vendredi 15 décembre 2017

Êtes-vous pro ou anti système?


"Ce n'est plus la patrie qui est en danger, mais l'humanité dans son ensemble et le biotope où elle s'épanouissait. L'élévation de la conscience implique pour chaque homidé un arrachement à ce monde en plein écroulement, doublé d'un enracinement en soi-même. D'autant plus fortement qu'une vision cybernétique des maîtres du monde fait courir le risque d'un stade final caractérisé par l'implosion de notre civilisation d'apprentis sorciers. Par conséquent, l'aboutissement – pour peu que les conditions terrestres le permettent encore - du capitalisme prédateur réside dans un durcissement du pouvoir autoritaire pour l'établissement d'un Buchenwald résidentiel de luxe pour les nantis, avec des robots (humains ou non pour servir  les maîtresdu jeu à satiété ... ).Sans en être encore arrivé à ce stade sans retour, il devrait sembler évident à toute personne un tant soit peu lucide que le monde est déjà devenu un camp de concentration, la liberté une utopie des temps passés... "
André Chenet, in "L'anarchie en marche", essai





La seule lutte acceptable aujourd'hui c'est d'abolir le capitalisme et ses ramifications économiques, industrielles, financières, culturelles, politiques … Toute autre cause - à quelques exceptions près et très limitée - est d'ores et déjà perdue d'avance et ne fait qu'approfondir les divisions sordides dont se nourrit la bête humaine dont l'art suprême est de divertir par le mensonge tout en nous détournant de ce que nous avons acquis des nos aïeux. 
Ce capitalisme qui dévaste la terre et par conséquent tous les êtres vivants se moque comme de son premier sou des victoires fragmentaires obtenues ici ou là. Chaque morceau de ses tentacules tranchées repoussent avec une vigueur décuplée et toujours plus criminelle. Aucune urgence, aucune cause aussi justifiée paraisse-t-elle en vertu de je en sais quel prétexte de solidarité (par l'impôt et la culpabilité) ou d'amour de la vie (par la haine et la défiance), ne viendra jamais à bout de l'ensemble de ce système d'esclavage mental s'appuyant sur le chacun pour soi (ego individuel ou de groupes organisés) tant que nous contribuerons un tant soi peu à accroître son esprit. C'est à chacun d'entre nous de creuser, de se purger, d'aller explorer les contrées en deça de ce mégalo cortex qui étouffe et détruit nos instincts naturels et nos idéaux fraternels les plus basiques pour le plaisir cynique et sans conscience d'une caste d'héritiers et de possédants sans états d'âme dès qu'il s'agit d'accroître leurs garguantuesques dividendes? 
(Auteur inconnu)



Le paradoxe des classes sociales

par Jorge Majfud *


Bien que les sociétés soient composées d’une grande diversité de groupes et d’intérêts, nous pouvons encore isoler leur structure dans une pyramide classique divisée en trois. A partir de l’histoire nous observons quelques persistances critiques que nous pouvons formuler ainsi pour comprendre le présent et réfléchir à l’avenir :
  • Postulat 1 : Tandis que les classes élevées et basses tendent à être conservatrices, la classe moyenne est plus libérale ou progressiste.
  • Postulat 2 : La classe moyenne craint davantage la classe basse que la classe élevée.
  • Corollaire : La classe moyenne a davantage tendance à renoncer en partie à ses droits et bénéfices pendant une longue période que de risquer de perdre ses privilèges rémanents dans une révolte brutale.
  • Ad Hoc : La motivation d’un fait politico-social, intentionnel ou non, doit être attribuable au groupe qui en bénéficie.

Postulado 1.

Ce principe fut encore plus clair pendant les siècles derniers de l’Ère Moderne. Avec une écrasante fréquence, les esclaves, les dépossédés de la terre, les paysans et les ouvriers déshumanisés par leur pauvreté, par leur ethnie ou par leur langage, ont mis des décennies et des générations (à peine interrompues par quelques révoltes) jusqu’à ce qu’ils fussent mal ou bien conduits par des individus de la classe moyenne, en général des gens cultivés ou éduqués (Gandhi, Guevara, Lumumba, Martin Luther King), à rompre avec un ordre déterminé. Dans l’ère contemporaine, dans l’Ère des Post révolutions, leurs électeurs ont plus souvent penché pour des hommes politiques conservateurs que pour des progressistes ou des réformateurs. D’autre part, le « changement » récurrent, proposé par la classe dominante a toujours signifié un statut quo social ou un retour en arrière.

Postulat 2.

Dans d’autres périodes et régions, ce phénomène a été observé pendant les dictatures latinoaméricaines durant plus d’un siècle. Les petits commerçants, le personnel et les bureaucrates ont toléré et ont même appuyé de forme active ou passive les régimes militaires jusqu’à l’extrémité de justifier la violence étatique comme réponse nécessaire à la rébellion ou à la subversion de groupes « radicaux ». Ceux qui ne l’ont pas fait de façon volontaire ont été supprimés par l’appareil répresseur. Pendant l’Ère contemporaine, ce facteur s’exprime par la façon de voter pour des groupes politiques qui demandent à la classe moyenne un sacrifice en échange de stabilité, des bénéfices immédiats pour les classes privilégiées en échange d’une promesse de prospérité générale à (très) long terme, généralement baptisée avec des concepts de « responsabilité » et « sécurité ».

Corollaire

La traduction politique de cette dynamique est similaire à la psychologie des sécurités. Les conducteurs les plus responsables paient pour les moins responsables ; les non fumeurs pour les coûts médicaux des fumeurs ; les pays austères (pauvres) paient pour les excès de la surconsommation du premier monde. Si les deuxièmes n’existaient pas, les premiers paieraient beaucoup moins dans chaque police, parce que les coûts des assureurs seraient moindres.
Il y a une différence. Dans le cas politique, la peur de celui qui achète un antivirus est le business de celui qui le produit, à partir de là en appliquant l’ad hoc précité, nous pouvons soupçonner que des policiers et les voleurs maintiennent une relation symbiotique « d’antagonique nécessaire ».
En d’autres mots. La brèche économique et sociale qui sépare le un pour cent du 99 %restant tend toujours à augmenter. Un motif est la dynamique politique et économique : plus un groupe possède de capital, plus il a les moyens de dominer les narrations sociales à travers des principaux médias de presse. Plus il domine la narration et le pouvoir de donation ou de financement des campagnes politiques, plus il a accès au congrès, au gouvernement et aux autres pouvoirs de l’État de son pays. Plus il a du pouvoir politique au congrès et au gouvernement, plus les lois qui protègent ses propres intérêts peuvent passer. Aujourd’hui, 66 % des représentants au Congrès des États-Unis sont millionnaires. C’est-à-dire une minorité ayant de l’argent représente les intérêts d’une majorité sans argent. L’excuse selon laquelle cette minorité doit gouverner parce qu’elle réussit, non seulement réduit le concept de succès à la simple accumulation d’argent, mais il ne laisse pas les possibilités d’un pouvoir politique égal à ceux qui ne sont pas intéressés par être millionnaires, mais non plus à céder les droits démocratiques à une ploutocratie.

Ad hoc analytique

En 2017 le gouvernement des États-Unis a accusé le gouvernement cubain d’un bruit étrange qui causait des problèmes de santé chez les fonctionnaires de l’ambassade US à La Havane. Nous ne connaissons pas encore les raisons du phénomène, mais la première question de l’analyse doit être : à qui bénéficiait l’incident ? Nous remarquons que le gouvernement de Cuba est intéressé à avancer avec les accords réalisés avec le gouvernement précédent des Etats-Unis, pour récupérer un marché puissant, bloqué depuis les années 60. Le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, a insisté sur son intention de revenir aussi sur cette « réussite » de son prédécesseur. La question critique nous laisse regarder vers un seul côté.
La même chose doit être considérée dans toute action « de faux drapeau » et à l’égard des grands processus. Quand de moins en moins de familles (maintenant elles sont 60) possèdent la même chose que la moitié la plus pauvre du monde, quand dans les sociétés nous observons que les différences économiques augmentent depuis des décennies, nous devons poser la question initiale : à qui bénéficie le système économique mondial ? À qui bénéficient les lois ? À qui bénéficient les nouvelles technologies ? Une réponse fonctionnelle (selon la prémisse du Postulat 2 et le Corollaire) arrive automatiquement : « si le monde était d’une autre façon nous coulerions dans la catastrophe ». « Autrement dit, les 99 % ne jouiraient pas des bénéfices du progrès dont ils profitent aujourd’hui ». Etc.
Mais nous voyons que le progrès ne découle pas du 1 pour cent mais des 99%. En tout cas, « d’une autre façon, » le un pour cent ne profiterait pas d’être les propriétaires du monde.
Par ailleurs, l’apparente stabilité (oublions ceux qui dans ce monde heureux soufrent de faim, ceux qui n’ont pas de travail et ceux qui oui en ont et travaillent comme des esclaves pour survivre), est une stabilité instable. Excepté les crises économiques contrôlables (celles qui servent à ceux qui ont d’importants capitaux et les multiplient en achetant pour rien les propriétés et les valeurs de ceux qui travaillent pour survivre) la logique qui soutient le Paradoxe tôt ou tard se brise dans une crise majeur qui ne bénéficie ni au 1 %, ni au 99 % restant.
Si en sciences cela s’appelle, comme T.S. Kuhn l’a défini, un « Changement de paradigme », dans des termes de société et de civilisation cela s’appelle suicide collectif.
Jorge Majfud* pour El Correo de la Diaspora

* Jorge Majfud est Uruguayen, écrivain, architecte, docteur en philosophie pour l’Université de Géorgie et professeur de Littérature latinoaméricaine et de Pensée Hispanique dans la Jacksonville University, aux États-Unis d’Amérique. College of Arts and Sciences, Division of Humanities. Il est auteur des romans « La reina de lAmérica » (2001), « La ciudad de la Luna » (2009) et « Crise » (2012), entre d’autres livres de fiction et d’essai.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi





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