mardi 19 décembre 2017

La Révolution est Poésie


pour Changer la vie (Arthur Rimbaud) et Transformer le monde (Karl Marx)


EZLN. Mexique, le 1er janvier 1996








Aujourd’hui, nous disons : Nous sommes toujours là !
Nous sommes la dignité rebelle, le cœur oublié de la patrie !”

Frères,

Elle ne mourra pas, la fleur de la parole. Le visage invisible de qui la dit aujourd’hui peut mourir, mais la parole revenue du fond de l’histoire, du fond de la terre, la superbe du pouvoir ne pourra plus l’arracher.

Nous sommes nés de la nuit. En elle nous vivons. Nous mourrons en elle. Mais la lumière sera demain pour tous, pour tous ceux qui pleurent la nuit, auxquels le jour est refusé, ceux pour qui la mort est un don, auxquels la vie est interdite. Pour tous, la lumière. Pour tous, tout. Pour nous, la douleur et l’angoisse, pour nous la joyeuse rébellion, pour nous le futur fermé, pour nous, la dignité insurgée. Pour nous, rien.

Nous luttons pour qu’on nous écoute …

… Beaucoup de mots marchent dans le monde. Beaucoup de mondes se font. Beaucoup de mondes nous font. Il y a des mots et des mondes qui sont mensonges et injustices. Il y a des mots et des mondes qui sont vérités et véritables. Nous faisons des mondes véritables. Nous sommes faits par des mots véridiques.

Dans le monde du puissant, il n’y a place que pour les grands et leurs serviteurs. Dans le monde que nous voulons, il y a place pour tous.

Le monde que nous voulons est fait de beaucoup de mondes, tous y ont place. Dans la patrie que nous construisons, il y a place pour tous les peuples et leurs langues, que tous les pas y marchent, que tous les rires la rient, que tous soient son aurore... 

… La fleur de la parole ne meurt pas, même si nos pas marchent en silence. La parole, en silence, se sème. Pour qu’elle fleurisse en cris elle se tait. La parole se fait soldat pour ne pas mourir dans l’oubli. Pour vivre meurt la parole, semée pour toujours dans le ventre du monde. À naître et vivre, nous mourons. Nous vivrons toujours. Seuls ceux qui livrent leur histoire retourneront à l’oubli.
Nous disons l’unité, même quand nous nous taisons...






Illustration : “Teregalo” Beatriz Aurora, artiste zapatiste

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