mercredi 29 novembre 2017

Le chemin vers la liberté est long

Edition Spéciale Palestine


de Nabil Annani


Au bout de 70 ans d'existence de l'État d'Israël, imposé par la force au nom du slogan "une terre sans peuple pour un peuple sans terre...”

Israël agit comme une organisation criminelle qui fonctionne selon ses propres lois et est persuadée qu’on peut la considérer comme un organe juridique.
Extrait de la Une du journal Haaretz du 17/11/2017


Reconnaître l’histoire de l’Holocauste et la folie du génocide contre le peuple juif nous rend crédibles pour ce qui est de notre propre histoire ; cela nous permet de demander aux Israéliens et aux juifs d’établir un lien entre l’Holocauste et les injustices sionistes imposées aux Palestiniens
Edward W. Said, universitaire et écrivain palestinien (1935/2003)


Pourquoi les Palestiniens, qui meurent si facilement dans le silence ou dans si peu de bruit, sont-ils à ce point attachés à leurs poètes au point de ne pas se résigner à les voir partir ? Probablement parce que leur voix dit l’essentiel de leur humanité de manière si forte, si puissante et si humaine qu’elle transcende tous les clivages et dépasse tous les discours politiques...
Les Palestiniens aiment leurs poètes parce que nul ne les exprime aussi bien.


“Moi, sur mon dos il y a des rochers mais il n’a point plié” Samih Al-Qassim, poète palestinien


« O nuit Laisse le prisonnier terminer ses lamentations Ne crois pas que c’est la peur qui me fait venir les larmes je pleure sur ma patrie et sur les enfants que j’ai laissés à la maison Qui les nourrira après moi alors que mes deux frères avant moi ont été pendus… »
Poète palestinien anonyme, cité par le poète franco marocain Abdellatif Laâbi



29 novembre : 70 ans de solitude des Philistins

Par Tlaxcala

Solidarité Internationale avec le peuple palestinien
Soit un petit pays chargé d’histoire. Appelons-le X . Ce pays a vu passer en trois millénaires tous les envahisseurs, tous les occupants, tous les libérateurs possibles. Tous ou presque ont invoqué une entité imaginaire portant divers noms, ce qu’on appelle un dieu. L’empire dont ce pays a fait partie le plus longtemps dans l’histoire –appelons-le Y -  l’a contrôlé pendant quatre siècles et un an. Un autre Empire –Z-  lui succédé, pendant 30 ans. Y n’avait demandé l’avis de personne pour occuper X, et surtout pas celui de ses habitants. Z non plus, mais, lui, avait le soutien de ses semblables.
Puis un événement extraordinaire a eu lieu. Une assemblée de représentants de 53 pays, tous étrangers à X et qui n’avaient aucune légitimité à décider de son sort, a voté un texte décidant que X allait être saucissonné en 3 parties : une partie pour le peuple d’X, une partie pour un groupe de colons venus d’ailleurs et qualifiés de « peuple » -ce qu’ils n’étaient pas et que nous appellerons J -, et une troisième partie, considérée comme un ville sainte, sous tutelle internationale.
70 ans plus tard, X est et reste le pays le plus étrange de la planète Terre. Il est divisé en trois morceaux, un gros, un moyen et un petit. Le premier morceau est totalement et uniquement contrôlé par l’État J, le deuxième presque totalement et indirectement par le même État J, le troisième morceau est le plus grand camp de concentration à ciel ouvert du monde, péniblement administré par un semblant d’État d’indigènes de X.

Vous l’aurez compris,  ce pays X, c’est la Philistine, cette terre des Philistins devenue la Palestine par le biais de la langue des occupants romains, le latin. Y, c’est le défunt Empire ottoman, et Z, l’Empire britannique, ce monstre sur lequel  le soleil ne se couchait jamais. Et J, c’est ce qui s’appelle Israël, l’État juif ou prétendu tel. Le 29 novembre 1947, 33 des 53 pays alors représentés à l’ONU votaient en faveur de la Résolution n° 181, qui décidait purement simplement de partitionner la Palestine en un État juif, un État arabe et une quasi- capitale, Jérusalem, sous tutelle internationale. 70 ans et une dizaine de guerres plus tard, un seul point de cette résolution est entré en vigueur : la création d’un État juif.
Pendant ces 70 ans, comme pendant les trente années qui ont précédé, les Philistins ont expérimenté toutes les formes d’oppression qu’un groupe humain minoritaire peut exercer sur un groupe humain majoritaire. Ils ont par conséquent expérimenté toutes les formes de résistance et de lutte que des humains peuvent inventer et essayer, de la protestation pacifique la plus inoffensive à la forme de violence la plus désespérée en passant par la lutte armée clandestine, la révolte semi-armée de masse, sans oublier le recours à la parole, à l’expression artistique, à la diplomatie, à la grève et au boycott. Toutes ces formes ont échoué jusqu’à ce jour.

Et pourtant, le peuple d’X  existe toujours, il vit, il pense, il aime, il meurt, il revit.

Philistine, miroir du monde, tu appartiens au patrimoine de l’humanité. Continue à nous étonner. Continue à nous enseigner à survivre, envers et contre tout, qui que nous soyons, où que nous soyons, dans ce monde qui ne cesse de rétrécir.

Tlaxcala


“ Le chemin vers la liberté est long et notre lutte ouvre la voie à la réussite des générations futures.
Layla Issawi, résistante palestinienne





La déclaration Balfour : Endurer la criminalité coloniale
Nous, Palestiniens, savons ce qui s’est réellement passé

Par Susan Abulhawa


Susan Abulhawa est un écrivain palestino-américain et auteur de deux livres sur la Palestine : Les Matins de Jénine, trad. de Michèle Valencia, éditions Buchet/Chastel, 2008 - rééd. Pocket,2009. Et Le Bleu entre le ciel et la mer « The Blue between Sky and Water », trad. de Nordine Haddad, éditions Denoël, 2016. Elle est lauréate du Prix Lorientales 2017.

Le 08.11/2017 - Au cours des deux dernières semaines, on a écrit et dit beaucoup de choses pour commémorer la publication de la Déclaration Balfour et les 100 ans qui se sont écoulés depuis. Bien qu’il soit difficile d’imaginer un document plus fourbe, plus illégal et plus immoral pour refléter fidèlement la perfidie des malversations coloniales britanniques, les manchettes du New York Times et du Washington Post ont décrit qu’elle « était porteuse de division » et qu’elle « divisait », comme si leurs journalistes respectifs avaient écrit ces articles ensemble après une soirée bien arrosée.


Défense d’Al-Qods contre l'occupant, 18 juillet 2017

Le Los Angeles Times a été tout aussi hypocrite, écrivant que le document « continue de hanter le Moyen-Orient ». Theresa May a assisté à une célébration du centenaire aux côtés de Benjamin Netanyahou, tandis que Jeremy Corbyn a refusé de participer à cette ignominie, et c’est tout à son honneur.

Boris Johnson a bredouillé son habituel radotage stupide. L’artiste de rue Banksy a organisé une fête d’excuses pour les Palestiniens à Bethléem.

Les Palestiniens ont parcouru les rues étroites de nos villes qui rétrécissent, ils ont protesté en brûlant des effigies de Theresa May et le reste d’entre nous, dont les vies ont été brisées à partir de ce morceau de papier, sommes restés aussi résolus et traumatisés ce jour-là que les autres jours des décennies passées, dans le terrible sort des camps de réfugiés, en exil et des prisons de toutes sortes.

Rédigée par les sionistes, pas par Balfour (1917)

La déclaration fut une lettre de 67 mots entre deux britanniques puissants pour prendre des terres arabes à leur population indigène et les donner à des citoyens européens juifs. Le 2 novembre 1917, Lord Balfour « au nom du gouvernement de Sa Majesté » a promis à Lord Rothschild, un citoyen britannique privé et le patriarche de la puissante famille bancaire juive européenne, que la Grande-Bretagne soutiendrait « l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif en Palestine. »

Cette phrase a non seulement promis de donner le pays d’un autre peuple (la Palestine) – à l’époque gouvernée par une autre nation (l’Empire Ottoman) – mais elle a aussi officialisé le concept anhistorique du « peuple juif », comme si des citoyens de cultures, nationalités, langues et lieux disparates constituaient une race ou une ethnicité singulières en vertu de leur religion commune.

Bien que la lettre soit adressée de Balfour à Rothschild, elle a d’abord été envoyée par Rothschild à Balfour le 18 juillet 1917, suite au débat entre les sionistes pour rédiger la formule précise de la lettre.

Balfour a fait un ajustement pour noter que « étant clairement compris que rien ne sera fait qui puisse porter préjudice aux droits civils et religieux des communautés non-juives existantes en Palestine, » avant de la renvoyer comme une correspondance officielle d’Etat à Rothschild.

Ainsi ce fut un petit groupe de notables juifs européens qui ont dicté, dans le noir, la politique étrangère britannique, en violation des traités officiels entre les dirigeants alliés mondiaux, et aussi contre l’opinion publique britannique. On ne peut donc pas examiner cette lettre isolément de ce contexte plus large d’empilage d’accords, de traités, d’études et de commissions qui s’opposent tous à elle de façon flagrante.

L’accord McMahon-Hussein (1915)

Deux ans plus tôt, le 25 octobre 1915, Sir Henry McMahon avait conclu un accord de contrepartie avec le Chérif de La Mecque, futur roi Hussein, selon lequel la Grande-Bretagne reconnaîtrait l’indépendance arabe après la Première Guerre mondiale « dans les limites et les frontières proposées par le Chérif de La Mecque » (qui comprenaient très clairement la Palestine) en échange de la résistance arabe contre les Turcs ottomans.

Trois ans après la Déclaration Balfour, les Turcs ottomans en lutte essayèrent de persuader le roi Hussein de s’allier à eux contre les Britanniques, promettant également l’indépendance arabe.

Homme d’honneur, le roi Hussein révéla l’ouverture à la Grande-Bretagne, et Lord Balfour répliqua en affirmant clairement les termes McMahon-Hussein : « Le gouvernement de Sa Majesté britannique, avec les puissances alliées, confirme ses engagements antérieurs respectant la reconnaissance de l’indépendance des pays arabes. »

Le Général Allenby, chef des forces alliées en Egypte et en Palestine, a réitéré ces assurances à plusieurs reprises, notamment dans une lettre adressée à Sa Majesté le Roi de Hijaz, en date du 8 février 1918, et dans une déclaration aux portes de Jérusalem en décembre 1918. De même que Lord Curzon, ministre des Affaires étrangères, dans une lettre d’octobre 1919 adressée au roi Fayçal.

En fait, il y eut beaucoup de déclarations et affirmations de ces termes et il n’y eut aucun doute dans les accords publics officiels entre les leaders mondiaux que « toutes les nations parlant la langue arabe devraient être libérées de la domination turque, et devraient donc vivre sous le gouvernement de leur choix. »

Accord Sykes-Picot (1916)

La Déclaration Balfour a été faite sans consultation des habitants arabes originaires de Palestine. Il y eut une autre duplicité secrète, menée en 1916 entre la Grande-Bretagne et la France, pour diviser les terres arabes en sphères d’influence, ce qui fut dévoilé de façon inattendue par la révolution bolchévique.

Selon l’historien britannique Richard Coke, les accords Sykes-Picot « difficilement compatibles avec le Douzième Point (auquel l’une et l’autre [Grande-Bretagne et France] ont solennellement souscrit dans les traités de paix), leur propre déclaration commune de novembre 1918 ou les conditions de l’article 22 du Pacte [de la Société des Nations], auquel, à nouveau, ils ont tous deux souscrit en acceptant les Mandats [sur les terres arabes]. »

En fait, ce fut l’opposition sioniste qui a empêché la pleine application de l’Accord Sykes-Picot, qui prévoyait de diviser la Palestine et d’internationaliser Jérusalem, et les a poussés à un complément qui deviendrait la Déclaration Balfour.

Déclaration franco-britannique (1918)

Sur la base d’accords et de garanties officiels des Britanniques, les peuples de Palestine, de Syrie et de Mésopotamie se soulevèrent héroïquement pour rejoindre les puissances alliées contre les Turcs.

Alors que l’Empire ottoman s’effondrait, l’Angleterre et la France publièrent une déclaration commune déclarant que leurs objectifs dans les pays arabes libérés étaient « l’établissement de gouvernements et d’administrations tirant leur autorité de l’initiative et du libre choix des populations indigènes (…). Loin de chercher à imposer des institutions particulières aux populations de ces pays, la France et la Grande-Bretagne n’ont d’autre souci que de garantir (…) le fonctionnement normal des gouvernements et institutions que les populations auront librement adoptées. »

Commission King-Crane (1919)

La volonté des populations indigènes auxquelles la Déclaration franco-britannique fait référence fut clairement montrée par la Commission King-Crane, un envoyé américain dépêché par Woodrow Wilson en juin 1919 dans la région pour enquêter sur les souhaits des habitants indigènes.

La commission rapporta que 80,4 pour cent de la population avait voté pour une nation arabe démocratique unie qui incluait la Palestine d’aujourd’hui (en totalité), le Liban, la Syrie, la Jordanie et l’Irak.

Le rapport s’opposait catégoriquement à l’établissement d’un Etat juif en Palestine parce que « les sionistes espéraient impatiemment déposséder pratiquement en totalité les actuels habitants non juifs de Palestine. »

Le rapport utilisait également les termes de la Déclaration Balfour pour souligner que « un Etat juif [ne peut pas] être réalisé sans la violation la plus grave des droits civils et religieux des communautés non juives existantes en Palestine. »

Le Mandat

Le 29 septembre 1923, suite à la défaite de l’Empire ottoman, une victoire qui n’aurait pu être obtenue sans la résistance et les sacrifices des Arabes, la Grande-Bretagne et la France assument officiellement des mandats pour la Palestine et la Syrie, respectivement.

Pourtant, de façon impardonnable, le mandat comprenait des dispositions pour l’établissement d’un foyer juif national. La criminalité de cette disposition a été mise en évidence tout au long des années suivantes par la main de fer des Britanniques contre les habitants palestiniens indigènes, qui a menacé leur existence même afin de faciliter l’immigration juive.

De multiples commissions et études ont été dépêchées pour évaluer la situation dans le Mandat britannique en Palestine, et toutes ont blâmé les actions de l’administration envers les Palestiniens, qui avaient commencé à se soulever contre l’injustice grandissante à laquelle ils étaient confrontés.

Parlant de « grave erreur politique », Richard Coke a déclaré : « Malheureusement, ce ne sont pas les rédacteurs de la Déclaration Balfour et leurs amis juifs dans les beaux quartiers de Londres et de New York qui vont payer cher ce projet de loi, mais les malheureux habitants de Palestine et, en cas de crise, le Tommy et le contribuable britanniques ordinaires. »

Pourtant, contre cette critique continuelle des politiques du mandat, contre son propre accord avec Hussein, le chef d’une nation alliée avec la Grande-Bretagne, contre la volonté de 3,2 millions d’habitants arabes indigènes qui ont voté à la Commission King-Crane, contre les articles de la Société des Nations, contre les 14 points du président Woodrow Wilson pour la paix mondiale qui avaient été acceptés par la Grande-Bretagne, contre la Déclaration franco-britannique, contre l’Accord Sykes-Picot, contre l’opposition vigoureuse du public et du parlement à la Déclaration Balfour, et contre certains aspects de la Déclaration Balfour elle-même, la Grande-Bretagne a activement facilité les phases initiales de ce qui allait devenir la dislocation totale de toute une civilisation ancienne et la recomposition de sa terre avec une société importée, selon les aspirations sionistes.

La question est alors de savoir pourquoi cette promesse illégale a été mise en œuvre dans un tel contexte ?

Les Etats-Unis, le pétrole, l’argent et l’antisémitisme

De même que des personnages sionistes puissants signent aujourd’hui des accords obscurs pour consolider un soutien officiel en violation du droit international, des résolutions de l’ONU et de l’opinion publique internationale, ils ont fait de même il y a un siècle.

Plusieurs personnalités se distinguent, dont Chaim Weizmann, Nahum Sokolow, Louis Brandeis et Samuel Untermyer. Ces hommes ont collaboré à travers les continents, dans les couloirs du pouvoir, pour influencer les politiques et placer les sionistes à des postes importants, en particulier en France, en Angleterre et aux Etats-Unis.

Weizmann a recruté les Rothschild, a usé de son charme, la promesse d’emprunts de guerre juifs et les croyances antisémites dominantes dans le pouvoir juif pour séduire les hommes d’Etat européens à la cause sioniste.

Le leader sioniste russe juif Ze’ev Jabotinsky a affirmé une fois que « la déclaration est la réalisation personnelle d’un seul homme : le docteur Chaim Weizmann. Quatre années de travail patient et calculé ont établi le lien entre nous et chacun des hommes d’Etat de ce pays [la Grande-Bretagne]. » L’intelligentsia britannique aussi le connaissait.

En 1922, le Daily Express demandait : « Qui est ce mystérieux Chaim, qui a convaincu les Britanniques innocents et sans méfiance de s’embarquer dans le bourbier du Moyen-Orient. »

Sokolow a également joué un grand rôle pour obtenir le soutien des Italiens et des Français. Mais peut-être le plus important d’entre eux fut Louis Brandeis, qui avait l’oreille du président Woodrow Wilson, et dont le soutien est peut-être ce qui a finalement convaincu les puissances européennes de soutenir le projet sioniste.

La Grande-Bretagne avait compris que pour gagner la guerre, il fallait que les Etats-Unis s’y joignent.

Mais Woodrow Wilson avait remporté l’élection présidentielle en faisant campagne comme candidat anti-guerre (son slogan était « Il nous a maintenu à l’écart de la guerre »).

Mais les sionistes ont indiqué aux puissances européennes qu’ils étaient capables persuader le président Wilson de se joindre à la guerre en échange que les Britanniques leur donnent la Palestine, sur laquelle ils n’avaient ni souveraineté ni titre légal.

Louis Brandeis, qui avait été nommé à la Cour suprême par Wilson et qui était l'un des premiers rédacteurs de la Déclaration Balfour, était en mesure d'exercer une telle influence.

En effet, Brandeis a fait avec succès pression sur Wilson pour qu'il adopte la déclaration Balfour (que Wilson avait d'abord rejetée) et qu’il engage les États-Unis dans la guerre.

Sans aucun doute, ceci a renforcé les perceptions antisémites du pouvoir juif et on a argué que les puissances alliées ont craint que les sionistes sollicitent des offres similaires des puissances centrales pour influer sur le résultat de la guerre.

Bien sûr, il y a aussi l'argument du pétrole, qui a peut-être joué un rôle, en particulier dans les dernières années quand le pétrole a été découvert dans la région. Il ne fait aucun doute que l'Europe et les États-Unis ont regardé Israël (comme ils le font maintenant) comme une sorte d'oasis occidental d’où exercer un contrôle sur une mer de peuples foncés et arriérés qui possèdent une importante ressource naturelle.

A l’époque, ce contrôle aurait pu prendre davantage un caractère d’urgence étant donné la récente révolution bolchévique en Russie.

Pas « porteuse de division ». Et elle ne nous « hante » pas

Des intellectuels palestiniens et autres arabes à l’époque ont observé que la Déclaration Balfour intensifiait le nationalisme panarabe et le répandait parmi les masses.

Le professeur Barry Rubin écrit : « Le rêve d’un Etat arabe uni n’était pas une simple abstraction : les nationalistes arabes du Croissant fertile n'avaient pas besoin de fouiller très loin dans leurs souvenirs pour se souvenir de siècles d’unité de la région sous les Ottomans... Dans ce contexte cosmopolite, ils s’intéressaient peu à une fraction particulière du domaine : avec une communauté de langage, de culture et de vision du monde arabe, toutes les frontières intérieures leur semblaient artificielles. »

La Déclaration Balfour ne nous « hante » pas. Elle nous enseigne qu’il ne faut jamais faire confiance aux puissances occidentales qui, loin d’être des démocraties représentatives, sont dirigées par une minorité d’élites motivées par l’intérêt personnel, non par la volonté ou l’intérêt de leur peuple, ni par l’intégrité de leurs accords, et que ces sociétés sont flouées par la propagande propagée par une supposée « presse libre ».”

Susan Abulhawa (Ecrivaine palestino-américaine)


Nous semons les idées comme la levure dans la pâte nos nerfs sont de glace mais nos cœurs expulsent le feu si nous avons soif nous presserons les pierres nous mangerons de la terre si nous avons faim mais nous ne partirons pas et nous ne serons pas avares de notre sang Ici nous avons un passé un présent Ici est notre avenir…” Tawfiq Az Zayad, poète palestinien




Salma by Sliman Mansour (1988)



La Palestine sera-t-elle liquidée avec la complicité arabe ?


Par Mazin Qumsiyeh

Le sionisme est un mouvement colonial inventé au 19ème siècle pour transformer une Palestine multi-religieuse en l’ « Etat juif d’Israël » d’apartheid. Il devait être « un rempart de l’Europe contre l’Asie, un avant-poste de la civilisation contre la barbarie » (Herzl dans L’Etat des Juifs). Cette idée coloniale raciste n’a pas changé depuis la fondation de la « Jewish Colonization Association » en 1981 et du Congrès sioniste mondial en 1897. Comme tous les mouvements coloniaux, il se concentre sur la double tâche de détruire la vie indigène et de créer de nouveaux régimes exclusivistes racistes, et il obtient le soutien et la complicité des empires.

La Grande-Bretagne a remis à la famille Al-Saoud la responsabilité de la région de Hijaz (qui devait devenir la kleptocratie de l’ « Arabie saoudite »). Abdul Aziz al-Saoud a répondu en 1915 aux demandes britanniques en écrivant de sa propre main : « Moi, Sultan Abdel Aziz Bin Abdel Alrahman Al-Faysal Al-Saoud, décide et confirme mille fois à Sir Percy Cox le représentant de la Grande-Bretagne que je n’ai pas d’objection à donner la Palestine aux pauvres juifs ou à d’autres, comme le juge convenable la Grande-Bretagne, que je ne passerai pas outre son avis jusqu’à l’heure de l’appel [fin du monde]. » Les bonnes relations de la famille régnante des Saoud, au détriment des Palestiniens, ont perduré jusqu’à aujourd’hui, avec une brève période où le nationalisme arabe était fort et où la famille royale a suspendu les expéditions de pétrole aux Etats-Unis pendant la guerre d’octobre 1973.

L’OLP a commencé son long processus de « compromis » avec les colonisateurs en 1974. Israël a alors signé un « traité de paix » avec l’Egypte et a eu de bonnes relations de travail, y compris en coopérant à des crimes contre l’humanité en isolant et en assiégeant la Bande de Gaza. Il y eut une brève période où il y eut un allègement du blocus, quand Morsi a été élu président de l’Egypte, mais elle s’est rapidement terminée lorsque l’armée a repris le pouvoir en Egypte. L’Egypte essaie cependant de jouer un rôle dans la médiation entre le Hamas et le Fatah aujourd’hui, ce qui pourrait aider à mettre fin au blocus et à reprendre une lutte de libération.

Israël a maintenu ses efforts pour morceler le monde arabe (déjà fragmenté), par exemple en développant des milices mandataires et en s’alignant sur des dirigeants extrémistes de droite au Liban dans les années 1970 et 1980. Travaillant par procuration ou directement, Israël et ses laquais arabes commirent des massacres, comme dans les camps de réfugiés de Sabra et Shatila, au Liban, en 1982. ‘Israël’ a maintenu de bonnes relations avec les mouvements séparatistes au nord de l’Iraq et au Soudan du Sud, et a aidé à armer l’armée du Soudan du Sud. Les relations d’Israël avec Barzani et les manœuvres pour morceler l’Iraq sont maintenant bien connues. Dans les années 1990, à la demande du lobby israélien, l’Iraq a été l’objet de sanctions menées par les Etats-Unis et les régimes arabes qui ont entraîné la mort d’un million d’Iraquiens, dont la moitié d’enfants. Dans le même ordre d’idée, les Etats-Unis ont attaqué l’Afghanistan, l’Iraq et le Yemen
(lire mon article Connecting the Dots).

En 1986, le roi Hassan II du Maroc a invité le Premier ministre israélien pour des discussions et à la suite des désastreux accords d’Oslo, le Maroc a multiplié ses liens économiques et ses contacts politiques avec Israël en ouvrant des bureaux de liaison bilatéraux en 1994. Comme l’a démontré avec éloquence le défunt Edward Said, les Accords d’Oslo furent une deuxième Nakba pour les Palestiniens, créant une autorité palestinienne dont la tâche fut de protéger les occupants contre la résistance et de normaliser l’occupation. Après qu’Arafat et Abbas aient signé ces traités de reddition, l’économie d’Israël et sa reconnaissance à l’étranger ont rapidement augmenté. Les accords ont également donné le feu vert à la puissance occupante pour développer ses activités illégales dans les zones occupées non restituées à l’autorité palestinienne (la zone C représente la majorité des terres).

Des relations économiques ont existé entre le Qatar et ‘Israël’ entre 1996 et 2000. En 2005, l’Arabie saoudite a annoncé la fin de son interdiction des marchandises et des services israéliens. Des liens diplomatiques et autres entre la Tunisie et Israël ont fluctué entre force dans les années 1990 et faiblesse entre 2000 et 2005 pour reprendre jusqu’à la révolution tunisienne. En 1919, le roi Faisal al-Hussein (leader hachémite) avait signé un accord avec le leader sioniste Chaim Weizmann, mais un de ses fils fut plus tard écarté du pouvoir en Syrie (par la France) à cause de son opposition au sionisme. Israël a signé un « traité de paix » avec la Jordanie en 1994. Cependant l’opinion publique en Jordanie (parmi les Jordaniens d’ascendance palestinienne ou transjordanienne) reste fortement opposée aux tentatives de normalisation qui incluent de faire crouler la Jordanie avec d’énormes dettes qui servent les intérêts israéliens (par exemple le canal Mer rouge-Mer morte).

La CIA et les services de renseignements britanniques ont renversé le gouvernement élu de Mossadegh en Iran en 1953 pour installer un régime plus favorable aux Israéliens. Cela a duré jusqu’à ce que la révolution iranienne mette fin au régime Pahlavi criminel en 1979. Israël a eu de bonnes relations de travail et de coopération avec la Turquie de 1949 à 2011, quand les dirigeants israéliens se sont lancés dans une série d’affronts et de bévues, y compris le meurtre de citoyens turcs à bord du navire Mavi Marmara, dans les eaux internationales.

En 2015, Israël a ouvert une mission diplomatique avec les Emirats Arabes Unies (EAU) et a aidé l’Arabie saoudite et les EAU à lancer une guerre contre le Yémen pour contrôler le détroit stratégique de Bal Al-Mandeb (entre la Mer rouge et l’Océan indien). L’Egypte a également accepté de donner à l’Arabie saoudite deux de ses îles dans le détroit de Tiran (qui sépare le golfe d’Aqaba de la Mer rouge), à la demande d’Israël.

Ces faits ne sont que la partie immergée de l’iceberg en termes de collusion sioniste avec des leaders arabes pour détruire la Palestine. Beaucoup reste caché. Pourtant, comprendre cette histoire aide à comprendre pourquoi les dirigeants d’ « Arabie saoudite », des EAU et autres sont de connivence avec Israël et les Etats-Unis dans une attaque fébrile contre les forces de résistance dans le monde arabe et islamique. Alors qu’une telle connivence avec le colonialisme est commune dans toutes les parties du monde, les collaborateurs ne lisent pas l’histoire pour comprendre le sort réservé à tous les outils du colonialisme. Ils subiront le même sort que les autres collaborateurs. En tant qu’outils du colonialisme, ils sont rejetés dès qu’ils remplissent leurs rôles assignés.

Beaucoup des développements survenus après 1973 n’auraient pas eu lieu si l’OLP était restée fidèle à ses principes. C’est en effet un moment historique dans notre partie du monde. Les sionistes se sentent enhardis comme jamais auparavant et ont l’intention de mettre fin une fois pour toutes à la question palestinienne, en particulier la question clé des réfugiés (qui seraient forcés de s’installer en dehors de la Palestine). Il faut observer les évolutions en Arabie saoudite, aux EAU, en Syrie, en Iraq, au Liban, au Yémen et dans le reste de notre région dans le contexte de cette lutte et de la centralité de la question palestinienne, puisqu’elle est la raison de tout ceci. C’est une lutte entre ceux qui pensent pouvoir sauvegarder leurs trônes et leurs positions en se soumettant aux sionistes et ceux qui contestent le colonialisme. Le choix est entre le chaos qui n’épargnera personne (y compris ceux qui collaborent) ou le refus de la division et donc l’unité pour combattre l’impérialisme, le colonialisme et le sionisme.

La Palestine reste l’épreuve de vérité, le talon d’Achille de l’impérialisme et la clé de la paix. Chacun de nous doit prendre clairement position. Je suis optimisme parce que 12,7 millions de Palestiniens et des centaines de millions d’autres, qui suivent leur conscience, ne laisseront pas le sionisme (et ses dirigeants arabes et américains complices) liquider la cause la plus juste de l’histoire de l’humanité. Il est judicieux que les dirigeants complices repensent leurs positions au moins pour leurs propres intérêts puisque les puissances coloniales se servent des outils et les rejettent, et ne respectent jamais la parole donnée à ceux qui n’appartiennent pas à leur « tribu ». Ceci est amplement illustré par l’histoire même d’Israël et de ses collaborateurs (par exemple au Liban dans les années 1980). Maintenant, il faut que nous travaillions tous ensemble vers une paix avec la justice, le résultat inévitable.



Traduction française : The International Solidarity Movment


A Lire : La déclaration Balfour : Endurer la criminalité coloniale. Nous, Palestiniens, savons ce qui s'est réellement passé



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