vendredi 2 décembre 2016

Fidel Castro, el Libertador


Le Commandant en chef Fidel Alejandro Castro Ruz a quitté Cuba, son port d'attache, le 25 Novembre, 60 ans jour pour jour après avoir embarqué sur le Granma depuis le Mexique pour libérer Cuba. 


 I.M. Fidel Castro

"Condamnez-moi, peu importe ; L’Histoire m’acquittera." F. Castro


Tandis que l'hiver recouvre l'Europe et que l'empire de la nuit s'accroît
contre les paupières meurtries d'un vieux soleil écarlate
de pauvres gens vont continuer à mendier maigre pitance
sur des trottoirs glacés devant les vitrines d'un Santa Claus obèse
des enfant s'émerveilleront devant des jeux vidéos sanglants
et l'Oncle Picsou armé jusqu'aux dents veillera au gain
les fées ont disparu des clairières bétonnées
Le Prince Charmant s'est endormi et Cendrillon a pris les armes
Aujourd'hui en première page des grands quotidiens en lettres noires :
FIDEL CASTRO EST MORT avec lui c'est le vingtième siècle qu'on incinère
l'eau bénite déversée à grands flots pour laver les cadavres des héros
aura assurément le goût du rhum de la Habana et des barreaux de chaise cubains
Pendant neufs jours un peuple en deuil va danser, pleurer et frémir de douleur
sur une île glorieuse des Caraïbes qui a vaincu les féroces Atlantes
un si petit pays rêveur qui a payé le prix démesuré de son Indépendance
Fidel restera malgré tout et par delà la médisance ce Libertador par excellence
qui aura défié et humilié les monstres de l'esclavage de notre temps injuste
L'Amérique latine prie ardemment pour lui avec des chants révolutionnaires
En Afrique résonneront à nouveau les tams-tams dans le ventre de la terre
un flambeau resplendissant brûle au dessus de la Baie des Cochons
un flambeau immortel qui n'est pas prêt de s'éteindre
et qui se transmettra de poings en poings à travers l'humanité dépossédée.

                    André Chenet





Fidel, loin des clichés misérables, faisait vivre un humanisme concret en envoyant les médecins cubains en première ligne pour soigner les pauvres, les victimes de tragédies climatiques, y compris dans des pays qui le stipendiaient.
Au plan intérieur, son action peut être disputée. Personne n’est exempt d’erreurs, de fautes. Pas même "El Commandante en Jefe". Mais il reste que l’éducation, la santé, le sport, la musique, la danse garderont l’empreinte du socialisme cubain. Des évolutions sociétales voient le jour : reconnaissance de l’homosexualité, liberté religieuse. Les récentes décisions du gouvernement cubain devraient eenclencher de nouvelles avancées. Faut être plus que sectaire et anti castriste pour ne pas admettre cette réalité. Heureusement, des intellectuels, des touristes, des économistes, des historiens et quelques politiques commencent à ouvrir les yeux.
Digne héritier de Bolivar, de Marti, de San Martin et de tant d’autres combattants pour la dignité et l’indépendance latino-américaine, Fidel Castro Ruiz entre dans le Panthéon de l’histoire. Chapeau bas compagnero !” Jose Espinoza


"Au bout d’une demi-heure, le premier orateur retourne s’asseoir. Fidel se dirige vers le pupitre coiffé de micros. Comme sur les images d’archives, il en touche un, puis l’autre, avant de s’exprimer. Ce fût d’emblée une symphonie de mots comme je n’en avais jamais entendu auparavant. D’une puissance et d’une humanité exceptionnelles. Une rivière bouillonnante d’utopies, enserrée par des rivages de faits et menaces impérialistes. Une charge libératrice qui renvoyait nuisibles et oppresseurs à leur médiocrité soumise. Une ouverture à la géopolitique, charpentée de mots simples et justes. Un faisceau de lumière qui chassait le brouillard capitaliste et donnait envie de croire en la noblesse de la politique, en la nécessité de la révolution.
Le nouveau monde sans guerre froide inspirait Fidel sans l’intimider. Il en avait vu d’autres, le peuple cubain en avait vu d’autres ; en osmose, l’un et l’autre étaient indestructibles. “La période spéciale” pouvait durer, elle n’aurait jamais raison des idéaux qui tiennent les Cubains debout... Le feu d’artifice constamment rallumé par ce géant dura environ 2 h 40. Je n’en avais rien vu passer. Lorsque Fidel conclu par les classiques “Patria o Muerte ! Viva la Revolucion  !”, la salle fit trembler les murs du Karl Marx par ses applaudissements. Tandis que le théâtre se vidait, je restais debout. Comme un boxeur sonné. Incapable de détacher mes yeux de la scène vide. Il s’était passé quelque chose d’essentiel ; il m’avait transmis quelque chose d’éternel...” Olivier Mukuna



 


1 - La Révolution

On trouvera ci-dessous le « concept de révolution » proposé par Fidel tout au début du discours qu’il prononce le 1er mai 2000, sur la place de la Révolution. Le pays est alors engagé depuis plusieurs mois dans une bataille gigantesque pour arracher le petit Elián González aux mains de la fausse famille qui l’a séquestré à Miami. Nous sommes en plein dans cette bataille d’idées » que Fidel a lancée justement dans ce but et qui a pour but une conscientisation accrue de la population, alors que Cuba est quasiment la seule au monde, non seulement à vouloir perpétuer la construction du socialisme, mais encore à en prendre les moyens. Jacques-François Bonaldi


[…]
Il serait sage que les dirigeants actuels et futurs des États-Unis comprennent que David a grandi. Il s’est converti en un géant moral dont la fronde ne lance pas des pierres, mais des exemples et des idées face auxquels le Goliath aux finances, aux richesses colossales, aux armes nucléaires, aux techniques les plus perfectionnées et au pouvoir politique mondial qui repose sur l’égoïsme, la démagogie, l’hypocrisie et le mensonge, se retrouve sans défense.
[…]
Les peuples d’un monde ingouvernable, qui souffrent de la pauvreté et de la misère, toujours plus exploités et mis à sac, seront nos meilleurs compagnons de lutte. Pour coopérer avec eux, nous ne disposons pas de ressources financières. Nous pouvons compter en revanche sur un capital humain extraordinaire et dévoué qui fait défaut et fera toujours défaut aux pays riches.

Vive le patriotisme !

Vive le socialisme !

Vive l’internationalisme !

La patrie ou la mort 
!
Nous vaincrons !





1958 - Pendant la lutte contre le dictateur pro-US Batista





“Après la révolution cubaine, Fidel Castro a fait en sorte que ses plages soient ouvertes au peuple qui n’avait pas l’autorisation d’y séjourner. Tous les propriétaires furent dépossédés de leurs biens”

Fidel est mort invaincu

Par Rafael Correa


Lors de l’hommage posthume à Fidel sur la place de la Révolution, le 29 novembre 2016
Peuples de Notre Amérique et du monde : Fidel est mort.

Il est mort invaincu. Seul le pas inexorable des années a pu le vaincre. Il est mort le même jour où, soixante ans avant, à quatre-vingt-deux patriotes, il est parti du Mexique pour marquer l’Histoire.
Il est mort en faisant honneur à son prénom : Fidel, digne de foi. La foi que son peuple et toute notre grande patrie [l’Amérique latine] a mise en lui ; la foi qu’il n’a jamais déçue, encore moins trahie.
Ceux qui meurent pour la vie, on ne peut jamais les appeler des morts.

Fidel continuera de vivre dans les visages des enfants qui vont à l’école, des malades qui sauvent leur vie, des ouvriers maîtres du fruit de leur travail. Sa lutte continue dans l’effort de chaque jeune idéaliste acharné à changer le monde.

Sur le continent qui connaît les pires inégalités de la planète, tu nous as laissé le seul pays avec zéro dénutrition, avec l’espérance de vie la plus élevée, avec une scolarisation de cent pour cent, sans aucun enfant vivant à la rue (applaudissements).

Évaluer le succès ou l’échec du modèle économique cubain en faisant abstraction d’un blocus criminel de plus de cinquante ans, c’est de l’hypocrisie pure et simple ! (Applaudissements.) N’importe quel pays capitaliste d’Amérique latine en butte à un blocus semblable s’effondrerait en quelques mois.

C’est probablement par ta formation chez les jésuites que tu as très bien compris, comme le disait saint Ignace de Loyola, que dans une forteresse assiégée, toute dissidence est une trahison.
Pour évaluer son système politique, il faut comprendre que Cuba a subi une guerre permanente. Dès le début de la Révolution, il existe une Cuba du Nord, là-bas à Miami, guettant en permanence la Cuba du Sud, celle qui est libre, digne, souveraine, majoritaire sur la terre nourricière, non en des terres étrangères (applaudissements). Ils n’ont pas envahi Cuba parce qu’ils savent qu’ils ne pourront pas vaincre tout un peuple (applaudissements).

Ici, sur cette île merveilleuse, on a érigé des murailles, mais non de celles qu’érigent les empires : des murailles de dignité, de respect, de solidarité ! (Applaudissements.)

Cuba ira de l’avant en raison de ses principes révolutionnaires, de son extraordinaire talent humain, mais aussi parce que la résistance est intégrée à sa culture. Fort de l’exemple de Fidel, le peuple cubain ne permettra jamais que son pays redevienne la colonie d’aucun empire (applaudissements).
Il n’existe ni être humain ni action majeure sans détracteurs, et Fidel et sa Révolution ont transcendé l’espace et transcenderont le temps.

Tu concrétises ce que notre vieux combattant, le général Eloy Alfaro, l’ami de Martí, avait l’habitude de dire : Si, au lieu d’affronter le péril, j’avais commis la lâcheté de passer à l’ennemi, nous aurions joui de la paix, d’une grande paix : la paix du colonialisme.
Cuba a été solidaire avec la révolution libérale d’Alfaro à la fin du XIXe siècle et elle a été solidaire avec notre Révolution citoyenne du XXIe siècle.

Merci beaucoup, Fidel ; merci beaucoup, peuple cubain ! (Applaudissements.)
La majorité t’a aimé passionnément ; une minorité t’a haïe, et nul n’a pu t’ignorer. Certains combattants sont acceptés dans leur vieillesse jusque par leurs détracteurs le plus récalcitrants, parce qu’ils cessent d’être dangereux, mais toi, tu n’as même pas eu cette trêve, parce que jusqu’à la fin ta parole claire et ton esprit lucide n’ont laissé aucun principe sans défense, aucune vérité dans le silence, aucun crime sans dénonciation ! (Applaudissements.)

Bertolt Brecht disait que seuls les hommes qui luttent toute leur vie sont indispensables. J’ai connu Fidel, et je sais que, même s’il n’a jamais cherché à être indispensable, en revanche il a lutté toute sa vie (applaudissements). Il est né, il a vécu et il est mort avec « la stupidité de ce qui s’avère aujourd’hui stupide : la stupidité de faire face à l’ennemi, la stupidité de vivre sans être monnayable ».

« Nous continuerons de jouer à qui-perd-gagne [1] », et tu continueras de « vibrer dans la montagne, avec un rubis, cinq bandes et une étoile [2] » (applaudissements).

Notre Amérique doit affronter de nouvelles tempêtes, peut-être plus fortes que celles que tu as défiées pendant soixante-dix ans de lutte, d’abord comme étudiant et à la Moncada, ensuite comme guérillero dans la Sierra Maestra et enfin à la tête d’une révolution triomphante.

Aujourd’hui, plus unis que jamais, peuples de Notre Amérique ! (Applaudissements.)
Cher Fidel, ta profonde conviction martinienne t’a conduit à toujours être, « non du côté où l’on vit mieux, mais du côté où se trouve le devoir [3] ».

« Révolution, cela veut dire avoir le sens du moment historique ; cela veut dire changer tout ce qui doit être changé ; cela veut dire l’égalité et la liberté pleines ; cela veut dire être traité soi-même et traiter autrui comme un être humain ; cela veut dire nous libérer par nous-mêmes et par nos propres efforts ; cela veut dire défier de puissantes forces dominantes dans l’arène sociale et nationale et au-dehors ; cela veut dire défendre des valeurs auxquelles on croit au prix de n’importe quel sacrifice ; cela veut dire modestie, désintéressement, altruisme, solidarité et héroïsme ; cela veut dire lutter avec audace, intelligence et réalisme ; cela veut dire ne jamais mentir, ne jamais violer de principes moraux ; cela veut dire conviction profonde qu’il n’existe pas de force au monde capable d’écraser la force de la vérité et des idées [4]. »

C’est avec toi, comandante Fidel Castro Ruz, avec Camilo Cienfuegos, avec le Che, avec Hugo Chávez Frías, que nous avons appris à croire en l’homme nouveau latino-américain, capable de livrer, organisé et conscient, la lutte permanente des idées libératrices pour édifier un monde de justice et de paix (applaudissements).

C’est pour ces idées-là que nous continuerons de nous battre. Nous le jurons ! (La foule reprend l’expression.)

Une étreinte solidaire à Dalia, à Raúl, à tes enfants.

Hasta la victoria siempre, Comandante ! (Applaudissements.)


Rafael Correa

(Traduction de Jacques-François Bonaldi, La Havane)



[1] Correa cite ici des extraits d’une chanson très fameuse de Silvio Rodríguez : El Necio, écrit au moment de la Période spéciale, après l’effondrement du camp socialiste et la désintégration de l’Union soviétique, quand amis et ennemis conseillaient à la Révolution cubaine, face à une telle débâcle, de renoncer à ses principes et au socialisme. Cette chanson que presque tous les Cubains connaissent par cœur est la personnification de la résistance cubaine. Le necio, c’est donc ce quelqu’un d’assez « stupide » pour ne pas virer casaque et se vendre au plus offrant. (N.d.T.)
[2] Correa cite de nouveau quelques vers d’une autre chanson archiconnue, Cuba, que linda es Cuba : la montagne, c’est bien entendu la Sierra Maestra, tandis que les autres éléments évoquent le drapeau cubain.
[3] Correa cite une des très fameuses maximes de José Martí, que Fidel a constamment reprise et qui a apparaît chez lui dès ses premiers écrits d’avant la victoire révolutionnaire.
[4] Correa cite ici textuellement le « concept de révolution » émis le 1er mai 2000 par Fidel et que tous les Cubains ont été invités, durant les neuf jours de deuil national, à ratifier de leur nom et de leur signature dans les milliers de locaux ouverts à ces fins dans toute l’île, en hommage à Fidel et à ses idées.






“Si quieres conocer a Martí y a Fidel
a Cuba, a Cuba, a Cuba iré,
si quieres conocer los caminos del Che,
a Cuba, a Cuba, a Cuba iré,
si quieres tomar ron pero sin Coca Cola,
a Cuba, a Cuba, a Cuba iré,
si quieres trabajar a la caña de azúcar,
a Cuba, a Cuba, a Cuba iré,
en un barquito se va el vaivén.”

Victor Jara


Si“ tu veux connaître Marti et Fidel,
à Cuba, à Cuba a Cuba il te faut aller
si tu veux connaître connaître les chemins du Che,
à Cuba, à Cuba, à Cuba il te faut aller,
si tu veux boire du rhum, mais sans Coca Cola,
à Cuba, à Cuba, à Cuba il te faut aller
si tu veux travailler sur la canne à sucre,
à Cuba, à Cuba, à Cuba, il te faut aller
sur un bateau allant roulant et tanguant

Victor Jara



Avec Ernesto Che Guevara; après la Victoria en 1959


Fidel est vivant

Le 25 novembre dans la nuit, soixante ans après celle où il était parti de Tuxpan à la tête de l’expédition de libération, Fidel Castro est reparti en voyage.

Trois ans avant, il avait dirigé une action révolutionnaire qui avait surpris le pays par l’audace, le courage et l’esprit de sacrifice de ses participants, et à laquelle la dictature instaurée en 1952 avait répondu par une orgie de crimes au grand scandale de la population. Mais ce fait semblait être contraire à ce que l’on considérait possible et aucune force politique ne l’avait appuyé.
Dans la solitude de sa cellule, plus solitaire encore parce que Fidel et ses compagnons étaient pratiquement seuls, il avait écrit : « Les masses sont prêtes, il suffit de leur montrer la vraie voie. » Il semblait un songe-creux, mais c’était un visionnaire.

En déclenchant la guerre révolutionnaire, Fidel a ouvert la brèche pour que l’impossible cesse de l’être et que le peuple se soulève. Et il a offert un endroit où se battre à quiconque voudrait convertir ses idéaux en action. En juin 1958, alors qu’empêcher que la grande offensive ennemie n’écrase l’avant-garde de la Sierra Maestra était devenu une question de vie ou de mort, il avait écrit à Celia Sánchez que la lutte contre l’impérialisme étasunien allait devenir son vrai destin.

De nouveau, Fidel voyait plus loin que personne, mais maintenant avec une arme à la main et une révolution en marche.

Il a tenu parfaitement la promesse qui était implicite dans ces mots. Il a combattu sa vie durant l’impérialisme étasunien, il a su le vaincre, le contrecarrer, l’obliger à reconnaître la puissance et la grandeur morale de la patrie cubaine. Mais il a surtout appris à tous les Cubains à être anti-impérialistes, autrement dit que c’était là une condition nécessaire pour être Cubain, que contre l’impérialisme l’ordre de combat était toujours donné, que, comme l’avait dit un jour le Che – son compagnon d’âme – on ne peut lui céder d’un millimètre. Que c’était là une constante permanente de la politique révolutionnaire.

La souveraineté nationale est intangible, nous a appris Fidel, et elle ne se négocie pas.
À partir du triomphe, l’avant-garde est devenue des millions, et l’exploitation du travail d’autrui, les humiliations, les discriminations et les mépris ont cessé d’être des faits naturels pour se convertir en crimes. Fidel a été le principal protagoniste de la grande révolution socialiste qui a changé les vies, les relations sociales, les rêves des gens et des familles, des communautés et de la nation. Pour y arriver, il est devenu, comme pour tout ce qui est important, le conducteur, l’éducateur populaire, le leader aimé, la clef de voûte de cet édifice compliqué qu’est l’unité des révolutionnaires et du peuple.

Il a fallu unir en une seule révolution le socialisme et la libération nationale. Maintenant, pour tous, l’action a dû consister à la fois en étude, travail et fusil. Maintenant, les individus d’avant-garde étaient élus dans des assemblées, et le travail fait était le plus important point d’honneur. Dans les grands combats, nous nous sommes tous unis. Fidel a été, comme le chantait le poète, la « mire du fusil », et tout le peuple, comme le disait le Che, est devenu un Maceo. Et, à la différence des véhicules ordinaires, le char de la Révolution n’avait pas la marche arrière. Fidel a dit catégoriquement, voilà plus de vingt ans, qu’une nouvelle classe de riches ne commanderait plus jamais dans ce pays.

La nouveauté de Fidel, et la plus grande, c’est que le peuple tout entier se soit changé lui-même et se soit armé de nouvelles qualités qui provenait de lui, et que la conscience sociale confonde sans crainte les mots de communiste et de fidéliste. À son ombre, les conquêtes devinrent des lois, et les lois des habitudes.

Un grand historien péruvien, un compagnon situé dans la mouvance de Mariátegui, était inquiet devant un éventuel culte de la personnalité de Fidel, mais, après avoir parcouru le pays, il m’a dit : « J’ai tout compris. Fidel est un pseudonyme collectif. »

Fidel a été le plus important promoteur et dirigeant de l’internationalisme, cette brusque et belle croissance des qualités humaines qui apporte plus à celui qui le donne qu’à celui qui le reçoit. Au-delà des grandes phrases (« Pour le Viet Nam, nous sommes prêts à verser notre propre sang » ou « Nous ne voulons pas bâtir un paradis sur les flancs d’un volcan »), Fidel a élargi et développé au plus haut degré le contenu et la portée des pratiques et des idées révolutionnaires mondiales grâce à l’internationalisme cubain. Un appui solidaire sans exigences, des combattants, des médecins, des enseignants, des techniciens, exemple sans commune mesure de ceux qui n’ont jamais donné ce qu’ils avaient de trop, paradigme révolutionnaire, avec Fidel toujours devant, audacieux et fraternel.
En 2006, frappé par une très grave maladie, il a pris des décisions que personne ne lui demandait ni ne voulait qu’il prenne. Il a été encore plus grand quand il a cessé d’être, de son propre chef, le plus haut dirigeant de l’État et du parti, la position à partir de laquelle il avait servi le peuple durant tant d’années. Il y avait beau temps que son immense prestige avait dépassé toutes les frontières.

C’est alors que Fidel s’est accordé un peu de ce dont il s’était privé sciemment depuis le début de son action révolutionnaire : réfléchir calmement, sans l’urgence et la responsabilité d’avoir à décider et à agir sur-le-champ. L’homme qui avait dû être soldat afin que règnent la liberté et la justice pour tous, et exercer un pouvoir énorme pour que le pouvoir soit au service du projet de libération, est devenu alors un soldat des idées, tout en continuant de donner au peuple le pouvoir de son incommensurable force morale.

Maintenant, il semblerait tout d’un coup qu’il n’est plus là, parce qu’il a appareillé pour une expédition plus longue, plus lointaine. Mais j’ose affirmer qu’il ne s’est pas senti inquiet en partant. Fort de son prodigieux optimisme historique, Fidel savait sûrement que son peuple le considérera toujours comme son maître, aux côtés de son maître à lui, José Martí. Et il sait que, pour suivre toujours ses enseignements, les filles et les fils de ce peuple créeront, tout comme lui, arbitreront des solutions, et trouveront et poseront bien les nouveaux problèmes, tout comme lui, vaincront les impossibles, tout comme lui, défendront la justice et la liberté coûte que coûte, tout comme lui, se sentiront partie prenante de l’Humanité qui résiste et se bat, tout comme lui, et rêveront, tout comme lui, d’un avenir lumineux.

Fidel n’est pas mort. Il ne meurt pas, parce que nous le maintenons en vie.

Fernando Martínez Heredia
Le28 novembre 2016


Les 3 articles proviennent du journal militant Le Grand Soir

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