mardi 19 juin 2018

Julian Assange en danger


Julian Assange, lanceur d'alertes (Crédits image : Ambassade de l'Équateur)
Le nouveau gouvernement équadorien a troqué l’indépendance dont faisait preuve l’ancien président Rafael Correra pour une soumission de plus en plus assumée devant l’impérialisme etats-unien, suppléé par le caniche britannique. La Suède a dû abandonner ses poursuites contre le fondateur de Wikileaks, pour "agression sexuelle" : ce prétexte commun aux trois occidentaux a fini par tomber comme une vulgaire fake-news.
Mais depuis le changement de régime à Quito la pression s’est accrue sur Julian Assange, désormais privé de tout contact avec l’extérieur et dont l’état de santé est problématiqueselon ses proches, son avocate Jennifer Robinson ainsi que Pamela Anderson ou Roger Waters qui s’efforcent d’organiser le soutien au lanceur d’alerte.
Le gouvernement australien non seulement refuse de défendre son citoyen mais a assuré qu’il appuierait les poursuites contre lui pour "espionnage".
Et la France ? Poser la question c’est y répondre. De Sarkozy à Macron en passant par Hollande, aucun n’a jamais pris la moindre mesure pour la défense de ces combattants de la Liberté sur Internet, Assange ou Snowden.
Shashahani Volodia, le 5 juin 2018 




"Tant que Julian Assange ne sera pas libre d'aller et de venir parmi nous et de s'exprimer au grand jour, toutes les valeurs revendiquées de la démocratie et de la liberté d'expression resteront lettres mortes, en dépit des apparences spectaculaires machiavéliquement orchestrées. Ange de la vérité, il est la preuve vivante, avec quelques autres individus de sa trempe, que nous subissons plus ou moins lâchement le joug d'une dictature étatique ne pouvant s'exercer que par le consentement des foules docilement gouvernées. Force est de constater que les intellectuels et les artistes dans leur grande majorité ont renoncé au combat minimum et à la vision essentielle qui devrait soutenir leurs travaux au nom du bien commun. Le monde s'enfonce dans l'enfer des mensonges médiatiques et sans foi..."
 Gaël Hadey



Depuis qu’il a demandé l’asile politique à l’ambassade en 2012, Assange a été effectivement détenu dans une minuscule chambre sans inculpation pendant 2 726 jours. Pendant 59 jours, il a été privé de visites, et de communications extérieures depuis que le gouvernement équatorien a coupé son accès au monde le 28 mars.
Assange est maintenant seulement autorisé à voir ses avocats, qui disent que leurs téléphones portables sont bloqués pendant qu’ils sont à l’intérieur de l’ambassade.
« La préoccupation, du premier jour jusqu’à maintenant, est que si Julian Assange quitte l’ambassade, il sera extradé pour faire face à ce que le directeur exécutif de l’ACLU (Union américaine des libertés civiles) a qualifié de poursuites ‘sans précédent et inconstitutionnelles’ dans le cadre de la loi américaine contre l’espionnage » a expliqué l’un des avocats d’Assange, Melinda Taylor à CNN.
L’article 794 de cette loi, qui porte sur la transmission d’informations à un ennemi en temps de guerre, prévoit la peine de mort.
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Le fondateur de WikiLeaks fait maintenant face à des accusations criminelles liées à des informations non étayées selon lesquelles la Russie l’aurait utilisé comme intermédiaire pour diffuser des courriels prétendument piratés de la campagne de Hillary Clinton durant l’élection présidentielle de 2016.
Le mois dernier, le Comité national démocrate (DNC) aux Etats-Unis a lancé une action en justice, citant WikiLeaks et Assange comme co-conspirateurs avec la Russie et la campagne Trump dans un prétendu effort criminel pour voler l’élection présidentielle américaine de 2016.
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La menace à laquelle Assange est confronté n’est pas un problème individuel. Elle fait partie d’une campagne intensifiée du gouvernement américain et de ses partenaires pour imposer une censure en grand d’Internet afin de bloquer le développement de l’opposition ouvrière de masse à l’aggravation des inégalités, à l’austérité et aux préparatifs de guerre.
Des allégations non fondées de «fausses nouvelles» sont utilisées par Google, Facebook et d’autres géants des médias sociaux pour restreindre l’accès aux sites web – en particulier le World Socialist Web Site – qui dévoilent les machinations de la classe capitaliste et de ses agences et proposent une perspective politique d’alternative.
Malgré l’intensification de la conspiration gouvernementale et médiatique, il existe un soutien public profond pour Assange à l’échelle internationale, précisément à cause des révélations accablantes fournies par WikiLeaks. Nous appelons les travailleurs et les jeunes du monde entier à se porter de toute urgence à la défense d’Assange et à exiger sa liberté immédiate.
Mike Head

Lire l'intégralité de l'article de Mike Head, paru sur WSWS le 25 mai 2018 : Julian Assange « en danger » d’être détenu par le Royaume-Uni et les États-Unis



Ramenez Julian Assange à la maison

Par John Pilger

Voici une version abrégée du discours de John Pilger lors d’un rassemblement à Sydney, en Australie, pour marquer les six années de détention de Julian Assange à l’ambassade d’Équateur à Londres:

La persécution de Julian Assange doit cesser. Ou ça finira en tragédie.
Le gouvernement australien et le premier ministre Malcolm Turnbull ont une occasion historique de décider de l’issue.

Ils peuvent garder le silence, pour lequel l’histoire leur sera impitoyable. Ou bien ils peuvent agir dans l’intérêt de la justice et de l’humanité et ramener ce remarquable citoyen australien chez lui.
Assange ne demande pas un traitement de faveur. Le gouvernement a des obligations diplomatiques et morales claires pour protéger les citoyens australiens à l’étranger de toute injustice flagrante : dans le cas de Julian, d’une erreur judiciaire flagrante et du danger extrême qui l’attend s’il sort sans protection de l’ambassade équatorienne à Londres.

Nous savons depuis l’affaire Chelsea Manning ce à quoi il peut s’attendre si un mandat d’extradition américain est couronné de succès - un rapporteur spécial des Nations Unies l’a qualifié de torture.
Je connais bien Julian Assange ; je le considère comme un ami proche, une personne d’une résilience et d’un courage extraordinaires. J’ai vu un tsunami de mensonges et de calomnies l’engloutir, sans fin, vindicativement, perfidement ; et je sais pourquoi ils le calomnient.

En 2008, un plan de destruction de WikiLeaks et d’Assange a été présenté dans un document top secret daté du 8 mars 2008. Les auteurs étaient la Cyber Counter-intelligence Assessments Branch du département de la Défense des États-Unis. Ils ont décrit en détail combien il était important de détruire le "sentiment de confiance" qui est le "centre de gravité" de WikiLeaks.

Cela se ferait, écrivent-ils, avec des menaces d’"exposition [et] de poursuites criminelles" et une attaque incessante contre leur réputation. Le but était de faire taire et de criminaliser WikiLeaks, son responsable. C’était comme s’ils planifiaient une guerre contre un seul être humain et sur le principe même de la liberté d’expression.

Leur arme principale serait des calomnies personnelles. Leurs troupes de choc seraient enrôlées dans les médias - ceux qui sont censés rétablir les faits et nous dire la vérité.
L’ironie, c’est que personne n’a dit à ces journalistes quoi faire. Je les appelle les journalistes de Vichy - d’après le gouvernement de Vichy qui a servi et permis l’occupation allemande de la France en temps de guerre.

En octobre dernier, la journaliste de l’Australian Broadcasting Corporation, Sarah Ferguson, a interviewé Hillary Clinton, qu’elle a fait passer pour « l’icône de notre génération ».

C’est cette même Clinton qui a menacé d’"éradiquer totalement" l’Iran et qui, en tant que secrétaire d’État américain en 2011, a été l’une des instigatatrices de l’invasion et de la destruction de la Libye en tant qu’État moderne, avec la perte de 40 000 vies humaines. Comme l’invasion de l’Irak, cette guerre fut basée sur des mensonges.

Lorsque le président libyen fut assassiné publiquement et horriblement avec un couteau, Clinton a été filmée en train de se trémousser et d’applaudir. Grâce à elle, la Libye est devenue un terreau fertile pour Daech et d’autres jihadistes. Grâce à elle, des dizaines de milliers de réfugiés ont fui au péril de leur à travers la Méditerranée, et beaucoup se sont noyés.

Les courriels publiés par WikiLeaks ont révélé que la fondation d’Hillary Clinton - qu’elle partage avec son mari - a reçu des millions de dollars de l’Arabie Saoudite et du Qatar, les principaux bailleurs de fonds de Daech et du terrorisme au Moyen-Orient.

En tant que secrétaire d’État, Mme Clinton a approuvé la plus importante vente d’armes de tous les temps - d’une valeur de 80 milliards de dollars - à l’Arabie Saoudite, l’un des principaux bienfaiteurs de sa fondation. Aujourd’hui, l’Arabie Saoudite utilise ces armes pour écraser des gens affamés et malades dans une attaque génocidaire contre le Yémen.

Sarah Ferguson, une journaliste très bien payée, n’en a pas parlé à Hillary Clinton qui était assise devant elle.

Au lieu de cela, elle a invité Clinton à décrire les "dégâts" que Julian Assange vous a fait "personnellement". En réponse, Clinton a diffamé Assange, un citoyen australien, comme "très clairement un outil des services de renseignement russes" et "un opportuniste nihiliste au service d’un dictateur".

Elle n’a présenté aucune preuve - et on ne lui en a pas demandée - à l’appui de ses graves allégations.
A aucun moment, Assange n’a eu le droit de répondre à cette interview choquante, que le radiodiffuseur d’Etat australien, financé par les deniers publics, avait le devoir de lui accorder.
Comme si cela ne suffisait pas, la productrice exécutive de Ferguson, Sally Neighour, après l’interview a enchaîné avec un tweet vicieux : « Assange est la salope [bitch] de Poutine. Nous le savons tous ! »

Il existe de nombreux autres exemples de ce journalisme de Vichy. Le Guardian, autrefois réputé comme un grand journal progressiste, a mené une vendetta contre Julian Assange. Tel un amant éconduit, le Guardiana dirigé ses attaques personnelles, mesquines et inhumaines contre un homme qu’ils ont publié et dont ils ont tiré profit.

L’ancien rédacteur en chef du Guardian, Alan Rusbridger, avait qualifié les révélations de WikiLeaks, que son journal avait publiées en 2010, comme "l’un des plus grands scoops journalistiques de ces 30 dernières années". Des prix furent distribués et célébrés comme si Julian Assange n’existait pas.

Les révélations de WikiLeaks sont devenues partie intégrante du plan marketing du Guardian pour augmenter le prix de vente du journal. Ils ont gagné de l’argent, souvent beaucoup d’argent, tandis que WikiLeaks et Assange luttaient pour survivre.

Sans un sou reversé à WikiLeaks, un livre du Guardian publié à grand battage médiatique a donné lieu à un film hollywoodien lucratif. Les auteurs du livre, Luke Harding et David Leigh, s’en sont pris gratuitement à Assange en le qualifiant d’"être endommagée" et "impitoyable".
Ils ont également révélé le mot de passe secret que Julian avait confié au Guardian en toute confidentialité et qui a été conçu pour protéger un fichier numérique contenant les câbles de l’ambassade des États-Unis.

Alors qu’Assange se trouvait piégé dans l’ambassade équatorienne, Harding, qui s’était enrichi sur le dos de Julian Assange et d’Edward Snowden, s’est tenu parmi les policiers à l’extérieur de l’ambassade et a jubilé sur son blog que "Scotland Yard allait peut-être avoir le dernier mot".
La question est pourquoi


Julian Assange n’a commis aucun crime. Il n’a jamais été accusé d’un crime. L’épisode suédois était faux et grotesque et il a été innocenté.

Katrin Axelsson et Lisa Longstaff de Women Against Rape [Femmes contre le viol] l’ont résumé en ces termes : « Les allégations contre [Assange] sont un écran de fumée derrière lequel un certain nombre de gouvernements tentent de réprimer WikiLeaks pour avoir audacieusement révélé au public leur planification secrète de guerres et d’occupations avec leurs viols, meurtres et destructions.... Les autorités se soucient si peu de la violence contre les femmes qu’elles manipulent les allégations de viol à volonté. »

Cette vérité a été perdue ou enterrée dans une chasse aux sorcières médiatique qui associait honteusement Assange au viol et à la misogynie. La chasse aux sorcières comprenait des voix qui se décrivaient comme étant à gauche et féministes. Elles ont délibérément ignoré les preuves d’un danger extrême si Assange devait être extradé vers les États-Unis.

Selon un document publié par Edward Snowden, Assange figure sur une « liste de cibles ». Un mémo officiel qui a fait l’objet d’une fuite dit : "Assange fera une belle mariée en prison. J’emmerde le terroriste. Il mangera de la nourriture pour chat pour le reste de ses jours."
À Alexandra, en Virginie – le foyer suburbain de l’élite américaine qui fait la guerre - un grand jury secret, une réminiscence du Moyen-âge - a passé sept ans à essayer de concocter un crime pour lequel Assange pouvait être poursuivi.

Ce n’est pas facile : la Constitution américaine protège les éditeurs, les journalistes et les lanceur d’alerte. Le crime d’Assange est d’avoir brisé un silence.

Aucun journalisme d’investigation de mon vivant ne peut égaler l’importance de ce que WikiLeaks a fait en défiant le pouvoir rapace pour lui faire rendre des comptes. C’est comme si un écran moral à sens unique avait été déchiré pour exposer l’impérialisme des démocraties libérales : les engagements dans des guerres sans fin et la division et la dégradation de vies "indignes" : de la tour Grenfell à Gaza.

Lorsque Harold Pinter a reçu le prix Nobel de littérature en 2005, il a fait référence à « une vaste tapisserie de mensonges dont nous nous nourrissons ». Il a demandé pourquoi « la brutalité systématique, les atrocités généralisées, la répression impitoyable de la pensée indépendante » dans l’Union soviétique étaient bien connues en Occident alors que les crimes impériaux de l’Amérique « ne se sont jamais produits... même quand [ils] se produisaient, ils n’ont jamais eu lieu ».

Dans ses révélations sur les guerres frauduleuses (Afghanistan, Irak) et les mensonges éhontés des gouvernements (les îles Chagos), WikiLeaks nous a permis d’entrevoir comment le jeu impérial se joue au 21ème siècle. C’est pourquoi Assange est en danger de mort.

Il y a sept ans, à Sydney, j’ai pris des dispositions pour rencontrer un éminent député libéral du Parlement fédéral, Malcolm Turnbull.

Je voulais lui demander de remettre une lettre de Gareth Peirce, l’avocat d’Assange, au gouvernement. Nous avons parlé de sa fameuse victoire - dans les années 1980, quand, en tant que jeune avocat, il avait combattu les tentatives du gouvernement britannique de supprimer la liberté d’expression et d’empêcher la publication du livre Spycatcher - à sa manière, un WikiLeaks de l’époque, car il a révélé les crimes du pouvoir d’Etat.

Le premier ministre australien était alors Julia Gillard, une femme politique du parti travailliste qui avait déclaré WikiLeaks "illégal" et voulait annuler le passeport d’Assange - jusqu’à ce qu’on lui ait dit qu’elle ne pouvait pas le faire : qu’Assange n’avait commis aucun crime : que WikiLeaks était un éditeur, dont le travail était protégé par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dont l’Australie était l’un des premiers signataires.

En abandonnant Assange, un citoyen australien, et en étant complice de sa persécution, le comportement scandaleux du Premier ministre Gillard a imposé la reconnaissance, en vertu du droit international, de son statut de réfugié politique dont la vie était en danger. L’Équateur a invoqué la Convention de 1951 et a accordé le refuge à Assange dans son ambassade à Londres.
Gillard a récemment participé à un concert avec Hillary Clinton ; elles sont considérées comme des féministes pionnières.

S’il fallait retenir une chose de Gillard, c’est le discours guerrier, sociopathe et embarrassant qu’elle a prononcé devant le Congrès américain peu de temps après avoir exigé l’annulation illégale du passeport de Julian.

Malcolm Turnbull est maintenant premier ministre de l’Australie. Le père de Julian Assange a écrit à Turnbull. C’est une lettre émouvante, dans laquelle il a demandé au premier ministre de ramener son fils à la maison. Il parle de la possibilité réelle d’une tragédie.

J’ai vu la santé d’Assange se détériorer au cours de ses années d’enfermement sans soleil. Il a une toux implacable, mais on ne lui permet même pas de se rendre à l’hôpital en toute sécurité pour une radiographie.

Malcolm Turnbull peut rester silencieux. Ou bien il peut saisir cette opportunité et utiliser l’influence diplomatique de son gouvernement pour défendre la vie d’un citoyen australien, dont le courageux service public est reconnu par d’innombrables personnes à travers le monde. Il peut ramener Julian Assange à la maison.
John Pilger


Traduction "on se souviendra de tous ces fake journalists collabos" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

Source : Le Grand Soir




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