lundi 8 février 2016

Tunisie : la révolution échouée

 ou la perte des illusions



"Malheureusement, la justice est encore aux mains de l’exécutif. Les artistes et les journalistes sont de plus en plus ciblés. Depuis la révolution, tout ce qu'on a gagné, c'est une liberté d'expression de plus en plus menacée.
Messaoud Romdhani, vice-président de la Ligue tunisienne des Droits de l'Homme 



Manifestation du 21/01/2016


La révolution qui a éclaté en décembre 2010 fut dirigée contre la dictature qui étouffait, depuis des décennies déjà, le peuple tunisien. Il était naturel qu’elle cible le président Ben Ali qui incarnait cette dictature implacable interdisant toute liberté d’expression, toute revendication et qui harcelant tout opposant avant de l’emprisonner ou de le forcer à l’exil. Cette révolution populaire a révélé le refus du peuple tunisien d’accepter plus longtemps l’oppression, sa soif de liberté et son aspiration dominante à vivre sous un régime démocratique.

Ce caractère démocratique de la révolution tunisienne ne doit pas masquer son soubassement économique et social. Ce n’est pas pour rien que le mouvement est parti des zones les plus délaissées et enclavées du pays, celles de l’intérieur qui n’ont jamais profité des bienfaits du «miracle tunisien» tant vanté par les politiques, institutions financières et médias des puissances du Nord amis de la dictature. Et ce n’est pas tout à fait par hasard si elle a été provoquée par l’immolation d’un jeune vendeur ambulant issu d’une famille dont les terres avaient été hypothéquées. Ce sont d’ailleurs les jeunes des couches défavorisées qui se soulèveront en premier et qui continuent d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui à se révolter régulièrement comme on a pu l’observer il y a quelques mois encore à Séliana, Sidi Bouzid, Gafsa… contre la poursuite des politiques néolibérales qui les frappent durement.

Démocratique et sociale, la révolution tunisienne possède aussi un caractère national en ce sens qu’elle remet en cause un régime antinational qui s’imposait à son peuple grâce au soutien des grandes puissances étrangères (Union Européenne, Etats-Unis). Un régime qui appliquait à la lettre les politiques de régression sociale néolibérale élaborées par ces instruments de pillage et d’exploitation des peuples que sont le FMI, la Banque mondiale, l’OMC… Le soutien indéfectible dont bénéficiait le régime Ben Ali de la part des Etats impérialistes résultait surtout de sa modération vis-à-vis de l’Etat colonial, raciste et expansionniste israélien.

Ce triple caractère national, démocratique et social de la révolution tunisienne, triple caractère que l’on retrouve dans les processus révolutionnaires d’autres pays du monde arabe, ne se déduit pas mécaniquement de mots d’ordre et de programmes explicites avancés formellement par les partis, syndicats, mouvements… Il n’apparaît pas toujours clairement aux yeux de ceux qui participent à ces révolutions. Mais il ressort indubitablement de l’analyse des causes de l’explosion populaire et de l’aspiration générale que celle-ci révèle: aspiration à vivre libre et à jouir de la justice sociale dans un Etat réellement souverain car défendant les intérêts de son peuple.

Le fait que ces trois éléments soient indissolublement liés n’empêche pas l’un ou l’autre de dominer à un moment donné avant de céder la place à un autre, en fonction de la conjoncture. L’accent a d’abord porté sur la question démocratique avant de se concentrer de plus en plus, au fil du temps, sur les questions sociales. La question démocratique peut revenir au-devant de la scène à la faveur de la résistance à l’offensive salafiste. De même que la question nationale peut devenir prédominante à propos de l’imposition par le FMI de politiques antipopulaires ou de l’alignement, fortement contesté, du pouvoir sur la politique du Qatar en Libye et en Syrie par exemple…
Hocine Belalloufi
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Tunisie : “Nous avons perdu nos illusions, nos rêves sont réalistesˮ
Interview de Rim Ben Fraj - See more at: http://promosaik.blogspot.fr/2016/02/nous-avons-perdus-nos-illusions-nos.html#sthash.ZGqdMl0J.dpuf

Tunisie : “Nous avons perdu nos illusions, nos rêves sont réalistesˮ
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"Nous avons perdu nos illusions, nos rêves sont réalistes"


(Extraits d'un interview de Rim Ben Fraj)
Tunisie : “Nous avons perdu nos illusions, nos rêves sont réalistesˮ
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"La marginalisation économique, sociale et donc politique et culturelle.
La jeunesse qui a fait la révolution n’a aucune représentation parlementaire ni gouvernementale, il y a au moins 250 mille diplômés au chômage.
Le chômage frappe jusqu’à 80% des jeunes dans certaines régions.
La seule alternative qui se présentait -l’immigration clandestine –a été rendue impossible par le mur électronique de Frontex en Méditerranée.
Les jeunes qui refusent de se faire recruter par « Daech » n’ont plus que la révolte comme issue. Mais même s’ils se révoltent, l’État n’est pas en mesure de satisfaire leurs revendications : une des conditions posées par la Banque mondiale pour les crédits à la Tunisie est le blocage de nouvelles embauches dans la fonction publique."

"Deux secteurs profitent de cette situation : les entreprises multinationales, principalement d’origine européenne et les fondations occidentales, principalement allemandes et US,
Les premières trouvent une main d’œuvre qualifiée bon marché pour travailler dans des usines proches du marché européen, les secondes recrutent des agents tunisiens pour mettre en œuvre leurs programmes d’influence (au nom de : droits humains, citoyenneté, womens’ empowerment, entrepreneuriat, médias citoyens etc )."

"La jeunesse marginalisée est constamment harcelée par la police, les pratiques policières de l’ère Ben Ali n’ont pratiquement pas changé : violences, détentions arbitraires, tortures et mauvais traitements, en un mot la HOGRA (mépris pour les déshérités)"

"Avant de se réaliser dans les rues, la révolution se fait les esprits. Et elle passe par la libération des corps. C’est un travail de longue haleine ; l’école nous a formatés pour devenir des « idiots spécialisés », des consommateurs endettés et des individus cloisonnés. La société nous enferme dans des cages.
Le projet de Bourguiba - « je transformerai cette nébuleuse d’individus en une nation moderne » - a échoué, un peuple intelligent se retrouve opprimé par une caste de salopards ignorants.
Chaque fois qu’il s’est révolté, il a été écrasé par ceux d’en haut et trahi par ceux qui prétendaient le représenter..."

"Beaucoup de jeunes journalistes citoyens de la nouvelle génération semblent plus préoccupés par leur survie matérielle que par la diffusion d’informations à ceux et celles qui en ont vraiment besoin."

"La plupart des partis se présentant comme islamistes, de la Turquie au Maroc en passant par la Tunisie, ne sont que des regroupements hétérogènes dirigés par une bourgeoisie affairiste voulant prendre la place des bourgeoisies bureaucratiques et policières au pouvoir. Leurs références à l’islam ne sont que des masques pour leurs intérêts de classe. L’islam pratiqué naturellement par les classes populaires, sans blabla idéologique, est plutôt égalitaire..."

"Les idéologies ont fait assez de morts comme ça.
La lutte pour la justice sociale ne doit pas s’arrêter à des frontières artificielles, elle doit se construire en partant des besoins communs à tous et à toutes, et pour la défense des biens communs." 

Rim Ben Fraj, journaliste, éditrice, et traductrice
(Extrait d'un entretien avec Milena Rampoldi)



Sidi Bouzid




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