dimanche 3 avril 2016

La victoire de Palmyre





 Palmyre, la cité mythique de la reine Septimia Bathzabbai Zénobie, est le symbole d’une civilisation raffinée dans laquelle toutes les religions étaient libres et égales, résistant au despotime de l’Empire romain. Partiellement détruite par l’État islamique, elle a été libérée le jour de Pâques 2016 par l’armée arabe syrienne et devrait être reconstruite par les Monuments historiques syriens. Mondialisation.ca


Prologue 

La libération de Palmyre est un tournant décisif dans la guerre contre la Syrie. Bien que l’armée arabe syrienne et ses alliés aient auparavant  remporté des succès militaires, la publicité autour de la sécurisation des célèbres ruines romaines de Palmyre est d’une valeur bien supérieure à toutes les victoires antérieures. Elle va mettre fin en partie aux récits mensongers du conflit.
Le gouvernement syrien n’est plus « le régime d’Assad » et l’armée arabe syrienne n’est plus appelée les « forces d’Assad ». Ban Ki Moon, le chef de l’Organisation des Nations Unies, a félicité le gouvernement syrien de son succès:
Dans une conférence de presse  en Jordanie, Ban a dit qu’il se sentait « encouragé » par le fait que le site du patrimoine mondial de l’UNESCO n’était plus aux mains des extrémistes et que le gouvernement syrien « soit maintenant en mesure de préserver et de protéger ce patrimoine culturel commun de l’humanité ».
Les équipements de guerre électroniques russes capables de brouiller les signaux électromagnétiques autour de Palmyre ont joué un grand rôle dans sa libération. L’État islamique a miné les ruines avec des engins explosifs improvisés, mais n’a pas réussi à les faire exploser à distance.
Le mythe selon lequel les gouvernements syrien et russe sont de mèche avec l’Etat islamique, répandu par divers propagandistes ainsi que par les gouvernements britannique et étasunien, ne tient plus. 





"Dans le respect scrupuleux du droit international, à la demande du gouvernement légitime et du Président du pays, nous avons pris la décision de lancer notre intervention militaire. Depuis le tout début, nous avions des objectifs clairs : soutenir l’armée syrienne dans sa lutte légitime contre les groupes terroristes. Nos actions ont été limitées dans le temps à la période de la contre-attaque contre les terroristes. Nous avions clairement déclaré que nous ne nous impliquions pas dans un conflit interne à la Syrie. C’est aux Syriens eux-mêmes, et à eux seuls, de chercher comment sortir de ce conflit et de décider de l’avenir de leur pays.
La principale cible de notre intervention a été le terrorisme. La lutte contre le terrorisme international est une cause droite et juste. C’est une lutte contre les ennemis de la civilisation, contre ceux qui apportent la barbarie et la violence, et qui tentent de faire abandonner au monde les hautes valeurs spirituelles et humanitaires qui sont les siennes.
Je veux répéter que le principal objectif de notre intervention en Syrie était d’arrêter ce démon à l’échelle du monde et d’empêcher que le terrorisme ne s’étende à la Russie. Et notre pays a démontré son influence, sa volonté et son sens de la responsabilité incontestables."
Vladimir Poutine, Président de la Russie




 La guerre de Syrie n'a rien à voir avec une révolution


Jeffrey Sachs (22 février 2016) accuse Hillary Clinyon d’avoir contribué à provoquer et entretenir le bain de sang en Syrie, portant ainsi une lourde responsabilité dans le carnage. « Danger pour la paix mondiale », elle aura à « répondre de beaucoup de choses concernant la guerre de Syrie », conclut-il.


Comme Robert F. Kennedy Jr., avocat et neveu du président américain John Fitzgerald Kennedy l’explique, la principale raison de la tentative occidentale de renverser le gouvernement Assad était de construire un pipeline pour le gaz naturel partant du Qatar, qui traverserait la Syrie, captant ses réserves nouvellement découvertes dans ses eaux territoriales, et qui continuerait à travers la Turquie jusqu’à l’Union européenne, devenant le concurrent principal du Russe Gazprom. Shelley Kasli



"Quid de la France et de ses dirigeants de tout bord qui se félicitaient du bilan de la grande méharée libyenne et pontifiaient – pontifient toujours – sur l’avenir de la Syrie et le destin de son président ? Ne devraient-ils pas tempérer leur arrogance d’ignorants, leur outrecuidance de privilégiés ? Au lieu de continuer à tirer d’un air las des plans vicieux, ne leur faudrait-il pas plutôt s’interroger sur leur responsabilité écrasante dans les malheurs du peuple syrien et l’abaissement de la diplomatie française ? L’avenir de la Syrie ne les regarde aucunement. Le plus grand service qu’ils puissent rendre à la « mère de la civilisation », la « seconde patrie de tout être civilisé » objet de leur acharnement, c’est de la laisser en paix, à tous les sens du terme." Michel Raimbaud


"C'est l'Arabie saoudite principalement, mais aussi la France, le Qatar et la Turquie qui ont coopté les membres du conseil syrien de l'opposition qui siège d'ailleurs aujourd'hui dans la capitale saoudienne. De plus, il s'est constitué désormais un axe de faucons comprenant Israël, l'Arabie saoudite et la France qui s'est opposé jusqu'à récemment à tout apaisement en Syrie, mais qui s'était opposé aussi de façon virulente à l'accord nucléaire avec l'Iran. Mais dans le cas syrien, cet axe a été renforcé par l'activisme du Qatar et celui de la Turquie." Georges Corms 





« Unique au milieu des pays de la Terre, le régime US est l’organisation criminelle la plus achevée de l’histoire humaine. » Paul Craig

Conçue dans les années 1980 et appliquée sans faiblir depuis le 11-Septembre par les néoconservateurs américains pour reconfigurer la région en plusieurs micro-États faibles et dépendants, la théorie du chaos donne aujourd’hui la pleine mesure du désastre. Retour sur des décennies de carnage en Irak, Libye et Syrie. Un chaos qui s’étend désormais à ses initiateurs, les États-Unis et leurs alliés européens et moyen-orientaux.
Le conflit de Syrie est entré dans sa sixième année. Quelle en sera l’issue, alors que s’affrontent le camp de la guerre à tout prix, celui de la paix coûte que coûte et les partisans d’une solution juste et morale ? On trouve aujourd’hui encore des naïfs qui veulent se persuader et persuader l’opinion qu’il y aurait des opposants modérés parmi les terroristes, des « démocrates » au sein des 2 000 groupes djihadistes recensés, de nobles patriotes pur jus parmi les mercenaires aux 100 nationalités qui sèment mort et destruction en Syrie, en Irak, en Libye ou ailleurs. Dans les milieux où l’on s’est amouraché des « printemps » au jasmin ou à l’hibiscus, l’égarement dans les impasses du conditionnel passé amène à évoquer sans fin, avec des sanglots dans la barbe, les pionniers de la cyber-révolution de l’hiver 2010-2011, mais à ignorer le chaos généralisé qui gagne pays après pays l’ensemble du Grand Moyen-Orient. Ce n’est pas pour déplaire aux idéologues néoconservateurs (néocons) étasuniens qui, dès les années 1990, enivrés par le triomphe sur l’axe du Mal communiste, résumaient à l’attention des Européens leur conception du partage des tâches : « Pendant que vous analysez et commentez le passé, nous, nous créons l’Histoire… »
La formule est cynique, mais bien vue : tandis que dans nos instituts et autres « chars d’assaut de la pensée », les intellectuels de France et de Navarre philosophent sur les printemps arabes, y voyant une suite de rendez-vous manqués avec la démocratie, leurs collègues des think tanks anglo-américains approvisionnent en arguments, en idées et en projets l’entreprise de déconstruction et de dislocation lancée par l’Empire atlantique sur le monde arabe et musulman, depuis que la disparition de l’URSS laisse le champ libre à l’axe du Bien.




Soldats syriens qui ont participé à la libération de Palmyre – 26 mars 2015


Palmyre libérée !
Les forces du régime syrien ont lancé le 7 mars une offensive pour reprendre Palmyre à Daech, qui contrôle la ville depuis mai 2015 ainsi que ses ruines antiques, classées au patrimoine mondial de l’Unesco. Samedi matin, elles resserraient l’étau sur la ville en reprenant aux terroristes la localité d’al-Amariyah, à la lisière nord de Palmyre, a indiqué la télévision officielle faisant état de «violents combats avec les terroristes de Daesh ».
Des conseillers militaires russes ont été «actifs» dans l’opération de reprise de la cité antique de Palmyre aux djihadistes, alors que 2 000 frappes aériennes effectuées n’ont pas causé de dommage à une seule structure historique, selon Moscou.
Toute l’opération de libération de ce site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO a pris 22 jours, entre le 6 mars et se le 27 mars, a fait savoir le chef des opérations des troupes russes, le lieutenant-général Sergueï Rudskoy.

Après la libération de Palmyre, dimanche 27 mars, par les troupes de l'armée syrienne appuyée par l’aviation russe, un groupe d'experts s'est rendu à la cité antique pour évaluer les dommages.
Lors de l'occupation de la ville, plusieurs sites culturels ont été sérieusement endommagés, y compris le Musée national qui a été entièrement pillé par les islamistes. Selon l'agence SANA, des spécialistes des Antiquités et musées de Syrie ont inspecté l'architecture de Palmyre prise par Daech depuis le 21 mai 2015, rapporte le Monde.
"80 % de l'architecture du site archéologique est demeuré intouché, la colonnade, l'agora, le théâtre, les ruines des bains (de Dioclétien), les temples de Nébo et d'Allat, comme le montre une vue aérienne prise par un drone russe", a précisé Maamoun Abdulkarim, directeur des Antiquités et musées de Syrie, indiquant que la reconstruction de la cité prendrait environ 5 ans. 


Soldats de l’armée régulière syrienne sommairement exécutés en mai 2015 par les fanatiques de Daech


La ville de Palmyre, dont les vestiges sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO, a une importance aussi bien historique que stratégique. Elle verrouille en effet l'accès à l'est du pays, et sa reprise par les forces gouvernementales a privé Daech du contrôle de 20% des territoires occupés.

Le journaliste de The Independent Robert Fisk a écrit : «L'armée syrienne soutenue, bien sûr par les Ruskovs de Vladimir Poutine, ont expulsé les clowns de Daesh de la ville et nous n'osons pas prononcer un seul mot pour dire : Bien joué». 
Les dirigeants occidentaux ne se sont pas exprimés à propos de la libération de Palmyre par l'armée syrienne, aidée par l'aviation russe. Les médias se demandent déjà d'où vient cette répugnance à reconnaître le succès de l'opération russe. A part l'ONU et l'UNESCO, il n'y a eu que très peu de réactions internationales à la reprise de Palmyre par l'armée gouvernementale syrienne. Quand la ville antique est tombée aux mains de Daesh en mai 2015, il y avait eu de très nombreux débats sur la perte culturelle que cela constituait pour l'humanité toute entière. Wikistrike





Palmyre occupée, Palmyre martyrisée, mais Palmyre libérée!

Par Bruno Guigue
Joyau de la civilisation universelle, mariage architectural des cultures arabe et gréco-romaine, emblème du métissage culturel de l’Antiquité tardive, Palmyre fut livrée il y a dix mois aux fanatiques de Daech. Pas une cartouche ne fut tirée, en effet, contre les colonnes infernales en provenance du désert irakien qui atteignirent la ville en plein jour, alors même qu’une « coalition antiterroriste » de soixante pays, adossée à l’armada nord-américaine, prétendait lutter contre le monstre. Pour libérer Palmyre, disait alors un blogueur hébergé par « Le Monde« , il faut d’abord « faire chuter Damas« . Et la France, comble de la lâcheté et de l’hypocrisie, laissa faire Daech « pour ne pas aider Bachar ».
Des centaines de soldats syriens, en revanche, donnèrent leur vie pour défendre la ville, et des dizaines d’entre eux, faits prisonniers, furent sommairement exécutés dans une mise en scène macabre qui se déroula au cœur de la cité antique, conférant une allure de tragédie grecque à ce crime odieux. L’armée syrienne a dû abandonner la ville, la rage au cœur, devant l’avancée de ces mercenaires lourdement équipés de matériel US et grassement rémunérés par les amis de l’Occident, les rois du pétrole.
Bien sûr, on a entendu tous les mensonges possibles, toutes ces calomnies qu’on lit encore, ici ou là, chez des charlatans qui se prétendent journalistes. Daech, cette « créature de Bachar« , aurait pris Palmyre parce que le régime y trouvait son intérêt ! Le tyran de Damas aurait même passé un accord avec ceux qui décapitent ses soldats alaouites ! Comme si l’armée arabe syrienne n’avait rien fait pour défendre la ville, et comme si, aujourd’hui même, ses soldats n’avaient pas payé le prix du sang et ne cueillaient pas, enfin, le bénéfice d’une victoire chèrement payée !
Car cette victoire sur la mort et la destruction n’est pas seulement la victoire d’une armée courageuse, une armée de conscrits, une armée laïque dont les soldats sont de toutes confessions. En arrachant Palmyre aux griffes des djihadistes venus de partout et de nulle part, cette armée, avec l’aide de ses alliés, continue de couper les tentacules de l’hydre qui a frappé à Bruxelles, à Paris, à Bamako et ailleurs. Aujourd’hui, au moment où les Belges pansent leurs plaies, des soldats arabes se font tuer pour vaincre ceux que les dirigeants occidentaux et leurs complices du Golfe ont armés.
Comparaison ne vaut pas raison. Mais le 25 août 1944, l’interminable escalier menant à Notre-Dame-de-la-Garde, à Marseille, était couvert de corps ensanglantés. Ces corps étaient ceux des tirailleurs algériens qui se firent tuer par centaines pour libérer la cité phocéenne, cette ville méditerranéenne d’origine grecque, elle aussi, qui subit douloureusement l’occupation étrangère jusqu’à sa libération dans le sang et les larmes.
Bruno Guiguele 26 mars 2016

Bruno Guigue est un haut fonctionnaire, essayiste et politologue français né à Toulouse en 1962. Ancien élève de l’École Normale Supérieure et de l’ENA. Professeur de philosophie dans l’enseignement secondaire et chargé de cours en relations internationales dans l’enseignement supérieur. Il est l’auteur de cinq ouvrages, dont « Aux origines du conflit israélo-arabe, l’invisible remords de l’Occident » (L’Harmattan, 2002).


Aucun commentaire: