mercredi 20 septembre 2017

La Birmanie sur le gril


EDITION SPECIALE Myanmar/Birmanie

Les autorités birmanes ont laissé fuiter des informations qui prouvent que le chef d'ARSA, Ata Ullah, avait préparé ces attaques avec le concours d'agents extérieurs des services de renseignements pakistanais et de terroristes de l'EI en Irak. Ceux qui soutiennent l'ARSA [ARSA, Arakan Rohingya Salvation Army, anciennement Harakah al-Rakin, appuyée par l'Arabie Saoudite, NdT] et la cause des Rohingyas accusent les militaires birmans (Tatmadaw) d'incendier des villages rohingya (bengalis orientaux). Le Tatmadaw affirme que les villages ont été incendiés par des terroristes, infiltrés parmi les communautés d'immigrants illégaux bengalis. Des milliers de Musulmans, de Bouddhistes et de Hindous ont fui les violences. De nombreux témoins oculaires et victimes bouddhistes ont décrit des massacres commis par des terroristes bengalis à des journalistes locaux au Myanmar. Ces nouvelles n'ont pas atteint les gros titres internationaux.





La crise des Rohingyas n'empire que dans ses dimensions humanitaires, militaires et diplomatiques, ce qui en fait à terme une crise régionale mondialement reconnue à cause de ses débordements dans le Bangladesh voisin et de la déstabilisation qu'elle inflige à cet état déjà fragile. L'Inde, la Chine, les USA, l'ASEAN et l'ONU s'expriment davantage au sujet des événements en pleine évolution quoique toujours obscurs de l'État d'Arakan, l'incertitude l'emporte sur ce qui s'y passe réellement car le Myanmar refuse de permettre à des observateurs internationaux de pénétrer dans la région, ostensiblement pour leur propre sécurité. Des acteurs non-étatiques comme des Bangladais bouleversés, des volontaires musulmans venus de l'étranger, des ONGs et même des groupes terroristes (aucun n'est mutuellement exclusif) commencent à s'en mêler et ceci catalyse une réaction hyper-nationaliste violente de la part de la population majoritairement bouddhiste du pays, aboutissant à des pogroms mortels.

Du fait de ces événements déstabilisants la viabilité future du CMEC [CMEC, China-Myanmar Economic Corridor, NdT] devient incertaine, la Chine commence à s'inquiéter pour la sécurité de ses pipe-lines dans l'État d'Arakan ainsi que pour les investissements lourds qu'elle déverse dans le développement du port de Kyaukphyu. Le Myanmar se sent contraint de demander l'aide de ses voisins indien et chinois en matière militaire, tout en s'efforçant de jouer l'un contre l'autre dans leur rivalité de Nouvelle Guerre Froide, dans un effort pour glaner le plus de bénéfices possibles de cette compétition. Pour le moment, la Chine et l'Inde évitent d'être attirés dans un dilemme d'escalade sécuritaire l'un contre l'autre sur le territoire de leur voisin mutuel, bien qu'ils commencent à se demander dans quelle direction géopolitique le Myanmar va pencher au bout du compte, s'il réussit à résoudre cette crise régionale.

…/...

La République de l'Union du Myanmar, telle qu'elle est officiellement connue, s'effondre dans un genre de conflit hobbesien qui n'a pas été vu depuis la dissolution de la Yougoslavie, déclenchant par-là des interventions de « stabilisation » à grande échelle de la part de la Chine et de l'Inde. Ici toutefois se trouve le nœud du problème géostratégique, car l'un de ces deux pays ou les deux, n'aura peut-être pas été convié par les autorités centrales à les assister comme la Russie en Syrie, propulsant vers des sommets le dilemme sécuritaire entre ces deux Grandes Puissances rivales et accroissant le risque qu'elles puissent s'accrocher quelque part dans le Myanmar central, si leurs forces se retrouvent suffisamment proches les unes des autres. Il existe bien sûr la très faible chance qu'ils se coordonnent dans leurs opérations dans l'intérieur du pays, ou du moins conservent une forme de mécanisme de communications intact entre eux afin d'éviter des affrontements militaires accidentels, mais ceci ne peut être pris pour acquis et il est beaucoup plus probable qu'un engagement direct entre ces deux forces ait lieu.

Le Myanmar est dans le chaos total alors que sa population extrêmement diversifiée se lance dans des massacres de tous bords suivant l'effondrement de l'autorité centrale qui accompagne la progression des rebelles, et ni la Chine ni l'Inde ne parviennent à y mettre un terme, ou du moins suffisamment rapidement. Les USA et leurs alliés, l'un d'entre eux ayant pu être l'Inde dès le départ, décident qu'il est désormais temps de lancer une campagne militaire de type « shock and awe » [« choc et stupeur », opération US en Irak, NdT] contre le pays afin de compléter son éclatement « balkanisé » en une constellation de mini-états centrés sur leurs identités (et potentiellement mutuellement antagonistes).

Le prétexte apparent pour cette intervention massive est que c'est la seule façon de « faire cesser les massacres », mais en réalité elle aurait comme objectif ultérieur d'assister les forces indiennes dans leurs efforts pour imposer l'Autoroute Trilatérale; d'empêcher la Chine de reprendre le contrôle de son corridor énergétique de pipe-lines et son projet du CMEC; de créer un patchwork de « Kosovos d'Asie du Sud » sur lesquels les USA puissent s'appuyer pour éventuellement déployer leurs forces jusqu'aux portes du territoire continental chinois. Comme avec la Libye, les USA laisseraient derrière eux un héritage durablement chaotique qui prendrait des années à corriger.....

Andrew Korybko, le 7 septembre 2017


Un islamiste indonésien brule une photo d'Aung San Suu Kyi
lors d’une manifestation devant l’ambassade de Birmanie à Jakarta le 2 septembre 2017


Le dernier des moines birmans

Par Fernand Le Pic

Le monde entier s’apitoie sur les Rohingyas, unanimement proclamés «peuple le plus persécuté de la planète» dans une concurrence pourtant rude. Mais on se garde bien d’évoquer les réalités historiques et géopolitiques qui ont conduit au drame actuel.

Petit rappel historique

Il y a environ 2500 ans, l’Inde du Nord (aujourd’hui le Népal) a vu naître le prince Sâkyamuni, futur Bouddha historique. Durant plus de 1000 ans, le «bouddhisme» (désignation européenne remontant au XVIIe siècle) s’était répandu pacifiquement dans toute l’Asie, y compris centrale, comme en témoignait la présence des Bouddhas géants de Bamian, dynamités à la veille des attentats du 11 septembre 2001, par les condisciples du mollah taliban Omar.

Avec les grandes vagues de conquêtes armées sarrasines puis musulmanes (jihad), le bouddhisme a été littéralement éradiqué de l’Inde. Les historiens indiens chiffrent le nombre des victimes tuées à l’arme blanche en dizaines de millions (cf. François Gautier, Un autre regard sur l'Inde, éditions du Tricorne, 1999). En fait, le jihad n’a jamais cessé dans cette région du monde. Ses habitants gardent une mémoire inquiète et continue du très lourd tribut qui s’annonce à chaque remontée en puissance de cette religion armée.

La région birmane, bouddhiste depuis 2300 ans, ne fait pas exception. Les derniers jihads locaux remontent à la seconde guerre mondiale et aux guerres d’indépendance (Inde, Bangladesh). Durant l’Empire, les Britanniques avaient installé en masse une population musulmane, provenant du Bengale, dans la région d’Arakan (Rakhine, d’où «Rohingya» en Bengali, terme que les musulmans ne commenceront d’ailleurs à utiliser que dans les années 1950).

En 1942, le général Archibald Wavel arma les Bengalis d'Arakan contre les Japonais déjà présents dans la région, dans le cadre d’une nouvelle stratégie de «Stay-behind» (résistance derrière les lignes), qui deviendra célèbre en Europe à l’occasion de la guerre froide. Mais, comme leur religion le leur impose, les Bengalis d’Arakan profitèrent de l’occasion pour étendre le «dar el islam» (territoire islamique) contre les mécréants birmans, majoritairement bouddhistes. Les «musulmans de l’Arakan» s’associèrent ensuite aux combats du Pakistan pour une sécession musulmane jusqu’aux terres birmanes. Déjà les Chittagong Hill tracts, à la frontière nord de la Birmanie, et peuplés majoritairement de bouddhistes, étaient islamisés de force, provoquant des exodes massifs vers l’Inde, qui se poursuivent actuellement et dont personne ne parle, bien entendu.

Alors le «Mujahid Party» d’Arakan exigea le 9 juin 1948, par la voix de son chef militaire Jaffar Kawal, que l’Arakan soit reconnu comme «le foyer national des musulmans de Birmanie», en ces termes:

« The area between the west bank of Kaladan River and the east bank of Naaf River must be recognized as the National Home of the Muslims in Burma». (L’aire comprise entre la rive occidentale du Kaladan et la rive orientale du Naaf doit être reconnue comme foyer national des musulmans de Birmanie.)

Cet ultimatum, typique du jihad démographique, étant resté sans réponse, les jihadistes bengalis d’Arakan attaquèrent les villages bouddhistes, notamment autour de Maungdaw, avec le lot habituel de pillages, viols, incendies, enlèvements contre rançon, etc.

Un troisième jihad local fut déclenché lors de la guerre de sécession victorieuse du Pakistan oriental (qui deviendra le Bangladesh) contre le Pakistan occidental, en 1971. Les musulmans d’Arakan avaient pris parti au cri de “Pakistan Jindabad” (Victoire au Pakistan) pour le Pakistan occidental, qui les avait formés et armés contre le Bangladesh. Leur défaite allait les obliger à se distinguer de leurs frères bengalis en se propulsant dorénavant comme «Rohingyas» et non plus «Bengalis d’Arakan». Les armes qu’ils avaient accumulées allaient encore se retourner contre les mécréants Birmans. Les ci-devant Rohingya exigèrent à nouveau leur indépendance et la création de leur propre État, à l’issue d’un congrès pour la «Libération nationale Rohingya», tenu le 15 juillet 1972. Ils constituèrent dans la foulée divers groupes armés dont notamment la RSO (Rohingya Solidarity Organization), l’ARIF (Arakan Rohingya Islamic Front), le RPF (Rohingya Patriotic Front), RLO (Rohingya Liberation Organization) et l’IMA (Itihadul Mozahadin of Arakan).

Les évènements actuels s’inscrivent donc dans une implacable logique islamisante itérative, mais cette fois avec une aide internationale massive. Et cela n’a rien d’un hasard.

L’arrière-plan géostratégique

Dans ce millefeuille bien fourbi, on retrouve évidemment le «Deep state» américain, qui voit d’un mauvais œil l’influence tenace de la Chine sur le pays. Surtout depuis la mise en service, en 2013, des pipe-lines et gazoducs reliant la côte birmane, justement au beau milieu de la province d’Arakan, au Yunnan. Ils ne souhaitent pas non plus que les approvisionnements chinois soient facilités par le transport terrestre via la Birmanie, en comparaison du difficile et coûteux convoyage maritime via le détroit de Malacca. Ils s’agacent également de la coopération militaro-industrielle entre la junte birmane et la Corée du Nord. Ils vont donc activer leurs légions étrangères composées des pseudo-ONG habituelles, dont l’incontournable galaxie impériale de George Soros, toutes encadrées par des fonctionnaires chevronnés de la subversion clandestine.

A la veille de la nouvelle phase de jihad à laquelle nous assistons, en avril 2016 pour être précis, le géant californien Chevron mettait subitement en vente tous ses actifs birmans, dont ses 28,3% dans les gisements de gaz de Yadana («trésor» en birman), et de Sein en mer d'Andaman, opérés par le groupe Total depuis 2000, et surtout ses 99% du bloc d'exploration gazier «A5» dans le bassin de Rakhine, c’est-à-dire encore une fois l’Arakan.

C’est dans ce contexte qu’on verra arriver au pouvoir, en cette même année 2016, Aung San Suu Kyi, devenant «ministre de la présidence», c’est-à-dire l’équivalent d’un premier ministre mais sans compétence sur l’armée ni la police ni les gardes-frontières. Le Deep-state, s’émouvant de cette faiblesse, relancera la machine de guerre islamique au détour de quelques provocations très classiques, voyant des musulmans sous-armés attaquer des commissariats de police, et déclenchant la répression mécanique prévue. Les Rohingya passeront ainsi à l’état si envié de «peuple le plus persécuté de la planète», et de victime d’un «effroyable nettoyage ethnique», etc.

La machine de propagande se remet en marche

On aura recours à quelques célébrités sacerdotales, comme Barbet Schrœder partant filmer cet illustre moine bouddhiste extrémiste et nationaliste au péril de son confort bobo. Des dizaines d’experts indépendants, payés par on ne sait qui, mais instruisant tous à charge, justifieront tous en chœur les accusations les plus abominables contre les malfaisants sorciers bouddhistes islamophobes. Les agences de presse relaieront et les médias de grande surface écouleront la marchandise en promos spéciales et têtes de gondoles. Après quelques premières de couv bien trempées du Time magazine, du New York Times ou du Guardian, reprises en images par toutes les grandes chaînes tv et radio en prime time et commentées à saturation dans l’infosphère, la planète entière saura enfin qu’au bout du compte, les bouddhistes ne sont pas si pacifiques que cela et que leur violence exterminatrice pourrait même être pire que celle des jihadistes. Joli coup pour les islamistes qui neutralise définitivement le contre-exemple bouddhiste classique à leur jihad pathologique.

Il ne reste plus à l’ONU, à la Commission européenne et à la Maison-Blanche de «s’inquiéter des exactions intolérables des moines» pour s’attendre à un jihad victimaire aussi légitime que le fut celui de l’UÇK en prélude à la création du Kosovo. Et tant pis pour les Bouddhistes qui avaient survécu depuis 2300 ans au jihad. Ils en ont bien assez profité comme ça et doivent laisser la place à «l’ôtre».

En attendant ces prochaines nuits de cristal, Chevron n’a toujours pas vendu sa place. Au lieu de cela, le pétrolier subit la pression d’un groupe d’actionnaires pour intervenir contre le «génocide des Rohingyas». Il s’agit du fond Halal Azzad (Azzad Asset Management) associé pour la circonstance au fonds américain des sœurs Ursulines (Ursuline Sisters of Tildonk), représenté par la sœur Valérie Heinonen, une activiste par profession.

C’est que le Vatican tout entier ne manquera pas une telle occasion de faire cause commune avec l’islam jihadiste, dès lors qu’il s’agit de convertir les idolâtres bouddhistes. Le pape François ne doute d’ailleurs pas une seconde de la victoire du monothéisme armé. Alors qu’il savourait son tour de force d’avoir finalement réussi à ouvrir une nonciature en Birmanie, en mai dernier, il félicita son invitée, Madame Aung San Suu Kyi, d’être «une bonne chrétienne», elle qui n’a nullement décidé d’abandonner le bouddhisme.

«Un iceberg de manipulation»

Reste que l’Arakan n’est pas le Kosovo et que la Chine ne lâchera pas la Birmanie. Elle vient de le faire savoir, au grand dam de ses alliés pakistanais, grands pourvoyeurs d’armement de tous les jihads. Pour obtenir son renoncement, il faudra ouvrir un conflit dont le scenario sera autrement plus complexe que le bombardement gagné d’avance de la pauvre Serbie par l’armada de l’OTAN. Madame Aung San Suu Kyi le sait parfaitement lorsqu’elle ose affirmer que l’opération en cours est comparable à un «iceberg de manipulation». Les Saoudiens aussi, qui d’une main financent le jihad et de l’autre continuent de signer des contrats avec la Birmanie et la Chine, depuis 2011, pour exploiter le gaz birman, tandis que les émirats investissent, entre autres, dans les infrastructures routières et hôtelières de l’Arakan.

En revanche, côté occidental, l’unanimisme d’indignation antibouddhiste révèle toute la quantité de puissance transférée à l’islam. L’Europe est évidemment mûre pour que le pouvoir islamique s’officialise bientôt ici, et irrémédiablement, elle qui crache si aveuglément sur tous ceux qui s’y opposent comme ils peuvent depuis plus de mille ans, moines birmans en tête.

Fernand Le Pic [Tiré à part d’ANTIPRESSE n° 94 | Le 17/09/2017




La déstabilisation du Myanmar:
un plan américain pour créer un ‘Rohingyaland’, sorte de ‘Kosovo’ d'Asie du Sud-est



Par Andrew Korybko


La mise en place d'un "Kosovo" asiatique
C'était trop tentant pour que les États-Unis puissent résister à la politisation d'une crise géopolitique aussi tentante et, comme prévu, ils ont trouvé le moyen d'intervenir diplomatiquement. Le leader de la majorité du Sénat, Mitch McConnell, s'est prononcé contre le gouvernement du Myanmar et a agrémenté sa déclaration avec des nuances fortes de "rhétorique d'intervention/responsabilité humanitaire pour protéger" lorsqu'il a annoncé "qu'il était nécessaire que le gouvernement fasse tout son possible pour protéger les Rohingyas et assumer ses responsabilité vis-à-vis des membres d'un groupe minoritaire religieux qui souffre depuis longtemps et dont des milliers d'entres-eux ont été forcés de partir en haute mer sur des navires improvisés et dangereux pour échapper à la persécution". En affirmant que le gouvernement était responsable de ce qui arrive aux Rohingyas à l'étranger (une affirmation absolument ridicule au niveau de n'importe quel état), McConnell déduit sournoisement que ce dernier avait du sang sur les mains pour avoir initié une crise très médiatisée. Cela ouvre la porte aux États-Unis pour renforcer potentiellement leur participation à la "médiation" de la situation et à dicter des "solutions" proposées pour y mettre fin. En fait, le président Obama avait déjà établi un lien entre "la démocratisation" et le traitement des Rohingyas par le gouvernement, et le Département d'Etat exige qu'on leur donne la citoyenneté immédiatement. Les États-Unis poursuivent clairement des intérêts ultérieurs en utilisant la crise humanitaire comme couverture pour donner des sommations au Myanmar, mais quel est exactement leur jeu final?

Vers un modèle de fédération:
Plus que tout, les États-Unis veulent affaiblir la centralité de l'Etat du Myanmar et imposer un modèle de fédération au pays. Si un tel modèle de gouvernement pourrait être une étape constructive vers la résolution des crises internes de certains pays (par exemple, l'Ukraine), dans d'autres, il ne peut qu'accélérer le démantèlement de l'État. Le Myanmar tombe dans la deuxième catégorie, car un système de fédération conduira inévitablement à un archipel d'États-nations autonomes dispersés tout au long de la périphérie du pays et, bénéficiant d'un pouvoir accru dans leur nouveau cadre, ils pourront s'opposer plus efficacement à la règle centrale. Non seulement cela, mais ils seraient extrêmement vulnérables au lobbying étranger en faveur de leurs positions anti-gouvernementales, et les États-Unis pourraient les coopter afin de garantir que le Myanmar reste faible et divisé dans un avenir prévisible. Le cas échéant, les États-Unis pourraient également manipuler chacun des États-nations autonomes l'un contre l'autre afin de créer une crise territoriale ou politique qu'ils pourraient alors exploiter pour intensifier leur implication dans les affaires intérieures du Myanmar, et peut-être même un jour prendre la décision de démanteler entièrement l'Union du Myanmar (le nom officiel de l'état), en utilisant comme modèle le sanglant précédent yougoslave [...]

L'automne Rohingya:
Pour arriver à ce point, cependant, les États-Unis doivent pousser le gouvernement du Myanmar dans une position critique afin que ce dernier mette fin à sa politique d'unité et accepte finalement une fédération. Comme expliqué précédemment, la manière la plus concevable par laquelle cela pourrait être atteint est que les Rohingyas commencent une rébellion à grande échelle contre les autorités. Un soulèvement sérieux dans l'État côtier du Rakhine pourrait être plus facilement soutenu par les clients étrangers (c'est-à-dire les États-Unis) que ceux qui ont cours depuis des décennies dans la périphérie, mais si ces derniers reçoivent l'ordre stratégique de renouveler leur campagne anti-gouvernementale en coordination simultanée avec une rébellion rohingya, alors les autorités se retrouveraient placées dans une situation extrêmement précaire et sans précédent [...]

Le modèle syrien:
La guerre hybride des États-Unis contre le Myanmar pourrait très probablement suivre le modèle syrien impliquant un soutien intensif des pays de la région, en particulier, ceux dans lesquels de nombreux rohingyas se sont déjà installés. Cela signifie que le Bangladesh, la Thaïlande, la Malaisie et l'Indonésie auraient la possibilité d'adhérer à une alliance contre le Myanmar, car chacun de ces pays pourrait entraîner certains de leurs Rohingyas aux techniques des révolutions de couleur et/ou des guerres non conventionnelles avant de les renvoyer dans leur pays d'origine pour un déploiement futur. Un tel plan reflèterait ce que la Turquie, la Jordanie et l'Arabie saoudite font actuellement contre la Syrie, puisque chacun d'entre ces pays a déjà formé des Syriens (et des membres d'autres nationalités) sur leur territoire et ce depuis des années. Ce que les États asiatiques nommés ci-dessus feront contre Myanmar n'est pas différent, puisque cela suivra le même modèle éprouvé que les États-Unis ont mis au point au Moyen-Orient.

Cependant, ces quatre pays ne participeraient peut-être pas tous, car les considérations politiques au Bangladesh et en Thaïlande pourraient empêcher leur participation. La Malaisie et l'Indonésie, tout en gardant leurs réserves respectives, pourraient être tentées de jouer un rôle actif dans ce prochain conflit si les États-Unis réussissaient à les convaincre qu'elles lutteraient contre la discrimination anti-musulmane au Myanmar. Les Américains pourraient aussi proposer certains avantages économiques pour obtenir cette alliance, par exemple en acceptant de financer la plupart ou l'ensemble de l'opération tant que les territoires des pays respectifs pourront être utilisés comme bases de formation. En outre, ils pourraient faire pression sur Kuala Lumpur et Jakarta en ne continuant de maintenir le soutien existant (politique, militaire ou économique) qu'à la condition que ces derniers rejoignent la "coalition". En échange de leur coopération, les États-Unis pourraient leur assurer un soutien dans la lutte contre l'Etat islamique s'il établit un point de convergence dans la région qui va de Mindanao à Sulawesi, comme cela a été spéculé avec inquiétude lors de la réunion du Dialogue de Shangri-La. Peu importe si les États-Unis sont sincères dans ce gage ou non (ils pourraient même obtenir un avantage stratégique en faisant venir l'Etat islamique dans la région), mais ce qui importe ici, c'est que cette promesse atténue la peur d'une plus grande insécurité en Malaisie et, par conséquent, l'influence dans son acceptation de l'opération Rohingya.

Le chaos pour une fin créative
Le faiblesse du Myanmar n'est pas la seule raison pour laquelle les États-Unis soutiennent les Rohingyas, car ces derniers ont de plus grands objectifs à l'esprit, ce qui serait grandement facilité. Voici ce que les États-Unis ont en réserve pour l'Asie du Sud-est:

Des bases américaines:
La création d'un Rohingyaland indépendant ou en grande partie autonome pourrait conduire à la création de la première base américaine de l'Asie du Sud-est, de même que la fabrication du "Kosovo" a conduit à la mise en place du Camp Bondsteel comme premier avant-poste dans les Balkans. Les États-Unis pourront exploiter la préoccupation humanitaire entourant les Rohingyas afin de faire pression pour que des "observateurs" occidentaux "surveillent" la situation au Myanmar et l'éclatement d'une rébellion à grande échelle pourrait éventuellement déboucher sur une intervention internationale ("justifiée" par le faux prétexte "d'intervention humanitaire/responsabilité de protéger") pour les soutenir. Quelle que soit la façon dont cela se développe, il est évident que les États-Unis aimeraient mettre en place une possible base militaire stratégique dans la région, car cela leur permettrait d'exercer une influence plus directe sur le reste du Myanmar, le Bangladesh, le nord-est de l'Inde (où les États-Unis pourraient contribuer à une déstabilisation supplémentaire afin de punir Modi pour les mouvements multipolaires majeurs à venir), et la province centrale du Yunnan en Chine.

Briser le BCIM:
L'intérêt des États-Unis dans ce coin de l'Asie du Sud repose sur le corridor commercial BCIM qui reliera le Bangladesh, la Chine, l'Inde et le Myanmar. Si ce plan ambitieux était mis en œuvre, la Route de la soie de l'Asie du Sud-est qui en résulterait réduirait considérablement les tensions entre l'Inde et la Chine, stabiliserait le ressentiment indigène du Nord-est et la périphérie rebelle de Myanmar et jetterait les bases d'un développement tangible dans cette région transfrontalière appauvrie. Tous ces avantages favoriseraient la multipolarité dans le couloir de quatre pays et renforceraient leurs défenses contre l'unipolarité rampante, d'où la raison pour laquelle les États-Unis ont un intérêt important à saboter le projet en utilisant ses manipulations rohingyas.

L'enjeu des pipelines:
La géopolitique de l'énergie est la motivation directrice pour la grande majorité des décisions géopolitiques américaines, notamment ses conceptions décrites contre le Myanmar. La Chine a récemment ouvert deux pipelines stratégiques de pétrole et de gaz traversant le pays, qui, par ailleurs, se terminent dans l'État de Rakhine. Comme on le sait, Pékin dépend de manière disproportionnée des envois d'énergie en transit par le point stratégique du détroit de Malacca, et l'ouverture de routes alternatives est l'ordre stratégique le plus élevé pour assurer la sécurité énergétique de la Chine. Alors que ses mouvements au Myanmar sont certainement un pas dans cette direction, si l'État de Rakhine est déstabilisé par une crise future (révolution de couleur et/ou guerre non conventionnelle), ou devient autonome/indépendant sous la tutelle américaine, alors l'avantage stratégique que Pékin tire de ces les pipelines seraient annulés et inversement deviendraient une vulnérabilité considérable.

Guerre de procuration contre la Chine:
La déstabilisation au Myanmar pourrait être exploitée pour inciter la Chine à une intervention conventionnelle, ce qui est certainement probable, mais elle pourrait également être utilisée pour la déstabiliser par d'autres moyens aussi. Un retour à la guerre à grande échelle pourrait conduire à une crise humanitaire au Yunnan avec des centaines de milliers de réfugiés qui arriveraient dans la province. Les combats limités entre le gouvernement du Myanmar et les rebelles de Kokang au début de cette année ont créé une sensation internationale mineure lorsqu'un nombre important et non prévu de gens ont fui vers la Chine. Depuis, certains d'entres-eux sont censés être repartis. La République populaire aurait eu des difficultés pour accueillir les réfugiés, démontrant qu'elle n'était pas préparée pour cette situation. Il faut comprendre que les combats qui ont provoqué cet exode humanitaire étaient relativement faibles et d'une intensité mineure, donc toute reprise réelle de la guerre ethnique sur toute la frontière entre le Myanmar et la Chine rendrait la crise antérieure de réfugiés minime en comparaison et créerait de sérieux défis pour Pékin.

Terrain de jeu djihadiste:
Enfin, le problème Rohingya pourrait devenir un cri de ralliement pour les djidhadistes internationaux en raison des allégations de violence bouddhiste contre les musulmans. Les experts annoncent déjà que l'Etat islamique recrute des Rohingyas mécontents, et il ne faut pas oublier que son rival d'Al-Qaïda cherche également à s'installer dans la région. Alors qu'une multitude d'opportunités régionales exploitables se présentent pour tout groupe djihadiste intéressé, la cause rohingya est la seule qui a déjà reçu une reconnaissance mondiale et une sympathie quasi universelle, ce qui implique une certaine "légitimité morale" pour les aspirants terroristes. Si l'Etat islamique ou Al-Qaïda se nichent dans l'État de Rakhine, les répercussions déstabilisantes seraient énormes dans toute la région. En fait, cela pourrait même inciter l'Inde et/ou le Bangladesh à organiser une sorte d'intervention, en particulier si les terroristes basés au Rakhine commettent des attaques contre ces pays. Il suffit de dire que l'introduction du terrorisme islamique dans l'État de Rakhine conduirait assurément à une plus grande internationalisation de la question rohingya et constitue une menace pour la sécurité des gouvernements de la région.

Pensées finales
Le sort des Rohingyas provoque une préoccupation compréhensible chez beaucoup de personnes, mais l'aspect malheureux est que les États-Unis manipulent la réponse émotionnelle à court terme du monde avec la crise actuelle des réfugiés afin de poursuivre leurs intérêts géopolitiques à long terme en Asie du Sud-est. La création prévue d'un "Rohingyaland" pro-américain autonome ou indépendant est semblable au même modèle stratégique qu'ils ont mis en place au "Kosovo", sauf que les États-Unis peuvent maintenant atteindre leurs objectifs grâce aux leçons indirectes de la Guerre Hybride qu'ils ont perfectionnés en Syrie. La croisade pour la création de cet Etat est intrinsèquement liée à la destruction de l'Etat hôte ciblé, ce qui, dans ce cas, verrait le "Rohingyaland" être baptisé par une mer de feu en se séparant du Myanmar. Les États-Unis ont des raisons géopolitiques concrètes pour soutenir les Rohingyas, principalement en ce qui concerne l'établissement de leur première base prévue en Asie du Sud-est continentale et leur désir de couper les itinéraires des pipelines chinois à travers le Myanmar. En outre, avec un avant-poste régional ferme au "Rohingyaland" (direct ou par procuration), les États-Unis peuvent entraver le corridor commercial multipolaire du BCIM et pousser leur influence au Bangladesh, au nord-est de l'Inde, au reste du Myanmar et peut-être même dans la province du Yunnan. Les prochains mois seront révélateurs de la mesure dans laquelle les États-Unis envisagent de soutenir le "Rohingyaland", mais, au vu des indications actuelles, il semble que ce soit une cause que Washington n'abandonnera pas de sitôt.

Andrew Korybko est analyste politique et journaliste de Sputnik. Il vit actuellement à Moscou.

Cet article a été écrit en 2015 mais gagne beaucoup à être republié aujourd'hui. 




Témoignages de femmes bouddhistes réfugiées à l'intérieur de l'État Rakhine




Des femmes Daingnet se sont réfugiées avec plus de 200 autres personnes
dans un monastère du canton de Ponnagyun.
Photo prise le 2 septembre 2017 par Nyein Nyein pour The Irrawaddy





Par Nyein Nyein pour The Irrawaddy

État Rakhine, le 19 septembre 2017

Commentaire du traducteur qui vit en Asie du Sud-Est: « J'aime bien ce journal The Irrawaddy car il est honnête et cherche à donner la parole à toutes les opinions«.



Tout le monde s'est enfuit, à l'exception de quelques hommes laissés dans les villages pour s'occuper de notre bétail, a témoigné Ma Hla Aye Mon, une femme d'ethnie Daingnet âgée de 30 ans. Elle s'est réfugiée dans un monastère du canton de Ponnagyun, à quelque 33 kilomètres au nord-est de Sittwe, la capitale de l'État Rakhine.

« Si les militants kalars ont osé attaquer ces 30 avant-postes de sécurité, que vont-ils faire aux civils ordinaires? », a-t-elle demandé à The Irrawaddy au début de septembre, en référence aux attaques du 25 août par l'Armée Rohingya pour le Salut de l'Arakan (ARSA). « Kalar », un terme dérogatoire, est utilisé par beaucoup de gens au Myanmar pour désigner ceux qui sont originaires de l'Asie du Sud (Inde, Bengladesh et Pakistan).

La peur de Ma Hla Aye Mon reflète celle de dizaines de milliers de personnes réfugiées à l'intérieur de l'Etat Rakhine. Elle est originaire du village Daingnet, Taung Maw, situé dans le canton de Buthidaung. Taung Maw abrite environ 80 familles et se trouve près de la chaîne de Mayu. Les villageois vivent de l'agriculture et de la pèche aux crabes, aux poissons et aux grenouilles, mais depuis les événements du 25 août, ils ne peuvent plus travailler, a expliqué Ma Hla Aye Mon.

La population d'ethnie Daingnet est estimée à moins de 20 000 personnes au Myanmar, mais plus de 100 000 membres de cette même ethnie résident en Inde et au Bangladesh, se faisant appeler « Chakma ». C'est l'une des six sous-ethnies arakanaise dont la liste complète comprend les Mro, Daingnet, Thet, Maramagyi, Kami et Kaman.

Après les attaques islamistes d'août à Maungdaw contre les forces de sécurité du Myanmar - et les « opérations de déminage » qui ont suivi - les femmes ont probablement plus souffert que leurs homologues masculins, fuyant leurs maisons avec des nouveau-nés, des jeunes enfants et des personnes âgées.

À travers la frontière au Bangladesh, plus de 400,000 Musulmans qui s'auto-identifient comme Rohingya ont fui le Myanmar, selon les estimations des Nations Unies. Les réfugiés déclarent constamment que les troupes de sécurité birmanes ont détruit leurs maisons et les ont forcées à quitter le pays; leur situation a été largement couverte par les médias internationaux. Pendant ce temps, les réfugiés à l'intérieur du Myanmar racontent qu'ils vivaient dans la peur des groupes islamiques actifs dans la région.

Au Myanmar, le gouvernement ne permet aux journalistes que l'accès aux « zones sûres », les zones sous le contrôle des forces armées, dans le sud de Maungdaw, où quelque 30,000 membres des minorités ethniques, comme celle des Daingnet, sont déplacés à l'intérieur du pays. La majorité des musulmans qui ont fui venaient de la partie nord de l'État, près de la frontière bangladaise.

Cet accès limité des journalistes est la raison pour laquelle les histoires des groupes ethniques comme les Daingnet sont restés largement inconnues du monde extérieur.

Les femmes avec qui The Irrawaddy a parlé - des Daingnet, Arakanaises et Hindous - ont déclaré qu'elles estiment qu'il n'y a pas de sécurité dans leurs villages. Les attaques récentes de militants musulmans, ont-elles dit, les ont amenés à craindre que leurs groupes « puissent être anéantis ». Les femmes musulmanes ont également craint être prise pour des militantes islamistes par l'armée ou être accusées par les militants islamistes d'être des informateurs du gouvernement.

La population officielle de l'État de Rakhine, qui compte près de 3,2 millions d'habitants, est composée en majorité d'Arakanais Bouddhistes et comprend plus d'un million de Musulmans en grande partie apatrides qui s'auto-identifient comme Rohingya et qui n'ont pas été comptés lors du recensement de 2014. Le gouvernement ne reconnaît pas le terme « Rohingya » et les oblige à s'inscrire sous le nom de « Bengali » en les classant comme des immigrants du Bangladesh. Beaucoup ont refusé.

Des violences entre les Bouddhistes et les Musulmans ont éclaté en 1994 et en 2012, ce qui a conduit au déplacement de milliers de personnes. La confiance et la coexistence entre les différentes communautés religieuses de l'État semblent avoir disparu.

U Chan Sein Hla, un homme Daingnet âgé de 60 ans originaire du village de Thein Taung Pyin, a déclaré que depuis 2012, sa communauté vivait dans la peur. Les femmes et les filles de sa communauté sont depuis parties vivre dans la zone industrielle de Yangon où, dit-il, elles pensent qu'elles y seront plus en sécurité.

Il a ajouté que son village n'avait jamais reçu le soutien du gouvernement ni celle des ONG internationales.

« Pourquoi cela arrive-t-il? »


Ma Thet, une résidente bouddhiste arakanaise du village mixte, bouddhiste et musulman, d'Alethankyaw, a déclarée que le 24 août, la veille des attaques, elle a ressenti un malaise dans la communauté. Plus tard, les maisons des deux groupes religieux ont été incendiées.

Dans 176 villages musulmans, les habitants ont fui vers le Bangladesh mais dans 261 autres villages musulmans, ils sont restés sur place. Le comité d'information du gouvernement a déclaré que ceux qui ont fui étaient affiliés à l'ARSA, qui est une organisation terroriste selon lui. Il prétend également avoir tué quelque 400 militants soupçonnés de faire partie de cette organisation lors d'environ 90 affrontements.

Daw Shwe Nu, une musulmane de 64 ans du quartier de Myoma Ka Nyin Tan à Maungdaw, a déclaré à The Irrawaddy qu'elle « ne veut pas quitter » son village. Son quartier a jusqu'à présent été épargné par les incendies volontaires et les attaques.

« Je suis très triste à cause de cette instabilité. Pourquoi cela se passe-t-il? », a-t-elle déclaré à The Irrawaddy lors d'un déplacement régulier de journalistes organisé par le gouvernement début septembre.

Une fuite à la frontière n'est pas bon marché: ceux qui fuient doivent souvent payer un passage en ferry à travers le fleuve Naf pour se rendre au Bangladesh.

« Nous ne pouvons pas y aller car nous n'avons pas assez d'argent pour payer. Ils demandent de 100 à 200 000 kyats (de 73 à 147 dollars US) », a expliqué Daw Shwe Nu.

Un touriste allemand, Reinhart Unverricht, a témoigné pour The Irrawaddy à Ponnagyun. Il a dit être surpris par les conditions difficiles dans l'État de Rakhine.

« Vous n'êtes jamais sûr de savoir la vérité, de ce camp-là ou de l'autre camp », a-t-il expliqué, « c'est très difficile pour nous ».

En se référant aux médias occidentaux, Unverricht a déclaré avoir lu beaucoup d'articles donnant le point de vue des journalistes stationnés du côté bangladais de la frontière. « Ils ne montrent pas le côté d'ici. Pourtant, ici, c'est aussi horrible que se qui ce passe là-bas, dit-il en se référant aux Daingnet réfugiés dans des abris provisoires.



Par Nyein Nyein pour The Irrawaddy, le 19 septembre 2017






Nyein Nyein est Senior Reporter à l'édition anglaise de The Irrawaddy.

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Version originale en anglais: irrawaddy.com, traduite par La gazette du citoyen

Source: lagazetteducitoyen.over-blog.com


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