jeudi 24 novembre 2016

Leonard Cohen à Hydra



Marianne et Léonard Cohen à Hydra
Quand le Montréalais a appris que la santé de Marianne se détériorait, il a pris sa plume pour lui écrire une dernière lettre poignante. Le réalisateur de documentaires et ami de Marianne, Jan Christian Mollestad, l’avait prévenu. Il a eu le temps de la lui lire avant qu’elle ne s’éteigne, comme le rapporte la radio canadienne CBC Radio. “Il n’a fallu que deux heures pour que cette magnifique lettre de Leonard à Marianne arrive, a-t-il raconté. Nous l’avons donnée à Marianne le lendemain, elle était pleinement consciente et remplie de joie que Leonard ait déjà écrit quelque chose pour elle”.
Avant qu’elle ne meure, il a lu le contenu de cette lettre à l’héroïne de So long, Marianne, qu’il relaye comme suit :
Marianne, le temps où nous sommes si vieux et où nos corps s’effondrent est venu, et je pense que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi que si tu tends la main, je pense que tu pourras atteindre la mienne. Tu sais que je t’ai toujours aimée pour ta beauté et ta sagesse, je n’ai pas besoin d’en dire plus à ce sujet car tu sais déjà tout. Maintenant, je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour infini, nous nous reverrons”. Mollestad raconte que lorsqu’il a lu l’expression “si tu tends la main”, Marianne l’a tendue. Elle est décédée deux jours plus tard. Il a alors répondu à Leonard Cohen en lui disant que dans ses derniers moments de vie, il lui avait fredonné l’air de Bird on a Wire “car c’était la chanson dont elle se sentait la plus proche”, et qu’il l’a quittée en disant “So long, Marianne”.


L.Cohen sur le port d'Hydra



L'Hydra qu'aimait Leonard Cohen : sa maison et sa muse
Par iefimerida, site grec d'information
Dans le cas de Leonard Cohen, la légende rejoint la réalité. Il a raconté plusieurs fois ce qui l'a poussé à partir en Grèce et à choisir de s'installer à Hydra.
Avril 1960. Cohen marche dans Bank Street à Londres. Il est canadien, poète, et ce n'est pas encore un chanteur connu. Il pleut sur Londres, et la dent qu'on vient de lui arracher lui fait mal. Il est arrivé à Londres depuis le Canada quelques mois plus tôt à la recherche de nouvelles expériences et de reconnaissance internationale. Mais la pluie de Londres est pire que le brouillard du Québec.
« À un moment, je me suis trouvé devant la porte de la Banque de Grèce», a-t-il déclaré en 1991 lors d'une interview au magazine Les Inrockuptibles. « Je suis entré et j'ai vu un caissier plutôt bronzé derrière la caisse. Je lui ai demandé : « Quel temps fait-il en Grèce ? » Il m'a répondu « C'est le printemps ». Deux jours plus tard je suis parti pour la Grèce».
Après un court séjour à Athènes, Léonard Cohen est parti pour Hydra. Sans savoir que cette petite île serait pendant plusieurs années un lieu de séjour important dans sa vie.


C'est dans la maison traditionnelle qu'il a acheté à Hydra, où il a vécu pendant sept ans avec sa compagne Marianne, qu' il a écrit plusieurs de ses œuvres majeures. Cette fameuse maison sur Hydra, il l'a payée tout juste 1 500 dollars, provenant de l'héritage que lui avait laissé sa grand-mère. Comme il l'a affirmé plus tard, ce fut la meilleure décision qu'il ait jamais prise. L'aspect de l'arbre qui s'élevait dans la cour de cette maison blanchie à la chaux, presque antique, ses cinq pièces réparties sur un nombre égal de niveaux différents et la brise venant de l'Égée furent les raisons qui le poussèrent à l'acheter immédiatement, sans réfléchir aux problèmes majeurs que constituait l'absence dans la maison d'électricité, de plomberie et d'eau courante. C'est au troisième étage qu'il installa son salon de musique.
Dans une lettre qu'il a envoyée à sa mère, la description qu'il fait de sa maison reflète d'une façon toute particulière le grand amour que l'artiste ressent pour cette île unique :
«La maison a une immense véranda qui donne sur une colline magnifique où resplendissent un grand nombre de maisons blanches. Les pièces sont grandes et fraîches, et leurs murs épais sont percés de profondes fenêtres. Je suppose qu'elle doit être très vieille, plus de 200 ans, et je pense souvent à toutes les générations de marins qui ont dû vivre ici. Elle a besoin de quelques travaux, mais si je commence maintenant, dans quelques années ce sera un vrai palais. J'habite sur une colline et je pense que la vie n'a pas changé ici depuis des centaines d'années. Toute la journée j'entends les voix des marchands ambulants qui passent en contrebas, et leurs voix sont autant de musiques à mes oreilles. Je me lève tous les matins à sept heures et je travaille jusqu'à midi. Tôt le matin il fait plus frais, ce qui est préférable, mais j'aime aussi la chaleur, surtout quand je pense que la mer Égée n'est qu'à dix minutes de ma porte ».
Comme il l'écrit sur sa page web, Leonard Cohen a compris que la communauté des îliens l'acceptait quand il a commencé à recevoir la visite régulière de l'homme qui ramassait les ordures avec son âne. « C'est comme si tu recevais la Légion d'Honneur », écrira-t-il à un de ses amis. « D'avoir cette maison me rend les grandes villes moins effrayantes. Je peux toujours revenir ici pour profiter de la vie, vivre ma petite vie dans un petit paradis. Toutefois, cela ne signifie pas que je veux perdre le contact avec la vie des métropoles».
L'achat de la maison a donné à l'artiste une confiance en lui-même qu'il ne connaissait pas jusqu'alors. « Les années filent », écrira-t-il « et nous perdons tous tant de temps à nous demander si nous devrions nous lancer dans telle ou telle aventure. La question est de savoir si nous devons faire le grand pas, oser, tenter, saisir la chance qui s'offre à nous».
À Hydra, tous les anciens connaissent la maison de Leonardos, comme on l'appelle ici. C'est sous ce nom-là qu'ils l'ont connu.
Cohen n'a pratiquement rien changé à cette belle demeure du 19e siècle. Au contraire, il a préservé le caractère original de la maison, du jardin, de la véranda et de la décoration. Ce bâtiment, dont l'apparence extérieure est semblable à celle des autres maisons de l'île, est situé sur l'un des points les plus élevés du chef-lieu, et de la terrasse, la vue sur le port vous coupe le souffle, tout comme la côte qui y mène. C'est là que Cohen a découvert le style de vie grec. C'est là que s'est cristallisée la veine de ses meilleurs poèmes et qu'il a écrit quelques-unes de ses plus grandes chansons. C'est là qu'il a connu une deuxième naissance, comme le disent ceux qui l'ont connu.
C'est là aussi qu'il a rencontré la superbe Norvégienne Marianne Ihlen, une jeune beauté que tous admiraient pour son intelligence et son humour. Une créature divine, que « les dieux avaient placé sur ma route », comme Cohen le disait lui-même dans son style caractéristique, et avec laquelle il a partagé dix longues années de musique et de poésie, la période la plus idyllique de son existence. C'est pour Marianne, sa muse, que Cohen a écrit les chansons «So Long, Marianne» et « Bird on the Wire »

 
Il l'a rencontrée dans une épicerie d'Hydra et ils se sont mis en couple. Pendant des années Marianne Ihlen et son fils Axel ont partagé la vie de Leonard Cohen, en Grèce et au Canada. Marianne Ihlen est décédée en Norvège le 28 juillet 2016, à l'âge de 81 ans.
Sur cette photo Marianne Ihlen pose pour l'éternité au dos de la pochette du deuxième disque du chanteur, Songs from a Room, paru en 1969, qui débute par le morceau Bird on the Wire. Marianne était écrivaine et poètesse. On la voit ici assise devant sa machine à écrire, belle et vêtue d'une simple serviette de bain.

Aucun commentaire: