lundi 19 septembre 2016

La face cachée du terrorisme


« Ils pourront couper toutes les fleurs, ils ne s'accapareront jamais le printemps. » Pablo Néruda
« Podrán cortar todas las flores, pero no podrán detener la primavera. »







Photo de André Chenet : Un mur sur l'av. Callao, Buenos Aires
Traduction :
"La matrice t'a inarcérée
il est temps de te réveille
r"
Lis "Los Gauchos" (Les hommes libres argentins), titre d'un journal.



"Dans les démocraties, le poids des opinions est maintenant sans effet sur les décisions gouvernementales. Aucun tribunal n’ose même se déclarer compétent pour juger les criminels de guerre américains."

Gille Munier



"Bush, Blair y Aznar deben responder por la guerra de Irak, sus mentiras y su sangre, ante un tribunal internacional. No es solo una cuestión de justicia, también es un tema de higiene. Solo así podremos quitarnos ese olor a muerte y putrefacción de encima." Alfonso F. Reca


"Le maire de Londres, Ken Livingston, a considéré que l’interventionnisme de l’Occident était à l’origine des attaques terroristes. Cette déclaration vient à un moment où le gouvernement britannique adopte une panoplie de mesures afin de faire face au terrorisme.
Le maire de Londres, Ken Livingstone, a estimé hier que l’interventionnisme depuis de longues années de l’Occident au Proche-Orient pouvait expliquer les attentats comme ceux qui ont frappé sa ville le 7 juillet. « Je n’ai aucune sympathie pour les attentats-suicide », a déclaré le maire travailliste interrogé sur la BBC. Mais, a-t-il fait valoir, ils ne seraient probablement pas arrivés si l’Occident avait laissé les pays arabes libres de prendre leurs décisions après la Première Guerre mondiale. « Je pense que nous avons eu 80 ans d’intervention occidentale dans des pays majoritairement arabes à cause du besoin de pétrole de l’Occident », a-t-il déclaré
"  
L'Orient - Le Jour, le 27/07/2005




"El poeta sirià Adonis, en el seu magnífic libre "Violència i islam", assegura que “ Occident s’apro­fita del clima de guerres i de ­conflictes que pateix el món àrab a fi i efecte d’enriquir-se, intentant d’aquesta manera defugir la seva crisi econòmica i social. Tracta els àrabs com si fossin ninots o marionetes, i no com a amos de si mateixosTomás Alcoverro












L’ extension (inespérée) de la criminalisation


Tout le monde sait qu’une période de tension est propice au renforcement de la législation, de même qu’après une série de catastrophes, on renforce les mesures de protection... ce qui n’est d’ailleurs pas forcément la meilleure solution, en effet on agit souvent plus sur la conséquence que la cause. En matière de terrorisme on procède exactement de la même manière.

Le maître mot est le « consensus », mot magique qui fait rêver tous les dirigeants, mot qui matérialise leurs rêves les plus fous, celui d’une société où tous les conflits sont aplanis, disparus, où la population fait bloc avec ses dirigeants, bref, la société « idéale » où le salarié, et celui qui l’embauche quand il en a besoin, et le licencie quand il n’en a plus besoin, marchent la main dans la main.


Or, le terrorisme, par sa brutalité, l’irrationalité qu’il véhicule, l’aveuglement qui le caractérise, le nihilisme qu’il inspire, fait fusionner dans la même crainte, mais aussi la même détermination, les catégories sociales qui ont des intérêts opposés. C’est cette fameuse « union sacré » que sait si bien exploiter le nationalisme aux époques de tension internationale.
L’Etat n’a même plus à faire de gros efforts pour réaliser ce qui, en temps « normal », lui est quasiment impossible de réaliser : l’union nationale. Toutes et tous font bloc avec lui, lui demandant protection et détermination dans la lutte contre le nouveau fléau.


Le terrorisme jette aujourd’hui les citoyens dans les bras de l’Etat, comme au Moyen Age, la peste faisait se précipiter les fidèles dans les églises.


L’Etat n’en demande pas tant, mais il va sauter sur une occasion aussi exceptionnelle et répondre au besoin de protection au-delà de tous les espoirs mis en lui. « Vous voulez, du contrôle ? Vous allez en avoir ! »


La réponse au terrorisme nous est présentée comme essentiellement technique « plus de... ». Plus de contrôles, plus de fichages, plus de policiers,...


Ce « plus de ... » est bien entendu une contrainte supplémentaire (financière et en terme de libertés) pour le citoyen qui non seulement ne peut pas s’y opposer, mais encore fini par l’accepter « faut bien en passer par là », « c’est une contrainte nécessaire », « comment faire autrement ? ».entraînant ainsi, de manière générale, une soumission librement acceptée... ce qui encourage l’Etat à en rajouter.
On comprendra que cette situation est tout bénéfice pour l’Etat qui bien entendu en profite pour étendre son contrôle, porter atteinte aux libertés publiques et individuelles, ficher, contrôler... car l’arsenal juridique, policier, administratif, mis en place « contre le terrorisme » est acquis une fois pour toute et pourra servir pour tout autre chose que la « chasse aux terroristes » : par exemple le fichage des militants, des syndicalistes, des opposants aux OGM,... Car qui garanti les limites des dispositifs mis en place ? L’Etat et lui seul.


Ainsi la boucle est bouclée 











Un peuple hors de contrôle



Par Olivier Foreau




Les trois salopards, un film interprété par Tony Blair, Georges W Bush Jr & Jose Maria Aznar


Le 11 mars 2004, à trois jours des élections nationales, une série d'attentats à la bombe ravageait Madrid, faisant 191 morts. L'effroi et l'émotion des Espagnols ne les ont pas empêchés de se souvenir que l'année précédente, ils avaient été embringués à leur corps défendant dans une opération terroriste d'encore bien plus grande envergure, la guerre d'Irak (plus d'un million de morts civils), et de voir que ce qui arrivait maintenant, c'était l'addition à payer. Ils n'ont eu aucune difficulté à comprendre que la cause de ce qui venait de se produire n'était ni le fanatisme, ni l'obscurantisme, ni l'islamo-fascisme, ni aucun isme en vérité mais un individu bien réel nommé José Maria Aznar, chef du gouvernement, et sa politique de collaboration enthousiaste (bien que massivement rejetée par l'opinion) avec l'entreprise génocidaire de George W. Bush.

Le même Aznar avait d'ailleurs senti le vent venir, et son premier réflexe fut d'essayer de tout mettre sur le dos de l'ETA afin de faire diversion, mais manque de chance les attentats furent revendiqués par Al-Qaïda. La sanction électorale fut immédiate et Aznar disparut à tout jamais de la scène politique espagnole, comme s'il avait été aspiré par une chasse d'eau.

Vu de France, un tel comportement des électeurs a bien sûr de quoi surprendre. Est-il raisonnable de congédier aussi brutalement un dirigeant, pour seulement 191 morts ? Peut-on sincèrement lui en vouloir pour avoir pris des décisions contraires aux intérêts et aux volontés de son pays ? N'a-t-il pas le droit d'avoir son caractère, sa personnalité, ses propres soucis ? Si tout le monde s'accorde à penser que « le terrorisme, c'est mal », on n'en est pas moins obligé de constater que les terroristes, par contre, sont souvent des gens très bien. Prenons par exemple François Hollande : son habitude d'armer et de financer clandestinement des groupes de kamikazes djihadistes ne fait pas de lui quelqu'un d'insensible à la douleur des victimes. Au contraire, chaque fois qu'un carnage se produit à Paris il le commémore en grande pompe, et en prévision des prochains il lance des mesures comme l'état d'urgence ou la déchéance de nationalité, dites symboliques car ne servant à rien, mais prouvant qu'au moins il s'est senti concerné. L'opinion ne s'y trompe pas : désastreuse en temps normal, la cote de popularité du chef de l'Etat reprend des couleurs après chaque attaque terroriste, avant de s'effondrer à nouveau jusqu'à l'attaque suivante. Mais sur le moment on plébiscite ses mesures, on partage sa douleur, on le suivrait jusqu'au bout du monde, on en serait presque à voter pour lui. Comment se fait-il que les tueries de masse, qui en France sont clairement une bénédiction pour l'exécutif, aient produit l'effet inverse de l'autre côté des Pyrénées, et se soient transformées en tragédie pour Aznar ? quel est donc le problème des Espagnols ?

On s'est empressé d'écrire à l'époque qu'ils ne lui pardonnaient pas d'avoir menti en essayant faire croire que c'étaient les Basques qui avaient frappé. On ne s'est pas demandé si ce qu'ils lui reprochaient, ce n'était pas tout simplement d'être un criminel de la pire espèce, et d'avoir pris le pays en otage pour le précipiter dans une boucherie dont il ne voulait pas. Il faut dire que nous sommes infiniment plus tolérants dans ce domaine, et avons si bien pris l'habitude d'être gouvernés par des assassins et des trafiquants d'armes que nous ne nous soucions plus de leurs agissements. Bienheureux qu'ils ne nous égorgent pas de leurs propres mains, nous cautionnons au contraire toutes les tueries possibles dès lors qu'elles se déroulent sur un autre continent, sous le prétexte inusable de faire rayonner nos valeurs, ou à défaut de valeurs, notre pétaradante marchandise nationale. Nous cautionnons d'autant plus volontiers que nous sommes dans l'impossibilité d'imaginer qu'un peuple que nous exterminons tranquillement en Afrique ou au Moyen-Orient puisse venir nous rendre la pareille à domicile. C'est tout bonnement impensable, un peu comme si du bétail destiné à l'abattage se mettait à entrer dans nos maisons. Et quand cela arrive, nous n'y croyons toujours pas. Par contre, nous croyons dévotement nos dirigeants lorsqu'ils jurent les yeux au ciel qu'ils n'y sont pour rien, qu'ils ne s'attendaient vraiment pas à une pareille barbarie, qu'ils sont profondément choqués, abasourdis, etc. Nous buvons leurs paroles lorsqu'ils décident, en réponse à ce lâche attentat, de bombarder des populations qu'en réalité ils bombardent déjà depuis des mois, sans que nous ayons pris la peine d'y prêter attention.

C'est que d'une part nous avions d'autres choses à penser, et d'autre part chacun sait que les objectifs étaient déjà les mêmes que maintenant, c'est-à-dire faire triompher nos valeurs en carbonisant sans relâche les ennemis de la démocratie, de la liberté d'expression et des droits de l'homme, qui sévissent aux quatre coins du globe aux dépens des populations locales. Bien entendu l'opinion française n'est pas nigaude au point d'avaler de pareils boniments, d'autant plus qu'elle se contrebalance du sort des étrangers en général et des habitants du tiers-monde en particulier, qu'il s'agisse de manifestants réprimés, de civils bombardés ou de réfugiés. Mais elle perçoit vaguement qu'il s'agit là d'un mensonge bienveillant, destiné à ne pas troubler son hébétude.

Moins ouverts d'esprit, plus de 80% des Espagnols étaient opposés à l'entrée de leur pays dans la guerre d'Irak. Ces chiffres ne viennent pas de nulle part, et on peut raisonnablement penser qu'une ou plusieurs enquêtes d'opinion ont été menées : êtes-vous, ou non, favorable à l'idée de participer à un pogrom géant ? En France il n'est bien sûr pas concevable de poser une question pareille, d'ailleurs chacun sait que ce type de décision, quoique prise invariablement au nom de la démocratie et de la liberté, ne fait l'objet d'aucun vote ni d'aucun débat : pourquoi aller demander son avis à la population, alors qu'on se passe sans problème de celui du parlement ? La vérité c'est que nous avons élu un président afin qu'il s'occupe de ces choses-là, et nous estimons que raser la Libye, piller le Mali ou ravager la Syrie sont autant de décisions qu'il est assez grand pour prendre tout seul, comme celle de choisir sa cravate ou sa marque de déodorant.

Hyperterrorisme : Manuel Valls agrandit son vocabulaire

Depuis notamment les attentats du 22 mars à Bruxelles (qui venait tout juste d'annoncer son intention de bombarder à son tour la Syrie), il y a un sentiment de plus en plus net d'étau qui se resserre. Cela n'a pas échappé au ministre de l'Intérieur, qui constatait non sans perspicacité que « la menace terroriste est [..]. sans doute plus élevée encore qu'au mois de novembre » (France 3, 22/03/16). Quant à Manuel Valls, voilà un moment déjà qu'il tambourine la bonne nouvelle : « Cette menace va être longue et permanente » (France 2, 19/11/15), « c'est une génération qui peut être concernée par cette guerre » (BBC, 22/01/16), « Cet hyperterrorisme est là pour durer [..]. Nous sommes entrés, nous tous le sentons bien, dans une nouvelle époque caractérisée par la présence durable de l'hyperterrorisme. » (Le Parisien, 13/02/16), « nous allons vivre longtemps avec cette menace terroriste [..]. c'est même, il faut le dire à nos concitoyens, une affaire d'une génération. » (Europe 1, 23/03/16).

Car l'ennui avec ce terrorisme tout nouveau tout beau dont parle le chef du gouvernement, c'est qu'il « veut détruire ce que nous sommes », autrement dit il poursuivrait un objectif ethnique... Quoique dépourvue de la plus élémentaire vraisemblance et largement contredite par les faits, cette idée d'un terrorisme qui n'aurait pas de revendication, à part nous anéantir jusqu'au dernier (sans qu'on sache le moins du monde pourquoi ça lui a pris tout d'un coup) doit nous rentrer dans le crâne coûte que coûte. C'est pourquoi elle est répétée comme un mantra par les représentants de l'exécutif, sans oublier ceux de l'opposition comme par exemple l'extralucide Bruno Le Maire, pour qui le combat contre le terrorisme « durera dix, quinze ou vingt ans » (Le Monde, 23/03/16). Bref tous claironnent sans complexe leur impuissance, et nous invitent à passer le restant de nos jours à prier, à allumer des bougies et à faire des graffitis sur les trottoirs.

Nous avons intégré avec succès la fatalité du chômage de masse, des crises qui se succèdent à elles-mêmes et de la paupérisation généralisée, pour compléter le tableau il ne manquait plus que la fatalité du terrorisme et de la guerre. Car dans le monde merveilleux de Manuel Valls et de ses compères, dans cette nouvelle époque dont ils célèbrent ensemble l'avènement, tout est inéluctable, ce qui coïncide plutôt bien avec le fait que le gouvernement n'est jamais responsable de rien. Nous admettons donc sans trop de regrets qu'il n'y ait plus d'autre issue, pour nous et nos enfants, que de vivre dorénavant avec une kalachnikov sur la tempe, puisque tel est le message unanime de nos dirigeants. Et au fond qui pourrait les blâmer s'ils ne se fatiguent plus à promettre des lendemains qui chantent, quand la terreur se vend tellement mieux ?

Autant dire qu'on a du mal à comprendre ce qui empêchait Aznar, en mars 2004, de promettre aux électeurs que ce qui venait de se passer à Madrid allait devenir leur pain quotidien s'ils avaient la sagesse de revoter pour son parti. Pourquoi ne pas leur avoir annoncé franchement, comme cela se fait chez nous avec un succès infaillible, que la guerre ne faisait que commencer et qu'ils allaient vivre à tout jamais terrés comme des rats, dans la hantise permanente d'attentats chaque fois plus sanguinaires ? La première explication qui vient à l'esprit est d'ordre psychologique : c'est la fameuse peur de gagner qu'il a dû ressentir face à la vague d'enthousiasme qu'une telle perspective risquait de provoquer. A moins qu'Aznar ne se soit rendu compte (en fin connaisseur de son peuple) que les Espagnols n'avaient pas la maturité suffisante pour adhérer à la perspective en question, et qu'ils préféreraient se débarrasser de lui, de sa politique et du terrorisme islamique par la même occasion. C'est du reste ce qu'ils ont fait, en n'hésitant pas à faire usage de la démocratie (mot intraduisible en français) pour parvenir à leurs fins. Ce caractère impulsif, pour ne pas dire irresponsable, explique sans doute pourquoi Franco a dû livrer là-bas une guerre civile sans merci pour imposer son pouvoir autoritaire (que de temps et d'énergie perdus !) alors que pour faire la même chose ici, Pétain et plus tard de Gaulle n'ont eu qu'à pousser la porte.
Olivier Foreau


 Source : normalosphere.wordpress.com via legrandsoir.info

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