lundi 30 mai 2016

Fille palestinienne


Yara Jouda, 15 ans, est une réfugiée palestinienne qui vit à Gaza, sa ville d'origine est Ashdod, maintenant en Israël après le nettoyage ethnique de 1948. Elle dit, "écrire est un de mes loisirs, et celui que je préfère. Lorsque j'écris, j'ai le sentiment d'être dans mon propre monde. Je peux écrire sur ce que je veux, et je me sens libre. C'est aussi une façon de raconter notre véritable histoire au monde." 




Je suis une fille
Par Yara Jouda
Je suis une fille qui n'a pas de rêves et peut-être pas de futur. Le temps d'un clignement d’œil, je peux être sans mains, sans cœur et sans âme.
Je suis une fille qui vit sous un toit qui est sous un ciel occupé par des milliers d'avions pleins de bombes, qui est entouré de terre sans personne pour la travailler, parce que tout le monde a peur d'être tué par des soldats dans les tours de guets, cachés mais prêts à tirer à tout moment, sans se préoccuper de qui ils visent et comment leurs familles survivront sans eux.
Au-delà, il y a la mer qui, autant que nous l'aimons, nous terrifie parce qu'elle porte d'énormes et terrifiants navires qui peuvent nous tuer eux aussi.
Dois-je vous parler aussi du magnifique parc transformé en terre stérile et meurtrie ? Dois-je vous dire que je serais ravie de prendre l'avion mais que j'ai tellement peur que l'un d'entre eux me tue ? Dois-je vous dire que j'ai peur de regarder le ciel et de compter les étoiles, parce que peut-être elles vont se transformer en lumières qui tuent ? Je ne peux même pas écrire sur tout ce qui menace ma vie sans craindre d'en mourir.

Ils nous ont pris notre enfance et notre bonheur, et puis ils nous ont dit que nous sommes les terroristes. Désolée, mais je ne me souviens pas avoir brandi une arme pour vous tuer, à moins que vous ne considériez nos jeux comme du terrorisme. Savez-vous combien nous voulions et nous nous battions, dans ces jeux, pour être l'officier de police qui défend les pauvres gamins et les protège contre les soldats israéliens ? Qu'attendez-vous que fassent les enfants, quand vous êtes si jeune mais que vous ne pouvez pas effacer les bruits de bombes, ou la douleur de perdre les gens que nous aimons quand une roquette tombe sur leur maison et qu'ils n'ont rien fait pour mériter une telle mort ? Et n'oublions pas la fermeture des passages, qui rendent tout voyage impossible. Et même quand nous pouvons, c'est comme si nos noms sur nos papiers d'identité étaient soulignés en rouge, juste parce que nous sommes Palestiniens - les gens nous traitent différemment, ils sont "prudents", comme si nous étions tous des terroristes.

Je suis une fille
qui, dans certaines parties du monde où les personnes "ont de l'importance", serait considérée comme trop jeune pour poser ces questions, et beaucoup trop jeune pour pouvoir parler de ces sujets. Je suis une fille qui est obligée d'être une vieille femme à l'âge de 15 ans.







Gaza - le 9 mai 2016



Traduction : MR pour ISM





dimanche 29 mai 2016

République Démocratique du Congo : 6 millions de morts,


 le génocide zappé par les médias

« Tant que l’opinion publique abdique, le Congolais reste le « nègre » de l’Afrique »
Baloji, Tout ceci ne vous rendra pas le Congo


 Les médias dominants ont la mémoire courte… Ou peut-être est-ce la laisse qui tient les journalistes à leurs maîtres qui les empêche d’aller où l’exigerait leur déontologie pourtant si noble ? Il y une vingtaine d’années (1994), un génocide horrible eut lieu au Rwanda, ancienne colonie belge.
Pour des conflits d’intérêts – opaques pour le citoyen lambda, très clairs pour les marchands d’armes et de mensonges qui nous dirigent - personne n’en parlera, laissant consciencieusement le massacre se perpétuer pendant de longues semaines.
Résultat, un génocide dont ont été complices nos dirigeants et la communauté internationale, incapables même après coup d’identifier les coupables et de faire en sorte qu’ils ne nuisent plus… Et l’Histoire se répète, malheureusement (peut-être d’ailleurs à cause des mêmes personnes).
Depuis 1996, une situation similaire se déroule en République Démocratique du Congo. On évalue à 6 millions de morts – plus que l’Holocauste de la Seconde guerre mondiale –  le désastre humanitaire qui se déroule depuis près de 20 ans en RDC, dans la plus grande indifférence. Un rapport de l’ONU accablant le prouve
En plein centre de l’Afrique, le Congo est un pays riche, rempli de matières premières (diamants, or, étain, gaz, pétrole, uranium, coltan…), de forêts, d’eau, de femmes et d’hommes, d’une multitude de tribus rassemblées sous une nation dessinée par les colons, et qui ne correspond historiquement à pas grand-chose. Suite au génocide au Rwanda, les pays voisins ont de plus profité du flou politique et institutionnel au Congo (limitrophe du Rwanda) pour attaquer de toutes parts ce gigantesque pays rempli de trésors.
Et les Occidentaux dans tout cela ? La culpabilité des dirigeants américains et européens quant au génocide au Rwanda les a poussé à mener une politique pro-Rwanda, laissant les rebelles rwandais passés du côté congolais libre de faire ce qu’ils voulaient, aidés par des alliés ougandais et du Burundi…
Mais surtout, les nombreuses richesses naturelles en RDC sont vitales pour les économies occidentales, notamment pour les secteurs automobile, aéronautique, spatial, les hautes technologies et l’Électronique, la joaillerie… Le coltan surtout (dont le Congo détient au moins 60% des ressources mondiales) est essentiel dans la fabrication des composants électroniques que l’on retrouve dans les TV, les ordinateurs, les smartphones mais aussi certaines armes comme les missiles ! La RDC subit aussi des déforestations massives. Les principaux importateurs ? USA, Europe, Chine. Pas étonnant.
Mais puisque l’intrusion guerrière semble interne à l’Afrique, personne ne peut accuser les USA et les autres puissances occidentales de profiter des ressources et des richesses du Congo en intervenant directement. Non, c’est encore plus pratique de laisser les peuples se descendre entre eux. Parallèlement, les USA soutiennent les dictatures qui se succèdent au Congo et les milices rwandaises et ougandaises. Joyeux.
Pauvreté entretenue et conditions de vie abjectes, viols incessants (et un taux de SIDA atteignant les 20% de la population dans les provinces de l’est), déplacements de population, outrages, épidémies… : une stratégie de déshumanisation est en place afin de rendre les victimes impuissantes, une situation terrible sur laquelle il n’y a pas de mots assez durs.


Les dirigeants occidentaux sont-ils assoiffés de richesses au point de laisser perpétrer un nouveau génocide ? Oui, au point de laisser perpétrer et même couvrir un nouveau génocide. Avec des armes, des entrainements militaires venant de nos élites. Une chose : ce qui se passe au Congo, des affaires politiques et économiques au génocide, n’est pas déterminé par les Congolais seuls, mais aussi par les puissances carnassières, avides de richesses et sans considération pour les peuples.
La situation au Congo sera résolue par les Congolais eux-mêmes. Mais la communauté internationale doit instamment cesser de soutenir Rwandais, Ougandais et toutes les milices perpétuant cet état de guerre insupportable leur permettant de mettre la mains sur les richesses d’un pays sans avoir de compte à rendre personne.
6 millions de morts. Dont la moitié d’enfants en bas âge. Le monde dit « libre » – nous – doit impérativement regarder en face ce que sa « liberté » laisse faire. Pourquoi tant de violence et si peu de bruit de la part des médias ?  
Est-ce inintéressant pour le Français moyen ? N’est-ce pas assez sensationnel, ce massacre qui se compte en millions de personnes ? Est-ce trop loin de « chez nous », appliquent-ils une fois encore cette odieuse « Loi de proximité » ? Pourquoi aucune réaction, aucun impact dans l’imaginaire collectif, ni indignation, ni colère, ni émotion ?
Notre devoir en tant que citoyens du monde est donc de faire passer le message. Que le monde sache. Avant que le monde bouge. Il y a des coupables en Europe comme il y en a en Afrique. Le silence des puissants tue autant que le bruit des mitraillettes. Mettons tous les assassins face à leurs responsabilités.
FAITES TOURNER !
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Photo : greatphotojournalism.com

mercredi 25 mai 2016

Alexeï Mozgovoï, poète et combattant pour la liberté




"Благодатью степь укрыта,
La steppe est couverte par la grâce,
Как туманом в пред рассвет.
Comme par le brouillard avant l’aube.
Лунным светом вся залита,
toute inondée de lumière lunaire,
Серебром копытит след.
Piétinée de traces de sabots argentées."

Alexeï Mozgovoï






Alexeï Mozgovoï

Алексей Борисович Мозговой

Assassiné au Donbass,
le 23 Mai 2015,
avec 9 autres personnes,
camarades, citoyens
et citoyennes de Lougansk,
 par les fascistes
et leurs complices.

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( Traductions Luniterre -TML )
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Désormais également sur VK:






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    Le 23 Mai 2015, le commandant Mozgovoï, de la Brigade « Prizrak », basée dans la région de Lougansk, une formation armée populaire à l’avant-garde de la lutte antifasciste, a été assassiné par un commando à ce jour non identifié, qui a fait sauter sa voiture sur une forte bombe, et achevé les survivants à l’arme automatique, incluant ceux des voitures civiles se trouvant prises par le hasard dans cette explosion.

En tout, dix victimes de cette barbarie, de nature fasciste, quelle que soit l’origine des commanditaires.

Avec Mozgovoï sont morts six de ses compagnons de lutte, dont sa secrétaire de presse, une jeune mère de trois enfants.

Trois autres personnes, blessées dans les voitures qui arrivaient derrière, ont été également achevées, manifestement pour éviter tout témoignage.

Le Commandant Mozgovoï avait de la lutte antifasciste en Ukraine une conception qui excluait toute compromission avec les clans oligarchiques, et y compris avec leurs affidés restés dans l’ombre au Donbass, sous le régime des Républiques Populaires, dont il souhaitait l’unification, au sein du projet Nouvelle Russie.

Du vivant de Mozgovoï, mais peu avant sa mort, la Brigade « Prizrak » avait été intégrée officiellement, en tant que telle, dans les forces armées de la République Populaire de Lougansk. (*) Elle occupe toujours une place d’avant-garde sur la ligne de front, notamment dans le village de Donetskii, situé sur le territoire de la LNR. (**)

Cette intégration, essentiellement nécessaire stratégiquement, ne signifie pas pour autant le renoncement de la Brigade à ses idéaux de combat.
Il suffit pour s’en convaincre de se rendre sur son site, à la page qui en résume les fondamentaux, par une simple citation du Commandant Mozgovoï:


О нас:
A notre sujet:

«Мы воюем не за ЛНР. Мы воюем за Новороссию, в составе которой должны находиться не только две области, но весь Юго-восток. »
Nous ne combattons pas pour la LNR (NDLR: République populaire de Lougansk). Nous combattons pour la Nouvelle Russie, au sein de laquelle doivent se trouver non seulement les deux régions, (NDLR: Donetsk et Lougansk) mais tout le Sud-est. (NDLR: L’Ukraine russophone)

« Нас изначально никогда не устраивало то, что кому-то захотелось из двух областей сделать две республики. »
Initialement, nous ne nous sommes jamais accommodés de ceux qui ont voulu, de deux régions, faire deux Républiques.

« И что теперь, что дальше? »
Et où en est on maintenant, et que faire ensuite?

« Два правительства, пускай будут два президента, появится потом ещё одна область-республика — и ещё одно правительство, и так далее, и так далее… »
Deux gouvernements, ce sera deux présidents, apparaitra ensuite encore une région-république, et encore un autre gouvernement, et ainsi de suite…

« Это всё как раз-таки и называется „разделяй и властвуй“.»
C’est tout à fait ce qu’on appelle « diviser pour régner »

«Борьба когда начиналась, такой категории, как Новороссия, не существовало. »
Quand la lutte a commencé, une telle catégorie, comme la Nouvelle Russie, cela n’existait pas.

« Это понятие возникло в ходе сражений и постепенно всё больше и больше разрастается, и приобретает всё больше смыслов. »
Ce concept a surgi dans le feu de l’action et, progressivement, il grandit toujours de plus en plus, il gagne de plus en plus d’esprits.

« Сейчас Новороссия — это не просто территория, это прежде всего идея. Свобода и совесть — это и будет Новороссия. »
Actuellement, la Nouvelle Russie, ce n’est pas simplement un territoire, c’est d’abord et avant tout, une idée. La liberté et la conscience, c’est, et ce sera, la Nouvelle Russie.

« У нас хватает людей разных убеждений. Я думаю, будет сформировано совсем новое общество, с абсолютно новым мышлением. »
Nous avons suffisamment de gens de différentes convictions. Je pense qu’il se formera une société complétement différente, avec une mentalité absolument nouvelle.

« Хочу, чтобы, во-первых, это мышление появилось, во-вторых, чтобы оно отличалось от того, что на сегодняшний день есть. Новое, продуктивное. Хочется создать что-то глубоко человечное».
Je veux, en premier, que cette mentalité apparaisse, et en deux, qu’elle se démarque de ce qu’il y a au jour d’aujourd’hui. Nouvelle, constructive. On veut créer quelque chose de profondément humain. »

Алексей Мозговой
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Alexeï Mozgovoï était donc davantage un communiste simplement humaniste plutôt qu’un marxiste-léniniste, mais il avait une conception réellement démocratique et populaire de la Nouvelle Russie, qui ne pourra survivre sans une unité large des classes sociales populaires du Donbass.
La question de la reconstruction d’un parti ouvrier reste posée au Donbass comme ailleurs, mais la Brigade « Prizrak » est pratiquement la seule formation militaire d’importance à avoir accueilli en son sein des combattants communistes en tant que tels, et y compris, dans l’esprit des Brigades Internationales antifascistes de la lutte anti-franquiste, des combattants internationalistes d’autres pays, et notamment, d’Espagne.
Avec la Brigade « Prizrak », l’esprit de Mozgovoï continue non seulement de planer sur les steppes de la Nouvelle Russie, mais également, de trouver sa place dans le cœur de tous les peuples épris d’indépendance et de liberté.

Luniterre

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3 poème de Alexeï Mozgovoï :
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Сон
Songe
Мозговой Алексей Борисович
http://www.stihi.ru/2013/05/30/3206

Сегодня видел я во сне
Aujourd’hui j’ai vu en rêve,
Себя… на вороном коне.
Moi-même… sur un cheval noir.
И нёс меня тот чёрный конь
Il me portait, ce cheval noir,
Сквозь тучи пуль, вперёд, в огонь.
A travers des nuées de balles, en avant, au feu.

Приказы я ему давал,
Je lui donnais des ordres,
Пришпоривать не забывал.
Je n’oubliais pas de l’éperonner.
Лети, мой друг, лети, мой конь!
Vole, mon ami, vole mon cheval!
Не страшен мне с тобой огонь.
Avec toi, il ne m’effraye pas, le feu.

Я помню раннюю зарю
Je me souviens de l’aube précoce,
И гриву чёрную твою.
Et de ta crinière noire.
Как вёл тебя на водопой,
Comme je te conduisais à l’abreuvoir,
А ты покорно шёл за мной.
Tu me suivais docilement.

Со мною друг мой ты играл,
Avec moi tu jouais, mon ami,
В глазах моих ответ искал.
Dans mes yeux tu cherchais une réponse.
За веру преданность свою
Pour la foi, ma fidélité,
Смогу ли сохранить в бою…
Pourrai-je la sauvegarder au combat…

И снова в бой с тобой идём
Et de nouveau nous allons au combat avec toi,
Под неприятельским огнём.
Sous le feu ennemi.
Зловещий свист, смертельный вой!
Sifflement sinistre, mortel hurlement!
С тобою наш последний бой.
Avec toi, notre dernier combat.

Штыки о грудь свою ломал,
De sa poitrine il a brisé les baïonnettes,
И от ударов прикрывал.
Et des coups il m’a abrité.
Но выстрел тот был роковой,
Mais ce tir fut fatal,
Он разлучил меня с тобой.
Il m’a séparé de toi.

Упал мой друг, упал мой конь,
Il est tombé, mon ami, il est tombé, mon cheval,
В груди теперь горел огонь!
Dans sa poitrine le feu brûle!
В глаза мои он посмотрел…
Dans les yeux, il me regarde…
Не уберёг я, не сумел…
Je ne l’ai pas protégé, je n’y suis pas arrivé…

Простишь ли ты меня, мой друг,
Me pardonneras-tu, mon ami,
В крови неловкость моих рук…
Dans le sang, la maladresse de mes mains…
И то, что вижу лишь во сне,
Et cela, ce que je vois seulement en songe,
Как ты несёшь меня во огне…
Comme tu me portes au feu…
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Деревни – вдовы
Les campagnes veuves
Мозговой Алексей Борисович
http://www.stihi.ru/2013/05/31/897
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Позаброшены дома
Des maisons abandonnées,
В деревнях России…
Dans la campagne de Russie…
Без крестьянина зима
Sans paysans, c’est désormais
На полях от ныне.
L’hiver dans les champs.

Сквозняки только скрипят,
Seuls les volets grincent,
Открывая ставни…
S’ouvrant aux courants d’airs…
Окна чёрные глядят
Les fenêtres noires regardent
На закат свой ранний.
Vers leur déclin précoce.

Вдоль дороги сухостой…
Au long des chemins, des arbres secs…
Тополя, как вдовы.
Des peupliers, comme des veuves.
Только в темени ночной
Seules dans l’obscurité nocturne,
Пролетают совы.
Passent les chouettes.

Наклонились купола,
Les coupoles, en déchéance,
Не горят во злате…
Ne brillent plus par leur or…
Нет застолья и стола
Plus de joyeuses tablées, ni même de tables,
В деревенской хате.
Dans les isbas campagnardes.

Травы некому косить
Il n’y a plus personne pour faucher l’herbe,
На лугах зелёных.
Dans les prés verdoyants.
Из ручья воды не пить,
On ne puise plus l’eau des ruisseaux,
Кроме слёз солёных.
Seulement des larmes salées.

Не курлычут журавли,
Les cigognes ne caquètent plus,
Только плачут совы…
Seules pleurent les chouettes…
Вдоль дороги, посмотри,
Au long des chemins, voyez
Вдовы, вдовы, вдовы…
Des veuves, des veuves, des veuves…

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Прогуляться бы по краю…
Se balader au bord du monde…
Мозговой Алексей Борисович
http://www.stihi.ru/2013/06/01/7874

Прогуляться бы по краю,
Se balader au bord du Monde,
Вдоль по млечному пути.
Le long de la voie lactée.
От восторга замирая,
Être saisi d’admiration,
Над вселенною идти.
Marcher au-dessus de l’Univers.
Широтою надышатся,
Se remplir de l’espace,
Бесконечности вдохнуть.
Inspirer un peu de l’éternité,
Разбежаться, разогнаться,
S’élancer, prendre de la vitesse,
Свою молодость вернуть.
Faire revenir sa jeunesse.

Зачерпнуть ладонью звёзды,
Puiser des étoiles au creux de sa main,
Россыпь сказочных камней.
Filon de pierres féeriques.
Беззаботно не серьёзным,
Стать всего на пару дней.
Devenir seulement pour deux jours
Insouciant et léger.

Позабыть о серых буднях,
Oublier l’ennui des jours gris,
В пух и прах их разнести!
En pulvériser les cendres refroidies!
В переливах света лунных
Dans la lumière irisée de la lune,
Над вселенною идти…
Marcher au-dessus de l’Univers…

Алексей Мозговой
Alexeï Mozgovoï




Pour lire les 7 autres poèmes traduits en français, rendez-vous à la source :

Lire sur Désobeissance civile : Mourir en mai


dimanche 22 mai 2016

Contre la pensée unique




"Le consentement docile de l'Europe soumise à la pression culturelle américaine est d'autant moins justifié, et la dépendance européenne d'autant plus surprenante, que l'Europe est elle-même une source essentielle de la culture américaine. Elle devrait voir dans le reflet, plus ou moins heureusement recomposé, qui lui est renvoyé de son image l'occasion de la renouveler au lieu de s'égarer dans le mimétisme et la stérilité.Claude Hagège




Ce livre est un plaidoyer contre la pensée unique.
Ce livre est un appel à la résistance.
Quand l’essentiel n’est plus distingué de l’accessoire, quand les projets intellectuels de haute volée se heurtent à la puissante inertie de la médiocrité ambiante et des petits desseins, quand l’uniformisation s’installe dans les goûts,
les idées, dans la vie quotidienne, dans la conception même de l’existence, alors la pensée unique domine.

La langue anglaise domine le monde et sert aujourd’hui de support à cette pensée unique.
Mais le français est bien vivant. Et nombreux sont ceux, de par le monde, qui en mesurent l’apport au combat de l’homme pour la liberté de l’esprit.

C’est l’objet de ce livre que de proposer de nouvelles pistes pour déployer encore plus largement de nouvelles formes d’inventivité et de créativité.

Claude Hagège est linguiste, professeur honoraire au Collège de France et lauréat de la médaille d’or du CNRS. Il est l’auteur de livres qui sont d’immenses succès : Le Français et les Siècles, Le Souffle de la langue, L’Enfant aux deux langues, Halte à la mort des langues et Combat pour le français. 





"Il ne s'agit pas, aujourd'hui, d'extermination physique, mais d'asservissement intellectuel, politique et économique. La France doit entrer en résistance. Elle en possède la tradition. (...) La résistance, aujourd'hui, est d'autant plus urgente et indispensable que ce à quoi elle doit s'opposer n'est pas un front politique ou militaire explicite, mais une action que ses formes pacifiques rendent encore plus redoutable.Claude Hagège





Claude Hagège : “ Imposer sa langue, c'est imposer sa pensée ”


Avec Claude Hagège, on ne perd jamais son temps. Je reprends ici de larges extraits d’un entretien qu’il avait accordé en juillet 2007 à Yann Rabarier de L’Express. Bernard Gensane



Claude Hagège


Comment décide-t-on, comme vous, de consacrer sa vie aux langues ?

Claude Hagège : Je l'ignore. Je suis né et j'ai grandi à Tunis, une ville polyglotte. Mais je ne crois pas que ce soit là une explication suffisante : mes frères, eux, n'ont pas du tout emprunté cette voie.

Combien de langues parlez-vous ?

S'il s'agit de dénombrer les idiomes dont je connais les règles, je puis en mentionner plusieurs centaines, comme la plupart de mes confrères linguistes. S'il s'agit de recenser ceux dans lesquels je sais m'exprimer aisément, la réponse sera plus proche de 10.

Beaucoup de Français pensent que la langue française compte parmi les plus difficiles, et, pour cette raison, qu'elle serait “ supérieure ” aux autres. Est-ce vraiment le cas ?

Pas du tout. En premier lieu, il n'existe pas de langue “ supérieure ”. En France, le français ne s'est pas imposé au détriment du breton ou du gascon en raison de ses supposées qualités linguistiques, mais parce qu'il s'agissait de la langue du roi, puis de celle de la République. En second lieu, le français est un idiome moins difficile que le russe, l'arabe, le géorgien, le peul ou, surtout, l'anglais.

L'anglais ? Mais tout le monde, ou presque, l'utilise !

Beaucoup parlent un anglais d'aéroport, ce qui est très différent ! Mais l'anglais des autochtones reste un idiome redoutable. Son orthographe, notamment, est terriblement ardue : songez que ce qui s'écrit “ ou ” se prononce, par exemple, de cinq manières différentes dans through, rough, bough, four et tour ! De plus, il s'agit d'une langue imprécise, qui rend d'autant moins acceptable sa prétention à l'universalité.

Imprécise ?

Parfaitement. Prenez la sécurité aérienne. Le 29 décembre 1972, un avion s'est écrasé en Floride. La tour de contrôle avait ordonné : "Turn left, right now", c'est-à-dire "Tournez à gauche, immédiatement !" Mais le pilote avait traduit "right now" par "à droite maintenant", ce qui a provoqué la catastrophe. Voyez la diplomatie, avec la version anglaise de la fameuse résolution 242 de l'ONU de 1967, qui recommande le “ withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict ”. Les pays arabes estiment qu'Israël doit se retirer “ des ” territoires occupés – sous-entendu : de tous. Tandis qu'Israël considère qu'il lui suffit de se retirer “ de ” territoires occupés, c'est-à-dire d'une partie d'entre eux seulement.

Est-ce une raison pour partir si violemment en guerre contre l'anglais ?

Je ne pars pas en guerre contre l'anglais. Je pars en guerre contre ceux qui prétendent faire de l'anglais une langue universelle, car cette domination risque d'entraîner la disparition d'autres idiomes. Je combattrais avec autant d'énergie le japonais, le chinois ou encore le français s'ils avaient la même ambition. Il se trouve que c'est aujourd'hui l'anglais qui menace les autres, puisque jamais, dans l'Histoire, une langue n'a été en usage dans une telle proportion sur les cinq continents.

En quoi est-ce gênant ? La rencontre des cultures n'est-elle pas toujours enrichissante ?

La rencontre des cultures, oui. Le problème est que la plupart des gens qui affirment "Il faut apprendre des langues étrangères" n'en apprennent qu'une : l'anglais. Ce qui fait peser une menace pour l'humanité tout entière. Seuls les gens mal informés pensent qu'une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. En hindi, par exemple, on utilise le même mot pour “ hier ” et “ demain ”. Cela nous étonne, mais cette population distingue entre ce qui est – aujourd'hui – et ce qui n'est pas : hier et demain, selon cette conception, appartiennent à la même catégorie.

Avec 27 pays dans l'Union européenne, n'est-il pas bien utile d'avoir l'anglais pour converser ? Nous dépensons des fortunes en traduction !

Cette idée est stupide ! Comme le dit l'écrivain Umberto Eco, “ la langue de l'Europe, c'est la traduction ”. Car la traduction - qui coûte moins cher qu'on ne le prétend – met en relief les différences entre les cultures, les exalte, permet de comprendre la richesse de l'autre.

Mais une langue commune est bien pratique quand on voyage. Et cela ne conduit en rien à éliminer les autres !

Détrompez-vous. Toute l'Histoire le montre : les idiomes des Etats dominants conduisent souvent à la disparition de ceux des Etats dominés. Le grec a englouti le phrygien. Le latin a tué l'ibère et le gaulois.

Vous allez plus loin, en affirmant qu'une langue unique aboutirait à une “ pensée unique ”...

Ce point est fondamental. Il faut bien comprendre que la langue structure la pensée d'un individu. Certains croient qu'on peut promouvoir une pensée française en anglais : ils ont tort. Imposer sa langue, c'est aussi imposer sa manière de penser. Comme l'explique le grand mathématicien Laurent Lafforgue : ce n'est pas parce que l'école de mathématiques française est influente qu'elle peut encore publier en français ; c'est parce qu'elle publie en français qu'elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents.

Vous estimez aussi que l'anglais est porteur d'une certaine idéologie néolibérale...

Oui. Et celle-ci menace de détruire nos cultures dans la mesure où elle est axée essentiellement sur le profit.

Prenez le débat sur l'exception culturelle. Les Américains ont voulu imposer l'idée selon laquelle un livre ou un film devaient être considérés comme n'importe quel objet commercial. Songez que le cinéma représente leur poste d'exportation le plus important, bien avant les armes, l'aéronautique ou l'informatique ! D'où leur volonté d'imposer l'anglais comme langue mondiale. Même si l'on note depuis deux décennies un certain recul de leur influence.

Pour quelles raisons ?

D'abord, parce que les Américains ont connu une série d'échecs, en Irak et en Afghanistan, qui leur a fait prendre conscience que certaines guerres se perdaient aussi faute de compréhension des autres cultures. Ensuite, parce qu'Internet favorise la diversité : dans les dix dernières années, les langues qui ont connu la croissance la plus rapide sur la Toile sont l'arabe, le chinois, le portugais, l'espagnol et le français. Enfin, parce que les peuples se montrent attachés à leurs idiomes maternels et se révoltent peu à peu contre cette politique.

Pas en France, à vous lire... Vous vous en prenez même de manière violente aux “ élites vassalisées ” qui mèneraient un travail de sape contre le français.

Je maintiens. C'est d'ailleurs un invariant de l'Histoire. Le gaulois a disparu parce que les élites gauloises se sont empressées d'envoyer leurs enfants à l'école romaine. Tout comme les élites provinciales, plus tard, ont appris à leur progéniture le français au détriment des langues régionales. Les classes dominantes sont souvent les premières à adopter le parler de l'envahisseur. Elles font de même aujourd'hui avec l'anglais.

Comment l'expliquez-vous ?

En adoptant la langue de l'ennemi, elles espèrent en tirer parti sur le plan matériel, ou s'assimiler à lui pour bénéficier symboliquement de son prestige. La situation devient grave quand certains se convainquent de l'infériorité de leur propre culture. Or nous en sommes là.

Pour se distinguer du peuple ?

Sans doute. Mais ceux qui s'adonnent à ces petits jeux se donnent l'illusion d'être modernes, alors qu'ils ne sont qu'américanisés.

Mais que dites-vous aux parents qui pensent bien faire en envoyant leurs enfants suivre un séjour linguistique en Angleterre ou aux Etats-Unis ?

Je leur réponds : “ Pourquoi pas la Russie ou l'Allemagne ? Ce sont des marchés porteurs et beaucoup moins concurrentiels, où vos enfants trouveront plus facilement de l'emploi. ”

Si une seule mesure était à prendre, quelle serait-elle ?

Tout commence à l'école primaire, où il faut enseigner non pas une, mais deux langues vivantes. Car, si on n'en propose qu'une, tout le monde se ruera sur l'anglais et nous aggraverons le problème. En offrir deux, c'est s'ouvrir à la diversité.

Le français pourrait-il être le porte-étendard de la diversité culturelle dans le monde ?

J'en suis persuadé, car il dispose de tous les atouts d'une grande langue internationale. Par sa diffusion sur les cinq continents, par le prestige de sa culture, par son statut de langue officielle à l'ONU, à la Commission européenne ou aux Jeux olympiques. Et aussi par la voix singulière de la France. Songez qu'après le discours de M. de Villepin à l'ONU, s'opposant à la guerre en Irak, on a assisté à un afflux d'inscriptions dans les Alliances françaises.


Contre la pensée unique, par Claude Hagège. Odile Jacob, 250 p.




mercredi 18 mai 2016

La révolte gronde en France




Si Marx vivait encore, une nouvelle occasion d'ajouter une nouvelle "saison" à sa "lutte des classes en France" lui serait fournie.
Tous les ingrédients dignes de son talent sont présents.
- Un président socialiste dévalué par ses reniements apparents mais largement prévisibles dès sa candidature.
- Un parti du président, jadis populaire, doyen des partis français, en voie d’implosion entre deux minorités diamétralement hostiles et une majorité, centriste, d’intérêts particuliers voire personnels.
- Une droite, idéologiquement unie, mais aux prise avec des ambitions personnelles aussi multiples que massacrantes.
- Et une extrême droite qui est unie sur une seule candidature, appuyée sur un programme dont la véhémence attrape-tout permet, depuis des décennies une progression régulière au dessus des deux chiffres au delà des quel la crédibilité devient préoccupante pour ses adversaires.
- Enfin une extrême gauche minoritaire qui se partage entre ceux qui veulent refaire le Front Popu en unifiant les prolétaires de toute la gauche et ceux qui, depuis 1917, rêvent au "Grand Soir"d’octobre 17 ou de la "sociale" de 1848, ou 1871.
Tout ce monde essaie de peser, au grès de chaque événement, sur les comportements politique de la classe immensément majoritaire dans cette France du XXIe siècle, à savoir ceux qui doivent travailler pour vivre, j’ai nommé le prolétariat moderne fait d’autant de cols blancs que de cols bleus. Etant bien entendu qu’une autre classe, extrêmement minoritaire en nombre, mais extrêmement majoritaire sur les comptes bancaires, à savoir la bourgeoisie, manoeuvre, elle, au grès des circonstances pour que ses intérêts matériels gardent toujours leur primauté. Son parti est unique. Jamais il ne participe directement aux élections ni au gouvernement, mais le sous parti qui obtient son soutient a toujours de bonnes chance de l’emporter, tant sont puissants les médias qu’il commande. 
Ce parti unique, c’est le Medef (Organisation patronale des entreprises françaises, NdlR). 





COMMUNIQUÉ DU MILI 
À PROPOS DES INTERDICTIONS DE MANIFESTER

Stratégie de la tension : interdiction de manifester & état d’urgence

Publié sur le site Mediapart dans la soirée.

Des membres du Mouvement Inter Luttes Indépendant (Mili) et d’autres camarades ont vu leur week-end de la pentecôte gâché par une visite des services de police aussi imprévisible que désagréable. Hormis ceux qui ont eu la chance d’être en « course » au moment du passage des policiers, les autres se sont vus remettre une interdiction de séjourner dans plusieurs arrondissements et place de la république qu’ils ont été contraints de signer, parfois sous pression. Si au cours de cette visite les policiers n’ont pas démérité dans leur tentative habituelle d’intimidation et d’humiliation - coups de téléphone aux parents pour ceux qui résident chez eux ou encore remise du papier devant la famille - c’est surtout le contenu de cette interdiction qui nous étonne. 

En réalité, il ne fait aucun doute que cette interdiction a pour seul objectif d’empêcher une frange organisée de la jeunesse de manifester. Les personnes concernées par la mesure sont interdites de séjourner le 17 mai 2016 dans le 6, 7, 14 et 15 ème arrondissement de Paris de 11h à 20h et de 18h jusqu’à 7h le lendemain dans le quartier de République, autrement dit, il leur est interdit de se rendre à la manifestation de mardi contre la loi El-Khomri et a la Nuit Debout. C’est une interdiction politique et à travers cette mesure M. Cazeneuve s’octroie le droit de choisir qui peut, ou non, se rendre à une manifestation, dans l’espoir de faire taire toute contestation par l’intimidation. Si nous savons depuis trop longtemps que l’état de droit est une fiction, qui plus est sous état urgence, il nous semble nécessaire de rappeler certaines choses.

En premier lieu, le caractère arbitraire de ces mesures et son rôle dans une stratégie de terreur à l’encontre des manifestants. Ces interdictions de manifester sont, au-même titre que les assignations à résidences, des décisions administratives. Elles relèvent d’une décision unilatérale et ont pour seul fondement le jugement subjectif des services de police, plus précisément de certaines notes blanches recueillies par les renseignements généraux. Elles ne sont pas contrôlées par la justice et sont mises en place simplement quand il existe « des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace pour la sécurité et l’ordre publics », c’est-à-dire qu’elles reposent sur des présomptions et non des faits ; autant dire le régime de l’arbitraire et le retour des lettres de cachet.

C’est l’ensemble de ceux qui ont contesté la loi qui sont susceptibles d’être touchés par cette interdiction, comme en atteste la diversité des groupes ciblés : un lycéen, un photographe indépendant, des militants antifascistes, des étudiants ou des jeunes. Peu importe qui vous êtes ou ce que vous avez fait, ce qui compte c’est votre simple présence en manifestation et le fait de ne pas dissocier le discours des actes. La lettre du préfet dit une chose : « nous savons que vous avez contesté l’ordre établi, nous savons où vous habitez, nous pouvons revenir ». Tout comme les coups des matraques ou les tirs de flash-ball ce qui compte c’est moins ceux qui sont ciblés directement que ceux qui sont autour, car l’effet est indirect, mais bien présent. Ne nous y trompons pas ne sont pas uniquement les membres du Mouvement Inter Luttes indépendant qui sont visés par ces interdictions de manifester, mais l’ensemble des sympathisants et plus largement la jeunesse fer-de-lance de la contestation.
La police espère voir tous ceux qui contestaient et contestent encore la loi El-Khomri, voir plus, déserter la rue et rentrer chez-eux sous l’effet de la peur de la répression, plutôt que d’espérer la fin des débordements en interdisant une trentaine de personnes de manifester.

Il faudrait être terriblement naïf pour croire que les débordements sont le fait d’un petit groupe, quand on voit des milliers de manifestants se masquer le visage et s’organiser de façon autonome pour mettre en échec l’État et la police. Ces interdictions de manifester sont donc des interdictions pour l’exemple, qui ont pour but de terroriser ceux qui depuis plusieurs semaines tiennent la rue pour y battre le pavé.

En second lieu, il nous semble important de rappeler ce que ces interdictions signifient également que le système perd pied. Nous nous posons une question : n’est ce pas un aveu d’impuissance que d’utiliser une mesure prévue pour lutter contre le terrorisme à l’encontre des jeunes d’une vingtaine d’année et d’un lycéen de 17 ans ? De toute évidence, ça l’est. Le pouvoir est en train d’être submergé par une succession de débordements. Face à cela il n’a pas d’autre choix que de se compromettre avec ses propres (supposés) principes. Il détourne les mesures permises par l’état d’urgence contre le terrorisme à l’encontre de la population civile : population musulmane, militants écologistes et actuellement les jeunes (et moins jeunes) contre la loi travail. Le reste a échoué, ainsi le gouvernement en est arrivé là. Lors des précédents conflits sociaux, c’est la distinction entre manifestants dit violents et dit non-violents, ainsi que le mythe du casseur, qui permettaient de diviser la contestation, mais aujourd’hui les gens se tiennent ensemble, dans leur diversité tactique. Les nombreuses soupapes qui séparaient les contestataires du pouvoir, comme les bureaucraties syndicales, ont explosé. Face au déploiement d’un armement militaire par la police et à ses techniques ridicules, les foules ne fuient plus, mais de semaine en semaine s’organisent pour revenir plus fortes, plus nombreuses et avec plus de détermination.

Nous soutenons donc toutes les personnes frappées par les interdictions et souhaitons bonne chance à celles qui essayent d’y échapper. Mais surtout nous appelons à intensifier la mobilisation, à prendre la rue dès que la situation le permet, à occuper des lieux pour y construire d’autres manières de vivre et à s’organiser contre la répression sans tomber dans son piège, qui est celui de créer des clivages.

Source : Mediapart