jeudi 29 juin 2017

EPR, le grand bluff



Le 22 juin 2017

L’histoire de la cuve de l’EPR est emblématique de la façon dont le lobby nucléaire dissimule, organise le mensonge, et intimide ceux qui se mettent en travers de son chemin. Aujourd’hui, le Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN) publie son rapport sur les anomalies de la cuve de l’EPR de Flamanville. Le constat est sans appel : EDF et AREVA ont dissimulé des informations cruciales en matière de sûreté nucléaire. L’ASN doit rendre un premier avis sur la cuve ces prochains jours : le gendarme du nucléaire français est soumis à une pression inédite.


EDF et AREVA jouent la politique du fait accompli


Lire la suite sur : https://www.greenpeace.fr/anomalies-lepr-de-flamanville-edf-areva-passent-force/



Nicolas Hulot, ne laissez pas l’ASN sacrifier la sûreté pour sauver l’industrie nucléaire




Le 28 juin 2017

Deux journées de débats intenses entre experts viennent de se terminer sur les anomalies de la cuve de l’EPR de Flamanville et son couvercle. L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) doit maintenant communiquer son avis sur la robustesse de ces pièces. Ce matin, nous nous sommes réunis devant le chantier de l’EPR pour dénoncer l’irresponsabilité d’EDF et d’AREVA et interpeller le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot. 


L’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) subit une pression sans précédent de la part d’EDF et AREVA. Cette situation inédite montre que cette décision de l’ASN ne relève désormais plus seulement de la sûreté nucléaire : elle est devenue avant tout politique.

Que cherchent à faire EDF et AREVA ? Déroger aux standards les plus élémentaires de sûreté nucléaire pour que l’EPR de Flamanville soit mis en fonctionnement malgré ses pièces défectueuses. Derrière l’autorisation de cette cuve de l’EPR, c’est bien la survie de l’industrie nucléaire française qui est en jeu.

En effet, EDF et AREVA jouent gros sur l’EPR de Flamanville : les décisions qui seront prises sur ce chantier auront des conséquences lourdes sur l’avenir des projets vendus au Royaume-Uni, en Finlande et en Chine.

Nous en appelons à la responsabilité de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire et en charge de la sûreté nucléaire. L’ASN ne peut plus prendre une décision de sûreté en toute indépendance et ne peut résister à la pression. Quant à nous, citoyens français, nous n’avons pas à payer le prix des erreurs stratégiques et techniques d’EDF et AREVA. En mettant fin au chantier de Flamanville, Nicolas Hulot peut encore nous l’éviter.

Le nucléaire “made in France” n’existe pas


Les experts qui ont participé aux débats de ces deux derniers jours sont unanimes : la cuve et son couvercle ne sont pas conformes. Quant aux tests qui ont été effectués pour prouver le contraire, ces mêmes experts ont largement questionné leur représentativité. Pour nous, la conclusion est sans appel : si l’ASN valide la cuve de l’EPR de Flamanville et son couvercle, les marges de sûreté seront rognées.

Sur une technologie aussi puissante mais donc potentiellement dangereuse que celle de l’EPR, il ne peut pas y avoir de demi-mesure sur la sûreté : ou bien les pièces sont conformes ou bien elles ne le sont pas. Il n’y a donc qu’une seule réponse possible : la cuve doit être rejetée, tout comme son couvercle.

Les échanges qui ont lieu entre les experts, en présence des clients étrangers qui assistaient aux débats l’ont montré une fois de plus : EDF est incapable de mener à bout le projet d’EPR. L’usine Creusot Forge d’AREVA n’a pas été en mesure de forger des pièces conformes. EDF a d’ailleurs déjà passé commande au Japon pour remplacer le couvercle de la cuve de Flamanville, et pour les deux réacteurs EPR d’Hinkley Point. En réalité, le « nucléaire made in France » n’existe pas.

L’avis final d’autorisation de démarrage de Flamanville ne sera donné par l’ASN qu’en 2018, au plus tôt, au moment où les premiers tests hydrauliques seront effectués. EDF n’est pas au bout de ses peines. Et nous n’avons pas dit notre dernier mot. L’ASN ne peut pas prendre sur ses épaules le poids d’une industrie aux abois. Nicolas Hulot doit intervenir pour que la sûreté nucléaire ne soit pas sacrifiée au profit d’un nucléaire français en faillite.


Source : Greenpeace


mardi 27 juin 2017

Le courage des victimes : le cas de l’Amérique hispanique


Par Auran Derien, universitaire - Le 20 juin 2017


Le Président de la Bolivie, Evo Morales, a organisé une réception à La Paz pour présenter un ouvrage rédigé par Juan Ramón Quintana, ambassadeur de Bolivie à Cuba, intitulé : “Un Siglo de Intervención de EE.UU. en Bolivia” (un siècle d’intervention des USA en Bolivie).

On peut affirmer qu’il s’agit d’une contribution des victimes à la connaissance des innombrables infamies commises par les criminels en possession des USA. Car les interventions des racistes suprématistes  non seulement détruisent l’Amérique hispanique mais ont déjà abattu l’Europe, après la réussite si parfaite des conflits de 1939-1945. Evo Morales ne cesse de répéter que le plus urgent pour l’humanité est d’éradiquer ceux rassemblés sous l’acronyme orwellien U.S.A. Mais pour cela il faut que les victimes aient du courage…

Chaque année, au mois de mai, la république dominicaine se souvient que les États-Unies envahirent leur île en 1916 . Auparavant, ils s’étaient déchaînés à Panama en 1903, au Nicaragua en 1909, au Mexique en 1914, à Haiti en 1915, à Cuba et Porto Rico en 1898. Etc. Partout en Amérique hispanique ces gangs sont installés au pouvoir par la force, la ruse, le crime et la corruption. Les élites locales doivent régulièrement prendre le maquis, d’abord pour comprendre quelles sont les nouvelles méthodes utilisées par l’empire du néant puis pour dresser le bilan des populations qui, victimes de la tyrannie globalitaire, sont disposées à lutter pour leur indépendance. Le cas du Brésil, en ce moment, est particulièrement intéressant.

Brésil : jeter à la poubelle Michel Temer

Dès le début du coup d’État contre la Présidente légitime Dilma Rousseff, on savait que Michel Temer, le Président actuel par intérim, était un affidé de la CIA. Peu à peu le peuple se ressaisit et les manifestations  se multiplient. Le quotidien mexicain La Jornada signale que la police brésilienne a demandé à entendre le personnage pour les diverses corruptions dont il est responsable. Son entourage est composé de trafiquants  dont une partie est passée par la prison. Une procédure d’impeachment contre cet  trafiquant a enfin été déposée le 17 avril.

Il convient de bien comprendre cette solidarité entre le parti globalitaire et les opposants en tout genre. Elle fonctionne désormais dans tout l’occident. Le parti, comme l’a parfaitement analysé J.F.Gayraud, est devenu une oligarchie criminelle (Jean-François Gayraud : le nouveau capitalisme criminel. O.Jacob, 2014). Cette organisation de “criminels en col blanc” cherche des terrains – des marchés – ou développer ses mauvais coups. Elle rencontre tout naturellement ceux qui lui ressemblent voire des personnes corrompues qui se contrôlent par la peur, le chantage, et autres moyens traditionnels. Ainsi s’explique que deux catégories de primates percent dans le monde politico-idéologique : les cagots, les esclaves.

Les esclaves pullulent partout en proportion des dollars distribués. L’Europe n’a rien à envier à l’Amérique latine ou à l’Afrique. Les cagots sont les pseudo-intellectuels des think tanks, des universités et autres centrales multimédias, là où ces religionnaires  mentent d’autant plus naturellement qu’ils s’auto-proclament purs croyants des droits de l’homme.

L’intérêt de placer des affidés à la tête des pays réside dans leur absence de préoccupations politiques. Les richesses s’écoulent  des pays vers les bourgeoisies  et notamment vers les banques et fonds financiers qui sont le soviet suprême de l’inhumanité globalitaire. Deux thèmes hantent leurs décisions : la nécessaire transformation des populations, sans droits ni salaire décent ; l’euthanasie des retraités car ils transmettent des restes de tradition qu’ils ne pourraient pas se permettre s’ils devaient travailler jusqu’à la mort.

Le Brésil et l’Argentine sont deuxlaboratoires où mijotent les horreurs du XXIème siècle pour l’Amérique hispanique : esclavage et euthanasie. En Europe, ce sont les fonctionnaires de la commission de Bruxelles qui sont chargés du même travail. Sans oublier les horreurs quotidiennes que sont le génocide des peuples, à faire accepter “volontairement”, et le crime contre les humains qui pensent, lui aussi devant devenir l’inquisition “souhaitée” par les propres animaux de la ferme orwellienne.

La résistance de l’Amérique hispanique est donc un modèle pour l’Europe. Malgré les invasions, les traîtres et les collabos, des élites se relèvent. De la Bolivie à l’Argentine, de l’Equateur au Brésil, les temps difficiles pour les peuples succèdent aux époques plus favorables puis les mouvements s’inversent. Ils ne baissent pas les bras. Cela ne devrait-il pas nous servir d’exemple ?



A Lire :



Source : METAMAG


dimanche 25 juin 2017

La France En Marche photographiée par Molière



Par ,  le 18 juin 2017, soir de second tour. A propos de faisant des aller retours en jet privé au frais des contribuable et au mépris de l’environnement entre l’Elysée et la très riche ville du Touquet, tout en se faisant photographier en circulant à vélo !






L’Elysée Tartufié

Je descends d’un Falcon car j’ai horreur d’attendre,
Mais je roule à vélo et verdis mon logis ;
Pour la COP, après Trump, je saurai faire entendre,
Que vert est le dollar plus que l’écologie !

Qu’importe qu’à Bruxelles, mon pays masochiste,
Pliant à deux genoux devant Mère Angela,
S’abandonne aux lobbys teutons du gaz de schiste :
Le MEDEF ne m’eût point investi sans cela !

Au cri de « République ! », je vous ai mis « en marche » ;
Et Marianne déjà gémit sous ma torsion :
Monnet, Schuman, Delors, mes trois saints patriarches,
J’arase en votre nom les acquis, la nation !

Aux précaires, aux exclus, disant redonner chance,
J’entreprends de brider, non pas la plus-value,
Mais le legs vermoulu de feue la Résistance :
Haro sur la Sécu, les pensions, les statuts !

Je parle en beau langage, subjonctif en sautoir,
Mais c’est bien de Wall Street que j’ai reçu mission :
La langue de Molière s’en va au dépotoir,
Au TAFTA, au globish j’ouvre grand la maison !

Porté à l’Elysée par la très Sainte-Alliance
Des friqués, des bobos et des New Collabos,
J’ai cinq ans devant moi pour défaire la France,
Mater les cégétistes et jouer les Rambo !

Il subsiste pourtant une ombre à cette idylle :
Le prolo insoumis s’abstient obstinément,
Refusant sottement, au nom du « vote utile »,
D’appeler liberté son asservissement ;

Et qui sait si demain ce peuple imprévisible
Mariant la Marseillaise à l’hymne de Pottier
Derechef de ses chefs ne se refera cibles
A la grande terreur d’un chef d’Etat banquier ?

En d’étranges sursauts, Jacobins, Communards,
Bravant Thiers ou Vichy, l’Autrichienne ou Cauchon,
Ces manants qu’on croyait hébétés et hagards,
Ont plusieurs fois surgi de leur auge à cochon...

C’est pourquoi prévenant tout péril éruptif,
Je veux éradiquer ce prurit souverain :
A Berlin de ce pas, pour un pays captif,
Je m’en remets de tout au maître européen !



Georges Gastaud, photographe et auteur



Source : Initiative communiste

vendredi 23 juin 2017

Libye : coup de théâtre


Il y a six ans, l’intervention militaire des forces de l’OTAN – soutenues par quelques pays arabes – prenait fin en Libye. Le 15 septembre 2011, le président de la République française Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron – suivis de près par Bernard-Henri Levy -, débarquaient à Benghazi en libérateurs du peuple libyen… On connaît la suite : un pays qui a sombré dans le chaos, toujours sans gouvernement national, en quête de sécurité et stabilité politique, en proie à la division et aux tensions claniques et tribales. Une situation interne qui a des répercussions directes sur l’environnement régional, puisque l’éparpillement des armes de l’ex-armée loyaliste et l’ancrage de foyers djihadistes constituent autant de source de déstabilisation pour les voisins égyptiens, maghrébins et subsahariens. La situation actuelle est le fruit de l’intervention militaire de la coalition internationale. En ce sens, les Occidentaux portent une responsabilité historique – mais pas totale- dans la tragédie libyenne. Béligh Nabli 


Arrêté par des milices en 2011 puis condamné à mort en 2015, Seif al-Islam est le fils le plus en vue de Mouammar Kadhafi. Il a, semble-t-il, été libéré le 10 juin dernier par les hommes qui le détenaient, des rebelles de Zenten, à 170 km au sud-ouest de Tripoli. La Brigade Abou Bakr al-Sadiq, l'un des groupes armés contrôlant la ville de Zenten (170 kilomètres au sud-ouest de Tripoli), a affirmé que Seif al-Islam a été libéré le vendredi soir, «correspondant au 14 du mois de ramadan», en application d'une loi d'amnistie promulguée par le Parlement établi dans l'est du pays.

Cependant, pour l'heure, on ne sait pas où pourrait être le fils Kadhafi même si selon le chercheur Hasni Abidi cité par RFI, Saïf al-Islam a peu de choix et a très probablement trouvé refuge à l'Est. «Or Benghazi est encore la proie des combats entre islamistes et forces pro-Haftar. Il reste donc deux grandes villes: Tobrouk et al-Baida, ville de la tribu de sa mère, et où se trouvent plusieurs de ses oncles », a-t-il expliqué sur cette radio.
En 2011, la Cour pénale internationale avait lancé à son encontre un mandat d'arrêt pour crimes contre l'humanité. Elle l'accuse d'avoir joué un rôle-clé dans la mise en oeuvre d'un plan conçu par son père visant à «réprimer par tous les moyens» le soulèvement soutenu par l’Otan. Mais la demande internationale est restée lettre morte, le fils du guide libyen ayant été jugé et condamné sur place. Un procès qui, selon le rapport de la Mission d'appui de l'ONU en Libye (MANUL) et du Haut Commissariat aux droits de l'homme (HCDH), «n'a pas respecté les normes internationales en matière de procès équitable». 

Peintre, architecte, réformiste...

Né le 25 juin 1972 à Tripoli, le «Glaive de l'Islam» -son nom en arabe- n'occupait pas de fonction officielle proprement dite à l’époque de son père mais a représenté plusieurs fois la Libye dans le cadre de négociations internationales. C'est notamment lui qui est intervenu lors des accords d'indemnisation des familles des victimes des attentats de Lockerbie en 1988 et du DC-10 d'UTA en 1989. L’ancien jet-setter, architecte et également titulaire d’un MBA en économie et management obtenu en Autriche, peintre à ses heures, qui était à la tête de la puissante «Fondation internationale Kadhafi», avait un temps symbolisé aux yeux des Occidentaux la possibilité d'une ouverture du régime. Il s'était en effet déclaré en faveur de réformes, mais lors de la guerre civile, il s'était engagé en faveur de la défense du système mis en place par son père.

Plongé dans le chaos depuis la chute du colonel Kadhafi en 2011, le pays est divisé en (au moins) deux camps. Le gouvernement d'entente nationale (GNA) de Tripoli (ouest), reconnu par l'ONU, est contesté par les forces du maréchal Khalifa Haftar, loyales à un gouvernement rival dans l'est de la Libye. Le groupe qui détenait Seif al-Islam serait d'ailleurs en froid avec le GNA...

Résultat, certains imaginent déjà que le fils du colonel Kadhafi puisse servir de recours dans le pays. Un nom qui pourrait unir l'Est et l'Ouest de la Libye à l'heure où les puissances occidentales, pourtant soutien théorique du GNA (à l'Ouest), semblent se tourner de plus en plus... vers le maréchal Haftar (à l'Est), soutenu par l'Egypte.

Un Kadhafi comme compromis ?
«Saïf al-Islam Kadhafi s'adressera prochainement à la nation et à la communauté internationale avec un appel à mettre un terme à la guerre intestine qui secoue la Libye depuis six ans», écrit Sputnik, le site russe, souvent présenté comme un moyen de propagande du Kremlin.


MANIFESTATION MASSIVE ACTUELLEMENT EN LIBYE EN SOUTIEN A SAIF AL ISLAM KADHAFI ET CONTRE LA CPI

Après 20 heures ce jeudi 22 Juin, 2017, des milliers de libyens sont sortis dans les rues contre la décision de la cour pénale internationale et pour soutenir leur leader Saif Al Islam KADAHFI. Les principaux rassemblement on lieu a l’ouest de libye , dans le sud, Sebha , ubari, ghat; brak el Shati, mais aussi à Tobrouk et a Zliten à 80 km de Misratta
Mathaba média reviendra rapidement sur ces événements...

mathaba média - le 23.06.2017
Source web : La Voix de la Libye


jeudi 22 juin 2017

Démocraties et sources du mal


Le terrorisme a longtemps été une forme de combat préférée parmi certains groupes, car il est beaucoup moins cher que les autres types de guerre. Pour faire appel à une armée, vous devez lui fournir des baraquements, des rations, des uniformes, de l’argent de poche, des soins médicaux et bien d’autres choses. Et alors, lorsque vous l’envoyez sur le terrain, ils préfèrent ne pas mourir. Un taux de perte de plus de 10% entraîne une chute du moral. En outre, pour qu’une armée soit efficace, elle doit se composer de personnes de premier ordre : intelligentes, n’ayant pas peur et en forme.

Ce n’est pas le cas du terrorisme. Ici, vous devez fournir seulement trois choses: un endoctrinement, une formation de base et des armes. Tout le reste – l’abri, la nourriture, les soins médicaux, l’argent de poche – sont fournis gratuitement par la société cible, une fois que le terroriste y a été inséré. Un taux de 100% de pertes est généralement considéré comme acceptable et ne cause pas de problèmes moraux, car le but explicite du terroriste est de mourir héroïquement.




"Heureusement que le ridicule ne tue pas : depuis la première guerre d'Afghanistan, les pays du Golfe comme les Etats-Unis ont armé et entretenu des groupes de prétendus « djihadistes » qui ont été déployés d'un pays à l'autre, en fonction des intérêts géopolitiques de Washington et de ses alliés. Ceci dit, ce n'est pas la première crise entre l'Arabie Saoudite et le Qatar, qui ont en commun comme doctrine d'Etat le wahhabisme. Et qui ont été ces dernières années en compétition très forte, en particulier depuis les soulèvements arabes de 2011, pour recueillir le fruit du détournement de ces révoltes en soutenant différentes mouvances de l'islam politique. L'influence du Qatar, via notamment ses centres d'études, ses think tanks et sa chaîne de télévision al-Jazeera, a visiblement pris trop d'importance pour une Arabie Saoudite qui cherche aujourd'hui, sans aucun complexe, à affirmer son emprise absolue et totale sur les pays arabes et aussi tous les Etats se définissant comme musulmans. Une emprise qui a débuté avec l'envolée des prix du pétrole en 1973, et qui a permis à Riyad de créer toutes les institutions nécessaires à cet effet - Ligue islamique mondiale, Banque islamique de développement, Conférence des Etats islamiques, etc. - qui ont été créé dès l'origine pour être des outils majeurs de lutte contre l'influence de l'URSS et du marxisme dans les rangs des jeunesses musulmanes, arabes ou non arabes de ce que l'on appelait alors le tiers-monde."






Co-auteur avec N. Chomsky d’un livre[«L’Occident terroriste, d’Hiroshima à la guerre des drones», éditions Ecosociété, mai 2015. ] qui a fait date, André Vltchek a publié une tribune[« Hillary Clinton is Spreading Islamist Extremism» ] où il dénonce la responsabilité de l’establishment américain et de ses principaux alliés dans le monde en matière de terrorisme transnational. D’emblée, il y donne le ton en affirmant que « si l’Occident en général, et les États-Unis en particulier, pliaient bagages et laissaient le monde arabo-musulman tranquille, nous ne verrions probablement plus jamais toutes ces attaques terroristes qui secouent aujourd’hui le monde, de l’Indonésie à la France ». Il soutient que « l’Islam a été usé et abusé, manipulé et pratiquement dépouillé de son essence ». Vltchek ajoute que « tel un enfant méchant, gâté et sans cœur, l’Occident, après avoir détruit l’Union soviétique, a soigneusement construit son nouvel ennemi -l’Islam militant- afin de pouvoir continuer à se livrer à son activité préférée qui est le conflit perpétuel, les guerres et les pillages sans fin ». Et que dire de la « guerre contre le terrorisme » ? Se demande-t-il: « Oui, une telle guerre existe bel et bien, mais ce n’est pas l’Occident qui la mène. Au moment d’écriture de ces lignes, la guerre contre le terrorisme est livrée par la Russie, l’Iran, la Chine, la Syrie, le Hezbollah et leurs alliés ! », tandis que l’Occident « continue de collaborer étroitement avec les terroristes. Comme par miracle, il ‘évite de les cibler’ lorsqu’il ‘est en guerre contre eux’; il finance les uns et entraîne les autres. Il critique et s’oppose à ceux qui sont réellement en train de combattre les groupes militants extrémistes ». Ceux-ci, dit-il, « ont été fabriqués à Washington, Riyad, Londres, Doha (et très probablement même à Tel Aviv) pour plusieurs raisons concrètes, toutes absolument immondes ». Et de conclure sa tribune en affirmant qu’ « il y a eu trop d’ ‘épisodes’[Allusion faite probablement aux « bavures » de certains raids aériens américains ayant coûté la vie à des soldats des armées irakienne et syrienne ou aux largages « par erreur » d’armes à Daech. ], trop de sang…il est temps de dire ce qui paraît désormais évident: l’establishment américain n’est pas en train de lutter contre le ‘terrorisme musulman’, ou même l’ ‘extrémisme’; il est en train de les fabriquer et de les injecter partout ».



L'information se confirme: l'Occident finance et soutient le terrorisme!

Par Daniel Vanhove


Pour ceux qui essaient de s'y retrouver dans les tumultes du monde actuel, les guerres qui ravagent le M-O et particulièrement celle de Syrie depuis mars 2011, donnent à mieux comprendre le jeu retors des puissances extérieures qui les alimentent.

Sous un départ qui s'apparentait à ce que d'aucuns nous ont vendu comme « les printemps arabes », cette terrible guerre fomentée et financée par l'Occident qui espérait la mettre à profit pour renverser le président B. al Assad et avoir ainsi un meilleur contrôle des réserves d'hydrocarbures et des oléoducs du pays, n'en finit pas de nous livrer les arcanes de ce qui se trame dans les couloirs obscurs des chancelleries.

Que l'on ne me rétorque pas que mon propos n'est pas étayé. Il y a aujourd'hui suffisamment de preuves qui attestent que c'est bien l'Occident qui est à la manœuvre derrière toutes ces pseudo révolutions populaires, tant au M-O qu'en Ukraine ou au Venezuela. Et les dernières déclarations du secrétaire d'Etat américain Tex Tillerson en sont l'illustration la plus flagrante, dès lors qu'il a dit devant le comité des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants : «... soutenir des éléments à l'intérieur de l'Iran pour une transition pacifique (ben, voyons !) du régime. » De tels propos sont évidemment inacceptables, mais ils ont l'avantage d'indiquer à ceux qui en doutaient encore, que ce sont bien nos pays qui agissent de manière « terroriste » sur la scène internationale, en intervenant en sous-main pour tenter via quelques ONG « colorées » ou groupuscules d'opposants de renverser des gouvernements qui ne nous conviennent pas afin d'y installer des pions plus dociles et corvéables moyennant quelques avantages. Cela s'apparente bien à des « complots », et nous pratiquons ainsi ce qu'il faut qualifier du seul nom qui convienne : le terrorisme d'Etat !

Les USA ont mis sur pied une coalition des plus douteuse à laquelle participent hélas nombre de pays européens via l'OTAN, ainsi que le gouvernement sioniste de Tel-Aviv en Palestine occupée. Cette coalition est intervenue en Syrie sans l'aval du gouvernement syrien. Il s'agit donc d'une violation flagrante de l'espace souverain syrien. En effet, lequel de ces pays la Syrie aurait-elle menacé pour qu'ils lui fassent la guerre ? Aucun ! Et l'UE s'est alignée en rampant comme une hyène face aux dictats yankees. Voilà les faits ! Voilà l'état de nos diplomaties européennes !

A l'inverse, le gouvernement syrien a demandé l'aide de la Russie, afin de contrer cette coalition contre laquelle son armée esseulée ne pouvait combattre par insuffisance de moyens. Ensuite, et vu la coalition mise en place par l'Occident, l'Iran et le Hezbollah libanais se sont également joints aux forces gouvernementales syriennes pour contrer les agressions de nos pays hostiles et belliqueux, toujours animés par cette arrogance propre à l'esprit colonial qui, décidément nous colle à la peau.

Depuis plus de six ans, le peuple syrien souffre d'une guerre qui se joue sur l'ensemble de son territoire, sans qu'il n'ait rien demandé à qui que ce soit. Des officines extérieures, principalement américaines et sionistes, ont longtemps préparé, formé, financé et armé des groupes de dissidents afin de provoquer un soulèvement du peuple, dans la foulée de ce qui se passait dans les pays voisins. Sauf que les incultes qui étaient à la manœuvre ne se sont pas aperçus que le Dr B. al Assad n'était ni S. Hussein, ni M. Khadafi... et que le peuple syrien est l'un des plus cultivés du monde arabe, capable d'une résistance et d'une résilience imprévues par ces « experts ».

Après avoir laminé l'Afghanistan, l'Irak, la Libye et y avoir semé le chaos et la désolation sous les fallacieux prétextes de « menaces terroristes » qui nous guettaient, le décor syrien marque l'arrêt de ces piètres scenarii relayés par la clique habituelle des intellos promus au rang de « spécialistes » en stratégie militaire et singulièrement dévoués à l'essor du sionisme. L'allié russe a dit STOP aux aventures occidentales sous couvert aisé des « Droits de l'Homme », et l'équilibre s'en trouve bouleversé, ce qui paraît sain dans un monde globalisé où un seul Etat devenu l'Empire ne peut prétendre à en être le seul gendarme, en fonction de ses stricts intérêts.

Par ailleurs, la Syrie, pays laïc où cohabitaient les différents courants religieux, peut assurément prétendre à une certaine forme de démocratie si l'on concède cette appellation à Israël qui ne s'embarrasse pas de discriminer une large partie de sa population ; pratique l'apartheid à l'encontre de millions d'habitants palestiniens, sans parler des villages non-reconnus et ne figurant même pas sur les cartes routières sous prétexte que ce sont des Arabes qui les habitent ; jette et détient de manière arbitraire des mineurs en prisons où y sont pratiquées la torture ; procède à des punitions collectives ce qui est interdit par les Traités internationaux (ihl-databases.icrc.org) ; étrangle depuis 10 ans la population de Gaza qui n'a plus d'électricité que 2 heures par jour ; ne respecte aucune des Résolutions de l'ONU. Et j'en passe... Aucun gouvernement ne s'autoriserait un tel comportement sans être mis au ban de la société des Nations et subir sanctions et menaces diverses émanant de tous bords. C'est dire combien les notions de Démocratie et de Justice sont piétinées par de tels agissements, et combien les citoyens s'en méfient tant elles sont galvaudées par le microcosme politico-médiatique qui non seulement laissent perdurer ces exemples désastreux, mais pire, les alimentent ! (legrandsoir.info)

Ce que l'on apprend au fil des mois de ce qui se passe en Syrie est absolument confondant. Et il faut souligner combien le Droit international est mis à mal par ceux-là mêmes qui dénoncent toujours chez les autres, des comportements qu'ils pratiquent eux-mêmes et à grande échelle.

Mais ce qui dépasse l'entendement, ce sont ces révélations au fil des mois, où l'on voit les USA et cette coalition - donc, nos pays ! - soutenir les groupes qu'ils qualifient eux-mêmes de « terroristes » (Daesh, l'E.I., al-Nosra and c°...) qu'ils affirment combattre par tous les moyens...; ainsi qu'Israël financer directement et soigner les mercenaires issus de ces mêmes groupes ! (http://presstv.com/DetailFr/2017/06/21/526020/IsralAl-Nosra-rvlations-russes).

De plus, si cette criminelle coalition ne s'embarrasse pas des « dégâts collatéraux » lors de ses bombardements qui font des milliers de tués civils, elle aide et évacue directement les chefs de Daesh quand ceux-ci perdent du terrain et tentent d'échapper à l'alliance mise en place par le gouvernement syrien (http://presstv.com//DetailFr/2017/06/14/525261/Raqqa-Syrie-Commandants-de-Daech-hliports-par-les-USA-Etats-Unis).

Pourquoi nos médias et les « pleureuses d'Alep » d'il y a quelques mois passent-ils sous silence ces bombardements que s'autorisent les chasseurs US à l'encontre de l'armée régulière syrienne dès lors que celle-ci menace les positions de Daech ? Ou quand un F-16 américain abat un SU-22 syrien, comme cela s'est encore passé ce dernier week-end. Une telle collusion avec des fanatiques est inadmissible !

A chaque réunion officielle et/ou sommet international, les gouvernements de « nos exemplaires démocraties » dénoncent le terrorisme, mais dans l'ombre et sur le terrain, le soutiennent activement... Tout cela, faut-il le rappeler, avec l'argent de nos impôts ! Comment accepter un tel état de faits !? (arretsurinfo.ch) Comment se prêter encore au jeu infâme de ces cérémonies posthumes où les responsables de nos gouvernements pleurent quelques larmes de crocodile sur fond d'hymne national à la mémoire de civils pris pour cibles, quand dans les coulisses, ils arment et financent le terrorisme !? L'on voit clairement que les victimes du terrorisme dans nos pays sont le résultat direct des collusions de nos Etats avec les groupes terroristes qu'ils soutiennent sur le terrain des opérations. Ces funestes choix politiques se retournent contre nous de la société civile, qui les essuyons de plus en plus souvent. Qui donc aura le courage de le dénoncer avec force !? Qui donc mettra ces responsables politiques face à leurs impostures afin qu'une procédure soit intentée à leur encontre !? Qui interpellera ces élus pour leur dire que de tels agissements méritent une condamnation sans aucune circonstance atténuante !?

Le constat est donc sans appel : oui, nos Etats occidentaux assassinent leur propre population par soutien direct au terrorisme international !

Daniel Vanhove

Le21.06.17

Source : Mondialisation.ca
mondialisation.ca


mercredi 21 juin 2017

Les sales guerres américaines

 massacres, phosphore et uranium appauvri






par Christine Abdelkrim-Delannele

Intervention sans mandat, bombardements de civils, utilisation d'armes illégales au phosphore et à l'uranium appauvri, de nouveaux crimes de guerre viennent s'ajouter à une liste déjà très longue. La guerre menée par les États-Unis et leurs alliés est, comme en Irak en 1991, une « sale guerre » qui ne dit pas son nom.

Alors que les grands média internationaux se sont déchaînés sur la bataille d'Alep, accusant l'armée syrienne et ses alliés russes de divers « crimes de guerre » dont il s'est avéré, depuis, qu'il s'agissait de « fake news » diffusées par les forces rebelles, un grand silence entoure les opérations menées à Raqua (contrôlée par l'EI) par les Forces démocratiques syriennes (à majorité kurde), armées et soutenues par les bombardements de la coalition américaine. Une commission d'enquête de l'ONU présidée par Paulo Sergio Pinheiro, vient, cependant, de faire état de 300 victimes civiles, au moins, et du déplacement forcé de quelque 160 000 personnes.

« Nous n'avons relevé que les victimes des bombardements, soit environ 300 civils, dont 200 sur un même lieu, le village d'al-Mansoura », a déclaré Karen Koning AbuZayd, l'un des membres de la commission. Le Pentagone, qui intervient sans mandat de l'ONU et sans accord du gouvernement syrien, parle d' « opération de niveau limité ». Les Américains ont, en outre, attaqué les forces syriennes gouvernementales au cours des dernières semaines, à plusieurs occasions, sous prétexte de « protéger (ses) alliés FDS ».

Le massacre des civils par les forces américaines et alliées est d'un tel niveau que même l'organisation Human Rights Watch (HRW), très pro étasunienne, s'est vue obligée de critiquer les conséquences des opérations à Raqqa sur la population civile. HRW a, également dénoncé le largage de bombes à phosphore blanc, illégales, par l'armée des EU sur des zones résidentielles.

Uranium appauvri

Il est, en outre, aujourd'hui certain, que l'armée des EU utilise des munitions à l'uranium appauvri qu'elle avait expérimentées lors de la première guerre d'Irak, en 1991. À ce titre, la Serbie vient de charger une équipe d'avocats de réunir les éléments d'une plainte contre l'OTAN qui avait déversé entre 10 et 15 tonnes d'uranium appauvri au cours des bombardements, en 1999. Elle envisage de demander aux dix-neuf pays membres de l'OTAN à cette époque, des compensations au titre de la catastrophe écologique et sanitaires (cancers et autres pathologies), de fournir la technologie et l'équipement nécessaires à la dépollution des zones contaminées et des traitements médicaux.

Après la guerre du Kossovo, en 1999, le Parlement européen avait réclamé, le 24 janvier 2001,
l'interdiction de la fabrication, des essais, de l'utilisation et de la vente d'armes à l'uranium appauvri « afin de préserver les générations présentes et futures ». En outre, la directive 96/29/Euratom stipule que tout produit dépassant une concentration de 10 000 becquerels par kilogramme, doit être confiné. L'uranium appauvri présente une concentration 1500 fois supérieure à cette limite.

Une loi fédérale aux EU (titre 50, chapitre 40, article 2302) stipule que les armes à l'uranium appauvri correspondent à la définition des armes de destruction massive pour deux des trois de leurs critères.
Depuis la guerre d'Irak, les Étasuniens et leurs alliés occidentaux n'ont jamais cessé d'utiliser ce type de munitions. Ils n'ont jamais reconnu, malgré toutes les preuves scientifiques et les enquêtes épidémiologiques, les conséquences de l'utilisation de munitions à l'uranium appauvri sur l'environnement et les populations.

Le cas français

En France, pays qui a produit et utilisé ces armements, la mission parlementaire d'information, présidée par Bernard Cazeneuve, ex-Premier ministre socialiste, a conclu, en 2001, à l'innocuité de l'UA, malgré les éléments apportés, alors, par l'association AVIGOLFE (Association des Victimes civiles et militaires de la Guerre du Golfe) et les scientifiques dont elle s'était entourée. Bernard Cazeneuve a sans aucun doute, été le défenseur le plus acharné du ministère français de la Défense, dans cette affaire, niant sans nuance l'ensemble des conséquences de la « sale guerre » du Golfe sur la santé des populations et des hommes sur le terrain, soit un ensemble de pathologies identifiées au regard de facteurs chimiques, biologiques et nucléaires.

Quinze ans plus tard, et malgré le travail remarquable de la juge d'instruction Marie-Odile Bertella-Geoffroy, « débarquée » en 2013, de son poste au pôle santé du tribunal de grande instance de Paris, les plaintes contre X déposées par les victimes ou leur famille dans le cas de décès, ont, en 2016, « bénéficié » d'un non-lieu. Dossier classé sans suite, donc, par le nouveau juge du Pôle santé de la Justice française, comme l'ont été ceux liés au scandale de la « vache folle » ou de l'amiante, qui avaient été également instruits par la juge Bertella-Geoffroy.

Le 16 juin 2017


http://www.afrique-asie.fr/

dimanche 18 juin 2017

"Le vrai est un moment du faux"



“Le gouvernement du spectacle, qui à présent détient tous les moyens de falsifier l’ensemble de la production aussi bien que de la perception, est maître absolu des souvenirs comme il est maître incontrôlé des projets qui façonnent le plus lointain avenir. Il règne seul partout; il exécute ses jugements sommaires.” Guy Debord



MÉMOIRES Internationale Situationniste de Guy Debord et Asger Jorn (1958)



Le concept, encore jeune, de désinformation a été récemment importé de Russie, avec beaucoup d’autres inventions utiles à la gestion des États modernes. Il est toujours hautement employé par un pouvoir, ou corollairement par des gens qui détiennent un fragment d’autorité économique ou politique, pour maintenir ce qui est établi; et toujours en attribuant à cet emploi une fonction contre-offensive. Ce qui peut s’opposer à une seule vérité officielle doit être forcément une désinformation émanant de puissances hostiles, ou au moins de rivaux, et elle aurait été intentionnellement faussée par la malveillance. La désinformation ne serait pas la simple négation d’un fait qui convient aux autorités, ou la simple affirmation d’un fait qui ne leur convient pas: on appelle cela psychose. Contrairement au pur mensonge, la désinformation, et voilà en quoi le concept est intéressant pour les défenseurs de la société dominante, doit fatalement contenir une certaine part de vérité, mais délibérément manipulée par un habile ennemi. Le pouvoir qui parle de désinformation ne croit pas être lui-même absolument sans défauts, mais il sait qu’il pourra attribuer à toute critique précise cette excessive insignifiance qui est dans la nature de la désinformation; et que de la sorte il n’aura jamais à convenir d’un défaut particulier.

En somme, la désinformation serait le mauvais usage de la vérité. Qui la lance est coupable, et qui la croit, imbécile. Mais qui serait donc l’habile ennemi ? Ici, ce ne peut pas être le terrorisme, qui ne risque de «désinformer» personne, puisqu’il est chargé de représenter ontologiquement l’erreur la plus balourde et la moins admissible. Grâce à son étymologie, et aux souvenirs contemporains des affrontements limités qui, vers le milieu du siècle, opposèrent brièvement l’Est et l’Ouest, spectaculaire concentré et spectaculaire diffus, aujourd’hui encore le capitalisme du spectaculaire intégré fait semblant de croire que le capitalisme de bureaucratie totalitaire — présenté même parfois comme la base arrière ou l’inspiration des terroristes — reste son ennemi essentiel, comme aussi bien l’autre dira la même chose du premier; malgré les preuves innombrables de leur alliance et solidarité profondes. En fait tous les pouvoirs qui sont installés, en dépit de quelques réelles rivalités locales, et sans vouloir le dire jamais, pensent continuellement ce qu’avait su rappeler un jour, du côté de la subversion et sans grand succès sur l’instant, un des rares internationalistes allemands après qu’eut commencé la guerre de 1914: «L’ennemi principal est dans notre pays». La désinformation est finalement l’équivalent de ce que représentaient, dans le discours de la guerre sociale du XIXe siècle, «les mauvaises passions». C’est tout ce qui est obscur et risquerait de vouloir s’opposer à l’extraordinaire bonheur dont cette société, on le sait bien, fait bénéficier ceux qui lui ont fait confiance; bonheur qui ne saurait être trop payé par différents risques ou déboires insignifiants. Et tous ceux qui voient ce bonheur dans le spectacle admettent qu’il n’y a pas à lésiner sur son coût; tandis que les autres désinforment.



L’autre avantage que l’on trouve à dénoncer, en l’expliquant ainsi, une désinformation bien particulière, c’est qu’en conséquence le discours global du spectacle ne saurait être soupçonné d’en contenir, puisqu’il peut désigner, avec la plus scientifique assurance, le terrain où se reconnaît la seule désinformation: c’est tout ce qu’on peut dire et qui ne lui plaira pas.


C’est sans doute par erreur — à moins plutôt que ce ne soit un leurre délibéré — qu’a été agité récemment en France le projet d’attribuer officiellement une sorte de label à du médiatique «garanti sans désinformation»: ceci blessait quelques professionnels des media, qui voudraient encore croire, ou plus modestement faire croire, qu’ils ne sont pas effectivement censurés dès à présent. Mais surtout le concept de désinformation n’a évidemment pas à être employé défensivement, et encore moins dans une défensive statique, en garnissant une Muraille de Chine, une ligne Maginot, qui devrait couvrir absolument un espace censé être interdit à la désinformation. Il faut qu’il y ait de la désinformation, et qu’elle reste fluide, pouvant passer partout. Là où le discours spectaculaire n’est pas attaqué, il serait stupide de le défendre; et ce concept s’userait extrêmement vite à le défendre, contre l’évidence, sur des points qui doivent au contraire éviter de mobiliser l’attention. De plus, les autorités n’ont aucun besoin réel de garantir qu’une information précise ne contiendrait pas de désinformation. Et elles n’en ont pas les moyens: elles ne sont pas si respectées, et ne feraient qu’attirer la suspicion sur l’information en cause. Le concept de désinformation n’est bon que dans la contre-attaque. Il faut le maintenir en deuxième ligne, puis le jeter instantanément en avant pour repousser toute vérité qui viendrait à surgir.


Si parfois une sorte de désinformation désordonnée risque d’apparaître, au service de quelques intérêts particuliers passagèrement en conflit, et d’être crue elle aussi, devenant incontrôlable et s’opposant par là au travail d’ensemble d’une désinformation moins irresponsable, ce n’est pas qu’il y ait lieu de craindre que dans celle-là ne se trouvent engagés d’autres manipulateurs plus experts ou plus subtils: c’est simplement parce que la désinformation se déploie maintenant dans un monde où il n’y a plus de place pour aucune vérification.


Le concept confusionniste de désinformation est mis en vedette pour réfuter instantanément, par le seul bruit de son nom, toute critique que n’auraient pas suffi à faire disparaître les diverses agences de l’organisation du silence. Par exemple, on pourrait dire un jour, si cela paraissait souhaitable, que cet écrit est une entreprise de désinformation sur le spectacle; ou bien, c’est la même chose, de désinformation au détriment de la démocratie.


Contrairement à ce qu’affirme son concept spectaculaire inversé, la pratique de la désinformation ne peut que servir l’État ici et maintenant, sous sa conduite directe, ou à l’initiative de ceux qui défendent les mêmes valeurs. En fait, la désinformation réside dans toute l’information existante; et comme son caractère principal. On ne la nomme que là où il faut maintenir, par l’intimidation, la passivité. Là où la désinformation est nommée, elle n’existe pas. Là où elle existe, on ne la nomme pas.


Quand il y avait encore des idéologies qui s’affrontaient, qui se proclamaient pour ou contre tel aspect connu de la réalité, il y avait des fanatiques, et des menteurs, mais pas de « désinformateurs ».


Quand il n’est plus permis, par le respect du consensus spectaculaire, ou au moins par une volonté de gloriole spectaculaire, de dire vraiment ce à quoi l’on s’oppose, ou aussi bien ce que l’on approuve dans toutes ses conséquences; mais où l’on rencontre souvent l’obligation de dissimuler un côté que l’on considère, pour quelque raison, comme dangereux dans ce que l’on est censé admettre, alors on pratique la désinformation; comme par étourderie, ou comme par oubli, ou par prétendu faux raisonnement. Et par exemple, sur le terrain de la contestation après 1968, les récupérateurs incapables qui furent appelés «pro-situs» ont été les premiers désinformateurs, parce qu’ils dissimulaient autant que possible les manifestations pratiques à travers lesquelles s’était affirmée la critique qu’ils se flattaient d’adopter; et, point gênés d’en affaiblir l’expression, ils ne citaient jamais rien ni personne, pour avoir l’air d’avoir eux-mêmes trouvé quelque chose.

Guy Debord, chapitre XVI de Commentaires sur "La societé du spectacle"
1988 - Éditions Gérard Lebovici






De la désinformation à la post-vérité


Par François-Bernard Huyghe


La propagande, par définition séduisante et ostensible, se veut positive (votez, militez..). Elle vante les réalisations d’un régime ou exalte le camp du bien. La désinformation, offensive et secrète dans ses mécanismes, est une falsification destinée à tromper l’opinion (et surtout à délégitimer l’autre) ; elle se distingue de la simple intoxication des dirigeants adverses (leur fournir de faux tuyaux pour les pousser à de mauvaises décisions) par la largeur de sa cible. Le terme désinformation est apparu au temps de la guerre froide, même si, la pratique de la tromperie et du stratagème est bien plus ancienne : des théoriciens comme Enée le Tacticien ou le Chinois Sun Tzu en traitaient, dès l’Antiquité.
Mais la dénonciation d'une méthode destinée à tromper, démoraliser et diviser le camp adverse, et liée aux mass médias modernes est relativement récente. Vladimir Volkoff essaie – dans Le montage, Grand prix du Roman de l’Académie française en 1982 - de cerner les principales méthodes de la désinformation. En 1997, sa "Petite histoire de la désinformation" en donne une définition, « une manipulation de l’opinion publique, à des fins politiques avec une information traitée par des moyens détournés ». La désinformation suppose la propagation d’une information fabriquée en vue d’un effet déstabilisateur (sur un gouvernement, une entreprise, un mouvement d’idées). Dans mon ouvrage "L’ennemi à l’ère numérique", j’avais proposé : « la désinformation. consiste à propager délibérément des informations fausses en les faisant apparaître comme venant de source neutre ou amie pour influencer une opinion et affaiblir un adversaire ». Soulignons qu'elle est d'abord pratiquée par des services d'État avant de passer dans les mains d'agences d'influence (des "officines" mais avec une grosse surface sociale) dans les années 90.

FALSIFICATION D'ÉTAT

L’un des cas les mieux connus et quasi inaugural de la disinformatzya d'État est celui du massacre de Katyn, perpétré par les hommes du NKVD soviétique ; ils ont exécuté des milliers d’officiers et de cadres polonais dans une forêt de Biélorussie où les Allemands ont découvert l’immense charnier en 1943. Ce crime est imputé à la Wehrmacht par les Soviétiques lors du procès international de Nuremberg contre les dirigeants nazis. Au cours des années soixante, un assez large consensus semblait s’établir à ce propos, y compris chez certains historiens, dont Alain Decaux lui-même. Il a fallu la fin de l’URSS et l’aveu de la culpabilité soviétique par Mikhaïl Gorbatchev pour que la vérité s’impose. Durant la guerre froide, les partis communistes, au moment de la Guerre de Corée lancent une campagne accusant les Américains de recourir à la guerre bactériologique, ce qui valut au général Ridgway son surnom de « Ridgway la Peste ». Dans le même esprit, au cours des années 1980, se développe le bruit que le virus du SIDA aurait conçu dans un laboratoire américain au contrôle duquel il aurait échappé. La guerre froide a ainsi été particulièrement favorable au développement de la désinformation. La désinformation diabolise souvent.

Pendant la guerre froide, les Congrès pour liberté de la culture, organisés par le mouvement anticommuniste mondial, relèvent plus de la public diplomacy, la guerre culturelle et idéologique ; ils ont remporté de notables succès en mobilisant des intellectuels tels que Raymond Aron ou Thierry Maulnier mais comment désinformer la Pravda ? Avec la chute de l’URSS et l’avènement éphémère d’un monde unipolaire sous l’hégémonie nord-américaine, la désinformation est intégrée dans la panoplie occidentale. Cela consiste souvent à imputer à l’adversaire des crimes imaginaires.
Le cas le plus exemplaire est sans doute, en 1990, celui des bébés arrachés aux couveuses et agonisant sur le sol d’une maternité koweitienne. Une remarquable enquête de la télévision canadienne a montré qu’il s’agissait d’un montage grossier : « l’infirmière » éplorée qui racontait l’épisode était en fait la fille de l’ambassadeur koweitien à Washington, de plus absente du Koweit au moment des faits présumés. Une agence de communication avait fabriqué de bout en bout ce récit destiné à discréditer le régime de Saddam Hussein et à justifier l’intervention militaire sous l’égide américaine avec l’accord de l’ONU. Il y avait eu, en 1989, le précédent du charnier de Timisoara - où l’on « découvrait » des milliers de victimes du régime - utilisé pour accélérer l’élimination du président roumain Ceausescu, tout comme les rumeurs répandues sur l’omnipotente Securitate, la police du régime. L’effet recherché est rapidement atteint et l’on ne s’aperçoit qu’ensuite de l’énormité des mensonges avancés (cadavres « empruntés » à une morgue, etc.). Les mêmes procédés furent utilisés pour discréditer le pouvoir serbe à la fin des années 1990, notamment au Kosovo. Les massacres de « civils » imputés aux Serbes et les images de trains « déportant » les Kosovars, qui avaient vocation à rappeler de manière subliminale les déportations de la seconde guerre mondiale, furent largement utilisés et l’on se souvient des insultes lancées contre Régis Debray pour avoir eu le malheur de constater, dans un témoignage donné au Monde, que la vie était tout à fait normale à Pristina. Que dire des accusations de détention d’armes nucléaires et chimiques lancées contre Saddam Hussein par Colin Powell devant l’Assemblée générale des Nations Unies ? C’était pour justifier, en 2003 cette fois, la seconde intervention américaine contre l’Irak. La désinformation peut s’inscrire dans le champ des rivalités économiques. On voit bien comment des acteurs américains ont su compromettre la réussite commerciale du Concorde et il en va de même des manoeuvres dirigées contre un groupe comme Total, concurrent des majors anglo-saxonnes sur le terrain pétrolier. En même temps, certaines actions de désinformation sont devenues, au fil du temps, plus faciles à décrypter, à la fois parce que le phénomène est mieux connu, notamment en économie, et parce que les ressources du Net vont permettre une vérification par tous.

DÉMOCRATISATION DU FAUX

Le phénomène le plus remarquable de ces dernières années réside sans doute dans la « démocratisation » de la désinformation sur les réseaux sociaux. Elle est utilisée dans tous les sens et bénéficie des possibilités qu’offre la technique contemporaine. On peut réaliser en numérique des faux remarquables, notamment en matière de photographies, les diffuser et les faire reprendre par sa « communauté », mais leur repérage est également techniquement plus facile ; ainsi se développent parallèlement les possibilités de diffusion ou de dénonciation sur les réseaux sociaux ; les méthodes de vérification aussi sont assez aisées à mettre en oeuvre. Reste que la désinformation sur ces nouveaux supports explose du fait d’initiatives d’individus ou de groupes idéologiques : ils compensent leur faible représentativité politique par un activisme très soutenu sur la toile, sans oublier les actions qui continuent à conduire les Etats.



Une proportion (que certains sondages estiment à 15%) du public ne croit plus au discours médiatique dominant, et se persuade que celui-ci véhicule pour l’essentiel des mensonges au service d’intérêts inavouables : cela encourage les internautes à chercher la vérité « ailleurs ». Le cas des attentats du 11 septembre 2001 est à cet égard exemplaire. Sans apporter des interprétations alternatives cohérentes, des milliers d’internautes ont mis en doute le discours « officiel » concernant l’événement. Et ce avec un certain succès entretenu par les doutes apparus à propos de l’enquête ou des légèretés pointées quant à l’action des services de renseignement... Le complotisme correspond à un système mental ; il offre une relecture des événements sur la base d’une démarche a priori hypercritique (coïncidences bizarres, contradictions dans la « version officielle », etc.) mais qui aboutit à la conclusion que tout est truqué par des manipulateurs tout-puissants (services gouvernementaux, sociétés secrètes...). Le problème de cette pseudo-explication est qu’un trucage de cette ampleur impliquerait beaucoup trop de monde, des milliers de complice parfaits et qui gardent le silence des années. Ce n’est guère crédible, quand on pense à ce qu’impliquerait la falsification du 11 septembre. Plus généralement, « tout » ne peut avoir une cause unique, elle-même réductible à la volonté d’une minorité. Il faut compter, dans l’Histoire, avec le hasard et l’imprévu : les prospectives imaginées dans le passé se sont bien rarement confirmées dans les faits à l’horizon ne serait ce que de quelques décennies. A fortiori les plans de conquête du monde ou des esprits.
Ne confondons pas le « système » en place, au sens d’une réalité qui combine la soumission des intérêts économiques ou sociaux et le pouvoir d’une nomenklatura politico-médiatique qui se présente comme autorité morale exclusive, et, d’autre part, un supposé « complot », thèse qui séduit incontestablement des groupes et des réseaux importants mais qui s’effondre sous l’inflation des explications concurrentes. Le complotisme, en somme, c’est imaginer que tout est désinformation, sauf un fait imaginaire : qu’un groupe d’hommes tout puissants puisse entièrement mettre en scène le réel.
Parallèlement, la désinformation étant ainsi banalisée, à portée de souris, l’accusation de désinformation portée contre toute thèse qui contrarie la vision idéologique dominante prospère. C’est l’escalade dans l’accusation mutuelle de désinformation : le manipulateur c’est l’autre.
...

L’Etat et les élites tendent à dénoncer le « danger intellectuel » et moral du « complotisme », à exploiter cet argument sur le terrain idéologique et, par là, à disqualifier la critique comme produit d’esprit paranoïaques (ou de malheureux naïfs égarés par les délires qui traînent sur Internet). C’est sur ce terrain qu’est notamment attaqué l’intellectuel américain Noam Chomsky, critique redoutable du modèle états-unien. Or il y a quand même une différence entre dénoncer le pouvoir de la finance et croire au pouvoir occulte des Illuminati ou des extra-terrestres.
L’accusation de « complotisme » se transforme en argument incapacitant pour borner le débat aux propositions « acceptables ». L’usage du mot peut se comparer à celui du terme « populisme » utilisé, sans avoir fait l’objet d’une définition précise, contre tous ceux remettent en cause l’ordre établi dans la sphère occidentale. En économie, le seul discours ayant droit de cité dans le cadre du libéralisme dominant est présenté par les « experts » du « cercle de la raison », sans que les tenants de propositions alternatives aient vraiment voix au chapitre. Ceci reflète en retour l’incapacité des « élites » dominantes à comprendre que l’on puisse s’opposer à elles, sauf à être considéré comme des victimes de la « désinformation » ou des fakes. Pour reprendre la formule de Guy Debord, « le vrai est devenu un moment du faux » ; mais il y a une consolation :, l’accès rapide aux énormes archives que la technologie rend accessibles suscite des situations nouvelles. Notamment celles révélée par l’affaire des « lanceurs d’alerte ». J. Assange, E. Snowden ou le soldat Bradley : ces gens étaient intégrés dans des bureaucraties telles que l’Armée ou la NSA, et, par un scrupule moral qui les conduit à détruire leur vie, ils diffusent des documents authentiques révélant des crimes ou des dysfonctionnements. Les révélations de ces nouveaux dissidents sont relayées et expliquées par des titres de la presse mondiale. La technologie et la production par les bureaucraties de gigantesques archives numériques impliquent ce risque de diffusion : le même principe vaut aussi, on l’a vu récemment pour l’Etat islamique.
Dans le « brouillard du réel », il est facile de construire autour d’un groupe une version particulière d’une réalité qui fait l’objet d’interprétations concurrentes et de se renforcer collectivement dans ses convictions. Nous sommes ainsi passés au stade où l’on se réfère théoriquement au même monde, mais chacun produisent des images radicalement différentes de la réalité.

FAKES ET COMPLOTS

L'anti-complotisme se modernise sous forme de dénonciation de la post-vérité et de chasse aux "fakes". Post-vérité ? Cela sonne paradoxal : y eut-il jamais une ère de la vérité où politiciens, médias, communicants, officines et autres aient dit vrai ? Un âge sans rumeurs, désinformation, ou impostures ? Pourtant l'expression a tant fleuri en anglais, "post-truth", que l'Oxford dictionnary l'a consacrée "mot de l'année 2016". Il expliquerait le succès du Brexit ou de Trump : des fausses nouvelles ou "fakes" en ligne responsables d'un vote contraire aux choix rationnels (Remain, Clinton), moquant toute notion d'expertise, d'autorité ou de vérification. En France, dire "nous sommes à l'ère de la post-vérité" sur un plateau de télévision, prélude souvent à la dénonciation d'une rumeur en ligne (financements imaginaires à E. Macron ou abus supposés des migrants). Et reflète la surprise, non dénuée de mépris de classe, que les électeurs (ou du moins les populistes mélanchonistes ou marinistes) croient pareilles absurdités au lieu d'écouter les sachants.
Le concept de "post-vérité" offre en fait au moins trois niveaux d'interprétation.
Le discours "accusatoire" contre l'impudence des démagogues et sophistes qui abusent les masses. Ainsi Trump affirmant que plus d'un million de votes illégaux avaient été à sa rivale, ou la porte-parole soutenant que l'investiture de Trump avait rassemblé plus de monde que jamais. Contre-évidences dont les médias feraient forcément des gorges chaudes preuves à l'appui. Mais la théorie du culot éhonté n'explique rien : le problème n'est pas qu'il y ait des fabulateurs, mais qu'ils soient crus et ce contre l'opinion/réfutation inverse quasi unanime des mass médias.
Le discours "décadendiste" sur le sens moral affaibli (sous l'effet du relativisme, de la téléréalité, de la perte de l'éthique républicaine ?). Les gens seraient moins abusés par des mensonges d'autrui qu'indifférents à l'idée même de vérité, goguenards devant toute compétence et prêts à croire tout ce qui satisfait leurs passions. "L'ère de la post-vérité", tel était le titre d'un livre de 2004 (R. Keyes) et qui se référait à des travaux fort sérieux sur le "bullshit" (dont la traduction française la plus polie serait "baratin") tel "On Bullshit" du philosophe H.G. Frankfurt. La thèse était en effet qu'au-delà du simple mensonge (relation délibérément erronée de faits que l'on sait vrais), s'imposait socialement une rhétorique déconnectée de la réalité, pourvu qu'elle séduise ou qu'elle sidère. Nos sociétés où tout est affaire d'image et où règne l'insignifiance produirait donc à la chaînes des individus qui enjolivent leur propre image, s'attachent à tout ce qui brille et croient volontiers tout ce qui correspond à leur fantasmes.

Le discours "technologique" pointant la faute des réseaux sociaux. Ils permettent non seulement de produire de pseudo nouvelles ou des images truquées avec uns simple logiciel, mais aussi de les diffuser par des relais et de faire coopérer des réseaux (qui "likent", recommandent, citent, créent des liens, etc. ). Le faux s'est démocratisé, au stade de la fabrication, de la diffusion ou de la réception. Des algorithmes recommandent des contenus comparables à ceux que l'on vient de recevoir et, par un effet de "bulle", (chaque communauté tend à s'isoler, chacun se rapprochant de plus en plus avec ceux qui confirment ses préjugés) la vérité se perdrait donc dans le cyberespace. Le réel serait à la carte, en somme, puisque toutes les versions sont disponibles.
D'où la panique des médias classiques qui traquent les "fakes" proliférant en ligne, rectifient les erreurs du peuple naïf, chassent les intox et ramènent au cercle de la raison. Comme si, leur fonction de "gardes-barrières" d'une information qu'ils recueillaient puis répandaient étant menacée, il devaient garder le contrôle sur l'information sauvage venue d'en-bas, celle que chacun s'approprie et que tous bricolent à leur gré. La lutte contre la post-vérité disqualifie toute opinion anti-élitiste comme irrationnelle et s'accorde le monopole de la vérification.
Ce qui ne manque pas de nourrir le conspirationisme en un cercle vicieux.

Au stade actuel, la dénonciation des falsifications commence à tenir une place incroyable dans les médias classiques. Prenons un exemple (6 juin 2017), à la veille du deuxième tour des élections présidentielles françaises. Après des pages entières consacrées aux erreurs et mensonges de Marine le Pen pendant le débat télévisé avec Emmanuel Macron, on apprend le même jour :
Qu'il y aurait une intox qui circulerait sur les groupes qui ont chahuté la candidate à Reims
Que certains croiraient qu'Emmanuel Macron avait une oreillette pendant le débat
Que, deux jours après l'accusation fait à Macron d'avoir un compte aux Bahamas, des documents (vrais, faux, un mélange des deux ?) piratés sur son site informatique circulent sur les réseaux sociaux, une affaire qui semble faire écho à celles des mails du parti démocrate en 2016.
Qu'il y a deux versions contradictoires d'une déclaration de Marine le Pen, traitant ou pas François Fillon de merde pour un journal italien
Que des médias russes veulent poursuivre Emmanuel Macron pour falisification.
Etc.

De tout cela, on peut conclure suivant son orientation idéologique, soit qu'Emmanuel Macron candidat de la vérité est l'objet d'une opération gigantesque de désinformation menée par une coalition russo-mariniste, soit qu'il est très habile à le faire croire et pratique génialement ce que l'on nommait autrefois "métapropagande", c'est-à-dire l'art de dénoncer tout ce qui lui est défavorable comme émanant de la propagande ennemie (et quiconque y croit comme une victime d'un opération de falsification).
Mais la véritable question est qu'une part considérable de l'attention médiatique (entendez celle des médias "classiques" ou "mainstream") est consacrée désormais à la lutte contre les réseaux sociaux et leurs contenus présumés faux et répondant à un dessein de déstabilisation stratégique (ce que l'on aurait nommé autrefois la subversion).
La bataille idéologique se déroule désormais autour de la "fuite" (corollaire de notre culte de la transparence), du faux et de l'incrédulité de masse. 


Source : huygue.fr

vendredi 16 juin 2017

Au nom de la Terre Mère





 « Le pouvoir pour le peuple » ne peut être mis en pratique que lorsque le pouvoir exercé par les élites sociales se dissout dans le peuple » Murray Bookchin






…/...

La destruction et la mort sont le combustible de la grande machine du Capital.

Et ils ont été, ils sont et ils seront inutiles, les efforts pour « rationaliser » son fonctionnement, pour l’« humaniser ». L’irrationnel et l’inhumain sont ses pièces centrales. Il n’y a pas d’arrangement possible. Il n’y en a pas eu auparavant. Et ce n’est pas non plus possible maintenant d’atténuer son cours criminel.

L’unique façon d’arrêter la machine c’est de la détruire.

Dans la guerre mondiale actuelle, la dispute est entre le système et l’humanité.

C’est pour ça que la lutte anticapitaliste est une lutte pour l’humanité.

Ceux qui prétendent encore « arranger » ou « sauver » le système, en réalité nous proposent le suicide massif, global, comme sacrifice posthume au Pouvoir.

Mais à l’intérieur du système il n’y a pas de solution.

Et ne suffisent plus ni l’horreur, ni la condamnation, ni la résignation, ni l’espoir de se dire que le pire est passé et que les choses ne pourront que s’améliorer.

Non. Ce qui est sûr c’est que ça va devenir pire.

C’est pour ces raisons, plus celles que chacun rajoute au vu de ses calendriers et ses géographies particulières, qu’il faut résister, qu’il faut se rebeller, qu’il faut dire « non », qu’il faut lutter, qu’il faut s’organiser.

C’est pour ça qu’il faut faire se lever le vent d’en bas avec résistance et rébellion, avec organisation.

C’est seulement ainsi que nous pourrons survivre. Seulement ainsi qu’il sera possible de vivre.

Et seulement alors, comme le fut notre parole il y a vingt-cinq ans, nous pourrons voir que…

« Quand cessera la tempête,
quand la pluie et le feu laisseront une fois de plus en paix la terre,
le monde ne sera plus le monde, mais quelque chose de meilleur. »

/...

Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
sous-commandant insurgé Moisés
sous-commandant insurgé Galeano
Mexique, 14 février (aussi jour de nos mort·e·s) 2017.

Source et traduction : Enlace Zapatista
Relecture :
“la voie du jaguar




Sous le signe de Janus

Par Georges Lapierre

Me gusta la lucha, no tenemos que parar de luchar” (Una mujer)
« J’aime la lutte, nous ne devons pas nous arrêter de lutter » (Une femme)
Je viens juste de revenir de la rencontre qui eut lieu à San Cristóbal du 26 au 28 mai. Elle a remué beaucoup d’idées et beaucoup de gens pour, finalement, aboutir à ce qui peut être considéré comme un moment historique : celui de l’émergence d’un gouvernement indigène au niveau national. Il a un nom, c’est le Conseil indigène de gouvernement et, comme toujours au Mexique, un sigle, c’est le CIG. Ce fut un long processus qui a commencé en octobre 2016 lors du cinquième Congrès national indigène qui eut lieu au Cideci-Unitierra, San Cristóbal de Las Casas, quand les zapatistes ont proposé au CNI de présenter une candidate à la prochaine élection présidentielle de 2018 [1].

Ensuite cette proposition a été exposée aux communautés, tribus, peuples, comités de quartier, etc., dans tout le Mexique où le CNI était présent et actif [2]. Ceux qui ont accepté cette proposition ont délégué, fin décembre, début janvier, des représentants au Cideci afin de préciser la dernière étape : la constitution du Conseil et la désignation de celle qui sera candidate [3].

Nous étions répartis selon la couleur de notre gafete (carton d’identité), la couleur la plus intéressante était le bleu, elle était réservée aux conseillers et conseillères ; la dorée, pour les délégués participants, n’était pas mal non plus ; la verte, qui concernait les invités, offrait peu d’avantages, elle nous permettait cependant d’assister aux tables de travail, mais sans voix au chapitre, ou à l’assemblée plénière à condition qu’il y ait de la place (mais nous pouvions toujours voir la retransmission des débats sur un écran de télé) ; la moins intéressante était la violette (je crois) retenue pour les membres de la Sexta nationale et internationale, elle leur permettait seulement d’errer dans les allées du Cideci.
Il y avait 71 conseillères et conseillers, soit 35 couples plus une personne, ce qui représente la moitié des délégué·e·s qui devraient former le Conseil, bien des communautés n’ayant pas encore, pour différentes raisons (manque de temps, insécurité), désigné leurs représentants au Conseil. Par contre, ces couples de conseillers étaient accompagnés d’un grand nombre de délégué·e·s (plus de mille), auquel s’est ajoutée une délégation de 230 zapatistes menée par le sous-commandant Galeano et le sous-commandant Moisés.

Je dirai que cette rencontre s’est déroulée sous le signe de Janus, comme une pièce de monnaie roulant sur sa tranche, en équilibre précaire, avant de tomber en virevoltant et de montrer une de ses faces. Nous en sommes là pour l’instant, dans une ambiguïté qui n’est pas encore entièrement résolue. Elle nous invite pourtant à faire un effort de compréhension qui ne nous est pas familier ; et puis aussi, sans doute, à nous coltiner avec une réalité complexe et mouvante, à entrer dans une géographie et un calendrier (comme diraient les zapatistes) qui nous ancrent dans un lieu et un temps déterminés, c’est-à-dire qui ancrent notre présence dans un endroit bien défini : le Mexique contemporain.

Prenons, par exemple, le terme de « candidat » (ou « candidate ») : « candidate indépendante à l’élection présidentielle de 2018 ». Ce mot, ce concept de candidat n’a de sens que pour la partie occidentalisée du Mexique, et qui participe, pour des raisons qui lui sont propres bien que surprenantes, à l’élection d’un président et d’un gouvernement national. Ce concept perd tout son sens pour la partie indienne du Mexique, celle qui a décidé d’avoir son propre gouvernement et qui vient de le constituer. Dans ce Conseil indigène de gouvernement, il n’y a pas de président, tout au plus une porte-parole, qui se fera entendre au cours de la campagne électorale de 2018. Et pour se faire entendre du monde métis ou occidentalisé, fermé au monde indien, elle devra prendre l’apparence d’une candidate et seulement l’apparence d’une candidate. Il faut bien se dire que si elle n’a pas l’aspect (ou le semblant) d’une candidate, jamais elle ne sera écoutée et entendue. Du côté indien, elle n’a aucune autorité, elle est seulement la voix du Conseil ; c’est celui-ci, formé des déléguées et des délégués des peuples, qui se trouve investi d’une autorité. María de Jesús Patricio, Marichuy, en est parfaitement consciente : “Aquí estamos presentes quienes van a estar al frente son los 71 concejales, hombres y mujeres del CIG. Yo seré la vocera” (Ici sont présents avec moi ceux qui vont se trouver sur le front, ce sont les 71 conseillers, hommes et femmes du CIG. Moi je serai la voix).

Le délégué de Cherán, communauté indienne autonome de la région purépecha, a précisé cette ambiguïté, il en a tracé les contours en disant que le pueblo purépecha ne pourra jamais l’inviter en tant que candidate, car la ville est interdite aux politiques de tout acabit en général et, en particulier, aux candidats à l’élection présidentielle. Les Purépecha de Cherán devront dont chercher dans leur langue un autre vocable que celui de « candidat » pour la désigner. Finalement ce jeu de l’ambiguïté, qui correspond à celui du partage des eaux entre la société indienne et le monde dit occidental, loin d’apporter de la confusion, éclaire une situation, un présent dans un lieu bien défini, le Mexique d’aujourd’hui, pour peu que nous prenions la peine d’y réfléchir. Allons-nous, dans la vieille Europe, continuer à nous figer sur nos principes et résolutions comme des moines arcboutés sur leurs dogmes ? Alors même qu’une situation autrement ambiguë et bien plus importante se fait jour, celle qui, à l’intérieur même du mouvement indien, sépare le monde des idées, qui tourne parfois à l’idéologie quand ce n’est pas à la pantomime, représenté par certains intellectuels que je veux bien croire indigènes, du monde de la pensée qui prend sa source dans la vie communale et qui tourne parfois au religieux. Je reviendrai dans un court instant sur cette question.

Maintenant, nous pouvons bien nous demander pourquoi les peuples indiens cherchent à être entendus par cette autre face du Mexique, celle qui entre dans le jeu des élections partisanes. Il ne s’agit pas d’accumuler des votes en faveur d’un parti qui serait le parti indien et de faire ainsi pression sur le futur gouvernement national. Nous y décelons deux raisons importantes : la première, une question de survie (llamemos a la sociedad civil ; unamos esfuerzos ; es paso necesario si queremos que sigamos existiendo. « Nous en appelons à la société civile ; nous rassemblons nos efforts ; c’est le pas nécessaire si nous voulons continuer à exister ») ; la seconde, qui se trouve liée à la première, proposer un autre modèle de gouvernement, qui rompt radicalement avec celui d’en haut, « cette organisation criminelle qui nous gouverne » (la organización criminal que nos gobierna).

Il y eut un moment de flottement dans la soirée du samedi 27 quand a été abordée la désignation de la candidate et, finalement, cette nomination fut reportée au lendemain. Et le lendemain le nom de la « candidate » fut avancé et proposé par le CNI, la Coordination provisoire du CNI s’étant entendue sur un nom pendant la nuit. Beaucoup de conseillers et de délégués des communautés qui formaient l’assemblée ont vu leur pouvoir de décision leur échapper pour être confisqué par une sorte d’instance supérieure émanant du CNI, la Coordination provisoire. Certains, comme les délégués de l’assemblée chontale, qui tiennent mordicus à l’expression de la volonté et des souhaits des communautés de base (en bas, à gauche, diraient les zapatistes), ont été surpris et déçus par ce procédé un peu cavalier. Il aurait été plus simple et beaucoup plus clair de s’entendre dès le départ et de décider d’un commun accord que le CNI désignera la « candidate ». En effet il y avait peu de personnes qui répondaient aux critères avancés pour être nommés, deux ou trois, tout au plus, encore fallait-il que ces personnes soient d’accord pour se lancer dans une telle aventure ! L’élue, María de Jesús Patricio ou Marichuy, a incontestablement les qualités et l’envergure requises pour une telle mission. Le choix est bon, c’est seulement la méthode et le flou dont elle s’est entourée qui laisse à désirer.

Nous avons affaire à un ensemble complexe, à une machinerie destinée à porter le fer ou, plutôt, à porter la vie dans un monde terrible ou terriblement inhumain. L’initiative en vient aux zapatistes, cette initiative fut ensuite relayée par le Congrès national indigène, puis par les communautés indiennes et les peuples. La Coordination provisoire du CNI a fait un travail énorme de diffusion, de rencontres, de coordination afin qu’elle puisse prendre forme et voir le jour, et son travail est loin d’être terminé, il lui faut maintenant comptabiliser les signatures nécessaires pour être candidat. Ces quatre composantes, l’EZLN, le CNI, la Coordination, le Conseil indigène de gouvernement (le CIG), forment un tout et structurent cette « machinerie » (je ne dirai pas cette machine de guerre), ou cette dynamique humaine, destinée à transformer la vie et à mettre fin à l’horreur capitaliste.

Au cours des tables de travail, une réflexion intéressante a pu se développer oralement pour aborder les points touchant le gouvernement indien, ces buts, sa stratégie, sa relation avec d’autres composantes de la société, j’avais le sentiment d’une réflexion libre à plusieurs avec une grande capacité d’écoute ; et puis établir la liste de toutes les idées émises sans chercher à y instaurer une échelle des priorités ni un ordre hiérarchique m’a semblé prometteur. Le gouvernement s’exercera dans deux directions, l’une orientée vers l’extérieur consistera surtout à défendre la terre et les territoires indiens face à l’ingérence du capital ; l’autre, orientée vers l’intérieur, cherchera à promouvoir l’autonomie des régions et à sauvegarder et renforcer les valeurs indiennes (la langue, l’éducation, l’assemblée, le sens du service, etc.).

Pourtant cette machinerie complexe ne pourra fonctionner et changer la face du monde que si elle s’ancre dans le spirituel, et non pas dans l’idéologie. Si l’idéologie, c’est-à-dire le monde des idées, prend le dessus, elle cherchera immanquablement à utiliser cette dynamique humaine à des fins limitées qui lui sont propres et qui n’auront ni la puissance ni l’envergure de la pensée, quand elles ne tourneront pas à une farce sanglante. Le sous-commandant Moisés est sans doute visionnaire, la porte-parole du Conseil aussi :
La tierra es nuestra madre, de ella nace y crece todo lo que nos da vida ; en ella respira y tiene vida cada arroyo, cada roca, cada cerro. Por tener vida y ser fuente de vida, la tierra tiene un significado especial y sagrado para nosotros. La madre tierra nos alimenta, de ella recibimos el aire que respiramos, el sol que nos ilumina, la luz para el trabajo, la oscuridad para el descanso y el sueño. De ella recibimos la primera visión y el primer respiro al nacer. A ella regresaremos al final de nuestros pasos por este mundo… No concebimos que nuestras tierras y territorios sean un objeto cualquiera, que puede ser vendida y comprada como cualquier mercancía.
« La terre est notre mère, d’elle naît et croît tout ce qui nous donne vie. En elle respire et vit chaque rivière, chaque rocher, chaque colline. Parce qu’elle porte la vie et est source de vie, la terre a une signification spéciale et sacrée pour nous. La terre mère nous nourrit, d’elle nous recevons l’air que nous respirons, le soleil qui nous illumine, la lumière pour le travail, l’obscurité pour le repos et les songes. D’elle nous recevons la première vision et le premier souffle. À elle nous revenons à la fin de notre passage par ce monde… Nous ne pouvons concevoir que notre terre et notre territoire puissent être un quelconque objet pouvant être vendu et acheté comme n’importe quelle marchandise. [4] »
Le spirituel ne peut prendre que la figure d’un dieu ou d’une déesse, c’est la forme qu’épouse la pensée pour s’élever dans l’imaginaire collectif, le fixer et l’animer, agglutiner et mouvoir une communauté de pensée, l’ébranler. Nous voyons alors la déesse mère s’élever comme un étendard et envahir notre ciel, Coatlicue, la femme à la jupe de serpents ? Tonantzin, notre petite mère ? La Guadalupana ? Peu importe, peu importe, mais c’est elle qui nous inspire et qui nous porte au-delà de nous-mêmes. Pourtant il serait dangereux, dans les conditions que nous connaissons actuellement, de délaisser l’intelligence stratégique pour se laisser griser par la passion et l’émotion. Sans perdre le contact avec le terreau de la pensée profonde et prophétique où naissent les dieux et les déesses, que représente la vie collective reposant sur d’antiques usages, il est important de garder sa lucidité, une lucidité visionnaire comme un chef de guerre sioux ou apache.
Rendez-vous est pris pour le 12 octobre 2017 à San Cristóbal de Las Casas (Chiapas).

Oaxaca le 30 mai 2017,
Georges Lapierre


Notes




[3] Cf. « Es la hora de los pueblos », janvier 2017 ; « Retour sur une proposition », janvier 2017. (Ces textes ont été diffusés sur le site lavoiedujaguar.net.)

[4] Intervention de María Jesús à la Chambre des députés le 28 mars 2001 au cours de la Marche de la couleur de la terre afin de faire reconnaître les accords de San Andrés, cité par Magdalena Gómez, “Consejo Indígena de Gobierno”, La Jornada du 30 mai 2017.


Source : la voie du jaguar