vendredi 26 janvier 2018

Voyage en Syrie (1)


Edition Spéciale en 3 parties


La criminalité et l'hypocrisie de la classe dirigeante américaine n'ont pas de limite. Au milieu des accusations hystériques d '«ingérence russe» aux élections américaines, Tillerson (secrétaire d'État américain) a affirmé que les États-Unis décideraient du sort de la Syrie. Parmi les forces politiques avec lesquelles les États-Unis travaillent, il y a les extrémistes islamistes que Washington a exploités pour justifier son intervention dans cette guerre civile qui qui ravage le pays depuis sept ans.







Introduction : Pourquoi Washinghton hait-il tant Bashar al-Assad


…/...


La Syriophobie remonte à l'administration Bush, en décembre 2003, quand le Congrès a voté le Syria Accountability Act, House Resolution 1828 [une résolution qui exigeait de la Syrie qu'elle cesse tout soutien à des entités pro-palestiniennes « terroristes », NdT]. La Syrie, à cette époque, était déjà dans le viseur de deux des principaux soi-disant alliés des USA dans la région, Israël et l'Arabie Saoudite. Les deux travaillent activement à la déstabilisation du gouvernement, mais pour des raisons différentes. Les Saoudiens ont peur de l'influence iranienne sur Damas, et ont de plus un agenda religieux contre le gouvernement syrien, parce qu'il protège les minorités religieuses et parce qu'il est lui-même une branche syncrétique de l'islam chiite appelée alaouite. Les Saoudiens les considèrent comme des hérétiques. Pour leur part, les Israéliens étaient épris du Plan Yinon de 1982, et des propositions « A Clean Break » faites en 1996 par une équipe de néocons américains. Leur intention était de transformer la plupart des États musulmans voisins d'Israël en tribus et ethnies en guerre les unes avec les autres, pour qu'elles ne représentent plus une menace. Les leaders israéliens ont ouvertement déclaré qu'ils préféreraient voir le chaos continuer en Syrie, qui reste une de leurs principales cibles. Israël, de fait, a bombardé plusieurs fois des positions de l'armée syrienne, récemment près de Damas, et a soutenu ce qui reste de Daech et du Front Al-Nosra. Le 'Syria Accountability Act' se lit par endroits comme les accusations complètement farfelues contre Saddam Hussein utilisées pour justifier l'invasion de l'Irak plus tôt en 2003. Il cite le développement d'armes de destruction massive et de missiles, mais son angle majeur tient au soutien allégué de Damas à des groupes terroristes. Il « Déclare que le Congrès ressent que le gouvernement de la Syrie devrait immédiatement et inconditionnellement cesser son soutien au terrorisme, de façon permanente, déclarer ouvertement sa renonciation totale à toutes les formes de terrorisme et fermer tous les bureaux et bâtiments des terroristes en Syrie, y compris les bureaux du Hamas, du Hezbollah, du Front populaire de libération de la Palestine, et du commandement général du Front populaire de libération de la Palestine. »

…/...

Quoi qu'il en soit, la volonté « d'avoir » la Syrie est restée une constante de la politique étrangère américaine à ce jour. Quand les USA avaient encore une ambassade à Damas, en décembre 2010, le président Barack Obama avait maladroitement envoyé Robert Ford comme ambassadeur. Robert Ford a activement soutenu les manifestations des anti-régimes syriens inspirés du Printemps arabe qui s'opposaient à Assad et pourrait même avoir appelé à un soulèvement armé, dans une interprétation bizarre de ce que les ambassadeurs sont censés faire dans un pays étranger. En une occasion, il a absurdement déclaré que si les USA armaient les opposants au régime, les groupes affiliés à Al-Qaïda seraient « incapables de leur faire concurrence ». Ford a été rappelé un an plus tard, à cause d'inquiétudes pour sa sécurité après qu'il ait été pris pour cible de jets de tomates et d'oeufs pourris, mais le mal était fait et les relations diplomatiques entre Damas et Washington n'ont jamais été restaurées. Le désir d'un changement de régime à Damas a pris de l'ampleur en 2011. Les efforts du gouvernement pour réprimer les manifestations qui s'étaient produites ont inévitablement mené à une violence accrue des deux côtés, et dans son sillage, les USA, les Saoudiens et les États du Golfe ont commencé à armer les rebelles et à encourager la formation de l'Armée syrienne libre, dont Washington assurait qu'elle se composait uniquement de bonnes personnes qui voulaient plus de démocratie et de respect des droits de l'homme. Sans surprise, nombre de ces démocrates en herbe ont accepté des entraînements et des armes américaines avant de passer à des affiliés d'Al-Qaïda tels que le Front Al-Nosra ou à Daech. En ce moment, la reconstruction de la Syrie est en voie. L'Armée arabe syrienne est en train de balayer les quelques dernières enclaves contrôlées par Daech dans la province d'Idlib et la soi-disant Guerre civile syrienne sera bientôt terminée, sauf pour les tous derniers nettoyages. Nombre de réfugiés internes sont rentrés chez eux après la reprise de contrôle de leurs villes et villages par le gouvernement, et des milliers de réfugiés à l'étranger sont, paraît-il, revenus. Notez qu'ils reviennent dans des zones où le gouvernement el-Assad est fermement en place. Peut-être cela suggère-t-il que, bien qu'il y ait des doléances légitimes au sein du peuple syrien, la propagande selon laquelle la plupart des Syriens étaient opposés au régime était très exagérée. Nous avons d'amples preuves que Bachar el-Assad est, de fait, soutenu par une large majorité de Syriens, même parmi ceux qui voudraient davantage de démocratie, parce qu'ils savent que la seule alternative au président syrien est le chaos.

Nous voudrions penser que la Syrie va redevenir la Syrie, mais Washington a senti l'odeur du sang et voudrait clairement une solution qui implique une fragmentation de l'État, ce qui permettrait de contenir et d'éliminer l'influence iranienne pour la satisfaction de ses Etats-clients l'Arabie Saoudite et Israël, et de créer un mini-État pour les Kurdes [le dit mini-État kurde aurait été encerclé par Daech et Al-Qaïda si ces groupes avaient pris le contrôle du pays, donc ? De quoi s'assurer des journées animées pour les cent prochaines années... à moins d'avoir des bases militaires américaines à demeure, et pas la plus petite possibilité de s'en passer. Voilà qui aurait donné une nouvelle définition à la doctrine de la « Guerre perpétuelle contre la terreur » de Bush, NdT]. La destruction de la Syrie et du peuple syrien serait considérée comme des dommages collatéraux de la construction d'un nouveau Moyen-Orient. Il est à souhaiter que les Syriens, avec le soutien de l'Iran, de la Russie et de la Chine sauront prévenir ce dénouement et, comme les USA n'ont que très peu combattu directement Daech, ils n'auront heureusement pas grand poids dans les événements qui vont suivre.

Que Riyad et Tel Aviv aient mené Washington par le bout du nez ou non n'a aucune importance, parce que tout le poids de la culpabilité dans ce qui se passe repose catégoriquement sur la Maison-Blanche. Les États-Unis n'ont ni politique cohérente, ni le moindre intérêt à rester en Syrie, mais les étranges alignements qui se forment dans ou autour du Bureau ovale ont créé la volonté de détruire un pays et un peuple ple qui ne menacent les USA en aucune façon. Quelqu'un devrait rappeler au président que des scénarios similaires ne se sont pas bien terminés en Afghanistan, en Irak et en Libye. Personne ne devrait s'imaginer que les choses seraient différentes en Syrie.

Entelekehia.fr pour la version française


2ème partie : Mensonges & trucages
3ème partie : Voyage en Syrie
https://libertesconquises.blogspot.com.ar/2018/01/voyage-en-syrie-3.html

Aucun commentaire: