dimanche 12 juin 2016

Le Venezuela dans la tourmente néolibérale



Avec les élites économiques contre eux, les médias contre eux, les institutions contre eux et même l’Église (encore très puissante) contre eux, les gouvernements de la gauche latino-américaine vont aux élections et participent à l’exercice institutionnel de la démocratie, ceci au moment où celle-ci est prise d’assaut et utilisée comme recours par ceux qui ne sont pas parvenus pendant des années à s’imposer ni par des coups de force ni par le vote. Paradoxes de notre temps.
Pour parler du Venezuela, il suffit de dire qu’avant Chavez la gauche était une minorité électorale repliée sur elle-même, réduite et décimée. Atomisée, pendant des années elle a participé à des élections en ayant contre elle les pouvoirs économiques, les institutions et les médias, livrant une bataille tellement inégale qu’elle en était aberrante contre l’establishment social-démocrate. Il a suffi du leadership de Chavez et de l’épuisement du modèle néolibéral miné par sa propre opulence pour que cela rende possible une victoire de forces sociales de type alternatif.
Après, l’affaire s’est compliquée. D’inspiration profondément démocratique, le chavisme n’est pas parvenu à remettre en question dans son ensemble le concept de démocratie. Nous ne l’avons pas remise en cause. Nous l’avons aménagée avec des formules nécessaires sur la participation et le protagonisme politique mais c’est tout. Nous n’avons pas consolidé des formes qui la « blinderaient » pour générer une démocratie qui ait sa propre vitalité, avec des assises institutionnelles d’un autre genre qui ne soient pas aussi malléables par ceux qui ont toujours voulu détruire notre processus.
Nous n’avons pas remis en cause l’idée « politiquement correcte » que l’élite économique ait les mains libres pour sponsoriser, financer et promouvoir son pouvoir politique électoral, sans considérer la possibilité qu’elle puisse gagner des élections. Nous n’avons pas assez mûri, nous ne nous sommes pas organisés suffisamment, nous n’avons pas créé assez d’instances nouvelles ni d’institutions nouvelles, populaires, cohérentes avec le modèle du pouvoir citoyen.
Nous n’avons pas eu le temps ? Nous n’avons pas voulu ? Nous n’avons pas pu ? Chacun choisira sa réponse. Le fait est que nous avons lutté pendant des années en nous sentant à l’aise dans un parlement classique qui est maintenant entre leurs mains. Franco Vielma





LE COURAGE D’UN DÉPUTÉ FACE AU MONDE CRÉÉ PAR LES MÉDIAS

Par Thierry Deronne, le 10 juin 2016


Exemple parfait, s’il en était encore besoin, que la majorité des politiques ne peuvent plus penser hors du monde créé par les grands groupes de médias, le parlement européen s’est récemment fait l’allié de la campagne contre la démocratie participative du Venezuela en demandant « la libération immédiate de tous les prisonniers politiques » (sic).

Dans notre article « Venezuela, pierre de folie » (1), nous avons expliqué que Leopoldo López, un des « prisonniers politiques » que les principaux groupes de la Chambre européenne appellent à libérer, est le bras droit au Venezuela de l’ex-président colombien Alvaro Uribe (un des principaux criminels de guerre et contre l’humanité en Amérique Latine, dont on attend toujours la traduction en justice). Mr. Lopez, leader de l’Aube Dorée vénézuélienne, a été condamné par la justice à 13 ans de prison pour sa responsabilité dans les délits d’incendie volontaire, d’instigation publique à la violence, dommages aux biens publics et association de malfaiteurs, lors d’une campagne visant à renverser le président Maduro.
Il n’y a aucun prisonnier politique au Venezuela mais certains terroristes d’extrême droite, entraînés par les paramilitaires colombiens, auteurs d’assassinats ou d’attentats, ont été arrétés et jugés, comme cela se passe dans n’importe quel Etat de Droit. Ce sont eux que les médias transforment en « prisonniers politiques ».

De plus, l’instance européenne dit que le gouvernement vénézuélien doit respecter « les mécanismes légaux reconnus dans la Constitution pour révoquer le président Maduro avant la fin de 2016 », feignant d’ignorer que le Conseil National Electoral (CNE) vérifie actuellement les signatures présentées dans ce but par la droite (nous l’expliquons dans le même article). Le CNE est l’organisme recteur d’une vingtaine de processus électoraux organisés depuis le début de la révolution bolivarienne. Tous ont été validés par les organisations internationales pour leur légitimité et pour leur transparence (dont l’UE, l’OEA, l’UNASUR, etc..).

Enfin, « les députés européens appellent instamment le président Nicolás Maduro et son Gouvernement à appliquer de façon urgente des réformes économiques en collaboration avec l’Assemblée Nationale – contrôlée par l’opposition de droite – pour surmonter la crise, en particulier la pénurie d’aliments et de médicaments ». C’est comme si on avait sommé Salvador Allende de résoudre la guerre économique (basse production d’aliments et détournement de produits) sans expliquer sa mise en oeuvre par la droite locale, le secteur privé de l’importation et de la distribution et les Etats-Unis de Richard Nixon. Enfin le P.E. parle de « crise humanitaire », argument-clef pour justifier l’intervention d’une grande puissance…

Bref, face au contrôle du discours et de la pensée du politique par les médias, la réponse du député européen Jean-Luc Mélenchon (France) est un exemple de courage et d’honnêteté qui mérite une très large diffusion.

Voici le texte de son intervention : 

« Voilà une résolution qui ne sert strictement à rien. Je demande dans quel pays du monde on traite le gouvernement de dictature quand il perd les élections et qu’il le reconnaît, qu’il perd les référendums et qu’il le reconnaît. Dans quel pays au monde on est d’accord pour soutenir un opposant qui stocke chez lui des armes de guerre et des bombes ? Si vous faites ça, alors préparez-vous à traiter de prisonnier politique n’importe quel terroriste que nous avons arrêté. Peut-être que monsieur Maduro aurait dû faire donner mille coups de fouet à cet opposant, parce qu’alors il bénéficierait du silence complice de cette assemblée, comme vous le faite pour l’Arabie Saoudite, dont vous trouvez cependant le moyen de citer l’un des ressortissants, qui est président de la commission des droits de l’homme – oui, des droits de l’homme ! -, un Saoudien président de la commission des droits de l’homme de l’ONU, pour montrer du doigt le Venezuela. La vérité, c’est que vous ne vous occupez que de ceux qui défendent les pauvres pour les fustiger et les discriminer. La vérité, c’est que tout ceci participe à une entreprise de déstabilisation organisée par les États-Unis d’Amérique qui font des coups d’État institutionnels comme ils l’ont fait au Guatemala, comme ils l’ont fait au Brésil, comme ils l’ont fait au Honduras, et que tout ceci n’est qu’un moment de propagande internationale de l’OTAN et des États-Unis d’Amérique. Ça ne vaut strictement rien, et je dis la colère de ceux qui aiment les gouvernements qui défendent les pauvres. »


Source : Venezuela infos



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