jeudi 6 octobre 2016

"redonner au sang une raison de courir et rendre son chant à l'eau des sources"

Sarah Haidar


 « « La poésie est une plante omnivore qui ne se satisfait que du sang, et c’est en cela qu’elle ressemble le mieux à ma terre : corps vorace et limpide, créature horrifiante refusant la distinction entre la beauté et la laideur (…) Personne ne comprend l’essence strictement lyrique de l’insurrection, la nôtre : celle s’élançant du pus de la blessure. »
4ème de couverture du libre "La morsure des coquelicots" de Sarah Haidar
 
 

Ce nouveau roman de Sarah Haidar est un hymne à la liberté. A la révolte. A l’insoumission. A la poésie. A l’amour.
Une nouvelle naissance, sans obéissance, où « chacun de nous devra réapprendre à vivre » et, surtout, renouer avec « notre talent oublié pour la liberté ».
Par une écriture acerbe, tranchante, sans concession, seule la Vérité est épargnée. Les chemins vers la Liberté se frayent dans les méandres des mots, conduits lugubres de la Beauté, dans les recoins des blessures mal pansées et les mémoires ramollies de paresse.
« Je m’en vais. La beauté m’attend », écrit l’auteure de Virgules en trombe.
Les personnages du roman cherchent « dans les effluves de l’insoumission » leur jardin d’Eden, dans le dépassement de l’atroce leur paix salutaire, dans la rumeur de la fin et « le cri planté dans l’épiderme » leur mal de silence absolu.
Avec La morsure du coquelicot, Sarah Haidar prend nos mains dans ses doigts et nous invite à refermer son livre pour imaginer le monde d’après. La vie commence maintenant.
Et le talent de l’écrivaine se confirme dans une errance littéraire bien particulière.

Née à Alger où elle vit, Sarah Haidar est journaliste et romancière. Elle fait partie de cette jeune génération de romanciers algériens qui de leurs rages pour l’écriture viennent bousculer l’ordre littéraire établi. Son premier roman en langue française, Virgules en trombe (Ed. Apic 2013), a reçu le Prix de l’Escale Littéraire d’Alger, Sofitel, 2013.

Source : JCA

 
Le roman la morsure du coquelicot de Sarah Haider, au titre étrange et paradoxal, est un hymne à la liberté, à la justice, à la sédition,  à l'amour et à la vie. Une vie dans tout son foisonnement et sa démesure où doit transcender la liberté.

Préfacé par le cinéaste et écrivain grec Yannis Youlountas, ce livre  évoque la devise «La liberté ou la mort»  que  l'auteure  prône tout au long de sa narration. Dans ce récit où le ‘’je’’ est omniprésent, l'écrivaine extirpe des  entrailles la révolte,  le soulèvement et l'insoumission de ses divers personnages qui vivent dans une sujétion et un asservissement sans nom. Elle narre avec dureté et violence tous les sévices que subissent ces hommes et femmes dans un système despotique et  tyrannique qui se maintient par la peur et  la torture. Elle évoque tous les problèmes de cette société gangrenée par un système corrompu, malsain et délétère. Leila, Dassine, Yacine, Mahmou, Syphak et lydia, des personnages atypiques ou citoyens lambda englués dans cette société funeste où règne la mort tentent par tous les moyens de s'en échapper en se révoltant.  L'insoumission, la rébellion sont leur dénominateur commun  qui les boostent à se révolter  chacun à sa manière. D'une écriture dure, violente et mortifère mais parfois lyrique, Sarah Haider nous embarque dans  la  lutte pour la liberté avec comme port d'attache la vie dans toute son ampleur. Le côté absurde et noir de la soumission est décrit avec avilissement et ignominie. «Mourir debout que vivre à genoux» tel est l'adage des anarchistes, qui exhortent  à  la liberté. Libertaires ou anarchistes ?  Les héros de ce roman  aiment intensément et  outrageusement la liberté. Peut-on vivre sans liberté ? Tel semble être le message de l'écrivaine qui ne le conçoit pas. Dans cette narration, la soumission est mortelle et seule la joute est la panacée.  De ce fait,  l'auteur fait dire à un de ses héros : «Cette guerre est un projet  géologique et rien; si ce n'est l'engloutissement définitif, ne peut se mettre en travers d'un chemin creusé par le sol lui-même, pour sa propre survie, pour nous qui l'avons toujours vénéré sans rien recevoir, pour les poètes assassinés, les musiques  dépeuplées, les linceuls enserrant les femmes vivantes, les autodafés où moururent livres et enfants. Non, nous ne sommes pas les vengeurs d'avant l'apocalypse ni les porteurs d'une fausse utopie. Nous allons dérider le possible, sertir le pensable de nos sueurs perlantes, redonner au sang une raison de courir et rendre son chant à l'eau des sources. Peu importe alors si les gens du Nord nous refusent l'accès à leurs rêves  et préfèrent ruminer le cauchemar et psalmodier les noms salvateurs de leur Dieu. Peu importe si, aux portes de la mer, l'on nous repousse avec des grenades, comme on le fit jadis aux amoureux  de la liberté à s'en noyer…  Je sais que demain se lèvera un soleil inédit car plus personne ne sera là pour lui imposer un seuil d'indépassable d'embrasement et nous serons là pour l'accompagner dans la brûlure et nous délecter de chaque morceau de peau  s'écartant à la  caresse des rayons et repousser les sermons  des gens  raisonnables  jusqu'à les désarmer, les attirer vers nos bras et les enlacer enfin avec la rage et le pardon d'un ami trahi mais tellement léger à présent qu'il ne peut s'encombrer de vaines rancœurs…»         
Un monde libre
Dans ce roman pathétique  d'une grande intensité  et douleur, l'écrivaine nous fait découvrir par son imaginaire un monde libre  avec pour clé la vie qui débute. Il est à relever que l'auteure  a déjà un premier roman «virgules en trombe», qui a reçu le prix  de l'escale littéraire d'Alger en  2013. Sarah Haider, est une plume prometteuse dans notre paysage littéraire  qui  ne cesse d'interroger la société et de tâter son pouls qui vit au rythme de son peuple. Un bon roman à la parfaite maîtrise de l'écriture, souvent angoissant et mortifère mais tellement authentique et vrai.    
Kheira Attouche 
 
 
Sarah Haidar

 
Et si la plus belle des révolutions arabes* n'avait pas encore commencé sur la rive sud de la Méditerranée ?
UN PARFUM D'INSURRECTION ANARCHISTE EN ALGÉRIE
C'est le sujet d'un magnifique roman d'anticipation qui s'arrache depuis sa sortie il y a deux mois en Algérie. Cet ouvrage suscite le débat, à la fois de façon formelle à l'occasion des rencontres avec l'auteure, mais aussi dans les profondeurs bouillonnantes d'une population trop longtemps humiliée, colonisée, combattue, trahie, tyrannisée, décimée, manipulée, mais qui semble désormais avoir moins peur, quinze ans après la décennie noire et ses 100 000 victimes en Algérie, ainsi que plusieurs révoltes violemment réprimées en Kabylie.
Ce livre, qui semble exprimer haut et fort ce que beaucoup ressentent tout bas, c'est "La morsure du coquelicot" de Sarah Haidar.
Sarah est une résistante algérienne de 29 ans, journaliste libertaire et auteure enflammée, féministe et hédoniste, anti-intégristes de tous poils, mais respectueuse de la diversité des parcours humains, et surtout révolutionnaire jusqu'au bout des ongles, avec une verve et un courage à tomber à la renverse.
En plus d'être une camarade de lutte, Sarah est devenue une amie, au fil de mes voyages en Algérie**, et m'a sollicité, il y a quelques mois, pour écrire la préface de son livre — qui m'a bouleversé dès ma première lecture du tapuscrit.
Autre signe des temps : malgré le contenu extrêmement subversif de l'ouvrage, toute la presse algérienne ose en parler, le plus souvent avec beaucoup d'intérêt.
Le Quotidien : "La vie, l'amour, la mort, la liberté totale, un véritable orgasme littéraire."
http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5234081
Le Temps : "La liberté aux poings, un hymne à la liberté, à la justice, à la sédition, à l'amour et à la vie."
http://www.letempsdz.com/…/183756-la-morsure-du-coquelicot-…
El Watan : "De terre et de sang, la lutte d'une milice rebelle contre l'État."
http://www.elwatan.com/…/de-terre-et-de-sang-01-10-2016-329…
Le Soir : "Un coquelicot toxique, un hymne à la liberté, à la révolte et à l'insoumission."
http://www.lesoirdalgerie.com/articl…/2016/…/28/article.php…
Et surtout, sans peur ni retenue, Sarah ose prédire publiquement une insurrection sociale dans le pays, fait aussitôt relaté dans certains médias.
Tarmurt : "Lors d’une conférence sur son livre La morsure du coquelicot, Sarah Haidar prédit une révolte armée en Algérie !"
http://www.tamurt.info/lors-dune-conference-livre-morsure-c…
Cigarette aux lèvres, parole sans tabou et sourire en coin, Sarah ne craint rien : ni les islamistes, ni l'État. Autrement dit : ni la mort, ni la prison. Quand on évoque les risques, pour toute réponse, elle regarde droit dans les yeux. Sarah sait que la vie ne se mesure pas au nombre d'années, encore moins à l'épaisseur du portefeuille ou à la position sociale. Comme elle l'écrit à la page 126 de son livre : « Ne mourront que ceux qui craignaient la vie. »
Et comme le clamait Lounès Matoub, avant d'être assassiné*** : « Ils peuvent me tuer mais ils ne me feront jamais taire. »
Tôt ou tard, la plus grande des révolutions arabes* sera également la plus belle. Vienne le temps des cerises et des coquelicots.
Quelques extraits de "La morsure du coquelicot" :
https://www.youtube.com/watch?v=ByPUdxk3zls
* Je reprends cet appellation commune de "révolutions arabes" pour une meilleure compréhension, mais je rappelle que le mot "arabes" ne convenait déjà pas pour les Tunisiens en 2011 et ne conviendrait pas plus pour les Algériens le cas échéant (histoire des tribus berbères).
** Où l'accueil de "Ne vivons plus comme des esclaves" avait été formidable :
https://www.youtube.com/watch?v=VYrwzOaFJxI
*** Après de nombreuses années de rumeurs contradictoires, on est quasiment certains aujourd'hui que l'assassinat de Lounès Matoub, en 1998 près de Tizi Ouzou, n'a pas été commis par les islamistes du GIA, mais par les militaires.
 
 
 
 
 

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