lundi 4 juin 2018

L'esprit de mai 68 (5)


« La révolution est à réinventer, voilà tout » Internationale Situationiste, 1964


"Sous les pavés, la plage"

« Mai 68 est le berceau de la nouvelle société bourgeoise. »

« Ce gui reste de 68 en 78, au fond des cornues de l’expérimentation sociale (...) ; c’est ce plus petit dénominateur commun : on peut changer la vie sans changer l’Etat. » 
Régis Debray



A lire: Modeste contribution aux discours et cérémonies officielles du dixième anniversaire, Maspero, 1978 et le compte-rendu de ce livre par Bernard Cassens sur Le Monde Diplomatique: Mai 68 comme révolution culturelle du capitalisme




Extraits choisis d'un entretien exclusif de Michel Onfray, mené par Jean-Claude Perrier pour L'Orient littéraire« Mai 68 est un grand mouvement de déchristianisation de la société. »

Mai 68 est un mouvement planétaire (rappelez-vous les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie…) qui procède de la tectonique des plaques judéo-chrétiennes : c’est une secousse de plus dans la civilisation occidentale judéo-chrétienne. L’événement relève des répliques : après la Renaissance et sa raison critique, les Lumières et leur déisme, le socialisme du XIXe siècle et sa destruction de la transcendance, le nihilisme du XXe siècle et ses charniers, Mai 68 est un grand mouvement de déchristianisation de la société qui abolit la hiérarchie, l’autorité, le paternalisme, au profit d’une liberté sans retenue. Il était bon que le patriarcat fût aboli ; mais il ne l’était pas que l’on fasse la promotion de la pédophilie – comme ce fut le cas chez tous les intellectuels de gauche de cette époque… Je vous renvoie aux pétitions des années 70 qui font sa promotion, vous y trouverez le nom de signataires très connus aujourd’hui, dont certains sont devenus très ennemis de Mai 68… 
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Je me place dans la longue durée des civilisations et non dans l’anecdote du récit fomenté par les vainqueurs d’un Mai 68 parisien, qui plus est dans les beaux quartiers intellectuels… Mai 68 est un mouvement planétaire (rappelez-vous les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie…) qui procède de la tectonique des plaques judéo-chrétiennes : c’est une secousse de plus dans la civilisation occidentale judéo-chrétienne. L’événement relève des répliques : après la Renaissance et sa raison critique, les Lumières et leur déisme, le socialisme du XIXe siècle et sa destruction de la transcendance, le nihilisme du XXe siècle et ses charniers, Mai 68 est un grand mouvement de déchristianisation de la société qui abolit la hiérarchie, l’autorité, le paternalisme, au profit d’une liberté sans retenue. Il était bon que le patriarcat fût aboli ; mais il ne l’était pas que l’on fasse la promotion de la pédophilie – comme ce fut le cas chez tous les intellectuels de gauche de cette époque… Je vous renvoie aux pétitions des années 70 qui font sa promotion, vous y trouverez le nom de signataires très connus aujourd’hui, dont certains sont devenus très ennemis de Mai 68… 
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Pas plus qu’une éruption volcanique n’obéit à des idéaux, ce qui a eu lieu en Mai 68 n’a obéi à des idéaux. Mai 68 procède d’une pulsion de mort puissante contre tout ce sur quoi reposait la civilisation judéo-chrétienne. Pour aller vite, disons contre le travail, la famille, la patrie. Il n’y eut aucune valeur positive créée pour remplacer ces valeurs devenues caduques : oisiveté, pédophilie et narcissisme ne sauraient permettre la création d’une nouvelle civilisation ! Ce fut donc tout bénéfice pour le capitalisme qui put ainsi imposer son consumérisme à ceux qui souhaitaient « jouir sans entraves », ce qui est devenu : « consommer sans entraves » – de la marijuana, du rock, de la régression culturelle (pauvre Jean Vilar, humilié par ces fils de petits-bourgeois…) et autres modalités du narcissisme et de l’adulte infantilisé. Mitterrand a permis à ces gauchistes d’arriver au pouvoir en mai 81. Une fois en place, ils ont accompagné la traîtrise mitterrandienne que fut la conversion du chef de l’État au libéralisme et à l’Europe maastrichtienne des marchés libéralisés. Macron est l’enfant naturel de cette copulation monstrueuse entre les anciens gauchistes de Mai et les amis de l’ancien (très probable) cagoulard devenu chef de l’État.  
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La fin de l’autorité descendue du ciel – la hiérarchie signifie étymologiquement « le pouvoir du sacré ». Ce fut une bonne chose… Mais ce fut aussi une très mauvaise chose qu’aucune formule politique nouvelle ne permette une autre façon de gérer l’autorité qui est indispensable au fonctionnement de tout groupe. Car l’autorité peut être libertaire, il suffit pour ce faire qu’elle soit contractualisée. À défaut, il n’y a que des oppositions de monades qui s’ignorent les unes les autres : c’est, au sens étymologique, la fin de la République – de la « chose publique ».
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Michel Onfray





«L’étudiant est un produit de la société moderne, au même titre que Godard et Coca Cola. Son extrême aliénation ne peut être contestée que par la contestation de la société toute entière »

De la misère en milieu étudiant, 1966


« Tremblez bureaucrates. Le pouvoir international des Conseils Ouvriers va bientôt vous balayer. L’humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier des bureaucrates aura été pendu avec les tripes du dernier des capitalistes » 
Télégramme situationiste destiné aux Partis communistes, Mai 68



En 1968, les drapeaux noirs flottent sur les barricades et les bâtiments occupés. Mais, malgré l’esprit libertaire de la révolte, les organisations anarchistes ne sont pas présentes dans le mouvement. La spontanéité des actions et la remise en cause des avant-gardes caractérisent l’aspect libertaire de la contestation. Cédric Guérin, 
In « Pensée et actions des anarchistes en France : 1950-1970 », 2000


  

Les travestissements de mai 68 (extraits) - les sous-titres numérotés sont de la rédaction de Désobeissance civile) 

par Gilbert Rodriguez

1- Pas de Mai 68 sans les ouvriers

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Alors que tout au cours de l'année 1967 de puissantes luttes ont eu lieu dans de grandes concentrations ouvrières comme Rhodiaceta à Besançon et que déjà en 1963 la marche des mineurs du Nord sur Paris, la puissante grève du 17 mai contre les ordonnances en matière économique et sociale et contre les pleins pouvoir s'affirment nationalement. Sans oublier un 1er mai 1968 syndical très combatif qui renoue avec une tradition interdite par le pouvoir depuis 14 ans !

L'année 1967 étant celle qui comptabilise le plus de journées de grève depuis l'instauration de la Ve République.

En 1968 donc pas de coup de tonnerre dans un ciel serein contrairement au fourvoiement du  «  grand journal de référence » Le Monde qui proclame à la veille du mouvement que« La France s'ennuie ».

La bourgeoisie dort sur ses lauriers mais sans doute pas le prolétariat !

Et ce qui est occulté de manière récurrente dans le récit 68 c'est que si l'agitation démarre avec les actions étudiantes (pour plus de liberté, contre le puritanisme gaullien et bourgeois, contre la guerre du Vietnam ...), c'est la vigueur de la protestation contre la répression des étudiants notamment celle qui a lieu au quartier latin dans la nuit du 10 au 11 mai.

Car c'est cette protestation relayée immédiatement dès le samedi 11 mai par l'appel de la CGT et de la FEN à la grève nationale et à la manifestation pour le 13 mai qui a pour conséquence :

de considérables rassemblements ce jour anniversaire de l'accession de de Gaulle au pouvoir (1 million de manifestants à Paris et de très importants rassemblements en province)

la réouverture de la Sorbonne et la libération des manifestants étudiants par G. Pompidou retour d’Afghanistan précisément sous la pression de la protestation contre la répression !

L’enclenchement du plus puissant mouvement de grève des travailleurs que le pays ait connu.

Dès le 14 mai :

Grèves aux Etablissements Claas à Woppy (Moselle), aux papeteries La Chapelle à Saint-Etienne-du-Rouvray (76), dans deux filatures du Nord, une biscuiterie du Rhône, débrayage à Sud-Aviation à Cannes la Bocca et aux Etablissements Fog dans la Nièvre ...

15 mai :

Grève avec occupation et séquestration à l'usine Renault-Cléon ...

16 mai :

15 000 grévistes en Seine-Maritime. Rodhiacéta et Berliet dans le Rhône. Grève à Renault Billancourt et Sandouville, etc. Elle gagne la SNCF, les centres de Tri PTT et les services publics. Les ouvriers de Renault Flins occupent les usines. Grève illimitée avec occupation à Renault le Mans …

Ce n'est donc pas à la marge que les grèves ouvrières éclatent !

Et cette irruption ouvrière inaugure un basculement dans une toute autre phase,  une autre page de l'histoire avec l'entrée en lice d'autres acteurs et d'autres enjeux qui vont mettre directement en cause le pouvoir et l'ensemble de sa  politique.

A partir de ce moment ce n'est donc plus la seule question universitaire qui s'impose (bien qu'incluse dans la plate-forme générale) mais la « question sociale » à laquelle le pouvoir gaulliste est à présent confronté exigeant :
  • la réforme démocratique de l'Université et de l'Enseignement.
  • l'augmentation des salaires (aucun inférieurs à 600 francs).
  • l'abrogation des ordonnances amputant la Sécurité sociale.
  • Le plein emploi.
  • Le respect et l'extension des libertés syndicales

L'ampleur et la détermination du mouvement posant évidemment la question d'une autre politique que celle appliquée jusque là, les manifestants du 13 mai scandant «  Dix ans ça suffit »  !

Puis "Gouvernement populaire avec les communistes" réclamé par un mouvement confronté alors aux manœuvres comme d'habitude, d'une deuxième gauche à la recherche d'une alternance sans véritable changement.
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Comme cela s'est passé dans d'autres pays.

Alors que la grève a largement reposé sur l'initiative de la base.

Alors qu'aucun mot d'ordre de grève générale n'a été donné, le mouvement étant sous le contrôle des Assemblées générales dans les entreprises, les administrations, les universités …

En conséquence aucun mot d'ordre de reprise n'a été donné non plus.

La négociation de Grenelle entre syndicats, patronat et gouvernement des 25 et 26 mai ne donnant pas lieu contrairement à ce qui est répété mensongèrement à des accords dont les syndicats et la CGT seraient signataires MAIS à un constat ou projet de protocole prévoyant entre autre l'augmentation de 35 % du salaire minimum garanti (SMIG), la reconnaissance de la section syndicale d'entreprise, la réduction du temps de travail sans perte de salaire qui ne sera pas paraphé, ni signé par les organisations syndicales ET devra donc être soumis à l'appréciation des travailleurs.

Afin de donner de la chair à cette affirmation de collusion s'est construite l'affabulation d'un Georges SEGUY sifflé à Renault Billancourt lors de son compte-rendu aux salariés du contenu du constat de Grenelle.
……


2 - Contre-révolution


Après l'échec de sa première tentative de sortie de crise du jeudi 24 mai annonçant un futur référendum sur la participation DE GAULLE serait pris de doute, songerait à démissionner et disparaissant sans laisser de nouvelles à ses plus proches, le 29 mai, une situation de vacance du pouvoir serait ainsi créée.

Cette  rumeur distillée depuis quelques jours donnant des ailes au rassemblement de la gauche non-communiste le 27 mai avec MENDES FRANCE, ROCARD, la CFDT et compagnie ...  à Charlety et MITTERRAND déclarant sa candidature à la présidence de la République le 28 mai au cours d'une conférence de presse mémorable !

Pourtant ultérieurement on peut avancer que tout cela ne constitue qu'une vaste mise en scène.

Car :

dès le 11 Mai Pierre MESSMER ministre des armées a décidé sur ordre du premier ministre de mettre en alerte des unités de l’armée

le 29 mai le général De GAULLE se rend secrètement à Baden-Baden en Allemagne où il rencontre le général MASSU, commandant du corps expéditionnaire français en zone allemande

tous les réseaux gaullistes (réseaux FOCCART, SAC, Comités de Défense de la République, réseaux PASQUA) sont activés pour préparer la contre-manifestation des Champs Elysées du 30 mai


le 30 mai à la radio De GAULLE annonçant qu'il ne se retirera pas, qu'il maintient G. POMPIDOU au poste de premier ministre et qu'il dissout l'Assemblée nationale.
 

La contre-offensive gaulliste n'est donc pas un simple sursaut succédant à l'abattement !

Elle résulte d'une tactique et d'une organisation qui ne délaisse aucun aspect de la situation :

La rencontre De GAULLE / MASSU dont le contenu n'a jamais été vraiment révélé sauf en sous-entendus malicieux vise principalement à s'assurer de la fidélité de l'armée.

Et à créer les conditions du rassemblement de toutes les composantes de la droite, y compris de celles qui durant la guerre d'Algérie s'étaient violemment opposées à De GAULLE. Le pacte scellé comportant l'amnistie des partisans de l'OAS encore incarcérés et qui effectivement seront amnistiés par un texte au journal Officiel seulement quelques semaines après et datant du 2 août 1968.

En 1968, des anciens de l'OAS rencontrent Jacques Foccart pour lui proposer leur ralliement au régime gaulliste contre la "chienlit" et demander l'amnistie des membres de l'organisation encore incarcérés, ce qu'ils obtiendront. Cette amnistie est promise par De Gaulle à Massu, lors de sa visite à Baden Baden

C'est à partir de ces faits et de ces réalités que la contre-offensive gaulliste débouchera sur un renversement d'une opinion publique travaillée au corps, effrayée par la description des violences, les voitures brûlées, les affrontements ...

La bourgeoisie française ayant une longue expertise de l'utilisation politique des violences urbaines en particulier comme on peut encore le constater avec l'instrumentalisation actuelle des casseurs.

Et le parti gaulliste et ses officines mèneront la campagne des législatives du 23 et 30 juin sur les seuls thèmes du chaos et du danger communiste avec succès puisque la plus grande grève et le plus grand mouvement de masse en France accoucheront d'une majorité écrasante de droite de 394 députés sur 485.
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Gilbert Rodriguez, le 28 mars 2018




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