. (…) Tout cela relève d’une diversion politique évidente, d’un contrôle idéologique d’une population. En temps de crise économique, le seul sujet qui devrait nous concerner est la santé de nos petits footballeurs. C’est pitoyable. Il existe en réalité une propension du plus grand nombre à réclamer sa part d’opium sportif. (…). le football est organisé en logique de compétition et d’affrontement. Jouer ce spectacle par des acteurs surpayés devant des smicards et des chômeurs est aussi une forme de violence. (…) La symbolisation de la guerre n’existe pas dans les stades, la guerre est présente. Le football exacerbe les tensions nationalistes et suscite des émotions patriotiques d’un vulgaire et d’une absurdité éclatants. (…) » (1)

Hypnose collective


La même analyse, sans concession, nous est donnée par Samuel Metairie  il parlait de la coupe 2010  mais les arguments n’ont pas pris une ride « Trente-deux équipes, dont une vingtaine issues de pays occidentaux, vont pouvoir fouler les pelouses de leurs crampons, et servir les bas instincts pulsatifs de milliers d’hommes et de femmes peuplant les stades en jouant aux gladiateurs des temps modernes. Sauf que ces gladiateurs sont devenus des hommes d’affaires intouchables, dont le salaire mensuel (disons honoraires ou dividendes) correspond, à plusieurs années de travail d’un salarié français moyen » (2)

«  Juste pour pousser une balle avec ses potes jusqu’à 30 ans, pendant que de plus en plus de Français vont être obligés de travailler jusqu’à 65-70 ans. (…) Une question vient à l’esprit : si le football était vraiment un sport, ne pourrait-on pas payer ces gens raisonnablement, à hauteur du salaire minimum ? Ne pourraient-ils pas reverser ce capital vers ceux qui en ont besoin, aux pauvres oubliés par l’Occident, aux peuples d’Afrique, d’Asie, d’Amérique, au lieu de prendre l’Afrique pour une cour de récréation ? (…) Aux quatre coins du monde, surtout dans les pays plus pauvres, c’est partout la même logique du capitalisme : l’appareil économique occidental s’implante, génère des marges commerciales et des bénéfices. Il fait de l’argent sur place en exploitant la main-d’oeuvre locale, et rapatrie ses capitaux dans les grandes banques européennes. (…) » (2)

Echelle des valeurs inexistante et scandale des salaires


Justement, pour parler de l’indécence des sommes colossales perçues, il faut savoir par exemple, que dix joueurs les mieux payés dont David Beckam, Ronaldinho Gaucho, Whyne Rooney ont reçu en une année 135 millions d’euros en salaires, primes, droits de sponsoring… soit en moyenne 20 millions de dollars par individu (55.000 $/jour, contre 2$/jour en moyenne pour un Africain) ou encore le salaire journalier du joueur est équivalent à ce que reçoivent deux Africains sur une carrière de 32 ans). C’est ça le scandale du marché du néolibéralisme, de la mondialisation laminoir qui font que ce que la société a accumulé pendant des siècles risque de disparaître sous les coups de boutoir du « Divin marché » où la valeur d’un individu, c’est de plus en plus ce qu’il peut rapporter, et ce qu’il peut consommer et non ce qu’il recèle comme culture et savoir.

On est loin de l’aspect noble du sport. On peut penser valablement que cette dimension du sport pour le sport avec les « magiciens » du ballon comme Di Stefano, Kopa, Pélé, Garrincha, et tant d’autres, s’est arrêtée avec, il y a une vingtaine d’années, pour laisser place au vedettariat et aux salaires démentiels. Quand on pense aux héros de l’équipe du FLN qui tout laisser tomber  entre 1958-1962 alors qu’ils étaient joueurs professionnels dans les clubs français, tout ceci pour porter haut et fort la voix du combat pour l’indépendance de l’Algérie.

Danse cette coupe 2018 on remarquera au passage que chaque joueur de l’équipe de France recevra 350.000 euros, indépendamment de ce qu’ils touchent avec les sponsors de leurs cachets dans les clubs Un seul footballeur en l’occurrence Kylian Mbappé a décidé de verser ses indemnités à des œuvres charitables

A quoi  cela sert d’étudier ? 


On rapporte que le mathématicien russe, Grigori Perelman, a ignoré le prix d’un million de dollars. D’après la Voix de la Russie, le mathématicien russe Grigori Perelman a ignoré le prix d’un million de dollars qui lui était attribué par l’Institut mathématique de Clay pour avoir prouvé l’hypothèse de Poincaré. Le lauréat n’est pas venu à la cérémonie de la remise du prix qui s’est passée mardi 8 juin dans le cadre d’un symposium mathématique à Paris. Le Russe s’était déjà vu décerner en 2006 la médaille Fields, considérée comme le « Nobel en mathématiques », qu’il avait refusée. Le mathématicien et directeur de l’Institut Henri-Poincaré, Michel Broué, s’est réjoui de l’attitude de Grigori Perelman en déclarant que « l’activité des mathématiques était jusqu’à maintenant, par nature, protégée de la pourriture financière et commerciale, j’emploie ce terme volontairement. Mais je pense que c’est sans doute une des raisons qui font que Perelman dit et veut dire qu’il ne veut pas travailler pour le fric ni pour les récompenses. C’est une chose, il travaille pour l’honneur de l’esprit humain. » (3)

Qu’en est-il de l’opium du football en Algérie ? Pour le sociologue Zoubir Arrous, le foot n’est plus un jeu sportif, mais plutôt un enjeu politique et financier. (..) Ainsi, nous pouvons dire qu’il y a, dans le cas de l’Algérie, un véritable conflit entre le stade et la mosquée. (…) La paix sociale grâce au foot ne dure pas dans le temps. L’après-match ou l’après-foot est la période la plus dangereuse sur le plan social. Le citoyen revient à son état normal et parfois critique. (…) Le foot peut faire l’objet d’un contrat social dans les sociétés qui n’ont pas de crise et qui ne cherchent pas de changement. Le foot est aujourd’hui devenu la nouvelle religion. (3)

Quand on pense dans le même ordre  à l’épopée des  joueurs algériens  vainqueurs de l’équipe nationale d’Allemagne en Espagne, en 1982  cette même équipe qui arrachera  la coupe  et qui revenus au pays se virent offrir un téléviseur ou un réfrigérateur … Qaund je pense aux joueurs algériens qui sont systématiquement éliminés des compétitions malgré l’apport des joueurs off shore ( beurs français)  et qui réclament des dizaines de milliers d’euros où un professeur d’université touche moins de 800 euros ! C’est tout ceci qui nous fait dire que le football mis au servicce d’une idéologie d’un système de gouvernants est une imposture. Il rappelle sans excuse le panem et circenses du pain des jeux de cirque de  l’empire romain décadent qui achetait ainsi la paix sociale ! On comprend alors, l’illusion de l’éducation, notamment dans les pays du Sud où l’éducation est la dernière roue de la charrette.

Plus globalement l’Ecole ne fait plus rêver.  l’exemple le plus criard nous est donné par  Ranitea Gobrait cette jeune lauréate du bac de Polynésie  avec 20,33 de moyenne qui a cravaché toute sa vie et qui n’arrive même pas à s’inscrire  à l’université. En supposant qu’elle arrive finalement à s’inscrire, elle va galérer et brûler ses neurones pour un salaire   infime par rapport aux cachets de ces footballeurs dont la plupart ,il faut le dire n’ont pas fait d’études supérieures voire n’ont même pas le bac !  Et pourtant il a suffit de jouer au ballon pour garantir des dizaines de fois  le salaire d’une vie d’un besogneux.

On le voit, l’école  ne joue plus son rôle d’ascenseur social et ne discrimine plus entre « ceux qui jaillissent du néant » et les laborieux et les sans-grade qui cumulent en une carrière ce que perçoit un joueur en une saison. De ce fait,  en Algérie, par exemple  certains parents l’ont bien compris, ils cherchent pour leurs enfants la rampe de lancement la plus juteuse en termes de fortune rapide, ils ne cherchent pas la meilleure école pour leurs enfants, mais le meilleur club pour inscrire leurs enfants.

Un seul coupable une mondialisation laminoir


Après avoir laminé le «  collectif » au profit de l’individualisme le néo-libéralisme s’attaque sans résistance majeure, aux derniers bastions du vivre ensemble. Après avoir laminé les Jeux olympiques qui sont devenus des jeux marchands où l’effort passe en arrière plan de ce qu’il peut rapporter en terme d’image, après avoir créer des ersatz de divertissements , le néolibéralisme investit l’industrie du plaisir fugace et ne s’installe pas dans la durée, il vole d’opium en opium en «  extrayant de la valeur » au passage, laissant l’individu sujet consommateur sous influence en pleine errance avec des réveils amers, où il retrouve la précarité, la malvie en attendant un autre hypothétique soporifique devenant définitivement l’esclave du divin marché selon le juste mot du philosophe Dany Robert Dufour. (4)

Il est incontestable qu’une victoire au football pour le citoyen lambda est un opium qui lui permet d’oublier les problèmes qui le rattraperont assez vite après la dissipation de ce  extazy prozack de l’éphémère . Quant aux autres ceux qui tirent les ficelles financières , c’est tout benef, cette coupe, il ont extrait tout valorisé  les images, les maillots les boissons , et il est normal qu’ils partagent avec ceux qui ont  permit ce résultat.  Ainsi va le monde.


Ecole Polytechnique enp.edu.dz


Notes:

1.Fabien Ollier : « La Coupe du Monde, une aliénation planétaire » Le Monde.fr 10 06 2010
2.Samuel Metairie Quand l’Occident dissimule son colonialisme derrière un évènement sportif…Le Grand soir 12 juin 2010http://www.legrandsoir.info/Quand-l-Occident-dissimule-son-colonialism…


Source: Réseau international