mardi 29 mai 2018

Notre Terre qui êtes la ZAD



"La passion politique et policière du gaz lacrymogène n’est-elle pas la parfaite métaphore de ce fascisme à l’état gazeux ? Si le macronisme est l’autre nom du vide, c’est peut-être une des raisons pour lesquelles, il se répand partout comme un gaz suffoquant, ne ménageant aucune échappatoire possible. Mais c’est un gaz à la fois inflammable… et explosif.

Olivier Long, universitaire, peintre et chroniqueur du désastre





« Ce qui se passe à Notre Dame des Landes illustre un conflit qui concerne le monde entier. Il met aux prises, d’une part, les puissances financières résolues à transformer en marchandise les ressources du vivant et de la nature et, d’autre part, la volonté de vivre qui anime des millions d’êtres dont l’existence est précarisée de plus en plus par le totalitarisme du profit. Là où l’État et les multinationales qui le commanditent avaient juré d’imposer leurs nuisances, au mépris des populations et de leur environnement, ils se sont heurtés à une résistance dont l’obstination, dans le cas de ND des Landes, a fait plier le pouvoir. La résistance n’a pas seulement démontré que l’État, « le plus froid des monstres froids », n’était pas invincible – comme le croit, en sa raideur de cadavre, le technocrate qui le représente – elle a fait apparaître qu’une vie nouvelle était possible, à l’encontre de tant d’existences étriquées par l’aliénation du travail et les calculs de rentabilité. Une société expérimentant les richesses de la solidarité, de l’imagination, de la créativité, de l’agriculture renaturée, une société en voie d’autosuffisance, qui a bâti boulangerie, brasserie, centre de maraîchage, bergerie, fromagerie. Qui a bâti surtout la joie de prendre en assemblées autogérées des décisions propres à améliorer le sort de chacun. C’est une expérience, c’est un tâtonnement, avec des erreurs et ses corrections. C’est un lieu de vie. Que reste-t-il de sentiment humain chez ceux qui envoient flics et bulldozer pour le détruire, pour l’écraser ? Quelle menace la Terre libre de ND des Landes fait-elle planer sur l’État ? Aucune si ce n’est pour quelques rouages politiques que fait tourner la roue des grandes fortunes. La vraie menace est celle qu’une société véritablement humaine fait peser sur la société dominante, éminemment dominée par la dictature de l’argent, par la cupidité, le culte de la marchandise et la servitude volontaire. C’est un pari sur le monde qui se joue à ND des Landes. Ou la tristesse hargneuse des résignés et de leurs maîtres, aussi piteux, l’emportera par inertie ; ou le souffle toujours renaissant de nos aspirations humaines balaiera la barbarie. Quelle que soit l’issue, nous savons que le parti pris de la vie renaît toujours de ses cendres. La conscience humaine s’ensommeille mais ne s’endort jamais. Nous sommes résolus de tout recommencer. »

Raoul Vaneigem





À Notre-Dame-des-Landes comme ailleurs, seul un territoire en lutte peut s’opposer à la normalisation industrielle agricole


Extrait de
Déclaration des Agriculteurs et agricultrices
membres de comités de soutien à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes contre l’aéroport, depuis  2012
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Nous vivons actuellement dans les campagnes, dans les fermes, des situations catastrophiques. Harcèlement réglementaire, normatif et judiciaire, contrôles administratifs avec des gendarmes à répétition, saisies de troupeaux, interdictions de vente sur les marchés pour non-respect des normes administratives, sanctions pour refus de contrôle, internements forcés dans le cadre des "protocoles suicide"... Du coup plus de 10 000 fermes disparaissent chaque année laissant derrière elles des ruines, des vies de salariés ou des morts et bien sur des sociétés agricoles qui s’agrandissent en employant des opérateurs. Les suicides se multiplient ces deux dernières années, étouffés par les médias et l’administration. Plus de 1 000 par an (3 fois plus que dans toutes les autres catégories professionnelles). Parce qu’on ne se détache pas, on ne se reconvertit pas, d’une vie agricole. Ce n’est pas un emploi. C’est une vie. Et c’est celle-là que nous refusons de donner aux capitalistes et à l'Etat.

Les États alliés de l’industrie achèvent d’éliminer les dernières résistances, parcelles de vies paysannes, pour achever leur travail de concentration productive capitaliste. Ils s’y prennent, depuis 20 ans grâce aux conseils de l’OMC, de manière habile et efficace. Et cela sous couvert de normes sanitaires et environnementales trompeuses, de réglementations soit disant protectrices des populations et de la planète qui sont le miroir aux alouettes d’une prétendu qualité des aliments. Ce qui permet de passer sous silence l’industrialisation forcée à laquelle elles participent activement. Allez voir le merveilleux modèle allemand d’agriculture écologique où plus un animal ne vit dehors, où s’alignent des kilomètres de bâtiments agricoles gérés par des technologies écolo et où travaillent quelques opérateurs. En France, depuis 60 ans, dans les campagnes, l’élimination de 90 % des agriculteurs a été planifiée et cogérée par l’État/l’industrie/les syndicats.

Ne croyez
pas que cette pression administrative et industrielle n’atteint que les systèmes agricoles enchaînés aux banques et aux coopératives. Toutes les fermes la subissent et en meurent ou s’y plient, subvention à la clef ou pas. Des secteurs commerciaux pour petites fermes avec un rapport industriel au vivant se multiplient. 
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Source: Solidarity






Extrait de :
Appel pour retrouver un sens politique à la lutte
qui se mène aujourd’hui sur la ZAD

par Quelques agriculteurs et agricultrices du collectif contre les normes

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Et c’est justement parce que nous n’en pouvons plus de nous mettre à genoux, et que nous connaissons si bien les lâchetés du syndicalisme en général et de la gauche paysanne en particulier, qu’il n’est plus question de faire face à l’État pour finir désarmés dans un bureau de négociation. Rien n’a jamais été obtenu en négociant, sinon de fausses victoires toujours là pour préserver les intérêts du capital et satisfaire les syndicalistes prompts à prendre des vessies pour des lanternes pour se faire mousser avec cette efficacité pragmatique.

Cette tartufferie des négociations montre ses effets tous les jours dans les campagnes. On le mesure peut-être plus qu’ailleurs dans le cadre de la lutte contre les pesticides. Récemment encore les antipesticides négociateurs pouvaient se réjouir d’avoir obtenu à l’échelle européenne l’interdiction de quelques néonicotinoïdes tueurs d’abeilles. Mais cette interdiction est un cache-sexe d’une industrie mortifère qui déverse déjà ses nouvelles molécules pas encore interdites ou qui confectionne les robots désherbeurs de demain qui remplaceront les paysans dans les campagnes. 30 ans de négociations implacables ont permis d’obtenir l’interdiction de près de 100 molécules, alors que dans le même temps la consommation de pesticides augmentaient de 15 000 tonnes par an. Les « petites victoires » font les grandes défaites et il y a toujours des écologistes et des syndicalistes pour s’extasier de leur propre pragmatisme.
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ZAD Notre-Dame-des-Landes : Mutiler et après ?

Le 22 mai 2018


Les violences policières atteignent leur comble à Notre-Dame-Des-Landes. Visiblement 11 000 grenades n’ont su apaiser les pulsions belliqueuses de notre gouvernement et de son armée. Aujourd’hui les militaires en bleu ont fait une victime de plus, allant jusqu’à lui arracher son avant-bras.
Ce crime est le reflet de la logique du traitement de la question de la ZAD de Notre-Dame des Landes. Le mot d’ordre, reprise de celui de Totó Riina est simple :
« Soumettez-vous ou mourrez ».

Que peut-on dire d’un pays qui laisse sa police s’en prendre physiquement à ses propres citoyen.ne.s ? Ou son comportement est similaire à celui d’une mafia commandé par une minorité conservatrice et sectaire qui n’a de repos qu’après la disparition de toute forme d’alternative à leur modèle de société.

Aujourd’hui, en tant qu’Humain, citoyen, militant, nous ne pouvons qu’exprimer notre désarrois pour la victime, notre colère face à l’injustice et notre pitié pour les bouchés.

Nous exprimons ici notre soutien de tout cœur à celles et ceux qui s’engage au péril de leur intégrité physique, pour réclamer l’existence d’un petit bout de monde où ils pourront vivre libre, et en paix.

Le monde qui permet des gros projets inutiles et imposés et détruit notre environnement et notre future montre ici son vrai visage. A Kolbsheim comme à Nantes, et partout en France et dans le monde nous appelons les citoyen.ne.s à se lever et à exprimer pacifiquement leur désaccord de cette orgie de violence ne s’engageant dans les luttes et ZAD proche de chez eux.

Ce n’est pas la nature que nous défendons, c’est la nature qui se défend au travers de nous.

Nous ne voulons ni de Vinci, ni du monde qui le cautionne.

Des habitant.e.s. de la zad du Moulin
et des militant.e.s anti-GCO


Source : Zad du Moulin





A lire :


« Comment la non-violence protège l’État :
Essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux » de Peter Gelderloos



Au vu de la situation, la grande majorité des mouvements sociaux et écologistes échouent lamentablement. La plupart de ces mouvements se targuent de respecter scrupuleusement les principes de la non-violence, qu’ils considèrent comme la seule méthode de lutte acceptable. Et pourtant, ainsi que Peter Gelderloos l’expose brillamment dans ce livre, cette adhérence dogmatique au concept de la non-violence est injustifiée et injustifiable. Il s’agit d’une des principales raisons pour lesquelles ils sont inefficaces. L’auteur nous offre ici un ouvrage essentiel qui devrait nous aider à sortir de l’impasse manifeste dans laquelle s’enlisent les mouvements militants. Loin de faire l’apologie d’une violence irraisonnée, ce livre déboulonne l’argumentaire fallacieux de ceux qui affirment que la non-violence est la seule méthode acceptable de lutte face à la violence du capitalisme et de l’État.
Peter Gelderloos est un auteur américain vivant à Barcelone. Connu à travers le monde pour ses livres visant à exposer, sans langue de bois, les erreurs stratégiques des mouvements et luttes et sa volonté d’ouvrir le débat sur les sujets tels que l’utilisation légitime de la force et la fausse opposition violence/non-violence.
Livre incontournable pour tout militant, futur militant, pacifiste, écologiste, anarchiste, communiste, ZADiste s’intéressant aux débats sur les tactiques des mouvements sociaux et de leurs efficacités. Regorgeant d’exemples historiques, ce livre plaira à toute personne souhaitant une vision nuancée et réaliste de la situation actuelle et recherchant des moyens de faire basculer les rapports de force.



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