lundi 17 avril 2017

Le temps des barricades



Edition spéciale élection présidentielle en France (3)


Les ténèbres, l'obscurité désespérée, c'est le cycle effrayant de la vie quotidienne. Pourquoi se lever le matin, manger, boire, se recoucher ? L'enfant, le primitif, l'être jeune et sain, l'animal ne souffre pas de cette routine. Celui pour qui la pensée n'est pas une chose douloureuse se réjouit de se lever le matin, de manger, de boire ; il en est satisfait et ne veut rien d'autre. Mais celui qui ne trouve plus incontestable cette routine cherche avidement dans le cours des journées les instants de vie réelle, dont le jaillissement rend heureux, anéantit le sentiment du temps et supprime toutes les réflexions sur le sens et le but de l'existence entière.”
Hermann Hesse, Gertrude, 1910.






L'impressionnant bashing anti-Mélenchon de ces derniers jours montre ceci :

1) que sa qualification pour le second tour semble aujourd'hui possible

2) que ça affole le bourgeois

3) que c'est le retour de la lutte des classes (si tant est qu'elle ait jamais disparu)

4) que la classe du capital est absolument déterminée à tuer toute idée d'égalité et de solidarité, de partage et de bien commun, et qu'elle accusera systématiquement toute personne dénonçant les régressions sociales de populisme (mot qui semble faire trembler jusqu'aux esprits les plus robustes)
5) qu'elle est en train d'activer, à coups de bulldozer médiatique, ce que le cinéaste Patricio Guzman, auteur de "La Bataille du Chili", avait appelé "l'insurrection de la bourgeoisie".

6) que cette insurrection des grands possédants est prête à toutes les bassesses, à tous les amalgames effrayants, à toutes les trahisons, à toutes les anthropophagies politiques et financières, à toutes les psychophagies qui souvent, par paresse et ignorance, conduisent au conformisme.

7) qu'il en découle une mauvaise foi, une idiotie et une malhonnêteté qui se répandent et se répliquent comme une lèpre, touchant jusqu'à des intellectuels ordinairement plus éclairés, du moins le croyait-on...

Face à cela je voudrais dire ceci à celles et ceux qui rêvent encore d'une politique centriste et bisounours, molle et tiède en apparence mais en réalité prête à casser tout ce que les générations précédentes ont gagné de haute lutte :

1) nous voici à nouveau au temps des barricades, celles qui veulent défendre un système de protection sociale certes imparfait mais unique au monde (chez nous les pauvres ont encore des dents) ; celles aussi qui veulent gagner encore en équité humaine, et ce au détriment de personne.

2) comme dit l'ami Serge Pey, (un des poètes français les plus fougueux de notre temps. NdlR) une barricade n'a que deux côtés et on ne peut pas jouer les élégantes ballerines sur les planches du milieu ; il faut s'engager

3) il faut saisir la seule chance de changement et de ré-évolution permanente qui s'offre à nous ; mettre nos désaccords en standby jusqu'aux scrutins, ouvrir nos fenêtres, nous faire signe, nous réunir, travailler et fêter la vie que nous voulons vivre ; nous aurons alors tout le loisir de fraternellement discuter toutes nos nuances

La ventilation est à portée de vote, donnons-nous la chance et les moyens d'aérer !

Pierre Guéry, auteur Performeur


Depuis 2001 Pierre Guéry (né en 1965 à Marseille) publie, traduit, interprète, enregistre et performe une poésie sonore visuelle et directe, jalonnée de nombreuses collaborations artistiques (musique, danse, vidéo, arts plastiques) et prenant place dans toutes sortes de lieux publics et privés - rues, galeries, autobus, églises, bars, théâtres, bibliothèques, scènes musicales, appartements, festivals internationaux (France, Allemagne, Italie, Espagne, Liban, Canada, Belgique, Suisse).

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