vendredi 28 octobre 2016

Mais que fait la police ...


"Loi El Khomri. L’huma titre « Grève générale de 12 heures et marche jusqu’au Palais de l’Elysée ». Et encore : «  La bataille finale sera au Palais de l’Elysée ».
Emoi dans l’Hexagone ! Dix mille policiers quadrillent aussitôt un Paris survolé par des hélicoptères et des drones. Les rues grouillent de sbires de la BAC arborant des badges CGT, Parti communiste, France Insoumise. Les militaires sont consignés dans les casernes..." Théophraste


dessin de Marc Large, Sud-Ouest


L’organisation trotskiste Lutte Ouvrière s’est fendue d’un communiqué sur les manifestations des policiers qui est plus que révélateur de ses conceptions idéologiques.
Niant la violence de classe de la part de la bourgeoisie, elle prend le parti de soutenir la police, gémissant sur le fait que les attaques contre les policiers soient des actes condamnables. "On ne peut évidemment qu’être choqué des agressions gratuites répétées à l’encontre des policiers."
La violence du peuple répond à la violence de la bourgeoisie. A la violence de l’exploitation, à la violence de la discrimination, à la violence du racisme institutionnalisé.
Que nous puissions débattre des moyens par lesquels elle s’est exprimé est une possibilité, en effet, mais en nier le fond de classe, s’est être un allié de la bourgeoisie.
"Leur hiérarchie les dépêche contre des locataires s’opposant à une expulsion ou des parents d’élèves à une fermeture de classe et contre les travailleurs en grève et les manifestations ouvrières." Est un fait indéniable. Cependant, bien qu’ils en soient le bras armé, parfois contre leur gré, leurs revendications, ainsi que celle de leur mobilisation ne sont pas des revendications progressistes.
Les policiers ne dénoncent pas, en gentils hommes et femmes empreints d’amour, "La dégradation de la situation (…) subie dans toutes les cités, dans tous les quartiers. " Non, ils réclament plus d’armes, plus de libertés, plus de moyen pour mener à bien leur mission d’oppression. Ils réclament des moyens pour servir plus efficacement la bourgeoisie et écraser plus efficacement le peuple.
"l’une des premières revendications porte sur le matériel. Les policiers se plaignent souvent d’avoir des locaux vétustes, du matériel informatique hors d’usage ou des véhicules et des protections qui ne sont pas adaptées." Selon le journaliste Hakim Abdelkhalek , "Bernard Cazeneuve promet d’accélérer la modernisation de tous ces équipements. Sur ce point, Manuel Valls avait déjà promis des véhicules anticaillassage ainsi que des protections antifeu."
Une des revendication "porte sur les missions. Les policiers se disent fatigués, épuisés moralement et physiquement. Au total ils ont accumulé 18 millions d’heures supplémentaires." D’ailleurs, le journaliste ajoute que ce mercredi 19 octobre au soir, "Bernard Cazeneuve promet de recentrer le travail des policiers sur leur cœur de cible. Les policiers demandent par exemple à être déchargés de certaines missions comme la protection de certains bâtiments publics."
C’est une erreur de conception que de croire que la bourgeoisie " s’intéresse aussi peu à la vie des quartiers populaires qu’à celle de leurs forces de répression sur le terrain. " Bien au contraire, l’utilisation de l’Etat d’urgence, les méthodes inspirées par l’expérience coloniale sont autant de moyens mis en oeuvre pour contrôler ces quartiers. Ce qui ne leur importe pas le moins du monde, en revanche, c’est la misère qui y règne. Tant qu’elle n’explose pas.
"Les possédants ont besoin d’une police pour protéger leurs biens et leur ordre social, cette police largement utilisée par exemple lors du mouvement contre la loi El Khomri." Voilà une vérité bien assénée. Une vérité qui devrait pousser l’organisation trotskiste à réfléchir à deux fois avant de pleurer sur les malheurs des agents de la bourgeoisie.
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"L’espoir, aussi lointain puisse-t-il paraître aujourd’hui, réside dans plus de conscience, plus d’organisation, plus de solidarité, plus dans confiance dans la classe ouvrière et le combat pour changer le monde." Encore une fois, Lutte Ouvrière effleure la vérité pour ensuite s’enfoncer dans la bêtise.
Luniterre


« Ils ne sont donc pas seulement au-dessus des lois, ils veulent aussi faire la loi » Denis Sieffert



Des policiers manifestants sur les Champs-Elysées, à Paris, le jeudi 20 octobre 2016. © AFP BERTRAND GUAY









Les conséquences du mouvement des policiers en France

par Jacques Sapir

Les manifestations non-autorisées de policiers continuent de se multiplier, que ce soit à Paris (où l’on était à la 6ème) ou dans de multiples villes de province. On a vu, lors de la manifestation de Strasbourg, des pompiers se joindre aux policiers, et à Nice, des infirmières des services d’urgence ont fait de même. Même limité, ceci indique qu’il y bien a un potentiel d’extension du mouvement aux autres catégories sociales qui sont confrontées à la violence. Il faudra attendre naturellement la manifestation, autorisée celle-là, de mercredi 26 octobre pour juger de la dynamique réelle du mouvement.

A cet égard, il est dommage qu’elle se tienne en plein milieu des vacances de la Toussaint, car les enseignants sont, à l’évidence, eux aussi concernés et auraient pu se joindre à cette manifestation. Mais, en tout état de cause, ces manifestations et ce mouvement ont, à l’évidence, changé la situation politique. Ils marquent une césure brutale dont les différentes forces politiques seront obligées tenir compte. Un paradigme politique a fait son temps, un autre s’impose, comme ce fut le cas en 1958.

François Hollande, première victime des manifestations

Ces manifestations ont déjà fait une victime : François Hollande. Alors que se développait le mouvement, les appels pour qu’il renonce à présenter sa candidature se multipliaient. Bien sûr, ces appels sont intéressés. D’autres candidats sont en embuscade. Mais, ce mouvement, survenant alors que le Président est durablement discrédité par ses « confessions » mais surtout par sa trop fréquente fréquentation des journalistes, a semble-t-il servi de révélateur au sein même des « amis » de François Hollande.

Il est vrai que ces manifestations sont, au sens premier du terme, « extraordinaires ». Rappelons d’abord qu’elles sont théoriquement interdites, le droit de manifester des policiers étant sévèrement – et justement – réglementé. Rappelons, ensuite, que ces manifestations se déroulent alors que l’état d’urgence est toujours en vigueur. C’est bien ce qui en confirme la nature « extraordinaire ». On voit ici que si Hollande a eu raison de décréter l’état d’urgence à la suite des attentats de novembre 2015, il a eu tort de vouloir le prolonger, prenant le risque d’en affaiblir la signification et la portée. Car, ces manifestations de policiers traduisent l’impuissance du gouvernement à agir de manière décisive. L’état d’urgence avait pour but de répondre à une situation d’urgence, quitte pour cela à faire évoluer la loi et à modifier, si le besoin s’en faisait sentir, la Constitution. Mais, si François Hollande semble à son aise quant il s’agit de prononcer des discours ou de présider à des cérémonies commémoratives, force est de constater que l’action du gouvernement est restée très en deçà de ce qu’il était nécessaire.
Les zones de « non-droit », les « territoires perdus » de la République, n’ont pas fait l’objet d’un début de reconquête ; la « France périphérique » se sent toujours aussi abandonnée. Le gouvernement n’agit que quand la pression populaire lui devient insupportable, et encore agit-il alors dans l’urgence, sans plan d’ensemble, sans compréhension des interactions et des causes profondes des problèmes qui le font agir. Le règne du court terme, de l’urgence, est aujourd’hui absolu. Nous sommes dans la situation classique de nombreux dessins animés ou un personnage tente de remédier aux voies d’eau de son bateau en y mettant un, puis deux, puis trois doigts. Mais l’on sait bien comment cela se termine.

L’invalidation de la stratégie européiste

Pourtant, François Hollande n’est pas la seule victime du nouveau contexte politique, même si il est clairement la victime principale comme on le voit dans les sondages qui le donnent au plus bas. Car, si ces manifestations de policiers traduisent le profond échec à la fois de son action et de sa méthode, et l’opprobre touche aussi le Ministre de l’intérieur M. Cazeneuve, il n’échappe à personne que certains de ses opposants, parce qu’ils se situent sur la même ligne, n’échapperons pas au désamour qui aujourd’hui frappe le Président. Les mêmes causes entrainent les mêmes effets. L’exaspération qui aujourd’hui saisit des segments entiers du peuple français envers François Hollande se manifeste déjà envers Nicolas Sarkozy, lui aussi adepte de beaux discours qui ne sont jamais traduits en faits. Elle se manifestera demain envers Alain Juppé, dont tout le monde comprend qu’il n’est que la pale copie de Hollande, en plus vieux et plus rigide, quelqu’un dont il ne faut rien attendre, ou envers François Fillon ou Bruno le Maire. Quant à la « bulle » Macron, il en est de celle-ci ce qui en est de toutes les bulles, qu’elles soient de savon ou financière : elle est en train d’éclater.

Plus généralement, la nouvelle situation politique, qui était en gestation depuis l’année 2015 et qui vient de révéler toutes ses implications au travers des manifestations de policiers, invalide radicalement les lignes politiques qui se situent dans la continuité de la politique suivie depuis maintenant une quinzaine d’années. D’où la panique qui semble régner au parti dit « socialiste ». On dira que l’abandon de Hollande par certains de ses proches amis n’est que la règle dans la politique politicienne : les rats quittent le navire en train de sombrer. Mais, les femmes et les hommes politiques ont ceci de moins que ces honnêtes rongeurs qu’ils s’avèrent incapables d’innover. Hollande, sombre ? Essayons Valls, ou Ségolène Royal, ou Hamon, ou Montebourg…Mais, tous, ils ne proposent que des variantes de la ligne hollandaise, avec une réserve pour Montebourg, qui doit cependant d’urgence clarifier ses positions sur l’Euro, sur l’union européenne et sur la laïcité comme on l’a dit dans ce carnet le 22 septembre, et pour cela rompre radicalement et définitivement avec Terra Nova.

Un paradigme politique est donc en train de mourir sous nos yeux: c’est celui de l’Union européenne. Il a nourri une génération de femmes et d’hommes politiques, et cette génération a fait faillite. Il est temps qu’un autre lui succède. Mais, les femmes et les hommes politiques, parce qu’ils sont incapables d’aboutir à cette conclusions, et d’en tirer toutes les conséquences, sont en train de plonger le pays dans une crise aux effets incalculables.

Le rassemblement qui se dessine autour de Jean-Luc Mélenchon est le signe que les yeux se décillent. Les sondages le montrent de manière convergente, le donnant actuellement entre 14% et 15%, et régulièrement au-dessus de François Hollande. On peut penser qu’il a un potentiel pouvant monter vers les 18%. Seule, la direction du P « C » F ne semble pas l’avoir compris (et ne veut pas le comprendre). Elle mène contre lui une guerre d’usure aussi imbécile qu’obstinée. Mais, cela n’étonnera personne quand on se souvient des positions de cette même direction en juillet 2015 sur la Grèce. Cette direction est prête à toutes les concessions, à toutes les bassesses, pour sauver le principe des désistements avec le P « S », principe grâce auquel elle doit d’avoir encore des députés… Elle prend donc le risque de couler avec Hollande et le P  « S » si elle ne change pas, du tout au tout, son attitude. Mais il y aurait à cela une certaine logique. Le P « C »F est un parti-zombie. Sa seconde vie est appelée à n’être que la caricature de la première, et à être des plus limitées…

Les manifestations de policiers signalent que la situation politique a pris désormais un cours nouveau. On assiste à l’effondrement, par pans entiers, de la stratégie européiste que défendent, chacun à leur façons, tant le P « S » que les « républicains. Le « moment souverainiste » qui est le notre, ce moment, dont j’indiquais l’émergence dans mon livre au début de l’année [1], est en train de s’imposer à tous avec une force de jour en jour plus redoutable. Les différents candidats souverainistes devraient en profiter.

[1] Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, éditions Michalon, 2016.


Source : Le blog de Jacques Sapir

Via Tlaxcala


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