lundi 6 février 2017

Hymnes poétique aux peuplades indigènes (extrait)



Photo : A. Chenet





Hymne 1
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La poésie a ses fondements, son noyau dans l'imaginaire créateur d'utopies, celles-ci se nourrissant (ou dépérissant selon les périodes) de la substance magique du réel, de l'expérience éprouvée. La langue que nous parlons si elle ne se cantonne pas dans la reproduction de schémas syntaxiques, de mimétismes automatiques et de répétions machinales ne cesse de nous ouvrir des perspectives passionnelles vers des explorations nouvelles dont les meilleurs instruments de navigation (compas, boussoles, sextant …) nous seraient fournis par notre propension à rêver le monde, c'est à dire à l'imaginer amoureusement, à l'inventer généreusement.

Dans les sociétés primitives, il ne fait aucun doute que le rêve (cette danse de la vie intérieure) était la matière première du partage. Des récits naissaient dans les cavernes, sous le baobab, dans la clairière, dans l'oasis au milieu du désert. Des récits se transmettaient tels des cérémonies sacrées où chacun offrait le meilleur de lui-même. En ces temps reculés des commencements, posséder signifiait trahir en s'appropriant ce qui n'appartient à personne en particulier. Le travail n'existait pas encore, l'esclavage encore moins.

Par conséquent, ce que nous disons comme ce que nous faisons devrait être une aventure quotidienne exaltante entièrement consacrée à tout ce qui est plus grand que nous : le groupe, la communauté au sens large, la société s'humanisant des découvertes de chacun, la terre nourricières en tant que mère porteuse des générations à venir.

Après trois ou sept mille ans d'échecs successifs ayant enfoui les plus belles promesses des paradis promis-perdus, laisserons-nous derrière nous un tombeau pharaonique poussiéreux en héritage à nos descendants plus morts que vifs? Ou bien mettrons-nous tous nos poèmes en commun (c'est à dire ce qui subsiste en nous de pouvoirs régénérateurs, ce que les hommes-médecines d'Amérique du sud nomment "limpia"), tels ces paniers de fruits, de fleurs et de pierres précieuses que tous les peuples premiers s'empressaient d'offrir en présents de bienvenue aux voyageurs européens qui débarquaient épuisés sur leurs îles et continents?
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André Chenet
Extrait de : "Hymnes poétiques aux peuplades indigènes", écrits en cours.

Photo : André Chenet “Les murs de Buenos Aires”


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