lundi 14 mai 2018

La Nakba ou le règne de l'im-monde



"Chaque élève en Israël, à partir de 7 ans jusqu’à 18 ans (il y a une matière au bac), apprend la Bible comme on apprend un livre d’Histoire. Pour créer un attachement à la terre mythique d’autrefois. Personne ne peut s’en libérer. Heureusement que j’ai été viré de l’école lorsque j’avais 16 ans. Peut-être que cela a contribué au fait que je puisse penser, parler.

Shlomo Sand, 71 ans, écrivain 
et professeur honoraire d’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv




Il n'y a que des salaupards ou des idiots utiles pour minimiser aujourd'hui la souffrance des palestiniens dont une grande partie est parquée sur sa propre terre dans des conditions effroyables digne des camps de concentration de sinistre mémoires. La torture, les massacres et le meurtre de civils (femmes, enfants et vieillards inclus) est devenue une banalité et en scandalise même plus les les biens pensants défenseurs des droits humains qui s'offusquent en Europe et aux Etats-Unis pour la moindre insulte lancée à une femme, célèbre de préférence, ou à un gay boboïsé.
Gaël Hadey



Il y aura 70 ans ce 15 mai, a commencé l'expulsion des Palestiniens de ce qui est devenu l'Etat d'Israël. Donc le début du processus qui culminera cette semaine a été la création de la question des réfugiés Palestiniens. Et 70% de la population de Gaza sont des réfugiés et leurs descendants, qui sont aussi classifiés comme des réfugiés par les Nations Unies.

Le début du processus est donc l'expulsion, et il y a un demi-siècle, Gaza a été occupée par Israël. Et ce fut depuis le tout début une occupation très brutale. Les pires massacres furent alors supervisés par Ariel Sharon. Donc vous avez l'expulsion, à laquelle vient s'ajouter l'occupation.

Puis, en 2006, a commencé le siège de Gaza, le blocus, après que le Hamas a gagné les élections parlementaires : Israël, aidé des Etats-Unis et de l'Europe, a imposé un siège de type médiéval, le blocus de Gaza, le siège illégal, immoral et inhumain de Gaza.

Donc vous avez l'expulsion, l'occupation et le blocus, et en plus de tout cela, vous avez ces massacres périodiques infligés à Gaza. Depuis 2004, il y a eu non pas un, non pas deux, non pas trois, non pas quatre, non pas cinq, non pas six, non pas sept mais bien huit, huit massacres infligés au peuple de Gaza.

Maintenant, quand je parle du peuple de Gaza, vous devez bien avoir à l'esprit que plus de la moitié de la population sont des enfants. Ils ont moins de 18 ans. Donc lorsqu'on parle d'un blocus inhumain, de massacres, ils sont surtout infligés à des enfants.

Et vous pouvez imaginer ce n'est pas très difficile à concevoir que lorsque vous avez ce processus d'expulsion, d'occupation, de blocus et de massacres, à un certain moment, l'endroit devient invivable. Et je ne veux pas dire invivable dans un sens qui serait d'ordre poétique, mais bien physiquement invivable.

L'ONU est surtout composé de bureaucrates, des bureaucrates très austères, et ils ont rédigé des rapports assez compétents. Et début 2012, ils posaient une question très réaliste : Gaza sera-t-elle habitable en 2020 ? Encore une fois, physiquement, biologiquement, médicalement, sera-t-elle vivable ? Cela a commencé avec cette question.

Puis en 2015, l'UNCTAD, une agence de l'ONU, a publié un rapport qui ne la présentait plus comme une question. Ce rapport affirmait que dans la trajectoire actuelle, Gaza serait invivable en 2020.

Puis en 2017, l'ONU s'est rendu compte qu'ils avaient été trop confiants, trop optimistes. Ils ont dit que Gaza avait déjà franchi le seuil d'invivabilité il y a longtemps.

Eh bien, qu'est-ce que ça signifie, concrètement ? Cela signifie par exemple que 97% de l'eau de Gaza est contaminée. Chaque Américain devrait comprendre cela. Nous avons eu notre propre tollé national pour l'eau à Flint [Michigan], lorsque l'état de contamination de l'eau a été découvert. Mais on parle ici de toute une région, Gaza, dont l'eau est contaminée.

Comme l'a dit Sara Roy, du Centre d'Harvard pour les Etudes sur le Moyen-Orient, dans la dernière édition de son travail standard sur l'économie de Gaza, question sur laquelle Roy est l'autorité mondiale, elle dit que des innocents, en majorité des enfants, sont empoisonnés par l'eau qu'ils boivent et par la nourriture qu'ils consomment, parce que le sol est également contaminé.

Nous avons donc une situation où les gens sont maintenant confrontés par le fait qu'ils sont... et cela entraine... Je n'aime pas recourir à des comparaisons, car on arrive à cette comparaison des souffrances, et personne ne veut aller dans cette direction. Mais il y a des aspects de Gaza qui sont absolument uniques.

Et l'un de ces aspects est que, comme l'UNRWA la principale organisation humanitaire travaillant avec des réfugiés Palestiniens l'a dit, partout ailleurs dans le monde, s'il y a une catastrophe naturelle, comme par exemple une sécheresse, ou une catastrophe causée par les hommes, comme la guerre en Syrie, ils ont dit que ce n'est pas une super option mais les gens peuvent fuir.

Ils peuvent partir, ils peuvent déménager. Je serais le dernier à dire que c'est une bonne alternative, devenir un réfugié, et souvent finir dans une tente, dans la boue. Mais les habitants de Gaza n'ont même pas cette option, dit l'UNRWA. Ils sont piégés.

Maintenant, il faut se poser une question très simple : quel mot utiliseriez-vous pour décrire une situation dans laquelle 2 millions de personnes sont piégés dans une zone qui est physiquement invivable ? [Un camp de concentration]. Ce n'est pas mon langage, c'est le langage de l'ONU.

Ils sont physiquement piégés dans une zone qui est invivable et dans laquelle, pour citer Sara Roy, vous êtes empoisonné. Donc face à cette réalité, le peuple de Gaza n'a pas vu d'autre option, car le recours à la résistance armée, qui a été tenté plusieurs fois, s'est avéré futile, ils ont été incapables de faire céder Israël, donc ils ont vu cela comme un dernier recours.

Et le peuple de Gaza a entrepris, vraiment en masse, de manière populaire, non-sectaire, d'essayer de briser le siège en recourant à la résistance civile non-violente.
Norman Finkelstein


Source : Sayed Hasan





L'eau c'est la vie. Sans eau nous ne pouvons pas vivre... Les soldats ont d'abord détruit nos maisons et les abris avec nos troupeaux, ont déraciné tous nos arbres, puis ils ont détruit nos citernes d'eau... Nous luttons tous les jours car nous n'avons pas d'eau.
Fatima al Nawajah, habitante de Susya,
un village palestinien dans les collines au sud d'Hébron.






70 ans de Nakba, 25567 jours de soumoud

Par Jorge Alaminos, du journal en ligne Tlaxcala


En ce 14 mai 2018, les Palestiniens commémorent le 70ème anniversaire de leur Nakba, la catastrophe que fut pour eux la proclamation de l'État d'Israël.

Au cours des 25567 jours écoulés depuis cette sinistre date, les 4 générations palestiniennes qui se sont succédé ont fait preuve d'une constance, d'un acharnement, en un mot d'un soumoud -résilience-qui force le respect. Les uns pour rester sur leur terre, les autres pour pouvoir y retourner, et tous avec la même exigence normale, naturelle de voir leur droit à la vie et à la terre respecté. Un droit universel et universellement respecté, sauf pour eux, et quelques autres peuples, également trahis par la soi-disant communauté internationale (les Sahraouis et les Cachemiris).

Les Palestiniens de 20 ans qui défient aujourd'hui l'occupant qui les a enfermés dans Gaza, sont les enfants de ceux qui firent la première Intifada de 1987, les petits-enfants de ceux qui vécurent l'annexion de 1967, les arrière-petits-enfants de ceux qui furent chassés de leurs villages en 1947-1948.

Chacune de ces générations a expérimenté toutes les formes de lutte et de résistance imaginables pour un peuple occupé et a fourni son lot de martyrs. Aucune de ces formes de lutte n'a abouti. Et pourtant, ils n'ont pas renoncé, ils n'ont pas plié et ont continué à mobiliser leur créativité pour aller au-delà de la simple survie au jour le jour.

70 ans après, les Palestiniens sont devenus le peuple-monde par excellence : on les trouve de la pampa argentine, où ils sont devenus gauchos, à la Sibérie russe, dans les cités de scientifiques léguées par l'URSS. Mais quelle que soit la couleur de leur passeport, la langue qu'ils parlent tous les jours, ils gardent leur terre au cœur.

La Palestine, un pays qui est partout et nulle part, est plus que jamais le miroir de notre monde : saccagé, accaparé, violé dans ses entrailles mais peuplé d'humains qui continuent d'allier le pessimisme de la raison avec l'optimisme de la volonté, poursuivant un rêve réaliste. Ce rêve, nous le partagerons avec eux jusqu'à notre dernier souffle, faisant fi de tous les aboiements des pit-bulls de la pensée unique et de la chutzpah*.



*Chutzpah : mot yiddish entré dans l'anglais et l'allemand, signifiant culot, impudence. On comprendra aisément à qui il se réfère.


Source: tlaxcala-int.org


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