mardi 28 février 2017

Etat profond, mafia & oligarchie



“À l'époque de la mondialisation, la loi du silence est toujours en vigueur, et certaines pratiques persistent, depuis les campagnes de presse pour passer outre les contradictions évidentes (telles que « La mafia n'existe pas » et « la mafia est bonne pour la paix sociale, la loi et l'ordre »), jusqu'aux dissimulations des violations de la loi à l'aide de techniques telle qu'« éluder les questions et transmettre de la joie ».

De cette façon ils réussissent à s'adapter aux démocraties, puis à instaurer des États oligarchiques.

Le salmigondis de mensonges et de silences consolide une idéologie qui endoctrine les membres de ses organisations, terrorise les autres et convainc de nombreux citoyens que les mafieux sont des personnes honorables, qui se défendent avec des stratagèmes légitimes contre la corruption et le mauvais fonctionnement de l'État et sont donc aussi, par conséquent, les plus indiquées pour les protéger et les représenter.

Le secret, qui continue d'être bien gardé, est celui des affaires.

Le pouvoir des Mafias dépend de leurs réseaux de complicité et de recel, nécessitant des accords (contactés librement ou sous la menace) avec des politiciens et des juges, ainsi que le contrôle rigoureux des ressources et des outils de communication, avec ses dispositifs et réseaux d'espions et de porte-paroles, s'employant à filtrer ou à discréditer chaque information qui mettrait en question l'orientation de l'opinion publique.”






L'Etat profond monte à la surface 


L'étonnante adoption en France de la campagne antirusse américaine montre une lutte titanesque pour le contrôle de la « narration » - la version de la réalité internationale consommée par la masse des gens qui n'ont pas les moyens d'entreprendre leurs propres recherches. Le contrôle de la narration est le cœur critique de ce que Washington décrit comme sa « puissance douce ». La puissance dure peut livrer des guerres et renverser des gouvernements. La puissance douce explique aux quidams pourquoi c'était la bonne chose à faire. Les Etats-Unis peuvent littéralement tout se permettre aussi longtemps qu'ils peuvent raconter l'histoire à leur avantage, sans risque d'être contredits de façon crédible. En ce qui concerne les points sensibles du monde, que ce soit l'Irak, la Libye ou l'Ukraine, le contrôle de la narration est fondamentalement exercé par le partenariat entre les services de renseignement et les médias. Les services de renseignement écrivent l'histoire et les grands médias la racontent. 

Ensemble, les sources anonymes de « l'Etat profond » et les médias de masse ont pris l'habitude de contrôler la narration racontée au public. Ils ne veulent pas abandonner ce pouvoir. Et ils ne veulent assurément pas le voir contesté par des outsiders - notamment par les médias russes qui racontent une histoire différente. 

C'est une des raisons de la campagne extraordinaire en cours pour dénoncer les médias russes et autres médias alternatifs comme diffuseurs de « fausses nouvelles », afin de discréditer des sources rivales. L'existence même de la chaîne d'information internationale russe RT a suscité une hostilité immédiate : comment les Russes osent-ils se mêler de notre version de la réalité ! Hillary Clinton avait mis en garde contre RT quand elle était secrétaire d'état et son successeur John Kerry a dénoncé la chaîne comme « un mégaphone de propagande ». Ce que nous disons est vrai ; ce qu'ils disent ne peut être que de la propagande. 

La dénonciation des médias russes et de la prétendue « ingérence russe dans nos élections » est une invention majeure de la campagne Clinton, qui a ensuite infecté le discours public en Europe occidentale. Cette accusation est un exemple évident de double standard, ou de projection, étant donné que l'espionnage américain de tous, y compris les alliés, et l'ingérence américaine dans les élections à l'étranger sont de notoriété publique. 

La campagne dénonçant les « fausses nouvelles » émanant de Moscou bat son plein en France comme en Allemagne à l'approche des élections. C'est cette accusation qui empoisonne la campagne, pas les médias russes. L'accusation que Marine Le Pen est « la candidate de Moscou » est non seulement supposée ruiner ses chances, mais c'est aussi un ballon d'essai pour susciter une possible « révolution de couleur » si d'aventure elle gagnait l'élection du 7 mai. L'ingérence de la CIA dans les élections étrangères est loin de se limiter à des bulletins d'information controversés. 

En l'absence d'une authentique menace russe en Europe, affirmer que les médias russes « empiètent sur notre démocratie » revient à désigner la Russie comme un ennemi agressif et, par-là même, à justifier l'énorme accroissement du potentiel militaire de l'OTAN dans le nord-est de l'Europe, ce qui ravive le militarisme allemand et dévie la richesse nationale vers l'industrie d'armement. 

D'une certaine façon, l'élection française est une extension de l'élection américaine, dans laquelle l'Etat profond a perdu sa candidate préférée, mais pas le pouvoir. Les mêmes forces sont à l'œuvre ici, soutenant Macron comme un Clinton français, mais prêtes à stigmatiser tout opposant comme un instrument de Moscou. 

Ce qui s'est passé ces derniers mois a confirmé l'existence d'un Etat profond qui est non seulement national mais transatlantique et aspire à être global. La campagne antirusse est une révélation. Elle révèle à bien des gens qu'il y a réellement un Etat profond, un orchestre transatlantique qui joue le même air sans chef d'orchestre apparent. Le terme « Etat profond » apparaît soudain même dans le discours des fidèles au système, comme une réalité qui ne peut être niée, même s'il est difficile de la définir avec précision. Au lieu de Complexe militaro-industriel, on devrait peut-être l'appeler Complexe médiatico-cum-renseignement-militaro-industriel (Military Industrial Media Intelligence Complex - MIMIC en anglais). Son pouvoir est énorme, mais reconnaître qu'il existe est le premier pas pour nous libérer de son emprise.

Diana Johnstone est une journaliste américaine. Diplômée d'études slaves, elle a obtenu son doctorat à l'Université du Minnesota. Elle vit à Paris depuis 1990.





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