mercredi 23 mars 2016

L'enfer sur la terre


L'enfer de Hieronymus Bosch



« Enfin sortir de la nuit, sortir de la boue. Ho ! Comme elles tiennent aux pieds et aux membres la nuit et la boue » Robert Desnos




"Quant à l'anti-humanisme il fallait que l'on y arrive. Le bain de sang dans lequel nous barbotons a assez duré. On ne peut décemment pas appeler humanisme l'ensemble des doctrines (philosophie, éthique, conception politique, etc ...) qui ont conduit à cette faillite sanglante. Il faut les dénoncer, toutes ! Il n'y a pas que Marx, Lénine, Trotsky et leurs amis qui avaient de l'homme une vision infantile. Les autres aussi, quasi tous. Et ça vaut aujourd'hui encore. La séculaire duperie de l'humanisme est peut-être ce qu'il faut combattre avec le plus de vigueur, le plus impitoyablement. Il faut simplement espérer que la période « anti » ne dure pas trop longtemps, qu'il n'y ait pas trop de casse. Et lorsque je dis que je me retiens, c'est une boutade ... mais partiellement seulement... je me retiens parce qu'il est dangereux d'être antihumaniste, que c'est éminemment subversif et que j'ai déjà un volumineux dossier à la Sûreté de l'Etat.
.../...
La redéfinition de l'homme doit être radicale. Elle a commencé d'ailleurs. Ouvrez les yeux. Les intellectuels et les artistes doivent y tenir le premier rôle et s'y préparer. C'est par les voies de l'art que la connaissance de l'être humain a le plus avancé, par la quête inlassable de la beauté qui seule peut sauver le monde." Christian Erwin Andersen (Entretiens, 2003)



"Maintenant il faudra bien écouter ces poètes enracinés dans la chair, ces hommes et ces femmes rejetés sur les marges de l'enfer. La terre brûle.
Le temps est venu où, avec la poésie, nous devons répondre de nos actes. Non pas les justifier, mais nous mettre en accord profond avec tout ce que nous sommes, tout ce qui est, tout ce qui nous fait vivre et nous tue." André Chenet, in "Journal d'un égaré"



"Il se pourrait aussi que ces détritus de la politique dénaturée qui nous bassinent avec les serpillères de leurs langues servent les objectifs de monstres dont nous n'avons pas idée ..." G. Hadey





je ne sais pas d'où surgit cet amour humain
si puissant qu'il sculpte une douleur dans mon sang

je ne sais pas d'où vient ce feu qui me raidit
et soude mes mots comme des prières et des hymnes

je ne sais pas
je ne sais pas

mais je sais d'où surgissent les bombes
mais je sais d'où viennent les assassins

mais je sais de quel côté se lève le jour
mais je sais dans quelle terre s'enracine un homme digne de ce nom

s'il n'y a dans mon poème ni roses ni rossignols
si je foule aux pieds la tradition

si au lieu d'explorer le ciel qui tremble derrière le ciel
j'écris des paroles simples en toute clarté

et si cela vous étonne et si cela met de sombres couleurs
sur le vert des étangs, sur les ailes roses des flamants

Alors Ouvrez les yeux Ouvrez les yeux
les oreilles aussi

Alors écoutez les cent fleuves de sang
qui font une unique plaie d'un seul pays.

André Laude, 3 juillet 1972






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