samedi 9 juillet 2016

La société désarmée




« À mesure que la nécessité se trouve socialement rêvée, le rêve devient nécessaire. Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de sommeil. Le spectacle est le gardien de ce sommeil »
Guy Debord, La Société du Spectacle (1967), aphorisme 23.



"Ou le siècle à venir sera celui du refus, ou il ne sera qu'espace carcéral."
Louis Calaferte, in "Droit de cité", 1992



"... le pouvoir néo-socialiste a complètement perdu le peu de contact qui lui restait avec la réalité et s’en remet aux professionnels du disciplinement social et de la répression. Mais rien n’est improvisé : les mesures sont, pour reprendre une rhétorique de préfet– « proportionnées » à l’objectif de domestication définitive de la société. Elles sont surtout très progressives : l’idée est d’habituer le corps social à des mesures qui, à force d’être appliquées, ne seront plus des mesures d’exception, mais définiront la règle : les manifs pêche au canard autour du bassin de l’Arsenal à Paris, la banalisation de la militarisation du maintien de l’ordre, les interpellations préventives, les interdictions individuelles de manifester distribuées au bon vouloir de la police politique, en fonction de ses fiches de renseignement, l’instrumentalisation de la justice."


Le spectacle est devenu aujourd'hui le masque haut en couleurs d'une féroce répression économique (et policière) qui ne dit pas son nom. Tout est devenu spectacle que ce soit une tuerie de masse ou une élection présidentielle, un match de football ou le lancement du dernier ipod. L'hystérie collective déclenchée à volonté par les publicitaires des pouvoirs en place se trouve endiguée par de grandes messes collectives célébrant la grandeur déchue de la nation. 
 Il y a cependant quelques sujets épineux qu'il ne faut jamais aborder sans "pincettes diplomatiques" comme par exemple l'oppression sans issue des palestiniens par l'état juif d'Israël étant donné que ce dernier masqué par le spectacle de la Shoah et le terrorisme islamique qu'il contribue à alimenter sinon à provoquer. Le spectacle a envahi l'ensemble de la planète jusqu'à un tel point de non-retour que toute révolution - ou contestation - est par avance diluée dans le dégueuli médiatique. Le spectacle agit sur les foules tel une drogue aphrodisiaque qui finit par rendre les peuples complètement impuissants.
 G. Hadey


"...une société désunie est une société désarmée" Jean-Louis Sanchez




Le singe du capital. Photo Quartiers libres



Aux armes citoyens!
Le 19 Février 2016,

« Les politiques, tous des pourris, tous des voleurs ! ». C’est Jeannot - 25 ans de SNCF, 10 de détachement syndical, 2 de congé maladie et 8 mois de grève - qui gueulait ça au comptoir. Face à lui, derrière le zinc, Jean-Mich - 30 ans de bistrot, 25 de double comptabilité et 2 employés clandestins payés un demi smig - acquiesçait avec gravité. « Le problème, c’est que y’a plus de moralité… » renchérissait Bibiche, 18 ans de tapin, trois avortements. A l’angle du comptoir, derrière le paravent de son journal déplié, Louis Armand - 12 ans de trading, 9 d’évasion fiscale - ne pouvait s’abaisser à participer à ce tumulte populacier mais n’en pensait pas moins. Solidaire mais distant, il opinait nerveusement du menton.
Le pays réel était au bord de la révolte et n’hésitait désormais plus à dénoncer vertement ce pays légal qui n’était pas à la hauteur de ses aspirations.
« C’est comme l’immigration, on finira par en crever ! » s’exclama alors Stéphanie, qui aurait bien participé davantage au débat naissant mais qui devait malheureusement s’empresser de finir son thé pour aller récupérer la petite dernière chez la nounou gabonaise (une femme très bien, presque sans accent, avec d’excellentes valeurs…). Mohammed était d’ailleurs assez d’accord avec Stéphanie. « L’immigration c’est bien joli, mais si c’est pour nous interdire de picoler et d’aller en boîte de nuit, non merci ! » affirma-t-il, soutenu dans sa prise de position par Raymond qui l’employait au noir depuis 5 ans dans sa boite de construction « parce qu’il faut bien s’en sortir, quoi, merde aussi… ».
L’ambiance était orageuse. Pastis 1789.
« Je n’aime pas parler de politique mais c’est vrai que ce sont quand même des enculés, prêts à tout… ». Là, c’est Francis, agent immobilier vidant un café crème dans l’attente d’un client à qui il devait faire visiter une mansarde de 18 mètres carrés à 900 euros par mois + les charges, qui intervenait vigoureusement. Ca chauffait grave. Il n’y avait guère que Véronique, l’étudiante en lettres, perdue dans un vieux 10/18 dont on ne parvenait à lire le titre mais qu’on imaginait être un Modiano ou une autre connerie du genre, qui n’avait pas encore pris la parole. On la scrutait, la questionnait presque du regard. Après quelques instants de gêne, elle déposa son livre corné au centre du guéridon de faux marbre, et déclara d’une voix à peine audible que « c’était peut être que la démocratie représentative avait trop bien atteint le but qui lui était confié ».
Après quelques secondes de silence interloqué, on haussa les épaules, on resservit les verres et on se remit à gueuler.



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