vendredi 29 décembre 2017

Jérusalem

OU LA FIN DU MYTHE DE L'ETAT D'ISRAËL



Les Palestiniens réclament un Etat indépendant dans les frontières de 1967, ayant pour capitale Jérusalem-Est, ce qui signifierait la fin de 50 ans d'occupation israélienne en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans la partie majoritairement palestinienne de Jérusalem. Les Palestiniens ont obtenu en 2012 le statut d'observateur à l'Onu et 135 pays ont reconnu la Palestine comme un Etat, parmi les quels on trouve l'Iran et la Turquie.



Des fidèles palestiniens manifestent
sur l’esplanade des Mosquées dans la vieille ville de Jérusalem, l
e 15 décembre 2017afp.comAhmad GHARABLI



Ce fut le Liban en 1982 qui pour moi a rendu clair que j’avais très peu en commun avec mon propre peuple et que je devrais m’en aller tôt ou tard. Ce fut au Liban, après avoir vu les camps de réfugiés que j’ai saisi l’étendue du nettoyage ethnique qui s’est déroulé en Palestine en 1948. Au Liban, j’ai réalisé que le fait que je me situais dans un état juif sur la terre d’autres personnes me faisait traverser une ligne rouge éthique fondamentale. Vous devez bien comprendre qu’en 1982, en Israël, personne ne parlait de la Nakba. Là-bas, à ce moment là, de mes yeux de quelle manière le projet israélien était malfaisant.../... Comment est-il possible qu’un peuple qui a tant souffert au travers de son histoire, puisse infliger tant de douleur aux autres ? Comment se fait-il que les opprimés deviennent les oppresseurs ? Comment est-il possible que juste 3 ans après la libération d’Auschwitz, l’état juif nouveau né se mette en phase de nettoyage ethnique de la Palestine ? …/... Le passé des juifs européens est une chaîne de désastres sans fin. Dans le monde musulman par contre, les juifs ont profité de la vie et ont prospéré. Il est plus que possible qu’assimiler culturellement et idéologiquement les juifs arabes avec les juifs ashkénazes puisse fournir toutes les réponses nécessaires, mais ceci est exactement le type même de recherche qu’on empêche d’effectuer...
/...
Cela dépasse la Palestine maintenant. C’est la Syrie, la Libye l’Irak et cela s’étend avec ce qu’il se passe en Grèce, au Portugal et en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et au delà. Maintenant nous sommes tous Palestiniens. Nous sommes tous opprimés par cela même qu’on nous interdit d’articuler.” Gilad Azmond, musicien de Jazz et écrivain
A lire absolument sur Résistance 71: La Vérité en Face


et aussi en PDF: Ashraf Ezzat et la falsification de la traduction de la bible : Ashraf Ezzat Mythe Biblique ou la falsification de la traduction de la bible








Au cours des années passées, il y a eu sept votes au Conseil de sécurité de l’ONU pour condamner la Loi de Jérusalem de 1980, qui proclame la ville capitale « éternelle et indivisible » d’Israël. La Résolution 478, la première de ces résolutions, a été adoptée en 1980 à l’unanimité, avec une abstention des États-Unis. A l’époque, même pour feu Edmund Muskie, un ancien secrétaire d’État des Etats-Unis, Jérusalem était une ville unique. « Nous devons préserver une vision commune de l’avenir de cette ville antique - une Jérusalem indivise, avec un libre accès aux lieux saints pour les peuples de toutes confessions. » Mais en même temps, les États-Unis soutenaient qu’ils avaient le droit d’avoir leur ambassade à Jérusalem et Edmund Muskie disait, en 1980, qu’ils ne considéreraient pas une demande de l’ONU à ce sujet comme contraignante.
Le Conseil de sécurité de 1980 était fortement opposé à une annexion israélienne de Jérusalem. L’ancien ambassadeur du Pakistan à l’ONU, Naiz A. Naik, a déploré que la pression internationale qui s’intensifiait à l’époque contre Israël, ait « donné plus de vigueur à l’obsession sioniste de judaïser la Ville Sainte de Jérusalem en détruisant son identité historique pour en faire « la capitale éternelle d’Israël ». Yehuda Zvi Blum, alors ambassadeur d’Israël à l’ONU, lui a répondu que Jérusalem était la capitale d’Israël depuis les origines et qu’Israël n’accepterait aucune suggestion de l’ONU concernant la ville. « Israël ne permettra pas à Jérusalem de devenir un autre Berlin, avec tout ce que cela implique non seulement pour le bien-être de ses citoyens, mais aussi pour la paix et la sécurité internationales. »
Israël, avec le soutien des États-Unis, a ignoré l’ONU. Au cours de ces 50 dernières années, il a annexé progressivement des pans entiers de Jérusalem et a affaibli l’emprise palestinienne sur la ville. Des colons juifs se sont approprié des terres et de propriétés de Jérusalem-est et le quartier juif de la vieille ville s’est étendu. L’opération de destruction du cimetière de Mamilla, un site d’une importance capitale pour l’histoire palestinienne (« Grave Silence », Frontline, 21 février 2014) a fait partie de l’entreprise de réduction de l’espace palestinien dans la ville.





Photo : Un adolescent palestinien, le jean déchiré, les yeux bandés, les joues écorchées, la tête tournée vers le ciel dans un mouvement de terreur, les bras tenus derrière le dos, les mains qu’on devine menottées.
Un enfant désorienté, terrorisé, seul tenu en tenaille par des soldats israéliens. Pas deux soldats israéliens, pas trois, pas dix mais 23, armés jusqu’aux dents, portant des casques énormes qui les font ressembler à des extraterrestres ou des automates, des machines impitoyables.
C’était à Al Khalil en Palestine occupée, le lendemain de l’annonce du président américain Donald Trump sur le statut de Jérusalem.
L’adolescent palestinien se nomme Fawzi al Junaidi et il a seize ans. Sa photo a ému des milliers de gens de par le monde, elle est venu poser un instantané, une image sur la décision de Donald Trump.
La photo a été prise par Wisam Hashlamoun pour Anadolu Agency/Getty Images. (Huffpost Algeria)
« Je n’ai jamais pensé que cette photo deviendrait un symbole, je voulais simplement dénoncer la violence israélienne. » a déclaré le photographe palestinien.




Dôme du Rocher à Jérusalem


Les États-Unis et Israël quittent l’UNESCO…
Bon vent et bon débarras ! (The Palestine Chronicle)

Par Jeremy Salt

L’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, les sciences et la culture) est la première des agences de l’Onu a accepter - avec une écrasante majorité - l’adhésion pleine et entière de la Palestine. Main dans la main, les Etats-Unis et Israël ont décidé de quitter l’UNESCO. On ne pouvait rien espérer de mieux ! Deux états voyous dirigés par deux dangereux bouffons ! Deux États qui ont semé une violence inouïe au Moyen-Orient depuis l’implantation d’ « Israël » en Palestine. En plus de la Palestine, les Etats-Unis ont lancé des guerres génocidaires contre trois pays depuis 1990, l’Irak (deux fois), la Libye et la Syrie, et ils continuent de soutenir l’Arabie Saoudite dans sa guerre tout aussi génocidaire contre le Yémen.

Quant à Israël, vivre en permanence en dehors du droit international est une condition nécessaire à son existence. Ce pays aurait dû être exclu de l’ONU il y a longtemps, ou, au moins, suspendu jusqu’ à ce qu’il change de comportement. Après tout, quel club continue d’accepter un adhérent qui n’obéit pas aux règles, qui a été mis en garde une fois, une, deux, trois, voire 50 fois, mais refuse toujours d’obéir aux règles ? Mais Israël n’a pas à modifier ses manières pour rester membre de la « communauté internationale » parce qu’un autre État qui ne respecte pas davantage les règles, ni même le droit international, les États-Unis, le protège à tous les niveaux et de toutes les manières, provoquant ainsi toujours plus de violence.

L’UNESCO a fait de son mieux pour protéger le patrimoine culturel palestinien. Rien de ce qui n’est pas juif n’a d’intérêt pour les Sionistes et il y a si peu de traces juives en Palestine que la Palestine musulmane et chrétienne a été ravagée, pas une seule fois (1948) ou deux fois (1967), mais sans arrêt. La destruction de la Palestine est la condition nécessaire à la création de l’ « État juif » de Netanyahou. C’est tout ou rien : il ne peut y avoir de compromis, ni d’alternative. Les Palestiniens ont proposé plusieurs options, un État séculier, deux États vivant côte à côte, mais la seule option acceptable pour Israël, c’est toute la Palestine pour nous et rien pour vous.

L’élimination des Palestiniens en 1948 s’est accompagnée de la destruction de près de 500 villages ou hameaux palestiniens, en dépit de leur valeur historique et culturelle. D’autres destructions ont suivi celles de 1967, à commencer par la démolition du quartier de Magharibah en 1967 pour faire place à une « plaza » autour de Haram al Sharif (dôme du Rocher), et se sont poursuivies dans les années suivantes. La guerre a également permis de chasser d’autres Palestiniens de leur patrie, plus précisément, cette fois-ci, de Cisjordanie, où beaucoup s’étaient réfugiés pendant l’agression sioniste de 1948.

La guerre a été une autre occasion de repousser la Palestine plus loin dans l’histoire en détruisant toutes les preuves matérielles de présence palestinienne, ce qui permet aux sionistes de dire : « Quelle Palestine ? Il n’y a jamais eu de Palestine ici. » C’est d’ailleurs en fait ce qu’ils disent depuis le début, sans convaincre qui que ce soit en dehors de leurs propres rangs parce que les Palestiniens ne sont pas partis, parce que leur nombre augmente (il y a peut-être maintenant plus de Palestiniens entre la Méditerranée et le Jourdain que de colons sionistes) et parce que trop de traces de leur histoire peuvent encore se voir dans le paysage. Et si le danger qui menace Al Aqsa qui respendit sur Jérusalem, est si grand, c’est parce que l’esplanade des Mosquée est le symbole éclatant des mensonges que racontent les sionistes.

A ce propos, il est tout à la fois incompréhensible et frustrant pour les sionistes que, malgré le demi-siècle, de fouilles intensives qu’ils mènent sous et autour d’Haram al Sharif, ils n’aient trouvé aucun objet prouvant qu’il y a bien eu un temple là. On trouve aujourd’hui des ruines et des vertiges d’époques beaucoup plus anciennes dans le monde. La Turquie en est pleine : le temple de Gobeklitepe, dans le sud-est de la Turquie, est vieux de 12 000 ans. Comment se fait-il alors qu’il ne reste rien de la structure grandiose qui aurait été construite par Salomon, là où se trouve actuellement l’esplanade d’Al Aqsa ? La Bible parle d’un bâtiment de plus de 60 mètres de haut, une construction de bois (les cèdres du Liban) et d’énormes blocs de pierre. Des matériaux similaires auraient été utilisés dans la construction du second temple, achevé en 515 avant JC. et détruit par les Romains en 70 après JC. On dit qu’il aurait eu les mêmes dimensions massives et pourtant rien n’a été trouvé, aucun vestige des colonnades ou des piliers, aucun bol votif, absolument rien ; cela signifie que si le temple se trouvait bien sur ce site, sa description biblique était terriblement exagérée (ce qui n’est pas surprenant dans un livre plein d’exagérations fantastiques).

De plus, les Sionistes d’aujourd’hui ne sont liés à l’ancien Israël que par leur religion. Leurs premiers colons n’avaient aucun lien vivant avec la terre et aucun lien ethnique avec les gens qui y vivaient. Les sionistes s’appuient sur la relation vivante des Juifs avec la Palestine au cours des siècles mais se gardent bien de dire que les Juifs qui étaient là quand leurs ancêtres sont arrivés considéraient le sionisme comme une hérésie. L’affirmation de Netanyahou selon laquelle Jérusalem est la capitale d’Israël depuis 3000 ans ne pouvait convaincre que les idiots, vu qu’Israël n’a que 70 ans et que le dernier État juif de Palestine s’est effondré au sixième siècle avant JC.

De toute façon et quoi qu’il en soit, une ancienne présence juive en Palestine ne saurait justifier la destruction de ce qui était là quand les colons sionistes sont arrivés à la fin du XIXe siècle.
Les Sionistes partagent avec les Croisés la distinction peu recommandable d’être responsables, en Palestine, de la plus grande œuvre de destruction de l’histoire moderne. Après avoir conquis la Palestine à la fin du XIe siècle, les Croisés massacrèrent ou chassèrent de Jérusalem tous les musulmans et les juifs. Le retour de la domination musulmane fut suivi, dès le début du XVIe siècle, par quatre siècles d’une longue paix ottomane jusqu’ à la prise de Jérusalem par les Britanniques en décembre 1917. Depuis lors, la Palestine n’a pas connu un seul jour de paix. La violence et la répression dont se sont rendus coupables les occupants britanniques ont été suivies par encore plus de violence, de répression et de dépossession du fait des Sionistes, et cela se poursuit aujourdhui.

Jérusalem a toujours été une cible privilégiée. Les massacres et les saisies de biens palestiniens de 1948 ont recommencé après l’occupation de la moitié orientale de la ville en 1967, elle-même suivie d’une perpétuelle guerre démographique raciste menée en violation totale du droit international et des lois de n’importe quel pays qui se prétend civilisé. Ce que cela montre, c’est qu’Israël n’est pas un État moderne, mais une communauté tribale atavique qui vit selon ses propres normes brutales, en tout cas en ce qui concerne les Palestiniens, et qui est indifférente à ce que le reste du monde pense, quand elle ne se montre pas carrément insultante. Le fait que les Sionistes pensent qu’ils peuvent s’en tirer indéfiniment est un signe évident de leur folie et de leur délire.

Les États-Unis sont maintenant allés jusqu’à « reconnaître » Jérusalem comme la capitale d’Israël alors qu’en droit international Jérusalem est une ville occupée, et pas seulement la moitié orientale qui a été capturée par la force des armes et colonisée en violation directe du droit et des lois de la guerre. Commentant le vote de l’Assemblée générale des Nations Unies qui a rejeté la déclaration de Trump, Nikki Haley, l’ambassadrice étasunienne, a ouvertement menacé ceux qui avaient voté pour. Des noms ont été relevés et des châtiments seront infligés au moment opportun. En votant pour la résolution, les membres de l’ONU ont fait preuve d’un manque de respect pour les États-Unis, selon Haley : on pourrait se demander à quel moment les États-Unis ont eux-mêmes manifesté le moindre respect pour le droit international et le droit des membres de l’ONU à prendre des décisions indépendantes en vertu de ce même droit international !

La déclaration de Trump sur Jérusalem a fait l’effet d’une bombe dans tout le Moyen-Orient et chez les musulmans du monde entier. Il faut la saluer parce qu’elle arrache le dernier voile de l’imposture connue sous le nom de processus de paix. Le nez de Mahmoud Abbas a été mis dans son caca. Les gouvernements saoudien et qatarien, qui traitaient en cachette avec les sionistes, ont dû s’aligner sur la question de Jérusalem. La déclaration de Trump a uni les musulmans au-delà de toutes leurs divisions.

Par eux-mêmes et tout seul, malgré le courage, la force et la fermeté dont ils ont toujours fait preuve, les Palestiniens n’auraient jamais pu vaincre leurs ennemis. Ils étaient bien trop puissants. Comme George Habache l’a écrit dans les années 1950, le chemin du retour vers la Palestine a toujours dû passer par le monde arabe qui s’étend maintenant, vu l’essor de l’Iran, à tout le monde islamique.
Nasser a enflammé le peuple arabe dans les années 1950 et, à eux deux, le Hezbollah et l’Iran sont une fois de plus le fer de lance de l‘opposition aux États-Unis et à Israël, au point qu’Israël est maintenant bien engagé dans les préparatifs de la guerre destinée à les détruire une fois pour toutes.
C’est une guerre existentielle, une guerre pour sa survie, une guerre extrêmement violente, à laquelle Israël se prépare intensivement. Israël menace son ennemi de destruction totale et Hasan Nasrallah répond que le Hezbollah est prêt et a des missiles qui peuvent atteindre n’importe quel endroit de la Palestine occupée. La menace de guerre au Moyen-Orient n’a jamais été aussi grande, ses conséquences éventuelles n’ont jamais été aussi dramatiques pour ne pas dire cataclysmiques. Les conséquences de la déclaration de Trump étaient si faciles à prévoir qu’il semble vain de la qualifier de stupide. Peut-être avait-il pour but de déclencher la guerre avec l’Iran dont les Etats-Unis et Israël rêvent depuis longtemps.

Jeremy Salt a enseigné l’histoire moderne du Moyen-Orient à l’Université de Melbourne, à la Bosporus University à Istanbul et à la Bilkent University à Ankara pendant de nombreuses années. Parmi ses publications récentes son livre paru en 2008 : The Unmaking of the Middle East. A History of Western Disorder in Arab Lands (University of California Press).


Source : Arrêt sur Info
Traduction : Dominique Muselet

samedi 23 décembre 2017

Israéliens, libérez la jeune Ahed Tamimi




"Ahed Tamimi a été enlevée ce 19 décembre 2017 à l’aube par les forces d'occupation israéliennes qui ont fait irruption dans sa maison familiale.
Ahed Tamimi, 16 ans, est une célèbre activiste du village palestinien occupé de Nabi Saleh. Son courage et celui de sa famille ont fait le tour du monde entier depuis que le village s’oppose aux soldats israéliens armés, aux confiscations de terres et à l’installation de colonies qui s’emparent des ressources locales – au point que même le puits du village a été confisqué."
Lire la suite sur le site de l'Agence.
Signez ICI la pétition pour sa libération!  ( la traduction de celle-ci est disponible en français sur le site de l'Agence).


Source : Agence Medias Palestine et Charleroi-Palestine

mardi 19 décembre 2017

La Révolution est Poésie


pour Changer la vie (Arthur Rimbaud) et Transformer le monde (Karl Marx)


EZLN. Mexique, le 1er janvier 1996








Aujourd’hui, nous disons : Nous sommes toujours là !
Nous sommes la dignité rebelle, le cœur oublié de la patrie !”

Frères,

Elle ne mourra pas, la fleur de la parole. Le visage invisible de qui la dit aujourd’hui peut mourir, mais la parole revenue du fond de l’histoire, du fond de la terre, la superbe du pouvoir ne pourra plus l’arracher.

Nous sommes nés de la nuit. En elle nous vivons. Nous mourrons en elle. Mais la lumière sera demain pour tous, pour tous ceux qui pleurent la nuit, auxquels le jour est refusé, ceux pour qui la mort est un don, auxquels la vie est interdite. Pour tous, la lumière. Pour tous, tout. Pour nous, la douleur et l’angoisse, pour nous la joyeuse rébellion, pour nous le futur fermé, pour nous, la dignité insurgée. Pour nous, rien.

Nous luttons pour qu’on nous écoute …

… Beaucoup de mots marchent dans le monde. Beaucoup de mondes se font. Beaucoup de mondes nous font. Il y a des mots et des mondes qui sont mensonges et injustices. Il y a des mots et des mondes qui sont vérités et véritables. Nous faisons des mondes véritables. Nous sommes faits par des mots véridiques.

Dans le monde du puissant, il n’y a place que pour les grands et leurs serviteurs. Dans le monde que nous voulons, il y a place pour tous.

Le monde que nous voulons est fait de beaucoup de mondes, tous y ont place. Dans la patrie que nous construisons, il y a place pour tous les peuples et leurs langues, que tous les pas y marchent, que tous les rires la rient, que tous soient son aurore... 

… La fleur de la parole ne meurt pas, même si nos pas marchent en silence. La parole, en silence, se sème. Pour qu’elle fleurisse en cris elle se tait. La parole se fait soldat pour ne pas mourir dans l’oubli. Pour vivre meurt la parole, semée pour toujours dans le ventre du monde. À naître et vivre, nous mourons. Nous vivrons toujours. Seuls ceux qui livrent leur histoire retourneront à l’oubli.
Nous disons l’unité, même quand nous nous taisons...






Illustration : “Teregalo” Beatriz Aurora, artiste zapatiste

lundi 18 décembre 2017

Un sage Uruguayen


ex guerrillero pour la paix et la liberté

José « Pepe » Mujica
L'homme, surnommé affectueusement Pepe par le peuple urugayen, cultive la terre de sa femme, la sénatrice Lucia Topolansky.

En tant que président, il a continué à habiter dans sa ferme et versait 90% des son salaire pour construire des logements sociaux et roulait dans une antique coccinelle. Sans problèmes médiatisés d'aucune sorte il a fait voter la dépénalisation du cannabis et du mariage gay. Dans ses discussions avec les ouvriers et les paysans, il citait abondamment des penseurs et des poètes comme Aristote, Borges, Galleano, Neruda …

Il a dit : 

Même président, je n'ai jamais cessé d'être un combattant de la lutte sociale et je pense que ce qui me rend un peu différent, c'est justement cela. Je n'ai pas été avalé par la fonction. [..]. Les républiques n'ont pas été proclamées pour que les présidents, les sénateurs ou les ministres deviennent les nouveaux nobles. Et que le risque grandisse de les voir se préoccuper avant toute chose de leur propre avenir économique.”


Le gaspillage dans notre société de consommation, jamais satisfaite, aboutit à une perte collective de solidarité. Le monde moderne est de plus en plus riche mais chaque fois moins solidaire."


On commence par ne plus croire aux hommes politiques, puis aux partis. Et à la fin, c’est l’être humain qui ne croit plus en lui-même. Que reste-t-il alors ? Le nihilisme. Il semblerait que les sociétés modernes soient des sociétés désenchantées.”


D'après un reportage de Isabelle Attard pour Reporterre

Photo : Jose Mujica dit Pepe : © Cartas de Cuba





vendredi 15 décembre 2017

Êtes-vous pro ou anti système?


"Ce n'est plus la patrie qui est en danger, mais l'humanité dans son ensemble et le biotope où elle s'épanouissait. L'élévation de la conscience implique pour chaque homidé un arrachement à ce monde en plein écroulement, doublé d'un enracinement en soi-même. D'autant plus fortement qu'une vision cybernétique des maîtres du monde fait courir le risque d'un stade final caractérisé par l'implosion de notre civilisation d'apprentis sorciers. Par conséquent, l'aboutissement – pour peu que les conditions terrestres le permettent encore - du capitalisme prédateur réside dans un durcissement du pouvoir autoritaire pour l'établissement d'un Buchenwald résidentiel de luxe pour les nantis, avec des robots (humains ou non pour servir  les maîtresdu jeu à satiété ... ).Sans en être encore arrivé à ce stade sans retour, il devrait sembler évident à toute personne un tant soit peu lucide que le monde est déjà devenu un camp de concentration, la liberté une utopie des temps passés... "
André Chenet, in "L'anarchie en marche", essai





La seule lutte acceptable aujourd'hui c'est d'abolir le capitalisme et ses ramifications économiques, industrielles, financières, culturelles, politiques … Toute autre cause - à quelques exceptions près et très limitée - est d'ores et déjà perdue d'avance et ne fait qu'approfondir les divisions sordides dont se nourrit la bête humaine dont l'art suprême est de divertir par le mensonge tout en nous détournant de ce que nous avons acquis des nos aïeux. 
Ce capitalisme qui dévaste la terre et par conséquent tous les êtres vivants se moque comme de son premier sou des victoires fragmentaires obtenues ici ou là. Chaque morceau de ses tentacules tranchées repoussent avec une vigueur décuplée et toujours plus criminelle. Aucune urgence, aucune cause aussi justifiée paraisse-t-elle en vertu de je en sais quel prétexte de solidarité (par l'impôt et la culpabilité) ou d'amour de la vie (par la haine et la défiance), ne viendra jamais à bout de l'ensemble de ce système d'esclavage mental s'appuyant sur le chacun pour soi (ego individuel ou de groupes organisés) tant que nous contribuerons un tant soi peu à accroître son esprit. C'est à chacun d'entre nous de creuser, de se purger, d'aller explorer les contrées en deça de ce mégalo cortex qui étouffe et détruit nos instincts naturels et nos idéaux fraternels les plus basiques pour le plaisir cynique et sans conscience d'une caste d'héritiers et de possédants sans états d'âme dès qu'il s'agit d'accroître leurs garguantuesques dividendes? 
(Auteur inconnu)



Le paradoxe des classes sociales

par Jorge Majfud *


Bien que les sociétés soient composées d’une grande diversité de groupes et d’intérêts, nous pouvons encore isoler leur structure dans une pyramide classique divisée en trois. A partir de l’histoire nous observons quelques persistances critiques que nous pouvons formuler ainsi pour comprendre le présent et réfléchir à l’avenir :
  • Postulat 1 : Tandis que les classes élevées et basses tendent à être conservatrices, la classe moyenne est plus libérale ou progressiste.
  • Postulat 2 : La classe moyenne craint davantage la classe basse que la classe élevée.
  • Corollaire : La classe moyenne a davantage tendance à renoncer en partie à ses droits et bénéfices pendant une longue période que de risquer de perdre ses privilèges rémanents dans une révolte brutale.
  • Ad Hoc : La motivation d’un fait politico-social, intentionnel ou non, doit être attribuable au groupe qui en bénéficie.

Postulado 1.

Ce principe fut encore plus clair pendant les siècles derniers de l’Ère Moderne. Avec une écrasante fréquence, les esclaves, les dépossédés de la terre, les paysans et les ouvriers déshumanisés par leur pauvreté, par leur ethnie ou par leur langage, ont mis des décennies et des générations (à peine interrompues par quelques révoltes) jusqu’à ce qu’ils fussent mal ou bien conduits par des individus de la classe moyenne, en général des gens cultivés ou éduqués (Gandhi, Guevara, Lumumba, Martin Luther King), à rompre avec un ordre déterminé. Dans l’ère contemporaine, dans l’Ère des Post révolutions, leurs électeurs ont plus souvent penché pour des hommes politiques conservateurs que pour des progressistes ou des réformateurs. D’autre part, le « changement » récurrent, proposé par la classe dominante a toujours signifié un statut quo social ou un retour en arrière.

Postulat 2.

Dans d’autres périodes et régions, ce phénomène a été observé pendant les dictatures latinoaméricaines durant plus d’un siècle. Les petits commerçants, le personnel et les bureaucrates ont toléré et ont même appuyé de forme active ou passive les régimes militaires jusqu’à l’extrémité de justifier la violence étatique comme réponse nécessaire à la rébellion ou à la subversion de groupes « radicaux ». Ceux qui ne l’ont pas fait de façon volontaire ont été supprimés par l’appareil répresseur. Pendant l’Ère contemporaine, ce facteur s’exprime par la façon de voter pour des groupes politiques qui demandent à la classe moyenne un sacrifice en échange de stabilité, des bénéfices immédiats pour les classes privilégiées en échange d’une promesse de prospérité générale à (très) long terme, généralement baptisée avec des concepts de « responsabilité » et « sécurité ».

Corollaire

La traduction politique de cette dynamique est similaire à la psychologie des sécurités. Les conducteurs les plus responsables paient pour les moins responsables ; les non fumeurs pour les coûts médicaux des fumeurs ; les pays austères (pauvres) paient pour les excès de la surconsommation du premier monde. Si les deuxièmes n’existaient pas, les premiers paieraient beaucoup moins dans chaque police, parce que les coûts des assureurs seraient moindres.
Il y a une différence. Dans le cas politique, la peur de celui qui achète un antivirus est le business de celui qui le produit, à partir de là en appliquant l’ad hoc précité, nous pouvons soupçonner que des policiers et les voleurs maintiennent une relation symbiotique « d’antagonique nécessaire ».
En d’autres mots. La brèche économique et sociale qui sépare le un pour cent du 99 %restant tend toujours à augmenter. Un motif est la dynamique politique et économique : plus un groupe possède de capital, plus il a les moyens de dominer les narrations sociales à travers des principaux médias de presse. Plus il domine la narration et le pouvoir de donation ou de financement des campagnes politiques, plus il a accès au congrès, au gouvernement et aux autres pouvoirs de l’État de son pays. Plus il a du pouvoir politique au congrès et au gouvernement, plus les lois qui protègent ses propres intérêts peuvent passer. Aujourd’hui, 66 % des représentants au Congrès des États-Unis sont millionnaires. C’est-à-dire une minorité ayant de l’argent représente les intérêts d’une majorité sans argent. L’excuse selon laquelle cette minorité doit gouverner parce qu’elle réussit, non seulement réduit le concept de succès à la simple accumulation d’argent, mais il ne laisse pas les possibilités d’un pouvoir politique égal à ceux qui ne sont pas intéressés par être millionnaires, mais non plus à céder les droits démocratiques à une ploutocratie.

Ad hoc analytique

En 2017 le gouvernement des États-Unis a accusé le gouvernement cubain d’un bruit étrange qui causait des problèmes de santé chez les fonctionnaires de l’ambassade US à La Havane. Nous ne connaissons pas encore les raisons du phénomène, mais la première question de l’analyse doit être : à qui bénéficiait l’incident ? Nous remarquons que le gouvernement de Cuba est intéressé à avancer avec les accords réalisés avec le gouvernement précédent des Etats-Unis, pour récupérer un marché puissant, bloqué depuis les années 60. Le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, a insisté sur son intention de revenir aussi sur cette « réussite » de son prédécesseur. La question critique nous laisse regarder vers un seul côté.
La même chose doit être considérée dans toute action « de faux drapeau » et à l’égard des grands processus. Quand de moins en moins de familles (maintenant elles sont 60) possèdent la même chose que la moitié la plus pauvre du monde, quand dans les sociétés nous observons que les différences économiques augmentent depuis des décennies, nous devons poser la question initiale : à qui bénéficie le système économique mondial ? À qui bénéficient les lois ? À qui bénéficient les nouvelles technologies ? Une réponse fonctionnelle (selon la prémisse du Postulat 2 et le Corollaire) arrive automatiquement : « si le monde était d’une autre façon nous coulerions dans la catastrophe ». « Autrement dit, les 99 % ne jouiraient pas des bénéfices du progrès dont ils profitent aujourd’hui ». Etc.
Mais nous voyons que le progrès ne découle pas du 1 pour cent mais des 99%. En tout cas, « d’une autre façon, » le un pour cent ne profiterait pas d’être les propriétaires du monde.
Par ailleurs, l’apparente stabilité (oublions ceux qui dans ce monde heureux soufrent de faim, ceux qui n’ont pas de travail et ceux qui oui en ont et travaillent comme des esclaves pour survivre), est une stabilité instable. Excepté les crises économiques contrôlables (celles qui servent à ceux qui ont d’importants capitaux et les multiplient en achetant pour rien les propriétés et les valeurs de ceux qui travaillent pour survivre) la logique qui soutient le Paradoxe tôt ou tard se brise dans une crise majeur qui ne bénéficie ni au 1 %, ni au 99 % restant.
Si en sciences cela s’appelle, comme T.S. Kuhn l’a défini, un « Changement de paradigme », dans des termes de société et de civilisation cela s’appelle suicide collectif.
Jorge Majfud* pour El Correo de la Diaspora

* Jorge Majfud est Uruguayen, écrivain, architecte, docteur en philosophie pour l’Université de Géorgie et professeur de Littérature latinoaméricaine et de Pensée Hispanique dans la Jacksonville University, aux États-Unis d’Amérique. College of Arts and Sciences, Division of Humanities. Il est auteur des romans « La reina de lAmérica » (2001), « La ciudad de la Luna » (2009) et « Crise » (2012), entre d’autres livres de fiction et d’essai.

Traduit de l’espagnol pour El Correo de la Diaspora par : Estelle et Carlos Debiasi





mardi 12 décembre 2017

Kabylie : des communes sans Etat


Notre avenir réside, si jamais l'humanité  parvient à dépasser les crises absurdes qu'elle endure, dans l'autogestion mise en œuvre par des communes indépendantes inter-reliées entre elles (librement fédérées avec l'accord conscient de tous leurs membres) par la nécessité de survivre et la volonté paisible de vivre ensemble en dehors de tout pouvoir autoritaire. La multiplication créatrice des expérimentations locales (la base du projet communal) et la transmission des savoirs faire séculaires nourriront naturellement en les fécondant les modes culturels les plus divers qui s'enrichiront les uns les autres sans avoir pour autant à se fondre dans l'uniformité aliénante par l'actuel et catastrophique système global. C'est ce que les véritables anarchistes préconisent depuis toujours - en faisant fi des querelles idéologiques qui n'ont jusqu'à présent fait que profiter aux partis politiques qui d'une manière ou d'une autre finissent toujours par abuser et/ou corrompre les citoyens qu'ils sont censés représenter. L'anarchie au sens étymologique n'est pas nouvelle, elle existait naturellement bien avant d'être nommée. Elle signifie le refus absolu du pouvoir vertical (hierarchie) et la transcendance des conflits liés aux abus et aux excès engendrés par  propriété privée. 
André Chenet (in "L'Anarchie en marche")



Drapeau de la nation Kabyle


"La Nation kabyle est occupée depuis 1962 par un pays qui est le produit d’un « holdup » historique perpétré par l’aile ultra nationaliste et racialiste de la mouvance panarabiste. Mouvance appuyée sur des certitudes idéologiques hégémonistes, viscéralement, haineusement opposée à la permanence du peuple kabyle. Convaincue que son pouvoir et sa « vérité » sont aussi inaltérables et incontestables que le mouvement de la Terre et sa pensée, le point culminant de la civilisation. Persuadée que la force d’attraction qu’elle pense exercer sur le peuple kabyle l’amènerait inévitablement par se laisser volontairement assimiler et se fonder dans la matrice arabiste. Dans l’impossibilité de comprendre que la diversité humaine et culturelle est un phénomène naturel à préserver pour le bien de l’humanité. Et que s’attacher à établir une hiérarchie entre les cultures pour en favoriser la sienne est une entreprise artificielle, hasardeuse et une dérive eugéniste. Elle rend possible, par la hiérarchie instituée, une lecture racialiste au monde." Firmus


CES VILLAGES AUTOGÉRÉS DE KABYLIE


En Kabylie, l’aide publique faisant défaut, beaucoup de villages ont appris à se prendre en charge au fil du temps. Avec un système social d’autogestion bien rodé, ils peuvent aujourd’hui subvenir à leurs besoins élémentaires, ils ont réalisé plusieurs projets, devenant un exemple en matière de lutte pour l’environnement. El Watan Week-end s’est rendu dans certains de ces villages et a rencontré leurs comités.

«L’Etat est inexistant dans nos villages. Il ne se rappelle de nous que quand il nous envoie les gendarmes pour nous remettre les convocations du service militaire.» Celui qui a le loisir de sillonner ces contrées de Kabylie sera certainement marqué par sa beauté sauvage, mais pas uniquement. A travers certains de ses villages, la wilaya se veut un modèle en termes de substitution au rôle de l’Etat pour plusieurs aspects de la vie quotidienne de sa population.
En mai dernier, elle a vu le lancement du projet Ayla Tmurt, qui consiste en une convention intercommunale pour le développement local entre 7 de ses communes. Ou comment mutualiser ses ressources pour assurer son propre développement. Une notion d’entraide et de solidarité qui se décline jusque dans les villages.
Car ici, les habitants souffrent en été comme en hiver. Selon les saisons, les températures sont insupportables. En été, on suffoque, alors que l’hiver est vraiment rude. Le froid y est glacial et la neige atteint souvent plus d’un mètre de hauteur. La plupart de ces villages sont difficiles d’accès. Les routes sont, pour certaines, impraticables mais ce n’est guère ce dont se plaignent les habitants de cette partie de la Kabylie. «En termes de développement local, beaucoup de nos villages se retrouvent livrés à eux-mêmes.
Nous sommes obligés de nous débrouiller avec nos propres moyens pour pouvoir survivre dans ces régions montagneuses et isolées», explique un sexagénaire rencontré à l’entrée du village Iguersafène, commune d’Idjer (l’une des sept communes concernées par Ayla Tmurt), daïra de Aïn El Hammam (ex-Michelet), à 70 km de Tizi Ouzou. A Iguersafène, les habitants ont créé leur propre système de gestion. Tajmaât, ou le comité de village, est toujours d’actualité et c’est lui qui gère les affaires locales. Avec un système d’autogestion bien rodé, ce sont les habitants qui financent, avec l’aide de leur communauté établie en France, tous les projets réalisés.
RESSOURCES

Ici, on respire la propreté. Vous ne risquez pas de trouver un mégot par terre. D’ailleurs, plusieurs panneaux dressés dans tout le village rappellent à tout un chacun l’importance du combat pour l’environnement. Depuis 2012, les familles paient la taxe d’environnement fixée par le comité à 400 DA/an. Ces dernières veillent parallèlement sur l’opération du tri sélectif des déchets. Sur les routes, les poubelles entreposées indiquent chacune le genre de déchets à jeter séparément.
Déchets organiques, verre ou plastique, ils sont collectés dans un centre aménagé pour cela. Les déchets plastiques sont vendus à des usines de transformation, permettant ainsi au comité d’avoir de nouvelles entrées d’argent et conforter un peu plus les caisses du village. Les déchets organiques, eux, sont compactés et entreposés dans un CET aménagé à l’extérieur du village. Pour veiller au transport de ces derniers, les habitants ont acheté un tracteur et paient mensuellement son chauffeur, un jeune du village, 25 000 DA. «Nous dépensons jusqu’à 8 millions de dinars par an. Nous finançons nos projets avec nos propres fonds.
Les familles cotisent à hauteur de 800 DA/an et nos ressortissants vivant à l’étranger 60 euros/an», explique Arezki Messaoudène, ancien enseignant de maths, gérant d’une entreprise et président du comité du village d’Iguersafène. Iguersafène compte, aujourd’hui, 45 000 habitants. C’est le plus grand village de la commune Idjer. En quelques années, Iguersafène est devenu une œuvre artistique à ciel ouvert, notamment depuis l’organisation au village de la 12e édition du festival populaire et solidaire Raconte-arts, en 2014. «L’autogestion et l’autosuffisance sont devenues une culture chez nous.
Avec l’absence de l’aide de l’Etat, nous ne comptons, désormais, que sur nous-mêmes. Mais cela ne date pas d’aujourd’hui. Tout a commencé depuis l’indépendance», raconte le président du village. Pour rejoindre les maquis de l’ALN avec armes et munitions, 65 habitants d’Iguersafène décident en 1957 de rallier l’armée coloniale afin de tirer profit de son armement. Aussitôt engagés, ils organisent une fuite collective vers le quartier général du colonel Amirouche. En signe de représailles, tout le village a été rasé par l’armée française.
SOLUTIONS

Avec le manque de moyens après l’indépendance, les villageois se sont trouvés dans l’obligation de tout reconstruire par eux-mêmes. C’est à partir de là qu’ils organisent le premier volontariat, puis un deuxième pour alimenter le village en eau de source. «La mairie ne s’est occupée que de l’assainissement. En 2008, nous avons demandé l’extension du réseau électrique aux 145 nouveaux foyers que comptait le village, mais rien n’a été fait jusqu’aujourd’hui.
On ne peut pas attendre l’aide de l’Etat quand on vit isolé dans les montagnes.» En 1998, les villageois décident d’alimenter l’intérieur des maisons en eau potable et installent pour la première fois leurs propres compteurs d’eau. Le projet a été réalisé avec leurs propres fonds et leur a coûté 34 millions de dinars. Les familles ne paient mensuellement que 100 DA par foyer.
La consommation n’est limitée que pendant les périodes de sécheresse, entre juin et décembre. «Pendant cette période, il la consommation autorisée est de 80 litres d’eau par jour et par personne. Au-delà de cette quantité, les familles seraient sommées de payer des pénalités de 500 DA/m3 ou 0,5 DA le litre», explique le président du comité. Pour les besoins de l’entretien du réseau, les habitants ont recruté, à temps plein, un plombier du village qu’ils paient 25 000 DA/mois. Les volontariats sont une tradition ici et s’organisent chaque semaine.
A tour de rôle, tout le monde doit accomplir des tâches pour l’intérêt du village. Dans le cas d’une absence injustifiée, le concerné peut demander un autre horaire ou payer des pénalités de 1000 DA/jour. Avec les fonds de la caisse du village, les habitants ont réalisé, durant ces derniers mois, 100 mètres de caniveaux, aménagé les pistes du village, élargi les rues afin de les rendre carrossables et construit deux places publiques. Ils ont aussi rénové le cimetière du village et installé des éclairages autour et sur la route qui mène audit cimetière. «La somme déboursée pour la réalisation de tous ces projets avoisine les 6,5 millions de dinars», confie-t-il.
COTISATIONS

Le village s’est également doté d’un règlement communautaire que l’ensemble des habitants appliquent à la lettre. D’ailleurs, il est soumis actuellement à débat, car les villageois veulent l’amender. «Nous finirons les discussions autour du nouveau règlement d’ici la fin de l’année. Il faut l’adapter à notre époque, car le village et les mentalités ont évolué depuis», assure Arezki Messaoudène. Et puis, en termes de valeurs, dans tous les villages visités, les habitants n’abandonnent jamais quelqu’un dans le besoin. Les personnes démunies sont systématiquement aidées. Dans ce village comme dans beaucoup d’autres en Kabylie, l’assemblée générale est considérée comme un parlement où le président du comité est perçu comme un guide.
C’est le cas aussi à Boumessaoud, dans la commune d’Imsouhal, daïra d’Iferhounène, à 70 km de Tizi Ouzou. Cette année, il a été élu le village le plus propre de Kabylie. Avec 350 habitants seulement, le village natal du défunt Cherif Kheddam recèle des atouts potentiellement rentables, à en juger par le nombre de visiteurs qui y affluent d’autres wilayas. Là aussi, ce sont les villageois qui financent tous les projets.
Nacer Ami, 66 ans et maçon de profession, est l’un des membres du comité. Rencontré à l’entrée du village, il nous explique qu’ici on adopte la même réglementation qu’à Iguersafène. «Nous avons réalisé presque les mêmes projets. Nous avons les mêmes lois qui régissent la vie des habitants. La différence est dans le système de cotisation et dans les sommes exigées pour les pénalités», explique-t-il. A Boumessaoud, le comité exige 120 DA/an par personne.
Les volontariats se font deux fois par semaine. Quant au comité, il se réunit presque quotidiennement, notamment depuis qu’il a été récompensé. Le fils de Nacer Ami, Ramdane, 22 ans, cuisinier à Azazga, assure que son village «ne s’était même pas préparé pour le concours». «Nous étions déjà prêts, car le volontariat et l’entretien du village se faisaient depuis des dizaines d’années. C’est une tradition que nous avons apprise de nos aïeux. Tous les dessins, sculptures et décorations du village sont l’œuvre des habitants», précise Ramdane.
A Boumessaoud, les habitants ont réalisé leur propre projet d’assainissement en 1974 qu’ils ont rénové en 1991. Selon le comité, les quatre nouveaux forages ont coûté à la caisse du village plus de 10 millions de dinars. Comme à Iguersafène, les habitants comptent surtout sur l’aide des leur communauté basée en France. «Si on enlève Sonelgaz, il ne reste rien de la présence de l’Etat dans notre village. Nous avons sollicité une fois l’aide de la mairie et elle nous a donné deux bidons de peinture seulement. Alors, si on ne dépendait que d’elle, on serait réduits aujourd’hui à l’âge de pierre», regrette Nacer Ami.
DIASPORA

Dans les villages cités plus haut comme à Tazerouts, dans la commune d’Abi Youcef, à Aïn El Hammam, ce sont les comités qui tranchent sur les conflits entre villageois. «Si ces derniers peinent à trouver un terrain d’entente entre les parties plaignantes, ils seront dans l’obligation de juger l’affaire en assemblée générale.
Et ce n’est qu’après et en l’absence de toute issue qu’ils peuvent permettre aux parties en conflit de recourir à la justice. Si l’une d’elles décide d’y aller à leur insu, elle sera systématiquement condamnée à payer 10 000 DA d’amende. Mais personne ne l’a fait jusqu’à aujourd’hui», assure Slimane Aït Khaldoune, 44 ans, membre du comité de Tazerouts. L’autogestion, les habitants de ce village l’ont adoptée en 1960.
«Nous avons réalisé avec nos propres fonds, entre autres, la place du village, construit plusieurs fontaines, un manège pour enfants à 500 000 DA et une crèche», affirme Youcef Aït Ali Amara, 59 ans, un autre membre du comité et retraité de la garde communale.Situé à 1200 m d’altitude, Tazerouts, qui compte aujourd’hui 1200 habitants, se réjouit de compter plusieurs commerçants qui l’aident dans la réalisation de ces projets.
Mais ils ne sont pas les seuls, Slimane avoue que les familles de son village comptent aussi, comme c’est le cas de toutes les autres, sur «les cotisations de la diaspora, les retraites françaises pour ceux qui avaient travaillé en France, ou celles des moudjahidine pour les anciens combattants de la guerre de libération». Mais cela reste insuffisant, selon lui : «On ne peut pas tout attendre de l’Etat. Il y a beaucoup de choses qu’on peut faire aussi. Mais ce dernier doit aussi accomplir ses missions et asurer pleinement ses responsabilités.
Notre commune est pauvre en termes d’infrastructures. Nous n’avons pas de lycée, pas d’hôpital, pas de salle de conférence. Nous n’avons ni stade, ni cinéma, ni polyclinique. Nous ne pouvons pas tout faire», s’indigne Slimane. La responsabilité de l’Etat revient souvent sur la question des rapatriements des dépouilles des personnes décédées à l’étranger, que dénoncent certaines associations de la diaspora souhaitant avoir l’aide de l’Etat. Pourtant, ce problème ne se pose plus pour ces villages autogérés.
A Tabourt, un village de 900 habitants relevant de la commune de Tifigha, à 17 km d’Azazga, c’est l’association du village, basée en France, qui prend en charge les frais de rapatriement des corps des personnes originaires de leur région. «Notre association paie les frais d’avion avec deux billets pour les membres de la famille du défunt. Une fois le corps arrivé en Algérie, c’est le comité qui dépêche une ambulance pour le transport de la dépuille et c’est lui qui couvre tous les frais des funérailles», assure Abderrahmane Ramdani, résidant de Tabourt, enseignant de français au lycée technique d’Azazga.
PROJETS

Bien que pourvus de moyens limités, ces villages autogérés ne manquent pas d’idées. A Tazerouts, le comité compte ouvrir un studio d’enregistrement pour les jeunes artistes du village, une station radio, construire un autre château d’eau et investir les 7 millions de dinars récoltés l’année dernière, après avoir été élu 2e village le plus propre de Kabylie, dans un musée qui sera construit sur la colline dominant la région.
De son côté, le comité d’Iguersafène compte pouvoir transformer les déchets plastiques à domicile pour les vendre plus cher. Le comité a déjà conclu un accord avec un client de Béjaïa. Ce n’est pas tout, car le comité compte aussi ouvrir une forêt-école dédiée à la recherche pour écoliers, étudiants et pour les universitaires d’où qu’ils viennent. Les habitants espèrent que ce projet pourra attirer plus de gens et de touristes dans leurs villages.
Djamel Outafout, retraité et responsable d’une entreprise de production de matériaux de construction, rencontré à Azazga, espère que les comités de village pourront un jour arriver à s’unir, comme c’est le cas chez lui à Tigzirt. Quant à Zidane Raab, 17 ans, meneur de jeu de la Jeunesse Sportive d’Azazga et son petit frère Idir, rencontrés à Iguersafène, ils se «réjouissent de savoir que leur village est devenu un exemple en Kabylie», même si beaucoup reste à faire, notamment en matière de préservation de l’environnement (beaucoup de routes sont jonchées aujourd’hui de bouteilles d’alcool et de déchets organiques).
Certains évoquent la question de la fuite des jeunes qui s’installent ailleurs pour travailler. D’autres pensent déjà à l’avenir des familles qui dépendent des retraités qui disparaissent avec l’âge. En dépit de cela, ces villages autogérés donnent l’exemple et espèrent qu’ils seront suivis par d’autres. Et comme le dit si bien Idir Raab, «l’avenir est entre les mains des générations qui ont vécu l’époque florissante de ces villages autogérés de Kabylie».

Meziane Abane


Source : El Watan



lundi 11 décembre 2017

Le grand retour de Chavez au Vénézuela


"Des élections d'une très haute tenue ont eu lieu au Venezuela, sous la "surveillance" des hautes institutions internationales. Le peuple une fois de plus a triomphé de l'oligarchie et de l'opposision fascisante, n'en déplaise à la presse néolibérale et atlantiste qui continue d'aboyer tandis que la caravane de la liberté lui est passé sous le nez. La démocratie vivante est en marche au Vénézuela. L'esprit de Chavez n'est pas mort!" Gaël Hadey


Le 15 octobre, alors que plus de 18 millions de Vénézuéliens étaient invités à élire leurs gouverneurs, le Grand pôle patriotique Simón Bolivar (GPP), constitué autour du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), a triomphé dans 18 Etats sur 23, n’en abandonnant que 5 à la coalition de la Table d’unité démocratique (MUD ; opposition). Malgré ce résultat sans équivoque, on se gardera bien ici d’accabler le malheureux Paulo A. Paranagua, deskman Amérique latine au service international du quotidien du soir Fake News (ex-Le Monde) pour le titre de son article du 17 octobre : « Le pouvoir s’attribue la victoire aux régionales ». C’est bien sûr le Conseil national électoral (CNE) et non « le pouvoir » qui a annoncé le résultat des élections. Simplement, ayant écrit quelques jours auparavant (14 octobre) « tous les pronostics évoquent une progression de la MUD, qui pourrait l’emporter dans 12 à 18 Etats, au lieu de 3 actuellement », l’infortuné journaliste ne pouvait qu’invoquer « une fraude à l’échelle nationale », sous peine de passer pour une diseuse de bonne aventure de troisième catégorie. 
…/...
Avec une participation de 61,4 %, certes « non soviétique », mais néanmoins supérieure à celles affichées dans des pays aussi hautement démocratiques que la Colombie, le Chili, l’Argentine, le Mexique, la France, l’Allemagne ou les Etats-Unis, le chavisme s’est donc imposé (54 % des suffrages), infligeant un dur camouflet à ceux qui avaient fait de cette élection un référendum contre le chef de l’Etat Nicolás Maduro. Ajoutant au poids des chiffres, il a reconquis deux juridictions hautement symboliques : l’Etat de Barinas, où se trouve Sabaneta, le village natal de feu Hugo Chávez, a élu l’un de ses frères, Argenis Chavéz ; l’Etat-clé de Miranda, qui inclue une partie du Grand Caracas, dirigé jusqu’ici par un des leaders de l’opposition, le multimillionnaire Henrique Capriles Radonsky, déclaré inéligible par la justice, a vu triompher l’un des jeunes espoirs de la révolution bolivarienne, Héctor Rodríguez.

Au lendemain de l’annonce des résultats, les dirigeants de l’opposition ont semblé complètement groggies....  Maurice Lemoine

Lire de Maurice Lemoine : Insoumission vénézuélienne




" Comment dire et redire la vérité sur le Venezuela sans passer pour un fanatique chaviste ?”


Nouveau triomphe chaviste aux élections municipales du Venezuela

Par Thierry Deronne


Plus de 300 mairies gagnées sur les 335 à pourvoir, un poste de gouverneur repris à la droite dans l’État pétrolier stratégique du Zulia. L’importante victoire du chavisme aux élections du 10 décembre 2017 confirme – comme lors des votes de juillet et d’octobre – l’abîme entre l’image martelée par les médias d’une « dictature » et une démocratie qui bat des records en matière d’élections. Ce scrutin est le 24ème en 18 ans de révolution. Le Conseil des Experts Electoraux d’Amérique Latine (CEELA) (1) a rappelé par la voix de son président Nicanor Moscoso que les partis de droite comme de gauche ont déclaré être satisfaits du déroulement des 9 audits préalables aux élections : « Ce processus d’audit est inédit et unique dans la région. Il permet que toutes les étapes du processus, tout ce qui est programmé et tout ce qui fait partie du processus soit contrôlé par des techniciens et par les membres des différents partis politiques délégués devant le Centre National Électoral. (..) Le lundi 11 décembre, au lendemain du scrutin, le CEELA a donné lecture de son rapport final: « Le processus de vérification citoyenne s’est déroulé en toute normalité et avec succès. On a pu constater que « le nombre de bulletins de votes en papier introduits dans les urnes et le nombre de votes électroniques enregistrés par les machines, coïncident à 100%“. (2) 

Plus de 5 mille candidats s’affrontaient dans ces élections. Le Grand Pôle Patriotique (coalition chaviste) ayant présenté des candidatures uniques, la grande majorité des candidats étaient d’opposition. La participation a atteint 47,32%, soit 9.139.564 électeurs (davantage qu’aux présidentielles chiliennes), un chiffre considérable d’autant que le scrutin était organisé en pleine guerre économique, avec chantage aux prix des produits de base de la part du secteur privé et blocus financier occidental, et que les secteurs radicaux de l’opposition avaient appelé à le boycotter. Ce scrutin a aussi valeur de symbole régional: au même moment, au Honduras, la population voit son droit au suffrage présidentiel réprimé dans le sang, sous la pression des Etats-Unis et d’une oligarchie économique et militaire, sans que les médias occidentaux s’en émeuvent outre mesure. (3)

On pourrait donner une importance moindre à l’élection municipale qu’à celle des députés à la Constituante en juillet ou à celle des gouverneurs en octobre. En réalité elle renforce la politique de dialogue et de sortie de crise « par le haut » prônée par le gouvernement bolivarien. L’intensité de la déstabilisation meurtrière entre avril et juillet, dont le montage inversé avait servi aux médias à faire croire à une répression du « régime », n’a fait que galvaniser le rejet de la violence par la majorité des vénézuéliens. Les sondages confirment leur préférence pour un dialogue politique auquel plusieurs partis de droite ont finalement accepté de se plier. Le président Maduro a annoncé une réunion nationale le 16 décembre avec les 335 maires élus et les 23 gouverneurs pour mettre en place « un seul plan de services publics ». Le président Evo Morales l’a félicité: « chaque élection au Venezuela met en échec les plans d’interventions de  l’Empire ». Prochain rendez-vous dans quelques mois, en 2018, pour les présidentielles.

Thierry Deronne, Caracas, le 11 décembre 2017.


Notes :

  1. « Fort de cinquante observateurs, dont vingt ex-présidents, vice-présidents et magistrats d’organismes électoraux dans leurs pays respectifs, le CEELA a accompagné et observé plus de trois cents scrutins, partout sur le continent (sauf aux Etats-Unis !). Son porte-parole, le colombien Guillermo Reyes peut difficilement être considéré comme un redoutable gauchiste : il a été président du CNE colombien – pays où la droite monopolise le pouvoir depuis la nuit des temps ». (Maurice Lemoine, « Insoumission vénézuélienne ») https://venezuelainfos.wordpress.com/2017/10/25/insoumission-venezuelienne-par-maurice-lemoine-memoire-des-luttes/)
  2. Maurice Lemoine, « Au Honduras, le coup d’État permanent« , http://www.medelu.org/Au-Honduras-le-coup-d-Etat

Source : Venezuela Info

samedi 9 décembre 2017

BIG APPLE


Poème de Tristan Cabral,
pour conjurer les deuils qui frappent depuis quelques jours
la nation française à genoux en de grandes messes solennelles






En ce temps-là je ne croyais plus au Grand Soir
et je servais des bières dans un pub irlandais
je rêvais d’être juif pour avoir une histoire
Sur la rivière de l'Est des cercueils descendaient


Des enfants insensés traversaient les nuages
Sur des ponts suspendus à de vieux simulacres
Des pasteurs de trottoirs attendaient les Rois Mages
Et je voyais au ciel des mendiants de miracles


Un homme tenait debout sur ses talons de fer
Et je me voyais nu sur Ellis Island
J’ai nagé dans l’Hudson avec un Russe d'enfer
Parmi les trains d’ordures tirés par des chalands


le monde autour de moi se parlait en yiddish
des arméniens priaient avec leurs souliers noirs
je cherchais le Grand Chef pour lui acheter Greenwich
et j’ai vu Groucho Marx traverser un miroir


de la vapeur sortait par tous les trous d'asphalte
on se pressait en foule vers un photomaton
pour être pris debout dans un flash écarlate
avec le président en tenue de carton


un dénommé Bontchek né en Bessarabie
calculait jour et nuit la venue du Messie
des anciens du Mékong voyaient l'Apocalypse
moi j’attendais Kerouac sous un ciel plein d'éclipses


une grande statue verte éclairait mal la Ville
et des aveugles-nés passaient en limousine
quelqu’un se finissait avec de l'héroïne
quelque part dans le Bronx on enterrait Melville


plein Sud j'ai vu brûler des sorcières à Salem
j'ai eu pour dix dollars le scalp de Custer
alors de guerre lasse j'ai regagné Harlem
et j'ai porté sur moi l'image du Roi Luther


Cinquième Avenue j'ai coupé la circulation
avec les Frères Barnum on a monté un Cirque
nous avons vu venir des foules épileptiques
l'Ange Exterminateur en est mort d'émotion


je pressentais partout des musiques douloureuses
des néons déchiraient des chantiers pleins d'étoiles
de longues baleines blanches sortaient des nébuleuses
et des émigrants seuls cousaient de grandes voiles


l'air montait à mi-corps il neigeait jusqu'aux Gates
j'allais le long des docks avec un feu ou deux
des choses éclatantes me venaient jusqu'aux yeux
et les chercheurs d'âge d'or abandonnaient les States


j'ai rattrapé Chessmann à Manhattan Transfer
des enfants m'ont jeté leurs oiseaux-tomawaks
j'ai pris un canoë sur le fleuve Potomac
et j'ai fumé des herbes plus fortes qu'elles n'avaient l'air...


©Tristan Cabral, In “Ouvrez le feu”, éditions Plasma

Poète français né le 29 février 1944, (d'autres écrits proposent 1948!) à Arcachon, Tristan Cabral a fait quatre ans de théologie protestante à Montpellier. Il a été professeur de philosophie à Nîmes et a voyagé en Iran, Turquie, Amérique Centrale, Pérou, Bolivie... S'est engagé pour le Kurdistan, l'Irlande du Nord, la Palestine …

Tristan Cabral a publié à ce jour une vingtaine d'ouvrages chez Plasma, Le Centurion, L’Aube, Le Cherche-midi, Chemin de Plumes ...

A lire : Anthologie du poète Tristan Cabral sur le magazine de poésie en ligne Danger Poésie





Illustration : “New York 1997”, photo de Adrienne Barbeau, Donald Pleasence, John Carpenter et Kurt Russell

jeudi 7 décembre 2017

Un bébé sauvé par l'huile de cannabis


Par Greg White, avril 2016


Plutôt que de recourir à la chimiothérapie et à la radiothérapie pour réduire une tumeur au cerveau inopérable, le père d’un enfant de huit mois a opté pour un traitement non conventionnel avec de l’huile de cannabis. Le médecin du bébé, le Dr William était tout d’abord sceptique sur les bienfaits médicinaux de l’huile de cannabis, mais depuis, il y croit vraiment, à la suite du rétablissement remarquable de l’enfant.

Pendant qu’il traitait l’enfant, le père a rapporté qu’ils tamponnaient de l’huile de cannabis sur la tétine du bébé et augmentaient progressivement le dosage. En seulement deux mois, la tumeur au cerveau du bébé avait tellement diminué que l’oncologue pédiatre a jugé que la thérapie conventionnelle était inutile.

Après quatre mois de traitement, la tumeur avait disparu. Au bout de huit mois de traitement, le tissu cérébral était considéré comme normal. Grâce à ces résultats, l’enfant est surnommé « un bébé miracle. »

Le Dr Courtney a ajouté que le succès du traitement signifie que l’enfant n’aura pas à subir les effets à long terme qui surviennent après de hautes doses de chimiothérapie et de radiothérapie.

« Actuellement l’enfant est appelé un bébé miracle, et je dois reconnaître que c’est la réponse parfaite sur laquelle nous devrions insister pour que ce soit la thérapie de première ligne pour tous les enfants avant de se lancer dans tous les traitements qui ont d’horribles effets secondaires à long terme, » a déclaré le Dr Courtney, tel que rapporté par Natural News.

Pourquoi Big Pharma ne veut pas que vous soyez au courant des traitements alternatifs du cancer


Le cannabis a une myriade d’utilisations médicinales. Il peut être utilisé pour aider à traiter le cancer, l’asthme, les troubles neurologiques et les maladies auto-immunes. En fait, la recherche a montré qu’il y a moins de décès liés aux produits pharmaceutiques dans les états des Etats-Unis où le cannabis médicinal est légal que dans les états où la plante naturelle reste illégale.

Big Pharma est conscient de la puissance de guérison du cannabis, mais refuse de reconnaître ses propriétés thérapeutiques. Le cancer est un gros business. Les médicaments de chimiothérapie et la radiothérapie sont coûteux et rapportent 100 milliards de dollars par an. Dans de nombreux cas, ces traitements ne sont pas nécessaires et provoquent plus de problèmes de santé qu’ils n’en résolvent. L’industrie du cancer maintient les gens ignorants des thérapies alternatives afin de maintenir les gens dépendants des traitements anticancéreux coûteux qui ne fonctionnent pas.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, des médecins et des oncologues véreux ont des antécédents de dire à des patients non cancéreux qu’ils ont le cancer, puis les duper en prenant des médicaments de chimiothérapie coûteux qui causent des effets secondaires à vie. De nombreux traitements contre le cancer causent en fait le retour du cancer à long terme, et sont responsables de dommages permanents au cerveau, aux reins et au cœur.

Pendant ce temps, il n’y a pratiquement pas d’effets secondaires néfastes liés au cannabis médicinal; et contrairement à de nombreux traitements conventionnels, il est impossible de faire une overdose ou de devenir dépendant à la marijuana. De nombreux patients atteints de cancer ont déjà recours au cannabis pour améliorer leur appétit, pas à cause du cancer, mais à cause de la nausée qui accompagne généralement la chimiothérapie.

Source originale : News Targets
Source en français : Les Mystères d'Arkébi