mercredi 9 mai 2018

Sexe et branlette sur internet



« La visibilité du corps pornographique échappe aux lieux disciplinaires comme le sont notamment la famille, l’école et les établissements éducatifs ou d’apprentissage, et les lieux de travail » Laurie Laufe

« La pornographie peut être lue comme une carte très précise des frontières morales de la culture au sein de laquelle elle émerge : la pornographie commence là où s’arrêtent les convenances et la bienséance » Laura Kipsnis.




"Le phénomène est essentiellement masculin, selon Nicholas Borgogna, psychologue de l’Université de l’Alabama du Sud. « La pornographie en général est beaucoup plus utilisée par les hommes, particulièrement pour ce qui est de la consommation fréquente. Nous avons vu une association entre la religiosité, le désir d’éviter les expériences à caractère sexuel et le risque de consommation problématique de pornographie. Il reste maintenant à voir si c’est un lien causal. »
Il n’y a pas de définition admise de consommation problématique de pornographie, mais un seuil de plus d’une heure par jour est fréquemment mentionné. « Ça dépend beaucoup de l’individu, dit M. Borgogna. S’il n’a pas de problèmes conjugaux, ou alors si ça ne lui nuit pas au travail, il peut ne pas y avoir de problème malgré une utilisation fréquente des sites pornos. Une étude il y a 20 ans a rapporté que les symptômes négatifs, la dépression et l’anxiété commencent à partir de neuf heures par semaine. Dans ma pratique, je vois que si une personne passe plus d’une heure par jour sur les sites pornos, il y a généralement un problème ailleurs dans sa vie. » Il s’agit d’un seuil souvent utilisé par les études sur l’utilisation de la porno." Matthieu Perreault


 


Le porno est-il mauvais pour la santé? Si l’on en croît la science, l’accès et la consommation de porno sur internet a des effets directs sur notre cerveau. Selon Olivia Ovenden, journaliste à Esquire UK qui a recensé bon nombre des études récentes à ce sujet, on peut identifier 4 problèmes majeurs :
Selon
un rapport du Max Planck Institute de Berlin, la zone du cerveau qui est activée à chaque fois que l’on regarde du porno a tendance à rétrécir avec le temps, ce qui va de pair avec une baisse de satisfaction. Résultat, on a tendance à regarder du contenu de plus en plus hardcore pour compenser et parvenir à la même stimulation sexuelle. Sommes-nous d'éternels insatisfaits ? Les chercheurs nous laissent encore le bénéfice du doute: “Ce n’est pas très clair si c’est le fait de regarder du porno qui conduit à des changements dans le cerveau ou si les gens nés avec un certain type de cerveau regardent plus de porno”.
Alors que certains font un lien entre le porno et le dysfonctionnement érectile,
une étude analysant les habitudes de 280 hommes a recensé une plus grande excitation sexuelle chez les personnes regardant régulièrement des films X chaque semaine. Conclusion: la consommation de porno améliorerait la réponse aux stimuli sexuels. Dans la même étude, on apprend également que la fréquence de visionnage de pornographie est liée à l’augmentation du désir sexuel solo ou avec un partenaire. Malgré tout, on nous précise “qu’il n’y a pas de relation entre le nombre de films pornographiques visionnés et le fonctionnement érectile avec un partenaire”.
Dans la même logique, un rapport du Journal of Sexual Medicine affirme qu'il n'existe pas de lien statistique significatif entre les problèmes d’érection et le porno.





Le Porno 2.0, ta vie et ton cerveau

 Par Boris Laurent

Un refus, des macaques et du catch de spermatozoïdes à la télévision

Tout commence il y a quelques années sur le net, ce nouveau continent. Une bande de jeunes hommes décident de jeter la pornographie en ligne aux oubliettes. Leur mot d’ordre, plus aucun contact au sexe qui ne soit pas dans le monde réel.

Le mouvement NoFap naît.

Rassemblant aujourd’hui des centaines de milliers d’hommes et de femmes dans le monde, on ne compte plus le nombre de forums et vidéos YouTube sur le sujet, et c’en est à un point tel qu’une sorte de mystique se développe autour du courant : on intègre des éléments du taoïsme, du Tantra, on parle énergie, force de vie, mais on reste aussi globalement très terre-à-terre : NoFap est un mouvement athée et repose en grande partie sur de solides bases scientifiques.

Si le mouvement NoFap était un produit concret, il serait étudié comme un exemple de succès immédiat. Dans ce monde saturé d’informations, le temps d’attention vaut de l’or, alors quand un courant de pensée explose, c’est que les gens n’attendaient que lui : il répond à un besoin, et les pros du marketing n’ont plus qu’à s’assoir et étudier le phénomène.

La vague NoFap est le fruit d’une époque, mais une époque est le fruit de l’infinité des époques précédentes.

Le sexe est à la fois central et à la fois tabou dans nos vies. Pulsion la plus forte mais aussi la plus potentiellement déstabilisatrice pour un groupe humain, le sexe est plus tabou là où la vie et sa pérennité demande plus de sacrifices : jouer au docteur est un énorme vecteur potentiel de maladies, mais est aussi un énorme vecteur de jalousies !

Alors dans un environnement difficile, pas question de maladies qui se rependraient facilement, pas question de conflits qui affaibliraient le groupe, pas question d’une démographie incontrôlée, et surtout pas question de perdre l’une des plus fortes motivations de conquête et d’innovation, surtout pour les hommes.

Les hommes face au sexe sont comme des abeilles tournant autour d’un pot de confiture. Complétement fascinés, prêt à tout pour y accéder, mais très vite pris au piège. Ceci ne date pas d’hier : même les macaques mâles sont prêts à sacrifier de la nourriture pour voir des images érotiques de macaques femelles ( Deaner RO, Khera AV, Platt ML, 2005).

Les femmes aussi bien évidemment ont des envies, mais elles sont nettement moins susceptibles de se faire mener à la b(r)aguette par l’instinct reproductif et donc de devenir addicts à la pornographie même si cela les concerne aussi.

Si les hommes aiment plus la pornographie que les femmes, c’est en fait de par nos différences de constitution et d’intérêt dans la reproduction. Un ovule pour des millions de spermatozoïdes, c’est l’offre et la demande, et nos instincts le savent très bien.

Du point de vue nos gènes et très schématiquement, les deux sexes n’ont pas les mêmes rôles. Le job de la femme est d’accueillir le partenaire de la plus grande qualité génétique possible, tandis que le job de l’homme est de disséminer ses gènes un maximum possible.
Un exemple : plus il y a d’hommes disponibles dans un environnement, plus la femme sera attirée sur le plan physique par l’homme aux traits les plus symétriques. (Watkins, C. D., Jones, B. C., Little, A. C., DeBruine, L. M., & Feinberg, D. R. 2012).

Du coté des hommes, dans une étude de 2002 des chercheurs se sont mis à analyser les grandes tendances des sites X. Ils se sont rendus compte que bien que la polygynie (un homme pour plusieurs femmes) se retrouve dans presque toutes les sociétés humaines, et que l’inverse soit très rare, on constate que sur les sites adultes les vidéos qui ont le plus de succès sont celles mettant en scène de la polyandrie, c’est-à-dire les gang… euh … bon une femme pour plusieurs en hommes, quoi (Pound, N. 2002).

En vrai professionnels, d’autres chercheurs allèrent jusqu’à analyser la semence de sujets à qui l’on avait demandé de regarder ce type de vidéo polyandre dans un labo. Oui il y a des scientifiques déterminés, et ça c’est beau.

Ils se sont rendu compte qu’après avoir vu une telle scène, les spermatozoïdes des sujets étaient nettement plus agités que lorsqu’ils regardaient d’autres types de scénarios.

Lorsque un homme voit une scène sexuelle impliquant une femme pour plusieurs hommes, son cerveau capte l’information et met littéralement le système reproductif sur le pied de guerre : le sujet entre dans une compétition spermatique avec les hommes présents dans la vidéo, ce qui augmente la mobilité de ses spermatozoïdes afin de rivaliser avec celui des autres hommes (Kilgallon, S. J., & Simmons, L. W. 2005).

Les scènes de polyandrie sont donc une sorte de combat de catch virtuel pour les hommes consommateurs de pornographie et leurs spermatozoïdes.

Si le cerveau repère une scène de polyandrie, il envoie le signal aux spermatozoïdes de bomber le torse car un combat approche, et il fait cliquer l’individu sur la vidéo pour aller se confronter et gagner la compétition, c’est-à-dire féconder la femme. Notre cerveau a du mal à distinguer fiction et réalité : les gens qui regardent régulièrement des séries TV reportent par exemple en général avoir une vie sociale globalement riche, même s’ils n’ont pas vraiment d’amis (Kazanawa, 2002).

Il est étonnant que de tels mécanismes instinctifs se révèlent via la pornographie alors que dans la réalité très peu de gens feront le dixième de ce que proposent ces vidéos. Mais les sites porno permettent de faire vivre tous les fantasmes, et s’ils le permettent, c’est parce que le virtuel met de côté notre inhibition sociale.

L’inhibition sociale est littéralement ce qui nous différencie de l’animal, et le siège de ce comportement se situe dans ce qu’on appelle le cortex préfrontal. Le cortex préfrontal contrôle nos hautes capacités humaines : raisonnement, planification, motivation, contrôle de soi, ambition, et tout un tas d’autres choses. Le premier problème est que cette partie du cerveau en prend un sacré coup par le porno moderne (Kühn, Gallinat, 2014). Le deuxième se situe dans l’âge moyen du consommateur.

Dans sa désormais célèbre conférence « The great porn experiment », Gary Wilson lâche une bombe : en 2009, lorsqu’un scientifique a voulu faire une étude sur les effets de la pornographie chez les jeunes, il n’a pas su trouver un seul garçon qui ne consultait pas de sites pornographiques. Le deuxième problème est donc qu’une grosse partie des consommateurs de porno 2.0 sont des ados, précisément la période de la vie où le cerveau est le plus malléable puisqu’en pleine construction.

HackHub, YouHack, RedHack, Jacquie et MichHack

Au 21ème siècle le dernier des péquenauds peut voir en dix minutes autant de vagins ou de pénis qu’un de ces ancêtres n’en auraient pu voir en trois vies.

Ce genre de situation anormale à laquelle notre cerveau n’est pas préparé par l’évolution est ce que les scientifiques appellent un « supernormal stimulus » (au cas où vous cherchiez un bon nom de groupe de rock).

Les images statiques de magazines coquins de nos grands-parents n’ont plus rien à voir avec les vidéos en haute définition d’aujourd’hui (Julien, E., & Over, R. 1988). Les premières étaient du divertissement intense impliquant l’imaginaire, les secondes sont de véritables séances d’hypnose boostées aux amphétamines : un stimulus anormal.

Le secret de ce bouleversement se joue via un neurotransmetteur qu’on appelle dopamine. La dopamine est responsable de la recherche de récompenses et de gratification. Elle nous donne la motivation de poursuivre nos buts, à court comme à long terme.

Une étude sur des rats a démontré qu’en inhibant totalement leur production de dopamine, ils n’avaient même plus la volonté de s’alimenter et se laissaient mourir de faim. Mais s’ils étaient au contraire gavés de dopamine, cela déclenchait un effet presque similaire et les rats devenaient extrêmement paresseux (Ruegsegger, G. N., Toedebusch, R. G., Will, M. J., & Booth, F. W. , 2015 ; Zhou, Q. Y., & Palmiter, R. D. 1995).

Quand une tempête survient, vous fermez les portes et fenêtres de votre maison. Après un gros pic anormal de dopamine, le cerveau fait la même chose pour ne pas surchauffer, il ferme ses récepteurs pour limiter la casse. La différence est qu’une fois le soleil revenu, vous allez rouvrir vos fenêtres. Le cerveau, lui, se prépare à connaitre une nouvelle tempête et garde ses fenêtres fermées encore pour un moment.

Ceci rend la maison obscure. Et puisque la maison est obscure, c’est-à-dire puisque les récepteurs sont diminués et que la vie perd de son goût, on retourne vers la tempête qui nous fait vivre des émotions fortes.

Peu à peu, le cerveau délaisse les obligations plus bénignes, et en vient finalement à devenir un fervent chasseur d’ouragan. C’est un peu le syndrome de Stockholm version neuronale, et c’est ce qui explique que les addicts aux drogues dures vivent rarement dans des environnements hygiéniques, sains et propres : la satisfaction d’être propre est une goutte d’eau de plaisir en comparaison avec le torrent de la drogue.

Les effets d’un niveau bas de dopamine ? Fatigue chronique ; perte de motivation pour toutes les choses simples de la vie ; insomnies ; humeurs irrégulières ; mémoire et estime de soi faibles ; anxiété sociale ; chute de la libido et troubles sexuels ; incapacité à se concentrer ; et in fine, dépression (Tye, K. M., Mirzabekov, J. J., Warden, M. R., Ferenczi, E. A., Tsai, H. C., Finkelstein, J. & Gunaydin, L. A. 2013).

Lorsque vous êtes excités sexuellement, vos niveaux de dopamine montent à près du double de ceux provoqués par la nourriture — ce qui est énorme (Di Chiara et al., 1999 ; Fiorino and Phillips, 1997). Mais contrairement à la prise d’une drogue faisant monter les niveaux très hauts mais d’une façon très courte, on peut rester de longues minutes sur des sites pornographiques, et ce plusieurs fois par jour et/ou tous les jours. On maintient donc un niveau très haut et en plus très longtemps, et là encore se cache un mécanisme instinctif.

Si l’on sait rarement se contenter d’une seule vidéo, c’est à cause de ce qu’on appelle « l’effet Coolidge ». L’effet Coolidge a premièrement été étudié chez les rats mâles : à chaque fois qu’on réintroduisait une femelle féconde juste après qu’il se soit reproduit, le rat recommençait à copuler, et ainsi de suite jusqu’à l’épuisement physique. Comme on pouvait s’y attendre, cet effet était plus présent chez les mâles que les femelles, et le même principe de regain d’excitation face à la nouveauté se retrouve chez l’être humain (Morton & Gorzalka, 2014).

Les sites de pornographie en ligne consistent en une offre de milliers de vidéos courtes sur lesquelles les utilisateurs vont cliquer les unes à la suite de l’autre, et donc sans cesse renouveler le processus de l’effet Coolidge ; sans cesse relancer un pic de dopamine de par l’excitation d’un nouveau partenaire ou d’un nouveau plan de caméra. Ces répétitions fréquentes rappellent ceux provoqués par la cigarette et ses nombreuses petites bouffées de fumée inhalées, qui vont à chaque fois apporter une stimulation.

La cigarette ne produit pas autant d’effet qu’une drogue dure, mais c’est la répétition, le martèlement qui va entraîner le cerveau à s’adapter et en redemander plus souvent sur le long terme. Les effets néfastes de telles répétitions n’apparaissent pas d’un coup, de façon tangible et concrète, car l’habitude et ses dommages fonctionnent selon le principe de l’effet cumulé. Et eux aussi peuvent être énormes.

En plus de l’incapacité à trouver l’excitation nécessaire dans une rencontre réelle de par la saturation régulière en dopamine, et l’anxiété qui est soit de « ne pas être à la hauteur » par la comparaison inconsciente aux acteurs, soit de ne pas arriver à satisfaire une femme imagée et mythifiée par le décalage du virtuel, de plus en plus d’hommes souffrent de sérieux troubles érectiles à cause d’une haute consommation pornographique (Park, B. Y., Wilson, G., Berger, J., Christman, M., Reina, B., Bishop, F., … & Doan, A. P. 2016).

En proportion à la consommation, le cerveau va cesser d’associer le plaisir sensuel et sexuel avec la recherche d’une relation réelle et tout ce qui s’en suit (séduction, apprêtement, développement personnel, drague, etc.), mais l’associer plutôt avec une vidéo. Il va tout naturellement rechercher la récompense par le chemin le plus facile.

Le plaisir concentré et l’effacement d’inconvénient de recherche, de la quête, rappelle un des maux de ce siècle : la nourriture industrielle hyper concentrée en sucres et graisses de mauvaise qualité.

Les marques fournissant ces aliments ont précisément isolé ce que nous adorerions le plus, et nous le propose en version concentrée. Cette consommation supernormale aboutit inévitablement à une reconfiguration des circuits neuronaux afin de s’adapter aux surstimulations, et ce quel que soit le sujet (bien que l’intensité de l’impact diffère d’un sujet à l’autre) : les personnes mangeant trop de nourriture industrielle voient leurs circuits de la récompense altérés (Davis, J. F., Tracy, A. L., Schurdak, J. D., Tschöp, M. H., Lipton, J. W., Clegg, D. J., & Benoit, S. C. 2008 ; Sharma, S., & Fulton, S. 2013).

Via un même processus d’accoutumance, le cerveau soumis au porno se désensibilise peu à peu. Il s’habitue au supernormal stimulus. Le sujet va donc rechercher des stimulations toujours de plus fortes pour maintenir plaisir et excitation, ce qui explique l’escalade vers des vidéos toujours de plus en plus hard chez beaucoup de consommateurs.

Cette escalade ne va pas que créer de nouvelles préférences, de nouveaux goûts superficiels, elle peut carrément créer de nouveaux fétichismes tenaces, des conditionnements : il est par exemple possible par simple conditionnement de rendre des hommes complètement excités à la simple vue de chaussures de femmes (Rachman, Hodgson, 1968). Et dans son livre « Psychology », David Myers rapporte l’histoire d’un ami qui devenait excité lorsqu’il sentait l’odeur de l’oignon car sa première petite amie en mangeait beaucoup. Il avait associé oignon et érotisme.

Alors voilà le constat : la pornographie en ligne opère un « hack » du cerveau, un bidouillage, une manipulation accaparant toute son attention et entrainant très facilement une addiction discrète ou extrême. Cette constante surstimulation va remodeler le cerveau, et les utilisateurs réguliers vont développer les mêmes changements que les individus toxicomanes en proportion à leur taux de consommation.

Mais l’effet le plus inquiétant est sans doute la baisse d’activation dans le cortex préfrontal, cette partie dont on parlait plus tôt. Plus précisément, une partie très touchée du cortex préfrontal est sa partie dorsolatérale, qui permet de réguler l’impact de nos émotions, de parvenir à maintenir un effort et une concentration et à accepter une gratification différée.

Plus l’on regarde du porno, plus on aura de mal à tenir une heure de cours sans aller sur Netflix, à remplir ses dossiers, à cuisiner plats sains, aller au sport, s’investir pour les siens. Et de par son déséquilibre provoqué sur la dopamine, aussi impliquée dans la mémoire la créativité, la motivation d’apprentissage et également la mémoire sociale seront aussi touchées.

Combien de temps faut-il pour que ces altérations se profilent ? Les changements plastiques dans le cerveau apparaissent en proportion à la consommation, comme pour les jeux vidéo et même les séries TV. Dans une étude, le cerveau des joueurs se remodelait déjà pour s’accoler au mieux à la tâche après seulement 5 jours de pratique (Ahn Hyeon Min, Chung Hwan Jun, Kim Sang Hee, 2015). Oui, cinq.

Le sexe faible ?

Vous croyez que c’est fini ? Ah, non.

La pornographie en ligne à dose régulière ne fait pas que réduire la confiance en soi, la motivation, l’intelligence ou encore la libido.

Elle rend littéralement les hommes moins hommes.

Il a été démontré chez les rats et chez d’autres mammifères qu’il se produit après l’éjaculation une diminution des récepteurs androgéniques (la testostérone est un androgène), une hausse des récepteurs d’œstrogènes, ainsi qu’une hausse d’opioïdes diminuant la puissance de la dopamine (Romano-Torres, M., Phillips-Farfán, B. V., Chavira, R., Rodríguez-Manzo, G., & Fernández-Guasti, A. 2007 ; Phillips-Farfán, B. V., Lemus, A. E., & Fernandez-Guasti, A. 2007).

En d’autres termes, le cerveau masculin absorbe littéralement moins de sa testostérone après une éjaculation, mais par contre plus d’hormones féminines et diminue encore la puissance de la dopamine.

Les récepteurs androgènes ont un rôle essentiel dans le développement des hommes : leur activité est liée à la masculinisation du cerveau, c’est-à-dire au comportement sexuel et social des hommes, et il a été prouvé qu’un mauvais fonctionnement de ces récepteurs provoque ou augmente l’anxiété sociale et l’anxiété en général.

Ces changements demandent 3 à 4 jours pour s’inverser, tandis que la complète remise à niveau de ces récepteurs arrive environ 15 jours après la phase de satiété sexuelle, une phase de satiété qui est induite par une autre hormone qu’on appelle prolactine (Rodríguez-Manzo, G., Guadarrama-Bazante, I. L., & Morales-Calderón, A. 2011 ; Brody, Krüger, 2006).
Après un orgasme issu d’une vraie relation sexuelle, les taux de prolactine sont 400% plus élevés que lors d’un orgasme issu d’une masturbation. Par cette satisfaction sexuelle suivant l’accouplement, elle permet aux récepteurs des androgènes de se resynthétiser pour que la testostérone puisse se réceptionner efficacement et faire son boulot.

Le porno amène beaucoup d’hommes à se masturber 1 à 2 fois par jour 7 jours sur 7, ce qui possible car la masturbation relâche beaucoup moins de prolactine en comparaison à une relation réelle. Faire l’amour plusieurs fois de suite est bien sûr possible, mais très peu de gens font l’amour 1 à 2 par jour 7 jours sur 7 (sauf peut-être le gars avec ses oignons).

Éjaculer plusieurs fois par jour et tous les jours va de plus créer un “effet yoyo” sur la norépinéphrine et l’ocytocine. La norépinéphrine est un neurotransmetteur associé au stress et à la réaction de lutte ou de fuite : elle vous aide à être plus alerte et plus concentré pendant la journée. Quant à l’ocytocine, elle vous lie aux gens. C’est l’hormone qui est libérée en quantités énormes quand les pères et les mères tiennent leurs nouveau-nés et aussi quand un couple fait l’amour passionnément. Avec l’orgasme, cela déclenche un sentiment de connexion avec le partenaire, mais devant du porno, il n’y a rien à lier sauf des pixels.

En bout de course, il est donc logique que l’usage de pornographie soit négatif pour le couple, et puisque les gens sont désormais vus sous le prisme sexuel, que la pornographie augmente aussi plus ou moins subtilement l’envie de tromper son partenaire (Zillman, Bryant, 1988 ; Lambert, N. M., Negash, S., Stillman, T. F., Olmstead, S. B., & Fincham, F. D. 2012 ; Campbell, Cohut, 2017).

Bref, certains diront que tout est dans la modération, d’autres que l’intransigeance est parfois nécessaire voire meilleure. Question de principes. D’expérience. De maîtrise et de connaissance de soi.

Mais il faut bien le dire : rien ne vaut l’amour du réel lorsque l’amour réel se régale.


Pour la prochaine, vous verrez comment agir directement sur la structure du cerveau pour combattre addictions, pensées négatives et mauvaises habitudes. Boris Laurent
 

A lire :

- «un extrait de « Comment se saisir de la pornographie? » de Laura Kipnis



- « Les profits du travail pornographique » de Matthieu Trachman



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