samedi 2 septembre 2017

Les indiens d'Amériques sont toujours vivants


“Ils [ . . . ] nous ont apporté des perroquets, des pelotes de coton, des lances et bien d’autres choses qu’ils échangeaient contre des perles de verre et des grelots. Ils échangeaient volontiers tout ce qu’ils possédaient. [ . . . ] Ils étaient bien charpentés, le corps solide et les traits agréables. [ . . . ] Ils ne portent pas d’armes et ne semblent pas les connaître car, comme je leur montrai une épée, ils la saisirent en toute innocence par la lame et se coupèrent. Ils ne connaissent pas l’acier. Leurs lances sont en bambou. [ . . . ] Ils feraient d’excellents domestiques. [ . . . ] Avec seulement cinquante hommes, nous pourrions les soumettre tous et leur faire faire tout ce que nous voulons.”
Christophe Colomb







Lorsque le président Bush bombarda l'Irak en 1991 sous prétexte de faire cesser l'occupation du Koweit par les Irakiens, un groupe d'Indiens de l'Oregon fit circuler une lettre ouverte, aussi amère qu'ironique : "Cher président Bush. Pourriez-vous nous aider à libérer notre petite nation occupée ? Une force étrangère occupe nos terres pour s'emparer de nos formidables ressources naturelles. Ces étrangers ont menti et mené contre nous une guerre bactériologique, tuant des milliers de vieillards, d'enfants et de femmes. Après avoir envahi notre pays, ils ont renversé les chefs et les autorités de nos gouvernements et les ont remplacés par leur propre système de gouvernement qui aujourd'hui encore contrôle notre mode de vie de bien des manières. Selon vos propres termes, l'occupation et le renversement d'une petite nation (...) est une occupation de trop. Sincèrement vôtre. Un Indien d'Amérique.
Howard Zinn, in "Une Histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours"        



Occupation et génocide en guise de « découverte »

Par Jérôme Duval


« On nous a dit et on continue à nous dire que les pèlerins du Mayflower sont venus peupler l'Amérique. Mais l'Amérique était-elle inhabitée ? » Eduardo Galeano |1 |.

« Ce qui a été réellement découvert - en 1492 - c'est ce qu'était réellement l'Espagne, la réalité de la culture occidentale et celle de l'Église à ce moment. Tous (...) se sont mis à découvert. Ils n'ont pas découvert l'autre monde, ils l'ont recouvert. Ce qui nous reste à faire aujourd'hui, c'est de découvrir ce qui a été recouvert et que surgisse un "nouveau monde" qui ne soit pas seulement la répétition de l'ancien, qui soit véritablement neuf. Est-ce possible ? Est-ce pure utopie ? »

Père Ignacio Ellacuria, quelques mois avant d'être sauvagement assassiné
par des militaires salvadoriens |2 |.



Christophe Colomb arrive en Amérique - L. Prang & Co., Boston (Wikipedia)


Finalement, les pays dits « en voie de développement » (PED) d'aujourd'hui remplacent les colonies d'hier : les grandes entreprises multinationales occidentales se placent dans les anciennes colonies, y investissent et en extorquent les ressources pour accumuler de faramineux profits qui s'évadent dans des paradis fiscaux appropriés. Tout cela se déroule sous le regard bienveillant des élites locales corrompues, avec l'appui des gouvernements du Nord et des Institutions financières internationales (IFI) qui exigent le remboursement de dettes odieuses héritées de la colonisation. Par le levier de la dette et des politiques néocapitalistes imposées qui la conditionnent, les populations spoliées paient encore le crime colonial d'hier et les élites le perpétuent subrepticement aujourd'hui, c'est ce qu'il est convenu d'appeler le néocolonialisme. Pendant ce temps, hormis quelques tardives et bien trop rares reconnaissances des crimes commis, on se hâte d'organiser l'amnésie collective afin d'éviter tout débat sur de possibles réparations. Celles-ci, ouvrant la voie à des réclamations populaires, pourraient engager un devoir de mémoire émancipateur jusqu'à de possibles restitutions financières. Une perspective à étouffer avant qu'elle ne s'embrase ?




Catastrophe démographique du génocide

Le vendredi 3 août 1492, la Pinta, la Niña et la Santa María, les trois navires de Christophe Colomb quittent le port de Palos de la Frontera en Andalousie avec près de 90 membres d'équipage. Moins de trois mois plus tard, l'expédition accoste dans plusieurs contrées des Amériques dont Cuba le 28 octobre. 1492 marque ainsi la mal nommée « découverte de l'Amérique », mais c'est aussi l'année où l'Espagne, après près de huit siècles, vint à bout du dernier bastion de la religion musulmane avec la reconquête de Grenade le 2 janvier 1492 |3 |. La guerre dite « sainte » de l'Église contre l'Islam, conduite par Ferdinand d'Aragon et Isabelle de Castille qui avaient unifié leurs domaines rivaux par le mariage, était victorieuse. L'exaltation « nationaliste » s'accommode d'une poussée xénophobe imprégnée d'intolérance. Trois mois plus tard, environ 150 000 juifs qui refusaient de se convertir au catholicisme furent expulsés du territoire espagnol (le 31 mars 1492). La culture guerrière des croisades s'exporta vers les nouvelles colonies. La reine Isabelle qui avait patronné l'Inquisition fut d'ailleurs consacrée première Dame de ce « Nouveau Monde » par le pape espagnol Alexandre VI. Le royaume de Dieu s'étendait et les conquistadors exhortaient les multiples peuples originaires mal nommés « les Indiens » à se convertir à la foi catholique par la force |4 |. Au moins 10 millions d'habitants originaires des Amériques furent exterminés entre 1500 et 1600 avec la bénédiction du Vatican |5 |. Dans toutes les annales de l'histoire humaine, il n'existe aucune catastrophe démographique comparable, écrit Charles C. Mann Mais les chiffres pourraient être bien plus alarmants que cette estimation basse si l'on admet que les Amériques étaient bien plus peuplées qu'on ne l'avait cru jusqu'ici. En effet, de nombreux scientifiques estiment désormais que « la population des deux continents américains avant 1492 oscillait entre 90 et 110 millions d'habitants (dont 5 à 10 millions dans la forêt amazonienne). En d'autres termes, contrairement à ce que l'on continue d'apprendre dans les manuels d'histoire, davantage de gens vivaient en Amérique qu'en Europe à cette époque ! ». En tenant compte du « choc microbien » au contact des premiers conquistadors : des cargaisons d'épidémies inconnues dans ces territoires, à savoir la variole, la grippe, la rougeole, la peste, la pneumonie ou le typhus, se sont répandues comme une traînée de poudre au sein des populations autochtones, décimant 85 à 90 % de la population amérindienne dans le siècle qui a suivi l'arrivée de Christophe Colomb |6 |. Si l'on ajoute la malaria et la fièvre jaune importées par les Européens en Amérique, la conquête par les armes et le travail forcé, qui conduisait bien souvent à la mort, c'est 95 % des Amérindiens qui auraient disparu entre 1492 et 1600 |7 |. « Le coût humain et social dépasse l'entendement. Un tel trauma déchire tous les liens qui existent au sein d'une culture. Dans toutes les annales de l'histoire humaine, il n'existe aucune catastrophe démographique comparable », écrit Charles C. Mann dans ses ouvrages de référence |8 |.

Le massacre est gigantesque. Les Amérindiens décimés devenus trop peu nombreux pour constituer une force de travail durable, les puissances coloniales font appel à la main d'œuvre extérieure africaine afin de poursuivre l'entreprise colossale du plus grand pillage de tous les temps. Alors que se déroulait le génocide des Amérindiens cité plus haut, l'historienne Aline Helg nous rappelle que, 8 à 10 millions d'Africains moururent « lors de leur capture sur leurs terres, dans les marches pour arriver aux ports africains et durant la longue attente dans les entrepôts côtiers » avant d'être embarqués et entassés dans l'entrepont des vaisseaux négriers en partance pour les Amériques. Finalement, au moins 12 millions d'Africains arrachés à leurs terre natale sont déportés vers les Amériques et les Caraïbes entre le 16 e et le 19 e siècle |9 |. Mais un grand nombre d'entre eux, presque 2 millions (environ 16 % du total), ne survivra pas au voyage et périra durant la traversée transatlantique avant d'arriver à destination dans les colonies européennes. Pour les survivants, leur sort est régi, en ce qui concerne la France, par le fameux Code noir, préparé par Colbert et édicté en 1685, qui déclare dans son article 44 « les esclaves être biens meubles » légiférant ainsi la traite et l'esclavage. Des milliers de captifs d'Afrique débarquaient ainsi chaque année, pour être mis en vente sur les marchés aux esclaves des Amériques |10 |. La décennie de 1784 à 1793 fut le point culminant de la traite avec des importations qui s'élevèrent en moyenne à presque 91 000 Africains par an. Mais le record historique absolu fut atteint en 1829, quand 106 000 captifs furent débarqués, presque tous au Brésil, à Cuba et dans les Antilles françaises |11 |. Une fois achetés par leurs maîtres, les esclaves sont marqués au fer rouge (qui s'ajoute au marquage sur le bateau ou à l'embarquement), subissent des coups de toutes sortes pour encourager le travail et les femmes sont fréquemment violées. Les tentatives de rébellion, avérées ou non, sont durement réprimées par coups de fouets, suivies d'une condamnation à mort sous la torture par le supplice de la roue, les esclaves sont écartelés, mutilés, castrés, pendus ou brûlés vifs sur le bûcher. Décapitées, les têtes sont exhibées, toujours sur la place publique, pour montrer l'exemple. En cas de fuite, il arrive que les oreilles soient coupées ou le jarret tranché. L'imagination pour la torture n'a pas de limite et la liste n'est pas exhaustive.

Les ordres religieux possédaient eux-mêmes des esclaves

Il est important de replacer ces deux événements majeurs survenus en l'an 1492 dans leur contexte et de souligner le fait qu'ils sont intrinsèquement liés. On ne peut comprendre la violence perpétrée en Amérique sans la replacer dans la suite des croisades. Les dissocier l'un de l'autre comme dans les manuels scolaires n'aide pas à la compréhension d'une des pages les plus sombres de notre histoire et sous-estime le rôle prédominant de l'Église sur le vieux continent comme dans le nouveau monde |12 |. Les ordres religieux possédaient eux-mêmes des esclaves et, dans les colonies ibériques et françaises, le catholicisme leur imposait l'évangélisation et le baptême, qu'ils fussent captifs africains ou nés en Amérique |13 |. Le castillan et le portugais deviennent les langues de la conquête, bénies par l'Église.




Héritage colonial et dette culturelle

Ce langage impérialiste tout comme les religions importées par les colons, l'islam et le catholicisme, ont joué un rôle majeur dans l'annihilation des cultures locales ancestrales et la transmission de leurs mémoires. On peut parler ici de dette culturelle dont l'aspect le plus visible est sans doute concrétisé par le pillage d'objets d'art de ces peuples, exposés dans les musées de l'Occident colonial. Fin 1996, Jacques Chirac recevait une statuette en terre cuite provenant du Mali pour son anniversaire. L'œuvre était issue d'un lot d'objets saisis par la police quelques années plus tôt sur un terrain de fouilles clandestines, volés pendant leur transfert au musée de Bamako. Après plus d'un an de tractations, M. Chirac dut restituer l'œuvre au musée malien. Hormis quelques restitutions comme celle-ci ou celle des trois terres cuites nok et sokoto provenant de fouilles illicites au Nigeria et exposées en avril 2000 lors de l'inauguration de la salle des arts premiers du Musée du Louvre à Paris (vitrine du futur Musée des arts premiers du quai Branly), et finalement rendues à l'État nigérian, d'innombrables œuvres demeurent encore hors de leurs pays d'origine et non encore restituées. Pourtant, de nombreuses résolutions adoptées depuis 1972 par l'Assemblée générale des Nations unies font « la promotion du retour des biens culturels à leurs pays d'origine ou de leur restitution en cas d'appropriation illégale » |14 |.

Connaître et reconnaître l'horreur génocidaire passée aide à comprendre, d'une part, comment l'Amérique du Nord a été propulsée nouvel empire capitaliste et, d'autre part, cela permet d'appréhender l'impasse du mal développement dans laquelle l'Occident impérialiste a fourvoyé les pays du Sud assujettis.



Notes
|1 | " Nos han dicho, y nos siguen diciendo, que los peregrinos del Mayflower fueron a poblar América. ¿América estaba vacía ? " Eduardo Galeano, « Découverte de l'Amérique et histoire officielle ». legrandsoir.info
|2 | In Les Rendez-vous de Saint-Domingue, les enjeux d'un anniversaire, 1492-1992, sous la direction d'Ignace Berten et de René Luneau, Centurion, Paris, 1991. Cité dans Max Gallo « 1492-1992, l'histoire par le glaive », Le Monde diplomatique, avril 1992. monde-diplomatique.fr
|3 | La prise de Grenade par les Rois catholiques marque la fin du « royaume des clans » (reinos de taifas) qui désigne l'Espagne musulmane fragmentée, le royaume nasride de Grenade.
|4 | Eduardo Galeano, Les veines ouvertes de l'Amérique latine, Pocket, p.23.
|5 | Maddison, A., L'économie mondiale : une perspective millénaire, Centre de développement de l'OCDE, Paris, 2001 cité dans Toussaint Éric, « La globalisation de Christophe Colomb et Vasco de Gama à aujourd'hui ». cadtm.org
|6 | Certaine de ces épidémies sont apparues en Europe et au Moyen-Orient au contact d'animaux domestiques jusqu'alors inconnus dans ces contrées (cochon, poulet, bœuf, chèvre...). Thomas Cantaloube, « 1493 : un monde englouti », Mediapart, 20 juillet 2017. mediapart.fr
|7 | Thomas Cantaloube, op, cit.
|8 | 1491 Nouvelles révélations sur les Amériques avant Christophe Colomb, et 1493, Albin Michel, 2007 et Comment la découverte de l'Amérique a transformé le monde, Albin Michel, 2013.
|9 | « Cifras de la esclavitud », BBC, 5 septembre 2001. news.bbc.co.uk

« Les estimations sur le nombre d'esclaves prélevés en Afrique, du 16 e au 19 e siècle, avec un maximum au 17 e siècle et surtout au 18 e siècle, principalement dans sa seconde moitié, varient entre 8 et 20 millions. » René Dumont, L'Afrique noire est mal partie, Seuil, 1969, p. 23.
|10 | Aline Helg, Plus jamais esclaves ! De l'insoumission à la révolte, le grand récit d'une émancipation (1492 - 1838), édition La Découverte, Paris, 2016, page 9, 29 et 30. Le chiffre de 12 millions d'Africains provient des estimations de The Trans-Atlantic Slaves Trade:A Database, la source la plus complète à ce jour sur la traite transatlantique d'après Aline Helg.
|11 | Aline Helg, ibidem, page 33.
|12 | Eduardo Galeano, ibid. p.22-23.
|13 | Aline Helg, ibidem, page 55.
|14 | Voir les différentes Résolutions adoptées : unesco.org La citation est issue de la résolution 42/7 du 22 octobre 1987 : un.org

Source : CADTM
http://www.cadtm.org/



A propos du meurtre de nos Amérindiennes


Par Leonard Peltier




Photo de Grand Canyon National Parc | CC BY 2.0
Je veux vous parler aujourd’hui de certains faits d’actualité. Le plus important d’entre eux, qui est aussi symptomatique d’un problème récurrent de notre peuple, est l’horrible meurtre de Savannah LaFontaine-Greywind. Le bébé de Savannah a été arraché de son ventre (pour le lui voler, NdT), puis le corps de Savannah a été enveloppé dans un sac en plastique et jeté dans la rivière.

Depuis des générations, beaucoup de membres de notre peuple meurent prématurément, inutilement et tragiquement, de causes qui sont loin d’être naturelles. La mort de Savannah est un exemple atroce de ce qui arrive à tant d’entre nous des mains de cette société qui nous tient à sa merci. Nos femmes amérindiennes sont dix fois plus souvent victimes de violence que n’importe quelles autres femmes. Et ces violences sont perpétrées par des non-Indiens, c’est un fait statistique. On les enlève, on les tue et on les fait disparaître en bien plus grand nombre que les autres femmes. C’est comme si la société nous avait mis dans la catégorie des espèces qu’on peut tuer comme on veut.

Quoique l’Amérique en pense, le peuple amérindien et sa philosophie sont essentiels à la survie de l’Amérique. Nous avons donné nos vies pour protéger la mère terre et attirer votre attention sur la destruction de la nature dont est responsable la société industrielle, dans cette partie de la planète où nous habitons tous. Si la mort insoutenable, atroce et tragique de Savannah était un événement exceptionnel, nous pourrions la pleurer avant de continuer notre route comme nous le faisons souvent. Mais sa mort n’est pas inhabituelle, elle fait partie des agressions que notre peuple subit régulièrement, et principalement nos jeunes femmes. Pour notre équilibre mental, affectif et physique, cela doit cesser. Je ne viens pas supplier. Je ne suis pas un mendiant. Cela n’est pas dans notre culture. Mais je prie l’Amérique blanche de se lever et de mettre un terme à ces meurtres qui sont la continuation résiduelle du génocide perpétré contre les Autochtones de ce pays.

Le temps est venu que les membres des différentes religions, croyances et philosophies unissent leurs volontés et leurs voix pour amener un vrai changement en Amérique, un changement basé sur le respect des autres, le créateur de toutes choses, la Terre-Mère. Cela fait longtemps, bien trop longtemps, que l’Amérique va dans une mauvaise direction, il faut en changer. Je ne parle pas seulement de nos peuples autochtones, je parle de tous le monde qu’elle que soit leur couleur et leur statut social et économique. Le tissu social de l’Amérique est profondément fracturé et déchiré. Et je sais que tous ceux qui prennent le temps de lire ce que j’écris ici, savent dans leur cœur que je dis la vérité.

Alors, mettez-vous au travail ! Et déjà, je vous encourage à avoir la générosité de faire un don à l’enfant qui a été victime d’une culture qui permet que ce type de tragédie se produise. La petite fille de Savannah qui a été arrachée du ventre de votre peuple va avoir besoin de votre aide. Savannah avait choisi un nom pour elle avant sa naissance, son nom est Haisley Jo, et vous pouvez l’aider à  grandir dans un environnement sain, en envoyant vos dons à n’importe quelle banque étasunienne au nom de Haisle

Leonard Peltier, le 1er sept 2017 - Counterpunch


Traduction : Dominique Muselet

Source: Arrêt sur Info
http://arretsurinfo.ch/



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