samedi 28 octobre 2017

Le système capitalisme c'est la mort



La force qui enchaîne les hommes est le mensonge et l’erreur ; la force qui détache chaque individu de la masse inerte humaine est la vérité. Or la vérité ne se transmet aux hommes que par des actes de vérité. Seuls les actes de vérité, en introduisant la lumière dans la conscience de chaque homme, dissolvent l’homogénéité de l’erreur, détachent un à un de la masse les hommes soudés entre eux par la force de l’erreur.”
Léon Tolstoï




Interdit de vivre. Nous sommes interdits de vivre. Quand allons-nous oser l'affirmer, le marteler, collectivement, jusqu'à ce que le mur tombe ? Quand allons-nous nous concentrer ensemble sur ce point au lieu de nous disperser et de servir la loi de l'argent ? C'est nous, nos vies à chacun et à tous, ou bien les banques. L'un ou l'autre. Eh bien, ce sera les banques. Quand tu regardes les lois — car l'éveillé regarde les lois, il les contemple comme pur joyau du mal, comme expression pur du mal — l'information peu à peu rentre en toi, horrifié, terrifié, le constat s'impose : il est absolument, totalement, interdit de vivre, seules comptent les banques et la loi de l'argent. Toutes les lois concourent, convergent, s'agencent, se structurent, se répondent, s'entrelacent, s'harmonisent, s'imbriquent, se superposent, se maximisent, se connectent, se renforcent, au service d'une seule en définitive : celle de l'argent. Le but des lois EST la loi de l'argent. Sylvain Rochex



"Moloch" par Lynd Ward

L’anxiété humaine à l’âge du capitalisme déclinant


Par Phil Rockstroh , le 17 octobre

Notre anxiété ne vient pas du fait de penser au futur mais de vouloir le contrôler.”
Kahlil Gibran


Un certain nombre d’articles de presse récents, dont un article de plus de 8 000 mots dans le New York Times, se demandent, pour paraphraser le titre du Times, « Pourquoi de plus en plus d’adolescents étasuniens souffrent-ils d’anxiété profonde ? »
La réponse moderne, typique face aux personnes souffrant d’anxiété, est de prescrire des médicaments.
Bien que la question ait été posée, les journalistes et rédacteurs responsables de ces articles restent résolument obtus face à cette évidence : un environnement de folie, résultat d’une culture capitaliste en phase finale, provoque des réactions classiques d’affrontement / évitement, accompagnées d’épisodes d’anxiété sévère et de crises de panique.




Le mot panique fait référence à Pan, le dieu grec du monde animal et de la sauvagerie, qui symbolise le corps animal engravé dans l’être humain et ses instincts animaux. Autrement dit, arrachez un animal à son habitat naturel et il va manifester instinctivement une réaction d’affrontement / évitement.

S’il est mis en cage, l’infortuné animal va arpenter les limites de sa prison, mâcher et déchirer sa fourrure et sa chair, devenir irritable, nerveux, languir et même mourir de la privation de l’environnement dans lequel il est né pour habiter. Un animal en cage, même si la créature infortunée endure la captivité, n’est pas l’entité que la nature a conçue ; l’être vivant a été réduit à une Chose qui attend sa nourriture.

Les êtres humains, les animaux que nous sommes, réagissent de la même manière. Faire l’expérience de l’anxiété est un des moyens par lequel nos esprits animaux innés réagissent à la cage capitaliste. Inondez un adolescent avec des critères de business / consommation qui défient l’âme, avec de fortes pressions carriéristes, la pauvreté d’un éros social, des exigences, manifestes et implicites, pour se conformer à un ordre social superficiel, maniaque, vaguement défini et pourtant exigeant et insistez sur le fait que ceux qui ne peuvent pas s’adapter, et encore moins exceller, seront des « perdants » destinés à devenir des « squatters » permanents chez leurs parents ou, pour ceux qui n’auront même pas ce privilège, de finir à la rue, alors on peut comprendre que les jeunes, et les moins jeunes, soient susceptibles d’être perclus de sentiments d’angoisse et de terreur.

Pire encore, si les adolescents sont culturellement conditionnés à croire que leurs sentiments et leurs réactions sont exclusivement vécus par les faibles, les parasites et les perdants, alors leurs souffrances peuvent s’aggraver jusqu’à la paralysie émotionnelle et les tendances suicidaires.
Pas vraiment de remèdes

Qu’est-ce que l’État capitaliste offre comme remède ? Des médicaments psychoactifs, obscènement rentables pour les entreprises et très largement prescrits. Un traitement qui, au mieux, masque simplement les symptômes et confère l’illusion d’une guérison.

Comme le Dr Laing l’a observé : « Ce que nous appelons ‘normal’ est le produit de la répression, du déni, de la division, de la projection, de l’introjection et d’autres formes d’action destructrice sur l’expérience. C’est quelque chose qui est radicalement séparé de la structure de l’être. »
Bref, ce qui est dingue est de s’attendre à ce que l’on puisse s’adapter à cette folie socialement acceptable. Pourtant, nous sommes poussés à nous adapter, donc à intérioriser des pensées, des concepts et des principes collectifs odieux. Pour citer un tel exemple de principe collectif : vivre dans la rue est naturel à la condition humaine et est une situation acceptable par la communauté.

Plus proche des faits : le problème des sans-abris est le résultat d’un problème de perception à l’échelle de la société ; le phénomène est l’emblème même du brouillage, de la torsion, de la dissociation et du déplacement de la perception dus aux propagandes capitalistes. Vivre dans la rue serait considéré comme une relique d’un passé barbare si ce principe très simple était appliqué : avoir accès à un abri permanent est un droit de l’homme et non un privilège.

Quel genre de personne vile et perverse pourrait nier cette simple proposition ? Ceux qui sont conditionnés par un état d’esprit puritain / calviniste et qui persistent à croire ceci : la punition pour avoir usurpé les heures éphémères de sa courte vie doit être sévère. Si la basse classe ne peut plus s’en sortir,  malgré les flagellations publiques pour fouetter la force de travail comme au temps de la tradition puritaine / calviniste, alors ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas se conformer seront jetés sur le béton froid et impitoyable d’un paysage urbain sans âme.

En fin de compte, les sociétés qui sont aux prises avec de grandes inégalités de richesse, en raison des machinations d’une classe supérieure rapace, créent l’obscénité connue sous le nom de SDF. Cette situation n’est qu’une des nombreuses obscénités inhérentes au capitalisme d’État. Obscénités qui incluent les événements qui dominent le cycle actuel des informations, par exemple les prédations d’un lubrique magnat du cinéma, les actes et les déclarations totalement crétines d’un chef d’État qui est un dépotoir toxique à deux jambes.

Trump n’est pas une aberration

Comment se fait-il alors que les libéraux [progressistes, au sens américain, NdT] ne veulent pas comprendre que la présidence de Trump n’est pas une aberration ? Au contraire, son ascension au pouvoir devrait être considérée comme faisant partie des fortes probabilités dans un capitalisme en fin de parcours cherchant à construire un empire. Le clown psychopathe et poudré à la mandarine qu’est Trump est l’incarnation même de la deuxième loi de la thermodynamique, un développement inhérent à tout empire surdimensionné. Ainsi, ce dernier continuera à s’enfoncer encore plus profondément dans le bourbier de l’épuisement des ressources dû à la recherche de la puissance économique et des guerres perpétuelles.

Les empires sont des cultes de mort, et les cultes de mort, sur une base subliminale, attendent leur propre disparition. Paradoxalement, l’état d’esprit collectif de l’imperium, même lorsqu’il s’étend sur le monde entier, devient insulaire, se privant de toute avancée culturelle, et la patrie s’enfonce dans le marais psychique de la folie barbare.

Un assèchement du marais de l’esprit collectif ne peut pas se réaliser, car le marais et les citoyens ne font qu’un. En outre, des personnalités telles que Trump émergent et sont la manifestation du marasme de la culture elle-même. Dans un marais, l’évangile de la renaissance et de la rédemption vient du chant de l’humus. Une nouvelle vie surgit de son compost.

En présence de l’esprit corrompu de Trump et de sa carcasse momifiée, on a droit aux arias de la  pourriture. Alors que le tempo monotone d’Hillary Clinton était le chant d’un taxidermiste – froid, desséché et dépourvu de l’étincelle lumineuse de la vie – la voix de Trump porte la cacophonie dépravée d’un défilé des fous de Céline… De sa trajectoire vers la fin de l’empire.

Comme le nouveau MAV (Meilleur Ami pour la Vie) des libéraux, George W. Bush, pourrait se demander : « Nos libéraux apprennent-ils ? »

En un mot, non. Par exemple, la psyché collective de la culture américaine a été enflammée par les révélations selon lesquelles les actrices étaient contraintes à des rencontres sexuelles avec un magnat du cinéma dont le pouvoir dans l’industrie n’était égalé, voire dépassé, que par sa nature sadique. Le personnel de sa compagnie a aidé, a été complice ou est resté silencieux au sujet de sa luxure, comme l’ensemble de l’industrie cinématographique et de la presse de divertissement. Alors que les athlètes de la NFL sont menacés d’être renvoyés de la Ligue s’ils s’agenouillent pendant l’hymne national.

Le grand non-dit

Pendant ce temps, le grand non-dit persiste : l’habilitation et la soumission à la dégradation, à l’exploitation et à la tyrannie et le manque de résistance à ceux-ci partagent un facteur commun – le carriérisme de tous les intéressés. Le milieu culturel concomitant au capitalisme est la racine pourrie de l’épanouissement nocif de cette situation.

Le film de 1967 de Jean-Luc Godard, Deux ou trois choses que je sais d’elle, devrait être vu par tous ceux qui ignorent ou nient l’acuité du thème du film, c’est à dire se perdre dans le paysage psychique de la domination, de la dégradation et de la soumission, indissociable de la culture capitaliste / consumériste et qui pousse une personne à devenir partie inhérente du monde de la prostitution, monde sanctionné par la société. Quand la vie est négociée dans un système de valeurs collectives qui dévalorise et mortifie la vie intérieure de l’individu, déformant ainsi chaque relation humaine, l’anomie descend, le pire parmi un peuple qui cherche les positions de pouvoir.

« La panique est la prise de conscience soudaine que tout ce qui vous entoure est vivant. »Ghost of Chance de William S. Burroughs

Quand des amis me rendaient visite à New York, où j’ai vécu pendant des décennies, je les emmenais se promener à travers la ville. Nous traversions la Westside Highway et arpentions la promenade piétonne le long de la rivière Hudson, ou nous traversions la East River par le pont de Brooklyn.

L’effet de ces excursions sur les gens était souvent profond… Les éléments combinés de la beauté élémentaire des rivières et l’immensité de l’architecture et de la portée de la ville, sa clameur, et l’entrelacement dense des coutumes ethniques traditionnelles et des codes sociaux ad hoc des New-Yorkais exaltaient les sens des visiteurs et les ouvraient à une conscience plus grande et plus complexe d’eux-mêmes et de la réalité existante… Les voies de l’esprit contemporain conditionné à être constamment engagé dans un mouvement maniaque, avec l’obsession de la performance (finalement futile), les manœuvres visant à gagner du temps (ou à ne pas vivre la frustration provoquée par l’immobilisme), étaient remplacées par les exigences de la vie au niveau de la rue, c’est-à-dire des situations nouvelles qui devaient être appréhendées et négociées.

Les possibilités de vie semblaient plus grandes. L’éros manipulé de la pensée suburbaine insulaire s’était relâché devant les complexités et l’ampleur de la ville. Mais peu de New-Yorkais, voire seuls quelques rares, peuvent maintenir cet état d’âme. Peu d’entre nous peuvent vivre selon la résolution de Rilke de « rendre chaque instant sacré ». La vie, dans la ville, est devenue grotesquement  déformée… Les hauts loyers infligés par l’hyper-gentrification, combinés à la déification du succès et son culte du carriérisme ont submergé la psyché des individus… Il reste peu de temps avant de tomber

L’angoisse (l’origine du mot remonte à l’ancienne divinité grecque Ananke, l’impitoyable Déesse de la Nécessité, inébranlable devant la prière ou l’offrande, à l’origine du mot anxiété) aveugle la conscience. Ananke domine la vie des citoyens non privilégiés tandis que Narcisse, Trump, les Clinton, et leurs dieux, les parrains financiers et culturels de l’élite, gouvernent. Le panthéon des possibilités a été décimé, un nettoyage culturel a été perpétré par le caprice égoïste des bénéficiaires de la dictature capitaliste de l’argent.

Par conséquent, nous arrivons à la sagesse primitive transmise tacitement par les états d’affrontement / évitement dus à l’anxiété. En raison du fait que le capitalisme, autant au niveau individuel que collectif, conduit les individus à la folie, tout comme le système détruit les forêts et les champs, l’océan et la mer et l’âme de tous ceux qui vivent sous sa domination rapace, notre serment revient à ceci : soit nous luttons et nous nous efforçons, par tous les moyens, de mettre fin à ce système,  soit c’est lui qui entrainera notre fin.

Phil Rockstroh, poète, parolier et barde philosophe
vivant maintenant à Munich, en Allemagne.



Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.


Source originale: Consortium News





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