jeudi 8 décembre 2016

Le soleil se lève à Alep


"Alep brille comme une braise dans les cendres de l'Histoire
honneur d'un pays millénaire aux habitants héroïques 
Alep ville martyre "capitale de la douleur" d'un peuple 
qui a résisté au nom de la liberté et pour l'amour de la vie" Gaël Hadey




L’armée syrienne prend le contrôle de la totalité de la Vieille ville d’Alep :
Les forces gouvernementales syriennes, appuyées par les milices, ont réussi mercredi à déloger les terroristes du centre historique d’Alep. Actuellement, les extrémistes fuient vers le sud, a annoncé à RIA Novosti une source militaire proche du dossier.
« Les restes des groupes armés ont été complètement délogés des vieux quartiers d’Alep. L’ennemi est vaincu et fuit vers les quartiers du sud, où il y a encore des avant-postes terroristes », d’après la source.
La Syrie est secouée depuis mars 2011 par un conflit intérieur qui a déjà fait, selon les Nations unies, près de 300 000 morts. Plus de 2,3 millions de Syriens se sont réfugiés à l’étranger. Les troupes gouvernementales font face à des groupes armés de différentes origines qui comprennent des mercenaires étranger








Alep au Levant - Photo : Agence reuter



Alep Est libérée

Par Pierre Le Corf à Alep

Chers médias, gouvernements, partisans, etc.

Une grosse partie de l’Est d’Alep a été libérée, des milliers de civils ont réussi à venir se réfugier à l’Ouest. Croyez-moi, les gens ont beaucoup à dire sur leur vie aux côtés de vos « rebelles modérés ».
C’est maintenant ou jamais de miser sur la vie et d’arrêter de l’instrumentaliser, parce que le jour ou la paix arrivera, et elle arrivera malgré vos efforts et votre argent, ce jour-là vous porterez la marque indélébile de ceux qui ont perpétré et permis à la mort de proliférer en faisant durer le conflit, en soutenant et permettant à des terroristes de se réarmer, en maintenant les combats toujours plus longtemps, plus violents, en maintenant des civils en otage et les utilisant comme outils de communication, en faisant pression sur l’opinion par l’ignorance populaire et en créant un cercle vicieux de situations de causes à effets.

Vous avez participé à détruire un pays, des générations entières et de renvoyer des milliers d’années de vestiges et d’histoires à la poussière.

En allumant et/ou en jetant de l’huile sur le feu par profit ou par ignorance prolongée vous avez condamné tant de vies, certaines dont tant de gens et moi-même avons encore le sang incrusté dans les vêtements.

Les civils continuent de s’enfuir et ont beaucoup d’histoires à raconter, comme celles de ceux et celles qui se sont enfuis ces dernières années et que je vous ai partagé au fil des mois. On parle ici de Djihadisme, d’enfermement, de torture, de vol, d’esclavage, de racket, de meurtres par décapitation et j’en passe … vous me direz que tous les livres d’histoires et de géographie ont été écrits avec le sang, mais les témoins que nous sommes ne vous laisseront pas écrire l’histoire à votre façon.

Pour vous montrer ce qui se passe et faire changer les choses, nombreux sont ceux qui ont risqué leur vie, nombreux sont ceux qui sont morts, et si je, si on reste en vie, croyez moi que cette marque nous viendrons vous la tatouer nous-même.

Bien que les roquettes continuent de tomber ici, la fin est proche je l’espère. C’est maintenant ou jamais.

Pierre Le Corf à Alep, le 29 novembre 2016




« Que cherchent les pays occidentaux en faisant pression, au sein du Conseil de sécurité,  pour  faire adopter une résolution de cessation des combats à Alep et autour d’Alep ?  Il est clair que l’un des objectifs non déclarés des  pressions  américano-franco-britanniques est de faire sortir des officiers du renseignement chargés de diriger les groupes terroristes dans leur combat contre  l’Armée arabe syrienne. Oui,  des agents du renseignement des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et peut-être de l’Allemagne, sont présents dans Alep et ses environs en compagnie des gangs d’Al-Qaïda, avec pour mission de les superviser directement ; des Turcs, des Saoudiens et des Qataris participant certainement aux massacres et aux attaques destructrices de la ville ». Ghaleb Kandil



En Syrie, la fête est finie pour les charlatans

Par Bruno Guigue
Bruno Guigue, est un ex-haut fonctionnaire, analyste politique et chargé de cours à l'Université de la Réunion. Il est l'auteur de cinq ouvrages, dont Aux origines du conflit israélo-arabe, L'invisible remords de l'Occident, L'Harmattan, 2002, et de centaines d'articles.



Un tank dans les rues d'Alep-Est, le 27 novembre 2016. / AFP



Avec la prochaine libération d'Alep, le rêve des charlatans de la révolution syrienne vire au cauchemar, il prend des allures d'enfer dantesque. Après des années de proclamations ronflantes sur la « victoire imminente » des insurgés, cette aventure qui n'avait de révolution que le nom tourne au désastre. Elle s'effondre de toutes parts, disparaissant sous ses propres décombres. Après les rodomontades, voici la débandade ! Hagards, hirsutes, les desperados du takfir, exhumant de leur trou leurs carcasses fatiguées, finiront par se rendre les uns après les autres. Alep devait être la « capitale de la révolution syrienne ». Erreur. Elle est le cimetière d'une contre-révolution sponsorisée par Riyad. Abandonnant le terrain face à l'armée nationale, les mercenaires wahhabites, désormais, ont le choix entre la mort ou la reddition.

En sonnant le glas d'une insurrection télé-guidée de l'étranger, la débâcle d'Alep dissipe une énorme supercherie. Il aura fallu six années de malheur pour que cette tragédie provoquée et entretenue par une avalanche de pétrodollars sur fond de crise régionale apparaisse sous son vrai jour. Ce n'était pas une révolution, mais une opération ratée de « regime change » voulue par Washington et ses alliés. De l'aveu d'Hillary Clinton elle-même, cette opération fut menée en utilisant des organisations terroristes dont la maison-mère (Al-Qaida) était déjà une coproduction saoudo-américaine dans les années 80. Al-Nosra, Daech et consorts, à leur tour, furent mis au service d'une stratégie du chaos qui visait à pulvériser les Etats de la région au profit d'entités ethno-confessionnelles dont la fragmentation garantirait la docilité.

Il en résulta une farce sanglante, désormais ensevelie sous les gravats de cette ville martyrisée par une guerre impitoyable que provoqua l'appétit de domination impérialiste allié au fanatisme sponsorisé de desperados crétinisés jusqu'au dernier centimètre cube de leur cerveau. Le pire n'est jamais sûr, dit-on, mais on eut droit à tout ce qu'il était possible de faire, y compris l'inimaginable ! Des dirigeants occidentaux qui prétendent combattre les terroristes tout en leur procurant des armes au nom des droits de l'homme. Des puissances étrangères qui infligent un embargo sur les médicaments à des populations civiles coupables de ne pas combattre leur gouvernement. Des familles royales sanguinaires et débauchées qui donnent des leçons de démocratie tout en sponsorisant la terreur. Des intellectuels français qui exigent comme un impératif moral le bombardement d'un pays qui ne nous a rien fait. C'est un triste privilège, mais il faut reconnaître que le drame syrien a généré un impressionnant florilège de saloperies.

Qu'on se souvienne seulement avec quels accents enflammés les chantres hexagonaux de cette révolution-bidon nous serinaient depuis six ans qu'une glorieuse insurrection allait mettre à bas l'odieuse tyrannie ! Jour après jour, ils noyaient hypocritement d'un écran de fumée humanitaire la haine que leur inspirait cet Etat syrien dont le seul tort était de rester debout face à la coalition prédatrice des puissances occidentales et des pétromonarchies corrompues. Sans vergogne, ils couvraient de leur clameur mensongère, en les attribuant aux soldats syriens défendant leur patrie menacée, les atrocités commises par des bandes criminelles dont l'ambition monomaniaque était d'imposer la charia wahhabite et de liquider les minorités confessionnelles.

On les a vus, on les a entendus pendant de longues années, ces charlatans. Les Jean-Pierre Filiu, François Burgat, Jean-Paul Chagnollaud, Pascal Boniface, Dominique Vidal, Ziad Majed, Romain Caillet, Bruno Tertrais et consorts intoxiquèrent l'opinion de leurs mensonges en respectant scrupuleusement le cahier des charges atlantiste. Experts en affabulation, ces mythomanes multi-cartes ont craché sur la Syrie, son peuple, son armée et son gouvernement. Ils n'ont cessé de les calomnier, relayés par des journalistes dont l'inculture n'avait d'égale que leur partialité. Niant l'évidence d'un mercenariat international financé par les pétromonarchies, ces pseudo-progressistes se sont rangés, servilement, du côté d'un obscurantisme wahhabite mis au service de l'impérialisme occidental. Prenant des grands airs, ils donnaient des leçons d'humanisme tout en tressant des couronnes aux milices mafieuses et sectaires qui détruisaient la Syrie. Faisant le tri entre les bonnes et les mauvaises victimes, ils brandissaient les droits de l'homme côté cour et soutenaient les tortionnaires takfiris côté jardin.

Pour incriminer le gouvernement syrien et ses alliés, ils voulaient enrôler au service de leur cause frelatée le sort des civils assiégés à Alep, mais en omettant de dire que 80% de ces civils se trouvaient dans les quartiers protégés par le gouvernement, et que les autres, retenus prisonniers par les djihadistes, étaient utilisés par ces glorieux « révolutionnaires » comme boucliers humains. Ils voulaient nous faire croire que l'aviation russe bombardait les hôpitaux d'Alep, mais sans préciser que la majorité des hôpitaux étaient à Alep-Ouest et subissaient le feu incessant et meurtrier des mortiers rebelles. Orchestrant une indignation sélective fondée sur le déni de réalité permanent, ils ont accrédité cette monumentale escroquerie des « Casques Blancs », brillamment démasquée par une courageuse journaliste, Vanessa Beeley, qui administra à ces fumistes une leçon définitive d'honnêteté intellectuelle et de probité professionnelle.

La reconquête de la deuxième ville de Syrie par son armée nationale ne rend pas seulement l'espoir au peuple syrien, qui aperçoit désormais le bout du tunnel après tant de souffrances. Cette victoire d'une armée majoritairement composée de conscrits de confession sunnite (comme l'a récemment rappelé le géographe et excellent analyste Fabrice Balanche) ne dissipe pas seulement le mythe d'une guerre confessionnelle forgé de toutes pièces par les pousse-au-crime du wahhabisme. Cette reconquête balaye aussi d'un grand courant d'air frais, en ce victorieux mois de décembre, les miasmes putrides largués dans l'atmosphère par six années de propagande à grande échelle.

Orchestrée par les larbins de l'impérialisme US et les collabos de l'obscurantisme wahhabite (ce sont souvent les mêmes), cette propagande a diabolisé le gouvernement syrien en lui attribuant la responsabilité des crimes commis par ses adversaires. Elle a aussi diabolisé la Russie, dont l'intervention militaire en Syrie, contrairement à celle des pays de l'OTAN, respecte le droit international et frappe sans lésiner les terroristes de tous poils. Il faut vivre en France, ce pays de masochistes, pour voir la haine de la Russie se déchaîner, avec une rare violence, chaque fois qu'elle fait reculer les terroristes. A chaque défaite infligée sur le terrain aux commanditaires du massacre du Bataclan, nos charlatans hexagonaux, du gouvernement aux médias, se répandent en clameurs indignées !

Le drame syrien est un révélateur chimique. Jamais depuis Vichy notre intelligentsia ne s'était autant vautrée dans la fange, jamais elle n'avait mis un tel point de déshonneur à célébrer l'esprit collabo. Mais voilà, la roue tourne. Que reste-t-il aujourd'hui du dogme interventionniste cher aux néocons, au moment où Donald Trump le dénonce, où Vladimir Poutine mène le bal au Moyen-Orient et où l'Etat syrien expédie les mercenaires de Riyad dans les poubelles de l'histoire ? Doublement orphelins, les charlatans du droit-de-l'hommisme (à géométrie variable) risquent de perdre leur héros yankee, fatigué de mener des guerres stupides, et leur piétaille moyen-orientale, taillée en pièces par cette armée syrienne qu'ils méprisaient. Pour les charlatans, décidément, la fête est finie.

Bruno Guigue, le 7 décembre 2016



Lire aussi du même auteur: Lettre ouverte aux charlatans de la révolution syrienne. Par Bruno Guigue/








Syrie, la sale guerre

Dans un livre décapant, « La sale guerre contre la Syrie »(1 ), Tim Andersen analyse l'origine de cette guerre et surtout la désinformation gigantesque que les médias occidentaux ont déversée sur leurs opinions publiques. Si la typographie de son livre mérite d'être améliorée, il n'en demeure pas moins qu'il demeure une source inestimable d'informations.
L'auteur, professeur à l'université de Sydney, s'appuie avant tout sur des sources occidentales. «J'ai principalement utilisé des sources occidentales dans la mesure du possible, non pas parce qu'elles me semblent plus fiables, mais pour éviter le reproche de m'être trop focalisé sur des sources syriennes.» A la fin de chaque chapitre, on trouve d'abondantes indications sur les sources consultées.

D'emblée, Tim Andersen nous prévient : si chaque conflit utilise toujours désinformation et contre-vérité, la guerre contre la Syrie a dans ce domaine atteint un sommet jamais égalé de mémoire humaine. Depuis le début de ce conflit, les médias nous présentent le président Bachar El-Assad comme celui qui massacre son peuple, sans nuances et sans aucune recherche d'objectivité. Mais les événements tout récents(2 ) d'Alep-Est vont bientôt dissiper ce brouillard mensonger. Au moment où j'écris la présente contribution, un quotidien régional français(3 ) publiait la déclaration d'un certain Brita Hagi Hasan,(4 ) présenté comme « le président élu du comité local d'Alep », lors d'une conférence de presse avec le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Marc Ayrault à Paris le 30 novembre 2016.

 
De cette déclaration qui énumère les poncifs habituels, on retiendra la conclusion qui reprend comme une antienne « la légitimité de la résistance syrienne face à un régime qui tue son peuple. »Les images des milliers de civils quittant Alep-Est et se réfugiant dans les zones aux mains du régime apportent aujourd'hui un démenti cinglant à ces mensonges. Nos médias vont-ils l'ignorer encore longtemps ?

Tim Anderson place la guerre dans un contexte géopolitique plus ample. Les États-Unis prévoient, depuis longtemps déjà, la création d'un «Nouveau Moyen-Orient». Tim Anderson confronte à de nombreuses reprises le lecteur aux divergences entre ses sources d'information et les récits des médias occidentaux, faisant ainsi ressortir l'arrière-plan politique de ces désinformations. Il démontre qu'il s'agit là d'une sale guerre planifiée de longue date par les puissances occidentales et leurs alliés dans la région. Le but de l'opération est, d'une part la «balkanisation» de la région, c'est-à-dire la «création d'unités instables et fragmentées dépendant de l'aide des États-Unis», et d'autre part l'entrave à la formation d'un axe d'États régionaux indépendants de l'Occident. La guerre est dirigée contre un État qui s'était auparavant développé de manière positive; l'éducation et la santé, tous deux d'un haut niveau, étaient accessibles gratuitement à tous les citoyens. Des réformes politiques avaient été envisagées par le Président Bachar El-Assad, qui jouissait d'un large soutien dans la population et en jouit encore aujourd'hui. Et à souligner tout particulièrement, la Syrie n'avait pas de dette extérieure. Tim Andersen analyse aussi la partialité de certains médias et observateurs, et revient sur les massacres de Houla et de la Ghuta-Est. Sur ces événements,l'auteur confirme les informations bien connues des visiteur de ce site et publiées dans deux ouvrages de François Belliot publiés aux Editions Sigest.(5 ). Nous n'y reviendrons pas.

Mais au-delà de l'analyse géopolitique de ces événements dans le cadre d'un « remodelage » du Proche-Orient, il nous a paru intéressant de creuser ces informations et de remonter les réseaux et les hommes qui, dans l'ombre, tirent les ficelles de ces événements dramatiques. Au risque d'être accusé de « complotisme ».

Au commencement était le plan Oded Yinon (6 )

L'article d'Oded Yinon a paru en 1982 dans Kivunim (Orientations), le journal de la Division de l'Information de l'Organisation Sioniste Mondiale. Oded Yinon est un journaliste israélien et fut dans le passé rattaché au Ministère israélien des Affaires Étrangères. À notre connaissance, ce document est à ce jour la déclaration la plus explicite, détaillée et non ambiguë sur la stratégie sioniste au Moyen-Orient. De plus, il figure une représentation précise de la « vision » des stratèges israéliens pour l'ensemble du Moyen-Orient.

Le Plan Yinon est un plan stratégique israélien pour assurer à Israël la supériorité dans la région. Il insiste et soutient qu'Israël doit reconfigurer son environnement dans la région, à travers la balkanisation des états arabes voisins en états plus petits et plus faibles. Le Grand Israël requiert de briser les états arabes existants en États plus petits.

Le plan fonctionne selon deux principes essentiels.

Pour survivre, Israël doit 1) devenir une puissance régionale impériale, et 2) doit accomplir la division de toute la région en états plus petits à travers la dissolution de tous les états arabes existants. « Petit » dépendra ici de la composition ethnique ou sectaire de chaque état. Par conséquent, l'espoir sioniste est que les états basés sur le sectarisme deviennent les satellites d'Israël et, ironiquement, sa source de légitimation morale... Ce n'est pas une idée nouvelle, ni est-ce la première fois qu'elle émerge hors de la pensée stratégique sioniste.

En effet, la fragmentation de tous les états arabes en unités plus petites a été un thème récurrent. Considérées dans le contexte actuel, la guerre contre l'Irak, la guerre de 2006 contre le Liban, la guerre de 2011 contre la Libye, la guerre en cours contre la Syrie et l'Irak, la guerre au Yémen, le processus de changement de régime en Égypte, doivent être comprises en lien avec le plan sioniste pour le Moyen-Orient. Celui-ci consiste à affaiblir et éventuellement fractionner les pays arabes avoisinants dans le cadre d'un projet d'expansion israélien

Malgré sa bonne volonté dans la lutte contre le terrorisme, la Syrie reste toujours dans le collimateur des États Unis(7 )

« Bien qu'elle fut placée depuis 1979 par le département d'État sur la liste des sept États soupçonnés de promouvoir le terrorisme(en raison du soutien officiel qu'elle apporte au Hezbollah, le parti islamique radical), la Syrie collabora pleinement après les attentats du 11 septembre 2001 avec les services de renseignements américains. Le gouvernement syrien avait rassemblé des centaines de dossiers sur Al Qaïda. Damas avait en outre infiltré des cellules d'Al Qaïda dans tout le Proche-Orient et les communautés arabes en exil. Si les services syriens avaient pu accumuler tant d'informations, c'est parce qu'Al Qaïda avait tissé des liens avec les Frères musulmans syriens, qui menaient depuis plus de vingt ans la guerre contre l'état laïc de Damas. Bachar El Assad et ses conseillers avaient espéré qu'en collaborant à la traque d'Al Qaïda, ils pourraient améliorer et redéfinir leurs relations avec les États-Unis. Mais le soutien au Hezbollah restait soit-disant un obstacle à ce rapprochement. En réalité, l'opposition résolue d'Israël à toute négociation avec la Syrie sur la question du Golan a fait capoter ces velléités d'ouverture. Il faut noter d'ailleurs que cette politique d'ostracisme radical envers la Syrie a même suscité de fortes résistances au sein de l'administration américaine. La CIA et le Département d'État considéraient cette politique de confrontation comme stratégiquement inopportune. Mais Israël et le lobby pro-israélien l'emportèrent auprès du Président Bush. »

Le lobby veut aller plus loin et abattre le régime syrien

« Dès le printemps 2002, l'AIPAC(American Israël Public Affairs Committee, lobby créé en 1951 aux Etats-Unis pour soutenir Israël) s'employait à promouvoir une législation visant à intégrer la Syrie dans l'axe du mal. Cette loi, connue sous le nom de Syria Accountability Act fut élaborée par « certains des meilleurs amis d'Israël au sein du Congrès ». Après la chute de Bagdad en avril 2003, le lobby relança sa campagne contre la Syrie. Plusieurs articles signés par des journalistes israélo-américains, publiés dans des journaux tels que le Los Angeles Times, le New York Daily, pointaient la nécessité d'utiliser tous les moyens -y compris la force militaire- pour obtenir un changement de comportement et/ou de régime à Damas.

Soucieux de ne pas être en reste, Lawrence Kaplan écrivit dans le New Republic le 21 avril 2003 que « le leader syrien Bachar Al- Assad représentait une menace sérieuse pour l'Amérique. ». »
Les accusations formulées contre la Syrie ressemblaient à celles lancées précédemment contre Saddam Hussein. On notera que les bonnes vieilles recettes de « diabolisation » de l'adversaire sont toujours encore efficaces. « Pour forcer la main au président Bush, le lobby, avec le soutien de l'AIPAC, commença à aller à la chasse aux voix. Face à une telle pression, Bush ne pouvait plus guère résister, et la législation anti-syrienne fut finalement approuvée par une majorité écrasante : 398 voix contre 4 à la Chambre des représentants et 89 contre 4 au Sénat. »

A défaut d'une confrontation directe, les États-Unis vont engager une guerre par procuration

Les événements souterrains des années 2006 à 2010 sont encore mystérieux, mais les plans de l'état-major US vont privilégier dorénavant les opérations non conventionnelles, en soutenant des mouvements d'insurrection et de révolte armés. C'est cette politique qui sera mise en œuvre contre la Syrie dès 2011. Le « printemps arable » va constituer de ce point de vue une opportunité remarquable. On se souvient des confessions de Roland Dumas se souvenant d'un entretien avec les services secrets britanniques l'informant que « quelque chose se préparait... ». Il comprit que le Royaume-Uni préparait un soulèvement armé contre le régime syrien. La suite des événements va confirmer tragiquement cette information. La participation de l'État d'Israël à cette entreprise de déstabilisation de la Syrie va se confirmer par le soutien apporté à des groupes armés. Le site « Arrêts sur Infos » en a rendu largement compte.

Ainsi donc, une conspiration puissante s'est mise en place. Ce qui est remarquable, c'est la servilité de l'ensemble des médias occidentaux qui, pendant 5 année, vont inonder l'opinion publique d'une désinformation savamment entretenue. Jusqu'à aujourd'hui encore, les médias colportent le mensonge(8 ) d'une mouvement de protestation pacifique à ses débuts dans la ville de Daraa qui aurait été brutalement réprimé par le régime, d'un dictateur qui massacre son peuple, d'un régime qui gaze sa population. Mais la vérité commence à se faire jour. Cela explique les efforts désespérés des « amis de la Syrie » pour cacher la réalité.

MARC Jean, le 8 décembre 2016



(1). Son livre, paru en anglais en mars 2016 sous le titre «The dirty war on Syria - Washington, regime change and resistance », a été traduit en allemand et porte le titre «Der schmutzige Krieg gegen Syrien - Washington, Regime Change und Widerstand». 2016 Editions Liepsen Verlag Marburg/ISBN 978-3-9812703-9-6(malheureusement aucune traduction en français à ce jour)

(2)arretsurinfo.ch

(3)En l'occurrence, le quotidien régional « Les Dernières Nouvelles d'Alsace » daté du jeudi 1er décembre 2016 se surpasse dans la désinformation en consacrant une page entière à 3 articles tendancieux :« Les Syriens fuient l'enfer d'Alep-Est, l'ambassadeur français au conseil de sécurité redoute un des plus grands massacres de civils depuis la seconde guerre mondiale », « Apocalypse » titre de l'éditorial de Pascal Coquis, réputé pour son parti-pris anti Bachar, et « Le régime tue avec des armes chimiques » reprenant avec complaisance les propos d'un certain Brita Hagi Hasan précité ! A relever que France Inter a ouvert ses antennes à ce personnage, parfaitement inconnu jusqu'à ce jour, en date du mardi 6 décembre.Il faut croire qu'il bénéficie d'appuis au plus haut niveau de l'État français pour bénéficier d'une telle couverture médiatique !

(4)De toute façon, la libération d'Alep, ce drame épouvantable aux yeux de Roland Fabius, est tout aussi épouvantable pour son successeur émérite, M. Jean-Marc Ayrault, qui demande ce même jour une réunion immédiate du Conseil de sécurité de l'ONU pour examiner la situation de la « ville martyre »,et reçoit au Quai d'Orsay un certain Brita Hagi Hasan bombardé président du conseil local d'Alep « démocratiquement élu » par on ne sait qui -conseil auquel le Gouvernement syrien devrait accorder le privilège d'une « administration autonome » pour faciliter la paix, selon l'idée sortie de la seule imagination de l'envoyé spécial onusien, Steffan de Mistura.

(5) « Guerre en Syrie - Le mensonge organisé des médias et des politiques français »- volume 1 de François Belliot publié en 2015 aux éditions Sigest, suivi par : « Guerre en Syrie - Quand médias et politiques instrumentalisent les massacres »- volume 2, du même auteur et publié en 2016 également aux Editions Sigest(http://Heureusement, il y a les éditions Sigest | Arrêt sur Info )

(6))http:/« Ere tz Israël » - le funeste « Plan Oded Yinon » - Cercle des Volontaire

(7) Les ouvrages de Seymour Hersh(« Dommages collatéraux ; la face obscure de la « guerre contre le terrorisme »Editions Denoël,2005) et de John J. Mearsheimer et Stephen M.Walt(« Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine »Editions La Découverte,Paris,2007) sont très instructifs à cet égard et le lecteur y trouvera une masse énorme d'informations ignorées du grand public. Nous avons cité quelques passages instructifs pour étayer notre thèse(entre « »).

(8) Tim Andersen écrit dans son livre précité (page 43): « Dès le début j'ai vu des individus armés présents dans ces manifestations...ce sont eux qui ont fait feu sur la police. La riposte violente des forces de l'ordre ne faisait que répliquer à la violence brutale des insurgés en armes » déclare le père Frans Van der Lugt, décédé en janvier 2012 à Homs. « Affirmer que l'opposition n'a pris les armes contre le régime que pour riposter à la violence de la répression est un mensonge. L'assassinat de militaires, de policiers et de civils souvent de manière particulièrement brutale a commencé dès le début » affirme le professeur Jeremy Salt, Octobre 2011, Ankara.

Source des articles : Arrêt sur Info

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