vendredi 6 janvier 2017

Vacances touristiques au Yémen à prix cassés


Après un bombardement saoudien
Plus de 3000 civil-e-s tués pendant le conflit, dont plus de 700 enfants.

2,4 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays par les affrontements.
83 % de la population a besoin d’une aide humanitaire, notamment de nourriture, d’eau, d’abris, de carburant et de services sanitaires.
Les civils sont les premiers touchés par la violence du conflit au Yémen. Non seulement celui-ci a fait des milliers de morts et de blessés parmi eux, mais il a aussi aggravé la crise humanitaire qui était déjà profonde, après des années de pauvreté et de mauvaise gestion par l’État, entraînant une grande souffrance de la population.
Au moins 83 % des Yéménites survivent actuellement grâce à l’aide humanitaire. Afin d'empêcher les forces des Houthis de se ravitailler, la coalition a mis en place un blocus aérien et maritime partiel. Cela restreint fortement l'approvisionnement en carburant et en autres produits de base, réduisant l'accès à la nourriture, à l'eau, à l'aide humanitaire et aux fournitures médicales, faisant grimper le prix de la nourriture et créant une situation extrêmement difficile pour des millions de personnes.
 Les dégâts infligés par les frappes aériennes à des infrastructures logistiques cruciales telles que des ponts, des aéroports et des ports maritimes entravent par ailleurs fortement l’acheminement d’équipements humanitaires indispensables. Amnesty International



Avec 40 milliards de dollars, les États-Unis ont signé plus de la moitié de tous les accords d'armement l'an dernier et plus du double du pays en deuxième place, la France, à 15 milliards de dollars. Les ventes d'armes américaines comprenaient des bombes, des missiles, des chars blindés, des hélicoptères d'attaque Apache, des chasseurs F-15 et autres articles.
Le rapport (pdf) a été publié par le Congressional Research Service, qui effectue des analyses de politique nationale pour le Congrès. Il examine les transferts d'armes classiques aux pays en développement, entre 2008 et 2015.
Les principaux acheteurs, quant à eux, étaient le Qatar, qui a signé des accords pour acheter plus de 17 milliards de dollars d'armement  ; l'Égypte, qui a signé pour 12 milliards de dollars; et l'Arabie saoudite, qui en a acheté pour plus de 8 milliards de dollars.
Beaucoup de ces armes ont été utilisées pour aider la coalition menée par l'Arabie saoudite et soutenue par les États-Unis à combattre les rebelles au Yémen, entraînant des pertes civiles élevées. Comme le militant anti-guerre et collaborateur à Common Dreams, Medea Benjamin, l'a écrit en août, « les armes américaines sont tachées de sang yéménite. » Nadia Prupis



Bombardement saoudien au Yémen


Il est difficile de s'y retrouver dans la jungle des embargos dont les modalités diffèrent fortement selon la destination visée. Ces mesures sont d'abord les variables d'ajustement des intérêts occidentaux. Alors que des armes vendues par la France comme les chars Leclerc (aux Émirats arabes unis), les Mirage 2000 (au Qatar) ou les canons d'artillerie Caesar (à l'Arabie saoudite) sont employées dans la guerre au Yémen, Paris échappe au radar du droit ia norme internationale
… Car l'embargo sur le Yémen ne s'applique qu'aux forces rebelles houthies et pas aux membres de la coalition en guerre (dont font partie, entre autres, l'Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats arabes unis, l'Égypte), équipés par les grands pays exportateurs d'armes (États-Unis, Royaume-Uni, France, Canada). En outre, les embargos pesant sur des puissances comme la Chine ou l'Égypte ne sont pas contraignants. Une fois encore, le champ d'application des embargos dépend moins de la volonté d'épargner des morts civils que du poids géostratégique des parties en conflit.
Un tel panorama ne doit pas aboutir au discrédit de la norme internationale, il est au contraire nécessaire de chercher tous les moyens de la renforcer. Mais ce constat conduit à réinterroger la notion d'État de droit, qui est délibérément refusé aux populations vivant loin de chez nous, dont le droit de vie et de mort est en partie scellé par «  le grand jeu  » de la France avec les autres puissances.




 Tony Fortin, responsable de l'Observatoire des armements.




Des centaines de milliers de Yéménites se sont rassemblés le 20 août 2016 à Sanaa, en soutien au mouvement Houthi
 Photo: AP




En Occident, pas de pleureuses pour les enfants yéménites,

par Bruno Guigue

La prospérité de notre industrie de l'armement vaut bien la vie de quelques milliers d'enfants yéménites. C'est ce que répondit implicitement Manuel Valls lorsqu'on lui demanda ce qu'il pensait des bombardements saoudiens qui dévastent le Yémen et terrorisent sa population. « Est-il indécent de se battre pour nos emplois ? » répondit le premier ministre le 15 octobre 2015 sur Bfm/Tv. « Indécence », dites-vous ? A la tête d'un gouvernement qui aura généreusement distribué des armes et des médailles aux coupeurs de tête du Golfe, Manuel Valls sait de quoi il parle.

Depuis mars 2015, la « coalition » conduite par Riyad déchaîne le feu du ciel contre des civils sans défense en prétendant combattre une rébellion houthie coupable de s'être alliée avec l'ex-président Ali Abdallah Saleh contre son successeur Abd Rabbo Mansour Hadi, instrument docile de la monarchie saoudienne. Selon l'ONU, cette intervention militaire meurtrière a fait plus de 10 000 victimes. Elle a provoqué une catastrophe humanitaire, 400 000 enfants souffrant de malnutrition dans un pays dévasté par les bombardements et privé de ressources par l'embargo que lui imposent les pétromonarchies.

Dans une totale impunité, l'aviation saoudienne n'épargne ni les écoles, ni les hôpitaux, ni les cérémonies religieuses. Elle répand la terreur, elle cherche à faire plier, en la soumettant à un déluge de feu, une résistance qui infligerait une cuisante défaite aux forces coalisées si elles avaient le courage de l'affronter sur le champ de bataille. Les wahhabites, en fait, ne mènent pas une guerre contre des combattants, mais une entreprise systématique de démoralisation de la population, de destruction totale, d'arasement des infrastructures du pays.

Cette œuvre mortifère, ses auteurs la justifient en invoquant la légalité internationale. Le mouvement « Ansarullah », en effet, a investi la capitale du pays en septembre 2014 et poussé le président Mansour Hadi à la démission en janvier 2015. Effet à retardement de la « révolution » ratée de 2011, ce succès inattendu a pris de court les Saoudiens et leurs parrains occidentaux. Décidés à intervenir dans le conflit, ils ont obtenu du conseil de sécurité de l'ONU le vote de la résolution 2216 du 14 avril 2015 condamnant la prise du pouvoir par les Houthis et affirmant la légitimité du président Hadi.
Cette décision onusienne a offert à Riyad une couverture juridique l'autorisant à frapper le Yémen sans ménagement pour vaincre la rébellion. Perversion du droit international, c'est un chèque-en-blanc qui permet au pays arabe le plus riche d'écraser sous les bombes le pays arabe le plus pauvre. Tout se passe comme si l'agresseur bénéficiait d'une sorte de permis de tuer à grande échelle, avec la bénédiction de puissances occidentales qui lui fournissent des armes en quantité illimitée tandis que la rébellion houthie se voit frappée par l'embargo.

On se demande alors quel crime le peuple yéménite a pu commettre pour endurer un tel supplice. Aurait-il commis des actes terroristes ? Certainement pas. Il est la première victime des attentats meurtriers perpétrés par Daech et Al-Qaida, comme celui contre les mosquées chiites de Sanaa qui fit 142 morts le 20 mars 2015. Ces organisations, en revanche, ont longtemps bénéficié de l'étrange inaction de la coalition, notamment dans la région d'Al-Mukallah. Peine perdue ! Cette alliance objective sur fond de haine anti-chiite n'a pas mis les forces « loyalistes » à l'abri des attentats-suicides qui vont bientôt les frapper à leur tour en 2016.

D'où vient, alors, l'acharnement de Riyad contre le Yémen ? Selon la propagande saoudienne, il serait justifié par la complicité des Houthis avec Téhéran. Appartenant à la communauté chiite « zaydite », le mouvement « Ansarullah » servirait les ambitions géopolitiques de l'Iran. Les causes du conflit yéménite sont endogènes, l'aide fournie par les Iraniens aux rebelles est dérisoire, mais Riyad s'obstine à dénoncer l'influence malfaisante des mollahs. C'est une situation ubuesque. Les Houthis sont coupés du monde par l'embargo et bombardés par une puissante aviation, et Riyad les traite, sur leur propre sol, comme s'ils étaient des mercenaires étrangers !

Le voilà donc, son crime, à ce Yémen rebelle. Il est en cheville avec les forces du mal, il pactise avec le diable. Décidément inconscients, les Houthis admirent le Hezbollah libanais, ils soutiennent la Syrie souveraine, ils croient encore au nationalisme arabe. Pour ceux qui entendent asservir la région aux intérêts impérialistes, Sanaa est une épine dans le pied. Le Yémen a commis une faute politique qu'il va devoir expier dans la douleur. Vu de Riyad, il va falloir étouffer ce foyer de contestation d'un ordre impérial auquel se cramponnent des pétromonarchies vermoulues. L'Arabie saoudite ne veut pas, tout simplement, d'un Yémen indépendant et unifié.

Pour ce pays martyrisé qui n'intéresse personne, on n'entendra pas de jérémiades. Ni « génocide », ni « massacre », ni « barbarie » à l'horizon dans les colonnes de la presse mainstream. Le chœur des pleureuses occidentales est aux abonnés absents. Ni « Casques blancs » financés par des fondations anglo-saxonnes, ni parlementaires français en goguette pour « éveiller les consciences », ni gauchistes indignés qui appellent à la « solidarité révolutionnaire », ni droits-de-l'hommistes qui signent héroïquement des pétitions à la pelle, rien, nada. Le Yémen est sorti des écrans-radar, rayé de la liste des causes qui en valent la peine. Il est abandonné aux criminels wahhabites par l'indécente lâcheté d'un Occident complice. Mais, qui sait, le peuple yéménite n'a peut-être pas dit son dernier mot.
Bruno Guigue, le 3 janvier 2017



Source : Arrêt sur Info



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