mardi 1 novembre 2016

Le BDS pour libérer la Palestine


"En ce qui concerne le mouvement BDS, c’est un mouvement à l’échelle mondiale, pour la liberté, la justice et l’égalité, mais sous direction palestinienne. Israël a violé le droit international en occupant et colonisant Gaza et la Cisjordanie, ainsi que Jérusalem depuis 1967, tout en niant à des millions de réfugiés palestiniens leur droit au retour dans les villages et les villes d’où ils ont été ethniquement nettoyés en 1948, et en pratiquant la discrimination contre les citoyens palestiniens. Le mouvement BDS, qui s’inspire du mouvement anti-apartheid sud-africain du siècle dernier, vise à exercer une pression sur Israël pour qu’il mette fin à son système oppressif multi-formes et d’une telle durée – à savoir l’occupation, la colonisation et l’apartheid – afin de permettre au peuple palestinien d’exercer son droit à l’autodétermination. En l’absence de toute mesure sérieuse venant des organismes officiels de la communauté internationale, et je dois ajouter ici que nous en avons plus qu’assez de la rhétorique creuse qui nous mène nulle part alors qu’Israël est en pleine phase d’expansion et de construction de nouvelles colonies — faisant une fiction de la “solution à deux États” — la société civile palestinienne a décidé en 2005 de s’adresser aux syndicats, aux églises, aux établissements d’enseignement, aux institutions universitaires et culturelles et aux mouvements populaires à travers le monde, pour qu’ils traitent Israël de la même manière qu’ils ont traité l’apartheid en Afrique du Sud, et ceci jusqu’à ce qu’Israël se conforme au droit international. Et je dois dire que cela fonctionne; BDS a un impact très sérieux sur Israël et sur le soutien international dont il dispose après de ses alliés."  
Haidar Eid, écrivain et universitaire palestinien 







“American Express” punit Roger Waters pour son soutien aux Palestiniens :
Le militant pro-palestinien de Roger Waters, membre fondateur des Pink Floyds, aurait – selon le tabloïd New York Post – entraîné la perte du sponsoring de l’émetteur de cartes de crédit “American Express”, d’un montant de 4 millions de dollars US au bénéfice d’un festival auquel il doit prendre part en 2017.
Le quotidien dit “populaire” a présenté la chose comme des représailles directes contre les propos jugés “anti-israéliens” de Roger Waters, auxquels American Express ne voudrait en aucun cas être associé de quelque manière que ce soit, mais un porte-parole officiel de la firme a affirmé que American Express n’a jamais formellement pris d’engagement financier concernant la tournée 2017 de Roger Waters, et n’a donc pas eu à décider de retirer un sponsoring qui n’a jamais été décidé.
“Quand nous avons approchés, nous n’avons pas fait de propositions”, a dit le porte-parole d’American Express.
Lors de sa prestations sur scène au festival de Oldchella, Roger Waters avait durement attaqué le candidat des “Républicains” à la présidence des États-Unis, Donald Trump – particulièrement à propos de son projet d’ériger un mur supposé infranchissable à la frontière entre le Mexique et les États-Unis – et il avait appelé au boycott d’Israël dans le cadre de la campagne BDS.
Roger Waters avait déclaré récemment dans une interview que les artistes ont souvent peur de s’exprimer à propos de la politique d’Israël, par peur des conséquences financières que cela peut avoir pour .  “J’ai parlé avec beaucoup d’entre elles, et elles ont peur. S’ils osent s’exprimer publiquement, leur carrière est finie. Ils seront détruits”, avait-il expliqué.
Il va de soi que les propos de Roger Waters ont été, à de multiples reprises, qualifiées d’antisémites par les lobbies pro-israéliens, notamment l’AIPAC.









Bob Dylan, Prix Nobel de Littérature : le prix du renoncement et de l’allégeance à Israël


Le concert de Bob Dylan à Tel Aviv en 2011

Par Michael F. Brown
Publié le 20 octobre 2016

L’attribution du Prix Nobel de Littérature à Bob Dylan a suscité la polémique. Même certains critiques qui saluent l’éclat de son talent musical ont relevé que récompenser un musicien était un choix revenant à élargir par trop spectaculairement la définition de la littérature. Ce que peu contestent c’est que sa musique a inspiré des millions de gens lorsque les mouvements anti-guerre et pour les droits civils battaient son plein.

L’artiste a pourtant une facette à la fois moins plaisante et moins connue, particulièrement en ce qui concerne Israël, Meir Kahane et la “Ligue de Défense Juive”.

En 1983, dans le New York Times, Stephen Holden a décrit l’album de Dylan intitulé “Infidel” comme “une inquiétante semi-guérison artistique d’une légende du rock qui semblait ces dernières années pour avoir perdu sa capacité à engager le Zeitgeist”.

Holden affirmait que “une tonalité rhétorique hurlante et piétinante se dégage des deux chansons plus particulièrement politiques, ‘Neighborhood Bully’ (‘Le caïd du quartier’ – NDT), une défense véhémente d’Israël, et ‘Union Sundown’ (‘Le crépuscule des syndicats’ – NDT), une mise en accusation des syndicats de travailleurs étatsuniens en forme de gospel-blues”.

“Les paroles évoquent un cinglé en colère qui balance des coups de poing dans toutes les directions en espérant qu’il y en a un qui touchera”, ajoutait Holden. “Avec ses paroles d’intro qui répètent à la manière d’un perroquet la propagande habituelle d’Israël, à l’abri de tout reproche, perpétuelle victime de la violence des Arabes, ‘Neighborhood Bully’ a été publiée juste un an après l’invasion du Liban par Israël, causant la perte de milliers de vies [les paroles originales à gauche, une traduction à droite – NDT] :

Well, the neighborhood bully, he’s just one man
His enemies say he’s on their land
They got him outnumbered about a million to one
He got no place to escape to, no place to run
He’s the neighborhood bully

Et bien, le caïd du quartier, ce n’est qu’un homme seul
/ Ses ennemis disent qu’il est sur leur territoire/

Ils sont un million de fois plus nombreux
/ Il n’a aucun endroit où s’enfuir, aucun lieu où se réfugier
/ Il est le caïd du quartier

L’invasion du Liban fut une guerre calamiteuse, qui suscita une vive opposition même en Israël, où on l’a souvent comparée au bourbier dans lequel les États-Unis s’étaient enlisés au Vietnam. Et pourtant Dylan a chanté ces paroles pour exonérer Israël de toute faute, même après que le monde ait été témoin des horribles massacres de réfugiés palestiniens dans les camps libanais de Sabra et de Chatila, commis par une milice alliée à Israël durant l’occupation de Beyrouth.

Ces paroles de Dylan résonnent comme un prélude au nationalisme raciste incarné aujourd’hui sur la scène politique israélienne par Benjamin Netanyahou, Avigdor Lieberman et Naftali Bennett.
Qui plus est, Dylan trahit son ignorance de l’énorme soutien apporté par le gouvernement des États-Unis à Israël, particulièrement sous forme d’aide militaire massive qu’avait consentie l’administration du Président Jimmy Carter peu avant la sortie de l’album. Ce financement se poursuit jusqu’à aujourd’hui avec l’aide militaire d’un niveau jamais égalé de 38 milliards de dollars sur 10 ans que vient de négocier l’administration Obama [1].

Et pourtant, Dylan chante [les paroles originales à gauche, une traduction à droite – NDT] :

He got no allies to really speak of
What he gets he must pay for, he don’t get it out of love
He buys obsolete weapons and he won’t be denied
Il n’a aucun allié avec qui vraiment parler
Ce qu’il obtient il lui faut le payer, il ne l’obtient pas par amour
Il achète des armes dépassées et on ne les lui refusera pas

Kahane

Le principe de l’égalité des droits soutenu par Dylan aux États-Unis semble ne pas trouver à s’appliquer dans sa vision politique en ce qui concerne Israël et ses voisins.

Le défi de Dylan face au pouvoir aux États-Unis ses mué en une adhésion au militantisme pro-Israël en raison de sa vision biaisée de la réalité, que peut-être il a acquise au contact de Meir Kahane, fondateur de la “Ligue de Défense Juive” (LDJ – version étatsunienne, ainsi que dans la suite du texte – NDT) et plus tard du parti raciste Kach, en Israël.

La relation de Dylan avec Kahane et la LDJ n’est pas entièrement claire, mais elle a été explorée par Anthony Scaduto dans les colonnes du New York Times en 1971. “L’intérêt de Dylan pour Israël et le judaïsme l’a conduit, il y a plus d’un an, à nouer une relation inattendue avec le rabbin Meir Kahane et la Ligue de Défense Juive”, écrivait Scaduto. Le chanteur aurait assisté à plusieurs meetings de la LDJ et donné de l’argent à l’organisation.

Scaduto ajoutait déjà en 1971 que “l’enthousiasme de Dylan pour l’organisation militante juive a provoqué la colère de certains mouvements radicaux”. Au moment où Scaduto précisait cela, on se trouvait quatre ans à peine après le début de l’occupation de la Cisjordanie, de la Bande de Gaza, du Golan syrien, et du Sinai égyptien : “Aux yeux de beaucoup de jeunes radicaux, y compris de jeunes juifs, Israël n’est rien d’autre qu’un de ces États fascistes qui agissent pour le compte d’un gouvernement des États-Unis lui-même fasciste, et le fervent soutien de Dylan à Israël, et ses contacts très médiatisés avec la LDJ, ne sont pour eux que la preuve qu’il s’est vendu à la politique de droite qu’il condamnait”

Le rejet de la lutte des Palestiniens

Les distances prises par Dylan vis-à-vis du mouvement anti-guerre au cours des 45 années qui suivirent – et sa claire adhésion à l’invasion du Liban – font de que c’est sans surprise qu’on a acté son rejet de l’appel pour qu’il n’aille pas se produire en Israël que lui avait lancé le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) en 2011.

Le droit au retour des réfugiés, la fin de l’occupation et l’égalité des droits pour tous les Palestiniens – les éléments essentiels des revendications portées par BDS – n’ont pas fait écho chez l’homme qui a écrit “Neighborhood Bully”.

Paradoxalement, Dylan et Roger Waters (des Pink Floyds) se sont produits l’un et l’autre au “Desert Trip musical festival” il y a peu. Aujourd’hui, pourtant, c’est Waters – qui soutient BDS et “Les vies noires comptent”, qui attaque durement le racisme de Donald Trump, et qui aime et soutient le mouvement “Derriba el muro” (“A bas le mur” en Espagnol) [contre l’érection d’un mur entre le Mexique et les USA – NdT ]  – qui est politiquement pertinent.

Waters et Dylan [2] ont l’un et l’autre plus de 70 ans. Chez le premier, la volonté de s’impliquer dans les luttes urgentes de l’époque en faveur de la liberté et de l’égalité n’a fait que se renforcer au cours des 50 dernières années. Le second a abandonné ses engagements politiques vitaux, et il a été récompensé d’un Nobel.

Aujourd’hui, Dylan n’est plus celui qui personnifie l’esprit d’un de ses meilleurs textes de chanson :
Yes, and how many years can some people exist
Before they’re allowed to be free?

Cet article de Michael F. Brown a été publié par Electronic Intifada sous le titre “Bob Dylan’s embrace of Israel’s war crimes”
Traduction : Luc Delval

[1] l’aide militaire états-unienne n’est pas seulement quantitative mais aussi qualitative : Washington s’est engagé à toujours assurer à Israël une suprématie technologique, et ne vend jamais ses armements les plus sophistiqués à d’autres parmi ses alliés qui, de manière tout-à-fait hypothétique, pourraient un jour affronter l’armée israélienne (comme par exemple l’Arabie Saoudite). Ceux-ci doivent se contenter d’acheter des armes légèrement moins performantes, et paient ce qu’Israël se voit offrir aux frais des contribuables étatsuniens. – NDLR
[2] Bob Dylan, de son vrai nom Robert Allen Zimmerman, est né le 24 mai 1941 dans le Minnessota. Ses grands-parents, Juifs originaires d’Europe de l’Est, avaient fui les pogroms antisémites s’étaient établis dans cet État au début du siècle. – NDLR

Source des deux articles : Plate-forme Charleroi-Palestine

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