dimanche 24 juin 2018

Le Nicaragua au fil du complot



Foto: Alejandro Sánchez
Vista de una protesta, ayer, en Nicaragua.


Nicaragua : la mécanique de la révolution de couleur en cours, expliquée








(Cet article a été vérifié en croisant ses informations avec celles que rapporte l’excellent journaliste d’investigation américain Max Blumenthal dans son article sur Grayzone, « US Gov. Meddling Machine Boasts of ‘Laying the Groundwork for Insurrection in Nicaragua ». A quelques détails près comme la participation de l’UE signalée ici ou le rôle central de la NED (National Endowment for Democracy, Fondation nationale pour la démocratie, une organisation émanée du gouvernement des USA consacrée à la « promotion de la démocratie dans le monde ») sur lequel se concentre Blumenthal, les deux rapportent des informations similaires ou complémentaires.
Et si ce qui suit rappelle la déstabilisation du Venezuela ou entre autres le Maïdan en Ukraine, c’est parce que le procédé est toujours le même. La rédaction d'Entelekheia)


Par Francisco Arias Fernandez
Paru sur Granma sous le titre Nicaragua : hilos del complot



En 2016 ou peut-être avant, des menaces de guerre contre le Nicaragua ont été entendues depuis Miami, alors que les rues des villes de cette nation étaient un exemple régional de sécurité, de paix et de prospérité, où un peuple travailleur et pacifique montrait avec orgueil les avancées socio-économiques des dernières années du gouvernement sandiniste, qui avait réussi à obtenir la concorde nationale après les pires expérimentations belliqueuses des USA en Amérique Centrale.

Sans aucune justification, alors que le Nicaragua reprenait sa place sur la carte du monde avec un méga-projet de canal inter-océanique fondamental pour l’économie du pays et de la navigation au niveau mondial, entre Miami et Washington, les membres du Congrès qui vivent de la guerre contre Cuba et le Venezuela se sont empressés de créer toutes sortes d’obstacles pour entraver la prospérité et le calme de la patrie d’Augusto César Sandino.

Les membres du Congrès d’origine cubaine anti-catristes de la Chambre des représentants, d’abord, et ensuite du Sénat, ont introduit en 2016 un projet de loi pour interdire les prêts financiers internationaux au Nicaragua, interdire les investissements étrangers et freiner l’important développement socio-économique qu’expérimentait le pays. Le châtiment impérial né du pire de l’élevage de vers de terre* anti-cubain, où selon diverses sources, il avait commencé à se tramer depuis 2015, a pris le prétexte d’un supposé manque de démocratie ; il s’est justifié comme « remède » pour « garantir la transparence électorale et combattre la corruption ». Le résultat de cette basse manœuvre a été la « Loi de conditions aux investissements nicaraguayens de 2017 » (Nicaraguan investment conditionality Act of 2017, Nica Act).

Ileana Ros-Lehtinen, Albio Sires, Marco Rubio et Ted Cruz, entre autres, les membres les plus rétrogrades et cavernicoles du Congrès, respectivement de Miami, du Texas et du New Jersey, ont de nouveau fait le pari de réinventer une contra et renverser le gouvernement sandiniste qui, pendant ce temps, gagnait encore et encore les élections grâce au soutien de la majorité de la population.
En tant que projet subversif, ses fils remontent bien plus loin que le Capitole, parce que les législateurs ont frappé à la porte de la machine à coups d’État made in USA, donné des directives pour la campagne médiatique, et passé commande auprès des agences et organisations spécialisées en guerre sale et coups d’État « soft » qui travaillent de concert et en fonction de la communauté du renseignement US en général et de la CIA en particulier.

Dans ce cas concret, les médias de presse internationaux ont documenté la participation de l’Agence des États-Unis pour le développement international (acronyme en anglais Usaid), de la Fondation nationale pour la démocratie (acronyme en anglais NED) et de l’Institut national démocratique pour les affaires internationales (NDI), ainsi que de leurs sous-traitants et filiales, qui travaillaient méticuleusement depuis l’élection en 2006** du président Daniel Ortega à réinventer un « nouveau leadership », en s’infiltrant sélectivement dans des secteurs-clés de l’économie, de la jeunesse, des étudiants, des petites et moyennes entreprises, des groupes écologistes, des féministes, entre autres, pour saper les bases du soutien au sandinisme.

Il est très révélateur que le 16 avril de cette année, sur le même scénario que les membres du Congrès anti-cubains, l’administrateur de l’Usaid, Mark Green, ait annoncé que son gouvernement allait continuer à soutenir la participation « libre, sûre et authentique » de la société civile nicaraguayenne, après avoir expliqué que les « États-Unis continuent de s’inquiéter de la fermeture des espaces démocratiques au Nicaragua, des violations systématiques des droits de l’homme et de la propagation de la corruption du gouvernement… »

En mars, les membres du Congrès Ileana Ros-Lehtinen et Albio Sire ont envoyé une lettre à l’administrateur de l’Usaid Green, dans laquelle ils demandaient que le gouvernement des USA revienne sur sa décision de « zéro aides » au Nicaragua à travers l’Usaid, une proposition pour la période fiscale 2018-2019. Malgré tout, ils l’ont exhorté à « éviter de soutenir des membres du secteurs privé corrompus, le blanchiment d’argent et le régime de Daniel Ortega ».

A la fin 2008, les médias de presse signalaient que l’Usaid avait déboursé cette année-là au Nicaragua au moins un million de dollars à destination d’ONG, de radios, et d’organismes politiques comme le Centre d’Investigations pour la Communication (Cinco), pour « influencer » les élections municipales.

Ce financement, qui était caché sous la forme de « petites donations » ne devant censément pas excéder 25 000 dollars, a donné lieu à des accusations selon lesquelles il faisait partie d’un plan à grande échelle financé par les USA et exécuté depuis cette date par des agents internes de la droite nicaraguayenne pour renverser le gouvernement du président Daniel Ortega.

La stratégie médiatique d’alors, montée pour se confronter au gouvernement sandiniste à partir des moyens de communication, a été exécutée à travers deux voies de financements : l’une dirigée par l’Usaid et l’organisme Casals & Associates [Aujourd’hui racheté par la firme DynCorp International, NdT] et l’autre, complétée par le dénommé Instrument de coopération au développement (ICD) de l’UE, lequel s’est employé à des campagnes et à des mobilisations pour déstabiliser le gouvernement. [Entre 2007 et 2013, l’UE a déboursé 214 millions d’euros en aides au Nicaragua, avec des priorités à la « gouvernance et la démocratie, l’éducation et les questions économiques et commerciales ».

L’aide européenne se concentre aussi sur les « droits de l’homme, l’égalité de genre et le soutien à des ONG ». Voir international Cooperation and Development, European Commission, Nicaragua, NdT]

Déjà en 2008, les médias de la presse nicaraguayenne avaient identifié au moins 14 projets subversifs de l’Usaid en cours dans tout le pays, sous les couvertures et intitulés les plus dissemblables, tous ayant bénéficié des financements cités.

Un autre rouage significatif de la machine américaine est l’Institut national démocratique (NDI), un instrument pour le « changement », un autre fil de la CIA qui se charge de la tant estimée « émancipation » des dénommés « agents pour le changement » (politique et de système) des pays dont les gouvernements ne sont pas du goût de Washington.

Ce 30 mai dernier, un journaliste suédois, Achim Rödner, avait fait référence à une tournée européenne que réalisaient ces jours-là trois étudiantes nicaraguayennes pour mobiliser des soutiens au complot contre le gouvernement sandiniste, et il affirmait qu’au moins l’une des trois jeunes représentait une organisation financée et créée par les États-Unis.

Il affirmait que Jessica Cisneros, active sur les thèmes de l’intégration et de la participation des jeunes aux processus politiques, est membre du Mouvement Civique de la Jeunesse [Movimiento Cívico de Juventudes, une organisation créée par le NDI dont la présidente actuelle est Madeleine Albright, Secrétaire d’État sous Bill Clinton, NdT].

Une autre des « agentes » qui compilaient de la haine contre le sandinisme et des soutiens pour un coup d’État était Yerling Aguilera, de l’université polytechnique (UPOLI) de Managua, et spécialiste en enquêtes sur la révolution et le mouvement féministe, qui – selon ce qu’affirme le journaliste suédois – a été également employée et consultante de l’Institut d’étude stratégiques et des politiques publiques (Instituto de Estudios Estratégicos y Políticas Públicas, Ieepp) au Nicaragua, une instance qui travaille pour « le renforcement de la capacité des acteurs politiques, étatiques et sociaux à mieux informer le public à travers des services créatifs et novateurs ». L’Ieepp a reçu une aide financière de la Fondation nationale pour la démocratie (NED) à hauteur de 224 162 dollars entre 2014 et 2017. [Et de 55 000 dollars pour 2017. Ce n’est que l’un des nombreux bénéficiaires d’aides de la NED au Nicaragua, qui a déboursé en tout 1 136 228 dollars en 2017 dans divers programmes dédiés à la « transparence », aux « droits de l’homme », à la jeunesse, à la « sensibilisation à la corruption », etc, au Nicaragua. Voir le site de la NED pour le détail des sommes et des intitulés des aides, NdT]
Entre 2014 et 2017, la NED a déboursé quelque chose comme 4,2 millions de dollars au Nicaragua.
La Usaid, le NDI et la NED ont une activité étendue au Nicaragua, avec des milliers d’activistes chargés de « changer la société », des centaines d’ONG, des universités et des partis politiques qui perçoivent de l’argent et du matériel pour leurs activités, qu’ils ont conçues non pas à travers les organisations politiques traditionnelles, mais d’organismes sournois, pour donner l’impression de « soulèvements spontanés » dus à un malaise social et cacher les très concrets intérêts hégémoniques du nord.

Bien qu’elles aient augmenté leur rythme de travail après la victoire électorale de Daniel Ortega en 2006, à partir de 2015 (parallèlement au Nica Act), les agences des USA ont accru leurs apports financiers et leurs recours à leurs « agents pour le changement » au Nicaragua, surtout au moyen de formations en leadership et d’argent pour les jeunes des universités, écoles, ONG et partis politiques.
Pour accompagner les partisans du coup d’Etat, Washington a donné l’ordre de diaboliser Daniel Ortega et son gouvernement, une entreprise à laquelle participe non seulement la Maison-Blanche, ses agences, alliés, satellites et mercenaires, mais aussi les grands monopoles de l’information et fabricants mondiaux de fake news, qui magnifient les événements intérieurs contre le gouvernement et attribuent toutes sortes de violations des droits de l’homme aux autorités, en omettant totalement les crimes et destructions des séides de l’Usaid, du NDI, de la NED et de la CIA, qui ont fait échouer le dialogue et les appels à la paix. Comme dans le cas du Venezuela, Donald Trump et ses assesseurs, faucons de mille invasions, ne croient ni au dialogue, ni aux pactes, et continuent à parier sur la guerre sur tous les fronts.

Le Nicaragua est revenu dans l’épicentre de la machine guerrière des USA, de la part des membres anti-cubains du Congrès et d’autres faucons vétérans des changements de régime. Washington tente de rééditer sa stratégie au prix d’encore plus de morts et de destruction dans les rues du Nicaragua.
Parmi les projets de l’Usaid servant la subversion au Nicaragua, se trouvent :
  • La participation citoyenne dans le processus électoral
  • L’incubation d’une culture de la transparence dans la jeunesse nicaraguayenne
  • Des formations pour les étudiants en communication pour leur faire produire des récits, reportages, etc, qui promeuvent l’auto-efficacité (l’individualisme).
  • Le multimédia pour la gouvernance démocratique
  • Le renforcement des droits civiques des femmes et des jeunes du bastion de l’opposition à Ortega Masaya.
  • Un cadre juridique pour les journalistes engagés dans l’action civique [Sous-entendu, l’action civique anti-Ortega, NdT]
Parmi ceux de la NED :
  • Favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de jeunes leaders démocratiques [se souvenir qu’aux USA, le mots « liberté » et « démocratie » sont synonymes de capitalisme, NdT].
  • Promouvoir l’accès à la justice et aux droits de l’homme au Nicaragua.
  • Promouvoir des élections municipales libres et non faussées
  • Promouvoir des valeurs démocratiques et l’organisation d’activistes de la société civile
  • Renforcer la capacité stratégique de la société civile à défendre la démocratie
Les tentacules du NDI :
  • Depuis 2010, il s’est associé à des universités nicaraguayennes et à des organisations civiles pour conduire un programme de leadership des jeunes qui a aidé à former plus de 2000 « leaders jeunes » (young leaders) pour préparer « une nouvelle génération de leaders ». Il a également travaillé à augmenter l’influence politique des femmes, des personnes LGBT et des processus électoraux.
  • Le Mouvement civique pour la jeunesse (Movimiento Cívico de Juventudes, MCJ) est une organisation financée, créée par l’Institut national démocrate (NDI).
  • Plusieurs membres de l’organisation sont diplômés du programme de formation en leadership et management en politique (Certificate in Leadership and Political Management, CLPM), un programme international du NDI.
Traduction de l’espagnol et notes par Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia


* L’expression « vers de terre » fait partie de la rhétorique socialiste cubaine (c’est un article de la publication cubaine Granma). Elle désigne les agents de tous types (militaires, politiques, agents des renseignements, activistes, etc), qui tentent de fomenter des soulèvements contre des leaders socialistes en Amérique Latine avec le soutien des USA. Elle est née lors de l’Opération de la Baie des Cochons (lien en français).
** Daniel Ortega a été président du Nicaragua de 1979 à 1990. Depuis janvier 2007, c’est le président en exercice à la suite de deux réélections consécutives, l’une en 2011 et l’autre, à une très large majorité (plus de 70% des voix), en 2016.



Source en français: Entelekheia



Daniel Ortega, Président du Nicaragua

Nicaragua : Lettre ouverte à Amnesty International 

par Camilo E. Mejia, le 17 Juin 2018
Vétéran, opposant et objecteur de conscience à la guerre en Irak (2003-2004) 
Ex-prisonnier de conscience d' Amnesty International (2004)


Par cette lettre, j'exprime ma condamnation sans équivoque d'Amnesty International au sujet de son rôle de déstabilisation au Nicaragua, la pays dans lequel je suis né.

Je commence cette lettre en citant Donatella Rovera qui avait été une des enquêtrices d'Amnesty International sur le terrain pendant plus de 20 ans :

« Les situations de ce conflit créent des environnements hautement politisés et polarisés. (…). Les acteurs et les parties intéressées traversent des distances extraordinaires pour manipuler et fabriquer des « preuves » pour qu'elles soient exploitées dans le pays et à l'étranger. Une récente, bien qu'en aucune façon unique, un exemple est fourni par le conflit syrien qui est souvent considéré comme « la guerre de YouTube » avec d'innombrables techniques de manipulation des séquences vidéo d'incidents survenus à d'autres moments, en d'autres lieux et même dans d'autres pays et qui les présentent comme des « preuves » des atrocités commises par l'une ou l'autre des parties dans le conflit syrien. »

Les observations de Mme Rovera, qui datent de 2014, décrivent correctement la situation actuelle du Nicaragua où même le préambule de cette situation a été manipulé pour provoquer la condamnation du Gouvernement nicaraguayen. La rapport d'Amnesty International intitulé intentionnellement « Tirer pour Tuer : Stratégie du Nicaragua pour réprimer la Protestation » pourrait être démonté point par point mais cela demanderait un temps précieux que le peuple nicaraguayen n'a pas. Par conséquent, je me concentrerai sur 2 points principaux :

Ce rapport n'est absolument pas neutre et le rôle que joue Amnesty International contribue au chaos dans lequel se trouve le pays.

Le récit fait, qui a le consensus de l'opposition locale et des médias corporatifs occidentaux, est le suivant : Le Président Ortega veut réduire de 5% le montant mensuel des retraites, augmenter la participation des employés et des employeurs au système de sécurité sociale. Les réformes ont provoqué des protestations auxquelles le Gouvernement a répondu par un acte génocide contre les manifestants pacifiques en assassinant plus de 60 personnes, pour la plupart des étudiants. Un jour ou 2 après, le Gouvernement nicaraguayen a dû attendre la tombée de la nuit pour déchaîner sa force de police pour décimer la population nicaraguayenne, nuit après nuit et ville après ville, détruisant dans ce processus ses propres édifices de Gouvernement et assassinant ses propres policiers jusqu'à finir son attaque assassine par un massacre le Jour de la Fête des Mères et en continuant de cette façon.

Alors que ce récit n'est pas repris de façon uniforme par tous les acteurs opposés au Gouvernement, les éléments qu'on y retrouve toujours sont le mot « génocide » et le fait que le président et a vice-présidente doivent partir.

Les affirmations d'Amnesty International se basent pour la plupart sur des témoignages de personnes et de victimes opposées au Gouvernement ou sur des informations manipulées et sans fondement diffusées par des médias d'opposition et un nombre incalculable d'organisations non gouvernementales (ONG) financées par les Etats-Unis connues collectivement sous le nom de « société civile. »

Les 3 organisations principales de médias citées dans le rapport sont Confidencial, 100% Noticias, et La Prensa, de super-ennemis du Gouvernement d'Ortega, presque tus es médias d'opposition et les principales ONG citées dans ce rapport reçoivent aussi de l'argent des Etats-Unis à travers des organisations comme l'Institut National Démocratique (NDI) et la Fondation Nationale pour la Démocratie (NED) qui a été qualifiée par le congressiste à la retraite Ron Paul « … d'organisation qui utilise nos impôts pour troubler la démocratie en arrosant avec de l'argent les partis ou les mouvements politiques qui lui sont favorables à l'étranger, qui participe à des « révolutions populaires de couleur » à l'étranger qui ressemble à ce que Lenine décrit comme une façon de voler le pouvoir qu'à de vrais mouvements démocratiques autochtones. »

Le rapport d'Amnesty International se base énormément sur la couverture de 100% Noticias, une chaîne de télévision qui a diffusé du matériel manipulé et incendiaire pour provoquer la haine contre le Gouvernement nicaraguayen comprenant même des images de manifestants pacifiques sans réaliser qu'ils portaient des pistolets, des fusils et qu'ils tiraient sur des membres de la police nationale pendant les incidents rapportés par la chaîne comme des actes de répression policière lors des marches de l'opposition. Le le Jour de la Fête des Mères, 100% Noticias a rapporté un soi-disant tir contre des manifestants désarmés par des franc-tireurs de la police et même un incident dans lequel cervelle d'un jeune a jailli hors de son crâne. La chaîne a corroboré le rapport avec une photo que Mme Rovera décrirait comme un « ...incident qui s'est produit à d'autres occasions, en d'autres lieux. » La photo jointe au rapport a été rapidement confrontée sur les réseaux sociaux avec des liens vers de vieux articles qui avaient utilisée la même image. 

Une des sources citées (Nota #77) pour corroborer le soi-disant refus de soins médicaux dans les hôpitaux de l'Etat aux patients blessés dans les manifestations de l'opposition – une des principales accusations répétées et réaffirmées par Amnesty International - est une conférence de presse diffusée par La Prensa pendant laquelle le chef du service de Chirurgie dément des affirmations qu'il était parti et que des fonctionnaires de l'hôpital avaient refusé des soins à des manifestants au début du conflit. « Je le répète », on l'entend dire : « Ce que j'ai reçu en tant que chef du service de chirurgie, c'est l'ordre de soigner, je veux être clair, soigner toute la population qui viendrait sans rien chercher à savoir. » en d'autres termes, l'une des sources d'Amnesty International contredit les allégations principales de son rapport.

Les exemples de preuves manipulées et fabriquées que nous avons cités, pour utiliser les mots de l'enquêtrice d'Amnesty International, ne sont que quelques-uns parmi beaucoup d'autres mais montrent l'essence de cette modalité du changement de régime patronnée par les Etats-Unis. Le rapport se nourrit d'affirmations provenant de personnes qui sont d'un côté du conflit et se base sur des preuves profondément corrompues. En dernier recours, il aide à créer l'image d'un Etat génocide en provoquant à son tour plus de sentiment anti-gouvernemental, dans le pays et à l'étranger et prépare la voie à encore plus d'intervention étrangère, et à une intervention de plus en plus agressive.

Un récit différent

Les réformes de la sécurité sociale, à l'origine, n'étaient pas des propositions du Gouvernement sandiniste mais des propositions du Fonds Monétaire International (FMI) et elles ont reçu le soutien du COSEP. Elles comprenaient l'augmentation de l'âge de la retraite de 60 à 65 ans et de la multiplication par 2 du nombre d'annuités nécessaires pour obtenir une pension, de 750 à 1500. Parmi les retraités touchés, environ 53 000, se trouvent les familles de combattants morts dans le conflit armé, aussi bien du côté de l'armée sandiniste que du côté de la “contra”, l'armée mercenaire financée par le Gouvernement des Etats-Unis dans les années 80, à peu près au moment où la NED fut créée, en partie pour arrêter la propagation du sandinisme en Amérique Latine.

Le Gouvernement du Nicaragua s'est opposé aux réformes du FMI, refusé la suspension des avantages des retraités et a proposé à la place une diminution de 5% de toutes les retraites, une augmentation de toutes les contributions à la sécurité sociale et une réforme fiscale qui revient sur un plafond d'impôts qui protège les salaires les plus hauts du Nicaragua. Le secteur patronal est devenu furieux et avec des organisations non gouvernementales a organisé les premières marches en utilisant le prétexte des réformes en les manipulant de la même façon que le rapport d'Amnesty International. Il explique : « … la réforme a augmenté les contributions à la sécurité sociale des patrons et des employés et demande une participation supplémentaire de 5% aux retraités. »

Selon la version de l'opposition, répétée et validée par Amnesty International, les manifestants sont pacifiques et le Gouvernement génocide et irrationnel commet des atrocités au vu et au su de tout le monde. Pendant ce temps, le nombre de morts parmi les sympathisants sandinistes et les officiers de police continue à augmenter. Le rapport affirme que les enquêtes balistiques indiquent que ceux qui tirent sur les manifestants sont probablement des franc-tireurs entraînés, suggèrent que c'est par le Gouvernement mais ne dit pas que de nombreuses victimes sont sandinistes, des citoyens ordinaires et des officiers de police. Il ne dit pas non plus que les manifestants « pacifiques » ont incendié et détruit plus de 60 édifices publics parmi lesquels beaucoup de mairies, de locaux sandinistes, de marchés, d'ateliers d'artisans, de stations de radio, etc... et il ne dit pas non plus que les manifestants ont installé des « barrages » ou des blocages de routes pur affaiblir l'économie et ainsi renverser le Gouvernement. Ces « barrages » sont devenus des endroits extrêmement dangereux où l'assassinat, le vol, l'enlèvement et le viol d'au moins une fillette se sont produits. Une jeune femme enceinte dont l'ambulance a été arrêtée par un barrage est morte le 17 mai. Tous ces crimes surviennent quotidiennement et sont bien prouvés mais ils ne sont pas dans le rapport d'Amnesty International.

L'organisation a raison de critiquer la mauvaise réaction du Gouvernement face aux protestations initiales mais cette réaction n'a pas été totalement erronée. Selon le rapport, la vice-présidente Murillo a dit, entre autres choses que « … ils (les manifestants) se sont inventé des malheurs (…) dans le cadre d'une stratégie contre le Gouvernement. » Ce qu' Amnesty International reprend pas en compte, c'est que plusieurs des étudiants qui avaient été déclarés morts sont réapparus en vie, l'un d'entre eux en Espagne. D'autres n'avaient pas été assassinés lors des protestations et n'étaient ni des étudiants ni des activistes. L'un d'entre eux a été tué par une balle perdue et un autre est mort d'une crise cardiaque dans son lit.

Le rapport d'Amnesty International ne tient pas compte non plus du fait que beaucoup d'étudiants ont quitté le mouvement en alléguant qu'il y a des délinquants retranchés dans les universités et sur divers « barrages » qui ne sont intéressés que par la déstabilisation du pays. Ces criminels ont créé un état de peur constant parmi la population en imposant des « impôts » à ceux qui veulent circuler, en persécutant ceux qui refusent d'être arrêtés, en les enlevant, en les frappant, en les torturant et en mettant le feu à leurs voitures. Une pratique qui est devenue habituelle est de déshabiller les victimes, de peindre leur corps en public en bleu et blanc, les couleurs du drapeau nicaraguayen, pour ensuite les libérer et les faire courir avant de leur tirer dessus avec des mortiers. Toutes ces informations, qui ne se trouvent pas dans le rapport, sont disponibles sur de nombreuses vidéos et dans d'autres sources.

Pourquoi le Nicaragua?

Le compte-rendu le plus basique de l'histoire entre le Nicaragua et les Etats-Unis montre une rivalité évidente. A partir de la moitié du XIX° siècle, le Nicaragua a résisté à l'ingérence étasunienne dans ses affaires intérieures, une résistance qui s'est poursuivie pendant le XX° siècle, d'abord avec la lutte du Général Augusto C. Sandino dans les années 20 et 30 et ensuite avec les Sandinistes, organisés dans le Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN), qui, en 1979, a renversé la dictature de la famille Somoza qui avait été soutenue par les Etats-Unis pendant plus de 40 ans. Le FSLN, bien qu'il soit arrivé au pouvoir grâce à la lutte armée, a organisé des élections peu après son triomphe en 1984, et perdu le pouvoir dans les urnes en 1990 face à une coalition de partis politiques de droite également soutenus par le Gouvernement étasunien. Grâce à des pactes avec l'église et l'opposition, le FSLN a gagné une nouvelle fois les élections en 2006 et est resté au pouvoir depuis lors.

En plus des étroites relations entre le Nicaragua et le Venezuela, Cuba, la Russie et en particulier la Chine avec laquelle le pays a signé un contrat pour la construction d'un canal, l'autre raison principale pour laquelle les Etats-Unis poursuivent leur campagne anti-sandiniste est la réussite du modèle économique mis en place par le Gouvernement du Nicaragua qui représente une menace pour l'existence de l'ordre économique néolibéral imposé par les Etats-Unis et leurs alliés.

Bien qu'il soit parmi les nations les plus pauvres du continent américain et du monde, le Nicaragua a réussi, depuis qu'Ortega est revenu au pouvoir en 2007, à réduire la pauvreté des 3 quarts. Avant les protestations d'avril, l'économie du pays avait une croissance constante d'environ 5% depuis plusieurs années et était la troisième économie d'Amérique Latine en terme de rapidité de la croissance économique et le pays était l'un des pays les plus sûrs de la région.

Les améliorations d'infrastructures faites par le Gouvernement ont facilité le commerce entre les citoyens les plus pauvres du Nicaragua, on a créé un accès universel à l'éducation primaire, secondaire et universitaire, il y a des programmes concernant la terre, le logement, l'alimentation et bien plus. Le système de santé, bien que modeste, est non seulement excellent mais accessible à tous. Environ 90% des aliments consommés par les Nicaraguayens sont produits au Nicaragua et environ 70% des emplois ne viennent pas des grandes entreprises transnationales mais de l'économie populaire et même de petits investisseurs des Etats-Unis et d'Europe qui sont venus dans le pays pour devenir une force de stimulation de l'économie du tourisme.

L'audace du succès, donner à ses citoyens les plus pauvres une vie digne, être un exemple de souveraineté pour des pays plus riches et plus puissants, le tout en totale contradiction avec le modèle néolibéral et sa visée de privatisation et d'austérité, a mis encore une fois le Nicaragua dans la ligne de mire de l'intervention étasunienne. Imaginez l'exemple pour les autres pays – leurs économies déjà étranglées par les politiques néolibérales – qui prendraient conscience que l'un des pays les plus pauvres de la terre peut nourrir sa population et faire croître son économie sans avoir à lancer ses citoyens les plus pauvres sous la botte de fer du capitalisme. Les Etats-Unis ne toléreront jamais un exemple aussi dangereux.

Conclusion

Le Gouvernement nicaraguayen a des insuffisances et des contradictions sur lesquelles il doit travailler comme tous les Gouvernements et en tant que sandiniste, je voudrais voir le parti se transformer sur plusieurs choses importantes aussi bien internes qu'externes. Cependant, je me suis abstenu de parler de ces déficiences et de ces contradictions parce que les protestations violentes et le chaos que nous vivons ne sont pas le résultat des déficiences du Gouvernement nicaraguayen mais bien plus de ses nombreuses réussites. Cette vérité qui fâche est la raison pour laquelle les Etats-Unis et leurs alliés, et même Amnesty International ont opté pour « … créer un environnement hautement politisé et polarisé (…) traverser des distances extraordinaires pour manipuler et fabriquer des « preuves » pour qu'elles soient exploitées dans le pays et à l'étranger. »

Au moment où l'Organisation des Etats Américains, les nations Unies et le Vatican disent que les réformes pacifiques sont la seule façon de sortir du conflit, Amnesty International continue à implorer la communauté internationale de ne pas « abandonner le peuple nicaraguayen.» Une position aussi tendancieuse, aussi pleine d'informations manipulées, déformées et unilatérales, a aggravé la situation au Nicaragua. La perte de vies nicaraguayennes, même le sang des personnes ignorées par Amnesty International, a été utilisée pour fabriquer des « preuves » utilisées dans le rapport de l'organisation et fait de cette organisation la complice de n'importe quelle future intervention étrangère qui pourrait s'abattre sur le peuple nicaraguayen. Maintenant, l’organisation doit corriger le mal qu'elle a fait et le faire d'une façon qui reflète un fort engagement envers la vérité, quelle qu'elle soit et envers la neutralité, la paix, la démocratie et toujours envers la souveraineté de tous les pays du monde.

Sincèrement,

Camilo E. Mejia

Vétéran, opposant et objecteur de conscience à la guerre en Irak (2003-2004) 
Ex-prisonnier de conscience d' Amnesty International (2004)
Né au Nicaragua, citoyen du monde

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos




Aucun commentaire: