mercredi 3 mai 2017

Qu'est-ce que le vote blanc?

Edition spéciale élection présidentielle 2017 en France (6)



Que de fantasmes suscite cette campagne présidentielle après un premier tour catastrophique  ! Le second pourrait s'avérer ubuesque si l'émotion incontrôlée prenait le pas sur la raison .  Le spectre du vote FN  nous hante depuis 1983 en France depuis la conversion opportuniste de Mitterrand à la sociale-démocratie préconisée par un Jacques Delors alors  chantre d'une  Europe des banquiers qui a réussi à  faire capoter et à pourrir le projet pacifique d'une Europe sociale. L'année 2002 (duel Chirac/Le Pen) ne fut que l'étape obligée (après les attentats du 11 septembre 2001) vers la mondialisation financière qui se met en place et dont la Grèce en Europe fut le laboratoire le plus élaboré. Des pays gouvernés par la troïka et non les élus du peuple, voilà la politique par décrets promise par Mr Macron. N'est-ce pas la forme moderne la plus élaborée d'un fascisme soft en apparence? Citoyens bernés par les apparences, ne comprenez-vous pas que les deux candidats en lice servent exactement les mêmes intérêts? Marine Le Pen élue? Quel ridicule! En moins de 6 mois la France serait sens dessus-dessous. Le petit valet du CAC 40 élu? Les apparences seraient effectivement sauves mais s'ensuivrait mois après mois une destructuration (destruction) irréversible de notre héritage démocratique et des acquis sociaux. Lisez "Le candidat des médias" ("Emmanuel Macron fabriqué pour servir") dans Le Monde Diplomatique qui vient de paraître. Lisez-le ne serait-ce que pour vous faire une idée du piège machiavélique qui vous est tendu plutôt que de réagir automatiquement et de manière si prévisible. Alors, pourquoi ne pas voter blanc si vous tenez vraiment à départager ces deux effigies grotesques d'une même pièce fabriquée par les faussaires qui gouvernent dans les coulisses de la République?
André Chenet





P.S. Voici une réponse pertinente à la peste émotionnelle qui pourrit ce second tour des élections présidentielle,  une réflexion menée par emmanuelle k. auteure de “Quand l'Obeissance est devenue Impossible", avec ses compagnons.


L’introduction n’engage que ma propre responsabilité puisque, en aucun cas, je ne donnerais ma voix ni à l’un ni à l’autre de ces personnages hideux qui représentent l’horreur d’un système complètement dévoyé que j’ai toujours refusé depuis que je suis en âge de penser par moi-même. AC



Qu’est-ce que le vote blanc ?

Par emmanuelle k.*


« Alors, bien sûr, si dans les derniers jours de la campagne, les sondages indiquaient que la nullité de cette marionnette de l'oligarchie financière était telle qu'il risquait de couler, probablement comme beaucoup d'autres, je lui tendrai la main pour lui sortir la tête de l'eau, juste pour faire barrage au danger fasciste. Mais, hors ce cas de figure, pas question de lui accorder ma voix. »
Laurent Levard



Le vote blanc consiste à mettre, dans l’urne, une enveloppe vide ou contenant un bulletin blanc. Il se distingue du vote nul - bulletin annotés, déchirés, non règlementaire ou sans enveloppe – et de l’abstention, qui consiste à ne pas voter.

Les votes blancs sont pris en considération, c’est-à-dire qu’ils sont comptabilisés séparément du vote nul et mentionnés dans les résultats du scrutin. Mais ils n’interviennent pas dans le nombre des suffrages exprimés.
Face à un choix impossible entre la peste et le choléra, face aussi à la façon dont nous sommes manipulés depuis 40 ans par un néo libéralisme tantôt sournois, tantôt tapageur, nommé « crise », ce 2ème tour de l’élection présidentielle est le scrutin de trop :
Macron est au cœur du système qui nous étouffe*, Le Pen est en elle-même un étouffoir.

Nous voulons respirer et ne sommes partisans ni de l’un ni de l’autre

Il semble pour autant impossible de s’abstenir, c’est pourquoi nous proposons le vote blanc.

L’abstention ne dit rien : elle est indéchiffrable par nature puisqu’elle est une absence.
Le vote blanc lui exprime un ressenti : le refus de la mascarade Macron / Le Pen.

S’ils « les français » les veulent, qu’ils assument ! Ce sera sans nous.

Si nous sommes nombreux à voter blanc, si nous faisons masse, cela exprimera ce ressenti et ça nous permettra, au moins, de nous compter !

Merci de m’avoir lue.

Auteure de "Quand l'Obeissance est devenue impossible" (Ed. de La Différence, 2008)

* Emmanuel Macron l’a déjà proclamé : il procèdera par ordonnances dès cet été. Manière de dire, sans discrétion, combien à ses yeux, comme dans la Cinquième République, ce Sénat et cette Assemblée forment un parlement croupion.
Mais encore, correctif :
« Alors, bien sûr, si dans les derniers jours de la campagne, les sondages indiquaient que la nullité de cette marionnette de l'oligarchie financière était telle qu'il risquait de couler, probablement comme beaucoup d'autres, je lui tendrai la main pour lui sortir la tête de l'eau, juste pour faire barrage au danger fasciste. Mais, hors ce cas de figure, pas question de lui accorder ma voix. »
Laurent Levard

Rappel de la loi :
A compter du 1er avril 2014, le vote blanc va bénéficier d'une certaine reconnaissance, sans pour autant être comptabilisé dans les suffrages ...
« A chaque table, l’un des scrutateurs extrait le bulletin de chaque enveloppe et le passe, déplié, à un autre scrutateur ; celui-ci le lit à haute voix ; les noms portés sur les bulletins sont relevés par deux scrutateurs au moins sur des listes préparées à cet effet. Les bulletins blancs sont décomptés séparément et annexés au procès-verbal. Ils n’entrent pas en compte pour la détermination des suffrages exprimés, mais il en est fait spécialement mention dans les résultats des scrutins. Une enveloppe ne contenant aucun bulletin est assimilée à un bulletin blanc. »
réponse de Fabienne :

Pour alimenter la réflexion, voici ce que dit l'un de mes camarades :
"A tous mes amis de gauche, qui veulent bien servir d'armée de réserve à la République, mais pas aux marchés, je signale que la RTBF et la Tribune de Genève donneront les sondages sortie des urnes vers 17H. Pour ma part, si l'écart est réduit, je glisserai le bulletin du candidat officiel. Sinon un bulletin blanc, pour marquer mon soutien à la démocratie, en même temps que mon refus de la voir prise en otage."

Autre idée :
"Il n'y a pas de problème, seulement des solutions. Ami macroniste, je te fais une procuration pour le 7 mai puisque tu veux absolument décider de mon vote, et tu m'en fais une pour juin.
Qui est partant pour cet échange (en tout bien tout honneur) ? "
Bonne soirée, Fabienne
ma réponse à Fabienne
C’est vrai que l’idéal serait de niquer cette 5ème république et ses trucages pervers, en seigneurs et en respectant l’idée même de vote. 
Ok ? vous voulez que me forcer à choisir entre deux maux pour que rien ne change ? Je ne marche pas. Pas d’accord = blanc ! Pas abstention, mais blanc. J’y suis et je suis libre d’exercer ma liberté de vote.
Ça c’est l’idéal.
Maintenant la réalité : fn ou hollande bis (en plus décomplexé si c’est possible). Les deux sont très dangereux. 
Macron, c’est on va remettre ça 5 ans pour se retrouver dans la même situation (en pire) FN ou pas FN en 2022. 
Sauf si la France Insoumise réussit en 5 ans à devenir une vraie force politique. 
FN C’est pour tout de suite. On gagne 5 ans mais c’est la catastrophe (quoique... elle a déjà parlé de plusieurs années pour sortir de l’euro). Et à mon avis ils vont se dégonfler au FN Ce sont des baudruches. Ils sont moins dangereux qu’ils n’en ont l’air. Peu de moyens et sans soutiens de la classe politique européenne ils n’iront pas loin. Si le FN gagne la résistance y gagne aussi. Elle prend tout son sens. mais c’est jouer avec le feu.
Et puis, disent certains, rendra-t-elle le pouvoir ? 
Alors ?
Comme disent d’autres ça vaut le coup de laisser les majoritaires régler leurs comptes. S’absenter. Voter blanc.
Mais c’est insensé qu’il ne nous reste - à nous qui n’avons rien à voir avec ces deux là - que le choix d’être manipulés ou d’opposer une fin de non-recevoir à ce vote là,  avec toute la culpabilité que cela suppose..
emmanuelle
réponse de Nicolas Engel :

Chère Emmanuelle,
je ne peux pas du tout aller dans ton sens,
la situation est bien trop grave.

Malheureusement il n’y a pas de différence aujourd’hui (sur les résultats) entre un vote blanc et une abstention. Et ce sera une bien triste consolation si Le Pen est élue de savoir que nous avons été nombreux à voter blanc.

C’est l’abstention qui a permis l’élection de Trump.
La France s’apprête à faire exactement la même chose.
Il y a selon moi une priorité qui dépasse toute question politique : la lutte contre le fascisme. Face au fascisme, qui scinde l'humanité en races inégales, il n’y a ni à transiger ni à réfléchir. Il faut se battre…
et malheureusement notre seule arme aujourd’hui c’est le vote Macron.

Certes, Macron représente tout ce qui ne va pas dans le monde dans lequel nous vivons, tout ce contre quoi nous devons lutter. Il représente cette crise dont se sert Le Pen pour exister.
On est d ‘accord.
Mais si Le Pen passe, les perspectives qui s’offrent à nous sont à mon sens tout autres.

Mon grand-père était en camp de concentration.
Une partie de lui est restée là-bas et je n’ai pas vraiment l’impression de l’avoir connu.
Quand j’étais enfant, il nous disait qu’il nous faudrait être vigilants car l’histoire se répèterait.
Tout ça me semblait abstrait, excessif, et appartenir à un autre temps.
On se dit que ce ne serait pas possible dans le monde d’aujourd’hui. Parce qu'on se dit que les gens ne seront jamais assez bêtes pour se faire avoir. On se dit que l'histoire nous protège : maintenant, on sait, et on ne se fera pas avoir par leurs sirènes !

Et puis on voit comment le truc se met en place, comment le danger est minimisé par nos proches, comment certains sont excités par le chaos que représenterait l'arrivée du fn au pouvoir, comment d'autres trouve matière à fanfaronner dans le fait de ne même pas se déplacer dimanche prochain car de toute façon c'est tous des pourris et comme ça on va leur montrer...

Certains disent qu’on diabolise le fn. Pourtant, tu dois le savoir, des homosexuels sont actuellement torturés et tués dans des camps de concentration en Tchétchénie. Le fn est le seul parti politique à ne pas l'avoir condamné.
Ce n’est qu’un petit exemple parmi tant d’autres (les droits des femmes, des immigrés, le révisionnisme, sans parler de ce qu’il arriverait à la culture…).

Donc pour moi chère Emmanuelle, nous n’avons qu’un devoir aujourd’hui, c’est de repousser le fn.
J'aurais voté pour Fillon, pour sa Pénélope ou même pour leur chien s'il l'avait fallu !

Quant à la contestation via la prise en considération du vote blanc, c’est une question qu’on pourra reprendre j’espère dès lundi 8, car évidemment il est hors de question qu'on laisse ce Macron s'en tirer comme ça.
Je t'embrasse,
Nicolas
ma réponse à Nicolas :
Merci Nicolas. je testais dans la colère ma réaction naturelle à la situation et aussi ce que mes amis m'en diraient. 
Le calme revenu, avant même de te lire j’étais déjà sur tes positions. Tu as raison.
Nous nous trouvons cependant dans une situation très étrange : le vote forcé. Ce n’est plus du vote c’est de la manipulation électorale. Le sens du mot « élection » est totalement faussé. Dégoût d’être ainsi manipulés. Cette 5ème république est décidément très perverse. 
Ces institutions ne sont plus recevables depuis longtemps. Combien d’années va-t-il falloir pour les renverser ?
Au départ de De Gaulle on aurait dû exiger une 6ème répuiblique. Quel aveuglement que d’avoir « sorti l’homme, sans renverser une constitution faite sur mesure pour lui  !

Envie de secouer les épaules de regarder ailleurs et de fuir l’humiliation que cela va être de devoir voter Macron. Mais tant pis. Je le ferai puisque c’est ainsi.
J’avais rêvé d’un vrai débat Macron / Mélenchon, ç’aurait été passionnant. Nous sommes en plein cauchemar.
Encore merci à toi d’avoir pris ce vrai temps pour me répondre et préparons nous car ça va être très difficile.
Je te sais en souffrance autant que moi et je t’embrasse très affectueusement,
emmanuelle

réponse de Jean Noël Delamare :

Chère Emmanuelle, merci de ton message que j'ai lu avec attention. Je pensais avant de l'ouvrir avoir de bonnes nouvelles de ton film, mais ce sera pour plus tard vu la situation!! Je suis aussi partagé pour ce foutu vote car en effet je n'aime ni l'un ni l'autre. J'avais voté Melenchon et une de ses propositions était en effet de légaliser le vote blanc pour qu'il soit reconnu comme un vote normal. Mais actuellement ce n'est pas le cas. Donc je pense que voter blanc dans la situation actuelle est se faire plaisir, Ponce Pilate qui s'en lavait les mains! Si c'est La Le Pen, c'est pas ma faute, si c'est Macron c'est pas ma faute non plus ! Personnellement je voterais sans plaisir ni adhésion pour Macron (comme Nicolas Hulot) car si par malheur c'était la Le Pen qui passait je m'en voudrais toute ma dernière vie! Et avec Macron il sera toujours possible de se faire entendre avec qui tu voudras, moi avec Mélenchon. Avec " l'autre" se sera beaucoup plus difficile il me semble. Bon chacun en effet fait se qu'il pense pour le mieux, mais si j'adhère sans retenue à ton talent, je ne te suivrais pas dans ton vote blanc !! Je t'embrasse et j'espère avoir de tes nouvelles "après".
Jean-Noël
Chère Emmanuelle, encore une occasion de t'embrasser! Ci-dessous un  article envoyer par mon ami Thorn, cinéaste engagé mais surtout un très bon cinéaste! Alors je t'embrasse! Jean Noel
ma réponse à Jean-Noël
Mon cher Jean Noël,
Je connais J-P Thorn et je suis abonnée à mediapart depuis le début… On ne se refait pas !
La colère calmée je vais évidemment voter pour l’ectoplasme Macron.

J’ai 
vu hier le film incroyable de Lucas Belvaux (que j’admire depuis longtemps) « Chez nous ». C’est une claque en pleine figure; tout le monde devrait le voir… dans les territoires qui votent Le Pen. à la sortie j’ai parlé avec mon voisin, on ne pouvait pas faire autrement.
Il s trouve que c’est un Ingé Son qui avait fait 40 km pour voir le film et qui avait travaillé avec Belvaux quelques années auparavant.
Un parfum de mai 68 nous accompagnait..
Il va falloir que je fasse un billet dans mediapart sur ce film si le temps et surtout l’envie me tiennent. Ce sera aujourd’hui ou pas.

Je vais lire attentivement le texte de ton neveu Laurent et, comme d’habitude, Jean Noël, je te trouve quand et où il faut.
Je t’embrasse bien affectueusement,
emmanuelle

PS Pour mélusine, tu t’en doutes, nous en reparlerons....
L’article de Mediapart envoyé par J-P Thorn. E. Plenel y est fidèle à lui-même. Pas d’accord s du tout avec ses propos sur Mélenchon et la France insoumise. Voir dans le corps de l’article.


Dire non au désastre
1 MAI 2017 PAR EDWY PLENEL

Contre Le Pen, nous voterons Macron le 7 mai. Ce ne sera pas pour approuver son programme mais pour défendre la démocratie comme espace de libre contestation, y compris face aux politiques du candidat d’En Marche ! Tandis qu’avec l’extrême droite identitaire et autoritaire, la remise en cause de ce droit fondamental est assurée.

Voter contre Le Pen en votant Macron, ce n’est pas voter pour le programme de ce dernier. C’est voter pour défendre la démocratie comme espace conflictuel, traversé d’intérêts divergents et de causes concurrentes, où peuvent s’exprimer librement ses contradictions, son pluralisme, sa diversité, ses revendications et ses espoirs, y compris face aux politiques d’une présidence Macron.
.../...
Les pompiers pyromanes et les apprentis sorciers
Nous y sommes – hélas, tant nos avertissements n’ont guère été entendus. Mais nous n’aurions jamais imaginé à quel point cette campagne présidentielle, où rien ne s’est passé comme le prévoyaient éditorialistes, experts et sondeurs, allait confirmer cette lucidité prémonitoire. Une droite en capilotade après s’être soumise à un candidat disqualifié moralement qui, pour le coup, n’a cessé d’extrémiser son électorat, au point qu’Alain Juppé sonne lui aussi l’alarme du « non » face au désastre. Une gauche évanescente et éclatée, incapable de la moindre initiative unitaire tandis que son parti hier dominant, le PS, semble avoir disparu. À l’inverse, une extrême droite conquérante et rassemblée, imposant son rythme au point de faire avec systématisme et efficacité l’agenda de l’entre-deux-tours.
Mais, en face d’elle, une gauche radicale tétanisée, jusqu’à son intervention sur TF1 dimanche soir 30 avril, par la soudaine absence de pédagogie antifasciste de son porte-parole de fait, dont le mouvement, La France insoumise, est depuis plongé dans le désarroi, la confusion et le doute. Enfin, un candidat, « et de droite et de gauche » comme il aime à se décrire, qui ne saisit pas la gravité du moment, se croyant vainqueur à la manière d’un joueur de casino qui aurait raflé toute la mise sur un coup de dés.
- (évidemment pas d’accord. Nous nous donnons mutuellement la liberté du choix, il n’y a pas de chef mais un porte parole et c’est tellement inusité que Plenel ne comprend pas de quoi il retourne. Visiblement, ça le dépasse. Consigne consigne… con signe !) -
« Comme on fait son lit, on se couche », dit un proverbe, façon de souligner qu’inévitablement, on subit les conséquences de ses propres actes. Les premiers responsables de ce désastre sont les pompiers pyromanes qui, depuis tant d’années, ont épousé l’agenda et l’imaginaire idéologiques du Front national, en prétendant le réduire alors qu’ils n’ont fait que le renforcer. Ils sont de droite comme de gauche. En 2002, Jacques Chirac n’a rien fait du plébiscite qu’il a obtenu, sinon réintroduire Nicolas Sarkozy dans le jeu politique national. En 2005, ce dernier tout comme François Hollande ont allègrement piétiné le non majoritaire au Traité constitutionnel européen, donnant ainsi la main à sa version rétrograde, de repli et d’exclusion, plutôt qu’à son exigence démocratique et sociale. 
En 2007, Nicolas Sarkozy s’est empressé de légitimer les obsessions identitaires du Front national, instituant un ministère de l’identité nationale et de l’immigration, dont le premier titulaire fut un transfuge socialiste. En 2012, François Hollande, élu grâce à la dynamique de rejet d’une présidence de brutalisation et de stigmatisation, non seulement n’en a rien fait mais a choisi de prendre le même chemin de régression et d’aveuglement avec la promotion de Manuel Valls, incarnation d’une fuite en avant –une perdition à vrai dire – autoritaire, identitaire et inégalitaire. Tous ces professionnels d’une politique hors sol et entre soi, enfermée dans une bulle étatique et économique, n’ont rien voulu voir des attentes profondes du pays, faites de refondation démocratique et d’urgence sociale
.../...
-  Et ça continue !!! Je vous laisse juge, évidemment. -
Mais il est un autre apprenti sorcier, Jean-Luc Mélenchon, qui, comme d’autres auraient fait du plomb avec de l’or, a transformé un indéniable succès collectif – La France insoumise en tête de la gauche, loin devant le PS – en défaite personnelle. Rassemblant nombre d’idées et d’expériences dont Mediapart est, depuis 2008, le carrefour, sa formidable campagne et le programme qui en fut l’ossature se heurtent désormais aux limites, aux travers et aux ambiguïtés de sa pratique politique. Le sectarisme, l’exclusive, l’intolérance n’ont jamais servi les idéaux de l’émancipation, de l’égalité et de la fraternité. Il n’y a pas, à gauche, de détenteurs de la vraie croix, légitimes à excommunier tout contradicteur ou tout dissident. La réussite de Mélenchon ne sera qu’une illusion sans lendemain si elle ne prend pas en compte le rapport de force global, profondément défavorable à une gauche aujourd’hui plus divisée et plus minoritaire que jamais. Et si elle ne consent pas à participer à sa reconstruction dans le dialogue avec toutes ses autres composantes.
C’est ce que, dans des temps lointains – les années 1930 –, Léon Trotsky fut seul à expliquer, avec pédagogie, réalisme et patience, quand le sectarisme stalinien et les divisions des gauches pavèrent la voie des extrêmes droites européennes. L’invoquer, comme l’a fait sur Mediapart Michel Broué (voir ici et lire ) – « Contre le fascisme, Trotsky était prêt à s’allier avec le diable et sa grand-mère » –, n’est pas une posture d’initiés mais simplement le rappel des douloureux enseignements de l’histoire. « Si nous accusons à juste titre la social-démocratie d’avoir préparé le chemin du fascisme, écrivait ainsi ce prophète ( !!!) désarmé en août 1931, notre tâche ne doit nullement consister à raccourcir ce chemin au fascisme. » Le texte s’intitule « Contre le national-communisme », rappel opportun que, face aux tenants de la haine de l’autre et de l’étranger, la complaisance pour le repli national n’est pas une digue mais, tout au contraire, leur tremplin.
En 1933, André Malraux rencontra Léon Trotsky, provisoirement réfugié à Saint-Palais, près de Royan. « La mer, raconte Malraux, frappait toujours les rochers dans la nuit qui commençait. » Et c’est alors que l’ancien chef de l’armée rouge, assassiné sept ans plus tard sur ordre de Staline, lui confia ceci qui résume notre devoir, aussi bien civique que journalistique : « Voyez-vous, l’important est : voir clair. » Voir clair, en effet, c’est-à-dire, Trotsky toujours, « délivrer l’homme de tout ce qui l’empêche de voir ».
Bon. Merci au donneur de leçons Plenel. Il aurait dû faire de la politique…
Toujours Jean-Noël :
Chère Emmanuelle,
ci joint un texte de Laurent Levard,(mon neveu) agronome, a qui j'avais repondu la même chose qu'à toi. Mais sa dernière phrase laisse tout de même la possibilité de voter contre...et non en blanc. Son texte est cependant tout à fait lucide sur l'un comme sur l'autre. Je t'embrasse encore! Jean Noel
Et enfin pour nous consoler la lettre qui suit, de Laurent Levard et je crois que j’en resterai là :
Cher.e.s ami.e.s
Que faire le 7 mai prochain ? Avant d'expliquer ma propre position, je voudrais tout d'abord partager avec vous la vidéo de Jean-Luc Mélenchon de vendredi dernier à ce sujet et dire quelques mots sur la position de la France insoumis.e.s
Les 450.000 signataires de la France insoumise se prononcent actuellement sur différentes options. Bien entendu - pour celles et ceux qui auraient pu avoir un doute ! - l'option vote Le Pen n'est en pas une. Les options proposées sont soit le vote Macron pour faire barrage au FN, soit l'abstention, soit le vote blanc ou nul. Cette consultation n'a pas pour objectif de définir un appel à telle ou telle option en fonction du vote. Il s'agit d'une décision que chacun devra prendre individuellement. A tous ceux qui s'offusqueraient que Jean-Luc Mélenchon n'ait pas donné de consigne de vote, je rappelle qu'il ne fait qu'appliquer un engagement pris il y a près d'un an. Eh oui, Jean-Luc Mélenchon n'est ni un gourou ni un dictateur et il ne fait que tenir sa parole et respecter le mandat que lui a donné la France insoumise !
Sur le fond, pourquoi une telle décision ? : parce que nous savons bien que les avis sont partagés au sein de la France insoumise, et que respecter les positions des uns et des autres était - et continue d'être - une condition pour rester unis et continuer notre combat, notamment en vue des prochaines législatives.
Pourquoi les avis sont-ils partagés, et sans doute la grande majorité des Insoumis.e.s ont hésité et hésiteront encore avant de prendre une décision ? Parce que, si l'antifascisme a toujours été et continue d'être l'un de nos principaux combats, un autre combat essentiel est celui contre le néolibéralisme et le capitalisme sauvage qui mènent notre humanité à sa perte et qui sont eux-mêmes la cause essentielle de la montée du fascisme dans nombre de pays, dont la France, et que Emmanuel Macron est précisément l'incarnation, le représentant de l'oligarchie financière et médiatique qui défend ce modèle.
J'ajoute que ne pas appeler à voter Macron est essentiel pour que l'extrême droite n'apparaisse pas comme la seule opposition au cours des années qui viennent aux yeux de millions de gens. Au cours des cinq dernières années, ce sont des dizaines de fois que je me suis entendu dire : "mais Hollande, c'est vous qui l'avez fait élire, alors vous n'avez aucune crédibilité pour le critiquer aujourd'hui". J'imagine ce que ce serait à l'avenir, si par malheur nous appelions à voter Macron et que celui-ci serait élu ! Ce serait tout simplement un tapis rouge pour l'extrême droite en 2022, nous-mêmes étant alors assimilés par des millions de gens à des complices de ce système et de ces gens-là.

(Je suis tellement d’accord avec ça ! Et puis la suite aussi) :
La pluie de critiques contre Jean-Luc Mélenchon émanant de l'oligarchie financière et médiatique depuis une semaine est profondément indécente. Nous - et notre porte-parole en premier lieu - n'avons pas de leçons d'antifascisme à recevoir et encore moins de ces gens là ! Alors qu'ils s'apprêtent à saccager encore davantage nos solidarités collectives issues notamment de la Résistance, à promouvoir un modèle de production et de consommation qui mène notre humanité à des crises majeures et à des conflits de grande ampleur, qu'ils creusent le nid du fascisme, qu'ils ont même tout fait pour le dé-diaboliser au travers des médias et de leurs politiques et déclarations ("Les Roms n'ont pas vocation à s'intégrer").
Qui a fait reculer le fascisme dans cette campagne ? C'est la France insoumise, qui a su redonner l'espoir d'un autre avenir à des millions de concitoyens matraqués à longueur de journée par le "il n'y a pas d'autres politiques possibles". Ce sont les dizaines de milliers de militants de la France insoumise qui ont été à la rencontre des secteurs de la population les plus frappés par ce modèle pour les convaincre que l'ennemi n'était pas leur voisin, le fonctionnaire, l'étranger, celui qui est différent d'eux, mais bien la finance et le système politique et économique à son service.
Les résultats électoraux, notamment dans les secteurs populaires, sont bien là pour le montrer et je vous invite à les examiner ! 
Alors, que cesse cette indécence ! Cessez cette hypocrisie, vous qui vous moquiez de Jean-Luc Mélenchon quand il a été affronter Marine Le Pen à Hénin Beaumont, vous qui vous êtes affolés quand il a approché les 20% dans les sondages avant le premier tour et le traitant de dictateur, de personnage autoritaire, de pro-Poutine et j'en passe, alors que rien ne semblait vous affoler quand Marine Le Pen était donnée à 27% ! 
Je mets aussi en garde ces hypocrites : à force de nous regarder de haut, de proférer des propos aussi indécents et de nous insulter au travers vos attaques contre Jean-Luc Mélenchon, la colère gronde et plus nombreux sont parmi ses électeurs - mais aussi au-delà ! - ceux qui définitivement s'abstiendront ou voteront blanc ou nul.
Moi-même, je pense à ce jour voter blanc (voire m'abstenir si la majorité des Insoumis.e.s penche en ce sens). Tout d'abord, qu'on n'aille pas me dire que c'est un vote pour Marine Le Pen. C'est un vote de rejet de l'un et de l'autre. Et puis, pourquoi ne pas prendre au sérieux Emmanuel Macron ? Il a lui-même réaffirmé après le premier tour que le vote pour lui serait un vote pour son programme (et ne doutez pas un instant que plus son résultat sera élevé, plus il s'en réclamera pour justifier ce programme !). Quelle différence avec Jacques Chirac en 2002 qui avait tout de suite su évaluer la situation et appeler à voter au second tour non pas pour son programme mais pour la défense de la République (j'ai voté Chirac au second tour de 2002, et j'assume totalement mon choix quelles qu'aient été les politiques de la droite par la suite)
En plus de ce que j'ai écrit ci-dessus sur les différents arguments, je veux souligner la difficulté de comparer des dangers de nature si peu comparables ? Bien sûr, à court terme, le danger majeur est celui du fascisme. Mais à long terme, quel est le danger majeur ? Je suis convaincu que la domination grandissante de la finance mène l'humanité à une catastrophe climatique majeure, à des conflits de grande ampleur, à la montée des nationalismes et des fascismes.
Bien sûr, le premier danger est plus visible : nous avons tous en tête les images des horreurs du fascisme. Et il est plus facile d'éviter les regards des centaines de millions d'enfants dans le dénuement au travers le monde ou des dizaines de milliers de jeunes migrants sur le point de se noyer en Méditerranée. Et le lien de ces images avec la domination de la finance et du néolibéralisme est tellement plus indirect, et donc tellement plus facile à ignorer !
Emmanuel Macron est aujourd'hui le représentant en France de cette oligarchie financière responsable de tant de misères et qui mène notre monde à de telles catastrophes.
Un Macron, habilement mis en avant pendant des mois par le marketing des médias (qui, en France, appartiennent pour 90% d'entre eux, à 9 milliardaires). Mon opposition à cet homme et à ce système est totale.

Alors, bien sûr, si dans les derniers jours de la campagne, les sondages indiquaient que la nullité de cette marionnette de l'oligarchie financière était telle qu'il risquait de couler, probablement comme beaucoup d'autres, je lui tendrai la main pour lui sortir la tête de l'eau, juste pour faire barrage au danger fasciste. Mais, hors ce cas de figure, pas question de lui accorder ma voix.
Laurent Levard

Ceci me semble finalement beaucoup plus respirable que les commentaires de Mr Plenel.
Et je rejoins pleinement cette position, reprenant ainsi le conseil de l’ami de Fabienne,( première réponse de ce doc.), de consulter la RTBF vers 17/18h dimanche.
Ce sera ma conclusion.
A suivre donc et rendez-vous le 8 mai.
Bon courage à tous avec mes amitiés.
emmanuelle

ma réponse à laurent levard :
Bonjour Laurent, 
Nous ne nous connaissons pas et je dois à Jean-Noël Delamarre le plaisir de vous avoir lu.
Pourquoi ne pas publier votre billet en réponse à Edwy Plenel qui en prend à son aise sur Mediapart avec nos positions ? 
J’aurais voulu le faire mais je crois que vous l’avez déjà fait et très bien fait.
Merci à vous et à Jean-Noël.
Je fais circuler votre texte avec mes échanges avec mes amis… 
Et je vous garde en conclusion pour le 7 mai.

PS : Et si vous pouvez, allez voir le film de Lucas Belvaux « Chez nous ». Il résume toute l’horreur de ce parti, le FN, et sa puissance de manipulation.







Aucun commentaire: