samedi 17 mars 2018

La fabrique de l'ennemi russe


" Une propagande insidieuse et très élaborée, déversée par les médias de masse pro-atlantistes agit comme un gaz chimique faussant les vues de l'esprit des citoyens survivant dans une sorte de semi-coma cérébral très inquiétant pour l'avenir de l'humanité. Si l'enjeu des élites de milliardaires liberticides possédant ces médias va-t-en-guerre était d'en finir avec la vie terrestre, ils ne s'y prendraient pas autrement. Mais réjouissons nous tout de même car au final ils ne seront pas épargnés eux non plus malgré le mal qu'ils se donnent pour se bâtir des royaumes climatisés à l'écart de la lie humaine et des lieux de conflits qu'ils entretiennent pour grossir leur fortune et étendre leur pouvoir. L'immortalité dont ils rêvent n'a d'équivalent que le cauchemar qu'ils perpétuent sur la terre."
André Chenet



Gaz chimique soviétique 

Il y a seulement deux ans, en 2016, le Dr Robin Black, ancien collègue du Dr David Kelly* et chef du laboratoire de détection de la seule installation d'armes chimiques de Grande-Bretagne, Porton Down, a publié dans une revue scientifique de premier plan que les preuves de l'existence des agents dit « Novichok » étaient rares et leur composition, inconnue.

Au cours de ces dernières années, nous avons entendu beaucoup de spéculations sur une quatrième génération d'agents innervants, les 'Novichoks' (nouveaux venus), développés en Russie au début des années 70 dans le cadre du programme 'Foliant', dans le but de trouver des agents capables de compromettre les mesures défensives. Les informations sur ces composés ont été rares dans le domaine public, et émanent pour la plupart d'un chimiste militaire russe dissident, Vil Mirzayanov. Aucune confirmation indépendante sur les structures ou les propriétés de ces composés n'a été publiée. (Black, 2016)

Robin Black. (2016) Development, Historical Use and Properties of Chemical Warfare Agents. Royal Society of Chemistry (Développement, usage historique et propriétés des agents de combat chimiques, Société Royale de Chimie)

Et pourtant, le gouvernement britannique affirme être capable d'identifier une substance dont son seul centre de recherches sur les armes biologiques dit qu'il ne l'a jamais vue et qu'il n'est même pas sûr de son existence. Pire, il affirme être capable non seulement de l'identifier, mais d'en localiser l'origine. Au vu de la publication du Dr Black, il est évident que cette affirmation ne peut pas être vraie.

Les experts internationaux en armes chimiques partagent l'opinion du Dr Black. L'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC) est un organe de l'ONU basé à La Haye. En 2013, elle a publié le rapport de son Conseil consultatif scientifique, qui comprend des représentants des gouvernements US, français, allemand et russe, et où le Dr Black était le représentant du Royaume-Uni.

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L'Ours russe ennemi



Comme on peut le voir, tout est bon en Occident pour tenter de détourner l'attention des populations sur les crimes et les massacres commis par cette douteuse coalition à l'œuvre depuis des décennies dans des pays désormais ruinés. Nos autorités poussent des cris d'orfraie sur le cas non prouvé d'empoisonnement de deux individus par l'Etat russe, mais poursuivent « sans foi ni loi » leurs saccages par centaines de milliers de victimes dans les pays arabes, finançant, armant et formant des mercenaires pour renverser les gouvernements qui ne leur conviennent pas. Leurs pratiques criminelles avec des groupes terroristes sont dénoncées et documentées depuis longtemps mais ils persistent, incapables de comprendre que leur ordre hégémonique d'antan n'est plus de mise ni accepté par des Etats qui relèvent la tête et veulent se débarrasser de cette suprématie coloniale que l'occident leur a imposée pendant des siècles. Et nous, citoyens, sommes entraînés dans ces dérives.

Dans le même esprit de complot occidental - comment l'appeler autrement ? - le chef d'état-major de l'armée russe a annoncé la découverte d'une usine d'armes chimiques à Aftris située dans la Ghouta orientale et libérée de ses mercenaires se battant contre le gouvernement syrien. De même, il y a quelques jours la Syrie a prévenu les instances de l'ONU du transfert de camions turcs chargés de chlore vers des groupes opposés à l'Etat syrien. Dans le même temps, les occidentaux n'ont de cesse de proférer des menaces à l'encontre de Bachar al Assad en cas d'usage d'armes chimiques qu'il n'a plus dans la mesure où celles-ci ont été détruites sous contrôle international il y a plus de trois ans.

Allons-nous encore longtemps devoir supporter ces sinistres responsables qui ne représentent qu'une poignée d'oligarques et financiers hypocrites, affairés à maintenir leur domination sur des populations précarisées, tout à l'opposé des aspirations de paix et de justice que celles-ci espèrent ?! Allons-nous une fois de plus tomber dans ces pièges grossiers qui nous sont tendus régulièrement pour nous indiquer l'ennemi à combattre ?! Allons-nous suivre aveuglément ces délinquants qui n'hésiteront pas à envoyer nos jeunes se faire tuer dans leurs sales guerres, sous de faux prétextes et encore animés de leur détestable esprit colonial ?!

C'en est assez, et que tous les belligérants non conviés par les autorités officielles des pays dans lesquels ils se sont déployés rentrent chez eux une fois pour toutes et abandonnent leurs sordides mentalités coloniales !




Opinion publique : Des questions que l'on ne pose plus sur la fabrication d'un ennemi


par Yakov Rabkin *, Paris, le 16 mars 2018

La crise internationale autour de l'attentat contre Sergueï Skripal, ex-espion britannique au sein du service de renseignement militaire à Moscou, a fait couler beaucoup d'encre depuis une semaine. La Grande Bretagne a expulsé 23 diplomates russes en les accusant d'être des agents de renseignement. Ayant suivi le débat télévisé en direct depuis la Chambre des communes, j'ai entendu des appels de parlementaires britanniques à des mesures robustes, allant du boycottage du Mondial de soccer en Russie à la rupture des relations diplomatiques. La noble indignation était à son apogée.

Or, en même temps, Scotland Yard affirmait que l'enquête continue et qu'il n'y a à ce stade aucune conclusion tirée sur le motif et l'auteur de l'attentat. C'est pourquoi Mme Theresa May ne pouvait qualifier la culpabilité alléguée de la Russie autrement que comme « hautement probable ». Cet article n'a pas pour but d'innocenter la Russie ou de dévoiler les vrais coupables mais d'identifier des questions de base que l'on ne pose plus : le motif et le profit du crime.

La question du motif est importante. Si c'est l'État russe qui en est l'auteur, il est difficile de comprendre pourquoi il ne l'aurait pas fait disparaître pendant les années qu'il a passées à purger sa peine de prison pour trahison en Russie. Une autre question bien connue depuis l'antiquité, qui en profiterait ? C'est clair que ce n'est pas l'État russe dont la réputation est davantage ternie à quelques mois de la coupe du monde de soccer. Le président russe n'aurait pas commandé un tel assassinat ciblé (que pratiquent plusieurs pays, dont Israël et les États-Unis) afin de rehausser sa côte de popularité à quelques jours des élections présidentielles : il n'en a tout simplement pas besoin.

La question du motif n'a été posée ni dans l'affaire de l'ex-agent de sécurité Litvinenko, ni dans le cas de l'avion de la Malaysian Airlines abattu au-dessus de l'Ukraine. Quel profit en a cherché à tirer la Russie ? Quel profit aurait cherché à en tirer la Russie ? Pour l'ensemble de ces cas, par ailleurs, aucune preuve irréfutable n'a été produite quant à l'auteur des ces actes même si les politiciens occidentaux et les médias mainstream ont pointé du doigt Moscou. Or, il s'agit en fait de la présomption de la culpabilité de la Russie.

Un autre cas célèbre où la Russie a été vite mise au banc des accusés est la mini-guerre déclenchée en Géorgie en 2008 le jour même où commençaient les Jeux olympiques à Pékin. Selon le consensus occidental et les manchettes des journaux, l'armée russe aurait initié le conflit. Or, une commission d'enquête de l'Union européenne a constaté, après une étude détaillée des faits sur le terrain, que c'était la Géorgie qui avait attaqué les forces russes agissant sous le mandat des Nations Unies.

Finalement, la saga de l'ingérence alléguée de l'État russe dans les élections aux États-Unis, dans les campagnes pour les référendums d'indépendance en Écosse et en Catalogne, dans celle pour le Brexit etc. démontre que la pensée unique triomphe sur l'obligation d'examiner les faits et poser les questions de base. Il s'agit en fait d'un phénomène bien connu de mobilisation de l'opinion publique afin de fabriquer un ennemi. À la fin du 19e siècle la presse US sous la baguette de William Hearst et de Joseph Pulitzer (oui, celui du Pulitzer Prize) a littéralement fomenté la guerre contre l'Espagne sous prétexte d'une attaque contre le Maine, bâtiment de guerre US à la Havane. C'est l'Espagne qui « jouissait » alors de la présomption de la culpabilité : « Remember the Maine. To hell with Spain » clamait la presse sans que le mystère n'ait été clarifié jusqu'à nos jours. Et, bien entendu, on ne posait pas la question « à qui profite le crime ? ». Assurément, il n'a profité ni à l'Espagne, ni à Cuba qui fut ensuite occupée par les troupes États-unienne.

Cet article met en relief une dangereuse tendance de remplacer l'examen rationnel des faits par l'indignation et la diabolisation. Cette tendance est plus dangereuse qu'à l'époque du Maine. De nos jours elle risque de provoquer une confrontation nucléaire à des conséquences inimaginables.

Yakov Rabkin*.

*Yakov Rabkin. L'auteur est professeur d'histoire à l'Université de Montréal


Source : El Correo de la Diaspora.



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