mardi 10 janvier 2017

Si la Syrie m'était contée (1)



Avec le traitement médiatique du conflit syrien et sa couverture schizophrène, amnésique, orwellienne et hypocrite, nous avons atteint de nouveaux sommets dans l’art de la désinformation, la manipulation et la propagande. Difficile de trouver d’autres mots tant les faits sont accablants.

Luys Alberto Reygada






© Khalil Ashawi Source: Reuters




Dès le mois de mai 2012, j'avais écris le "billet" ci-dessous à propos de cette soi-disant révolution colorée en Syrie qui allait changer le Moyen-Orient. Après quelques siècles de désinformation et d'horreur (où sont-ils les amis hexagonaux de la Syrie aujourd'hui?) où le port du casque blanc a été rendu obligatoire sur les chantiers de démolition que furent Alep Est et Palmyre? J'écoutais en ce temps-là le doux docteur Antaki d'Alep ou la très décriée -par la meute de petits r...oquets qui nous tiennent lieu de médias - soeur Agnès ainsi que tous ces citoyens de la République syrienne qui tentaient de se faire entendre de l'autre côté du mur des lamentations érigé avec des cris de vierges effarouchées par nos démocrassies exemplaires. Voici ce que je disais :

Syrie : d'autres sons de cloches 

Pour trouver d'autres "sons de cloches", concernant l'actualité internationale, il faut se lever très tôt, et aller très loin sur des territoires où l'on ne pensait pas se rendre un jour. Il faut parfois même traverser les "lignes ennemies" virtuelles pour glaner ici et là des témoignages, prendre connaissance de rapports et d'états des lieux dont la presse des marchands de canons et des affairistes se garde bien d'analyser les tenants et aboutissants. Le Secret d'état est de mise en ce sens où l'information est devenue une denrée rare et ce qui en tient lieu, un pâté infect pour chien jeté à la meute du grand public dont le temps de cerveau disponible se réduit à celui, chauvin et hystérique des compétitions sportives ou des stupides bavardages télévisuels. Plus je cherche à démêler le vrai du faux en ce qui concerne la Syrie et plus je ne ramasse que des os à ronger sur lesquels s'accrochent encore des bouts de chair palpitante des victimes du grand jeu de la stratégie mondiale occidentale qui ne craint pas de s'exposer hideusement avec l'Arabie Saoudite, le Barein, le Quatar et autres diablotins fantoches que contenait la boîte de Pandore du fanatisme économique ultra-libéral. Après la Tchécoslovaquie, l'Afghanistan, la Libye les massacres et crimes de guerre se perpétuent comme traînée de poudre au nom de la liberté, de la civilisation et de la démocratie. C'est épouvantable ! Gaël Hadey


Ingérence et droits de l'homme

En effet, la seule question qui mérite d’être discutée à propos de l’affaire syrienne, ce n’est pas la situation sur le terrain (qui est sans doute compliquée), mais la légitimité de la politique d’ingérence des États-Unis et de leurs «alliés», c’est-à-dire des Européens, de la Turquie et des États du Golfe, dans ce pays.

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Le principe de non ingérence rend illégal tout ce que font les États-Unis un peu partout dans le monde: pas seulement les invasions «préventives», mais aussi les achats d’élections, les armements de rebelles, ou les sanctions et embargos unilatéraux. Pour comprendre le caractère «inacceptable» de la politique d’ingérence quand il est appliqué à des pays puissants, il suffit de penser aux cris d’orfraie que pousse l’establishment américain suite au soi-disant piratage par les Russes de certains emails rendus publics par Wikileaks. Notons au passage que la réalité de ce piratage reste à prouver et que, même s’il l’était, l’authenticité des emails n’est pas contestée, ce qui signifie que ce piratage aurait simplement permis d’informer le public américain de certaines manoeuvres de leurs dirigeants, ce qui est une peccadille comparé aux interventions américaines en Amérique latine, au Moyen-Orient ou en Indochine.

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Dans le cas de la Syrie, si, comme il le semble, l’insurrection finit par être vaincue, on ne pourra que constater que la politique d’ingérence, à travers l’armement des rebelles, n’a fait que prolonger les souffrances de la population de ce malheureux pays. Les «défenseurs des droits de l’homme» qui ont appuyé cette politique d’ingérence, portent une lourde responsabilité dans cette tragédie.

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Dans toute guerre, et le soutien aux insurgés en Syrie est une guerre, la première victime est la vérité. N’importe quel esprit vraiment libéral irait consulter la «propagande» de l’autre camp, sans nécessairement la croire sur parole, mais afin de contre-balancer celle à laquelle il est constamment soumis.

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Les «défenseurs des droits de l’homme» se demandent aussi si, après Alep, il est encore possible de discuter avec Poutine. Mais la guerre à la terreur, y compris l’invasion de l’Irak, n’a jamais empêché personne de discuter avec les Américains, malgré les centaines de milliers de morts que cette guerre a provoquées. Au contraire, après 2003, la France s’est d’avantage intégrée dans l’OTAN et a suivi les États-Unis plus fidèlement que jamais.

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Dans toutes les guerres, il y a une propagande massive en faveur de celles-ci. Comme les guerres ou les ingérences actuelles sont justifiées au nom des droits de l’homme, il est évident que la propagande va se concentrer sur la dénonciation des «violations des droits de l’homme» dans les pays ciblés par l’interventionnisme.

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Cette critique de la propagande ne signifie nullement un «soutien» à un régime ou l’autre, au sens où ce régime serait dans l’absolu souhaitable dans un monde libéré de la politique d’ingérence.

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Pour les «défenseurs des droits de l’homme», le réalisme politique et les conséquences de leurs actions n’ont aucune importance ; l’important c’est de montrer que l’on fait partie du «camp du bien». Vous vous imaginez être libres, tout en suivant fidèlement les injonctions des médias dominants qui vous indiquent, à chaque moment, la crise qui requiert votre indignation.

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"L’affaire d’Alep aura aussi permis à la volaille merdiatique d’achever son suicide en beauté.
En près de 6 ans de tueries encadrées par les services secrets de moins en moins secrets de Washington, Riyad, Ankara, Londres, Tel-Aviv ou Paris, on croyait avoir tout vu, tout lu en matière de désinformation sur cette prétendue révolution syrienne et ses rebelles bisounours – notamment de la part d’une gauche française totalement ravagée par un crétinisme romantique effarant.
Avec la prise d’Alep-est pourtant, les dernières bornes de la décence n’ont pas seulement été repoussées, elles ont été littéralement explosées dans une formidable crise d’hystérie merdiatique où les rumeurs les plus folles de massacres et même de viols collectifs par les troupes syriennes ont été présentées comme des faits avérés.
C’était comme si au sein des rédactions occidentales – devenues officines du «Ministère de la vérité» de l'Empire depuis quelques années déjà –, ont avait joué à qui aurait l’idée la plus délirante, la plus malsaine pour tenter de susciter encore la mobilisation et sauver la rébellion qu’on avait fantasmée.   Tout cela pour qu’à la fin, les seuls charniers découverts dans une Alep libérée soient ceux de civils torturés et massacrés par les rebelles bisounours qu’on avait tenté de faire passer durant 6 ans pour les dignes héritiers du Che.
Là encore: passé la colère aux moments cruciaux de la bataille, on s’est surpris à éprouver ensuite une certaine gêne face à l’ampleur des démentis que le réel infligeait coup pour coup aux délires d’une corporation merdiatique désormais réduite à un troupeau bêlant de petits militants hallucinés.
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Les habitants d’Alep libérée



Le témoignage d’un photographe européen 
ayant visité Alep, à la mi-décembre 2016.

Par Jan Oberg – Le 29 decembre 2016 – Son blog






Pour la plupart des médias, des commentateurs et des politiciens occidentaux, cela ne faisait aucun doute : Alep est tombée (de nouveau) aux mains du « régime », du « dictateur ». Ils se sont concentrés sur les civils et les rebelles modérés, comme ils les appellent, tués dans les dernières heures de la bataille autour d’Alep orientale, qui était occupée depuis mi-2012.
J’étais là – autant à l’est qu’à l’ouest d’Alep – quand c’est arrivé. J’étais dans le quartier Hanano d’Alep, sa vieille ville et dans la ville industrielle de Shaykh Najjar.
Je marchais dans les rues et je pouvais parler à n’importe qui et photographier ce que je voulais, personne ne me guidant vers des personnes particulières.
Ces images sont réelles, elles sont authentiques.
Voila ce que j’ai vu et entendu.


Mes photos transmettent ce que j’ai vu aux endroits que j’ai mentionnés. Ni plus, ni moins.
Un bonheur humain débordant après quatre ans de ce que beaucoup considèrent comme « un enfer vécu sous le joug terroriste. » J’ai vu des sourires et des signes de fierté et de victoire, comme ce garçon au-dessus.

J’ai écouté des gens qui expriment leur gratitude à la fois à Bachar al-Assad et au gouvernement, ainsi qu’à Poutine et aux Russes, ces derniers bombardant et envoyant des hôpitaux de campagne, en même temps. Je les ai écoutés dire que la vie était bonne à Alep, avant que les occupants débarquent et commencent à piller et à détruire.

Je me suis joint aux gens dans les restaurants de l’Ouest qui fêtaient, trinquaient à la liberté et parlaient avec soulagement de la façon dont c’est fantastique de ne plus avoir à vivre tous les jours dans la peur. Ils ont été bombardés de temps en temps par des mortiers rebelles et d’autres munitions tirées par les rebelles, je l’ai moi-même vécu pendant ma visite.

Et j’ai vu des victimes de l’occupation de l’Est à qui l’on donnait du pain, des légumes, des bananes et de l’eau. Assis sur des chaises installées sur le trottoir, dégustant du thé et fumant une cigarette. Et parlant sans crainte.

J’ai vu des gens aller d’est en ouest de la ville, dans des bus verts, afin d’obtenir des soins de santé ou de se réunir avec des membres de la famille et des amis – et ceux venant de l’Ouest pour voir ce qui reste ou ne reste plus de leur maison située à l’Est de la ville.

Et j’ai parlé avec de jeunes soldats et des officiers plus âgés, qui étaient fiers d’avoir libéré leurs citoyens et leur ville.

Enfin, j’ai entendu des gens exprimer leur désaccord avec la politique d’amnistie d’al-Assad. Si vous êtes un citoyen syrien et que vous avez combattu contre les vôtres, vous obtiendrez l’amnistie si vous donnez votre arme, répondez à certaines questions et signez un document promettant de ne jamais recommencer. C’est tout. Vous pouvez être réintégré dans la société à nouveau. Ce n’est que s’il y a un procès contre vous, intenté par une famille dont vous avez volontairement tué un membre, que vous serez puni.

Plusieurs personnes, tant des civils que des soldats, m’ont dit qu’ils n’étaient pas d’accord avec cette douce philosophie réconciliatrice voulue par leur président. Certains ont dit que des procédures juridiques étaient nécessaires et que les Syriens qui avaient combattu leur propre peuple et avaient participé à l’occupation de l’Alep orientale méritaient d’être punis. D’autres étaient d’avis qu’ils méritaient de mourir.

Oh oui, et j’ai vu beaucoup de jeunes Syriens, étudiants universitaires en particulier, volontaires pour le Croissant-Rouge, aider les gens dans une situation désastreuse.

Ce que je n’ai pas vu ni entendu

Alep héberge – ou plutôt hébergeait – environ 2 millions de personnes. C’est une immense ville, couvrant 190 kilomètres carrés. Bien sûr, je n’ai pas visité ou traversé tous les quartiers, les rues de l’est ou de l’ouest pendant mes trois jours et demi de présence.

Les rapports médiatiques disant que les rebelles et leurs familles ont été massacrés ou tués dans les derniers jours et heures peuvent être vrais ou pas. Je ne peux pas en juger. Je ne l’ai pas vu et n’ai pas rencontré des gens qui en ont parlé. J’ai interviewé un soldat qui m’a dit que, par principe, l’armée ne tue que lorsqu’elle se bat avec des gens armés. Il m’a assuré qu’il n’avait jamais tué un civil non armé. Je n’ai aucune raison de ne pas le croire – les autres choses qu’il a dites avait du sens et pouvaient être vérifiées.

Mais, bien sûr, des gens ont peut-être été tués dans les dernières poches d’occupation, quand la partie était perdue pour eux.

Mais ce n’est pas mon rôle, comme un analyste des conflits et chercheur pour la paix, de faire un rapport sur les violations des droits de l’homme et du droit international – comme Médecins sans frontières n’a pas pour mission d’enquêter sur la situation économique dans le secteur agricole. Je ne peux rien dire sur ce que je n’ai pas vu ou entendu au cours de mes entrevues.

Ce que, cependant, je n’ai vu chez aucun résident d’Alep Est, est la crainte du gouvernement – j’ai plutôt vu la reconnaissance pour les soins de santé, le transport par bus jusqu’au centre d’inscription de Jibrin. Je n’ai pas vu de peur dans les yeux de quiconque revenant sous le contrôle du gouvernement.

Je n’ai entendu personne dire que la vie était bonne ou même tolérable pendant le siège de la partie orientale d’Alep. J’ai entendu des gens parler de vivre dans la peur, de ne pas recevoir assez de nourriture ou de soins de santé, d’être harcelé, de membres de la famille ou d’amis ayant été tués ou blessés. On m’a raconté des histoires sur la façon dont certains avaient essayé d’aller vers l’ouest de la ville, mais les forces d’occupation les en avaient brutalement empêchés. Ou tués pendant la tentative. Et que les enfants n’étaient pas allés à l’école au cours des deux dernières années.
Je n’ai pas rencontré les Casques blancs, l’organisation humanitaire présumée qui a reçu plus de 100 millions de dollars US pour sauver des personnes, qui a mobilisé l’opinion pour obtenir le Prix Nobel de la Paix et a reçu le Right Livelihood Award à Stockholm, quelques jours plus tôt.
Je n’ai rencontré personne qui les ait vus ou ait été aidé par eux – mais j’ai rencontré certaines  personnes qui en avaient entendu parler.

Où pourraient-ils être, sinon à Alep Est, aidant les dizaines de milliers de résidents à obtenir tout ce dont ils ont besoin, après avoir été libérés de quatre ans d’enfer ?

Durant mes journées à Alep, je n’ai vu aucune des principales organisations humanitaires internationales travailler sur le terrain. Sur la route entre Damas et Alep, les seuls transports humanitaires que j’ai croisés étaient russes et syriens. Je n’ai vu aucun des grands convois internationaux que les gouvernements occidentaux voulaient amener dans le cadre de diverses tentatives antérieures de cessez-le-feu.

Je me demande pourquoi. La libération complète d’Alep a pris plus de deux semaines. Comment prévoyaient-ils cette libération ?

Et je n’ai vu aucun journaliste ou équipe de caméraman travaillant pour les grands médias occidentaux – certains sont venus à Alep, mais s’en sont retournés à Damas ou à Beyrouth, alors qu’ils auraient dû être présents à cet événement particulier. Les médias européens n’étaient pas visibles pour ce moment historique. Certes, certains ne reçoivent pas de visa, mais cela n’explique pas une telle absence.

Le monde a trop, beaucoup trop, d’articles sur la guerre et en accuse le journalisme, alors qu’il y a trop peu de reportages sur les conflits, les histoires humaines. Ils sont obsédés par les gouvernements et la violence et ignorent les points de vue des citoyens, des victimes et de ceux qui peuvent entraîner un changement bénéfique.

La libération d’Alep devrait être une bonne histoire, pile à Noël en plus, après une guerre qui a coûté tant de vies. Mais cette libération ne correspond pas au récit occidental de ce conflit, quelque chose que j’ai appris par moi-même, étant donnée la façon dont certains médias ont traité mon histoire, s’acharnant à me coller l’étiquette de « collaborateur de l’armée syrienne » et de « partisan du régime ».

Jusqu’à aujourd’hui, aucun des grands médias n’a montré le moindre intérêt pour la souffrance humaine, la destruction ou le bonheur dont j’ai été témoin.

De toute façon, je m’en fous. Je le savais déjà.

Ce qui importe le plus pour moi, c’est que j’ai rencontré des dizaines de personnes qui ont exprimé leur gratitude pour le fait que j’ai fait un long chemin, de la Suède jusqu’à Alep, parce que je me souciais de la souffrance de leur peuple. Je me suis fait beaucoup de nouveaux amis pendant mes dix jours en Syrie.

C’était touchant au-delà des mots et très agréable, donc, que je puisse exprimer ce que j’ai ressenti à travers des images.

Plus jamais ça!

Oui, c’est une phrase usée, ce « plus jamais ça! », datant de la première et de la deuxième guerre mondiale, utilisée pour Hiroshima, le Burundi et le Rwanda, Srebrenica, Sarajevo. Mais n’oublions jamais Alep. Et que quelque chose comme ça ne se reproduise jamais!
C’est ma grande motivation à publier ces photos.

Et merci à vous, braves Syriens!

Et merci à ceux qui ont pris le temps de me raconter leur histoire. Merci à ceux qui ont traduit pour moi et pour ceux qui, ici et là, ont assuré ma protection dans les zones dangereuses.
Le moins que je puisse faire pour vous rembourser est de transmettre vos mots, vos émotions et mes impressions. Votre dignité au milieu de la souffrance et de l’injustice.

J’espère que les garçons sur la photo en en-tête auront un avenir dans Alep reconstruit. Tout le monde le mérite. Ils méritent de vivre dans la liberté et la paix et de bénéficier de la capacité productive d’Alep, l’une des plus grandes villes industrielles du Moyen-Orient et, autrefois, l’incarnation de l’histoire, de la culture et du développement.

Et nous devrions aider les citoyens d’Alep et de Syrie, peu importe ce que nous pouvons penser du gouvernement et de ses politiques.

La mission de paix de la FTF – partager et soutenir

La visite d’Alep à ce moment historique faisait partie d’une mission d’enquête sur le conflit et la paix, de dix jours, organisée par la Fondation transnationale pour la paix et la recherche future, à Lund en Suède, dont je suis le directeur.
Nous remercions ceux qui soutiennent la fondation dans son travail de paix, paix selon les normes de l’ONU, et qui ont rendu possible cette mission, la première depuis que la violence a éclaté en 2011 en Syrie. Dans la mesure où nous pouvons réunir les fonds, ce sera la première de nombreuses autres missions.
Jan Oberg

Pour admirer ce reportage photo, c’est ici

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

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