jeudi 14 septembre 2017

L'Argentine s'allie à Israël


"En Argentine, où 300 000 juifs forment la plus importante communauté d’Amérique latine et où de nombreux officiers nazis ont trouvé refuge après la fin de la seconde Guerre Mondiale, la mémoire des crimes commis à cette époque reste très vive." La Croix

Une épine douloureuse pour la démocratie argentine : Netanyahu, premier ministre sulfureux d'Israël dont on connaît l'acharnement idéologique à réprimer, humilier et massacrer le peuple palestinien a été fait citoyen de la ville de Buenos Aires. C'était la première fois qu'un premier ministre israélien se rend en Amérique latine depuis la création d'Israël en 1948. Des milliers de manifestants sont descendus dans la rue le 12 septembre dernier  pour protester contre cette visite, première étape d'une tournée dans plusieurs pays de l'Amérique latine (Colombie, Mexique). 
Des banderoles portées par les militants de la cause palestinienne dénonçaient, autour de l'ambassade israélienne, le nettoyage ethnique opéré par l'armée et la police de l'Etat juif colonisateur.
Le président du Paraguay présent lors des cérémonies a déclaré qu'il souhaitait une collaboration plus intense entre les forces de sécurités israéliennes et celles de son pays afin de former des troupes anti-terroristes. Il a notamment désigné la présence du Hezbollah et des iraniens circulant aux frontières de l'Argentine et du Paraguay. Le délire est total ... La venue de Bibi le maudit aura été  soldée par un renforcement important des échanges commerciaux entre Israël et l'Argentine ainsi qu'une coopération intensifiée entre les services de renseignements des deux pays. Et Shalom. G. Hadey






Les objectifs de la visite de Netanyahou en Argentine 

Par Jorge Elbaum


Traduction française : Jacques Boutard

La visite de Netanyahou sera la première d'un Premier ministre israélien en République argentine. Bibi Netanyahou est un tenant de la politique économique néolibérale et le chef de file des secteurs opposés à un accord de paix avec l'Autorité nationale palestinienne, qui permettrait la constitution de deux États souverains, comme le prévoyaient les Nations Unies lors de la partition de la Palestine en 1947.

Le dirigeant du Likoud (parti de la droite israélienne) est de surcroît le chef d'un gouvernement qui s'est opposé systématiquement aux positions de l'Argentine sur les Îles Malouines : tous les votes israéliens à l'ONU ont toujours été en faveur de la Grande-Bretagne, et radicalement opposés aux intérêts de notre nation. Ces votes, contraires aux intérêts de l'Argentine, n'ont été entérinés que par trois pays ─la Grande-Bretagne, les USA et Israël─, comme par hasard les pays avec lesquels l'actuel président Macri a les meilleures affinités diplomatiques. Le président argentin a reçu il y a quelques semaines le vice-président US Mike Pence et a signé en 2016 un document avec la Grande-Bretagne, selon lequel ces deux pays ─la Grande-Bretagne et l'Argentine─ s'engageaient à « lever tous les obstacles » au développement économique des îles, en ce qui concerne le commerce, la navigation, la pêche et les hydrocarbures.

Netanyahou n'est pas qu'un opposant à la souveraineté argentine sur les Malouines : c'est le principal bénéficiaire du financement des partis par le milliardaire US Sheldon Adelson, qui est de plus le propriétaire du quotidien le plus diffusé en Israël Israel Hayom, ─comparable au quotidien argentin du matin Clarín─ dont la ligne éditoriale repose sur une défense à outrance de la politique néolibérale du Likoud et de son opposition à la paix avec les Palestiniens. Adelson, qui est l'un des hommes d'affaires les plus riches au monde, a été l'un des membres les plus connus du groupe des « fonds vautours » ─en association avec Paul Singer─ qui ont obtenu le recouvrement par le gouvernement argentin actuel d'obligations pourries, après avoir échoué à faire passer leurs plans usuraires auprès du gouvernement de Cristina Kirchner.

De plus, Sheldon Adelson, que les journalistes israéliens appellent « le patron de Netanyahou », est un de ceux qui ont financé Alberto Nisman, qui a reçu sur des comptes secrets 300 000 dollars de la part d'Israel Hayom, pour des conférences qu'il était censé avoir données en Israël, mais qui n'ont jamais existé. La somme remise par Adelson s'est convertie en une propriété de même valeur sur la côte uruguayenne, et c'est pour ce motif que la mère et la sœur du défunt procureur sont actuellement poursuivies.

Le dirigeant israélien vient aussi dans notre pays pour appuyer l'accusation portée contre la République Islamique d'Iran, pour les attentats commis contre l'Ambassade d'Israël en 1992 et le siège de l'AMIA/DAIA en 1994, exiger sa condamnation immédiate, appuyer la décision de la Cour Suprême concernant l'inconstitutionnalité du Mémorandum d'entente de l'Argentine avec l'Iran et le procès intenté à Cristina Kirchner et Héctor Timmerman pour « trahison de la patrie ». Il demandera aussi que soit adoptée la loi qui autorise les procès par contumace, ainsi que l'arrêt des poursuites contre l'ex-président de la DAIA Rubén Beraja, qui est accusé de dissimulation d'actes délictueux, de concert avec des fonctionnaires du gouvernement Menem. Dans le même esprit, il apportera son appui à la politique d'ingérence au du Venezuela colportée par Trump, allié de Macri et de Netanyahou. Et enfin, il signera des accords dont les composants principaux seront la coopération en matière de sécurité et de « lutte contre le terrorisme ».

Netanyahou arrive dans notre pays au moment où il fait l'objet avec son épouse d'une enquête pour fraude contre l'État et pratiques incompatibles avec un emploi public. Le Premier ministre allègue que ces enquêtes ─menées conjointement par la police israélienne et le Parquet en charge des délits complexes─ constituent une tentative patente de coup d'État. Un des plus influents journalistes de droite israéliens, Dan Margalit, a déclaré récemment qu'« Israël a été témoin, dans le cas de Netanyahou, d'un culte de la personnalité préoccupant et d'une forme évidente de népotisme et de fascisme. S'il était prouvé que Bibi avait commis un délit, sa destitution ne constituerait pas un coup d'État ».

Les secteurs les plus conservateurs de la communauté juive d'Argentine recevront pour leur part le Premier ministre en grande pompe et avec des flonflons, pour essayer de convaincre l'ensemble de la société argentine qu'il existe un consensus sur l'appréciation positive du rôle joué par le gouvernement Netanyahou. Avec l'appui des médias hégémoniques, ils feront taire les voix dissidentes dans la communauté juive d'Argentine afin d'imposer la seule voix de ceux qui sont le moins partisans de la paix au Moyen-Orient et le plus proches du gouvernement Cambiemos (coalition macriste).

Manifestation contre la présence de Netanyahu  à Buenos aires, le 12/09/2017

Le 30 août dernier, un des plus grands historiens de la Shoah, Yehuda Bauer, a publié dans le quotidien Ha'aretz un article intitulé Le gouvernement israélien est-il antisémite? Dans cet article, il fait état de l'ambiguïté complice de Netanyahou ─bien dans la veine de Trump qui banalisait après coup la manifestation des suprémacistes blancs─ envers les défilés néonazis et suprémacistes qui ont eu lieu à Charlottesville. Bauer conclut son article en affirmant à propos du gouvernement de Netanyahou : «...cil ne serait probablement pas faux de dire que ce gouvernement est en train d'adopter une politique qui comporte des des signes évidents d'antisémitisme envers la grande majorité du peuple juif ».

Jorge Norberto Elbaum




Le sociologue et docteur en Sciences économiques Jorge Norberto Elbaum (Buenos Aires, 1961) est un chercheur, enseignant, journaliste et poète argentin.  Il a été directeur exécutif de la DAIA (Délégation des associations israélites argentines). Il a été élu président de l'association Llamamiento Argentino Judío (Appel argentin juif),fondée en septembre  2015, en rupture avec les positions réactionnaires et sionistes de l'AMIA [Asociation mutuelle israélite argentine] et de la DAIA. Le LAJ “s'inscrit dans les traditions coopératives des immigrants juifs du XIXème siècle et des luttes sociales du XXème siècle, de de  Simón Radovitzky, de Lebenshon, de César Tiempo, de Bernardo Verbitsky, Marcos Osatinsky et des milliers de disparus juifs et militants populaires durant la dictature”.

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