samedi 31 décembre 2016


Désobeissance civile présente le plus traditionnellement du monde 
ses voeux de Nouvel An 2017 à ses lecteurs d'ici et d'ailleurs. 
Nous les adressons avec ferveur aux palestiniens, aux peuples de Syrie, d'Irak et du Yemen 
sans oublier nos frères africains, amérindiens du sud de la Patagonie au grand nord du Canada, et aussi aux résistants en armes de la Novorussia. 
A tous les Résistants de la Terre qui luttent pour une vie juste et fraternelle. 
Amor, Paz y Luz,

Gaël Hadey et André Chenet



L'offrande




mercredi 28 décembre 2016


Avis à la population :


L'auteure Aslı Erdoğan, la linguiste Necmiye Alpay, les journalistes et responsables du journal Özgür Gündem, Inan Kızılkaya et Zana Kaya sont en détention préventive depuis août 2016.
Dans le même procès seront jugéEs en liberté : Eren Keskin, Avocate, vice-présidente de l’Association turque des droits de l’homme (İHD), Filiz Koçali, femme politique, féministe, journaliste, Ragıp Zarakolu, militant des droits de l'homme, éditeur
Kemal Sancılı ancien directeur d'édition d'Özgür Gündem et Bilge Aykut. Ces neuf personnes sont accusées d'intelligence avec le terrorisme et pour certains d'entre eux, ils risquent la prison à vie pour leur activités de journaliste et d'auteur. Leur crime : avoir milité pour la Paix.

Le Procès se déroulera au Palais de Justice de Çağlayan, dans le quartier Şişli à Istanbul, dans la salle "n°23 Agir Ceza".
(Distance à accès à pied stations Metro Çağlayan ou Mecidiyeköy)

Cet événement peut symboliquement faire savoir que vous vous tenez informés comme si vous étiez présents au procès aux côtés de la délégation et montre votre soutien à Aslı et ses amiEs.


Infos à suivre sur la page : https://www.facebook.com/freeaslierdogan/

Cagnotte solidaire avec la délégation, les avocats et les comités de soutien en Turquie : https://www.leetchi.com/c/solidarite-de-asli-erdogan


Une lettre pour la défense d’Asli

DeTieri Briet

16 décembre 2016
img_4358Tieri Briet
Si petite zone au 6, rue Peitret
13200, Arles

Arles, vendredi 16 décembre 2016

Bonjour à toi,

Je voulais te saluer et t’écrire, aussi, parce qu’Asli est en prison. Toi, je ne connais pas encore ton visage, je ne sais pas non plus ton âge et rassure-toi, je n’ai pas l’habitude d’écrire aux inconnus dans la rue. Mais je sais au moins quelque chose d’important : toi aussi tu as des yeux pour regarder, un cœur humain pour comprendre. C’est bien assez pour t’écrire cette lettre aujourd’hui.

Oui, Asli est en prison. Depuis 121 jours maintenant, en Turquie, dans la prison des femmes à Istanbul. Des policiers sont venus l’arrêter chez elle le 16 août de cette année. Ils l’ont jetée en prison comme la pire des voleuses et au mois de novembre, un procureur d’Istanbul a requis contre elle la prison à vie. Asli est écrivaine. À mes yeux, une immense écrivaine. Elle n’a pas commis d’autre crime que de raconter la sombre vérité de son pays, dans les chroniques qu’elle écrivait pour un journal aujourd’hui interdit : dans le sud-est de la Turquie, les Forces spéciales de la police ont tué et brûlé des familles entières dans les caves effondrées de leurs maisons, après avoir bombardé leurs villes, leurs magasins et l’école où allaient les enfants, en terre kurde.

J’imagine que ça va te sembler incroyable mais non, ce n’est pas une histoire que j’invente. Je te donne ma parole et tu peux vérifier si tu veux : en France, en Italie comme en Allemagne, les journaux ont commencé à parler d’elle. Asli Erdoğan, c’est son nom.  Tu verras. Des écrivains, des journalistes, des éditeurs et des libraires ont lancé un appel pour qu’elle soit libérée. Le plus vite possible, ont-ils dit, et c’est aussi pour ça que je t’écris cette lettre aujourd’hui. Comme Asli, je n’ai pas d’autre pouvoir que les mots pour écrire face à un monde de plus en plus menaçant. T’écrire encore et encore. À toi et aux amis, aux passants, aux inconnus.

Je veux que tu le saches : Asli sera jugée ce 29 décembre, dans un tribunal d’Istanbul. Des écrivains partent là-bas pour être à ses côtés le jour de son procès et les jours qui suivront.
En attendant, je te recopie ce passage d’un de ses livres. Pour que tu voies, toi aussi, à quel point elle est fragile et courageuse. Juste quelques phrases, tirées d’un roman paru en 2003 aux éditions Actes Sud, « La Ville dont la cape est rouge ».

« Elle avait croisé la mort à chaque coin ; une mort engraissée, vorace, capricieuse s’était infiltrée dans chaque mot qu’elle avait écrit. Pourtant, ce qu’elle pourchassait dans les labyrinthes sombres, c’était autre chose. Ce qu’elle cherchait dans les favelas misérables, dans les regards voilés des sans-abri, au-delà des masques de carnaval… La passion désespérée du corps pour la vie, plus vieille et plus puissante que tous les mots. »

Demain samedi, je serai devant la librairie Camili Books & Tea, 155 rue Carreterie à Avignon. Dans la rue, pour écrire d’autres lettres à d’autres passants. Le soir, à 18 heures, tu peux venir nous y rejoindre. Nous y lirons des textes qu’Asli a écrits, des lettres aussi, écrites en prison. Et puis le 26 décembre, avec d’autres écrivains, nous prendrons l’avion pour Istanbul, pour être présents à son procès, le 29. C’est le moins qu’on puisse faire.

Je t’ai dit qu’Asli était fragile. Tu te souviens ? Ce n’est pas juste une façon de parler. Elle a seulement 49 ans mais elle souffre de diabète et de plusieurs hernies discales. Aucun médecin ne s’occupe d’elle, et le directeur de la prison a refusé qu’elle suive le régime dont sa santé a tant besoin. Alors je vais être franc avec toi : je ne veux pas qu’Asli meure en prison. Et jusqu’au jour de sa libération, je continuerai d’écrire des lettres pour Asli dans les rues d’Avignon, d’Arles et d’Istanbul.

Amitiés à toi et pense à elle.

Tieri


Source : https://uncahierrouge.net/



mardi 27 décembre 2016

L'Europe sans les européens




Les récentes tensions internationales, et surtout la montée en puissance de la Russie comme de la Chine, donnent aux États-Unis l’occasion de renforcer leur présence militaire en Europe. Le mois dernier, le Pentagone a présenté son budget au Congrès américain pour l’année fiscale 2017, prévoyant de quadrupler le budget des forces basées en EuropeAnthony Alberti





L’Union Européenne connait une crise importante alors que les Etats-Unis, certes péniblement, retrouvent de la croissance. De plus le système monétaire européen diffère de celui américain sur de nombreux points. Alors qu’une importante partie de l’Europe souffre d’un euro trop cher (voir article euro), les Etats-Unis dévaluent le dollar et leurs exportations se portent mieux. Le libre échange mettra fin aux quotas d’importation, d’immenses parts de marché seront alors perdues.
Lior-Chamla, 2013








La Grande-Bretagne est atlantiste plus qu’elle n’est européenne, et tient cette posture de son héritage d’ancienne puissance impérialiste hégémonique, quand bien même cet héritage serait-il réduit aujourd’hui à la position privilégiée que la City de Londres occupe dans le système financier mondialisé. La Grande-Bretagne soumet donc son adhésion fort particulière à l’Union européenne à la priorité qu’elle donne à l’institutionnalisation d’un marché économique et financier euro-atlantique, qui l’emporte sur toute volonté de participer activement à une construction politique de l’Europe.

Mais ce n’est pas seulement la Grande-Bretagne qui est atlantiste. Les États de l’Europe continentale ne le sont pas moins, en dépit de leur volonté apparente de construire une Europe politique. La preuve en est donnée par la centralité de l’OTAN dans cette construction politique. Qu’une alliance militaire avec un pays extérieur à l’Union ait été intégrée dans la « constitution européenne » constitue une aberration juridique sans pareille. Pour certains pays européens (la Pologne, les États baltes, la Hongrie) la protection de l’OTAN – c’est-à-dire des États-Unis – face à « l’ennemi russe » (!) est plus importante que leur appartenance à l’Union européenne.

La persistance de l’atlantisme et l’expansion mondiale du champ d’intervention de l’OTAN après qu’ait disparue la prétendue « menace soviétique » sont les produits de ce que j’ai analysé comme l’émergence de l’impérialisme collectif de la triade (États-Unis, Europe, Japon), c’est-à-dire des centres dominants du capitalisme des monopoles généralisés, et qui entendent le demeurer en dépit de la montée des États émergents. Il s’agit là d’une transformation qualitative relativement récente du système impérialiste antérieurement et traditionnellement fondé sur le conflit des puissances impérialistes. La raison de l’émergence de cet impérialisme collectif est la nécessité de faire face ensemble au défi que constituent les ambitions des peuples et des États des périphéries d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine de sortir de leur soumission.

Le segment européen impérialiste en question ne concerne que l’Europe de l’Ouest, dont tous les États ont toujours été impérialistes à l’époque moderne, qu’ils aient disposé de colonies ou pas, ayant tous et toujours eu accès à la rente impérialiste. Les pays de l’Europe de l’Est par contre n’ont pas accès à celle-ci, n’étant pas le siège de monopoles généralisés nationaux qui leur soient propres. Mais ils se nourrissent de l’illusion qu’ils y ont droit, du fait de leur « européanité ». J’ignore s’ils sauront se débarrasser un jour de cette illusion.

L’impérialisme étant devenu désormais collectif il n’y a plus qu’une seule politique – celle de la triade – commune et partagée vis-à-vis du Sud, qui est une politique d’agression permanente contre les peuples et les Etats qui osent remettre en question ce système particulier de la mondialisation. Or l’impérialisme collectif a un leader militaire, sinon un hégémon : les États-Unis. On comprend alors qu’il n’y a plus de politique extérieure, ni de l’Union européenne, ni des Etats qui la constituent. Les faits démontrent qu’il n’y a qu’une seule réalité : l’alignement sur ce que Washington décide seul (peut être en accord avec Londres). L’Europe vue du Sud n’est rien d’autre que l’allié inconditionnel des États-Unis. Et s’il y a sur ce plan peut être quelques illusions en Amérique latine – du fait sans doute que l’hégémonie est exercée ici brutalement par les seuls États-Unis et non par leurs alliés subalternes européens – cela n’est pas le cas en Asie et en Afrique. Les pouvoirs dans les pays émergents le savent ; ceux qui gèrent les affaires courantes dans les autres pays des deux continents acceptent leur statut de compradores soumis. Pour tous Washington seul compte, pas l’Europe, devenue inexistante.


Samir Amin, directeur du Forum du Tiers Monde et président du Forum Mondial des Alternatives.
M’PEP - Mouvement Politique d'éducation Populaire
Septembre 2012.







L’Union Européenne, l’escroquerie du siècle !

par Nicole Cheverney
Le lundi 26 décembre 2016



Le 29 Mai 2005, 54,68 % de Français – (suffrages exprimés) – toutes catégories sociales confondues, ont répondu NON ! lors du Référendum sur la Constitution Européenne. 
 
Malgré toute l'insistance dont les Français ont usé pour faire savoir au Gouvernement Sarkozy, que Non c'est Non ! Que de l'UE, une majorité de Français n'en voulait pas, et n'en voudrait jamais, Sarkozy et son équipe, appuyés des socialistes, ont cyniquement posé leur fondement sur le résultat pourtant bien explicite de la part des Français.

NON ! NEIN ! NO ! NADA !

Mais dans quelle langue fallait-il le leur dire pour nous faire comprendre ?
Alors, me rétorquerez-vous, 45 % d'électeurs ont voté OUI, leurs voix ne comptaient-elles pas pour autant ?

C'est tout simplement que ces voix se perdirent dans le brouillage d'ondes partisan des partis politiques européistes, du forcing des technocrates bruxellois, des médias, des think tank, ces émetteurs de consignes de vote à toutes celles et ceux qui croyaient ferme aux messages du genre :

L'Europe ? Mais c'est la Paix !
L'Europe ? Mais c'est la Concorde !
L'Europe ? Mais c'est l'Avenir !
Bip ! Bip ! Bien reçu !

Ça, c'était en 2005. 
 
Mais, faisons un petit retour en arrière de 17 ans, pour rafraîchir la mémoire des oublieux et de ces politiciens atteints d'amnésie.

En 1999, au pays béni de l'UE pacifique, très pacifique comme nous allons le constater, ce fut une pluie de bombes venue de l'OTAN et de l'UE, déversée sur les populations serbes, avec l'opération Allied Force, en parfaite violation des lois et conventions internationales, et qui conclut ainsi le message : l'Europe ? Mais c'est la Paix !

L'Europe-c'est-la- Paix, bombardait donc sur ordre de l'OTAN, nos voisins les Serbes, nos amis, nos alliés historiques, la Serbie, à quelques encablures seulement de la botte italienne. L'OTAN et l'UE-la-Concorde avaient leurs raisons, qu'au nom de la Raison nous ne saurions accepter !

Une fois la Serbie désintégrée, la population soumise, le Kosovo, cœur de la Serbie historique récupéré par l'OTAN, et ses bases installées au cœur des Balkans, la surenchère européiste pouvait continuer. Ce qu'elle fit avec cœur et allant, grâce à la Propagandastaffel, émettant toujours et un peu plus ses messages et son morse.
Mais, le grand projet d'une UNION EUROPEENNE n'était pas tout à fait abouti. Il manquait quelque chose : une Constitution, pendant que Washington regardait tous ces pays européens de son œil sagace, des pays, disons-le, qui avaient d'ores et déjà un pied dans la tombe.

Alors, parlons de nous, de la France que Washington matait beaucoup.

Par tradition historique, la France a toujours attiré les convoitises, je ne pousserai pas ici mon cocorico éraillé, mais souvenons-nous que nous fûmes tout de même une Nation avec un État stable. Je me fais un plaisir de rappeler que, avant Maastricht, (chiffres pour l'année 1983) :

Le produit intérieur brut français – PIB - représentait 3957 milliards de francs.
Selon la Banque Mondiale, le PIB par habitant de la France était de 11 680 « dollars », soit 16 % de plus qu'au Japon, mais 6 % de moins qu'en RFA. La France occupait la 7ème place parmi les 19 pays industrialisés.

Je laisse donc aux spécialistes, le soin de compter, contester les chiffres ou de les approuver, sinon de les affiner.

Le cœur du problème, c'est que depuis la désintégration de la France et la mise en coupe réglée de ses institutions par l'UE, j'ai le grand déplaisir de parler de mon pays quasiment au passé, et d'être contrainte de parler de l'UE au présent.

Nous nous sommes fait escroquer, spolier de notre destin commun. Ce destin ne peut se trouver dans l'âme damnée de l'UE, pour la bonne raison que l'UE est une construction totalement artificielle, c'est du pré-fabriqué de carton-pâte et de papier dollar, qui porte pompeusement le nom d'Euro, et qui ne tient que par la volonté ferme des Eurocrates Bruxellois accrochés à leurs sièges et leurs privilèges exorbitants, conquis à force de chantage envers les peuples, de mensonges, et grâce à la veulerie des politiciens européens, complices, et traîtres.

Combien de traités scélérats ont été pondus à Bruxelles, dans le secret des think tank européistes et otaniens, à force de compromissions de ces mêmes politiciens œuvrant dans l'ombre du parlement européen où l'ombre s'agite et la lumière, exclue.

Cela va faire bientôt cinquante ans que l'UE couve son projet démentiel de destruction des États-Nations. Elle est presque parvenue à ses fins. Et avec, la longue cohorte de ses dégâts irréparables, direct ou collatéraux.
Je parlais de la Serbie, mais pensons à la Grèce, emblématique victime. Martyre. Peuple dépecé, dépossédé, réduit à la pauvreté, à la misère.

Et après ? Que restera-t-il de nos amours entre cette UE si « pacifique » ! et les peuples qu'elle s'ingénie à vouloir garder dans son giron monstrueux de gorgone tentaculaire ?
Posons-nous la question de notre réel désir d'appartenance à l'UE ?

Est-il spirituel, moral, politique ? Il n'est rien de tout cela, parce que cette appartenance n'existe pas. Nous ne pouvons pas, nous, les Européens, appartenir à une entité bureaucratique fondée de toutes pièces par des entités étrangères à notre façon de penser et d'agir, nous ne nous reconnaissons pas dans cet appareil, ce cancer qui ronge de l'intérieur et de l'extérieur, nos Nations, nos États, nos Peuples, nos Coutumes, notre façon de vivre.

Alors, passons à la question suivante : Qu'est-ce que pour nous, être Européens ? 
 
Aujourd'hui comme hier, et peut-être bien plus que demain, notre appartenance est territoriale. Nous vivons sur un Continent vieux comme le monde, fait de terres, de côtes et de mer, de montagnes, de rivières et de fleuves... et de pays. Et l'Europe n'a pas attendu l'UE pour s'inventer. Nous sommes Européens comme d'autres sont Océaniens ou Asiatiques ou Africains. Ni plus, ni moins.

Qu' est-ce qu'être Européens, sinon vivre sur une terre multi-millénaire, un territoire, un continent, qui va d'Est en Ouest, depuis les monts Oural jusqu'à l'extrémité Nord-Ouest de la France, la protubérance rocheuse du Finistère, et à l'extrême sud de l'Espagne, le détroit de Gibraltar ? Au Nord, les Îles Ferroé et plus au Nord encore, l'Islande ?

Qu'est-ce qu'être Européens, après l'appartenance territoriale, sinon l’appartenance à des multitudes de cultures différentes, de traditions différentes, de rites, de cultes, différents ?

Également l'appartenance à une histoire, qu'elle fût glorieuse, féconde, malheureuse ou remplie d’infamie, qu'elle vît des périodes fastes, ou de récession, des épisodes destructeurs ou novateurs, d'abaissement moral ou de renaissance, nos trajectoires historiques parallèles ou opposées entre Nations, nos malheurs communs, nos destins erratiques, nos fautes, nos qualités intrinsèques, nos erreurs, nos renonciations, nos pardons, notre destin, tragique ou lumineux, ce destin, mais bon Dieu, c'est le nôtre !
Qui ne peuvent en tant qu'Européens si diversifiés par les langues, les coutumes et les mœurs, les influences, et l'histoire de chaque Nation, les nôtres, se contenter de l'uniformisation militaire et a-culturelle venue d'ailleurs, que nous imposent l'UE, et ses paperassiers à la manœuvre derrière leurs bureaux de tecks ou de verre fumé, non élus, anti-démocratiquement installés ?

L'Europe, c'est l'histoire d'abord des Nations qui la composent, ces longues maturations patientes du temps qui passe. Or, ce sont à ces Nations et à ces États légitimes que l'UE, la plus illégitime des constructions mise en place, conteste le droit inaliénable, aux pays et aux peuples, pourtant, de disposer d’eux-mêmes et de leur destin.
C'est qu'ils sont voraces, les paperassiers et les ploutocrates européistes. Ils en veulent toujours plus. D'années en années, sous l’œil cérébral de Washington, le technocrate bruxellois opère à cœur ouvert, desquame, ouvre, titille la plaie et surgit tout d'un coup la béance infecte de ses œuvres. La mort des peuples, et l'écrasement total de leur volonté.
Bruxelles impose ! Plaque sa grande main sur nous ! Sans relâche.

Vous en voulez ? Vous en aurez !

Comment ?
Par les traités. Et leurs articles. Leurs lois d'airain !
 
(Article 32, 63, désindustrialisation des pays). C'est fouillé, c'est précis, c'est sans ambages.
Cela s'appelle le TFUE.

L'article 106, lui c'est de la très belle couture. C'est grâce à lui que des lois scélérates ont pu voir le jour comme la loi El Khomri/Macron, grâce à quoi des « libéraux » trépignent de joie, rien qu'à entendre prononcer ces mots qui sont à l'oreille, la douceur du velours, lorsque grâce à l'article 106, ils pourront brader au nom de l'UE, le « patrimoine public national », démanteler les « services publics », ce que le TFUE, qui agit au nom des grands groupes « privés », ne se privera pas de faire.

Article 121, alors là c'est toute la protection sociale qui est attaquée. La Sécurité Sociale en tête, car les think tank veillent au grain, et à mon avis le pactole promis est d'importance avec la privatisation totale de la Sécurité sociale.

La Sécu ! Ah ! Ce « machin »gaulliste, cette « chose exécrable » du CNR, que les libéraux voudraient bien voir disparaître, jeter aux oubliettes, à jamais !

Et pour clore le tableau bien sombre de l'Europe-c'est-l'avenir ! Nous avons, parmi la ponte bruxelloise, l’œuf d'autruche : les G.O.P.E. (Grandes Orientations des Politiques Économiques) de l'UE, dictées par Washington, exécutées par Bruxelles. Attendez de voir !

L'UE s'attaque à tout ce qui garantissait la pérennité de l’État, de la France et des 27 autres pays européens.

Est-ce suffisamment clair ?

Washington et l'OTAN, se sont réservés au sein de l'UE le rôle de « superviseurs », en Chef ! Et leur très obligeante servante UE, la Grand ordonnatrice de Pompes Funèbres pour l'enterrement définitif des États-nations. Parce que nous aurons bientôt les « 50 propositions pour l'UE pour 2030  ». Ils voient loin et ne doutent de rien.

J'insiste, j'insiste... L'esprit de l'UE est condamnable. C'est sa nature hégémonique, globaliste, totalitaire, ce sont les raisons secrètes et délictueuses moralement et techniquement de la création du monstre qui sont condamnables derechef. Elles sont nées de l'esprit trouble et calculateur des faux-réformateurs se réclamant de l'évolution vers la modernité et sous le faux-prétexte de libérer les peuples, elle est née des décombres de la dernière guerre mondiale et des rêves de grandeur impériale de quelques hommes politiques outre-atlantique ou européens, formés à ce dessein.

Le pilier du projet ? Un ancien Nazi allemand récupéré par le gouvernement américain de l'époque et convié à la tâche de calquer sur le projet Nazi d'une Nouvelle Europe et d'un Ordre Nouveau, celui d'une nouvelle Europe technocratique, impersonnelle et totalitaire. Je dois avouer que cela me laisse pantoise. Projet Nazi qui consistait à faire de l'Europe un vulgaire assemblage de land politico-financiers, technocratiques, sans âme, sans but, sans destin. Les membres s'actionnant à Bruxelles, la tête pensante outre-Atlantique. Et c'est de ce projet que nos Césarion aux petits-pieds, ont, pendant des décennies, organisé une des plus vastes entreprise de propagande et de désinformation pour faire accepter la marchandise frelatée. C'est ainsi que l'on présenta aux Français les « bienfaits » de Maastricht et les délices de Schengen et la félicité d'une Consitution Européenne !

Ce projet que l'on nous a présenté comme la panacée universelle, est bien né, oui, dans les arcanes les plus obscures du XXe siècle. Et si l'on a la curiosité de comparer ce projet de la nouvelle Europe d'Hitler, détaillé dans Mein Kampf, force est de constater que nous y retrouverons tous les ingrédients, les ferments de l'UE, avec son totalitarisme, son arbitraire. N'oublions pas non plus, que les Nazis furent les premiers à inventer le principe de gouvernement « technocratique », ce fut même un exemple qui fut suivi par beaucoup, en Europe et dans le reste du monde. C'étaient des spécialistes, des organisateurs, des planificateurs.

Seulement voilà, si l'UE a pris le chemin de cette réalisation bruyante et tonitruante, elle n'est pas REFORMABLE, et rien dans ses textes et articles ne laisse à penser qu'elle est NEGOCIABLE.

« Lorsque l'on dîne avec le diable, il faut une très longue cuillère  », or, nous nous apercevons que bien de nos femmes et hommes politiques, par confort intellectuel, ou idéologie ou naïveté, allez savoir, dans une projection contractuelle qui ne peut exister réellement, pensent pouvoir re-négocier les traités, d'égal à égal. Il faut bien les lire pour s'apercevoir que le moindre mot, la moindre virgule, le moindre espace, ont été prévus de telle sorte que sa majesté l'UE n'acceptera jamais de RE-NEGOCIER avec quiconque, des traités parfaitement verrouillés. Pour sa Majesté l'UE, il n'y a pas d'autre alternative.

Le SEUL ESPACE NEGOCIATEUR DE SORTIE, LE SEUL ARTICLE VALABLE, en la matière, pour sortir de l'UE, c'est l’article 50, que l'ONU a imposé à l'UE, devant le verrouillage excessif et qui commence à s'imposer de facto dans les esprits, comme la seule et unique issue possible à la libération des États-Nations européens de cet insupportable carcan.

Les Anglais ont voté pour le Brexit, et sortiront, les Français leur emboîteront-ils le pas un jour ou l'autre ?

Source : Agoravox


mercredi 21 décembre 2016

Le gouvernement mondial du spectacle


L'échec de l"élite intellectuelle :

La triste image des Américains d’aujourd’hui comme de mauvais perdants, incapables d’affronter la réalité, doit être attribuée en partie à l’échec éthique de la « génération 1968 » des intellectuels. Dans une société démocratique, le premier devoir des hommes et des femmes ayant le temps, le goût et la capacité d’étudier avec rigueur la réalité est de partager leurs connaissances et compréhension avec ceux qui ne disposent pas de tels privilèges. La génération des intellectuels dont la conscience politique a été temporairement éveillée par la tragédie de la guerre du Vietnam (La guerre d'Algérie, pour les intellectuels français- NdlR) aurait dû reconnaître que leur devoir était d’utiliser leur position pour éduquer le peuple américain sur l’histoire et les réalités du monde que Washington se proposait de redessiner. Mais l’actuelle phase du capitalisme hédoniste offre aux intellectuels de bien plus grandes opportunités de réussite en manipulant les masses qu’en les éduquant. Le marketing de la société de consommation a même contribué au développement de la politique identitaire en ciblant le marché des jeunes, le marché gay, et ainsi de suite. Une masse critique d’universitaires « progressistes » s’est retirée dans le monde abstrait du post-modernisme, et a fini par diriger l’attention des jeunes sur la bonne manière de réagir à la sexualité des autres ou d’élargir leur conception du « genre ». De telles élucubrations ésotériques alimentent le syndrome de « publier ou périr » et permettent aux universitaires en sciences humaines d’éviter le moindre sujet qui pourrait être jugé critique du militarisme croissant des États-Unis ou des dérives du monde « globalisé » dominé par la haute finance. La controverse la plus aigüe qui secoue aujourd’hui le monde universitaire est de savoir qui doit utiliser quelles toilettes.

Si les snobs intellectuels peuvent ricaner avec une telle auto-satisfaction sur les pauvres "déplorables" des régions qu’ils ne voient que d’en haut en prenant l’avion d’une côte des États-Unis à l’autre, c’est parce qu’ils ont eux-mêmes ignoré leur devoir social primaire qui est de chercher la vérité et de la partager. Gronder des inconnus pour leurs attitudes supposées « mauvaises » tout en donnant l’exemple social de la course à la promotion personnelle effrénée ne peut que produire cette réaction anti-élite appelée « populisme ». Trump est la revanche de ceux qui se sentent manipulés, oubliés et méprisés. Quels que soient ses défauts, il était le seul choix qui leur était offert pour exprimer leur révolte dans une élection pourrie. Les États-Unis sont profondément divisés idéologiquement, ainsi que sur le plan économique. Les États-Unis sont menacés, non pas par la Russie, mais par leurs propres divisions internes et l’incapacité des Américains non seulement à comprendre le monde, mais à se comprendre entre eux.

Source : Le Grand Soir (cliquer sur le nom de l'auteure pour lire l'article dans son intégralité)


Francis Cousin sur le terrorisme et le capitalisme (17') :


"Le terrorisme présuppose l'inculture totale" Francis Cousin
 



Ragnarök: De la subversion à la terreur idéologique


Par Zénon − Le décembre 2016
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« Tout le monde tient le beau pour le beau,
C’est en cela que réside sa laideur.
Tout le monde tient le bien pour le bien,
C’est en cela que réside son mal. »
Lao-Tseu – Tao-tö King




Un premier coup de semonce eut lieu le 21 avril 2002. Le peuple français, apeuré de son propre élan nationaliste, fit alors machine arrière en promettant qu’on ne l’y reprendrait plus. Puis pour ainsi dire amende honorable en s’infligeant quinze ans de néolibéralisme à la sauce yankee… Tout était bon pourvu qu’étouffe l’hydre visqueuse couvée chez nous. Rassurée de voir le troupeau regagner l’enclos républicain, la classe politique n’a jamais admis que ce vote ne reflétait pas tant l’opinion des masses populaires, que leur profond dégoût devant les magouilles et autres innombrables trahisons de leurs gouvernements successifs… Les mêmes causes produisant mécaniquement les mêmes effets, se poser en éternels garants des droits de l’Homme et de la liberté n’aura pas suffi aux « démocrates » pour enrayer la gangrène « fasciste »… Nous l’observons aujourd’hui partout : avec le parti Jobbik en Hongrie, l’AfD allemand, plus récemment avec le Brexit ou encore l’élection de Trump. En France, le Front national semble d’office pressenti pour le second tour en mai prochain. Les journalistes, politologues et autres experts s’interloquent et s’indignent en chœur de l’indocilité du votant… Se foutent-ils tout simplement de nos gueules ? Ou sont-ils schizophrènes au point d’oublier en avoir été les principaux artisans ?

D’abord dans l’antiquité puis au Moyen Âge, les premières structures de l’État, articulées autour de la Cité, de la région et de l’Empire, reposaient sur le contrat suivant : l’échange d’une partie des fruits du labeur contre une garantie de sécurité physique. En somme, ni plus ni moins que ce que propose aujourd’hui encore la mafia, mais là n’est pas le sujet… Au fur à mesure des siècles et des découvertes technologiques, l’accord initial s’est peu à peu étendu à des sphères de rapports humains jusque-là restées naturelles : les bases de l’échange, dans une société d’accumulation, devant êtres régies par un code et bénies par un magistrat. L’éducation et la pratique de la médecine supervisées par l’autorité ad hoc. Plus les prétentions bourgeoises ont essaimé parmi les peuplades autonomes, plus s’est approfondi l’assujettissement de l’individu aux lois et aux normes… Le contrôle étatique a conquis les domaines de l’alimentaire, de la circulation des personnes et des biens, des principales ressources vitales que sont l’eau et l’espace public, ou encore du récit officiel de la légende nationale.
Ainsi avons-nous, par habitude et goût d’un certain confort mais sans doute également par peur des représailles, progressivement accepté l’extension des prérogatives de l’État jusqu’au degré d’immixtion dans la vie privée que nous connaissons. Nous avons accepté d’aller faire la guerre sous des motifs rivalisant d’inventivité. Le fichage et la surveillance généralisés. La pollution de l’air, de la terre et des eaux. Accepté les croisades coloniales, les assassinats ciblés et les génocides. Accepté d’être continuellement traités comme des chiens nous et nos familles… Irons-nous jusqu’à l’abattoir sans même essayer de nous en sortir ?

Toutes ces petites compromissions ; tous ces renoncements anodins ont conduit nombre de possédants à nous considérer indignes du libre arbitre inhérent à l’espèce humaine… Ils ont décidé la surenchère esclavagiste entre les peuples au grand bénéfice des sociétés apatrides. Ont utilisé certains d’entre nous comme cobayes à des fins d’extension de leur arsenal répressif… Ils ont ravagé des pays entiers. Pillé, affamé leurs populations pour en contraindre les dirigeants rétifs à se plier au diktat mondialiste. Ils ont étudié toutes nos tentatives d’émancipation pour mieux les tuer dans l’œuf, et perfectionné leurs façons de nous convaincre que leur projet serait l’émanation du bon sens commun… Ils continuent de nos jours à favoriser l’injustice et les inégalités. À distiller dans le cœur des peuples la haine de l’Autre, la peur, et la soumission à la pression normative. À démanteler tous les droits et protections sociales acquis de haute lutte… Ils continuent, sous prétexte d’anti-terrorisme, de violer chaque jour le peu qu’il nous reste de libertés… Et nous continuons de nous indigner, pas trop fort tout de même, car nous savons bien que Big Brother nous surveille.

S’ils sont parvenus jusque-là sans provoquer un soulèvement général, c’est en raison de leur connaissance multiséculaire des moyens de maintenir les populations divisées. Par une répartition asymétrique des droits et des charges. Par l’injonction constante au culte de soi. Et par l’identification à des principes idéologiques en apparence antagonistes… En effet, la fausse alternance « droite-gauche » tout comme l’opposition du « communisme » au « capitalisme » auront permis d’occuper les esprits, tandis que s’organisait la concordance

des volontés mondialistes. L’effondrement du modèle soviétique a redistribué les cartes du poker menteur impérial… Il fallait fabriquer dare-dare un autre épouvantail à brandir aux peuples désenchantés par l’illusion démocratique. D’abord l’islam salafiste, puis les populistes d’extrême-droite en ont rempli la fonction. Ainsi s’est vu formé leur soi-disant
« front républicain » contre les « extrêmes »… Pris en otages entre la culpabilité xénophobe et la menace djihadiste, les électeurs n’auront d’autre option acceptable que de souscrire à leur asservissement absolu. Du moins est-ce l’aboutissement espéré par les oligarques.

Ils ont déjà si bien avancé le dépeçage de l’humanité, leurs trahisons et leurs crimes sont devenus si flagrants qu’ils sont obligés d’en revenir aux fondamentaux ; et n’ont plus que la sécurité pour se parer d’un semblant de légitimité… Voyez comme ils en ont fait l’objet de leurs campagnes et de leurs promesses. Pourquoi dès lors s’étonner de l’explosion de la délinquance, de l’impunité, de l’incroyable taux de récidive, de la violence endémique en périphérie de nos villes ? N’imaginez pas que tel ou tel parti politique a l’intention de remédier à ce problème. Comment pourraient-ils se passer du terrorisme ou des petites frappes de quartiers, alors qu’il s’agit du meilleur moyen de faire accepter leurs propres méfaits comme dérisoires en comparaison ? Mais aussi, et surtout, de justifier la création d’un État policier algorithmique et eugéniste ?

On observe ainsi toute la perfidie d’un double discours dans lequel, d’un côté, on accuse l’islam radical de menacer les « valeurs » nationales, tandis qu’on finance de l’autre toutes les infrastructures nécessaires à son développement, qu’il s’agisse des mosquées ou bien d’organismes de prosélytisme associatif… On laisse les pétromonarchies du Golfe investir dans les cités tout en prétendant défendre une laïcité dans les faits à géométrie variable. On refuse la liste des djihadistes revenus de Syrie sur le territoire, puis on va bombarder au lendemain d’attentats chez nous des populations civiles qui n’y sont pour rien… Vous aurez compris le principe. Parallèlement, la même méthode est utilisée avec l’« extrême-droite », que l’ensemble du spectre politique s’accorde à diaboliser comme il se doit, alors même que sa surreprésentation médiatique lui assure une place de choix sur l’échiquier mondialiste.

« La guerre civile ou la dictature », tel est, en substance, le dilemme qui nous est imposé. Avec bien sûr une troisième voie, présentée comme un « moindre mal » : celle d’un subtil mélange des deux dans des proportions raisonnables, moyennant une totale soumission et l’acceptation du retour au servage de la part des classes laborieuses… L’accroissement des tensions communautaires, la radicalisation des mentalités ne sont pas fortuites. Elles participent à la transition voulue par l’oligarchie d’une dictature molle à un totalitarisme pleinement assumé.

Tout est mis en œuvre pour nous y préparer. Regardons comme se fondent les anciennes délimitations entre politiques « libérales » et celles dites « sociales ». Regardons le bourbier de contradictions dans lequel s’empêtrent les idéologues du moment, lorsqu’ils essayent de soutenir tel ou tel parti pris. Regardons comme les gens sont perdus, ne savent plus à quelle conviction ni à quel espoir se raccrocher. De quelque côté où l’on se tourne, l’étau se resserre de partout. Et le piège semble inextricable.

Regardons par ailleurs comme ils associent toutes les voix dissidentes, tous les lanceurs d’alertes et dénonciateurs de leurs bobards en une hypothétique « fachosphère », repaire comme chacun sait d’ignorants crédules et d’odieux nazillons aux chapeaux pointus. Que vous vous réclamiez de l’anarchie, du marxisme, du souverainisme, de l’écologie radicale ou même d’aucune école de pensée particulière n’a pour les tenants de la pensée unique plus la moindre espèce d’importance. Avisez-vous de remettre en question l’ordre établi de spoliation institutionnelle, de contester la légitimité des lignées parasites au pouvoir depuis des siècles ou de démentir l’interprétation officielle des évènements se déroulant sous nos yeux, vous serez taxé au choix de « conspirationnisme », de « rouge-brunisme », de « crypto-fascisme » ou encore – ultime trouvaille sémantique en vogue chez les nouveaux censeurs – de « confusionnisme »… Reconnaissons cependant aux autoproclamés « antifas » un art consommé de pousser à fond le paradoxe. Car prétendre établir ce qui est dicible et ce qui ne l’est pas ; vouloir interdire toute voix opposant une contradiction à la sienne, n’est-il pas le commencement et le principe même du fascisme ?

Les postures politiciennes ne doivent plus nous y tromper : nous sommes d’ores et déjà en dictature. Et c’est précisément, car de plus en plus de personnes à travers le monde en prennent conscience, que l’Empire aux abois se retranche dans sa dernière forteresse. En insinuant sa « guerre de tous contre tous », il espère tirer profit au lieu de subir la colère des peuples… Non seulement cette stratégie est vouée à l’échec. Mais elle est en train de se retourner contre lui. Car ironiquement, ses employés ne comprennent pas qu’associer l’intégralité des courants de pensée qui lui sont hostiles ne fait qu’en fédérer les groupes, et nous aider à tracer les lignes de force d’une résistance cohérente. En outre, la question des clivages idéologiques apparaîtra dérisoire lorsque la misère touchera les travailleurs toutes catégories confondues. Et la capacité d’entraide sera bientôt la plus sûre façon de s’assurer les meilleures chances de survie.

L’avenir qu’ils nous réservent est une fusion des modèles totalitaires passés et présents. Un village global où pour accéder au statut de « surhomme » implanté, il faudra d’abord se départir de toutes ses qualités humaines… Devant les attaques multiples et coordonnées que nous subissons, nous devons songer aux moyens d’y répondre de façon stratégique ; et non plus seulement réagir dans l’emphase émotionnelle. Car ils ne renonceront pas à leurs privilèges sur la base de jérémiades et simples protestations de forme. Il ne suffira pas de ne pas voter pour déminer ce énième piège qui nous est tendu, ni pour mettre un terme une fois pour toutes au règne de l’absolutisme marchand. Il faudra tout faire pour empêcher son prochain représentant d’usurper le pouvoir sous prétexte d’assentiment de 2% ou 3% de la population. Il doit être clair que manifester après coup notre désaccord dans la rue n’est plus d’actualité. Qu’il est inutile d’attaquer le mal à coups de banderoles et de slogans ou même au lance-pierres. Chacune de nos réactions violentes le renforce… Mais si la Bête ne peut être abattue en lui tirant dessus, elle peut cependant l’être si nous cessons de l’alimenter.

Notre contre-attaque devra se focaliser sur les moyens de subsistance de l’Empire, c’est-à-dire le priver dans toute la mesure du possible des ressources que sont l’impôt, la TVA payée sur chaque produit de consommation courante, et les intérêts versés pour chaque prêt bancaire… Il est nécessaire pour cela de nous unir, quelles qu’aient été jusque-là nos croyances et nos opinions. De nous organiser de sorte de ne plus dépendre d’un emploi au service du capital pour se nourrir et se loger. Sortir de sa bulle et son quant-à-soi. Élargir au maximum des réseaux locaux d’échange et d’entraide, pour contrer l’atomisation des rapports humains que nous observons. De mutualiser les outils, les repas, de prendre le temps de se parler, de partager nos savoirs-faire et de nous instruire ; contre le modèle individualiste et débilitant de la société de consommation. De soustraire son argent des banques pour l’investir dans des biens concrets : qu’il s’agisse de terres, de caravanes, de groupes électrogènes ou de matériels de soins… Il sera certes difficile à chacun d’agir sur tous ces fronts à la fois. Mais il suffit que dans cet effort, quiconque prenne la part qui lui est possible, et le rapport de force alors tournera en faveur des peuples.

À ceux qui objecteraient qu’une société sans État ouvrirait la voie au chaos généralisé, je demanderais de réfléchir à ce qu’ils observent aujourd’hui. N’est-ce pas justement l’État, vendu aux intérêts de la finance internationale, l’actuel plus grand fauteur de troubles à l’ordre public ? Par ailleurs, jamais les peuples autochtones n’ont fait preuve d’autant de violence que les régimes soi-disant « civilisés ». Ni les insurgés de tous pays plus de morts que les guerres et les entreprises coloniales. L’individu lambda n’est pas sanguinaire par nature. Il le devient par suite d’un lent et profond travail de conditionnement collectif.

S’il vous indiffère de voir se déliter sous vos yeux l’univers sécurisé que vous connaissiez, de voir se faner l’innocence des mômes avant même d’avoir grandi, d’être libre ou non et d’avoir l’inestimable chance d’être en vie, alors continuez d’obéir et de voter au prochain tour. Mais si pour vous, comme à beaucoup d’autres, cette condition de sous-hommes est inacceptable, rejoignez les rangs des Indivisibles au fond de l’arrière-cour. Il arrive qu’on y manque d’eau chaude et nous vivons à l’ombre des lumières de la ville… Mais la chaleur humaine y est bien présente, et par-dessus tout, nous sommes libres.

Nous n’avons pas de nom ni d’appartenance, et notre cercle n’a pas de centre. Notre seul dénominateur commun est la conscience de notre force. L’amour de la vie et de la beauté nous importe plus que le sort de nos petites personnalités. Nous portons en nous la foi et l’espoir que le temps nous enseigne assez de sagesse pour vivre en paix et en harmonie… Car nous savons que tout mouvement de l’Histoire induit mécaniquement son inverse, et que tôt ou tard, vous y viendrez… Nous veillons sur la flamme en attendant votre arrivée.
Zénon

Source : Pearltrees








Asli Erdoğan, miroir de la Turquie

Nous remercions le site Danger Poésie et notre ami et collègue André Chenet pour la mise en forme de cet article dans lequel la Turquie du faux frère musulman Recep Tayyip Erdoğan peut se mirer à loisir. Il y urgence. Aslı Erdoğan va être jugé le 29 décembre prochain et du résultat de ce jugement dépendra le sort de centaines de prisonniers politiques et défenseurs des droits humains aujourd'hui derrière les barreaux. Mobilisons-nous chacun avec nos moyens. Et comment se fait-il que le Président Hollande n'ait à ce jour fait aucune déclaration quant à cette sordide affaire? Bien sûr, il a été trop préoccupé jusqu'à maintenant par le sort réservé aux rebelles barbus de Syrie que la France a armé et défendu honteusement avec l'approbation d'intellectuels minables et arrivistes que l'Histoire se chargera de juger en temps voulu 
Gaël Hadey, le 21/12/2016. Trifouilli-les-Oies, France.





Je regarde la nuit à travers les barreaux
et malgré tous ces murs qui pèsent sur ma poitrine,
Mon cœur bats avec l’étoile la plus lointaine.
” 
                                                                      Nâzim Hikmet


Autoportrait
 par Aslı Erdoğan

Je suis née à Istanbul en 1967. J’ai grandi à la campagne, dans un climat de tension et de violence. Le sentiment d’oppression est profondément enraciné en moi.

L’un de mes souvenirs, c’est à quatre ans et demi, lorsqu’est venu chez nous un camion rempli de soldats en armes. Ma mère pleure. Les soldats emmènent mon père. Ils le relâchent, plusieurs heures après, parce qu’ils recherchaient quelqu’un d’autre. Mon père avait été un dirigeant important du principal syndicat étudiant de gauche. Mes parents ont planté en moi leurs idéaux de gauche, mais ils les ont ensuite abandonnés. Mon père est devenu un homme violent. Aujourd’hui il est nationaliste.
J’étais une enfant très solitaire qui n’allait pas facilement vers les autres. Très jeune j’ai commencé à lire, sans avoir l’intention d’en faire mon métier. Je passais des journées entières dans les livres. La littérature a été mon premier asile. J’ai écrit un poème, et une petite histoire que ma grand-mère a envoyés à une revue d’Istanbul. Mes textes ont été publiés, mais ça ne m’a pas plus du tout : j’étais bien trop timide pour pouvoir me réjouir.

Plusieurs années plus tard, à 22 ans, j’ai écrit ma première nouvelle, qui m’a valu un prix dans un journal. Je n’ai pas voulu que mon texte soit publié. J’étais alors étudiante en physique. Je suis partie faire des recherches sur les particules de haute énergie au Centre Européen de Recherche Nucléaire de Genève. Je préparais mon diplôme le jour et j’écrivais la nuit. Je buvais et je fumais du haschich pour trouver le sommeil. J’étais terriblement malheureuse. En arrivant à Genève, j’avais pensé naïvement que nous allions discuter d’Einstein, de Higgs et de la formation de l’univers. En fait je me suis retrouvée entourée de gens qui étaient uniquement préoccupés par leur carrière. Nous étions tous considérés comme de potentiels prix Nobel, sur lesquels l’industrie misait des millions de dollars. Nous n’étions pas là pour devenir amis. C’est là que j’ai écrit Le Mandarin miraculeux. Au départ j’ai écrit cette nouvelle pour moi seule, sans l’intention de la faire lire aux autres. Elle a finalement été publiée plusieurs années plus tard.

Je suis retournée en Turquie, où j’ai rencontré Sokuna dans un bar reggae. Il faisait partie de la première vague d’immigrés africains en Turquie. Très rapidement je suis tombée amoureuse de lui.
Ensemble, nous avons vécu tous les problèmes possibles et imaginables. Perquisitions de la police, racisme ordinaire : on se tenait la main dans la rue, les gens nous crachaient dessus, m’insultaient ou essayaient même de nous frapper. La situation des immigrés était alors terrible. La plupart étaient parqués dans un camp, à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Plusieurs fois, j’ai essayé d’alerter le Haut Commissariat aux Réfugiés de l’ONU sur leur sort.

Mais c’était peine perdue. Je ne faisais que nous mettre davantage en danger Sokuna et moi. Puis Sokuna a été impliqué dans une histoire de drogue et il nous a fallu partir. Des amis m’ont trouvé une place dans une équipe de scientifiques au Brésil, qui travaillaient sur ma spécialité. Je pouvais y terminer mon doctorat, mais Sokuna n’a pas pu me suivre. Il a disparu, un an après. Je suis restée seule avec mes remords. Rio n’est pas une ville facile à vivre pour les migrants. J’ai alors décidé de renoncer à la physique pour me consacrer à l’écriture. Mais ce n’est qu’à mon retour en Turquie que j’ai écrit La Ville dont la cape est rouge, dont l’intrigue se passe à Rio. L’héroïne est une étudiante turque, qui se perd dans l’enfer de la ville brésilienne. J’étais étrangère au Brésil, mais aussi étrangère en Turquie. Je ne me sens chez moi que lorsque j’écris. Vingt ans plus tard, aujourd’hui, je me sens toujours comme une sans-abri.

J’aime bien Cracovie, je pourrais y rester encore longtemps, mais je sais bien qu’il faut laisser la place à ceux qui attendent un asile. Il faudra bien que je retourne en Turquie. En attendant, chaque jour, je me dis que dans mon pays tout le monde sait bien que je suis devenue l’écrivaine turque la plus populaire. Tout le monde le sait, mais pourtant tout le monde se tait. C’est sans doute cela, aujourd’hui, l’exil le plus terrible.

asli_ok Si l’on veut écrire, on doit le faire avec son corps nu et vulnérable sous la peau… Les mots ne parlent qu’avec les autres mots. Prenez un V, un I et un E et vous écrivez Vie. À condition de ne pas vous tromper dans l’ordre des lettres, de ne pas, comme dans la légende, laisser tomber une lettre et tuer l’argile vivante. J’écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, dans un soupir. Comme on cueille un fruit sur la branche, comme on arrache une racine. Il te reste le murmure que tu perçois en plaçant contre ton oreille un coquillage vide. La vie : mot qui s’insinue dans ta moelle et dans tes os, murmure évoquant la douleur, son qu’emplissent les océans.
Aslı Erdoğan





Les limites de l’écriture, limites qui ne peuvent être franchies sans incendie, sans désintégration, sans retour à la cendre, aux os et au silence... Si loin qu’elle puisse s’aventurer dans le Pays des Morts, l’écriture n’en ramènera jamais un seul. Si longtemps puisse-t-elle hanter les corridors, jamais elle n’ouvrira les verrous des cellules de torture. Si elle se risque à pénétrer dans les camps de concentration où les condamnés furent pendus aux portes décorées et rehaussées de maximes, elle pressent qu’elle n’en ressortira plus. Et si elle en revient pour pouvoir le raconter, ce sera au prix de l’abandon d’elle-même, en arrière, là-bas, derrière les barbelés infranchissables... Face à la mort, elle porte tous les masques qu’elle peut trouver. Lorsqu’elle essaie de résonner depuis le gouffre qui sépare les bourreaux des victimes, ce n’est que sa propre voix qu’elle entend, des mots qui s’étouffent avant même d’atteindre l’autre bord, avant les rives de la réalité et de l’avenir... La plupart de temps, elle choisit de rester à une distance relativement sûre, se contentant peut- être, pour la surmonter, de la responsabilité du “témoignage”.
Aussi excessivement facile, tardif et vain que cela soit, il faut le dire explicitement : nous sommes coupables.

Asli Erdoğan, prisonnière de la dictature turque
dont le procès aura lieu le 29 décembre prochain



Ce que le pouvoir turc reproche avant tout à Asli Erdoğan, c’est d’écrire la vérité, c’est-à-dire la dérive d’un gouvernement ivre de puissance, de plus en plus enfermé dans un déni paranoïaque de la réalité, qu’il s’agisse du génocide arménien ou de la culture kurde. La folie d’un tyran qui renoue avec l’impérialisme ottoman. On le sait depuis Soljenitsyne et Sakharov : la force d’une vérité humaine est ravageuse quand un écrivain s’en empare. Ailleurs, sous d’autres tropiques, Reinaldo Arenas et Carlos Liscano en ont donné la preuve. Face aux tyrans, la parole d’un écrivain indompté est ravageuse 


En ce qui concerne les écrivains, on s'interroge encore plus: pourquoi s'en prendre à ces voix sincères et talentueuses qui font honneur à la culture turque d'aujourd'hui? Cela ne rapportera rien, c'est un mauvais calcul et une publicité désastreuse pour un pays qui se plaint toujours de souffrir d''une image négative. Et puis, méfiez-vous des femmes fragiles! Asli Erdogan ne l'est qu'en apparence et ce n'est pas demain qu'elle cessera de porter un regard critique sur le monde.
Timour Muhidine,
Directeur de la collection Lettres turques chez Actes Sud

Accuser une auteure qui a défendu la non-violence et les droits de l'homme dans toutes ses œuvres d'être membre d'une organisation terroriste n'est possible qu'au prix d'efforts surhumains.” 
Cihat Duman, avocat de Asli Erdoğan



Erdogan ou le chemoin du dictateur


Mine Kirikkanat est romancière et journaliste en Turquie. Face à l’emprisonnement d’Asli Erdoğan, romancière elle aussi, et de Necmiye Alpay, linguiste et universitaire, elle a décidé de donner l’alerte. Son texte nous décrit une situation d’une violence inacceptable, niant la liberté de penser et d’écrire à ceux qui ne reprennent pas le discours officiel de l’AKP, le parti au pouvoir et aux ordres de Recep Tayyip Erdogan. Nous reproduisons ici son appel. 


Elles sont deux femmes de lettres à partager la même cellule au centre pénitencier de Bakırköy, à Istanbul.


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Asli Erdogan

Née en 1967 et physicienne de formation, Aslı Erdoğan était destinée à une belle carrière scientifique. Mais elle s’est consacrée à la littérature. Plusieurs de ses nouvelles et romans sont traduits en français. Elle écrivait aussi des chroniques pour le quotidien kurde ÖzgürGündem.
Aslı n’est pas kurde. Mais une écorchée vive, une âme qui souffre pour l’humanité et une conscience qui demande justice pour les victimes de cet état de guerre qui s’éternise, s’enlise entre Turcs et Kurdes. Le journal Özgür Gündem fut interdit de publication le 16 juillet 2016 et l’on embarqua Aslı Erdoğan avec d’autres responsables du quotidien.
C’était le lendemain de la tentative de putsch militaire, qui a échoué devant la force de la rue fidèle au président régnant. La chasse aux putschistes est ouverte et continue en même temps que celle contre d’autres personnes supposées nuire à l’Etat et à  l’unité du peuple – entendez opposants au régime du président.
Aslı Erdoğan est en détention provisoire depuis le 19 aout 2016, inculpée de « propagande en faveur d’une organisation terroriste», « appartenance à une organisation terroriste », « incitation au désordre ». Les chefs d’accusation sont liés à sa collaboration fictive avec le PKK (Parti  des travailleurs du Kurdistan, en guerre ouverte avec le pouvoir à Ankara, ndlr) via son engagement au quotidien Özgür Gündem.
Pourtant aucune de ses centaines de chroniques n’a été poursuivie en justice ; Aslı n’a jamais cité le nom du PKK dans ses articles. Son point de départ fut toujours de dénoncer les violations des droits humains et son point d’arrivée, d’appeler inlassablement à respecter les droits humains.
Elle souffre des séquelles de graves opérations chirurgicales subies dans le passé, elle a des douleurs, des peurs, des doutes et une sensibilité a fleur de peau.
En début de semaine, le 12 septembre 2016, Aslı a été conduite a l’hôpital et les journalistes qui ont suivi son retour à la prison ont fait le triste constat : elle qui n’a jamais manié une arme mais seulement les mots, on lui a mis les menottes comme à une dangereuse criminelle. Ses geôliers qui manient plutôt les armes, eux, ont les mains libres pourtant…

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Necmiye Alpay

Necmiye Alpay, âgée de 70 ans n’écrivait même pas des chroniques pour Özgür Gündem. Elle est académicienne.
Linguiste reconnue de la langue turque, et francophone accomplie, elle a fait ses études à l’Institut d’études politiques, le
« Sciences Po » d’Ankara, et obtenu son doctorat à l’Université de Paris Nanterre. Elle écrit des articles pour la presse et publie des livres dont le sujet est invariable : la langue turque, ses mots, ses maux, le bien parler et le bien écrire.
Necmiye Alpay non plus n’est pas kurde, mais en tant que linguiste elle a ses opinions sur le droit des kurdes à suivre l’enseignement dans leur langue maternelle et comme Aslı Erdoğan, prône la paix entre Turcs et Kurdes.
Depuis quatre ans, son nom apparaissait dans l’ours d’Özgür Gündem comme membre du comité des conseillers éditoriaux. Elle avait accepté ce titre totalement honorifique, pour soutenir la liberté de la presse. Pour que les Kurdes aussi puissent avoir pignon sur rue, dans la presse nationale.
Necmiye Alpay a été mise en garde vue et aussitôt déférée devant le parquet, le 31 août 2016. Depuis, elle est en détention provisoire, aux côtés d’Aslı Erdoğan. Elle est inculpée d’appartenir à une « organisation terroriste », et de « nuire à l’Etat et l’intégrité du peuple ».
Décidément, les hommes au pouvoir en Turquie aiment les armes, n’aiment pas les mots, surtout dans la bouche des femmes. Ils mettent en prison celles et ceux qui font parler les mots sous la menace de leurs armes, en les accusant de s’armer !



Lettre de prison

Chères amies, collègues, journalistes, et membres de la presse,

Je vous écris cette lettre depuis la prison de Bakırköy, au lendemain de l’opération policière à l’encontre du journal Cumhuriyet, un des journaux les plus anciens et voix des sociaux démocrates. Actuellement plus de 10 auteurs de ce journal sont en garde-à-vue. Quatre personnes dont Can Dündar, (ex) rédacteur en chef, sont recherchées par la police. Même moi, je suis sous le choc.    Ceci démontre clairement que la Turquie a décidé de ne respecter aucune de ses lois, ni le droit. En ce moment, plus de 130 journalistes sont en prison. C’est un record mondial. En deux mois, 170 journaux, magazines, radios et télés ont été fermés. Notre gouvernement actuel veut monopoliser la « vérité » et la « réalité », et toute opinion un tant soit peu différente de celle du pouvoir est réprimée avec violence : la violence policière, des jours et des nuits de garde-à-vue (jusqu’à 30 jours)…    Moi, j’ai été arrêtée seulement parce que j’étais une des conseillères d’Ozgür Gündem, « journal kurde ». Malgré le fait que les conseillères n’ont aucune responsabilité sur le journal, selon l’article n°11 de la Loi de la presse qui le notifie clairement, je n’ai pas été emmenée encore devant un tribunal qui écoutera mon histoire.    Dans ce procès kafkaïen, Necmiye Alpay, scientifique linguiste de 70 ans, a été également arrêtée avec moi, et jugée pour terrorisme.    Cette lettre est un appel d’urgence !    La situation est très grave, terrifiante et extrêmement inquiétante. Je suis convaincue que le régime totalitaire en Turquie, s’étendra inévitablement, également sur toute l’Europe. L’Europe est actuellement focalisée sur la « crise de réfugiés » et semble ne pas se rendre compte des dangers de la disparition de la démocratie en Turquie. Actuellement, nous, auteurEs, journalistes, Kurdes, AléviEs, et bien sûr les femmes – payons le prix lourd de la « crise de démocratie ». L’Europe doit prendre ses responsabilités, en revenant vers les valeurs qu’elle avait définies, après des siècles de sang versé, et qui font que « l’Europe est l’Europe » : la démocratie, les droits humains, la liberté d’opinion et d’expression…    Nous avons besoin de votre soutien et de solidarité. Nous vous remercions pour tout ce que vous avez fait pour nous, jusqu’à maintenant.

Cordialement.

Aslı Erdoğan, le 1er novembre 2016, Prison Bakırköy Cezaevi, C-9, Istanbul, Traduit du turc par le site Kedistan


 
Dessin d’Oguz Demir publié le 1er novembre 2013



Elle avait croisé la mort à chaque coin ; une mort engraissée, vorace, capricieuse s’était infiltrée dans chaque mot qu’elle avait écrit. Pourtant, ce qu’elle pourchassait dans les labyrinthes sombres, c’était autre chose. Ce qu’elle cherchait dans les favelas misérables, dans les regards voilés des sans-abri, au-delà des masques de carnaval… La passion désespérée du corps pour la vie, plus vieille et plus puissante que tous les mots.
Asli Erdoğan, in La Ville dont la cape est rouge - éditions Actes Sud.


.... Des policiers sont venus l’arrêter chez elle le 16 août de cette année. Ils l’ont jetée en prison comme la pire des voleuses et au mois de novembre, un procureur d’Istanbul a requis contre elle la prison à vie. Asli est écrivaine. À mes yeux, une immense écrivaine. Elle n’a pas commis d’autre crime que de raconter la sombre vérité de son pays, dans les chroniques qu’elle écrivait pour un journal aujourd’hui interdit : dans le sud-est de la Turquie, les Forces spéciales de la police ont tué et brûlé des familles entières dans les caves effondrées de leurs maisons, après avoir bombardé leurs villes, leurs magasins et l’école où allaient les enfants, en terre kurde.


« Parce que c’est la liberté d’expression qui est touchée. C’est une femme, une romancière. Quand on sait ce qu’elle écrit, vraiment, je pense qu’il est invraisemblable d’imaginer qu’on puisse la mette en prison à vie. C’est une magnifique romancière et c’est quelque chose qui est révoltant, donc il faut absolument que tout le monde se lève et la soutienne. »
Pierre Astier, sur Radio Nova




Deux poèmes pour Asli 



                          Les ailes d'Asli

                                               pour ne pas l'oublier!
                                 
             pour la libération immédiate de la romancière Aslı Erdoğan!



Les mains des hautes lumières
T’ont déjà sculpté un nid
Pour tes justes envols !
Aux syllabes chantant
Les chauds rivages
Des résistants soleils
Tes pas crient l’envergure des vrais
Qui refusent les linceuls
Des basses traîtresses allégeances !
Tu sauras toujours pulvériser
Les barreaux des faux
Pour soulever à jamais
Des creux des détresses
Les tempêtes de fleurs
Dont le feu refuse toute laisse !




                         © Mokhtar El Amraoui, poète tunisien. In "Nouveaux poèmes"





"Mais nos rêves ne sont-ils pas le levain de la pâte dont nous sommes pétris ?" Asli Erdoğan


              A contre-courant

                                à Asli Erdoğan, colombe emprisonnée

Une paire d'ailes
ne suffit point
pour s'envoler au-delà
du possible

J'excécute volontier les ordres
du système solaire
qui fait danser et se succéder
mes jours et mes nuits

L'espèce humaine en ses mauvais jours
ressemble à une foule d'épouvantails
plantés au milieu d'un champs
où se réunissent des corbeaux

J'ai vécu en d'autres temps
le mariage du ciel et de la terre
dans des territoires non répertoriés
éloignés des machineries urbaines

Mon visage hors-la-loi
sculpté de révoltes fécondes
s'est armé de tendresse
dans le fracas des combats

Je parle une langue passionnelle
écho d'un orage encore lointain
dont les vagues du rivage
apportent le violent témoignage

Quelle est notre finalité?
Je ne connais pas de question
plus aliénante que celle-ci
quant à l'idéation du néant

Vivre rime avec ivre avec livre
Vivre est un départ imminent
entre deux infinis qui en s'épousant
Nous unirons en silence au grand tout

Une paire d'ailes
ne suffit point
pour pouvoir chanter
dans la compagnie des oiseaux.

                           André Chenet, Buenos Aires, le 13/12/2016



Parfois, pourtant, très rarement, j’entends en moi une voix qui ne semble ni émaner d’un être humain ni s’adresser aux hommes. J’entends mon sang qui se réveille, coule de mes vieilles blessures, jaillit de mes veines ouvertes… J’entends des cris qui ravivent mes plus anciennes, mes plus authentiques terreurs et je me rappelle qu’ils sont nés du désir de vivre. Mes plaies ne parlent guère, mais elles ne mentent jamais. Pourtant leurs cris affreux, incohérents, viennent se briser sur des murs infranchissables et retombent en pluie sur ce sol, devenu mensonge, que sont le visage et le verbe des hommes. Leur son s’égare dans les méandres, les recoins, les impasses d’un labyrinthe et se propage dans le vide sans rencontrer un seul cœur.
Aslı Erdoğan, Le bâtiment de pierre, Actes Sud, traduit du turc par Jean Descat




Chère Asli,

Le 13 décembre 2016, vers 18h05, à la librairie Payot de Montreux, en Suisse, alors que je lisais votre lettre, éclairée par l’écoute de quelques personnes et de la clarté de la bougie allumée, est entré dans la librairie, un jeune homme, grand, calme, attentif, portant des lunettes. Il devait avoir 13 ou 14 ans. Je pensais qu’il allait juste passer et se rendre plus loin dans la librairie…mais à mon étonnement et ma joie il s’est arrêté, a écouté et s’est assis.
Un dialogue alors est né de l’écoute mutuelle de la lecture…de la lettre, quelques mots échangés en aparté, contextualisant cette action solidaire pour vous et en pensée aussi pour les autres personnes emprisonnées. Puis la lecture de l’extrait FINAL du chapitre « FINS »…puis je lui ai dit ma joie qu’il se soit arrêté et ai pris le temps d’écouter. Alors il m’a regardée, sa maman et sa soeur étaient quelques minutes plus tôt entrées dans la librairie et debout derrière lui, écoutaient aussi.
Ce jeune homme m’a répondu: « j’aime bien écouter quand il y a une lecture à entendre » puis il a réfléchi et m’a dit: « C’est bien d’entendre lorsqu’il y a quelque chose à écouter ». Puis nous nous sommes souris, salués dans cet instant si clair, si doux, si calme et dans la fraîcheur de cette soirée d’hiver, il est reparti, les portes coulissantes se refermant derrière lui…vos paroles résonnent et seront portées au travers des générations…
Bien à vous et mes meilleurs messages,
Nathalie Jendly
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Nathalie Jendly est conteuse et lectrice publique. Elle vit et travaille à Vevey, en Suisse.





Si l’on veut écrire, on doit le faire avec son corps nu et vulnérable sous la peau... Les mots ne parlent qu’avec les autres mots. Prenez un V, un I et un E et vous écrivez Vie. À condition de ne pas vous tromper dans l’ordre des lettres, de ne pas, comme dans la légende, laisser tomber une lettre et tuer l’argile vivante. J’écris la vie pour ceux qui peuvent la cueillir dans un souffle, dans un soupir. Comme on cueille un fruit sur la branche, comme on arrache une racine. Il te reste le murmure que tu perçois en plaçant contre ton oreille un coquillage vide. La vie : mot qui s’insinue dans ta moelle et dans tes os, murmure évoquant la douleur, son qu’emplissent les océans.
Asli Erdoğan, in Le bâtiment de pierreéditions Actes Sud




Chère Asli, 
 
je me sens si petite par rapport à ce bâtiment et ces coeurs de pierre qui t'enferment. Je me sens si petite mais souhaite de tout coeur que toutes les petites voix comme la mienne aident pour la liberté, la tienne et toutes les libertés possibles.
Cécile Guivarch, poète -  Nantes



Nous avons en France des dizaines de militants de gauche sous le coup de décisions vexatoires, d'interdiction, de menaces d'amendes, de procès, et surtout des écrivains sous le coup de l'inculpation de terroristes, puisque le groupe du Tarnac se retrouve à nouveau en ligne de mire, l'Etat s'étant pourvu en cassation contre les deux jugements qui leur ont donné raison en tout point et notamment sur les faux procès verbaux et autre falsifications émanant à l'époque d'Alain Bauer ce sombre conseiller sur les questions de sécurité de Sarkosy, issu de la mouvance rocardienne mais aussi sur les tricheries du juge Brugière de l'antiterrorisme. On croit toujours que c'est chez les autres, la guerre, le totalitarisme, le fascisme mais où en sommes-nous ? Asli est en prison et c'est nous tous qui le sommes un peu. "Nous", ceux qui ont l'inquiétude que donne la pensée.Marie-Mai Corbel


Un message d'Asli, daté du 16 décembre :

Cher ami, 

en cette période difficile je vous remercie de votre soutien en continu. Merci également au nom de tous les nôtres qui ont été enfermés en prison. Je souhaite que cette horrible période se termine et que je sois innocentée sans être vaincue par la peur et le désespoir.
Chaleureuses salutations
(Partagé par Nilay Soysaldi dans le groupe Asli Erdogan sur Facebook)








Allons au procès d'Asli Erdoğan, le 29 décembre 2016 à Istanbul:

Départ de Marseille le 26/12/2016. On s'occupe du voyage et de l'hébergement.
Ecrivains européens et solidaires devant le tribunal d'un tyran nous viendrons lire, le temps que durera ce procès-mascarade où une écrivaine risque la prison à vie, les phrases solidaires d'écrivains du monde entier, traduites en turc, envoyées à la presse. Un départ de Marseille s'organise le 26 décembre. Ensemble nous devons affronter le procès de la littérature. Alors écrivez pour Asli, rejoignez-nous. (Contact : Ricardo Montserrat et Tieri Briet par mail <sipetitezone@gmail.com>)

Merci à toutes et à tous de faire circuler cette info !



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