lundi 15 janvier 2018

Autopsie de la Yougoslavie


Les Etats yougoslaves par religion. Orange, majoritairement catholique.
En orange pâle, majoritairement orthodoxe. Vert, majoritairement musulman.
Le très influent think tank américain Council on Foreign Relations (CFR) a les Balkans sur sa liste de prévention des conflits dans son rapport pour 2018 récemment publié.
Mais l'idée du CFR selon laquelle les USA sont le pays qui peut préserver 'la paix et la stabilité' doit être réfutée - parce que ce sont précisément les USA et leurs alliés les plus proches de l'OTAN qui sont responsables de nombre des problèmes qui affectent la région.
Ces problèmes résultent tous du démembrement violent de la Yougoslavie multi-ethnique dans les années 90, un processus à l'époque activement soutenu et encouragé par les puissances occidentales. Mais cela n'est pas mentionné dans le rapport sur le contexte régional du CFR, 'L'effritement des accords de paix des Balkans ' (Contingency Planning Memorandum No 32).
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A la place, ce sont les Russes qui, quelle surprise, endossent le mauvais rôle - avec 'La déstabilisation du Monténégro ou de la Macédoine' donnée comme l'un des scénarios possibles pour 2018. La vérité est toutefois que toutes les 'poudrières' identifiées par le CFR - qui pourraient déboucher sur des conflits, tiennent non pas à Moscou, mais aux conséquences des interventions et campagnes de déstabilisation passées des USA et de leurs alliés occidentaux.

Commençons par la situation en Bosnie-Herzégovine. Ici, le CFR s'inquiète d'un référendum sur l'indépendance en République serbe de Bosnie. Mais les Américains, qui ont soutenu l'autodétermination pour les Albanais du Kosovo dans le cadre de leur stratégie de séparation du Kosovo avec le reste de la Yougoslavie, puis la Serbie, peuvent difficilement s'opposer au vote des Serbes de Bosnie sur leur avenir. Si « l'intégrité territoriale » de la Bosnie leur importe autant, pourquoi pas « l'intégrité territoriale » passée de la Yougoslavie ?

Dans le Kosovo lui-même, les tensions entre Albanais et Serbes restent élevées. L'intervention « humanitaire » de l'OTAN de 1999 était censée avoir réglé tout cela, mais en fait, c'était l'Occident qui avait grandement fomenté les troubles en soutenant l'Armée de libération du Kosovo, une entité radicale, et en marginalisant les voix kosovares modérées qui souhaitaient dialoguer avec Belgrade.
La Macédoine est une autre poudrière potentielle. Selon le CFR, les mécontents de la minorité albanaise pourrait chercher à s'unir avec le Kosovo ou l'Albanie. Dans le Monténégro, les Serbes ethniques du nord rejettent encore le gouvernement « indépendant » de Podgorica et se tournent de plus en plus vers Belgrade.
Si tout cela semble vraiment compliqué, alors peut-être pouvez-vous comprendre pourquoi autant de gens de la région sont nostalgiques de la Yougoslavie.
« Durant les cinquante ans de la Yougoslavie et du règne de Tito, les Balkans étaient stables. Elles n'étaient pas considérées comme la poudrière de l'Europe. Et aujourd'hui, nous sommes revenus à une situation de poudrière », expliquait Antonye Nedelkovski, un ancien Partisan yougoslave dans un article de PRI, 'La montée de la Yougo-nostalgie' en 2015.
La Yougoslavie ne donnait pas seulement la stabilité aux peuples des Balkans, mais aussi la sécurité économique. Pour les gens de la région, il était logique de s'unir en un État fédéral. La 'fraternité et l'unité' offraient un bien meilleur contexte social que les tensions ethniques et le désordre.
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La Yougoslavie était arrivée à des succès éclatants dans les champs de la culture, du sport, des arts, de l'éducation et du développement humain. Sa destruction a été une tragédie non seulement pour les peuples des Balkans, mais pour toute l'humanité.
Dans l'ancienne Guerre froide, la Yougoslavie non-alignée servait un des buts de l'Occident. Le président yougoslave, l'ancien leader des Partisans yougoslaves Josip Broz Tito, avait généralement bonne presse. Des intellectuels de gauche applaudissaient le modèle yougoslave d'autogestion. Les Occidentaux regardaient avec plaisir les films et téléfilms de bonne qualité venus de Yougoslavie et s'offraient des séjours touristiques dans le pays.
Mais, après la chute du mur de Berlin, la Yougoslavie est devenue « le pays superflu »
L'Allemagne a activement soutenu et encouragé la sécession de la Slovénie et de la Croatie de la fédération yougoslave.
La création d'une Bosnie 'indépendante' était avant tout un projet américain. Les USA ont soutenu le séparatiste Alija Izetbegovic et efficacement saboté toute possibilité de solution pacifique au problème bosniaque …
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En lieu et place d'une Yougoslavie forte, il y a aujourd'hui une mosaïque de petits États économiquement faibles dans les Balkans. Cela convient aux USA, avec leur stratégie impériale de la division pour régner, certes, mais c'est clairement contre l'intérêt des peuples de la région.
La seule façon de régler le problème des Balkans est de revenir en arrière dans le temps. La reconstruction graduelle d'une Fédération yougoslave multi-ethnique - avec les mêmes droits garantis à tous ses citoyens - et un accord d'amitié avec l'Albanie, qui pourrait peut-être se voir offrir un statut de membre « associé », est la solution logique aux divisions actuelles. Seulement, n'espérons pas que le CFR, malgré toutes ses inquiétudes sur des « poudrières » dans les Balkans, la recommande.
Neil Clarke, journaliste et écrivain anglais



Emir Kusturica accuse l’Occident


« L'Occident poursuit une politique génocidaire à l'encontre des Serbes depuis des siècles », a affirmé le réalisateur serbe Emir Kusturica au cours d'une cérémonie nationale de remise de prix qui se tenait à Banja Luka, capitale de la Republika Srpska - République Serbe de Bosnie -, qui constitue maintenant une entité au sein de la Bosnie-Herzégovine.

« C'est une sorte de génocide mené par l'Occident contre notre peuple », a-t-il dit à l'occasion de la célébration de la Fête de la République. « Ce génocide a commencé sous le règne de Napoléon, qui avait compris que l'influence de la Russie sur les rives du Danube poserait de sérieux problèmes à l'Europe occidentale et contrecarrerait ses ambitions d'expansion jusqu'aux confins de la Sibérie. Il partit conquérir la Russie à la tête d'une armée de 600 000 hommes, et ne ramena que 30 000 d'entre eux. A partir de l'invasion napoléonienne et tout au long du règne de l'Empire austro-hongrois, nous n'avons cessé d'être en proie à des tentatives visant à nous séparer de notre frère slave. C'est la raison pour laquelle nous tenons tant à maintenir vivante notre conception de la liberté, en préservant notre langue, notre Eglise et surtout la Republika Srpska, qui représente la région de peuplement serbe la plus occidentale ».

Kusturica a invité les Serbes à se battre contre l'oubli de leur histoire ...


Original: http://tass.com/society/984296
Traduction française : Arrêt sur info




Colonel Jacques Hogard : "La Haye ne voulait pas de moi car j'allais témoigner pour les Serbes"

Le Colonel Jacques Hogard, chef des forces spéciales françaises au Kosovo en 1999, répond aux questions du quotidien serbe « Novosti »
Publié le 8 janvier 2018 

« Pendant 25 ans le tribunal de La Haye a jugé de façon partiale et antiserbe. Le Kosovo n'est pas un problème serbe et albanais, mais un problème de l'ensemble de la communauté internationale. On ne m'a appelé qu'une seule fois, de Bruxelles, pas de La Haye, et on m'a demandé si je voulais témoigner sur ce que j'ai vu au Kosovo. Lorsque j'ai dit au greffier que j'étais entièrement à leur disposition et que je pouvais témoigner sur les crimes de l'UCK contre les Serbes, personne ne m'a recontacté plus tard. Tout s'est terminé comme ça. Et j'en avais des choses à dire. »
Ainsi s'est exprimé, exclusivement pour « Novosti », Jacques Hogard, le chef des forces spéciales françaises qui était le premier arrivé au Kosovo et Métochie pendant la période de transition qui a duré entre la signature de l'accord de Kumanovo jusqu'à l'arrivée des forces internationales de maintien de la paix en 1999.

Propos recueillis par Goran ČVOROVIĆ

Q: L'année passée, vers sa toute fin, a été marquée par la fermeture du Tribunal controversé de la Haye.

J. H: Oui, il a été fermé, mais en même temps la baguette a été reprise par le Mécanisme des Tribunaux pénaux. Dans le mot « mécanisme », il y a une signification froide qui suggère que quelque chose est appliqué sans pitié. Un terme précis et technique est utilisé pour montrer que quelque chose fonctionne comme une machine. Je dirais une machine à broyer. Un nom terrible pour un tribunal. Le tribunal ferme donc la porte, mais continue néanmoins de fonctionner.

Q: Selon vous, de quelle manière s'en souviendra-t-on de ce tribunal dans l'histoire ?

J. H: Pendant 25 ans, ce tribunal a rendu des jugements comme un tribunal partial et antiserbe, un tribunal qui voulait avant tout juger les Serbes et le peuple serbe à travers le drame de l'éclatement de la Yougoslavie. Juste pour masquer la réalité, il a condamné quelques Croates, Bosniaques ou Albanais. Slobodan Milosevic a finalement été acquitté de toutes les charges par d'autres procès, mais le public occidental se souvient uniquement du fait qu'il a été à La Haye, comme s'il avait été condamné. Dans le dernier verdict la Croatie a été condamnée, mais pour des crimes contre les musulmans. C'est la même chose. Quand les Croates tuent des Musulmans, ils sont mauvais, mais quand ils tuent les Serbes, ils ne le sont pas, alors ils deviennent moins méchants. Et personne n'a été tenu pour responsable pour ce que les Musulmans ou les Albanais ont fait aux Serbes. Voilà le machiavélisme de cette cour.

Q: Regrettez-vous quelque chose que vous auriez pu faire différemment pendant le court délai, lorsque vous étiez sur le terrain, jusqu'à l'arrivée des forces de maintien de la paix ?
J. H: Au Kosovo j'ai fait ce que j'ai pu. Plus tard, vous pouvez toujours regretter de ne pas avoir fait mieux ou moins pire. Mais ma conscience est tranquille.

Q: Vous vous sentez très proche des Serbes...

J. H: Le monde entier s'est injustement tourné contre vous. Et nous, les Français, nous avons oublié notre alliance et notre amitié traditionnelle avec le peuple serbe. Nous avons aveuglément suivi les Allemands et les Américains, qui avaient tout intérêt à briser la Serbie, comme ils l'avaient fait auparavant avec la Yougoslavie. Derrière cela, il y a un plan pour affaiblir l'Europe. La grande puissance américaine a besoin d'une Europe officiellement unie, mais officieusement affaiblie. Le meilleur moyen de le faire c'est de diviser les pays et d'encourager le régionalisme. Ceci est également le cas des tentatives en Catalogne. Regardez ce qui se passe chez nous en Corse. Tout cela appartient à la même logique, sauf que la France et l'Espagne sont plus grandes et plus fortes, donc plus résistantes. Cependant, il faut toujours faire attention. La même chose est en train de se passer au Moyen et Moyen-Orient. Mais la Russie est là, elle est revenue sur la scène internationale. Si elle avait été aussi forte au moment des événements au Kosovo, cela ne serait pas arrivé.

Q: Comment, avec du pragmatisme, résoudre le problème du Kosovo ?

J. H: Le droit international devrait être placé au centre de tous les débats. La situation actuelle est imposée et ne devrait pas être acceptée. La résolution ONU 1244 reste en vigueur. Son but était de créer une période d'administration internationale afin de calmer la situation. Mais c'est tout le contraire qui s'est produit. Il y a eu des pogroms, des règlements de comptes, des disparitions de personnes, des meurtres, des trafics d'organes... La communauté internationale ne devrait pas tolérer cela. Ce n'est pas un problème serbo-albanais. C'est un problème de toute la communauté internationale, qui a créé des problèmes au Kosovo au lieu d'apporter la paix. C'est maintenant à elle de remettre les choses à plat et de trouver une solution honnête, que Hashim Thaçi et Ramush Haradinaj répondent devant la cour pour les crimes qu'ils ont commis. La logique de la justice internationale doit aller jusqu'au bout
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LA VÉRITÉ

Q: Vous avez publiquement témoigné sur ce qui s'est réellement passé au Kosovo.
J. H: C'est un engagement humain et personnel. Chaque fois que je peux faire quelque chose, je le fais. Quand le soi-disant Kosovo a essayé d'intégrer l'UNESCO, à mon humble niveau, j'ai fait ce que j'ai pu, j'ai publié un article de journal, j'ai parlé avec des amis... Je suis témoin et je dirai toujours ce que j'ai vu.

NOUS AVONS LES MÊMES GÈNES

Q: Comment expliquez-vous le fait que beaucoup de Français qui se trouvaient en mission en ex Yougoslavie, devenaient très proches avec les Serbes ?
J. H: Nous sommes deux peuples qui se ressemblent. Nous avons des affinités naturelles, qui n'ont rien à voir avec la politique officielle. Nous étions amis pendant longtemps, puis le communisme est arrivé. La France s'était alliée avec les États-Unis et l'OTAN, et c'est quelque chose que je le regrette profondément parce que nous avons perdu la liberté d'évaluation et d'action. Mais, au-dessus de cela, les Serbes et les Français ont des gènes communs. Tous deux sont des paysans et des militaires, qui se sont toujours battus contre des envahisseurs étrangers, un peuple spirituel, dont l'identité est fondée sur la foi, pleine de caractère, un peuple qui dit ce qu'il pense, quelles qu'en soient les conséquences.



Propos recueillis par Goran ČVOROVIĆ


Source : Novosti

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