samedi 11 juin 2016

Mohamed Ali, le champion immortel





Photo Thomas Hoepker, Magnum


"Qui n'a pas d'imagination n'a pas d'ailes.Mohamed Ali

"Les champions ne naissent pas dans un gymnase. Les champions naissent de l’intérieur. D’un désir, d’un rêve, d’une vision"
Mohamed Ali




"Qu'il vienne celui qui se dit semblable à moi, que je lui crache à la gueule."
Arthur Cravan, poète et boxeur


"La boxe, c’est beaucoup d’hommes blancs qui regardent deux hommes noirs se tabasser"
Mohamed Ali




"Je vole comme le papillon et pique comme l’abeille!Mohamed Ali


"Sur le ring, le rang, l'âge, la couleur de la peau ou la richesse n'ont plus cours" Nelson Mandela


"Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies.Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de « consoler » les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire." (Lénine, L'Etat et la Révolution, Chap.1. - 1917)
Lénine avait raison : Bill Clinton était un de ceux qui ont fait l'éloge funèbre de Muhammad Ali à son enterrement. Moon of Alabama



Nelson Mandela et Mohamed Ali (Photo D.R.)

"Il (Nelson Mandela) nous a fait prendre conscience que nous sommes les protecteurs de nos frères, et que nos frères sont de toutes les couleurs" Mohamed Ali


De Kinshasa à New York, en passant par Manille, Mohamed Ali a bâti sa légende à coups de poings, de gueule et de combats mythiques.



Qui à notre époque suivra l'exemple de l'engagement principiel de Mohamed Ali?



La mort de l'ancien champion du monde de boxe poids lourds Mohamed Ali, en son temps un symbole de protestation et de résistance, a déclenché dans l'établissement politiquela réaction inévitable et instinctive de s'approprier son héritage pour ses propres besoins cyniques.

On a peine à croire que plus d'un demi-siècle s'est écoulé depuis le premier combat entre Cassius Clay (nom d'origine d'Ali) et Sonny Liston en février 1964, et plus de 40 ans depuis qu'il a réalisé son stupéfiant come-back.

Ali fut un grand athlète mais on peut raisonnablement dire que c'est surtout par son opposition courageuse à la guerre du Vietnam qu'il a laissé sa marque sur l'histoire et la conscience populaire. Produit de temps rebelles, Ali s'est acquis l'admiration et le respect de dizaines de millions de personnes dans le monde par son acte d'opposition.

Après avoir battu le champion du monde poids lourds Liston en février 1964, à l'âge de 22 ans, le boxeur s'est aligné sur l'organisation nationaliste noire Nation de l'Islam et a changé son nom en Mohamed Ali. Il a défendu son titre à plusieurs reprises, avant d'annoncer en 1966 qu'il ne servirait pas dans l'armée américaine ; il refusa un an plus tard d'être enrôlé dans les forces armées.

Ali expliqua à l'époque:

« Ma conscience ne me laisse pas aller tirer sur mon frère, ou des personnes à la peau plus foncée, ou des personnes pauvres qui ont faim dans la boue, pour la grande et puissante Amérique. Et les tuer pour quoi? Ils ne m'ont jamais traité de nègre, ils ne m'ont jamais lynché, ils n'ont jamais lâché les chiens sur moi, ils ne m'ont pas privé de ma nationalité, violé et tué ma mère et mon père... leur tirer dessus, pourquoi?... Comment est-ce que je peux tirer sur ces pauvres gens, mettez-moi donc en prison! »



La licence de boxe d'Ali lui fut immédiatement retirée et il fut déchu de son titre par les lâches instances "patriotiques" de la boxe. Il fut partout vilipendé par les journalistes sportifs, qui comptent généralement parmi les membres les plus stupides et les plus superficiels de la confrérie journalistique. Le vénérable Red Smith affirma que le boxeur avait donné de lui-même « un spectacle aussi pitoyable que les minables crasseux qui font grève et manifestent contre la guerre.» Un autre sage du journalisme sportif, Jim Murray, du Los Angeles Times, a traité Ali de « Benedict Arnold noir ».

Ali fut condamné à cinq ans de prison lors d'un procès en juin 1967. Pendant quatre ans, alors qu'il était au sommet de sa force physique et que son affaire poursuivait son chemin dans les tribunaux, il fut incapable de disputer des matches. La Cour suprême des États-Unis a finalement rejeté sa condamnation en 1971. Pendant sa suspension, il a fait des tournées dans le pays, parlant contre la guerre du Vietnam et sur d'autres questions sociales dans des centaines d'universités. Ali allait retrouver sa licence de boxe et récupérer son titre des poids lourds, le perdant par la suite sur le ring, puis le regagnant pour une troisième fois, un record.

De l'opinion générale, mis à part sa bruyante autopromotion et, parfois, des déclarations cruelles, Ali était un homme bon et décent. Dans un sport souvent barbare, il exhibait d'énormes talents, une grâce et une élégance remarquable et un immense courage physique. Par ailleurs, Ali avait un esprit extrêmement incisif. Il était non seulement impressionnant sur le ring, mais pouvait tenir tête aux journalistes et aux antagonistes expérimentés et même les dépasser.

La décision d'Ali de rejoindre la Nation de l'Islam ne parle pas en faveur de sa perspicacité, mais il faut la considérer dans le contexte de la vie politique américaine officielle qui venait seulement d'émerger des profondeurs de l'anticommunisme maccarthyste, et n'avait rien à proposer. Les couches les plus opprimées de la population cherchaient une forme ou une autre d'opposition viable.

Il n'y a bien sûr aucune raison d'idéaliser le boxeur ou de rendre ses idées plus cohérentes ou progressistes qu'elles ne l'étaient. Ali était idéologiquement confus; en 2005 il avait été suffisamment domestiqué ou usé par l'âge et la maladie pour accepter une Médaille présidentielle de la Liberté de la part d'un criminel de guerre invétéré comme George W. Bush.

Néanmoins, au début de 1966, alors que l'opposition à la guerre du Vietnam n'était pas encore un phénomène de masse aux États-Unis, la position d'Ali était principielle et fut une inspiration. Elle a certainement contribué à la désaffection du public et l'a encouragée. Au moment où il refusait d'être incorporé (28 avril 1967), des manifestations de protestation de centaines de milliers de personnes avaient lieu à New York et ailleurs, dont celle du 15 avril la même année (où a parlé Martin Luther King, Jr.).

Soutenir la position d'Ali à l'époque c'était soutenir l'opposition. Il est devenu une figure publique à une époque où l'hostilité au statu quo était une réalité populaire de masse. Aux Etats-Unis au milieu des années 1960, Newark, Detroit, Los Angeles et d'autres grandes villes étaient en flammes. La fin de la décennie a vu le mouvement anti-guerre du Vietnam et des protestations sur tous les campus universitaires. De grandes grèves nationales et des combats entre les travailleurs américains et la police étaient un phénomène quotidien. Sur le plan international, les dictatures haïes tombèrent en Grèce, en Espagne et au Portugal. La crise mondiale atteignit son apogée potentiellement révolutionnaire avec la grande grève générale de mai/juin 1968 en France, à laquelle ont participé dix millions de personnes.

Bien sûr, les morts ne peuvent se défendre contre l'exploitation de leur vie et de leurs activités à des fins tout à fait ignobles. Il était inévitable que le président Barack Obama se saisisse de l'occasion de la mort d'Ali pour offrir à un public non averti un nouvel exemple de son hypocrisie et de sa duplicité sinistres.

Obama a affirmé dans une déclaration qu'Ali « s'est levé quand c'était difficile; a parlé quand d'autres se sont tus. Son combat en dehors du ring devait lui coûter son titre et sa stature publique. Cela devait lui faire des ennemis à gauche et à droite, le faire vilipender et a failli l'envoyer en prison. Mais Ali est resté inébranlable. Et sa victoire nous a aidé à nous habituer à l'Amérique que nous reconnaissons aujourd'hui. »

Comme si Obama, le président idéal des espions, des policiers et des banquiers d'investissement, savait ce que cela voulait dire que de se « lever » et de « parler haut » quand il y avait un risque. Est-ce que cet individu a jamais fait un seul pas, remué ne serait-ce qu'un muscle, sans s'assurer bien à l'avance qu'il aurait l'approbation des pouvoirs en place?
Qu'Obama puisse faire une déclaration aussi étonnante sans que personne ne le rappelle à l'ordre témoignage de l'état putride des médias et de la vie intellectuelle publique en Amérique. Le président américain fait l'éloge d'un Ali prêt à aller en prison - cela de la part de celui qui persécute implacablement et de façon vindicative Chelsea Manning, Julian Assange et Edward Snowden! Les adversaires morts et enterrés de la guerre impérialiste sont bien moins menaçants!

« Mohamed Ali a ébranlé le monde. Et le monde en a profité, » a affirmé un Obama qui envoie des attaques de drones terrorisant des populations entières et supervise des « liste de personnes à assassiner » avec pour conséquence l'incinération d'hommes, de femmes et d'enfants dans tous les coins du globe.

Une chose dans sa déclaration sonnait juste pourtant: son étonnement évident devant la volonté d'Ali de sacrifier sa carrière et ses revenus pour des principes. Cela témoigne d'un problème plus large et vraiment inquiétant: comment est-ce possible que nous soyons obligés de retourner aux années 1960 pour trouver des exemples de courage politique de ce genre?

Les États-Unis sont en guerre avec le reste du monde depuis un quart de siècle. Pendant ce temps, d'innombrables athlètes, acteurs, musiciens, artistes, scientifiques ont été honorés par Clinton, Bush et Obama, tous coupables de mener une politique ayant entraîné la mort de centaines de milliers d'êtres humains, ou plus. Pas un seul, autant qu'on sache, n'a refusé un prix, n'a parlé franchement à la Maison Blanche ou au Kennedy Center, ou n'a généralement répudié les honneurs octroyés par ces administrations sanguinaires.

Cette liste de lauréats - certains d'entre eux ont des antécédents d'opposition sociale ou au moins de pensée indépendante - comprend des figures telles que Sidney Poitier, Meryl Streep, Bob Dylan, Aretha Franklin, BB King, Stevie Wonder, James Taylor, Jack Nicholson, Paul Simon, Warren Beatty, Ossie Davis et Ruby Dee, Robert De Niro, Bruce Springsteen, Mel Brooks, Dustin Hoffman et Lily Tomlin.

Les époques stagnantes, opportunistes, ont encouragé la soumission et la quiescence. Dans de telles périodes d'indifférence sociale, comme l'avait remarqué une fois le marxiste russe Plekhanov, beaucoup d'âmes tombent dans « un sommeil froid » et « leur niveau moral plonge très bas. » Plus vite nous quitterons tout à fait une telle époque, mieux cela vaudra!

David Walsh

Article paru en anglais, WSWS, le 6 juin 2016
La source originale de cet article est wsws.org
Copyright © David Walsh, wsws.org, 2016




"L'homme qui voit à 50 ans le monde comme il le voyait à 20 a gaspillé 30 ans de sa vie." 
Mohammed Ali



"L'éducation apporte le respect de soi" : plaque commémorative devant la maison de son enfance, dans le West End de Louisville, Kentucky





Mohamed Ali (1942-2016)






C'était en janvier 1942, que le bébé, Cassius Marcellus Clay Jr., est né dans une famille de la classe ouvrière noire à Louisville, Kentucky.
En ce temps-là, le Kentucky était célèbre pour son "herbe bleue" distinctive  (le pâturin), ses chevaux de championnat et son whisky. Personne ne savait que le garçon brun né chez les Clays deviendrait l'un des hommes les plus célèbres et les plus vénérés dans le monde.
En 1960, avec un poids de 80 kg., Clay allait gagner une médaille d'or olympique en tant que talentueux boxeur  amateur mi-lourd. Pour beaucoup, cela est plus que suffisant pour avoir une place dans l'histoire.
 Mais à peine 4 ans plus tard, il allait ébahir le monde en battant le redouté Sonny Liston, un homme que peu de gens s'attendaient à le voir battre, pour devenir champion poids lourd du monde.

Le 25 février 1964 à Miami, Cassius Clay devient champion du monde poids lourds en battant Sonny Liston.

Peu après, il allait annoncer sa conversion à la Nation de l'Islam, et son acceptation d'un nouveau nom sacré: Mohamed Ali. Le monde allait le connaître et se souvient de lui aujourd'hui, sous ce nom, et il allait émerger comme la plus grande personnalité, et la plus forte, dans le monde du sport.
Nous oublions aujourd'hui comment son nom, sa foi, et son refus obstiné de se battre pour l'empire US-américain au Vietnam, l'ont désigné comme l'un des hommes les plus détestés en US-Amérique. Nous avons oublié comment ses combats occasionnèrent de nombreuses menaces de mort contre le champion de boxe du monde.
Lorsque la World Boxing Association (WBA) l'a dépouillé de son titre en 1967, beaucoup pensaient que ce serait la fin de sa carrière. Pour son refus de répondre à l'appel militaire, il fait face à 5 ans de prison; mais il va en justice, tout le chemin jusqu'à la Cour suprême et il  gagne! Mais entretemps, près de 4 années se sont écoulées,  et celles-ci étaient  les meilleures pour un boxeur.
 En 1974, il a repris son titre et l'a remporté à nouveau en 1978 avant de se retirer un an plus tard. Il a ébloui ses adversaires et ses fans avec la rapidité inouïe de ses mains et son fantastique jeu de jambes, qui est devenu célèbre sous le nom de Shuffle* d'Ali. Il était un beau combattant, pas seulement parce qu'il était un bel homme, mais pour un athlète de sa taille impressionnante, il dansait autour du ring et a développé un style de combat qui l'a porté à travers une carrière exceptionnelle. (Sa devise: «Flotter comme un papillon, piquer comme une abeille").
En 1975, il a dit, avec audace (et prescience):
Je suis l'Amérique. Je suis la partie que vous ne reconnaîtrez pas. Mais vous devez vous habituer à moi. Je suis noir, confiant, arrogant; mon nom n'est pas le vôtre, ma religion n'est pas la vôtre, mes objectifs me sont propres; vous devez vous habituer à moi
Et devinez quoi? -le monde s'est habitué à lui. Il a vécu 74 printemps et est devenu une légende vivante aimée de tous.
NdT
Le shuffle était une danse d'esclaves, inventée pour communiquer entre eux après l'interdiction des tambours par les maîtres.  Il a fusionné avec la gigue irlandaise et le mode de communication des paysans irlandais, qui tapaient avec leurs sabots sur des troncs de bois pour communiquer d'une vallée à l'autre, pour donner la tap dance, les claquettes.



Traduction : Tlaxcala
Publication date of original article: 06/06/2016

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