mardi 8 août 2017

La crise du journalisme


La MSM, abréviation pour « MaiStreaM » concerne l’ensemble des médias occidentaux de masse à peu près tous propriété d’une oligarchie financière qui partage sensiblement les mêmes opinions et croyances.
La MSM est le principal vecteur de la fameuse « pensée unique » qui, de part sa puissance de feu, influence la plus grande partie des populations du monde occidental.
Le plus désolant est qu’une partie significative des classes éduquées, celles qui possèdent en théorie les capacités d’analyse, 
fait partie du lot des manipulés.

En synthèse, les principes directeurs de la pensée unique concernent l’ultralibéralisme, l’atlantisme, l’européisme et la russophobie primaire.” Zevengeur







(Extraits)



par Nafeez Ahmed

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En tant qu’espèce, nous sommes à la croisée des chemins. Nous pouvons, soit continuer comme si de rien n’était, ce qui implique une accélération de l’extinction massive des espèces, une destruction sans précédent de l’environnement, et une planète pratiquement inhabitable, ou nous pouvons nous préparer à entrer dans un avenir post-carbone en nous adaptant et en nous pliant à une transformation systémique qui nous prépare à vivre en harmonie avec notre environnement, et avec nous-mêmes… Nous devons faire face à un choix d’importance capitale. Nous devons choisir entre la vie et la mort. Et pourtant, en tant qu’espèce, nous souffrons de déficience cognitive. Le désarroi de nos institutions médiatiques globales, la crise des « fake news », la polarisation de plus en plus rapide de nos discours médiatiques et politiques a produit une atmosphère bizarre de « surcharge informationnelle ». Notre conscience collective en tant qu’espèce est fragmentée, bouleversée et confuse à l’extrême. En conséquence, non seulement nous nous retranchons de plus en plus dans nos réseaux sociaux comme dans des bulles isolées. Nous avons aussi du mal à communiquer avec ceux qui ne sont pas d’accord avec nous. Et, dans l’ensemble, nous nous sentons de plus en plus incapables de répondre de manière coordonnée par des actions efficaces sur le système.

La crise du journalisme n’est qu’un symptôme de cette crise civilisationnelle globale. Elle existe parce que, dans ce système, l’information est devenue dans une large mesure une arme acceptable de la guerre psychologique, brandie par de nombreux centres de pouvoir concurrents, dans le but de maximiser l’accumulation de richesses pour quelques-uns sous forme de profits générés par les revenus publicitaires, et, par extension, d’influencer notre comportement de consommateurs, sur ce que nous achetons, ce que nous regardons, ce que nous mangeons et buvons, et ce que nous portons, souvent grâce à la manipulation désinvolte de nos croyances et de nos valeurs. Il ne s’agit pas une conspiration. C’est ainsi que fonctionnent quotidiennement, de façon tout à fait banale et conformément à leur propre structure interne, les gouvernements, les entreprises, les ONG et beaucoup d’autres acteurs de la vie publique. Nous nous noyons tous chaque jour dans cet océan d’informations contradictoires. Nous faisons l’expérience bien réelle de l’accélération de la surcharge informationnelle. Comme je l’ai découvert en écrivant ma monographie scientique, Failing States, Collapsing Systems: BioPhysical Triggers of Political Violence, la surcharge informationnelle est symptomatique de ce qui arrive pendant une phase de transition d’une configuration systèmique à une autre.

La biologie évolutive nous enseigne que les organismes placés en condition de stress environnemental doivent être capables d’intégrer efficacement les informations provenant de leur environnement pendant le processus de modification génétique. Ce n’est qu’ainsi qu’ils peuvent réaliser l’adaptation biologique nécessaire à leur évolution et à leur survie. Le système adaptatif complexe de la civilisation humaine se trouve devant un seuil comparable. La sensation accrue de « surcharge informationnelle », et ses corollaires, impuissance, désenchantement et paralysie, sont la marque d’une civilisation en plein milieu d’une phase de transition. Nous pouvons, soit accompagner ce processus vers un nouveau système adaptatif qui fonctionne vraiment, ou régresser vers une série de crises de plus en plus profondes. Les enjeux ne sauraient donc être plus élevés : Nous devons adopter une démarche vis-àvis du journalisme qui vise à établir un cadre, une « architecture de l’information », qui nous permette d’appréhender collectivement la véritable complexité systémique de la situation difficile où nous nous trouvons, afin de pouvoir collectivement lui fournir des réponses coordonnées qui seront la base d’un nouveau système. Nous avons besoin de simplicité dans la complexité, d’unité dans la diversité. Nous avons besoin de discussions constructives où les désaccords et la contradiction seront le fondement d’un dialogue créatif qui offrira de nouvelles perspectives. Nous avons besoin de méthodes productives de mise en réseau qui augmenteront les relations sociales utiles basées sur ces perspect ives, qui puissent coordonner les changementseffectifs. Et nous en avons besoin maintenant.


Car c’est maintenant que le journalisme et les journalistes sont menacés. Ce qui implique que notre déficience cognitive collective en tant qu’espèce provoque un émiettement de notre savoir au moment historique où nous en avons le plus besoin. Au cours des 25 dernières années, 60 % des emplois de journalistes ont disparu aux USA. On constate des tendances comparables au Royaume-Uni et en Europe continentale.

La chute du nombre de journalistes a particulièrement affecté au niveau local le reportage et le journalisme d’investigation, qui nécessite plus de temps, de recherches et de connaissances spécialisées ou d’expérience.

À mesure que les journalistes disparaissent, ils sont remplacés par une nouvelle race de spécialistes des Relations Publiques, formés au journalisme, dont beaucoup ont appris à la dure qu’une carrière dans le journalisme ne nourrit pas son homme.

Le glissement vers les Relations Publiques fait partie d’une tendance plus générale qui voit les annonceurs des grandes entreprises et les intérêts privés dominer les autoroutes de l’information.

Avec la numérisation des médias, des compagnies technologiques, assumant de facto les fonctions de maisons d’édition et de distribution, et capables de contrôler leurs ressources publicitaires, accaparent désormais une part grandissante des ressources financières vitales dont jouissaient autrefois les médias traditionnels.

Malgré des augmentations massives dans les dépenses consacrées à la publicité, pasmoins de 65% des revenus de la publicité en ligne sont contrôlés par seulement cinq géants de la technologie, Google, Facebook, Yahoo, Microsoft et Twitter.

Cela pose aussi de nouvelles questions sur la puissance éditoriale de ces firmes sur ce que leurs lecteurs lisent et regardent, aggravant la situation éditoriale déjà difficile dans les médias.

Aux USA, six énormes conglomérats transnationaux détiennent et contrôlent l’ensemble des médias de masse, dont les journaux, les magazines, les maisons d’édition, les réseaux télévisuels, les chaînes du câble, les studios de Hollywood, les maisons de disques et les sites internet les plus connus : Time Warner, Walt Disney, Viacom, la News Corp. De Rupert Murdoch, CBS Corporation et NBC Universal.

Aujourd’hui, le plus grand propriétaire de médias au monde est Google, suivi de Walt Disney, Comcast, la 21st Century Fox et CBS.

Ces corporations contrôlent la plus grande partie de ce que nous lisons, regardons et écoutons, y compris en ligne. Elles forgent notre perception du monde et de nous-mêmes.

Mais elles représentent les élites mondiales les plus puissantes. Les dirigeants et les actionnaires de ces conglomérats médiatiques sont étroitement liés entre eux.

Ils font partie de ce qu’une étude du PloS One décrit comme « un réseau mondial de contrôle par les entreprises ».






En examinant les liens qui unissent 43 000 compagnies multinationales, une équipe de théoriciens des systèmes de l’Institut Fédéral de Technologie suisse a découvert qu’elles sont dominées par 1 318 compagnies principales. 

Ces compagnies exercent leur domination sur les ressources productives mondiales : Wall Street, l’industrie pharmaceutique, les géants du pétrole, l’industrie agroalimentaire, la Silicon Valley et le complexe militaro-industriel. Derrière ce réseau de propriétaires influents, 147 firmes décrites comme des « superentités » ont été identifiées par cette étude. Tel est le nœud du pouvoir qui commande à l’édifice médiatique mondial existant ─un édifice, non seulement incapable de comprendre et de traiter l’information qu’il absorbe, mais qui se fragmente et s’enlise dans une incohérence grandissante. 

En examinant les liens qui unissent 43 000 compagnies multinationales, une équipe de théoriciens des systèmes de l’Institut Fédéral de Technologie suisse a découvert qu’elles sont dominées par 1 318 compagnies principales. 

Ces compagnies exercent leur domination sur les ressources productives mondiales : Wall Street, l’industrie pharmaceutique, les géants du pétrole, l’industrie agroalimentaire, la Silicon Valley et le complexe militaro-industriel. Derrière ce réseau de propriétaires influents, 147 firmes décrites comme des « superentités » ont été identifiées par cette étude. Tel est le nœud du pouvoir qui commande à l’édifice médiatique mondial existant ─un édifice, non seulement incapable de comprendre et de traiter l’information qu’il absorbe, mais qui se fragmente et s’enlise dans une incohérence grandissante. 

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Tandis que le nœud éditorial se resserre, en même temps que ce complexe médiaticoindustriel tente d’extraire les dernières onces de profit de l’industrie de l’information de masse, le tirage de la presse continue de décliner, de même que la somme des revenus publicitaires que doivent se partager les sociétés de presse cotées en bourse ─qu’il s’agisse de presse imprimée ou numérique. State of the News Media 2016 Eight years after the Great Recession sent the U.S. newspaper industry into a tailspin, the pressures facing America’s…www.journalism.org La dépendance chronique à la publicité crée un cercle vicieux duquel les consommateurs essaient, autant qu’ils peuvent, de tirer quelque chose de valable, tandis que ceux qui la produisent se contentent de fabriquer du contenu adapté aux intérêts des annonceurs. Au lieu de générer un revenu supplémentaire, cette méthode érode la valeur intrinsèque de leur produit, creusant le fossé qui sépare les producteurs des consommateurs, et produisant toujours plus de contenu de moindre qualité. Ce qui arrive au journalisme affecte les médias de manière plus générale. Viacom, propriétaire de MTV, de Comedy Central, de Nickelodeon et de Paramount, subit une baisse constante de ses dividendes. Les profits de la compagnie Walt Disney s’effondrent, comme ceux de Time Inc. et de News Corp etc. Au bas de l’échelle, les journalistes en voient les résultats. Nous sommes en train de devenir les rouages d’une machine à bout de souffle. Beaucoup de journalistes voient dans le cycle des nouvelles une routine fastidieuse ─que ce soit dû aux pressions éditoriales qu’ils subissent en salle de rédaction, ou aux pressions financières dans le cas des pigistes ─ qui les oblige à produire entre 10 et 20 papiers par semaine. En conséquence, le métier du journaliste, qui consistait en enquêtes rigoureuses et en défis lancés au pouvoir, s’est dégradé pour ne plus consister qu’à fournir des anecdotes plus ou moins vraies et à régurgiter des opinions toutes faites. Au Royaume-Uni, deux tiers des journalistes pensent que leur liberté éditoriale a diminué au fil du temps, contre un tiers qui pensent qu’elle a augmenté. Une grande majorité d’entre eux pense également que le temps qu’ils peuvent consacrer à leurs investigations a diminué, tandis que les pressions liées à la recherche de la rentabilité, les actions de Relations Publiques et les impératifs publicitaires, ont pris plus de poids. 

Ces grosses structures de production et de diffusion d’informations, centralisées et bureaucratiques, souffrent de l’irruption de nouvelles technologies comme les réseaux sociaux, qui offrent aux consommateurs et aux producteurs de taille plus réduite, de plus en plus de pouvoir dans un paysage plus décentralisé. La désinformation, qui se fait passer pour de l’ « information », peut être largement distribuée auprès d’un vaste public de consommateurs, à un coût relativement peu élevé. La numérisation des revenus de la publicité a encouragé ce phénomène, en rendant potentiellement le piège à clics très rentable pour des mini-plateformes qui réduisent au maximum leurs frais généraux, tout en débitant des histoires « optimisées pour des moteurs de recherche », bref googlables. 

Pendant ce temps, confrontées à l’assaut de ces concurrents débiteurs de fausses nouvelles, les institutions médiatiques traditionnelles peinent à faire face et à fidéliser leur public de prédilection. Ceci se traduit par deux défis fondamentaux. Premièrement, contrairement aux sites de désinformation, les médias traditionnels ont des frais généraux. Des frais généraux élevés. Mais, de plus en plus, les médias traditionnels s’aperçoivent qu’à l’ère du numérique, les revenus de la publicité ne suffisent plus à financer des équipes de reportage dans le monde entier 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Deuxièmement, la croissance rapide des sites de « fake news » démontre la réalité de la méfiance grandissante du public à l’égard des médias traditionnels. Il existe maintenant dans le monde entier un très large public désireux d’obtenir des informations hors du circuit médiatique global traditionnel. C’est ce large public qui a permis aux sources de nouvelles « alternatives » de proliférer et leur a assuré une popularité tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. 

La plupart de ces sources de nouvelles alternatives ont leurs propres limitations. Certaines sont richement financées par des intérêts clairement liés à des programmes politiques ou idéologiques bien précis ─c’est le cas de BreitbartNews ou de Russia Today. Ou leurs ressources financières ne sont en aucun cas comparables à celles des médias traditionnels avec lesquels ils sont en concurrence. Pourtant il y a un aspect du problème que personne ne veut aborder : le fait que la crise des « fake news » à commencé à l’intérieur même des médias traditionnels.En fait, les cas les plus flagrants de fausses nouvelles sont le fait d’institutions médiatiques traditionnelles. Et c’est précisément le désenchantement massif et la perte de confiance envers les institutions médiatiques traditionnelles qui en a été le facteur essentiel. Les consommateurs d’informations en ont assez des mensonges ─ils ne croient plus à la capacité des institutions médiatiques dominantes de dire la vérité. 

Cette triste réalité a récemment été exposée dans un rapport sur les fausses informations à destination d'une commission d'enquête du parlement britannique, rédigé par un groupe d’universitaires spécialisés dans les médias et la propagande, composé des professeurs Vian Bakir (Bangor University), David Miller (University of Bath), Piers Robinson (University of Sheffield), et Chris Simpson (American University, Washington DC). Ce document identifie le vrai problème ─la diffusion systématique de fausses nouvelles par les institutions médiatiques traditionnelles sous forme de propagande émanant du gouvernement ou des entreprises. 

« Plus d'un siècle de fausses nouvelles: le scandale des fausses nouvelles qu’on déplore aujourd'hui doit être considéré dans le contexte de plus d'un siècle d'efforts systématiques de la part des démocraties libérales comme le Royaume-Uni et les USA, dans les domaines politiques et commerciaux, pour persuader et influencer les populations par le moyen de la communication de masse. Des manuels scolaires aux «guides pratiques», une vaste masse de connaissances a fait surface concernant l’histoire et les techniques de propagande, de relations publiques, de diplomatie officielle, de marketing politique, de discours et de communication stratégiques, et demanipulation de l’information. De même, les milieux militaires ont généré des pratiques de gestion de la perception, des opérations psychologiques, des opérations d'information et d’affaires publiques. » 

Alors, que s’est-il passé au cours de ce « siècle de fausses nouvelles » dont les institutions médiatiques traditionnelles ont réussi à déformer le sens ? Il s’est passé ceci : une suite horrifiante et ininterrompue de violences commises depuis 1945 jusqu'à aujourd'hui par les forces d’intervention militaire occidentales dans les pays moins développés, violences qui ont joué un rôle essentiel dans le processus que nous désignons sous le terme opaque de « mondialisation». The Globalization of Insecurity: How the international economic order undermines human and national… National and human security has been fundamentally undermined by policies promoted by the key institutions of…www.academia.edu 

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Le nombre de gens qui sont morts au cours de ces interventions dans plus de 70 pays en voie de développement en Asie, en Afrique, en Amérique du sud et au Moyen-Orient est stupéfiant. Dans son livre, Unpeople: Britain’s Secret Human Rights Abuses (2004), l’historien britannique Mark Curtis nous livre un décompte détaillé de ces morts causées par ces interventions menées principalement par les USA et le Royaume-Uni. Curtis brosse ce tableau, non pas à partir des rapports des médias, mais sur la base de documents officiels déclassifiés. Le bilan direct ou indirect de ces interventions militaires des USA ou du Royaume-Uni s’élève selon lui à un total compris entre 8,6 millions et 13,5 millions de morts ─une estimation prudente, selon ses propres termes. Cette suite lugubre de violences ininterrompues n'a jamais été correctement analysée ou même mentionnée par la plus grande partie de la presse à l’époque des faits. Et la plupart des journalistes et des rédacteurs en chef l’ignorent aujourd'hui encore. Elle n’a pas non plus attiré l'attention de l'université. Nos institutions académiques ne reconnaissent pas ou ne saisissent pas son existence. 

Comme le montre également Curtis, cette violence a souvent été occultée dans la presse, la faute étant systématiquement rejetée sur l’Union Soviétique ou les communistes. Aujourd’hui, des documents officiels déclassifiés révèlent la réalité : le plus souvent les interventions occidentales avaient pour but d’écraser les mouvements nationalistes et indépendantistes, le « communisme » servant souvent de justification. Depuis lors, la complicité de la presse dans ces abus de pouvoir ─que ce soit en reprenant la propagande officielle ou en omettant sélectivement des fais importants─ est devenue encore plus complexe et plus ancrée dans les pratiques. Le rapport parlementaire cite quelques exemples types. 

L’un d’entre eux est la tromperie par le mensonge flagrant : Les auteurs relèvent qu’en 2004, l’administration de Geoge W. Bush « a payé des acteurs pour fabriquer des nouvelles, des journalistes pour écrire de la propagande, et des membres du Parti Républicain pour qu’ils se fassent passer pour des journalistes. » 

Et puis nous avons la tromperie par distorsion des faits : Dès le début de 2005, la presse britannique a si souvent fait état de l’échelle et de l’imminence de la menace terroriste postérieure au 11 septembre, citant des agences de renseignement anonymes, que les ministres du gouvernement se servaient de ces articles pour justifier leur politique : à tel point, selon les auteurs du rapport, que les services de sécurité britanniques eux-mêmes se sont émus des excès et de la politisation de ce type de journalisme. 

Nous avons aussi la tromperie par omission : le tristement célèbre « dossier louche » du gouvernement britannique du 24 septembre 2002, qui faisait état des « armes de destruction massive » de l’Irak, ne reposait pas sur des « erreurs » des services de renseignement, mais bien d’une volonté délibérée de peindre une plus grande capacité de destruction, en la présentant comme plus certaine que ce que les renseignements obtenus ne l’autorisaient. » La majorité des organes de presse ont présenté cette tromperie comme s’il s’agissait de faits avérés, sans la remettre en cause de façon significative. Une autre catégorie importante consiste à tromper le lecteur en l’égarant : En 2014, l’administration Obama a déclassifié le rapport du comité d'enquête du Sénat sur le programme de détention et d'interrogatoires de la CIA pendant le mandat de G.W. Bush. Cette manœuvre permettait de faire de la CIA un bouc émissaire, mais ne comportait « aucune exigence pour que la responsabilité soit endossée par l’administration Bush, qui avait donné l’ordre pour que le programme soit mis en œuvre ; ou par ses avocats qui avaient « légalisé » en secret ledit Programme afin que les agents de la CIA ne puissent 

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Il est légitime d’être indigné par le scandale des « fake news ». Mais il est utilisé comme une excuse pour critiquer tout le monde, sauf soi-même. Le problème est toujours « chez les autres », jamais « chez nous ». Et c’est ainsi que les « fausses nouvelles » sont devenus un « joker », un moyen bien pratique pour blâmer tout ce que nous désapprouvons, que nous soyons « de gauche », « libéraux », « de droite », « conservateurs », ou autre. La crise des « fake news » se résume en réalité à ceci : les médias traditionnels détenaient autrefois le monopole des moyens d’information. Ils en ont systématiquement abusé au service de divers intérêts privés, en trompant le public à de nombreuses reprises et en se faisant les instruments de la propagande de ces intérêts privés. À mesure que ce monopole se désagrège, les médias traditionnels se voient déstabilisés par d’autres structures strictement numériques alliées à un vaste ensemble d’intérêts variés, dont beaucoup sont encore liés à divers groupes d’intérêt privés. 

Nous constatons en particulier, avec l’émergence de certaines entités telles que Breibart, par exemple, que l’espace numérique a ouvert des possibilités à des secteurs du pouvoir issus de Wall Street, des supermajors de l’industrie pétrolière, etc., de mettre en commun leurs ressources pour remettre en question le monopole des médias traditionnels. Et pourtant leur conception du journalisme est réactionnaire, clivante et tellement au service d’intérêts privés que cela met en cause leur intégrité. 

Notre espèce voit dans ce phénomène la destruction accélérée de nos outils cognitifs. Nos capteurs d’information, les mécanismes grâce auxquels nous comprenons le monde et sommes capables d’y agir, sont de plus en plus désorganisés. Nous avons maintenant de multiples centres d’informations qui sont, d’une certaine manière, à la fois fausses et pas fausses : tous produisent leurs propres discours, souvent très clivants, de telle sorte que l’individu moyen n’a guère d’autre choix que de faire un tri parmi une masse d’informations pour y trouver un sens un tant soit peu cohérent. Il s’agit d’une crise mondiale de l’information : c’est un symptôme de la Crise de la Civilisation. Elle s’aggrave au momentoù nous passons par le « changement de phase » actuel pour aboutir à ce qui pourrait être une série de défaillances du système, ou à une phase d’adaptation. Aucun algorithme, aucune mesure d’authentification sur les réseaux sociaux, aucun modèle d’abonnement avec supplément, ne résoudra seul ce problème, parce que ce ne serait que rafistoler un système sur le déclin. Nous n’avons pas besoin d’un journalisme relooké auquel on aurait changé quelques structures çà et là. Le journalisme a besoin de changer radicalement d’orientation. De revenir à son rôle historique ─qui est de dire la vérité au pouvoir, pour changer le pouvoir. Et cette nouvelle orientation ira de pair avec une différente façon d’exister, un nouvel ensemble de structures fondées sur cette démarche ; abandonner l’avoir pour l’être, l’économie basée sur l’extraction perpétuelle pour l’économie fondée sur la mutualisation des richesses.


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Avec mes partenaires d’Exile, FutureDraft et Quintype, nous ne construisons pas simplement une nouvelle plateforme.

Nous sommes en train de construire une nouvelle architecture global d’information et une plateforme de renseignement pour les gens et la planète.

Car ce n’est pas seulement de journalisme qu’il s’agit, mais aussi de la façon dont, jusqu’àprésent, le journalisme a utilisé sa capacité à influencer les gens pour servir le pouvoir, ce qui a entraîné un divorce grandissant des gens entre eux et avec la planète tout entière.

Il nous faut un journalisme qui nous rende capables de vraiment voir le monde tel qu’il est, d’interagir avec les autres, pour pouvoir nous engager pour la défense des gens et de la planète.

Nous croyons que c’est là qu’est l’avenir du journalisme, le seul avenir qui vaille la peine d’être construit. Un objectif moins ambitieux serait sans intérêt. Il s’agit effectivement dechoisir entre la mort et la vie.

Nous choisissons la vie. Nous sommes en train de concevoir un format journalistique qui associe la complexité avec une simplicité puissante et convaincante, qui pose des questions difficiles que les autres refusent de poser, tout en mettant en avant des solutions que le monde doit connaître.

Nous sommes en train de créer une « expérience utilisateur » qui reliera des domaines, des disciplines, des questions et des sujets multiples, en rendant plus claire la vue d’ensemble, sans pour autant perdre de vue les détails ─et qui permettra aux utilisateurs de voir chacun de ces aspects et de s’y impliquer.

Nous construisons un modèle de recettes pour le journalisme indépendant, sans publicité, et qui récompensera les gens qui ouvrent des perspectives et qui agissent positivement dans le monde tel qu’il est. Nous construisons un système d’échanges d’idées et un réseau social où la réputation des gens sera fondée sur leur capacité à participer à un dialogue créatif, et qui facilitera les liens authentiques entre des gens qui veulent comprendre le monde, et qui veulent changer les choses par leur et qui veulent changer les choses par leur action.



Nous faisons du dialogue créatif une partie intégrante du fonctionnement de notre journalisme, parce que quand nous ouvrons le journalisme pour que les journalistes soient en mesure de toucher et d’engager le dialogue avec les gens partout où ils se trouvent, les perspectives ouvertes peuvent ouvrir de nouveaux horizons de recherche et de compréhension du monde.

Nous voulons que le journalisme soit en prise avec les actions sur le terrain, pour que partout où les gens trouvent des solutions économiques aux crises environnementales, alimentaires, énergétiques, etc. qui frappent les communautés en détresse, ils puissent partager leurs actions, apprendre les uns des autres, et soient récompensés des bienfaits qu’ils apportent.

Nous ne pouvons pas réparer ce qui est cassé dans le journalisme, parce que cela n’est qu’un symptôme d’une crise plus globale et du déclin qui l’accompagne : un fonctionnement qui a perdu ses repères et qui détruit la société en s’autodétruisant.

C’est pourquoi nous redéfinissons le journalisme pour le 21ème siècle : un journalisme qui servira de catalyseur à un nouveau système, un nouveau mode d’orientation, une nouvelle façon d’être, que nous construisons ensemble en avançant inexorablement vers notre avenir post-carbonique.

Nafeez Ahmed – Nouvelle frontière du journalisme – 

Traduit par Tlaxcala 37





Le Dr Nafeez Mosaddeq Nafeez Ahmed (1978),  est journaliste d’investigation, chercheur spécialisé en sécurité internationale, et auteur à succès qui suit de près ce qu’il appelle la « crise de la civilisation ». Il a été lauréat du prix Project Censored récompensant un journalisme d’investigation exceptionnel pour son reportage dans le Guardian faisant un croisement entre les crises écologiques, énergétiques et économiques mondiales avec la géopolitique et les conflits régionaux. Il a également écrit pour The Independent, le Sydney Morning Herald, The Age, The Scotsman, Foreign Policy, The Atlantic, le Quartz, le Prospect, le New Statesman, Le Monde diplomatique, le New Internationalist. Son travail sur les causes fondamentales et les opérations secrètes liées au terrorisme international a été officiellement pris en compte par la Commission sur le 11 septembre et par l’enquête du Coroner sur les attentats du 7 juillet à Londres. Son premier roman policier, ZERO POINT, est paru en 2014.





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http://www.tlaxcala-int.org/upload/telechargements/234.pdf


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