mardi 30 janvier 2018

Voyage en Syrie (3)

EDITION SPECIALE EN 3 PARTIES

3 – Voyage en Syrie
ou Le témoignage d'un français dans la guerre




Depuis 2016, Pierre Le Corf, 27 ans, partage le quotidien des Syriens, avec lesquels il vit les moments les plus effroyables. Il a choisi de s’installer à Alep, ville martyrisée de part en part, pour y relayer les témoignages de ses habitants et tenter de leur redonner un peu d’espoir. Témoignage exclusif du seul Français à Alep.






Entré dans le pays depuis le Liban, par les voies officielles, par l’intermédiaire de l’association SOS Chrétiens d’Orient, il a d’abord sillonné Damas, Maaloula, Khabab et Homs, avant de poser son sac à Alep, dans la zone gouvernementale. Si le jeune homme est un habitué des pays et des contextes parfois difficiles, c’est en revanche la première fois qu’il se rend dans un pays en situation de guerre.

L’un de ses objectifs? Redonner «une voix à ceux qui n’en ont pas», explique-t-il. Et la ville d’Alep, meurtrie sous les bombardements conjoints du régime et des rebelles, l’a particulièrement touché. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a décidé d’y rester et de partager le quotidien des Syriens qui y résident encore, pour la plupart des déplacés qui ont fui les zones de combat pour se réfugier dans la zone gouvernementale. Non par crainte des raids aériens, mais pour fuir les villes prises par le Front al-Nosra et les autres groupes extrémistes. «Ils les forçaient à partir, menaçaient de prendre leurs enfants ou de les tuer», relate Pierre.

Les risques, il les prend pourtant au quotidien. Depuis son arrivée à Alep en avril 2016 le jeune homme a passé beaucoup de temps à proximité de la ligne de front, hébergé par des familles qui vivent encore là, malgré les bombardements et les tirs de snipers. Depuis lors, il s’aventure régulièrement à Midane, un quartier chrétien touché presque au quotidien par les tirs de mortiers ou les bombes artisanales fabriquées par les rebelles avec des bonbonnes de gaz. Il s’est aussi rendu à Zahra, Khaldié, Cheikh Maqsoud, entre autres, à la rencontre de familles déplacées par les affrontements.

Au fil de ses rencontres, Pierre Le Corf relaie sur sa page Facebook les témoignages souvent émouvants, toujours tragiques, parfois glaçants, de Syriens qui ont tout laissé derrière eux. Leurs maisons, leurs vies, leurs proches parfois, ainsi que leurs morts. Des témoignages bruts de décoffrage, illustrés par des photos de ces familles, qui parviennent, malgré tous les drames qu’elles vivent au quotidien, à garder le sourire. «Quand je suis arrivé ici, au départ, ils étaient curieux qu’un Français prenne le temps de venir les rencontrer», avoue Pierre. La curiosité d’abord, mais aussi, dit-il, un «vrai accueil», partout où il s’est rendu. «Ils savent que je viens pour aider, que ce n’est pas mon pays, pas ma guerre, pas mon peuple». Pierre a choisi de privilégier les civils, ceux qui subissent cette guerre de plein fouet. «Les gens que je rencontre ici ont le sentiment d’avoir été sacrifiés, oubliés. Ils sont en manque de reconnaissance, d’existence et d’amour, tout simplement», ajoute-t-il.....
Jenny Saleh

Lire l'histoire syrienne de Pierre Le Corf sur : Arrêt sur Info







"je suis fatigué et dégoûté des mensonges sur ce qui se passe en Syrie"





SYRIE: FATIGUÉ DES MENSONGES ...! 

 

Par Pierre Le Corf, le 20 Janvier 2018


Je me réveille en cauchemar comme de temps en temps, je travaillais hier avec des jeunes qui ont vu leurs amis mourir, ça réveille des choses … internet semble revenu … un message que je pense important, je suis fatigué et dégouté de cette manipulation en continu, de ces mensonges et – ou demi-vérités que l’on vous enfonce dans le crâne subtilement ou agressivement mais de manière très contrôlée … d’avoir ces trolls qui n’ont jamais mis un pied ici et pris dans la gueule ce qu’on à pris et qui attaquent les témoignages de gens qui eux ont affronté la guerre, tout ça au nom de leur pensée unique… en général je n’aime pas modifier ou éditer mes vidéos mais je mets des sous-titres anglais pour essayer d’être clair, encore une fois sans prétention, vous faites ce que vous voulez de ce message qui n’est que la continuité de ce que j’ai toujours publié et que j’assume.

Je n’ai rien à gagner encore une fois, on va probablement continuer à me tirer dans les jambes … mais je ne transmets que ce que j’ai personnellement vécu, que des témoignages de gens qui ont le courage de partager leur histoire, dénoncer, apparaître avec leur visage.

Vous savez la différence entre les gens qui vivent en zones terroriste et ceux qui vivent en zone gouvernementale (ce qui représente 80% de la Syrie) c’est qu’ici personne n’a d’équipe de caméraman qui suit ceux qui sauvent des gens sous les centaines de mortiers, pas d’équipements dernier cri mis à disposition par des agences de presse étrangères, de réseaux satellites par la Turquie, de réseaux d’activistes ou des millions de financements pour assurer une couverture minute par minute des événements, … ici les mortiers tombent, vous courez, vous aidez les gens, vous ramassez les morceaux, vous couvrez les corps, les familles pleurent tout autant, les gens meurent tout autant.

Ici les gens ne font pas d’activisme, les gens essayent de vivre et les vrais gens d’Alep Est comme de Idlib ou d’ailleurs aussi, ils ne veulent pas continuer à jeter de l’huile sur le feu et simplement que ce merdier s’arrête d’un côté comme de l’autre, surtout de l’autre.

Je vous dirais honnêtement que c’est un voile noir a été tiré sur nous pour empêcher les gens de voir ce qui se passe sinon sous un certain angle, la vie a été effacée d’un côté ici, et de l’autre la souffrance des gens est instrumentalisée en vous donnant 1/4 d’images, en décontextualisant les situations, en mettant tout continuellement en scène, en vendant la guerre à travers des effets de perception.

La souffrance est réelle, ceux qui connaissent la guerre, que ce soit des roquettes ou des bombes d’avions, savent ce que ça veut dire, … le vrai problème c’est de comprendre que, sans terroristes, comme pour Alep, les gens vivraient en paix.

On vous vend une révolution pour la liberté, contre l’oppression, et si en effet il y a bien des gens qui ont vécu des choses injustes et qui détestent le gouvernement comme dans n’importe quel pays à des nivellements différents, la majorité vous rira au nez quand vous viendrez leur raconter que vos « rebelles » viennent leur apporter la liberté, d’ailleurs un grand nombre sinon la majorité des « combattants » sont des mercenaires étrangers, qu’est-ce que des Tchétchènes, des Ouïgours, des Afghans, des Malgaches, des Soudanais, des Tunisiens (sans parler des milliers d’Européens) etc. ont à voir avec ce pays?

Des milliards d’armement fournis aux terroristes à qui on a donné les moyens financiers – militaires – politiques, dont la France, de détruire le pays, de massacrer la population, l’armée Syrienne, … par exemple je vois les gros titres des journaux sur « Idlib » et ces héros, les casques blancs … vous n’avez pas la moindre idée de la vérité, de ce que représente Idlib aujourd’hui à savoir la plus grosse proche terroriste de toute la Syrie incluant des dizaines de groupes Djihadistes sous le drapeau à 3 étoiles, incluant Daesh qui combat au coude à coude en ce moment … d’ailleurs étrangement chacun de ces groupes est identifié en France comme « organisation terroriste », ici ils sont appelé « rebelles », facile.

Je ne me risquerais pas à publier tout ce que j’ai publié si j’avais le moindre doute, pas constaté par moi-même ce que j’avance comme échangé avec des dizaines de familles qui ont vécu avec eux au quotidien jusqu’à la libération …

j’écris beaucoup, je ne suis pas forcément clair mais je suis honnête et neutre aussi surprenant cela puisse-t-il être pour ceux qui sont perfusés à la propagande anti-Syrie anti-gouvernement Syrien visant à légitimer cette guerre … il y a beaucoup de choses que je ne sais pas, mais je vous parle de faits.
Probablement que je continue à charger à balle réelles les armes de gens qui me refusent le droit de partager ce que nous avons vécu, un témoignage « dissident », ce que les familles témoignent … mais je vous jure que si vous croyez que derrière toute cette propagande, même si encore une fois il n’y a ni tout noir ni tout blanc, que nous allons taire cette partie de l’histoire, ses nombreuses pièces du puzzle d’un conflit bien trop compliqué pour en disserter mais traitant de faits, de vécus … vous vous mettez le doigt dans l’oeil. Je vous invite à ne pas me croire … mais à condition que vous cessiez de croire tout ce qui vous est injecté, d’avaler goulument et aveuglément ce que l’on vous force à ingérer en vous faisant croire que c’est votre choix.
J’invite simplement chacun à développer son scepticisme, à prendre du recul … le temps parlera

Pierre Le Corf, Alep, le 20 Janvier 2018

On peut le suivre sur sa page Facebook



Aleppo, décember 2017




Issu d’un milieu modeste, parti très tôt de la maison familiale, Pierre Le Corf n’avait «jamais vraiment voyagé auparavant». Profondément humain, il dit avoir «été inspiré par des hommes et des femmes qui n’ont jamais intéressé les médias, mais qui ont accompli de grandes choses pour eux comme pour les autres». Il y a un an et demi, il vend tout ce qu’il a et part à la rencontre de ceux qu’il appelle «des héros ordinaires», aux parcours de vie souvent incroyables, sur les cinq continents, à travers son association We are superheroes. Russie, Inde, Japon, Etats-Unis, Amérique latine, etc., son aventure le mène dans une vingtaine de pays. Au fil de son voyage, il collecte plus de 900 histoires d’hommes et de femmes, d’enfants, parfois dans des situations dangereuses. Il a côtoyé autant des enfants employés par des cartels, en Amérique du Sud, que des membres de gangs aux Etats-Unis ou des habitants de bidonvilles, avec pour seul objectif de les aider à développer leur confiance en eux.


Photos : Pierre Le Corf



1ère partie : Introduction 
2ème partie : Mensonges & trucages


dimanche 28 janvier 2018

Voyage en Syrie (2)

Edition Spéciale en 3 parties


La souffrance est réelle, ceux qui connaissent la guerre, que ce soit des roquettes ou des bombes d’avions, savent ce que ça veut dire, … le vrai problème c’est de comprendre que, sans terroristes, comme pour Alep, les gens vivraient en paix. On vous vend une révolution pour la liberté, contre l’oppression, et si en effet il y a bien des gens qui ont vécu des choses injustes et qui détestent le gouvernement comme dans n’importe quel pays à des nivellements différents, la majorité vous rira au nez quand vous viendrez leur raconter que vos « rebelles » viennent leur apporter la liberté, d’ailleurs un grand nombre sinon la majorité des « combattants » sont des mercenaires étrangers, qu’est-ce que des Tchétchènes, des Ouïgours, des Afghans, des Malgaches, des Soudanais, des Tunisiens (sans parler des milliers d’Européens) etc. ont à voir avec ce pays ? Des milliards d'armement fournis aux terroristes à qui on a donné les moyens financiers - militaires - politiques, dont la France, de détruire le pays, de massacrer la population, l’armée Syrienne, … par exemple je vois les gros titres des journaux sur « Idlib » et ces héros, les casques blancs … vous n’avez pas la moindre idée de la vérité, de ce que représente Idlib aujourd’hui à savoir la plus grosse proche terroriste de toute la Syrie incluant des dizaines de groupes Djihadistes sous le drapeau à 3 étoiles, incluant Daesh qui combat au coude à coude en ce moment … d’ailleurs étrangement chacun de ces groupes est identifié en France comme « organisation terroriste », ici ils sont appelé « rebelles », facile.” Pierre Le Corf, humanitaire français vivant en Syrie depuis 2016



Bashar al-Assad et sa femme en visite dans un monastère


2 – Propagande et trucages


Mensonges, manipulations et falsifications ont toujours été «de bonne guerre», la vérité étant la « première à être sacrifiée ». Mais les deux dernières décades ont vu, du fait de la technologie, une escalade sans précédent des falsifications en période de guerre. Les mensonges des Etatsuniens, des Britanniques, des Australiens et de leurs alliés avaient déjà atteint un paroxysme, avant et pendant l’invasion de l’Irak de 2003. Ensuite, on a eu droit au tissu de mensonges sur l’épisode libyen, comme ceux sur les mercenaires africains « shootés » au viagra. Et le summum est atteint, depuis sept ans, avec la Syrie et sa fameuse « révolution », dont les informations nous parviennent sous forme de photos truquées, de montages et de reconstitutions, le tout cautionné par les médias grand public.

A de rares exceptions près, les médias anglo-étatsuniens (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Australie et Canada) n’ont pas couvert la crise syrienne en tant que telle. Leur information a consisté en un déferlement de propagande, par vagues successives. Dire que la crédibilité des médias n’est jamais descendue aussi bas serait un euphémisme. Elle est même nulle pour  ce qui touche au Moyen-Orient, à l’exception d’une poignée de correspondants qui rectifient occasionnellement le tir.
En se fiant à la parole des « rebelles » et des « activistes » et en refusant de diffuser celle du gouvernement syrien, les médias ont déversé sur la toile un tissu de mensonges destiné à justifier et perpétuer une fois de plus l’agression « occidentale » à l’encontre d’un pays arabe, à la différence près qu’il ne s’agit pas cette fois, d’une agression militaire ouverte comme en Irak ou en Libye, mais qu’elle est perpétrée par des groupes armés terroristes intermédiaires qui tuent et sèment le chaos à travers tout le pays.
Si l’on s’en tient aux normes admises, il n’y a pas de « modérés » parmi ces groupes. Le vice-président étatsunien Joe Biden a vendu la mèche à ce sujet en 2014 en disant ouvertement que les « rebelles » ne comptaient aucun groupe modéré dans leurs rangs. Il peut leur arriver de se battre entre eux sur des questions de territoire, d’armes, et de  pouvoir, mais ils ont la même idéologie que leur ennemi officiel – qui est aussi l’ennemi désigné par les gouvernements occidentaux – l’Etat Islamique : l’objectif majeur commun à tous ces groupes est l’élimination des Chiites et des Alaouites et l’établissement d’un régime islamique takfiriste (d’excommunication) à Damas.
Les derniers gros titres auxquels nous avons eu droit sont consacrés au  « siège » imposé par le « régime » aux  habitants de la Ghouta orientale, une région située aux environs de Damas, sur fond d’histoires poignantes d’enfants mourant de faim ou de refus de soins hospitaliers. La responsabilité de ces exactions est imputée au régime, exonérant ainsi le groupe takfiri  Jaysh al-Islam (l’Armée de l’Islam) de toute implication – John Kerry lui-même désignait ce groupe comme une branche de l’Etat Islamique et du Front al-Nosra. Ces groupes, armés et financés par des gouvernements étrangers, dont l’Arabie Saoudite et le Qatar, se sont emparés d’une grande partie de la région et y maintiennent la population en otage. Leur élimination,  légitimement entreprise par le Gouvernement syrien, entraîne la mort de civils. Les reportages qui parlent du « siège » de la Ghouta et du soutien sincère apporté par la population aux groupes takfiris sont donc aussi affabulateurs que ceux qui ont relaté l’épisode d’Alep Est. Dans sa restitution médiatique, il était présenté comme un « siège » imposé par le « régime« , mais lorsque la ville a été libérée de ses occupants takfiris, les habitants ont dansé de joie dans les rues ! Il se produira la même chose dans la Ghouta, dans les différents secteurs d’où les groupes terroristes seront chassés.
On évoque maintenant un recours aux armes chimiques par le « régime » dans cette région. Selon le site web d’informations de la BBC (‘‘Syrian war: Reports of chlorine gas attack on rebel-held Eastern Ghouta« Guerre en Syrie : Signalement d’attaques au chlore perpétrées dans la  Ghouta orientale tenue par les rebelles » 13 janvier), « des personnes » ont fait état d’une odeur de gaz à la suite d’une attaque de missile. Un « soignant » est également mentionné, ainsi qu’un « travailleur humanitaire » selon lequel dix hôpitaux seraient concernés. Rien de réellement concret, aucune preuve d’une attaque au chlore, pas plus que de confirmation ultérieure de ces informations par la BBC.
…/...
Cette (prétendue) attaque chimique dans la région de la Ghouta à la périphérie de Damas – qui devait préparer et justifier une intervention militaire contre la Syrie – n’a jamais été expliquée par les médias qui avaient faussement accusé le gouvernement syrien. L’identité des enfants dont les corps avaient été exhibés (parfois les mêmes corps en différents emplacements) reste un mystère. Ils ont été utilisés à des fins de propagande avant de disparaître pour toujours. Les takfiris ont récemment massacré des centaines d’Alouites dans le Gouvernorat de Lattaquié et ont kidnappé des dizaines de femmes et d’enfants : selon Mère Agnès, la religieuse qui, faisant ce que les médias auraient dû faire, a cherché à connaître la vérité, certaines mères ont identifié les enfants de la Ghouta comme étant les leurs.
Les preuves établies par des scientifiques et des journalistes, en particulier celles établies par Seymour Hersh, ont irréfutablement montré que les tirs d’armes chimiques provenaient de positions tenues par les takfiris. Barack Obama a déclaré qu’une attaque aux armes chimiques constituerait sa « ligne rouge » et les takfiris se sont employés à la lui faire franchir. L’implication vraisemblable d’autres gouvernements dans cette provocation était un autre sujet auquel les médias n’ont pas donné suite.
Le New Yorker ne s’intéressant pas à son histoire, Hersh l’a soumise à la London Review of Books (magazine politique et littéraire), qui l’a publiée. Quand il a relaté le mensonge sur la deuxième pseudo-attaque, à Kan Shaikhum, en avril 2017, il a dû se tourner vers un éditeur allemand (Die Welt). Son côté « diseur de vérités qui dérangent » lui a valu une rapide baisse d’intérêt de la part des médias alors qu’incontestablement, c’est un remarquable journaliste d’investigation, à commencer par sa couverture du massacre de My Lai pendant la guerre que les USA ont menée au Vietnam (et dans d’autres pays limitrophes). Alors que Trump a bombardé une base aérienne syrienne près de Khan Shaikhum, Obama, lui, a battu en retraite à la dernière minute. Selon Hersh, les spécialistes du renseignement savaient que le gouvernement syrien n’était pas derrière l’attaque aux armes chimiques des environs de Damas mais « Comment servir ce gars – Obama – quand lui et son équipe de la Maison Blanche maquillent les renseignements au fur et à mesure ? ».
La guerre en Syrie se poursuit. Elle est, comme beaucoup l’avaient prédit, loin d’être terminée : mais pour ce qui concerne l’intervention extérieure, elle n’aurait jamais dû commencer.

Jeremy Salt


Source : mondialisattion.ca



1ère partie : Introduction 
3ème partie : Voyage en Syrie
https://libertesconquises.blogspot.com.ar/2018/01/voyage-en-syrie-3.html

vendredi 26 janvier 2018

Voyage en Syrie (1)


Edition Spéciale en 3 parties


La criminalité et l'hypocrisie de la classe dirigeante américaine n'ont pas de limite. Au milieu des accusations hystériques d '«ingérence russe» aux élections américaines, Tillerson (secrétaire d'État américain) a affirmé que les États-Unis décideraient du sort de la Syrie. Parmi les forces politiques avec lesquelles les États-Unis travaillent, il y a les extrémistes islamistes que Washington a exploités pour justifier son intervention dans cette guerre civile qui qui ravage le pays depuis sept ans.







Introduction : Pourquoi Washinghton hait-il tant Bashar al-Assad


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La Syriophobie remonte à l'administration Bush, en décembre 2003, quand le Congrès a voté le Syria Accountability Act, House Resolution 1828 [une résolution qui exigeait de la Syrie qu'elle cesse tout soutien à des entités pro-palestiniennes « terroristes », NdT]. La Syrie, à cette époque, était déjà dans le viseur de deux des principaux soi-disant alliés des USA dans la région, Israël et l'Arabie Saoudite. Les deux travaillent activement à la déstabilisation du gouvernement, mais pour des raisons différentes. Les Saoudiens ont peur de l'influence iranienne sur Damas, et ont de plus un agenda religieux contre le gouvernement syrien, parce qu'il protège les minorités religieuses et parce qu'il est lui-même une branche syncrétique de l'islam chiite appelée alaouite. Les Saoudiens les considèrent comme des hérétiques. Pour leur part, les Israéliens étaient épris du Plan Yinon de 1982, et des propositions « A Clean Break » faites en 1996 par une équipe de néocons américains. Leur intention était de transformer la plupart des États musulmans voisins d'Israël en tribus et ethnies en guerre les unes avec les autres, pour qu'elles ne représentent plus une menace. Les leaders israéliens ont ouvertement déclaré qu'ils préféreraient voir le chaos continuer en Syrie, qui reste une de leurs principales cibles. Israël, de fait, a bombardé plusieurs fois des positions de l'armée syrienne, récemment près de Damas, et a soutenu ce qui reste de Daech et du Front Al-Nosra. Le 'Syria Accountability Act' se lit par endroits comme les accusations complètement farfelues contre Saddam Hussein utilisées pour justifier l'invasion de l'Irak plus tôt en 2003. Il cite le développement d'armes de destruction massive et de missiles, mais son angle majeur tient au soutien allégué de Damas à des groupes terroristes. Il « Déclare que le Congrès ressent que le gouvernement de la Syrie devrait immédiatement et inconditionnellement cesser son soutien au terrorisme, de façon permanente, déclarer ouvertement sa renonciation totale à toutes les formes de terrorisme et fermer tous les bureaux et bâtiments des terroristes en Syrie, y compris les bureaux du Hamas, du Hezbollah, du Front populaire de libération de la Palestine, et du commandement général du Front populaire de libération de la Palestine. »

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Quoi qu'il en soit, la volonté « d'avoir » la Syrie est restée une constante de la politique étrangère américaine à ce jour. Quand les USA avaient encore une ambassade à Damas, en décembre 2010, le président Barack Obama avait maladroitement envoyé Robert Ford comme ambassadeur. Robert Ford a activement soutenu les manifestations des anti-régimes syriens inspirés du Printemps arabe qui s'opposaient à Assad et pourrait même avoir appelé à un soulèvement armé, dans une interprétation bizarre de ce que les ambassadeurs sont censés faire dans un pays étranger. En une occasion, il a absurdement déclaré que si les USA armaient les opposants au régime, les groupes affiliés à Al-Qaïda seraient « incapables de leur faire concurrence ». Ford a été rappelé un an plus tard, à cause d'inquiétudes pour sa sécurité après qu'il ait été pris pour cible de jets de tomates et d'oeufs pourris, mais le mal était fait et les relations diplomatiques entre Damas et Washington n'ont jamais été restaurées. Le désir d'un changement de régime à Damas a pris de l'ampleur en 2011. Les efforts du gouvernement pour réprimer les manifestations qui s'étaient produites ont inévitablement mené à une violence accrue des deux côtés, et dans son sillage, les USA, les Saoudiens et les États du Golfe ont commencé à armer les rebelles et à encourager la formation de l'Armée syrienne libre, dont Washington assurait qu'elle se composait uniquement de bonnes personnes qui voulaient plus de démocratie et de respect des droits de l'homme. Sans surprise, nombre de ces démocrates en herbe ont accepté des entraînements et des armes américaines avant de passer à des affiliés d'Al-Qaïda tels que le Front Al-Nosra ou à Daech. En ce moment, la reconstruction de la Syrie est en voie. L'Armée arabe syrienne est en train de balayer les quelques dernières enclaves contrôlées par Daech dans la province d'Idlib et la soi-disant Guerre civile syrienne sera bientôt terminée, sauf pour les tous derniers nettoyages. Nombre de réfugiés internes sont rentrés chez eux après la reprise de contrôle de leurs villes et villages par le gouvernement, et des milliers de réfugiés à l'étranger sont, paraît-il, revenus. Notez qu'ils reviennent dans des zones où le gouvernement el-Assad est fermement en place. Peut-être cela suggère-t-il que, bien qu'il y ait des doléances légitimes au sein du peuple syrien, la propagande selon laquelle la plupart des Syriens étaient opposés au régime était très exagérée. Nous avons d'amples preuves que Bachar el-Assad est, de fait, soutenu par une large majorité de Syriens, même parmi ceux qui voudraient davantage de démocratie, parce qu'ils savent que la seule alternative au président syrien est le chaos.

Nous voudrions penser que la Syrie va redevenir la Syrie, mais Washington a senti l'odeur du sang et voudrait clairement une solution qui implique une fragmentation de l'État, ce qui permettrait de contenir et d'éliminer l'influence iranienne pour la satisfaction de ses Etats-clients l'Arabie Saoudite et Israël, et de créer un mini-État pour les Kurdes [le dit mini-État kurde aurait été encerclé par Daech et Al-Qaïda si ces groupes avaient pris le contrôle du pays, donc ? De quoi s'assurer des journées animées pour les cent prochaines années... à moins d'avoir des bases militaires américaines à demeure, et pas la plus petite possibilité de s'en passer. Voilà qui aurait donné une nouvelle définition à la doctrine de la « Guerre perpétuelle contre la terreur » de Bush, NdT]. La destruction de la Syrie et du peuple syrien serait considérée comme des dommages collatéraux de la construction d'un nouveau Moyen-Orient. Il est à souhaiter que les Syriens, avec le soutien de l'Iran, de la Russie et de la Chine sauront prévenir ce dénouement et, comme les USA n'ont que très peu combattu directement Daech, ils n'auront heureusement pas grand poids dans les événements qui vont suivre.

Que Riyad et Tel Aviv aient mené Washington par le bout du nez ou non n'a aucune importance, parce que tout le poids de la culpabilité dans ce qui se passe repose catégoriquement sur la Maison-Blanche. Les États-Unis n'ont ni politique cohérente, ni le moindre intérêt à rester en Syrie, mais les étranges alignements qui se forment dans ou autour du Bureau ovale ont créé la volonté de détruire un pays et un peuple ple qui ne menacent les USA en aucune façon. Quelqu'un devrait rappeler au président que des scénarios similaires ne se sont pas bien terminés en Afghanistan, en Irak et en Libye. Personne ne devrait s'imaginer que les choses seraient différentes en Syrie.

Entelekehia.fr pour la version française


2ème partie : Mensonges & trucages
3ème partie : Voyage en Syrie
https://libertesconquises.blogspot.com.ar/2018/01/voyage-en-syrie-3.html

mercredi 24 janvier 2018

La bibliothèque des éboueurs


“Et vive la gratuité! Aux citoyens devrait revenir la responsabilité de créer selon leurs besoins les services publiques dont le fonctionnement serait coordonné par les représentants du peuple et non par des politiciens dépendant des lobbies, des partis et de divers intérêts particuliers et privés.
André Chenet


Photo : © Municipalité de Cankaya

Turquie : des éboueurs ouvrent une bibliothèque publique en ramassant les livres jetés

Rédigé par Saphirnews


Des éboueurs d’Ankara, dans le quartier de Çankaya, en Turquie, ont ouvert une bibliothèque en amassant des livres jetés dans les poubelles afin de leur offrir une seconde vie.

Initialement réservée aux éboueurs de la ville et à leurs familles, le lieu est finalement ouvert au grand public, avec la bénédiction de la municipalité de, qui n’est pas peu fière de cette initiative de ses employés.

Des habitants, charmés par cette initiative, ont décidé également de contribuer en faisant don de livres pour remplir les rayons.

Ce sont aujourd’hui plus de 6 000 ouvrages de 17 catégories (jeunesse, littérature, histoire…), qui sont disponibles et ouverts au prêt, pour le plus grand bonheur des lecteurs.

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Lire l'article sur : Saphirnews

mardi 23 janvier 2018

L'urgence de changer le monde


Je ne suis pas, Messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, la souffrance est une loi divine, mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, Messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. La misère est une maladie du corps social comme la lèpre était une maladie du corps humain ; la misère peut disparaître comme la lèpre a disparu. Détruire la misère ! Oui, cela est possible ! Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas le fait, le devoir n’est pas rempli.”
Victor Hugo, “discours sur la misère” - le 9 juillet 1849



Une quête pour la survie


Par Hervé Juvin, invité au Deuxième colloque de Chișinău (15-16 décembre 2017)
sur le thème : “le quatrième monde, ou le retour de la politique”


Quel est le monde dans lequel nous entrons ? Quel est le monde dans lequel nous nous engageons à vivre ?

Les organisateurs de ce colloque ont eu raison lorsqu'ils ont choisi ce sujet : la quatrième économie. Mais je ne suis pas sûr qu'ils aient raison s'ils veulent que nous limitions notre champ d'application aux seuls problèmes économiques actuels.
Ma réponse sera : le monde conduit par l'économie est le vieux monde. Nous ne regardons pas seulement l'échec misérable des institutions de Bretton Woods et de l'ordre libéral de l'Occident. Non seulement nous assistons à l'effondrement de la finance globalisée et des marchés interconnectés, mais aussi à celui d'un système dirigé par les Américains. Nous sommes les témoins de la fin de l'économie telle que nous la connaissions. Vous dites : économie ? Dites politique, idiot ! 1

Pour le dire franchement ; la quatrième économie ne concerne pas l'économie, elle concerne surtout la politique, « nous, les gens » contre « l'ego, moi, moi-même » et il s'agit aussi de spiritualité. La lettre encyclique du Pape François, « Laudato si » est peut-être le texte politique le plus important de la décennie. Il s'agit principalement de ce que nous appelons « l'écologie humaine ». Et il s'agit aussi d'économie. Parce qu'il s'agit de survie.

Nous avons quitté l'économie agraire quelque part au siècle dernier, à un moment où l'ère industrielle était à son apogée. Ensuite, nous sommes doucement passés à une économie financière et de l'information dans laquelle nous sommes plus ou moins intégrés. Permettez-moi de prendre un exemple. J'ai commencé mon activité professionnelle à une époque où les compagnies aériennes comparaient le nombre de vols qu'elles effectuaient et le nombre de clients qu'elle servaient par an ; où deux constructeurs automobiles comparaient la taille de leurs usines, le nombre de leurs employés et les voitures qu'ils produisaient. De nos jours, ils ne font que comparer leur Ebitda et le ROE ; leurs travaux ne concernent plus les clients ou les produits, mais seulement l'argent. Gagner de l'argent, à tout prix. Est-ce qu'ils savent même ce qu'ils produisent ?

Quelle est la prochaine grande chose ? Ne rêvez pas des biotechnologies, des nanotechnologies, de l'intelligence artificielle, etc. Tout cela est bon pour les gars de Davos et pour ceux qui ont développé une telle foi qu'ils croient que la technologie peut résoudre tous les problèmes que la technologie a créés et crée encore à grande échelle. Et il y en a beaucoup à venir ! Attendez-vous simplement à un cauchemar avec l'impact des inégalités croissantes ; non seulement la pauvreté, mais l'expulsion de la nature d'un nombre croissant de personnes, passant la plus grande partie de leur temps devant un écran, obsédés par Internet, et n'ayant aucun accès à la nature à aucun prix - dunes de sable, forêts, rivières, et le chant des oiseaux, tout cela devenant le privilège des très riches, les seuls à garder un accès direct et illimité à la nature.

Quelle est la prochaine grande chose ?

Notre condition actuelle est façonnée par deux tendances puissantes ; une extinction massive de la diversité, à la fois naturelle et culturelle ; et le surgissement de l'économie comme vraie nature des êtres humains - le totalitarisme de l'ego.

Nous sommes proches d'une compréhension très précise que les deux constituent la plus grande menace contre la survie humaine, et que les deux appellent donc à une course à la vie. Le fait est que cette menace vient directement de ce qu'on nous dit de célébrer le plus : développement ; croissance ; technologie ; libre échange... Nous chérissons profondément la cause même de notre disparition, nous aimons ce qui nous amène au bord de l'extinction...

Laissez-moi dire quelques mots sur chaque question.

Vous lisez beaucoup de choses sur l'extinction massive des insectes, des grands mammifères, etc. En fait, il y a plus d'une centaine d'espèces différentes de poulets dans la nature ; 97% des fermes industrialisées n'élèvent que trois espèces de poulets. Selon la FAO, plus de dix mille espèces de légumes étaient consommées il y a un siècle. L'agro-industrie a réduit cette diversité à moins de 60% pour 90% de ses produits commerciaux. Et la superficie occupée par l'agro-industrie est trois fois plus élevée qu'il y a vingt ans, mais un tiers du sol fertile est surexploité et proche de la désertification, selon un rapport de la FAO récemment publié à Ordos, en Chine. Mais c'est encore plus inquiétant côté humain. Il y a quarante ans, plus de 8000 langues différentes avaient encore une communauté de locuteurs dans le monde. De nos jours, 7000 n'ont pas plus d'un ou deux locuteurs, et elles vont bientôt disparaître avec eux. Le nombre de langues humaines a été divisé par près de dix fois en un demi-siècle, et chaque langue perdue est une bibliothèque qui brûle ! Du logement à l'agro-industrie, des modèles sociaux aux cultures autochtones, de la gastronomie locale aux aliments transformés, le trésor vivant de la diversité humaine est sur le point de s'effondrer ; nous devons savoir que la diversité entre les espèces ainsi qu'entre les communautés humaines est le facteur clé de la survie. Et cet atout crucial est en jeu.

La puissante tendance derrière l'effondrement de la diversité naturelle et humaine est le surgissement de l'économie en tant que véritable nature humaine et en tant que foi religieuse. Ce que nous appelons économie est l'association explosive entre une économie extractive et une économie de la cupidité au nom des droits individuels de l'homme. Cela repose presque entièrement sur deux hypothèses.

Premièrement, les ressources naturelles sont en quantité illimitée. Et elles sont gratuites. Le prix des ressources naturelles n'est que le prix de leur extraction, de leur transport et de leur emballage. Le marketing compte aussi. Juste pour mettre dans les rêves de milliards de personnes des marques et des produits dont ils n'ont jamais rêvé et dont ils n'ont absolument pas besoin. Ces hypothèses visaient à donner à l'homme la puissance de Dieu ; un pouvoir illimité, inégalé et sans égal sur n'importe quelle créature, et aussi sur la planète. Pour cet être humain libéré de ses chaînes, il n'y a plus de contraintes, ni de nature, ni de Dieu ; il est son propre créateur, et quand et où il y a des limites, il y a juste des problèmes à résoudre. Pour l'individu souverain, comme nouvelle religion des droits de l'homme, la foi religieuse elle-même n'est qu'un problème à résoudre. Mais cette supposition est fausse, et nous le savons. Nous payons déjà pour des ressources que personne n'a jamais rêvé de payer ; quel est le marché de l'émission de carbone, si ce n'est le marché de l'air pur ? Nous craignons déjà des maladies dans l'eau, dans la terre, et dans trop de formes de vie. Et le roi de la peur joue en coulisse, la peur du changement climatique, la peur des maladies, la peur d'une espérance de vie plus courte et, de plus, la peur de la vie elle-même − la peur du monde extérieur. L'Ouest ne le comprend pas et considère qu'il s'agit juste d'un autre problème à résoudre. Si vous ne voulez pas être un américain comme tout le monde veut l'être, vous avez un problème. Un gros problème, oui.

La deuxième hypothèse est que toute société humaine dans le monde entier est à la recherche de développement. C'est aussi un mensonge. En fait, la plupart des communautés indigènes et des confessions religieuses sont organisées contre le développement ; elles n'ont pas de place pour une telle chose dans leur communauté. Près de chez moi, sur la côte ouest de Madagascar, ils brûlent la maison de quiconque devient riche, pour le garder dans la communauté. Ils comprennent très bien que l'argent est le grand fossé entre les êtres humains, et l'économie de marché, la fin des communs. Le fait n'est pas qu'ils sont incapables de se développer eux-mêmes ; la vérité est que, en tant que communauté, ils refusent l'individualisme lié au développement économique. Ils préfèrent leur communauté au droit illimité de rompre avec elle et avec la nature elle-même. La phrase qu'ils préfèrent est « Mieux vaux une touche de fihavanana (le bien-être collectif) qu'une tonne d'or ». Pour le bien de la croissance, ce que nous appelons le développement, c'est la rupture de ces communautés contre leur volonté et la fin de leur bien-être collectif pour les fausses promesses d'un accomplissement individuel. Sous le faux drapeau de la liberté, pour le commerce et l'argent, les Occidentaux l'ont fait à plusieurs reprises, de la rupture du Japon par le commodore Perry, aux misérables guerres de l'Opium contre la Chine, à la guerre criminelle contre les gouvernements nationalistes des Philippines ou d'Amérique du Sud. Les opérations criminelles de la Fondation Gates introduisant des OGM dans les pays pauvres d'Afrique, réduisant le paysan en esclavage. Il y a aussi le grand projet d'électrification de l'Afrique ouvrant la porte à la nouvelle colonisation des terres, des cultures, des forêts et des richesses de sa biodiversité, par les grandes entreprises. Et ce qui importe le plus, c'est la destruction des symboles de leurs traditions [« Rest » en anglais, NdT], de leurs choses sacrées et, finalement, de leur foi - l'usine du dénuement moral ; les rendant honteux de qui ils sont.
De l'Afrique à l'Amérique du Sud ou de l'Asie du Sud-Est à la Russie, les populations autochtones savent très bien que tout n'est pas à vendre ; vous ne pouvez pas échanger quelques acres de forêt tropicale contre quelques acres de toundra. Vous ne pouvez pas échanger le dernier rhinocéros blanc contre des actions dans des parcs animaliers. Et ils craignent que l'avidité illimitée provoque des guerres pour les ressources ; qu'est-ce que l'invasion de l'Irak, sinon une guerre pour le pétrole, la guerre civile en Syrie, sinon une guerre pour l'eau, qu'est-ce que le meurtre de Saddam Hussein, de Mouammar Kadhafi, le bombardement d'une usine de produits pharmaceutiques au Soudan ? Et tant de nombreuses attaques terroristes similaires, à l'exception d'une tentative désespérée de contrôler les ressources naturelles, la vie elle-même, et de maintenir la capacité des États-Unis à ne jamais faire face à leur dette insoutenable ?

Nous avons beaucoup à apprendre des communautés autochtones. Nous, les peuples des Nations européennes, sommes aussi des peuples autochtones, sur nos terres, dans nos pays, avec nos traditions, notre foi, nos biens communs pour lesquels nous avons combattu tant de fois, et nous sommes toujours capables de nous battre. Mais nous n'avons plus beaucoup de temps pour le faire.

L'effondrement politique de l'individualisme

La situation actuelle a de grandes conséquences sur l'économie elle-même mais elle concerne principalement ce que nous appelons la politique. Nous devons réinventer la signification même de celle-ci ; la liberté collective des sociétés humaines de façonner leur destin. Et nous devons réinventer la façon dont la politique régit l'économie ; la façon dont l'économie est un outil de nos sociétés, pas l'inverse. Karl Polanyi a écrit des choses définitives à ce sujet.

Le système post-démocratique de la grande entreprise en charge de nos rêves, de nos emplois et de nos vies repose principalement sur la libre poursuite de la cupidité illimitée par l'ego - l'individu souverain. L'idée de base est que l'homme n'est que la liberté illimitée qu'il se crée, et qu'il a droit à une utilisation illimitée du monde. Ne faites pas d'erreur ! Ce système n'est pas faible, malgré toutes les apparences. Ce système est très puissant, mais sous deux conditions : dans la mesure où la grande majorité des citoyens pensent être de véritables initiés, qu'ils sont des gagnants du système, et aussi, dans la mesure où les ressources naturelles lui permettent de promettre une croissance illimitée. C'est le gouvernement de l'homo œconomicus par ses désirs illimités ; le gouvernement pour le big business sous le visage souriant de la démocratie.

Ce système a colonisé nos esprits, nos rêves, nos imaginaires ; sa principale réalisation est de nous avoir coupé du monde extérieur. Nous sommes en fait aveugles à l'altérité, l'Occident ignore la tradition [« Rest »en anglais, NdT]. Et connaissez-vous le premier symptôme d'une dépendance à Internet ? L'incapacité de reconnaître les visages humains entre amis et membres de la famille !
En disant cela, nous sommes proches du grand secret caché derrière la scène ; nous sommes confrontés à la fin des systèmes libéraux tels que nous les connaissions.

Ces systèmes libéraux ne s'appuient pas tellement sur la foi collective dans la Constitution, la Nation ou même le parti au pouvoir. Ils ne comptent que sur la cupidité libre et illimitée accordée à chaque individu. Non seulement c'est autorisé mais c'est même prescrit. Tous les systèmes religieux, sociaux et politiques avant nous, ont fait très attention à limiter, à refréner le désir du plaisir, de la richesse, des biens, ou à leur substituer des biens spirituels ; nous vivons dans le premier système politique et social basé sur la libération absolue et complète de la cupidité. Jetez un œil à nos écoles commerciales et sur les MBA ; nous en avons fait un modèle d'école de cynisme et de cécité morale ! Et ne vous trompez pas, ce système est incroyablement puissant ! Le système de la cupidité individuelle a gagné contre le totalitarisme. Il a gagné contre les grandes religions, les traditions et même les nationalismes. Le lien invisible créé entre les individus sur rien de plus que la promesse d'une quête illimitée d'argent, de biens et de plaisir est bien plus fort que les liens extérieurs, les autorités supérieures, Dieu, l'Empereur, le Roi ou la révolution politique ; ceux là venaient d'en haut. La révolution individuelle vient de l'intérieur. La cupidité de l'intérieur, c'est le puissant moteur du libéralisme individuel ! En fait, la révolution de l'individu est le principal moteur politique du siècle dernier. Et est le gagnant contre le fascisme, le nazisme, et finalement l'Union soviétique elle-même.

Le secret à partager entre nous est que le jeu est terminé. Les seules et uniques conditions de la viabilité du système de la cupidité étaient l'offre illimitée de ressources naturelles et le renouvellement des systèmes vivants d'un côté ; et le partage des avantages entre tous les citoyens de l'autre côté. L'économie du carbone a en fait façonné la démocratie. L'offre illimitée de ressources naturelles a façonné les droits de l'homme en tant que droits de l'individu souverain. Les droits illimités appellent un approvisionnement illimité. Nous savons que ce système est près de s'effondrer.
L'effondrement viendra non seulement de l'extension de la pauvreté, mais du fait que la grande majorité des citoyens occidentaux seront de plus en plus exclus de toute forme de bénéfices venant du système. Depuis la fin de la grande peur du communisme et la fin de l'Union soviétique, voici la fin du capitalisme de partage. Le capitalisme ne repose plus sur de bons salaires qui augmentent régulièrement ; il s'appuie de plus en plus sur les prisons et la police. Et l'effondrement viendra non seulement du changement climatique, mais aussi des terribles conséquences des produits chimiques, des pesticides et de la pharmacie dans les sols, la viande et, finalement, la richesse humaine. Il viendra non seulement de l'empoisonnement de l'eau douce, de la nourriture transformée et de l'atmosphère urbaine, mais aussi des événements extrêmes menaçant toutes ces villes au bord de la mer, et aussi des quantités de réfugiés jamais vues auparavant − par dizaines de millions venant d'Asie et d'Afrique.

Le facteur de la peur suit de près la tromperie. Et les deux sont politiquement des armes de destruction massive pour l'Occident.

Cela définit le moment politique que nous vivons maintenant dans les pays occidentaux. Le passage d'individus unifiés par leur désir de richesse à des communautés unies par la lutte pour la survie est un moment à la fois de grandes attentes et de grands risques. C'est la dimension cachée derrière le Brexit, derrière la victoire de Donald Trump, pas si surprenante après tout, et derrière tant de booms politiques et d'explosions à venir ! Et ce pourrait être le meilleur des temps, ainsi que le pire des moments. Qui sait, à un moment où la Chine annonce que la venue de la civilisation écologique devrait avoir lieu au cœur du rêve chinois ?

L'économie va bien sûr refléter ce grand tableau. En fait, c'est déjà dans les faits et les chiffres. Le moment logistique que nous vivons est l'augmentation spectaculaire des coûts de transport, et le nouveau localisme qu'il exige. Le moment entrepreneurial que nous vivons est l'effondrement de l'entreprise mondialisée, et la recherche illimitée d'énergie qu'elle a demandée ; les PME sont les seules à créer des emplois et à s'impliquer réellement dans la communauté par des achats locaux, une embauche locale, l'intégration culturelle et l'engagement local. Et le moment industriel que nous vivons est le passage du travail humain à la production robotique, ce qui signifie que partout dans le monde, les coûts de production sont sur le point de s'égaliser ; ce qui signifie que la main-d'œuvre bon marché ou l'esclavage perdront leur pouvoir de fixation des prix. En passant, l'entreprise mondiale perdra son avantage concurrentiel. Le localisme et les PME sont les nouvelles grandes choses dans les pays où les robots vont payer des impôts ! Mais le moment où nous vivons est aussi principalement le moment où la terre n'est plus si amicale avec les êtres humains. Après deux siècles d'agressions industrielles et chimiques, la nature est éveillée. Personne ne survivra seul à l'effondrement à venir. Et ne rêvez pas ; vous ne pouvez pas mettre de l'argent dans le réservoir de votre voiture, pas plus que manger votre or.

C'est pourquoi nous sommes à la fin de l'individu souverain et de la société de marché. C'est la fin de l'ego, du moi, moi-même, mon seul ami. Nous sommes déjà au début d'une nouvelle ère politique, l'ère de la survie.

Le deuxième enjeu est le retour des communs. La deuxième partie du grand Chapitre de la Liberté, provenant de l'Angleterre du XIV e siècle, le Chapitre des Forêts, est entièrement consacré à assurer la sécurité des communs, en tant que droit fondamental des communautés. Les communs aident les pauvres à satisfaire leurs besoins fondamentaux, bien mieux que n'importe quelle aide publique ou charité privée. Les communs donnent à tout membre de la communauté qui les protège, un libre accès à leur utilisation pour des besoins personnels, mais aucun accès pour un usage commercial ou industriel. C'est un chemin pour la dignité et l'engagement.

Les biens communs, ou les communs, ne cadrent pas bien avec le libre-échange, la libre circulation des capitaux, les privatisations de masse et l'hypothèse de base que tout est à vendre ; la terre, l'eau douce, l'air et les êtres humains. En fait, le libre-échange et les marchés mondiaux sont les pires ennemis des communs. La grande ouverture des dernières communautés vivant sur elles-mêmes est une condamnation à mort. Bienvenue à la réinvention de l'esclavage par ces apôtres des migrations de masse et des frontières ouvertes ! Je n'ai aucun doute à ce sujet ; une grande partie de ce que nous appelons « développement » et « aide internationale » sera bientôt considérée comme un crime contre l'humanité - l'effondrement des biens communs pour le bénéfice des entreprises mondialisées et des intérêts privés. Et le mouvement des « no borders » sera également considéré comme une manière subtile d'utiliser le travail forcé et embaucher des esclaves avec un double avantage : premièrement, faire le bien avec le sentiment d'être d'une qualité morale supérieure, deuxièmement, faire du bien à la rentabilité du capital.

La société globale basée sur l'économie comme notre nature humaine, détruit les communs à un rythme incroyable. Non seulement parce qu'elle détruit les frontières qui les protégeaient ; parce que cela place le libre-échange au-dessus des communautés, des religions et des choses sacrées. Et le modèle du marché global où tout est à vendre substitue effectivement l'expulsion des communs générant pauvreté pour une partie croissante de la population mondiale. L'accès libre à la nature sera bientôt refusé à la majorité des gens ; des légumes ou de la viande qu'ils mangent, au jeu qu'ils jouent ou aux loisirs qu'ils partagent, des graines sur lesquelles ils comptent, sur les enfants qu'ils veulent. Tout sera calibré, tout passera sous la coupe de la loi de la meilleure rentabilité pour le capital - et à la fin du processus, la vie humaine elle-même finira par être un produit de l'industrie.

Les communautés indigènes, des tribus d'Amérique du Sud aux associations environnementales en France ou en Allemagne, sont aussi les seules à vouloir protéger leurs communs, et se battent parfois avec ferveur pour les sauver contre des projets industriels ou des investissements massifs. Elles devront lutter contre ces soi-disant « accords commerciaux » dont le seul but est de protéger, non pas l'investissement lui-même, mais le retour attendu des bénéfices ! Toute analyse approfondie du conflit entre les compagnies minières aurifères équatoriennes et canadiennes, ou entre le Guatemala et la Bolivie et les entreprises industrielles américaines, révèle cette situation confuse ; l'explosion actuelle du capital, mieux connue sous le nom de « quantitative easing », crée une pression croissante sur les ressources naturelles. Le système monétaire émet des chèques en nombres illimités, et c'est à la nature de payer la facture ! C'est pourquoi la prochaine étape est l'accaparement final de la nature pour le bénéfice du système de la dette ; pas un morceau de terre, ou une gorgée d'eau, pas un poisson dans l'océan profond ou un arbre dans la forêt tropicale ne va échapper à l'industrie - leur destruction pour de l'argent.

Le retour des communs est l'une des conditions principales et uniques de notre survie.
Qu'est-ce que ça veut dire ? La plupart d'entre nous en Europe sont des autochtones. Nous savons d'où nous venons, et nous savons à quoi nous appartenons. Ce qui nous importe le plus, c'est de dire « nous » avec confiance, avec foi, avec amitié. Les communs sont l'endroit où tout le monde dit « nous ». C'est l'endroit où il n'y a pas de place pour le « moi ». Et les bases sont solides pour le futur proche. Ce sont les ressources qui ne sont pas à vendre, les ressources partagées par la communauté, pas pour le commerce ou l'industrie à tout prix, des ressources hors de portée des commerçants ou des banquiers. Pas de libre-échange, pas de marché, pas de pouvoir de prix sur les communs. Les graines, le sol, l'eau douce, l'air, la naissance humaine et les vies humaines ne sont pas non plus à vendre. Elles ne sont pas le moyen de maximiser le rendement du capital ! La nature elle-même prendra soin de nos biens communs, et nous donnera beaucoup plus que n'importe quel fonds d'investissement, seulement si nous la respectons, seulement si nous la laissons jouer, seulement si nous la laissons faire. C'est la plus grande leçon de l'écologie, de l'agroforesterie et de l'agriculture biotech. Nous avons juste à appartenir. Nous avons juste à partager une identité ; il suffit d'accepter des limites. Voici la venue de la politique identitaire. Voici la disparition de l'économie telle que nous la connaissons. Toutes ces questions sont profondément politiques, et elles appellent à un retour au pouvoir de toute la communauté politique dans son ensemble - pas la disparition de la communauté pour mon bénéfice, moi l'individu souverain !

Quelle est la prochaine étape ?

Nous sommes à la fin de l'économie libérale telle que nous la connaissons et, à ce moment-là, nous serrons à la fin de la cupidité individuelle en tant qu'outil puissant de l'ordre politique. Qu'est-ce qui va arriver ? Et que devons-nous faire ?

Après l'effondrement de l'économie en tant que foi, et l'effondrement du marché mondial en tant que sorcellerie, le premier besoin est spirituel. Je ne dis pas religieux. Mais nous devons reconnaître la dimension sacrée de la vie, de toutes les formes de vie. Nous devons partager les symboles de notre destin commun et de notre volonté collective, et nous avons besoin d'une renaissance de la communauté comme étant bien plus que la somme des individus - la magie du « Nous, les gens » est encore à réinventer. Cela pourrait être le cadeau le plus utile de l'Union Européenne au monde extérieur ; vous ne pouvez pas construire une communauté politique sur le marché, l'argent, la croissance ou les droits individuels. Nous avons besoin de plus que cela, de quelque chose de différent, quelque chose proche de la foi, des symboles et de la fraternité, quelque chose comme cette chose sacrée que nous perdons, et qu'ils nous prennent.

La condition même de la réévaluation des biens communs est la reconnaissance générale que tout n'est pas à vendre, parce qu'il y a des choses à vendre, il y a des choses à transmettre, et il y a des choses à donner ou à partager. Et il y a des choses sacrées dans lesquelles la communauté met sa confiance et par lesquelles elle exprime sa différence. Bien sûr, ces choses sont sacrées. Bien sûr, ces choses n'ont pas de substitut sous forme monétaire. Elles ne sont ni négociables ni vendables. C'est la définition même de la sacralité, et nous partageons un besoin urgent de redéfinir ce qui dans la nature, dans nos pays, sociétés et chez nous, n'est pas à vendre, parce que c'est la partie principale de notre être humain.

Ce n'est pas le moment d'élaborer des propositions pour résoudre nos problèmes. Je vais juste souligner trois choses principales à faire, et à faire maintenant.

Nous devons élaborer un nouveau système de comptabilité. Le système actuel compte comme une valeur ajoutée la destruction des espèces et des ressources rares. C'est une menace contre notre survie. Le seul système durable tiendra compte du respect de la loi par les entreprises, des contraintes fiscales et sociales et du respect des cultures et modes de vie locaux par les entreprises privées et les organismes étrangers.

Nous devons prendre en compte la fin de l'économie du carbone, le retour de la géographie et le besoin de localisme et d'activités auto-orientées. Ce n'est pas un problème mineur ; ce pourrait être la fin de la démocratie telle que nous la connaissons, basée sur un approvisionnement énergétique illimité pour le commerce et les communications. Le coût du transport presque nul est le plus grand mensonge du système économique actuel, l'appel efficace à la globalisation. La distance aura de l'importance, la géographie aura de l'importance et son coût reste encore à intégrer.

Beaucoup plus important, nous devons travailler autour du droit à la diversité, la condition la plus importante de notre survie. C'est peut-être le plus grand apprentissage de l'écologie et de la biologie ; la diversité est collective, et cette diversité est la clé de la survie.

Nous ne survivrons pas à l'alignement de la planète sur la cupidité illimitée pour les ressources. Personne ne réclame la démocratie mondiale, l'uniformisation du monde par l'économie dite libérale. Personne ne sait plus qui sont Milton Friedman ou Friedrich von Hayek - ce ne sont que des personnages de musées. Mais personne ne pense plus que le problème concernera le socialisme, ou l'économie contrôlée par l'État, ou quelque chose entre les deux. La vraie reconnaissance de la liberté humaine comme liberté collective et de la diversité culturelle et politique comme trésor de l'humanité, don de la nature et condition même de notre survie, droit fondamental au-dessus de tout autre droit économique ou individuel politique, est la clé d'un avenir de paix, de compréhension mutuelle et de coexistence respectueuse.

À Chisinau, ce 17 décembre 2017, je lance un appel collectif pour renouveler l'accord conclu lors de la Conférence de La Havane, en 1948-1949, lorsque les Nations Unies ont prévu de subordonner le libre-échange et les marchés libres au bien-être, au progrès social et à la sécurité environnementale des populations.

J'appelle à un engagement collectif pour reconstruire un forum des pays non alignés, le même qui a eu lieu à Bandung, en 1955, un forum de ceux qui ne veulent pas être relocalisés, être déportés ou être privés de leur identité par des intérêts étrangers, un forum de personnes qui partagent profondément le sentiment que le trésor le plus important de l'humanité est au-delà de tout ce qui se vend, le trésor de la diversité culturelle et de la générosité de la nature.

Et j'appelle à renouveler la Déclaration de Coyococ, en 1974, sur les droits collectifs des peuples autochtones, contre les colons et les envahisseurs, les droits à la sécurité collective sociale, culturelle et environnementale. Ce sont les véritables fondements des droits de l'homme ; les droits individuels ne servent à rien s'il n'y a pas de société organisée pour les prendre pour acquis.

Il y a plusieurs siècles, le Chapitre des Forêts donnait un sens précis et efficace aux droits de l'homme ; le droit de vivre selon la nature et de vivre de la richesse des ressources naturelles et des écosystèmes vivants. L'échec d'une approche juridique des droits de l'homme est avéré ; plus il y en a, moins ils prouvent une quelconque efficacité. Beaucoup de mots, et si peu de réalité !

Le chemin était ouvert il y a longtemps. Il est temps maintenant de compléter et de garantir les droits humains par une déclaration des droits collectifs - id est, les droits des sociétés humaines à ne pas être détruites par l'extérieur, le droit à leur sécurité morale, religieuse, politique et environnementale, le droit de tous peuples autochtones de se protéger ou d'être protégés contre les colons et les envahisseurs, à tout prix et par quelque moyen que ce soit. C'est la vraie condition de notre survie. Nous ne survivrons pas à travers ce siècle sans la générosité de la nature, la beauté des cultures et la liberté naturelle de l'esprit humain.

Hervé Juvin, Écrivain, Essayiste, Économiste
Président, NATPOL DRS (DRS comme diversité, résilience et sécurité)

Traduit par Hervé relu par Catherine pour le Saker Francophone



Notes :
  1. Référence à la phrase de Clinton, It's the economy, stupid !



Source : Le Saker Francophone

vendredi 19 janvier 2018

Zone à Défendre

Notre-Dame-des-Landes, EDITION SPECIALE


C'est désormais toute la nature terrestre qui est devenue une Zone à Défendre contre la confiscation des Biens Communs aux êtres vivants et la destruction des écosystèmes par la voracité sans limites d'un système fondé sur l'exploitation de l'homme par l'homme mais aussi et surtout sur la Propriété abusive des ressouces terrestres. En France, Notre Dame des Landes est la continuation (toutes proportions gardées) par des moyens différents des luttes terribles et inégales qui se jouent à mort depuis la fin du XVe siècle, du massacre des autochtones du continent américain jusqu'à l'Ukraine, l'Afrique, le Chiapas au Mexique, la Palestine et les guerres sans fin au Moyen-OrientGaël Hadey




Durée, diversité des modes d'actions, capacité de réaliser des expertises populaires et de développer des alternatives : tels sont les ingrédients d'un mouvement dont la stratégie s'est finalement révélée victorieuse, avec l'annonce de l'abandon du projet de nouvel aéroport. Retour en texte et en images sur la lutte à Notre-Dame-des-Landes.
« Une décision exceptionnelle pour une situation locale exceptionnelle. » C'est ainsi que le premier ministre Édouard Philippe a qualifié le renoncement à la construction de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ce 17 janvier. Pour le gouvernement, cette décision ne répond pas à une soudaine prise de conscience écologique : ni l'impératif climatique, ni une volonté de protection de la biodiversité ou de préservation de terres agricoles n'ont été évoqués par le Premier ministre. Elle découle d'abord du rapport de force construit depuis plus d'une décennie par les opposants à ce projet très controversé. Ce mouvement écologique et social a, lui-aussi, été exceptionnel, dans sa durée et dans sa stratégie. Basta ! revient pour vous sur ses grandes étapes et ses acteurs.
…/...
La victoire des opposants à (l'aéroport de, NdlR) Notre-Dame-des-Landes vient ainsi s'ajouter à quelques luttes emblématiques et victorieuses des mouvements écologistes contre des grands projets industriels dont l'utilité sociale est mise en doute : celle de la mobilisation contre le projet de centrale nucléaire à Plogoff (Finistère), à la fin des années 70 ; celle contre des projets de nouveaux barrages sur la Loire et l'Allier, annulés en 1991 ; celle contre l'extraction de gaz de schiste qui a débouché sur un moratoire puis une loi interdisant le recours à la fracturation hydraulique en 2011 ; et enfin, celle contre le barrage de Sivens (Tarn) dont le projet a été abandonné après la mort d'un manifestant, Rémi Fraisse, tué par une grenade lancé par un gendarme en octobre 2014 (lire ici).
Nolwenn Weiler et Ivan du Roy
Lire l'histoire de cette lutte depuis 40 ans sur : Bastamag







L’aéroport de Notre-Dame des Landes est mort? Vive la ZAD!

par Maxime Combes et Nicolas Haeringer



Image  @SebaMarchal
Bien sûr, l'abandon du projet d'aéroport est une excellente nouvelle. Mais qu'il soit couplé à une évacuation (même partielle) de la ZAD n'est pas une décision acceptable.

Renoncer à construire un nouvel aéroport à Notre Dame des Landes est la victoire de l'ensemble du mouvement d'opposition à l'aéroport de Notre Dame des Landes : sans ce vaste mouvement de résistance, l'aéroport aurait déjà été construit.

Cette décision n'est pas le résultat d'une conversion soudaine d'Emmanuel Macron, d'Edouard Philippe et du gouvernement à la raison climatique, environnementale, sociale et économique dans leur vision de l'aménagement du territoire. Il s'agit d'un succès historique, construit au cours d'une mobilisation de plus de 40 ans, qui est parvenue à durer parce qu'elle a tour à tour articulé, alterné ou associé recours juridiques, contre-expertise citoyenne, mobilisations de masse, solidarité avec les paysan.ne.s, les syndicats de salarié.e.s (y compris du secteur de l'aviation), occupations légales, occupations illégales, résistance, préfiguration, etc.

L'occupation de la ZAD, par ses habitant.e.s historiques et, dans la dernière phase de la lutte (après l'échec de l'opération César), par de nombreuses et nombreux soutiens "extérieur.e.s" en est un élément décisif. Il n'y a donc pas bon.n.e.s opposant.e.s, fondé.e.s à rester et des éléments « radicaux » qu'il faudrait expulser, mais un mouvement, dont la force et la capacité à s'inscrire dans la (très) longue durée réside précisément dans sa diversité.

Depuis longtemps, ce qui se joue sur la ZAD dépasse en outre largement l'opposition au projet d'aéroport. Cette lutte se distingue en effet par sa capacité à re-situer le projet dans "son monde" - un monde dans lequel le béton l'emportait jusqu'alors irrémédiablement sur les tritons. Il n'est depuis longtemps plus question d'une approche de type « pas dans mon jardin », mais d'un élargissement des perspectives, questionnant les fondements même de la décision de construire un nouvel aéroport, plutôt que de se centrer sur le seul choix du lieu.

Le gouvernement a préparé l'opinion publique, via des ficelles aussi grosses qu'éculées - mais malheureusement encore très efficaces, comme en témoignent les nombreux publi-reportages en faveur d'une intervention policière publiés dans la presse - à l'exercice de la force brutale contre la ZAD. Le déploiement de blindés, de plusieurs milliers de policier.e.s, de gendarmes (voire de l'armée), et les drames humains qu'il ne manquera pas d'entraîner de tous côtés, a besoin de ce mythe d'un "ennemi intérieur", d'un "kyste" (comme le disait alors Manuel Valls).

Ce qui se joue sur la ZAD devrait pourtant intéresser au plus haut point un gouvernement et un président de la République qui ne cessent de discourir sur l'impératif climatique. Agir face à la catastrophe qui vient implique en effet de créer de nouvelles articulations entre le local et le global - y compris au niveau des politiques publiques. Penser les causes, les conséquences et les alternatives du réchauffement climatique, de l'extinction des espèces, du mal que nous avons collectivement et historiquement fait à ce monde à partir de territoires concrets : voici, sans doute, la nouvelle frontière de la politique.

La ZAD de Notre Dame des Landes apparaît alors, dans sa beauté fragile, dans ses errements, ses bégaiements, dans ses balbutiements autant que dans ses accomplissements, dans son architecture en dentelle, dans ses ajustements permanents, comme un lieu splendide, un territoire unique, à partir duquel penser ce que signifie vivre ensemble au temps des catastrophes, à imaginer et créer des formes nouvelles d'associations entre humain.e.s et non-humain.e.s ; à revoir complètement la hiérarchie des causes et des conséquences et de trouver des manières de prendre en compte l'intégrité des êtres vivants non-doués de parole.

Les opposant.e.s au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes n'ont cessé de tenter d'apporter des réponses à ce défi, en recensant l'ensemble des espèces menacées par le projet, en mettant en avant le déséquilibre total du rapport de force entre béton et tritons et en créant des agencements subtiles entre les différents usages (et les différents usagers, humain.e.s comme non-humain.e.s) de la ZAD. La nature n'y apparaît plus comme un espace neutre, que des élus peuvent décider d'aménager à leur guise et qu'il est possible de reconstituer quelques kilomètres plus loin, par le truchement de la compensation biodiversité ; pas plus qu'elle n'est un élément externe que des militant.e.s peuvent défendre depuis une position surplombante - un glissement dont rend compte si superbement le slogan "nous ne défendons pas la nature, nous saommes la nature qui se défend".

Depuis la ZAD s'inventent et s'expérimentent des réponses à des questions aussi essentielles pour notre avenir commun que : comment vivre, comment penser, comme s'aimer, comment s'opposer, comment construire, comment détruire, comment rêver, comme tester, comment tâtonner, comment faire société. Bref : comment rester (ou redevenir) humain.e.s dans un monde qui s'approche de plus en plus du chaos ? Parcourir un chemin de la ZAD, se baigner dans l'un de ses étangs ou de ses lacs, y habiter, y aimer, y rêver, y cultiver un champ, est un acte fort, préfigurant ce à quoi pourrait ressembler un futur libéré de l'horizon dystopique dont nous nous approchons à grand pas.

Aujourd'hui, plus que jamais, il est donc essentiel de défendre la ZAD.

Source : Tlaxcala





Et si Notre-Dame-des-Landes devenait un bien commun ?


Par Mathilde Bouquerel pour Reporterre


Maintenant que le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes a été abandonné, la question du devenir de la Zad se pose. Une partie de la réponse pourrait se trouver dans la notion des communs, héritée des « communaux » du Moyen Âge.

Wikipédia est un très bon exemple de bien commun. Une encyclopédie en ligne, qui peut être enrichie, lue et contrôlée par tous. C'est ce qu'on peut appeler au sens propre un « commun », c'est-à-dire un système d'utilisation et de gestion d'une ressource matérielle ou immatérielle par un groupe de personnes toutes ensemble. Cette notion a depuis quelques années le vent en poupe, car elle apporte des solutions innovantes à des problèmes notamment environnementaux [1 ]. L'idée de bien commun date en fait du IX e siècle. Les « communaux » désignaient alors les biens (bois, chemins, rivières) appartenant à tous les habitants d'une commune. Après la révolution industrielle, ce statut juridique est devenu très marginal mais l'idée est restée et a refait surface dans les années 1990 avec les travaux de l'économiste états-unienne Elinor Ostrom. La version moderne des communs, qui ne repose plus sur la propriété mais sur l'utilisation, intéresse aujourd'hui. Et elle pourrait peut-être apporter une réponse à la question de l'avenir de Notre-Dame-des-Landes, maintenant qu'a été décidé l'abandon du projet d'aéroport.

Du côté de la Zad en tout cas, l'idée plaît car elle permettrait aux occupants arrivés dans les années 2010 et aux agriculteurs historiques de vivre ensemble. Ce qu'explique Camille [2 ], du « groupe presse ». « On a commencé à y penser dès 2012 après l'opération César, raconte-t-il. On voulait avoir un coup d'avance et commencer à réfléchir à l'après. La question était : comment permettre à la fois aux agriculteurs historiques d'exploiter leurs terres comme ils le veulent, et aux occupants de continuer à expérimenter de nouveaux modes de vie ? Pour ça, on a rédigé un texte en six points qui s'intitule "Parce qu'il n'y aura pas d'aéroport". Aujourd'hui, on expérimente des formes d'auto-organisation sur nos 70 espaces de vies et d'activités, comme le Taslu, la bibliothèque de la ZAD. » Dans ce texte, on trouve notamment ce souhait : « Que les terres redistribuées chaque année par la chambre d'agriculture pour le compte d'AGO-Vinci sous la forme de baux précaires soient prises en charge par une entité issue du mouvement de lutte qui rassemblera toutes ses composantes. Que ce soit donc le mouvement anti-aéroport et non les institutions habituelles qui détermine l'usage de ces terres. 

Un retour aux sources pour le bocage breton de Notre-Dame-des-Landes

Cette solution plaît aussi à François de Beaulieu, membre des Naturalistes en lutte, collectif qui s'intéresse à la préservation de l'écosystème fragile de ce bocage humide qu'est Notre-Dame-des-Landes. Pour lui, il s'agirait d'un retour aux sources pour le bocage breton. « La commune de Notre-Dame-des-Landes est née à la suite de privatisation de communs qui existaient depuis des centaines d'années, explique-t-il. Au départ, il s'agissait de centaines d'hectares de landes utilisées de façon collective, d'où son nom. Il s'agirait de renouer avec certaines de ces pratiques. » Cet usage commun d'une partie des terres permettrait en outre de mieux protéger la faune et la flore du bocage, selon François de Beaulieu : « À Notre-Dame-des-Landes, on est obligé de réfléchir à la fois au niveau des parcelles, car c'est une zone humide complexe, et à l'échelle globale, car c'est un espace très étendu. Avoir une vision collective est donc quelque chose de très positif. Et puis, il faut que nous partagions la connaissance de la biodiversité en France, qu'on implique les riverains dans cette démarche, pour inventer quelque chose de neuf et de passionnant. C'est l'avenir de la Zad d'être une zone expérimentale tant en matière d'agriculture que de protection de la nature. »

Thomas Dubreuil, l'un des juristes qui apportent leur aide aux opposants à l'aéroport, juge cette solution des communs « très intéressante » : « On pourrait imaginer la création d'une société civile type SCI [société civile immobilière] qui serait chargée de réguler les usages. L'État resterait propriétaire des terres tout en permettant aux occupants de les utiliser. On se rapprocherait de la distinction entre nue-propriété (posséder un bien mais ne pas avoir le droit de l'utiliser) et usufruit (avoir le droit d'utiliser un bien sans en avoir la propriété) », explique-t-il. Cette société se chargerait alors de rendre leurs parcelles aux agriculteurs historiques, expulsés par l'État pour construire l'aéroport, et de mettre le reste des terres en commun.

Il existe d'ailleurs un précédent de taille : le Larzac. En 1973, des dizaines de milliers de personnes convergèrent vers ce causse (un haut plateau) du Massif central et commencèrent à l'occuper. Ils avaient répondu à l'appel de 103 agriculteurs locaux menacés d'expulsion par un projet d'extension d'un camp d'entraînement militaire. De cette lutte issue de Mai 68 a émergé une partie du courant altermondialiste et des figures comme José Bové. Après quasiment dix ans de manifestations, de marches vers la capitale, d'actions de désobéissance civile, de grèves de la faim, etc., les paysans du Larzac et leurs soutiens obtinrent gain de cause. Les 66 expropriations furent annulées et le projet d'extension du camp fut abandonné. Certains agriculteurs eurent les moyens de récupérer leurs terres auprès de l'État mais une grande partie du terrain 6.300 hectares restait sans propriétaire particulier. En 1985, le président de la République François Mitterrand décida de céder la gestion de cet espace à une entité créée pour l'occasion, la SCTL, pour Société civile des terres du Larzac. Elle est aujourd'hui encore chargée des terres agricoles du plateau. En 2013, Stéphane Le Foll, alors ministre de l'Agriculture, a même renouvelé ce bail dit emphytéotique (de très longue durée) jusqu'en 2083.

« La notion de commun permet de sortir d'une pensée binaire public/privé en inventant une troisième voie »

Autre exemple, plus récent celui-là : la Coordination de protection des espaces verts et publics d'Île-de-France, ou Ceve. Cette entité, issue du rassemblement de plusieurs associations des départements des Hauts-de-Seine, de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, est centrée sur la notion de commun, en ce qu'elle permet à la fois de préserver les quelques rares espaces de nature de la région parisienne, et de faire se rencontrer les habitants. Ginette Lemaître, Montreuilloise de 84 ans, est l'une de ses membres. Elle explique : « La notion de commun permet de sortir d'une pensée binaire public/privé en inventant une troisième voie, une troisième manière d'occuper un espace. C'est aussi une temporalité qui n'est ni celle du mandat électoral ni celle des profits privés et qui se rapproche de celle de la nature puisque les propriétaires réels sont les habitants, ceux qui font la ville et y restent sur plusieurs générations. » L'association dont Ginette fait partie à Montreuil (Seine-Saint-Denis) gère de manière commune depuis 25 ans le Terrain d'aventures, un parc de 3.200 m². Chaque jour, c'est un habitant différent qui ouvre et ferme le terrain, et chaque membre de l'association peut proposer des activités. « Il y a des concerts, des rencontres avec des botanistes, une fois on avait fait venir des moutons... Tout ça fonctionne depuis un quart de siècle sans aucune subvention. »

Possible juridiquement et concrètement, un statut de commun est-il envisagé par le gouvernement actuel ? « Je suis à peu près sûr que notre manière d'expérimenter va à l'encontre de la façon de penser d'Édouard Philippe, affirme Camille. Mais d'un autre côté, beaucoup de gens ressentent ce que l'on fait comme une source d'inspiration bien au-delà de Notre-Dame-des-Landes. Et ceux qui nous gouvernent ont compris qu'on ne bougera pas. Je ne pense pas qu'ils pensent à cette solution des communs, mais c'est à nous de continuer à la faire exister très concrètement au lendemain de l'abandon. »
Mathilde Bouquerel



Notes :
[1] Voir le dossier que Reporterre consacre au sujet.
[2] Son nom d'emprunt



Source : Reporterre