mercredi 21 mars 2018

Le peuple héroïque de la Syrie


"Des nouvelles à la con et sensass... Et mon cul... De quoi vous donner l'idée de retourner vers les oiseaux" disait le chanteur et musicien Léo Ferré dans une de ses chansons en prose d'après mai 68. 
Et ces deux premières décennies du XXe siècles confirment sa rage prémonitoire. Depuis les attentats du 11 septembre, prétexte à des guerres contre un terrorisme créé de toutes pièces par l'Occident et ses alliés du Golfe, la Turquie et Israël, nous nageons en plein cauchemar. Jamais les médias n'ont autant abruti les populations à coups d'une propagande qui ferait pâlir d'envie les nazis hitlériens. D'Ukraine au Moyen Orient, le bordel est total. L'Irak est en charpie, la Lybie en proie à des bandes criminelles qui terrorisent la population. Le racket des multinationales bat son plein dans ce cirque sanglant, sous la haute protection d'États démissionnaires qui ne cessent d'appauvrir leurs population en dépensant des milliards de dollars pour nourrir le monstre de guerres déloyales qui font des millions de victimes innocences. Les bouchers en cols blancs, à la tête de nos démocraties de foutaises, se frottent leurs mains soigneusement manucurées, en appelant aux prochains massacres. La Russie, l'Iran, la Chine, la Corée servent de boucs émissaires à l'échec flagrant d'une civilisation corrompue par le mensonge et la loi des plus riches. Dès la fin de 2010, sur Désobeissance civile, nous avions vu s'accumuler les nuées noires au-dessus du Moyen-Orient et de la Syrie en particulier. Le Yémen, un des pays les plus pauvre de la planète, est en proie aux assauts démentiels de l'Arabie Saoudite armées par les USA, la France, la Grande Bretagne et Israël. Nous laissons faire et c'est à peine si nous prêtons attention à ces crimes de masse. Qu'en est-il des mouvements pour la paix qui ont fait cessé la guerre du Vietnam? La Palestine crève le ventre ouvert par un envahisseur qui se sert de la Shoah pour commettre, depuis plus de 60 ans, un génocide atroce. L'Occident se pelotonne peureusement, à genoux devant les maîtres de la finance et leurs gourous planqués dans les dorures de leurs palais. Pendant ce temps là, le peuple syrien se bat pour sauver sa souveraineté et une culture millénaire qui devrait faire notre admiration pour peu que nous nous libérions de notre complexe confortable de supériorité. Je vous invite à lire deux articles qui ne biaisent pas avec la vérité. 
Gaël Hadey


Syrie: les uns exfiltrent les terroristes,
les autres évacuent les civils

par Karine Bechet-Golovko

La Syrie reste décidément le symbole de la dangereuse hypocrisie du clan atlantiste. Pendant que la Russie aide Assad à évacuer les civils de la Ghouta, le Conseil de sécurité sort de ses compétences pour traiter de manière « informelle » la situation des droits de l'homme en Syrie, oubliant de soulever la question de l'exfiltration par la coalition américaine d'un groupe de chefs de l'état islamique. A chacun sa guerre, semble-t-il.

Grâce au corridor humanitaire ouvert à la Ghouta, déjà plus de 79 000 civils ont pu fuir l'enfer des « terroristes-démocratiques » et l'armée régulière syrienne continue à avancer. C'est certainement la raison pour laquelle, alors qu'une telle question n'entre pas dans la compétence du Conseil de sécurité de l'ONU, mais de celle du Conseil des droits de l'homme de Genève, que les membres de la coalition américaine ont voulu mettre à l'ordre du jour une séance sur le respect des droits de l'homme en Syrie.

La Russie et la Chine ont coupé court à cette opération de politisation d'un conflit déjà largement instrumentalisé. Face à cet échec, les Etats-Unis avec la Grande-Bretagne, la France et la Suède ont organisé une table ronde « informelle », lors de laquelle le Haut commissaire des droits de l'homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein nommé en 2014, a profité de l'occasion pour condamner la Syrie pour les « crimes de guerre » commis contre les populations. Pour lui, la lutte contre le terrorisme est un prétexte pour attaquer la population civile. Et le combat mené à la Ghouta le dérange particulièrement, comme le révèle cet article du New York Times :

« The siege of eastern Ghouta by the Syrian government forces, half a decade long, has involved pervasive war crimes, the use of chemical weaponry, enforced starvation as a weapon of warfare, and the denial of essential and life-saving aid, »

La représentante de la délégation russe auprès de l'ONU s'interroge sur la compatibilité éthique d'une telle déclaration avec l'obligation de neutralité des fonctionnaires de l'ONU. Surtout que le Haut commissaire ne dispose d'aucune information directe, puisqu'il n'est pas représenté sur le sol syrien. Une autre question se pose: où était-il lors de l'attaque de Mossoul; lors de l'opération en Irak?

Il détournait les yeux, comme la communauté internationale les détourne pendant que des hélicoptères de la coalition américaine exfiltrent tout un groupe de dirigeants de l'état islamique d'origine irakienne du nord-est de la Syrie vers une destination inconnue.

La Syrie, comme l'Ukraine à un autre niveau, montre bien que les Etats dits « civilisés » utilisent des groupes terroristes ou extrémistes, selon les régions, pour déstabiliser les Etats, reconstituer les équilibres régionaux en fonction de leurs intérêts et faire le sale travail à leur place.

Non, ce n'est plus de l'hypocrisie, c'est un mode de gouvernance.
Karine Bechet-Golovko


La source originale de cet article est Russie Poitics
Copyright © Karine Bechet-Golovko, 2018
Source en français : mondialisation.ca




Les réfugiés syriens rentrent chez eux,
l'Occident est prêt à attaquer


Par André Vltchek, le 21 Mar 2018


« Depuis combien d'années vivez-vous à Beyrouth ? », ai-je demandé à mon barbier, Eyad, après qu'il m'a dit, rayonnant, que dans trois mois, il retournera chez lui, à Damas.

Il y a encore un an, il n'était pas facile de lancer ce genre de conversations. Mais maintenant, tout a changé, rapidement, et on veut croire que c'est irréversible.

Bien que rien ne soit vraiment irréversible, plus les choses s'améliorent sur le terrain en Syrie, plus l'Occident devient menaçant, en particulier les États-Unis. Maintenant, il est de nouveau en train d'intimider Damas, prêt à attaquer l'Armée syrienne, quelque chose qui pourrait facilement entraîner la Russie et d'autres pays dans une confrontation mortelle.

La guerre ! L'Occident est à l'évidence obsédé par la guerre perpétuelle en Syrie, tandis que la majorité des Syriens désirent passionnément le retour d'une paix perpétuelle.
« Six ans », a répondu mon barbier en préparant son rasoir. J'ai décelé de la tristesse et de l'indignation dans sa voix : « Six ans de trop ! »

« Après votre retour, quoi ? Allez-vous ouvrir votre propre salon à Damas ? » J'étais curieux. C'est le meilleur barbier que j'ai eu, un vrai maître dans son métier, rapide et sûr, précis.
« Non », a-t-il dit en souriant. « Je ne vous l'ai jamais dit, mais je suis ingénieur en mécanique... Quant à être barbier, j'ai appris le métier de mon grand-père. Aujourd'hui, dans le monde arabe, ils sont des millions à faire quelque chose qui n'est pas leur profession principale... Mais je veux retourner chez moi et aider à reconstruire mon pays. »

Je ne savais rien de ses appartenances politiques. J'avais l'habitude de considérer que c'est impoli de poser la question. Là, j'ai senti que je pouvais le faire, mais je ne l'ai pas fait. Il rentrait chez lui, désireux d'aider son pays, et c'était tout ce qui comptait.
« Venez me rendre visite à Damas », a-t-il souri. « La Syrie est un petit pays, mais il est extraordinaire ! »

Syrian refugees in Lebanon (photo by Andre Vltchek)

***
Le 24 février 2017, The New York Times a craché ses sarcasmes au vitriol habituels contre le pays qui accueil un nombre immense de réfugiés, le Liban :

« Près de 1.5 million de Syriens ont cherché refuge au Liban, ce qui représente environ un quart de la population selon des responsables et des groupes de secours, et il existe une croyance largement répandue au Liban que les réfugiés sont un fardeau pour l'économie et la structure sociale du pays.

M. Tahan, un homme sociable qui cherchait à se présenter comme bienfaiteur des réfugiés, a rejeté l'idée qu'ils nuisent à l'économie du pays et pèsent sur les services sociaux. Il a déclaré que le gouvernement promouvait ce point de vue pour obtenir plus d'argent des Nations unies.

Les réfugiés, a-t-il dit, profitent aux Libanais, depuis les agents qui s'occupent des générateurs, leur fournissant de l'électricité, aux propriétaires des boutiques où ils dépensent leurs bons alimentaires des Nations unies et aux propriétaires terriens qui profitent de leur travail bon marché. C'est un argument qu'on entend souvent de la part des organisations internationales, qui disent que le poids de l'accueil des réfugiés est largement compensé par le stimulant qu'ils représentent pour l'économie, sans parler du 1.9 milliard de dollars d'aide internationale rien qu'en 2017, soutient l'ONU.

À partir de son expérience de la guerre civile au Liban, M. Tahan a dit s'attendre à ce que les Syriens restent des années. »


Syrian girl, street vendor in Gaziantep, Turkey
(photo by Andre Vltchek)

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On rencontrerait rarement un tel ton lorsque le New York Times décrit la « crise des réfugiés » dans l'Union européenne. Là-bas, plusieurs pays extrêmement riches et beaucoup plus peuplés que le Liban continuent à prétendre qu'ils ne peuvent absolument pas absorber à peu près le même nombre de gens que ceux qui ont été protégés par le minuscule pays du Moyen-Orient.

En 2015, ce qui est considéré comme « l'apogée de la crise des réfugiés », bien moins que 1.5 million de personnes sont arrivées dans l'Union européenne pour y demander l'asile. Certains, parmi ces 1.5 million, étaient en fait des « réfugiés » d'Ukraine, du Kosovo et d'Albanie.

J'ai couvert les crises des réfugiés du Liban, de Jordanie, de Turquie, mais également les « crises » en Grèce (Kos) et en France (Calais). L'Occident, qui avait déjà déstabilisé la moitié du monde et presque tout le Moyen-Orient, faisait preuve d'un égoïsme extrême, d'une indifférence brutale, de racisme et d'un refus obstiné de se repentir et de comprendre.

Qui que soit M. Tahan du New York Times, et quel que soit son programme, il avait tort. Au moment de publier cet article, le nombre de réfugiés syriens vivant au Liban baisse continuellement, car le gouvernement de Damas, soutenu par la Russie, l'Iran, la Chine, Cuba et le Hezbollah, a gagné la guerre contre les groupes terroristes armés et soutenus par l'Occident et ses alliés.

C'est en fait l'Occident - ses ONG et même ses agences gouvernementales - qui « avertissent » les Syriens de ne pas retourner chez eux, affirmant que « la situation dans leur pays est toujours extrêmement dangereuse ».

Mais de tels avertissements ne peuvent guère dissuader le flot de réfugiés de retourner en Syrie. Comme CBS News l'a rapporté le 2 février 2018 :

«... L'homme de 36 ans est de retour chez lui à Alep. Il y est retourné l'été dernier - déprimé, nostalgique et redoutant un nouvel hiver, il ne pouvait pas supporter la vie dans la ville allemande de Suhl. L'Allemagne, a-t-il dit, « était ennuyeuse, ennuyeuse, ennuyeuse. »

Selon le Haut commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR), pour la première fois depuis 2014, le nombre d'immigrants syriens sur le territoire libanais est déjà passé sous le cap d'un million.
Les gens rentrent chez eux. Ils y rentrent par milliers chaque semaine.

Ils reviennent du Liban, de Jordanie, de Turquie et même de ce qui fut un jour un paradis imaginaire - les pays européens comme l'Allemagne - qui, d'une manière ou d'une autre, ne sont pas parvenus à matérialiser et même à impressionner de nombreux habitants issus d'un pays dont l'histoire et la culture sont parmi les plus anciennes et les plus grandes sur la terre.



Children refugees in Kos, Greece (photo by Andre Vltchek)

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Mohammad Kanaan, étudiant en maintenance industrielle à l'ULF au Liban, explique :
« Quand j'étais en Syrie, j'étudiais la conception et le développement mécanique pendant trois ans. À cause des crises et de la guerre, j'ai dû arrêter ma formation pour trois ans encore. Ensuite, grâce à une initiative de l'UNESCO, j'ai été accepté pour étudier au Liban... Après la guerre contre la Syrie, j'ai été plus motivé à poursuivre dans mon domaine d'étude. En particulier, puisque l'infrastructure a besoin d'être restaurée et les usines seront bientôt opérationnelles. Le pays a besoin de beaucoup de gens armés de connaissances... »

L'Occident ne s'attendait pas à une telle détermination de la part des réfugiés syriens. C'était courant chez les migrants provenant d'innombrables pays ruinés et déstabilisés : des gens capables de faire à peu près n'importe quoi tant qu'on leur permettait de rester en Occident.

L'Occident a essayé de transformer les Syriens en ce genre d'immigrants, mais il a échoué. En décembre 2014, j'ai fait un reportage dans la région kurde autonome d'Irak :
« Non loin des champs de pétrole, il y a un immense camp de réfugiés ; celui-ci est pour les exilés syriens.

Après avoir négocié, je réussis à demander au directeur du camp, M. Khawur Aref, combien de réfugiés sont accueillis ici. « 14 000, répond-il. Et une fois qu'il atteindra le chiffre de 15 000, cet endroit deviendra ingérable. »

Je suis découragé d'interviewer des gens, mais j'arrive quand même à parler à plusieurs réfugiés, dont M. Ali et sa famille, qui sont arrivés de la ville syrienne de Sham.

Je veux savoir si tous les nouveaux arrivants sont interrogés. La réponse est oui. Leur pose-t-on des questions pour savoir s'ils sont pour ou contre le président Bachar al-Assad ? « Oui : on pose à tout le monde ces questions et davantage... » Et si une personne - vraiment désespérée, dans le besoin et affamée - répond qu'elle soutient le gouvernement de Bachar al-Assad et qu'elle est arrivée ici parce que son pays a été détruit par l'Occident, qu'arrive-t-il ? » On me dit : « Lui et sa famille ne seraient jamais autorisés à rester au Kurdistan irakien. »

J'ai rencontré des réfugiés syriens partout au Moyen-Orient ainsi que dans divers pays européens.
Presque tous étaient nostalgiques, et même désespérés d'être loin de leur terre bien-aimée. La plupart d'entre eux voulaient y retourner. Certains ne pouvaient pas attendre la première occasion.

J'ai connu des Syriens qui avaient des visas dans la poche, même pour des endroits comme le Canada, et qui ont décidé, au dernier moment, de ne pas quitter leur patrie.

La Syrie est vraiment un pays exceptionnel.

L'Occident ne s'y attendait pas ; il n'était pas habitué à une telle détermination de la part de gens dont il a détruit les vies.

« Nous partons maintenant pour l'Ouest, nous devons partir », m'a dit une dame syrienne avec deux enfants accrochés à elle, et qui attendait devant le bâtiment municipal de l'île grecque de Kos. « Nous le faisons pour nos enfants. Mais croyez-moi, la plupart d'entre nous reviendront bientôt. »

Et maintenant ils rentrent. Et l'Occident n'aime pas ça ; il déteste. Il aime se plaindre de la façon dont il est utilisé par « ces hordes appauvries », mais il ne peut pas vraiment vivre sans les immigrants, notamment venant de pays instruits comme la Syrie.


Syrian refugees in Hatay, Turkey (photo by Andre Vltchek)

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Non seulement le peuple syrien s'est battu avec bravoure, vainquant l'invasion brutale des terroristes soutenus, fabriqués, formés et financés par l'Occident. Mais maintenant, les réfugiés tournent le dos au faux confort, souvent humiliant, de l'exil en Europe, au Canada et ailleurs.

Une telle attitude « doit être punie ». Pour un tel courage, les villes syriennes et la victorieuse armée syrienne pourraient être bientôt bombardées et attaquées, directement par les États-Unis et peut-être aussi par les forces européennes.

Lorsque je terminais la rédaction de cet article à Beyrouth, j'ai reçu une courte visite de mes amis, des éducateurs syriens, l'un d'Alep et l'autre de Damas.
« Ça redevient difficile », ai-je dit.
« Oui », ont-ils opiné. « Juste avant mon départ pour ce voyage, deux enfants ont été tués par des balles tirées par les terroristes dans mon quartier, à Damas. »
« Les États-Unis disent qu'ils pourraient attaquer le pays, directement », ai-je dit.
« Ils menacent toujours », m'a-t-on répondu. « Nous n'avons pas peur. Notre peuple est déterminé, prêt à défendre notre pays. »

Malgré les nouveaux dangers, encouragés, les Syriens retournent dans leur pays. L'Empire peut essayer de les punir pour leur courage, leur patriotisme et leur détermination. Mais ils n'ont pas peur et ils ne sont pas seuls. Les Russes et d'autres alliés sont « sur le terrain » et prêts à les aider à défendre la Syrie.

Tout le Moyen-Orient regarde.

André Vltchek


Traduit de l'anglais par Diane Gilliard pour Investig'Action


Source : New Eastern Outlook
Source française : investigaction.net



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