vendredi 10 mars 2017

Poésie dans le métro parisien

“Les mots il suffit qu’on les aime pour écrire un poème.” Raymond Queneau

Bouche écarlate géante au métro Saint-Lazare: "La voix lactée", mosaïque de Geneviève Cadieux

 
    Au bout du long couloir blanc, encadrée par l'arrondi de la voûte, une bouche géante nous guette. En passant, les voyageurs jettent un coup d'oeil distrait sur la mosaïque de Geneviève Cadieux, peu troublés par l'énormité de cette bouche aux lèvres fermées. 
 
     Les gros plans du cinéma, les affiches publicitaires et l'art pop nous ont habitués à voir des détails du corps humain démesurément agrandis. Une étrangeté qui ne nous inquiète plus. 

 
 

"La voix lactée", mosaïque de Geneviève Cadieux, métro Saint-Lazare
mosaïque de verre de 3 x 8 mètres
 
 
   
    Parfois un couple d'amoureux s'arrête devant les lèvres fardées d'écarlate et se photographie comme ils se photographieraient devant le coeur géant de Jeff Koons. Les lèvres sont une image sensuelle, elles appartiennent à l'iconographie érotique.




 

 "La voix lactée", mosaïque de Geneviève Cadieux, métro Saint-Lazare
 
 
 
 
   "La voix lactée", image de lèvres isolées du reste du visage pourrait être une publicité pour un rouge à lèvres. Geneviève Cadieux utilise les codes de la communication commerciale pour mettre en évidence le regard masculin qui transforme la femme en objet sexuel. Cependant, en regardant bien, on s'aperçoit que ces lèvres ne sont pas celles d'une jeune femme. L'artiste a photographié le visage de sa mère et isolé la bouche. Le passant ignore cette deuxième signification qui renvoie à la maternité et à l'intime.
«Dans mon œuvre, les  lèvres  étaient  transgressives  en  ce  sens qu’elles étaient  vieillissantes  et  que  le  travail  était  réalisé  par  une femme. C’était comme si je revendiquais une voix», explique Geneviève Cadieux.1
 
 
 
 
    
"La voix lactée", mosaïque de Geneviève Cadieux, métro Saint-Lazare
 
 
 
   Le mur voûté au bout du couloir fonctionne comme une fenêtre où viendrait se coller la bouche d'une géante dont le visage trop énorme ne peut entrer. On songe à King Kong dans le film, l'oeil encadré par la fenêtre, espionnant la jeune fille réfugiée dans l'immeuble. On songe à Gulliver ou à Alice au pays des Merveilles tantôt trop petits pour le décor où ils évoluent, tantôt trop grands.
 
    A la télévision, une publicité récente joue aussi sur la différence d'échelle en montrant un visage s'encadrant dans la baie vitrée du métro aérien.
    
  Accompagnant l'oeuvre plastique, quelques lignes d'"une fois seulement", un poème d'Anne Hébert sont inscrites en noir dans un bandeau, sur le mur gauche du couloir:
    
Bien avant les images et les couleurs
La source du chant s'imagine
A bouche fermée
Comme une chimère captive 


 
 

Poème d'Anne Hébert pour la Voix Lactée
 
 
 
 
    Comme les carreaux de faïence blanche, la mosaïque pariétale réfléchit doucement la lumière des néons. Geneviève Cadieux est une artiste canadienne née en 1955. Elle s'intéresse au corps, à l'intimité et au féminisme.
    La Voix Lactée, mosaïque de verre du métro parisien est une variation de la photo géante exposée depuis 1992 sur le toit du Musée d'Art Contemporain de Montréal. Tel un panneau publicitaire géant, la photo est visible de la rue et s'inscrit dans l'espace public, tout comme les lèvres du métro.

 
   En 1966, la RATP a prêté puis donné à la STM (Société de transport de Montréal) une bouche de métro parisien signé Hector Guimard (station Square-Victoria). En échange, la STM offre au métro de Paris une oeuvre d’art ayant pour thème la langue française: La voix lactée.
 
   La mosaïque est située au métro Saint-Lazare dans le couloir de correspondance entre la ligne 14 et la ligne 9 à Saint-Augustin.
 
 
  Palagret
octobre 2011
archéologie du quotidien   
 


Source : archéologie du futur / archéologie du quotidien






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