lundi 11 avril 2016

Les paradis des riches



"Curieusement à l'origine de la prolifération des paradis fiscaux se trouve la Mafia"
René Naba




Paradis fiscaux, zones offshore, flux monétaires, capitaux errants et budgets aberrants. Ces termes innocents évoquent au premier abord une douceur de vivre dans une société marquée par l'abondance financière,la flexibilité économique et l'évasion fiscale. C'est en fait la face hideuse de la mondialisation, nouveau dogme de la libre entreprise, avec son cortège de chômage, d'exclusion, de corruption, en un mot tous les ingrédients qui gangrènent la vie politique, sapent les fondements des puissances grandes et petites et font planer le risque de perversion des grandes et vieilles démocraties.
Le nouvel ordre international tant célébré depuis l'effondrement du bloc communiste, c'est à dire depuis l'effondrement du monde bipolaire au début des années 90 a sécrété en contrepoint, un système planétaire articulé autour de la criminalité transnationale. Les commentateurs occidentaux se sont longtemps montrés discrets sur ce sujet, plus prompts à dénoncer le péril islamiste ou le péril jaune, après avoir tant dénoncé le péril rouge.
Mais s'il est sain de dénoncer les périls extérieurs, il serait tout aussi salubre de dénoncer aussi ses propres périls intérieurs: Trafic de drogue, trafic d'armes, prostitution, jeux clandestins, racket constituent les principales sources de capitaux illicites et ces divers trafics, parfois tolérés sinon encouragés par les états, génèrent annuellement mille cinq cent milliards de dollars (1.500 milliards), soit le budget des 20 pays de la Ligue arabe, dont le tiers -500 milliards de dollars- proviendrait uniquement de la drogue.
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A l'instar de la drogue, l'argent sale provenant du trafic illicite devient pour les banques et institutions financières qui se prêtent à des opérations de blanchiment une addiction ayant les mêmes effets que les stupéfiants sur les individus.
Empruntant un circuit complexe et risqué, l'argent noir transite par une multitude de sociétés écrans éparpillées à travers les paradis fiscaux de la planète, avant de se réhabiliter dans de respectables banques des grandes places financières internationales. Sa détection est difficile. Le seul véritable détecteur, au niveau mondial, est la balance mondiale des paiements.
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De nos jours, les sommes en cause sont énormes et nécessitent pour leur blanchiment des techniques sophistiquées, donnant ainsi naissance à un métier nouveau "le financier-criminel", c'est à dire un ingénieur financier déployant ses talents dans les activités de nature criminelle. Le blanchisseur perçoit, à titre de commissions, près de huit pour cent de la somme ayant transité par les transferts électroniques, alors que le contrebandier, passeur d'argent avec des mallettes, ne prélève que cinq pour cent. A titre d'illustration, les SWIFF (sociétés pour les télécommunications financières mondiales interbancaires) et les CHIPS (Chambre de compensation des systèmes de paiement interbancaires) brassent quotidiennement près de mille milliards de dollars.
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Le processus du blanchiment se déroule en trois étapes: le placement, l'empilage et l'intégration
-Le placement (ou prélavage): l'opération consiste à placer les importantes sommes d'argent recueillies de manière illicite dans le maillon faible du dispositif: l'économie de détail (achat de devises auprès d'agent de change, casinos de jeu, maison de retraite), le transfert par petits porteurs et petites coupures (schtroumpfage).
-L'empilage (ou lavage): l'opération consiste à gommer toute trace des origines criminelles de l'argent, en multipliant les transferts de compte à compte ou les transactions financières, notamment par le biais du "prêt apparent". Ce procédé consiste à obtenir un prêt pour un investissement garanti par le montant du compte numéroté détenu dans la même banque par l'emprunteur. Le montant du prêt correspond à celui du dépôt et les intérêts à payer identiques à ceux perçus sur le compte numéroté.
-L'intégration (ou recyclage), terme ultime, confère une apparence de légalité à des revenus d'origine criminelle, qui sont investis dans des circuits économiques officiels: immobilier, tourisme, finance. Ainsi le capital illicite part de New York par petits porteurs, fait d'abord une halte dans un des paradis fiscaux des micro-états de la région Pacifique-Caraibes, se transfère sur des grandes places financières asiatiques pour reprendre un début de respectabilité (Hongkong, Singapour) et termine dans les grandes places financières occidentales (Suisse, Luxembourg).
A ce stade, le détenteur du capital réclame à Paris ou Londres un "prêt adossé" (Loan back), un prêt gagé sur un dépôt bancaire au Luxembourg, investissant ainsi tout à fait légalement dans l'immobilier, l'hôtellerie, la restauration, la bourse etc. avec en prime un surcroît d'honorabilité et de notoriété mondaine.
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Les zones franches et paradis fiscaux constituent de puissants lieux de trafic, de transformation et de redistribution des richesses. Reposant essentiellement sur la "dérogation", un affranchissement des contraintes en vue d'impulser l'économie mondiale, ils constituent par excellence l'Antimonde, c'est à dire des espaces sinon hors la loi, du moins hors la loi commune, l'envers du système mais partie intégrante du système mondial.
Ces places financières offshore proposent une faible fiscalité, un secret bancaire absolu, la préservation de l'anonymat des propriétaires des sociétés, une coopération fiscale et judiciaire réduite, voire quasi inexistante avec d'autres pays.
Près de cinq mille milliards de dollars, soit la moitié des actifs financiers transfrontaliers, seraient basés dans ces centres offshore, qui constituent de véritables «trous noirs» de la finance internationale ...
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La répartition des paradis fiscaux ne doit rien au hasard. La plupart sont situés sur une grande ceinture qui entoure le Monde, allant de l'Amérique centrale et les Caraïbes en passant par la Méditerranée, le Moyen-Orient, l'Asie du sud et du Sud-est, c'est à dire les voies maritimes majeures des trafics et des stratégies mondiales, au point de jonction des océans et des continents.
Les autres grands ensembles sont situés à proximité des "centres" qui commandent et se disputent ces voies de passage, par exemple, Tanger pour la zone Europe-Méditerranée et le détroit de Gibraltar, Guernesey et l'Ile de Man pour la Manche et l'Océan atlantique.
L'existence de paradis fiscaux est d'une certaine façon une incitation à l'incivisme, dans la mesure où l'idée même qui a présidé à leur création est le souci de soustraire les détenteurs de capitaux aux contraintes, aux contrôles et aux prélèvements du pays d'origine.
L'un des côtés les plus spectaculaires des paradis fiscaux est sans doute l'enregistrement offshore des navires (pavillon de complaisance) ou des entreprises. Le Liberia dispose ainsi de la première flotte du monde et la région pacifique- caraïbes offre le spectacle d'un immense parking pour près 90.000 sociétés offshore. Mais la palme toute catégorie revient à Hongkong, l'ancienne enclave britannique, le nouveau poumon économique de la Chine.
-HONGKONG, restituée depuis juillet 1997 à la Chine, se place en tête du classement pour l'importance des dépôts bancaires étrangers (427,7 milliards de dollars) collectés par 500 banques étrangères.
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René Naba

A toux nos lecteurs que le sujet du blanchiment de l'argent intéresse, nous recommandons la lecture intégrale de l'article de René Naba, sur son site En point de mire (lien ci-dessous)








Monique Pinçon-charlot et Michel Pinçon : « Les paradis fiscaux, création de la classe dominante »

Entretien réalisé par olivier Morin
Sociologues, anciens directeurs de recherche au CNRS, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon se sont plongés dans le monde de l'évasion fiscale. De leur immersion au Luxembourg, en Suisse et à Bercy, ils rapportent un ouvrage, "Tentative d'évasion (fiscale)", [1] qui montre à quel point la fraude est devenue une pratique systémique et une arme de l'oligarchie pour asservir les peuples.
Pourquoi écrire ce livre maintenant ? N'est-ce pas un livre de plus sur la fraude fiscale ?
Monique Pinçon-Charlot : Notre objectif n'était pas de faire un énième livre sur l'évasion fiscale. Nous avions le projet de faire un livre sur la classe dominante dans sa dimension oligarchique d'aujourd'hui. Car c'est notamment avec l'arme de la fraude fiscale que cette classe asservit les peuples. L'idée du livre est partie d'une espèce de colère. Il a été assez douloureux à écrire d'ailleurs. On nous donne en pâture des paradis fiscaux sous forme d'îles avec des plages de sable blanc, puis on se pose la question sur leur nombre. Mais ce sont des boucs émissaires pour que les partis et les associations qui se battent contre ça aient quelque chose à se mettre sous la main. Dans tout ce qui a été écrit sur le sujet, il manquait le livre que nous avons réalisé. À savoir que les paradis fiscaux sont une création de la classe dominante pour empêcher de comprendre que la fraude fiscale est une pratique systémique de la classe oligarchique, qui ne veut plus contribuer à une quelconque solidarité avec les peuples. Les membres de cette classe veulent la liberté du renard dans le poulailler planétaire, sans que le citoyen ordinaire ne puisse s'imaginer qu'il est le dindon de cette farce fiscale. Un autre déclic a été la rencontre avec le sénateur communiste Éric Bocquet, qui est très présent dans le livre. Le travail que ce militant communiste, fils de mineur, a réalisé est d'ailleurs extraordinaire. On a l'impression qu'il met à profit son poste de sénateur au bénéfice de ses idées, de son parti, de ses luttes. Ce n'est pas rien de réaliser deux missions parlementaires sur la fraude fiscale ! Il nous a offert les livres issus des missions qu'il a menées sur les paradis fiscaux. Notamment les résultats des auditions. De ce jour-là, on a su qu'on allait pouvoir faire un livre avec ces bijoux sociologiques. Enfin, il y a eu l'affaire SwissLeaks, avec Hervé Falciani, qui est sortie dans la presse grâce à ce lanceur d'alerte. Ces lanceurs d'alerte ont révélé énormément de choses sur la fraude fiscale. À la suite de ces révélations, y compris celles de notre livre, les plus riches doivent vivre sur le pied de guerre.
Qu'avez-vous appris de cette immersion dans le monde de la fraude fiscale ?
Monique Pinçon-Charlot : Nous nous sommes vraiment rendu compte des manipulations idéologiques que les oligarques ont construites pour s'octroyer le droit de faire main basse sur l'argent public. Ils se sont inspirés du marxisme, qu'ils ont inversé. Les tenants de l'oligarchie se sont transformés, dans l'idéologie dominante, en créateurs de richesses et ils ont transformé les ouvriers en coûts et en charges. Ils sont incroyablement sûrs qu'ils sont supérieurs à tout le monde. Au-delà de l'aspect technique de la fraude fiscale, il y a un processus de déshumanisation et d'exclusion des peuples.
Michel Pinçon : On a travaillé pendant pas mal d'années sur la haute bourgeoisie : sa gestion de l'espace résidentiel, l'importance de la transmission, etc. Dans ces recherches, on pouvait être admis sans difficulté. Depuis qu'on est passé à des ouvrages traitant de l'argent, nous sommes grillés dans ces milieux car nous disons ce qu'il ne faut pas dire. Les hautes sociétés occidentales sont pourries par le culte de l'argent et la volonté d'enrichissement. Quand on voit les sommes extraordinaires prélevées sur ce qui devrait aller au fisc, selon la législation en vigueur, c'est ahurissant. Dans des paradis fiscaux comme le Luxembourg ou le Delaware (aux États-Unis), les taux d'imposition sont symboliques.
Monique Pinçon-Charlot : Je voudrais ajouter que ce qui m'a fait souffrir lors de la réalisation de cet ouvrage, c'est d'avoir à subir des lectures techniques et de se retrouver en Suisse à aller à la banque HSBC tenter d'ouvrir un compte, se faire recevoir comme on s'est fait recevoir... En lisant ces livres écrits avec un vocabulaire d'expertise, on sentait que personne ne pouvait arriver à attraper ce sujet. Il nous fallait la connaissance de cette classe, que nous avons acquise dans nos recherches précédentes, pour comprendre pourquoi ils vont en Suisse, comment la fraude fiscale se transmet de génération en génération, tout naturellement.
Il y a aussi un mépris de classe dans cette « ? langue de l'expertise? » que vous décrivez...
Michel Pinçon : Il y a tout un univers au service de la haute société pour la seconder dans sa gestion du patrimoine. Madame Bettencourt a sûrement été conseillée pour acheter cette île aux Seychelles par quelqu'un qui avait des intérêts à ce que ça se passe comme ça. On a vu des familles qui organisaient des sessions avec des juristes et des spécialistes économiques pour leurs héritiers. Elles ne sont pas du tout démunies comme un ouvrier de la sidérurgie peut l'être par rapport au droit.
Monique Pinçon-Charlot : Cette violence symbolique qui émerge de ce langage purement technique, très anglo-saxon, renvoie à un pragmatisme qu'il n'est pas question de remettre en question. Je l'ai très mal vécu. Cette langue venimeuse de l'expertise empêche la critique par sa puissance d'intimidation incroyable et elle vous oblige à croire que le réel n'est pas négociable. Elle m'a mis la trouille de me tromper.
Vous dites dans votre livre que les fraudeurs fiscaux peuvent régulariser leur situation en se rendant dans les inspections des finances sans que leur cas ne passe jamais par la case justice. Est-ce à dire que l'État organise la fraude fiscale ?
Michel Pinçon : En cas de fraude avérée, les fraudeurs sont aiguillés par un chef de gare qui n'est autre que le ministre du Budget. Il les envoie soit vers les tribunaux correctionnels, soit vers des cellules de repentance où le fraudeur sera peu ou prou mis en accusation, mais où il réglera en réalité ses erreurs avec ceux qui sont du même monde que lui. Ce qui n'occasionne jamais de lourdes sanctions. Il y a donc deux cas pour régler les problèmes de fraude fiscale avérés : les premiers passent par la Commission des infractions fiscales (CIF), qui envoie au tribunal correctionnel ou qui choisit de ne pas engager de poursuites. À 90 ?%, la CIF envoie au tribunal. Les seconds, ce sont les gros poissons, et c'est le ministre du Budget en personne qui s'en occupe. Ce sont des gens qu'il connaît, qui sont de son milieu : des grands patrons, des héritiers... Il discute alors avec eux en tête à tête de ce qui peut être fait pour arranger la situation. Cela se passe dans les murs de Bercy. Il y a donc deux poids, deux mesures. Des petits fraudeurs qui se débattent devant le tribunal et les coupables de gros détournements de fonds (qui ont des comptes en Suisse, des sociétés fictives et des fondations bidon) qui ne sont pas inquiétés. Cela révèle que la fraude fiscale est admise dans l'univers de l'oligarchie. Ces gens ont du pouvoir et des relations. Ceux qui passent par la chambre correctionnelle, ce sont de petits chefs d'entreprise, pas les tenants de l'oligarchie.
Monique Pinçon-Charlot : Le petit patron que nous avions vu s'était fait payer 70 000?euros de TVA par le ministère de l'Économie et des Finances en faisant de fausses déclarations. Le procureur l'accusait très gravement d'escroquer l'État avec un discours digne de celui d'un Secrétaire général du PCF. Il demanda trois ans de prison ferme. Alors que pour de riches bourgeois, dont des gens très connus, cela se règle dans des alcôves entre camarades de classe. Dans le cas de Jérôme Cahuzac, qui était ministre du Budget, et il faut savoir qu'il n'y a que le ministre du Budget qui puisse engager des poursuites pour fraude fiscale au niveau des tribunaux, le gendarme était lui-même voleur ! Vous n'imaginez pas que Jérôme Cahuzac mette lui-même sa tête sur le billot ? On nous a d'ailleurs servi Cahuzac en pâture, mais c'était l'arbre qui cachait la forêt. Ce que l'oligarchie ne lui a pas pardonné, c'est d'avoir craqué et avoué.
L'Union européenne facilite-t-elle la fraude fiscale ?
Monique Pinçon-Charlot : On nous a bassinés, après la Seconde Guerre mondiale, avec une Europe où on n'allait plus se taper dessus, etc. Mais dès le départ, Jean Monnet, Jacques Delors et aujourd'hui Jean-Claude Juncker ont construit et construisent une Europe basée sur la concurrence et sur le dumping fiscal. Tout est adopté à la majorité consensuelle, sauf en matière de fiscalité où il faut l'unanimité. Le Luxembourg, qui est le seul pays à avoir eu trois présidents de la Commission européenne, s'oppose grâce à son droit de veto. Le Luxembourg, où l'on ne paie que très peu d'impôts, continue donc à attirer de nombreuses multinationales sur son territoire. Résultat, il manque 1 000? milliards d'euros à l'Europe chaque année. Pour la France, c'est 60 à 80?milliards d'euros par an. Michel et moi avons des raisons de penser que c'est beaucoup plus. On voit bien que les questions de déficit seraient réglées si ces sommes étaient recouvrées.
Michel Pinçon : Junker a été Premier ministre et ministre des Finances du Luxembourg, ainsi que président de l'Eurogroupe. Comment peut-il s'imaginer qu'une société comme Amazon, qui vient s'installer au Luxembourg en rénovant un bâtiment sur une presqu'île, puisse produire les masses d'argent que l'on connaît dans ces modestes locaux ? La seule raison pour que cette société soit présente au Luxembourg, c'est évidemment qu'elle peut s'affranchir des impôts qu'elle paierait dans d'autres pays.
Les fondations, omniprésentes, permettent aussi à la bourgeoisie de frauder le fisc, tout en soignant son image...
Monique Pinçon-Charlot : Les plus riches cherchent toujours à ce que leurs richesses leur servent à piller l'argent public. Les fondations comme celle de LVMH, et qui existent bien souvent autour du marché de l'art contemporain (où il y a d'ailleurs beaucoup de blanchiment d'argent de la fraude fiscale), sont encore un moyen de plus car elles sont défiscalisées. Les fondations participent à la légitimation de leur fortune. Les gens vont se dire : « ?Qu'est-ce qu'ils sont sympas, on peut voir des œuvres d'art ! ? » Il y a aussi ces fondations de charité que l'on met en avant. Ce n'est bien sûr pas le cas de la fraude fiscale. On montre toujours la face du docteur Jekyll, mais jamais celle du méchant Mister Hyde.
Michel Pinçon : Il y a aussi une mise en scène de la charité. On a un exemple à Deauville, où l'on a une soirée avec un spectacle, etc. Les places y sont très chères. On y récolte des fonds pour des jockeys blessés. À ce moment, la haute société, elle-même propriétaire de chevaux de course, montre une certaine générosité envers le personnel qui fait tourner ses affaires. Durant cette soirée, les grands propriétaires arrivent dans leur belle voiture avec chauffeur et montent les marches devant les touristes et les salariés, reproduisant la mise en scène de la montée des marches à Cannes. Cette soirée caritative permet de faire passer tout le reste, qui n'est bien sûr pas mis en évidence.
Comment la masse des gens qui n'échappent pas à l'impôt peut-elle accepter cette fraude fiscale que vous décrivez ?
Monique Pinçon-Charlot : Il y a plusieurs facteurs qui expliquent qu'il n'y ait pas de révolte face à l'ampleur de la fraude fiscale. Sachant que, sans cette fraude fiscale, il n'y aurait pas de dette, ni de déficit public ni de trou de la Sécurité sociale. Les différents travaux que nous avons faits montrent bien que la classe dominante, qui traverse les sommets de l'État, la finance, les médias, la culture, la religion, construit des outils pour asservir les peuples. Les citoyens n'ont pas idée des montages diaboliques et des rouages d'une machine criminelle que les bourgeois sont capables de monter à l'aide d'avocats fiscalistes. Les dominants instrumentalisent le secret. Tenter de percer le secret bancaire, le secret fiscal et bientôt le secret des affaires, c'est aller de l'autre côté de l'iconostase. C'est toucher au sacré. Il y a un sentiment de peur et de tétanisation extrêmement violent qui fait qu'on préfère ne pas bouger.

Source : humanite.fr
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